26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 17:46

                      COMME UN TABLEAU FAUVE

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"La Dépêche du Midi" (Edition Nord-Est) 26 février 2009

Sur la couverture, une affiche du cirque Amar claironne la venue de Jeannette Mac Donald et ses dix lions. Joël Fauré a choisi cette illustration pour un ouvrage qu'il va publier, cette année. Il s'intitule "Comme un tableau fauve" avec en sous-titre "La vie extraordinaire de Jeannette Mac Donald et un peu de la mienne".
Car la route de l'auteur buzétois a croisé celle de la grande dompteuse en 1973 lorsque le directeur du zoo de Buzet-sur-Tarn a accueilli Jeannette et sa petite ménagerie avec tout de même cinq lions, des singes et 35 chiens. Joël avait 11ans, des rêves de l'enfant de "Cinéma Paradiso" et Jeannette, 55 ans, fatiguée par l'errance avec ses enfants-animaux et échouée à Buzet qui sera sa dernière étape pendant 24 ans avant que ne brûle sa caravane et qu'elle décède en 1999 dans une maison de retraite à Grenade-sur-Garonne.

LA PLUS GRANDE DOMPTEUSE DE FAUVES

 

Avec un brin de malice, Joël Fauré prévient le lecteur qu'il ne s'agit pas d'un livre sur Jeannette Mac Donald qu'il considère comme un personnage de fiction tant l'itinéraire de cette femme paraît fabuleux. Pourtant l'auteur, maniaque comme peut l'être quelqu'un qui souffre de TOC (troubles obsessionnels compulsifs) n'a pas compté ses heures pour retrouver des bribes de la vie et de l'époustouflante carrière de Jeannette Mac Donald.

Dans la première partie de l'ouvrage, Joël Fauré évoque les premiers pas de cette enfant de la balle, fille et petite-fille de dompteur qui sera une enfant-actrice, notamment auprès de Maurice Chevalier, débutera en piste à l'âge de 15 ans comme charmeuse de serpents avant d'être la seule femme au monde à présenter un groupe de dix lions.

Ce n'est pas l'itinéraire d'un enfant gâté car Jeannette, vedette du cirque Amar, verra sa vie basculer en 1967 à Alger lorsque brûle son cirque, la laissant dans la rue avec huit lions, deux ours, une éléphante, une hyène, etc.

 

LE DERNIER VOYAGE EN FORET DE BUZET

 

La deuxième partie du livre est plus intéressante parce qu'elle est écrite par un témoin direct du parcours semé d'embûches de la directrice du zoo de Buzet. Joël Fauré, en chroniqueur soucieux de décrire serré, n'ébarbe rien de la vie difficile de l'ancienne gloire des pistes de cirque, faisant les poubelles, vendant de la ferraille pour nourrir ses animaux, croisant le fer avec Brigitte Bardot qui s'était émue de ce qu'elle considérait comme un "mouroir".

L'ouvrage devrait être abondamment illustré par des dizaines de photos, de fac-similé de lettres, d'articles, d'affiches.

Parmi ces documents : une photo de Jeannette avec le grand dompteur Frédéric Edelstein, prise en mars 1999 lors de la venue du cirque Pinder à Toulouse. C'était quelques semaines avant la mort de l'amie des bêtes.

Jeanne Corfdir dite Jeannette Mac Donald repose à Bessières dans le caveau familial d'un ami qui a tenu à l'ouvrir à cette grande dame qui était sans famille. Aujourd'hui, Joël Fauré écrit plus qu'une épitaphe.

 

Henri Beulay

Le texte est chez l'imprimeur. Nous travaillons pour faire de cet ouvrage un bel objet, mais avant tout, la trace d'un destin exceptionnel. La presse (et en particulier "La Dépêche du Midi") qui a toujours aidé et soutenu Jeannette n'est pas amnésique et nous fait l'honneur, aujourd'hui, par la plume d'Henri Beulay, de "couvrir" l'annonce de publication de ce texte, que les fidèles de ce blog ont déja pu lire en intégralité.
Que soient remerciés celles et ceux qui sont venus, qui viendront découvrir ; celles et ceux qui reviendront redécouvrir sur le papier, au delà du "Cercle Enchanté", une histoire extraordinaire, mais aussi butiner l'humilité d'une grande leçon de vie.

