23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 17:29

img556                                                Flyer "Compagnie Victoria Régia"

                         LE BAISER DE LA VEUVE :

                       TOURNANTE ET RETOURNANTE

"Partout où l’on joue une de mes pièces, j’ai une maison" aime dire Israël Horovitz, dramaturge américain le plus joué en France (dixit "Wikipédia"). Qu’il sache qu’à Toulouse, Yvon Victor, de la Compagnie "Victoria Régia", vient de lui ériger un coquet pavillon, et que ses locataires sont bien sous tous rapports. Au concours d’architectes, il accède avec mention "très bien".

J’ai eu la chance de croiser le jovial visage d’Yvon Victor plusieurs fois au théâtre de Poche, et l’honneur de déjeuner à la même table qu’Israël Horovitz, que je tiens comme une réincarnation de Beckett. C’était en 1998, au festival de théâtre de Chatillon-sur-Chalaronne, où mon "parrain" de théâtre Jean-Paul Alègre m’avait invité. D’Horovitz, j’avais lu et apprécié "Le Premier", "Didascalies" et surtout "Le baiser de la veuve" placée dans mon "panthéon personnel" comme étant une de ces pièces  à atmosphère affectionnées, quelque part entre un Jack Kerouac "sur la route" et une peinture de "Hopper", "La station service", par exemple.

Tout ceci était amplement suffisant pour me faire asseoir face à la scène de la "Cave Poésie René Gouzenne", afin de tenir le quatrième mur de la maison Horovitz, à Massachusets-sur-Garonne et apprécier ce que fait du veuvage la comédienne Marine Collet, dans le triangle conflictuel où son auteur l’a placée. Aux angles isocèles, Grégory Felzines et Jean Gary. Alias Betty Stark, Bob dit "Le Bélier" et "Georges" dit "La Crevette".

Un critique sans sève pourrait dire de la pièce "Le baiser de la veuve" version Yvon Victor que, s’il existait une cérémonie de remise des tomates en caoutchouc, elle ne serait pas "nominée".

On le saura de suite : d’abord, la mise en scène est astucieuse. Ensuite, le texte est respecté. Enfin, le jeu d’acteur, réussi, est physiquement intellectuel ou intellectuellement physique, si l’on sait que cette sombre histoire convoque les thèmes de la mémoire, de la rivalité, des rapports de force et de la vengeance. Il est question de mort et de petite mort.

Nous sommes dans l’Amérique profonde, dans un atelier de recyclage de papier où bossent, luttent et chahutent "Le Bélier" et "La Crevette". Betty Starck revient "au pays". Un article dans la presse le dit. Bob et Georges en sont tout émoustillés. Bob prétend qu’elle lui a donné rancard. Georges ronge son frein.

Elle est jolie, elle sent bon, elle réfléchit ; elle a réussi sa vie ("Elle a fait 2 fois le tour du monde" ; "Elle fait de la critique. Elle donne des notes.") ; elle porte des bas noirs et des bottes noires à talons biseautés qui claquent. Ca compte.

Ils sentent la sueur, la graisse de leur presse à papier ; ils ont des pompes trouées et des "Marcel" de débardeurs auréolés de cambouis, un langage de faux marlous et quand ils s’expriment, c’est souvent avec leurs poings.

Trois fois elle dira : "Absolument" ; dix fois, ils diront : "Ca me la coupe".

Au départ, elle n’est pas venue pour se venger : elle est simplement venue au chevet de son frère aveugle, agonisant.

Ils se souviennent et ils évoquent. Et ils rêvent de "posséder poétiquement" cette femme devenue et restée belle, malgré son veuvage et surtout malgré le trauma, qui refait surface, dans le marigot des souvenances. "Devenue et restée" parce qu’ils l’ont connue avant. Sur les mêmes bancs du lycée. Et même que, oui, c’est bien clair maintenant, même que, le soir de la fête de fin d’année scolaire, après boire, ils ont abusé d’elle, sur la plage, tous tant qu’ils étaient."Le Bélier, la Crevette et les autres..." Et même qu’en cherchant bien, ils se souviennent de tout. "C’était qui le premier ?". "C’était qui qui maintenait les cuisses écartées ?".

Alors Betty va changer de registre. La femme-objet, la femme-jouet va se muer en femme-missile. Elle va ouvrir tout grand son corsage et agiter ses petits seins comme des grenades. La veuve noire deviendra succube. Il y aura guerre et dommages collatéraux chez les civils...

