21 janvier 2010 4 21 /01 /janvier /2010 18:42

  img535BB copieusement cuissardée dans le clip "Harley Davidson" - Photo DR

           La bottée des laids

"La laideur est supérieure à la beauté en ce sens qu'elle dure".
La citation est de Serge Gainsbourg, sur qui pleine lumière est faite, ces jours-ci, avec le film d'un homme, Joann Sfar, dont le chanteur préféré est Georges Brassens. Le joli bruit fait autour de cette pellicule, son concert de louanges ne m'interdira pas de mentir en disant que, de son vivant, le personnage avait mes faveurs. J'ai, tout au plus, une cassette, du temps où on en fabriquait encore, qui regroupe ses textes les plus précieux -car il fut véritablement un virtuose de la plume-. L'homme, dont la densité de vie n'asséchera pas de sitôt les gazettiers, fut un homme de mots et de maux.
Qu'il me soit permis de ne pas parler du long métrage, que je n'ai pas vu, que j'ai envie de voir, ne fut-ce que pour admirer Laëtitia Casta en Brigitte Bardot et en cuissardes, puisque "jusques en haut des cuisses, elle est bottée / Et c'est comme un calice à sa beauté", phrase dont je suis jaloux comme il n'est pas permis.
Serge Gainsbourg, Lucien Ginsburg, né le 2 avril 1928 pour l'Etat-Civil de la ville de Paris et pour les policiers qui le ramenaient chez lui, rue de Verneuil, du coton dans la tête (pour se l'annuler un instant) a fait dire à ma voisine Pilar, une "tantine" austère comme une duègne d'une mienne amie : "Oh, moi, quand je le vois à la télé, c'est bien simple, je coupe !", et, dans la même geste, a été un demi-Bouddha pour toute une génération contemporaine, et sans doute le sera pour celles à venir, encensé comme ces produits d'épicerie fine, confits dans l'alcool, et fumés, saurs à souhait.
Je laisse les mots que vous lirez ailleurs, et les actes-clefs de la vie de ce mec bien, mort sexa (le mot devait lui plaire) le 2 mars 1991 pour cibler sur ce que cet esthète a partagé avec moi : les excès et les démesures, cet "inconvénient d'être né" ; ce frustré comblé ayant passé sa vie à compenser.
J'aime ces femmes, belles aux longs cheveux ; cheveux qui lui servaient de rideau au visage, et dont il a honoré le théâtre.
J'aime sa voix, ses mots choisis et "classieux" ; j'aime ce qu'il a caché, son trait de peintre et son tracé, ses pleins et ses déliés, sa folie raisonnante.
J'aime ses papiers buvards, ses sucettes et par dessus tout les cuissardes qu'il a fait porter...

Qu'il me soit permis de confier seulement à ce journal extime l'audace qui m'a apprivoisé ce matin. Je voulais savoir -c'est Gainsbourg qui me le dictait- ce qu'étaient devenues les fameuses cuissardes de Bardot, alors que cette dernière enfourchait, il y a quelque quarante ans, une Harley Davidson, et où "les trépidations de la machine lui procuraient des désirs dans le creux de ses reins".
Lubie d'artiste contrarié, j'ai donc, sur les conseils du "beau Serge" appelé la Fondation Brigitte Bardot (28, rue Vineuse, 75116 Paris. Téléphone : 01.45.05.14.60). J'ai expliqué qu'à la faveur de la sortie du film, j'avais fait le pari, avec des amis, connaissant ma marotte des hautes bottes, de savoir ce qu'étaient devenues ces hypermédiatisées chaussures (conçues par le célèbre chausseur Roger Vivier), et rajouté, pour désamorçer un possible diagnostic médical à l'autre bout du fil, que ma requête, aussi saugrenue qu'elle puisse paraître, était destinée à alimenter un blog fétichiste.
Que croyez-vous qu'il arriva ?
Mon interlocuteur -le secrétaire de la Fondation Bardot- s'est montré non seulement fort accorte, mais a fait diligence. Il y a eu plusieurs paires de cuissardes dont nul ne sait ce qu'elles sont devenues, et il semblerait que le débardeur de cuir (quelques gouttes de Guerlain échappées des cheveux en ont-elles parfumé le grain ?) ait trouvé preneur.  Dans quelle penderie se trouve-t-il ?
Et vous, cuissardes, calices de toute honte bue jusqu'à la lie, sachez que vous avez été les caryatides de l'oeuvre d'un homme qui aurait pu écrire et chanter, comme le fit mon grand ami Jacques Brel, que j'ai très bien connu : "Etre une heure, une heure seulement, être une heure, une heure quelquefois, être une heure, rien qu'une heure durant, beau, beau, beau et con à la fois".


JF

img536.jpg

Serge Gainsbourg à Toulouse, en novembre 1984.
Photo Michel Labonne.
(Cette photo me "parle" à double titre : on y voit, à droite
le dernier autopont de la Ville Rose, avant destruction ;
En ce même endroit, à deux pas du Palais de Justice,
je passe tous les jours.... sur les pas de Gainsbourg !)

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commentaires

Joël Fauré 27/01/2010 22:10


Alba : Comme disent les belges, pour l'assentiment : "Ca va".


Alba 27/01/2010 14:00


Ce soir vers 23 h, ça vous va ?


Joël Fauré 26/01/2010 00:18


Alba : J'ai égaré votre téléphone. Honte et opprobre à moi ! Pouvez-vous m'appeler, au nom de notre "Maison Commune" ?


Alba 25/01/2010 23:30


Pour moi, BB c'est la BEAUTE incarnée !!!! je n'ai pas encore trouvé celle qui pourrait la supplanter à mes yeux... quant à Gainsbourg j'ai envie de dire que sa laideur était belle!!


Joël Fauré 23/01/2010 21:39


Amandier : J'ai dans "la mémoire vive" du disque dur de mon cerveau pléthore de chansons... Il faut pardonner les quelques "ratés" à l'allumage ou... à "l'éteignage". Eteignage : "amusant", non ?


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