JF

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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 17:29

img556                                                Flyer "Compagnie Victoria Régia"

                         LE BAISER DE LA VEUVE :

                       TOURNANTE ET RETOURNANTE

"Partout où l’on joue une de mes pièces, j’ai une maison" aime dire Israël Horovitz, dramaturge américain le plus joué en France (dixit "Wikipédia"). Qu’il sache qu’à Toulouse, Yvon Victor, de la Compagnie "Victoria Régia", vient de lui ériger un coquet pavillon, et que ses locataires sont bien sous tous rapports. Au concours d’architectes, il accède avec mention "très bien".

J’ai eu la chance de croiser le jovial visage d’Yvon Victor plusieurs fois au théâtre de Poche, et l’honneur de déjeuner à la même table qu’Israël Horovitz, que je tiens comme une réincarnation de Beckett. C’était en 1998, au festival de théâtre de Chatillon-sur-Chalaronne, où mon "parrain" de théâtre Jean-Paul Alègre m’avait invité. D’Horovitz, j’avais lu et apprécié "Le Premier", "Didascalies" et surtout "Le baiser de la veuve" placée dans mon "panthéon personnel" comme étant une de ces pièces  à atmosphère affectionnées, quelque part entre un Jack Kerouac "sur la route" et une peinture de "Hopper", "La station service", par exemple.

Tout ceci était amplement suffisant pour me faire asseoir face à la scène de la "Cave Poésie René Gouzenne", afin de tenir le quatrième mur de la maison Horovitz, à Massachusets-sur-Garonne et apprécier ce que fait du veuvage la comédienne Marine Collet, dans le triangle conflictuel où son auteur l’a placée. Aux angles isocèles, Grégory Felzines et Jean Gary. Alias Betty Stark, Bob dit "Le Bélier" et "Georges" dit "La Crevette".

Un critique sans sève pourrait dire de la pièce "Le baiser de la veuve" version Yvon Victor que, s’il existait une cérémonie de remise des tomates en caoutchouc, elle ne serait pas "nominée".

On le saura de suite : d’abord, la mise en scène est astucieuse. Ensuite, le texte est respecté. Enfin, le jeu d’acteur, réussi, est physiquement intellectuel ou intellectuellement physique, si l’on sait que cette sombre histoire convoque les thèmes de la mémoire, de la rivalité, des rapports de force et de la vengeance. Il est question de mort et de petite mort.

Nous sommes dans l’Amérique profonde, dans un atelier de recyclage de papier où bossent, luttent et chahutent "Le Bélier" et "La Crevette". Betty Starck revient "au pays". Un article dans la presse le dit. Bob et Georges en sont tout émoustillés. Bob prétend qu’elle lui a donné rancard. Georges ronge son frein.

Elle est jolie, elle sent bon, elle réfléchit ; elle a réussi sa vie ("Elle a fait 2 fois le tour du monde" ; "Elle fait de la critique. Elle donne des notes.") ; elle porte des bas noirs et des bottes noires à talons biseautés qui claquent. Ca compte.

Ils sentent la sueur, la graisse de leur presse à papier ; ils ont des pompes trouées et des "Marcel" de débardeurs auréolés de cambouis, un langage de faux marlous et quand ils s’expriment, c’est souvent avec leurs poings.

Trois fois elle dira : "Absolument" ; dix fois, ils diront : "Ca me la coupe".

Au départ, elle n’est pas venue pour se venger : elle est simplement venue au chevet de son frère aveugle, agonisant.

Ils se souviennent et ils évoquent. Et ils rêvent de "posséder poétiquement" cette femme devenue et restée belle, malgré son veuvage et surtout malgré le trauma, qui refait surface, dans le marigot des souvenances. "Devenue et restée" parce qu’ils l’ont connue avant. Sur les mêmes bancs du lycée. Et même que, oui, c’est bien clair maintenant, même que, le soir de la fête de fin d’année scolaire, après boire, ils ont abusé d’elle, sur la plage, tous tant qu’ils étaient."Le Bélier, la Crevette et les autres..." Et même qu’en cherchant bien, ils se souviennent de tout. "C’était qui le premier ?". "C’était qui qui maintenait les cuisses écartées ?".

Alors Betty va changer de registre. La femme-objet, la femme-jouet va se muer en femme-missile. Elle va ouvrir tout grand son corsage et agiter ses petits seins comme des grenades. La veuve noire deviendra succube. Il y aura guerre et dommages collatéraux chez les civils...