 

Je décerne des lauriers personnels à Marine Collet -qui rejoint "l’abattage" d’une Sylvie Maury- tout en subtilité et en nuances, belle et belle en voix, et je ne lui dirais pas non si elle me propose de "chausser" le rôle de "la botteresse" dans ma pièce "L’Employé aux écritures", dont le texte est lisible sur ce blog.

 


Joël Fauré

 


"Le baiser de la veuve"
  d’Israël Horovitz est publié chez "Editions Théâtrales"


Marine Collet. Photo Patrick Moll.

img552.jpg

Dans les rues de Chatillon-sur-Chalaronne, de gauche à droite : Jean-Paul Alègre, Danièle Dumas (Rédactrice en Chef de "L'Avant-Scène Théâtre") et Israël Horovitz. 1998. Photo JF.

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commentaires

Joël Fauré 15/07/2010 19:48


Yvon Victor : Le théâtre a ceci de particulier qu'il lance des passerelles et permet plusieurs degrés de lecture. Selon le mot de Jouvet - si ma mémoire est bonne - "au théâtre, on joue ; au
cinéma, on a joué".
Bienvenue ici et merci. Nous nous enrichissons de nos propres inspirations.


Victor 05/07/2010 23:05


Bonjour
Il est fort intéressant de s'imaginer des gens dans une salle qui viennent découvrir un travail mais avant tout un spectacle , une pièce , un auteur. On monte des spectacles en espérant, après
avoir un peu réfléchi faire réfléchir les autres. Et voilà que la critique tombe et que l'on peut la lire par hasard sur un site que l'on ne connait pas.Les gens réfléchissent et parfois le font
savoir. C'est bien parce qu'on aurait tendance à l'oublier. On dit que le théâtre est éphémère et pourtant combien de traces laisse-t-il? en nous? Combien de monde encore construit-t-il? Combien de
joies, de vocations inspire-t-il? Il est pour moi cette autre démocratie dont on ne parle pas. Celle placée au dessus de cette politique qui s'impose et n'écoute pas. Elle est au dessus de ces
politiques loin de l'échange qui pensent toujours que la raison est "leur" raison et que le théâtre est à dédaigner.
Mais la parole théâtrale comme un magma dans l'obscurité des profondeurs pousse le chemin et fait entendre bientôt la force et la conviction de ceux qui aiment et qui le disent. Ils veulent un
autre monde. Un monde de respect et de joie. Un monde où l'original pourrait-être entendu comme un sage et non pas moqué. Un monde où les voix et les voie quel qu'elles soient pourraient
s'exprimer, se faire entendre et vivre en paix.Je fais ce que je fais pour que la terre soit à jamais ma maison et n'ai nullement besoin d'un ailleurs. Je fais ce que je fais pour que ma vie soit
partagée avec le plus grand nombre quand je le souhaite et en accord avec moi-même lors de mes moments de solitude ou d'isolement. Enfin, je sais que ce que je fais n'est pas encore
l'accomplissement total de ce que je peux faire, veux faire ou pourrais faire mais je sais que mes actions et mes pensées me mènent à l'harmonie. Seul joyaux dont la valeur est inestimable à mes
yeux. Et si l'on sait regarder l'autre, si l'on sait prendre le temps de le regarder,si l'on sait l'écouter si l'on sait contempler ce qui nous entoure,aussi longtemps l'on saura s'extasier et
avoir un regard d'enfant sur les choses, aussi longtemps aussi nous pourrons aimer et vivre cette harmonie.
J'invite tout ceux qui liront ce petit mot et qui désireront à l'avenir être en harmonie avec les autres et avec eux-même, à ne plus regarder ou écouter la poubelle médiatique mondiale qui nous
pourrit toutes nos sensations devant le beau.

Bien à vous et merci à Joël Fauré de m'avoir inspiré.

Yvon Victor


Joël fauré 24/02/2010 14:40


Aurora :La formule est fort belle. Mais nos héros, hélas, ne sauront pas l'appliquer... In cauda venenum...

Amandier : Diantre ! Après "ça décoiffe", "ça dépote", "ça déchire" ? Je prends, c'est "parlant".
Merci, cher Amandier.

Jeanne : Ah, tu verras, tu verras...

Alba : Je suis certain que vous apprécierez. Lisez aussi "Le Premier"...


Alba 24/02/2010 14:00


Voilà de quoi me donner envie de découvrir cet auteur ! Merci Joël.


jeanne 24/02/2010 13:11


et là
j'ai envie de voir
sur les planches...
bises


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