13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 20:45


La loi du Talon

"Or j'avais hérité d' grand-père
Une paire de bottes pointues.
S'il y a des coups d'pied quelque part qui s'perdent,
C'lui-la toucha son but"
Georges Brassens (Grand-père)

Le vécu est un savoir. Le vu beaucoup moins. Moi, ici fétichiste revendiqué et raisonné de la botte et de la cuissarde, "substituts à une sexualité latente non épanouie", parvenu à mon âge, et tel un "Rousseau" en "Confessions", viens de me rendre compte que j'ai été un "moteur de recherche" bien avant la lettre. "Google" et "Yahoo" quand bien même ils rajouteraient une pluie d'"o", peuvent aller se rhabiller, ou plutôt de déchausser : toute ma "pensée unique" a dragué profond bien avant eux des lits de l'activité humaine la chaussure érigée en denrée de base. Journaux, livres, vitrines et la "Grande Loterie Hasards et Coïncidences" n'y sont pas pour rien. Sassées les cuissardes et leur pouvoir conféré, et leurs aspects, leurs matières, leurs attitudes et leur vocabulaire y afférent : empeigne, cou, tige, bouts ronds, carrés, biseautés, pointus et talons plats, bottiers ou aiguille.

Décidement, c'est encore la Revue de presse de Bruno Duvic sur France Inter qui, ce matin, m'a mis la botte à l'oreille.

Il rapporte la "Lettre de Grande-Bretagne" écrite sur le dos du "Monde" de ce jour, par Virginie Malingre (pointure 36 fillette ?) : "Haro sur les hauts talons".

Avant de vous livrer les propos que le titre augure, laissez-moi vous faire partager ce dont il me souvient. M'est en effet revenue en mémoire l'histoire de cette employée de bureau, licenciée de son entreprise. Motif du renvoi dans ses foyers : les talons hauts de ses bottes rayaient et écorchaient la moquette ! Sans commentaire. Habituellement, ce sont les dents de jeunes loups ou de morveux chefaillons qui la rayent. Et on les laisse impunément ronger le sol jusqu'à risquer l'effondrement... Passons.

L'augure maintenant. Ca se passe en Angleterre. "Les syndicats britanniques ne se laisseront pas détourner de leur nouvelle mission  : bannir les talons hauts au travail. (...) Les talons hauts sont glamour sur les podiums de Hollywood. Mais ils sont totalement inappropriés dans le monde du travail."
Un débat fait rage. Pour une grande et une petite cause. Un de ceux qui fait rotule entre les "pro" et les "anti". Les "anti" sont pour ainsi dire "pasoliniens" : "[Les talons hauts provoquent des] maux du genou, les cornes et les oignons sur les pieds..." et les "pro", souvent les principales concernées, qui n'ont pas de leçon d'anatomie à recevoir d'apparatchiks en talonnettes : "Je mesure 5 foot et 3 inches et j'ai besoin de chaque centimètre de mes Louboutin pour regarder mes collègues hommes dans les yeux" exprime une déterminée de la Perfide Albion.

"Il est un signe de cet engouement britannique pour les talons hauts : la place que la presse leur accorde." peut-on lire. "Le Guardian", depuis le début de l'année, a plublié 148 articles qui mentionnent ces chaussures exclusivement féminines. En 2008, il y en a eu 183 pour 169 en 2007. A titre de comparaison, "Le Monde", depuis neuf mois, les a évoquées dans... 15 papiers." Je deviens piteux. Mon moteur de recherche tousse et la cuissarde crie justice...

Faudra-t-il faire des guili-guili avec une plume sous la plante des pieds pour ramener un peu de légèreté dans ce faux-débat ?
Sur les pieds plats, cause de réforme au Service Militaire lorsqu'il existait ; comme sur la voûte plantaire qui, paraît-il, en miniature recèle toutes les parties du corps ; et tout comme la hauteur, idéale et absolue, décrétée au Journal Officiel d'un talon, d'un pantalon et de Saint-Pantaléon, on ne me demande pas mon avis. Je le donne cependant. Où, ailleurs que dans ce "Journal Extime" pourrai-je mieux le faire ? :
Je n'aime que les bottes-comtoises qui, comme les horloges de la même origine, sont hautes, joliment galbées et nous disent où nous en sommes au bout de leurs aiguilles.

JF

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commentaires

Joël Fauré 15/10/2009 21:50


Le nivellement par le bas, la vaccination de masse et l'uniformisation valent bien une levée de boucliers. Ne soyons pas moutonniers... Allons, tant qu'il restera quelques tribunes que nous
pourrons fouler, pieds nus s'il le faut, tout ira pour le moins mal... dans la réalité des choses.


Clara 15/10/2009 20:45


Monsieur, hélas..L'air du temps n'a pas que Nina dans le débat, il faut compter avec les mals chaussés comme la maréchaussée(si vous saviez).En effet, tout se veut uniforme, filiforme.Surtout sans
accroc, comme l'aimait à le dire Hannibal.hihi
Des talons aiguilles, Monsieur?! et pourquoi pas des cuissardes tant que vous y êtes!
Cela est en effet bien scandaleux que des "individus", pire: des femelles, revendiquent leur statut si chèrement mérité. Etre Femme, être fière, voire altière.la féminité dans ce qu'elle a de plus
évident, de plus agressif et de plus unitaire...
Les moches, les vieilles, les catins comme les bourgeoises peuvent exhiber leurs talons, chose que ne peux faire le mâle avec son attribut...
Il faut être transparent, le ton (gris) est dans l'uniformisation, la vaccination de masse, la discrimination par l'absorbtion...Même la mode honni les formes et tout se qui dépasse...il faut
niveler!...
La botte, Monsieur, est signe distinctif et par trop visible...Etendard efficace qui pourrait transformer le travailleur potentiel, le votant moutonnier en individu sexué, ému et mue par une force
autre que celle de la productivité et du politiquement correct....Le sexe Monsieur!!!!
Comme au Moyen-âge,il devient pêché que de jouir.Jouir c'est redevenir un individu...qui, à défaut de penser, pourrait se révolter, pour le plaisir lol


AURORA 14/10/2009 22:53


Je croyais que cet adjectif faisait partie de l'article que vous relatiez...


Joël fauré 14/10/2009 09:59


Diantre ! Aurora, je n'ai seulement "pris à témoin" Pasolini que pour l'aspect de force et d'impact (au regard des scènes des "120 journées...") ; le voisinage est peut-être mal venu. Mais loin de
moi était l'idée de l'associer aux censeurs. J'espère que votre colère est retombée :-))


AURORA 14/10/2009 02:13


PS bis: Lire "qui ne l'auraiENt pas ou mal lu".
La colère me fait perdre l'orthographe!


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