 

Je décerne des lauriers personnels à Marine Collet -qui rejoint "l’abattage" d’une Sylvie Maury- tout en subtilité et en nuances, belle et belle en voix, et je ne lui dirais pas non si elle me propose de "chausser" le rôle de "la botteresse" dans ma pièce "L’Employé aux écritures", dont le texte est lisible sur ce blog.

 


Joël Fauré

 


"Le baiser de la veuve"
  d’Israël Horovitz est publié chez "Editions Théâtrales"


Marine Collet. Photo Patrick Moll.

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Dans les rues de Chatillon-sur-Chalaronne, de gauche à droite : Jean-Paul Alègre, Danièle Dumas (Rédactrice en Chef de "L'Avant-Scène Théâtre") et Israël Horovitz. 1998. Photo JF.

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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 17:36

img555.jpgPhoto Junko Kimura. GETTY IMAGES. AFP.

        PEINE PLANCHER


S
i j’arrive à me faire à l’idée qu’adolescent, je fus traumatisé, au moment de passer mon permis de conduire par cette équation à une inconnue : dans une automobile, il y a trois pédales et je n’ai que deux pieds, je reste stupéfait, près de trente après, alors que j’ai pas mal de route à mon compteur et de volant collé à mes mains, par ce qui arrive à cette Société aux deux anneaux entrelacés formant un "T", qui me paraît fort de café et gros comme du gros sel.
L
e dire est déjà "hénaurme" : la pédale de frein ne freine plus, celle d’accélération reste coincée. Pire que tous mes cauchemars réunis ! Le voir écrit tempère les angoissés : "Un dysfonctionnement de pédale d’accélérateur" et "une sensation d’inconfort de freinage". C’est ce qu’on peut lire dans les pleines pages des journaux que la Marque a dû payer sans crédit revolving pour s’expliquer, un peu comme si un dictionnaire se fendait d’un erratum -et ça c’est déjà vu- : "Une regrettable erreur a fait intervertir les légendes des champignons comestibles et des champignons mortels." "Les survivants auront rectifié d’eux-mêmes"  se donnant pour chute  à ceux qui pratiquent l’humour noir et ceux qui aiment rire jaune.

Depuis que l’on construit des automobiles, on n’a cessé d’apporter des améliorations et des améliorations aux améliorations, et il n’est qu’à voir le parc des "véhicules terrestres à moteur", leurs beaux atours et la large palette de ses concepteurs, de ses utilisateurs,  de ses adulateurs ; il n’est qu’à songer deux secondes au riche vocabulaire et à la symbolique forte de la bagnole, la tire, la caisse ; il n’est, sans aller chercher bien loin, qu’à se souvenir de l’invention de la roue pour être subitement rappelé à l’ordre dans son élan. Par l’essentiel. Savoir avancer. Savoir s’arrêter.

Ce n’est pas la société aux deux alliances qu’il faut ici incriminer, mais la Société avec un grand "S", celle-là même demandeuse de vitesse, de cadence, de production, d’accessoire.

Au détriment du principal. Je suis persuadé que les ingénieurs, savants et garants de leurs pédales, ont plutôt misé sur la courbe d’une calandre ou l’aérodynamique d’une aile.

Et moi, avec cette petite chronique de petit rapporteur, j’ai comme l’impression d’avoir un peu trop appuyé sur le champignon.

 
JF

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 18:27

      

                                     PASCAL JARDIN :

             L’HOMME QUI AIMAIT LES (BOTTES DES) FEMMES 


Ici même, dans ma livraison du 30 mai 2007, j’écrivais :"Pascal Jardin, romancier, dialoguiste, a laissé une oeuvre attachante. Ce touche-à-tout de talent a d'abord été touché dans sa prime enfance par les bottes de sa gouvernante. Il raconte cet épisode dans "La guerre neuf ans". (Les Cahiers Rouges - Grasset) [...] [Avec Pascal Jardin] l'occasion -en or- m'est donnée de légitimer l'existence de ce blog, et surtout sa "ligne éditoriale" : littéraire et érotique ! A la lecture des premiers éditos, on le sait, je suis fétichiste avéré et littéraire épidermique.
Longtemps je me suis cherché une identité sans pouvoir me réaliser. Il me semble que cette "tribune" m'aide y voir un peu plus clair, et tant pis si j'écris dans le désert, ou pour des inconnu(e)s du hasard ou encore pour des "happy few. Or donc, occasion aujourd'hui m'est donnée de mélanger le suc littéraire et érotique, en plein mitan écartelé entre le vice et la vertu,
grâce à Jardin père... [...]"
Le 15 juin de la même année, je répercutais sur ce même écran ma rencontre avec Alexandre Jardin, le fils de Pascal, qui me confirma :

"Mon père ? Oui, c’était un fétichiste. Mais un fétichiste joyeux. Il déboulait à la maison avec plein de paires de bottes. C’était flamboyant."

