18 janvier 2010 1 18 /01 /janvier /2010 15:46

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Notice du "Petit Larousse Illustré" (Années 50)
Haïti compte aujourd'hui un peu plus de 8 millions d'habitants.

                  PERSONNE NE VA RIRE

Même les humoristes les plus ravageurs ont eu la décence de rengainer, le temps qu'il faut, des "Tahiti, île de rêve ; Haïti, ile de crève" et autre "Port-au-Prince ; Mort-au-Prince". Je suis moi-même effaré que ces formules soient parvenues à mon esprit de nostalgique toujours, pessimiste souvent, optimiste parfois.

De la catastrophe qui vient de toucher Haïti, cette île dans l'anse des deux Amériques, il est difficile de parler, mais impossible de ne pas parler, même ici où le propos aura peu de poids.
On aimerait, avant d'écrire, s'armer de pelles et de pioches et partir là-bas, avec des gourdes, et au bruit sourd d'un cri, d'un appel, ou d'un grattement contre un bloc déconstruit, sauver des vies.
Des savants pleins de plaques (tectoniques) ont expliqué ce que je n'ai pas voulu comprendre.
Les "entre cinquante mille et cent mille morts" du tremblement de terre ne pourront être vengés puisque l'ennemi n'est pas une main qui actionne mais la fatalité.

Si quelqu'un d'important existe, il fait payer un lourd loyer à quelques uns et se montre léger avec d'autres. Il faut croire que cet être difforme tient aussi les rênes du temps. Juillet venu, on repartira avec seaux et pelles construire des petits châteaux sur les plages de sable fin en Espagne... Et Haïti ne sera plus dans les mémoires.
Voilà pourquoi dès aujourd'hui, "ici et maintenant", pour que demain, les survivants à tous les esclavages puissent se reconstruire, il faudra de l'argent. Il sera toujours aussi temps d'envoyer des colis en Pologne ou en Roumanie... Vous aviez peut-être déjà oublié... Il existe plein de "Haïti" de par le monde, des êtres emmurés, endoloris, meurtris... quand il n'arrive qu'une détresse individuelle rejoigne un drame collectif.
Les armoiries de Haïti le disent : "L'union fait la force". Force est de constater que la devise prend tout son sens.


Pour avoir, en son temps, suite au drame AZF à Toulouse, accompli une mission caritative avec "La Fondation de France" -et pour ne pas tomber dans le piège habilement résumé par José Artur : "Ce sont toujours les pauvres des pays riches qui donnent pour les riches des pauvres", je vous invite, garant du sérieux de l'organisme, à adresser vos dons à

Fondation de France - BP 22 - 75008 PARIS

(Chèques libellés à "Fondation de France - Solidarité Haïti"

ou dons en ligne sur

www.fondationdefrance.org


JF

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12 janvier 2010 2 12 /01 /janvier /2010 19:11

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"Le Genou de Claire" d'Eric Rohmer (1972) Photo "Les Films du Losange"     
          
              Eric Rohmer : pas mou du genou


C'est entre "On ne badine pas avec l'amour" et "Les jeux de l'amour et du hasard" qu'il y avait Rohmer. Ce jeune homme de 89 ans avec un prénom qui n'a pas vieilli, Eric, donnait dans le marivaudage qu'il ne dédaignait pas et nous laisse une production riche et subtile qui fera date.
J'ai appris sa mort hier soir dans mon lit, avec un livre de Cioran, "De l'inconvénient d'être né" sur ma table de chevet, offert par un mien ami qui, en exergue, a écrit : "Ne pas lire ce rigolo roumain la nuit comme j'ai pu le faire".
On pourrait dire pareillement : "Ne pas voir les films de Rohmer si on est macho".
J'ai eu confirmation de sa disparition ce matin dans la revue de presse de Bruno Duvic sur France Inter. In extenso : "Les jeunes filles ont le vague à l'âme : elles viennent de perdre leur plus grand peintre" Voilà comment commence le portrait que Philippe Azoury consacre à Eric Rohmer dans Libération. Libé qui a décidément l'art d'enterrer dignement les grands personnages. La une est, ce matin, une très belle photo sur fond noir du cinéaste, de profil. Rohmer au bout du conte". 

Je souscris et m'amuse à l'idée, anecdotique, que l'auteur de "L'amour, l'après-midi" a créé sa société de production "Les films du losange", losange qui est aussi le logo de Libération.


Eric Rohmer a fait s'approcher des garçons et des filles et les a fait parler.

De lui, je retiens, en fétichiste, pour le coup défroqué, "Le Genou de Claire" (Petit clin d'oeil à une Aurora qui est de la distribution de ce film anatomique). "Le Genou de Claire", c'est un peu, avec "Le nombril des femmes d'agent", la chanson de Brassens, l'octroi qui, s'il n'avait pas été pillé, aurait évité bien des mauvais films et mauvais livres.

Mais de lui je retiens surtout l'une des plus belles pièces de théâtre qu'il m'ait été donné de voir et qui m'a ému aux larmes : "Le trio en mi bémol". Ce texte (1), tout en finesse, se cache dans les plis de l'oeuvre "Rohmerienne". Il exploite, en sept tableaux, les rapports entre Paul et Adèle qui, de quiproquos en malentendus, de non-dits en maladresses, avec Mozart pour témoin, cherchent à se redire un "Je t'aime", à peine éclipsé, souhaitant revivre au plein soleil.