Or, voici qu’une biographie de Pascal Jardin, signée Fanny Chèze, vient de paraître chez Grasset.

J’ai dévoré ce texte passionnant, fruit d’un travail de recherches de cinq ans, argumenté, sans pathos ni mièvrerie. Car on imagine la moue faite par les petits marquis de la critique à l’évocation du nom de Jardin, grand-père, père, et fils confondus et emboîtés comme poupées gigognes. Il faut dire qu’il y a de quoi gloser, dès le départ, quand on sait que Jean jardin, le père de Pascal, (Me suivez-vous ?) a eu des "amitiés vichyssoises" et fut le secrétaire de Pierre Laval. C’est dit. C’est su. On ne s’attardera pas là-dessus.

Lorsqu’on aura relevé la phrase implacable et principale de l’ouvrage de Fanny Chèze : "Si l’on se réfère ses dernières oeuvres -magnifiques- il est évident que Pascal [1934 - 1980] serait devenu l’un des plus grands auteurs français." (Page 128), on pourra sympathiser avec ce ludion, "allergique la banalité [...] fasciné par l’intensité de la vie.

Qu’en fit-il de sa vie ? D’abord, il la vécut de guerre en guerre. La vraie, "la 39-45", la guerre sainte avec et contre les femmes (tout contre !),  contre la maladie et surtout contre lui-même.

Ce cancre empli de mots et de formules ne pouvait que passer par la case cinéma, là où il s’est véritablement forgé un nom, plus que dans la littérature où il s’est essayé pour finalement n’écrire que le même livre ou encore le théâtre d'où une sorte de consécration est venue post-mortem.

Il suffirait de citer des titres de films cultes qu’il dialogua (Nous avons du temps devant nous : "Le Vieux fusil", "La Veuve Couderc", "Le Chat"...", de lister les plus grands noms du cinéma, qu'il approcha -qu'il dompta ?- (Il nous reste un peu de temps, Monsieur le Bourreau ? Allégret, Granier-Deferre, Sautet, Signoret, Gabin, Delon, Deneuve, Girardot, Piccoli,  Noiret, Romy Schneider...) pour se parfaire une idée de la trace prégnante qu’il a laissée.

Dire Jardin, Pascal, c’est dire l’énorme potentiel de séduction et de sympathie qu’il dégageait.

Et j’y reviens, c’est dire le joyeux fétichiste des bottes qu’il était.

Sur 307 pages, le mot "bottes" est écrit 24 fois et le mot "cuissardes" 2 fois.

Le plus savoureux témoignage est peut-être celui de Michèle Mercier, cette "indomptable Angélique, Marquise des Anges", qui les porta si bien : "Il [Pascal Jardin] avait un talent fou, il était drôle, très drôle. Il était très gauche parfois devant les dames, c’était très amusant, sauf quand elles avaient des bottes. Je me souviens de la première fois qu’il m’a vue. Je lui ai dit "Qu’est-ce que j’ai qui va pas ?", "Non, rien du tout, c’est génial, c’est génial !" me répondit-il. Alors j’ai compris qu’il aimait bien les dames qui avaient de hauts talons et surtout des bottes. Il passait son temps à regarder les bottes, ça nous a amusés tout au long du tournage." (Page 119).

Cet être de jeu, de hasard (il signait des chèques en blanc et les cachait dans les cabines téléphoniques), de femmes ("Il trouve le quotidien bête à pleurer et aime d’avantage l’idée qu’il se fait de la femme que ce qu’elle est"), d’alcools et d’alcôves, de tabac (Il fumait jusqu’à trois paquets par jour) "n’était pas fait pour vivre. Il jouait à se suicider en permanence dans la plus parfaite extravagance".

Et pourtant, il faut lire "Pascal Jardin", la biographie de Fanny Chèze que l’on aime la vie ou qu’on la trouve moche. Il y a dans ces pages quelque chose qui ressemble à un mode d’emploi.

 
JF


" Pascal Jardin". Biographie. Fanny Chèze. Grasset. Janvier 2010.

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17 février 2010 3 17 /02 /février /2010 17:42


Source : DR

              LA SNCF PREND LA TETE


Mais que s’est-il donc passé dans la tête des publicitaires chargés de promouvoir notre bonne vieille société ferrugineuse ? Trop de matière grise les a-t-il fait dérailler ?

Que dit le placard, actuellement ouvert dans les journaux ? Ceci : 800 000 cerveaux valent mieux qu’un" en très gros et en très gras et en très gris foncé pour ne pas dire "noir Soulages", le chiffre seul colorisé comme on l’aurait fait pour un vieux film en noir et blanc. Suit : Tant qu’à faire un site pour vous autant le faire avec vous. Chaque jour, vous êtes 800 000 utilisateurs à vous rendre sur voyages-sncf.com. Et parce que votre avis nous est précieux, nous avons mis en place :
- La Love team, une équipe spécialement dédiée à votre écoute, qui repère vos poblèmes d'utilisation personnels et apporte des améliorations constantes sur le site.
- Le Lab, pour vous permettre de tester en avant-première les nouveaux services du site et recueillir vos avis."

Et c’est signé : "Voyages-sncf.com" assorti du slogan "Plus loin que vous ne l’imaginez."


Il peut tout sortir d’un crâne, des humeurs aqueuses aux humeurs pécantes. Des idées géniales aux idéologies meurtrières. N’est pas Minerve qui veut qui sort du crâne de Jupiter, Jupiter dont la productive anatomie présente aussi des cuisses d’où certains prétendent être issus.

"800 000 cerveaux valent mieux qu’un. Donnez-nous votre avis." L’invite est de taille mais elle est effrayante. Et peut-être vaine. Reste-t-il encore "du temps de cerveau humain disponible", depuis qu’une célèbre boisson gazeuse l’a phagocyté", selon le bon vouloir d’un Président-Démiurge-Général d’une grande chaîne de télévision ?

Ne regardant la télévision que lorsque j’y passe, et une fois le mot "cerveau" posé sur la table -le mien, bien que truffé d’une multitude d’obsessions et de compulsions, comme un rôti copieusement aillé- j’ai mordu à l’hameçon, et pour mieux faire avancer les trains, les faire partir et arriver à l’heure, j’ai contribué à la construction du site.

J’ai donc pianoté sur l’adresse indiquée et marqué :

"Afin de répondre favorablement à votre demande, je vous saurai gré de bien vouloir m’éclairer sur les énoncés du problème que vous nous soumettez. "Love team" et "Lab", késaco ? Lol mdr. ;-). Une orgie au CNRS ? Une partouze dans une cellule de crise ? Une partie de jambes en l’air dans mon laboratoire d’analyses médicales où je possède ma carte de fidélité ? Une bonne fellation dans le salon "Avale" de la "Maison Blanche" ?

A vous l’honneur ! Il reste 799 999 jus de crâne à récolter.

 

JF

PS : [Celles et] ceux qui m'aiment prendront le train.

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15 février 2010 1 15 /02 /février /2010 16:47


Audrey Tautou. Photo DR.
        UNE MOISSON DE POUPEE
 


"Une femme fait ou défait une maison"
. Facile, pour le mauvais échotier, d'amorcer, avec ce proverbe, ce qu'il va dire.

"Qui a deux femmes perd son âme. Qui a deux maisons perd la raison." Facile aussi, de reprendre l’exergue des "Nuits de pleine lune", du déjà regretté Eric Rhomer..

Moins facile de parler de mon vieil ami norvégien Henrik Ibsen, dont je n’ai jamais su si c’était par paresse ou par snobisme qu’on l’appelait Ibsen. Sa "maison de poupée" en a fait un fameux architecte, et il est heureux de savoir que son théâtre n’a pas une seule fissure, et que le toit ne prend pas l’eau.

Dans cette maison, Nora, une poupée, comme Agnès dans "L’Ecole des femmes" de Molière, fait des bêtises quand son mari n’est pas là ... Je vous résume, pour faire court. Enfin, ce ne sont pas tout à fait des bêtises, puisque des "Nora" et des "Agnès", il en reste encore -et au XXIème siècle- et ces soumises-là aux ukazes de leurs "gentils" maris, élevées comme dindes en batterie, pensent bien faire par pure naïveté.

A lire la presse, on apprend, avec des variantes, que deux, trois, quatre ou cinq "maisons de poupées"(1) seront montées cette saison par le Théâtre Français. Un lotissement !

Celle dont j’ai vu les fondations et la principale habitante était dans "Le Journal du Dimanche" d’hier. La mise en scène est signé Michel Fau et Nora interprétée par Audrey Tautou, dont la destinée est fabuleusement attachée à une Amélie Poulain comme on en voudrait à la place des médiateurs et des conciliateurs de justice.

Audrey Tautou est une bonne comédienne. Sera-t-elle une bonne actrice ? Il faudra entrer dans sa maison et dans sa pièce qui se joue au Théâtre de la Madeleine, à Paris.

A-t-elle le trac ? Elle préfère ne pas trop y penser, dit-elle au "JDD". Et Jean-Pierre Jeunet, interrogé, la blinde d’une jolie formule "Audrey ? C’est un tank dans une théière de porcelaine." Le pendant du "ruban autour d’une bombe" d’André Breton qualifiant Frida Khalo.

"Cadet Rousselle a trois maisons...." Facile, de terminer ainsi.

 
JF

 
(1) Mon ami Israël Horowitz ("Le premier", "Le baiser de la veuve") a coutume de dire : "Partout où l’une de mes pièces est jouée, j’ai une maison".

 
A lire :

"Une maison de poupée" (Henrik Ibsen). En poche, chez "Lgf" ou "Flammarion", à prix modique.

 

 
Théâtre Ibsen de Vienne
Lithographie de Frank Wedekind (1898) 

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10 février 2010 3 10 /02 /février /2010 18:59

img554.jpg                                      Fac-similé "Lire aux cabinets". Henry Miller. Folio.
            "MERDRE" ALORS !

Allons, ne pensez surtout pas que ce blog devienne scatologique. Je "nourrirai" même jusqu’à une sorte d’aversion vis-à-vis du vocabulaire tournant autour des excréments. Je me suis arrêté à une devinette, du temps de l’oralité, avant qu’elles ne perdent, sur Internet, tout leur effet et tombent à plat sur :

"Savez-vous pourquoi il ne faut pas déféquer sur une voie ferrée ? Car la matière fait cale (fécale)."  ou encore celle-ci, que je tiens d'un mien ami : "Les pigeons : la fiente. Le vaches : la bouse. Les mouches : les pets. Les chiens : les crottes. Moralité : chacun sa merde !"

J’ai applaudi la trouvaille d’Alfred Jarry, qui a habilement recyclé cette matière dernière lorsqu’il a placé dans la bouche de son Père Ubu le mot "merdre".

J’ai lu le mythique "Lire aux cabinets" d’Henry Miller, et passé bien du temps à mettre sa proposition en pratique...

J’ai entendu à la radio, aujourd’hui-même, cette citation de Dario Fo :

"Nous sommes dans la merde jusqu’au cou. C'est pour ça que nous marchons la tête haute."

Et c’est pas plus tard qu’hier que je suis tombé sur un étron qui est devenu pépite de langage, de sens, dans un texte court et dense, fort bien "senti".

Il est écrit par Clara, dont les fidèles de ce blog peuvent lirent les commentaires.

Deux mots sur Clara. Clara est une chanson de Brel et de Chamfort. Mais pas seulement. Clara est un abîme et un abysse, en quête de dards et de jets puissants, de saillies et de "sexitude" non formatée. Clara n’aime pas l’eau tiède.

Son texte, que je souhaite vous faire partager, aurait pu être écrit par Lawrence d’Arabie, qui ne souhaitait rien d’autre qu’effacement masochiste alors qu’il menait un gigantesque combat.


Ce texte, le voici :

 

A nouveau anéantie.

Plus rien.

Un rebut. De la merde.

Même pas. Car la merde, ça se ramasse, se jette, s’enjambe...

Il y a action vis-à-vis d’elle. Il y a regard, au moins de pas marcher dedans.

Moi, rien.

Je n’existe pas.

Juste "rien".

Un rien qui pèse des tonnes.

 

Clara

JF

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9 février 2010 2 09 /02 /février /2010 19:38

 

      OU L’ON APPREND L’EXISTENCE

           DE BOBBY RANDECONEUX

Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Me voici bidonnant sur mon ventre bedonnant à la Ubu,  trouvaille de mon vieux copain potache Alfred Jarry... Cornegidouille !

De par ma chandelle verte, que fièvre me mine et qu’un mal me broie si mon amusement est feint. D'où vient cette hilarité ? D'ici : "Bernard-Henri Lévy s’est fait piéger en citant dans un livre Jean-Baptiste Botul, auteur qui n’a jamais existé" écrit Libé, juste après "Canular" en caractères gras "lie de vin" page 27 aujourd’hui. L’information s’est répandue comme lave en fusion. Une bonne fois pour toutes intégrée et actée cette belle invention de Frédéric Pagès, journaliste au "Canard Enchaîné" et agrégé de philosophie, et après m’être (re)percuté, du côté de la rue d’Ulm sur un philosophe sur qui il ne fallait pas compter pour animer les réveillons, Louis Althusser pour ne pas le citer, (Lire sur ce présent blog "Carnets"), mon hésitation d’un instant  à faire des choux gras assez faciles en cette tribune n’a pas fait long feu. Des mots affluaient à foison et c’était l’occasion rêvée de vous révéler enfin l’existence de Bobby Randeconeux. (Prononcer "Rang de Cône").

Si Jean-Baptiste Botul est tombé de branches imaginaires, Bobby Randeconeux, que j’ai la chance de très bien connaître, est un homme de l’ombre, en nul endroit répertorié, qui gagne pourtant à être connu. En un mot comme en mille, c’est un génie malmené. Comme il n’est pas homme de réseau, mais laborieux pagayeur en rivières souterraines, il y a fort parier que son nom restera plus longtemps imprimé sur l’annuaire téléphonique que sur les gazettes prescriptrices. Homme de lettres tourmenté, il se dit dramaturgiste et non dramaturge parce ce que "dramaturge, ça rime avec urge et Panurge, alors que dramaturgiste, ça rime avec métallurgiste et sidérurgiste". (1) On voit où on est ? Son sens de la formule, sa fausse fatuité, ses excès et démesures, sa vie tout entière et  son appréhension -dans TOUS les sens d’appréhender- en font un être atypique.

Si Bernard Henri-Lévy tombe sur ces lignes, je lui conseille vivement de s’intéresser d’un peu plus près à ce mystérieux Bobby Randeconeux. (2) Il y a de la matière et il ferait oeuvre utile en extirpant de son magma un homme rare et utile qui, comme Mozart, demande qu’on l’aime un tout petit peu, et alors il pourra émerveiller. Je me tiens  à sa disposition pour la prise de contact.

 

JF

(1) "Les cahiers d' "Ecoute s'il pleut" , Avril 1998
(2) "Mon patronyme peut paraître ridicule, mais il est ainsi inscrit sur les registres de l'Etat-Civil." (Bobby Randeconeux in "Les Cahiers d' "Ecoute s'il pleut", Avril 1998.

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4 février 2010 4 04 /02 /février /2010 19:28

img550Georges Wilson (à gauche), Michel Bouquet et Rufus dans "En attendant Godot" de Samuel Beckett, dans la Cour d'Honneur d'Avignon, en 1979. (Photo DR)

"ESTRAGON : Endroit délicieux. (Il se retourne, avance jusqu'à la rampe, regarde vers le public.) Aspects riants. (Il se tourne vers Vladimir.) Allons-nous en.
VLADIMIR : On ne peut pas.
ESTRAGON : Pourquoi ?
VLADIMIR : On attend Godot.
ESTRAGON : C'est vrai. (Un temps.)
Tu es sûr que c'est ici ?
VLADIMIR : Quoi ?
ESTRAGON : Qu'il faut attendre.
VLADIMIR : Il a dit devant l'arbre. (Ils regardent l'arbre.)
Tu en vois d'autres ?
ESTRAGON : Qu'est-ce que c'est ?
VLADIMIR : On dirait un saule.
ESTRAGON : Où sont les feuilles ?
VLADIMIR : Il doit être mort.
ESTRAGON : Finis les pleurs."

En attendant Godot (Samuel Beckett)
  

            IL AVAIT ATTENDU GODOT

 

En s’éteignant hier à l’âge de 88 ans, Georges Wilson, l’une des grandes figures du théâtre français, c’est tout le quatrième mur du théâtre qui se trouve ébranlé.

Georges Wilson, c’était une gueule et une voix -pour une diction parfaite, il s’entraînait en répétant des "Am - ster - dam"- au service des plus grands auteurs.

Comment, en cette pénible circonstance, ne pas évoquer Jean Vilar, l’homme qui a sorti le théâtre du carcan élitiste où il était à l’étroit et lui a fait prendre l'air ?

Et comment, à titre personnel, ne pas penser plus que jamais à mon grand ami Roger Borlant, 81 ans aux prochaines cerises, élève de Vilar, éloigné de l’art dramatique trente ans durant -quelle hérésie, Roger !- qui a endossé avec superbe et panache, le rôle de mon "Personnage Tout Rouge" de papier. (1) Personnage  à qui il a donné une incarnation et une épaisseur remarquables.

Comment ne pas mesurer la chance, le privilège d’avoir eu, vu, entendu, tout orgueil déployé et revendiqué, un acteur de cet ordre emboucher les mots qu’on a fait se toucher les uns avec les autres sans bien savoir comment ?
Comment contenir la joie aux larmes d’avoir, au téléphone, dans le lobe de mon oreille, pas plus tard qu’il y a deux semaines, le timbre clair de Roger me dire :
  "Je ne voulais pas monter sur scène (2) sans savoir comment tu allais, sans t’avoir parlé, sans avoir entendu ta voix" ?

Orgueilleux, peut-être,  suis-je, cher journal ? Sans doute. Orgueilleux mais heureux.


Et puis Brel lui-même n’a-t-il pas dit, lorsque Franck Sinatra a interprété "Ne me quitte pas" : "Nous avons tous un bon fond de vanité" ?

 


JF

 


(1) Le texte du "Personnage tout Rouge" est publié sur ce blog.

(2) "Je me révolte, donc je suis" la Cave-Poésie de Toulouse.

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Coupure de presse "La Dépêche du Midi" - Critique de la pièce "Orbe" (Le Personnage Tout Rouge)
En photo : Roger Borlant.
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3 février 2010 3 03 /02 /février /2010 21:30
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                                Hors-série du "Figaro". Fac-similé. En vente actuellement.

             LETTRE OU NE PAS L'ETRE

S
i ce "piqué à cheval" pour les mordus des lettres, cet hors-série du "Figaro", -auquel j'ai seulement décollé l'affreuse pastille racoleuse qui, en voulant servir de mouche (de burqa ?) à ma grande amie George Sand la masquait (5€,90 seulement. 300 jeux sur la littérature française pour apprendre en s'amusant) pour l'appliquer en "quatre de couv" sur la face d'une jeune pousse en pose de promotion, ayant encore tout à prouver pour atteindre la postérité ; si cet opuscule vous séduit comme il m'a séduit, au point de délaisser un instant mon ouvrage de fonctionnaire "en sursis", potentiellement licenciable par le fait du prince, alors, vous serez une femme ou un homme heureux.
"La littérature prouve que la vie ne suffit pas" a dit mon vieil ami Pessoa.

JF

Extrait. (Page 16)

Identifiez la citation correspondant à chacun des romans [de Georges Perec] suivants :

La Disparition, La vie, mode d'emploi, Les Revenentes.

a. "La sallle de bains attenant à la chambre du Docteur Dinteville. Au fond, par la porte entrouverte, on aperçoit un lit couvert d'un plaid écossais, une commode en bois noir laqué et un piano droit dont le pupitre porte une partition ouverte : une transcription des Danses de Hans Neusiedler." : .......................................................

b. "Telles des chèvres en détresse, sept Mercedes-Benz vertes, les fenêtres crêpées de reps grège, descendent lentement West End Street et prennent senestrement Temple Street vers les vertes venelles semées de hêtres et de frênes..." : ...................................

 

c. "Anton Voyl n'arrivait pas à dormir. Il alluma. Son Jaz marquait minuit vingt. Il poussa un profond soupir, s'assit dans son lit, s'appuyant sur son polochon. Il prit un roman, il l'ouvrit, il lut ; mais il n'y saisissait qu'un imbroglio confus, il butait à tout instant sur un mot dont il ignorait la signification." : .................................................

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en essayant le plus possible
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