(1) "Le trio en mi bémol" est publié chez "Actes Sud".

JF

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2 janvier 2010 6 02 /01 /janvier /2010 20:34

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Photo (Détail) DDM

Moins de désunion, moins de désillusions, moins de désespérance, mais beaucoup plus de désirs

"A PROPOS DE BOTTES"
vous présente
ses meilleurs voeux
et vous souhaite
une très bonne année 2010

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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 19:50

                L'enlèvement

Mystère ! Cette première lettre de cette précieuse liste est devenue hors-circuit. Où est-elle ? Volée ? Envolée ?
Une officine, une boutique de pompes et une échoppe de chine en ont subi les conséquences.
Il est urgent de mener une enquête ô combien difficile ! Personne n'y comprend plus rien : le mystère reste entier.
Ici, on cherche. Evelyne, Sophie, Lionel, et même Georges Perec s'y emploient...
Si une idée vous effleure, merci de nous prévenir.

JF

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"Ph.rm.cie du Sud" .venue de L'URSS. Toulouse. Juin 2005. Photo JF.

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".ntiquités" Rue du L.nguedoc. Toulouse. Juin 2005. Photo JF.

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"Ch.ussures" Route de Mont.ub.n. Bessières. Juin 2005. Photo JF.

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18 décembre 2009 5 18 /12 /décembre /2009 18:40

Voir une amie pleurer

Il est des chansons qui en disent long. Et vrai. Grandes partageuses du lot commun de l'existence, elles expriment, en mots choisis par les élus des muses, sentiments, sensations, vécus et ressentis...
Certains n'ont pas été mauvais pour en écrire de très belles. Jacques Brel est de ceux-là.
"Voir un ami pleurer" fait partie de ses toutes dernières "bétises dont il a le secret" comme il l'écrit à son vieux complice, le pianiste Gérard Jouannest. Elle figure dans le fameux "disque bleu", le dernier, sorti en 1977. 
Cette chanson est dédiée à Aurora.


Bien sûr il y a les guerres d'Irlande
Et les peuplades sans musique
Bien sûr tout ce manque de tendre
Et il n'il y a plus d'Amérique
Bien sûr l'argent n'a pas d'odeur
Mais pas d'odeur nous monte au nez
Bien sûr on marche sur les fleurs
Mais, mais voir un[e] ami[e] pleurer

Bien sûr il y a nos défaites
Et puis la mort qui est tout au bout
Le corps incline déjà la tête
Etonné d'être encore debout
Bien sûr les femmes infidèles
Et les oiseaux assassinés
Bien sûr nos coeurs perdent leurs ailes
Mais, mais voir un[e] ami[e] pleurer

Bien sûr ces villes épuisées
Par ces enfants de cinquante ans
Notre impuissance à les aider
Et nos amours qui ont mal aux dents
Bien sûr le temps qui va trop vite
Ces métros remplis de noyés
La vérité qui nous évite
Mais, mais voir un[e] ami[e] pleurer

Bien sûr nos miroirs sont intègres
Ni le courage d'être juif
Ni l'élégance d'être nègre
On se croit que mèche on n'est que suif
Et tous ces hommes qui sont nos frères
Tellement qu'on n'est plus étonné
Que par amour ils nous lacèrent
Mais, mais voir un[e] ami[e] pleurer

Jacques Brel

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"Voir un ami pleurer" a été enregistré en direct le 21 septembre 1977.

Le deuxième couplet aurait été inspiré à Jacques par les déboires conjugaux d'un ami d'Hiva-Oa [aux Îles Marquises], Marc, lâché par sa femme, polynésienne, et fort embarrassée par l'éducation de son fils.
Les autres couplets sont un panorama, hélas ! non exhaustif, des accidents qui atteignent l'humanité et, donc, lui font mal : un brélorama. On y retrouve quelques tares irrémédiables : la guerre, l'argent, la ville, le racisme. Le refrain est la répétition de :
Mais, mais voir un ami pleurer...
Sous entendu : et ne pouvoir rien faire pour lui. Cette impuissance, il la reflétera encore, dans Jojo."
France Brel et André Sallée "BREL" (Solar, 1988)

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17 décembre 2009 4 17 /12 /décembre /2009 17:59

                 COMME UN ZERO DEVANT UN "UN"

J'ai été amené à écrire "2010" à la main. Pas facile. Faites l'essai. Il faut crever un ballon, rendre un zéro à la dictée du Monde. M'est avis qu'il ne sera pas rare de voir, comme des "a" ou des "e" dans l'"o", des "1" dans les 0...
2010. Un détachement. Une décennie déjà depuis le lancement du bolide à trois roues...
Pas facile pour faire des calculs...
Est revenue à ma mémoire ce que ma mère disait : "Il ne faut pas compter sur ton père. C'est un zéro devant un "un" !
Il a 10 ans, le bon gros rond 2000 qui a fait couler tant d'encre et de salive...
Allez, un peu d'histoire :
1515, c'est Marignan.
1789, c'est la Révolution française ;
Mai 68, c'est... Mai 68.
Et 1111 ? C'est l'invasion des "Huns" !
2010 : entraînez-vous à l'écrire, vous dis-je ! Comment allez-vous vous y prendre ? Comment allez-vous tracer votre "un" ? Droit comme un "I" ? Avec un empattement dessous ? Sur son jambage naturel ? Prêt à être planté comme un piquet sur les petits papiers et écrans de l'avenir ? Avec une antenne relevée comme Priape ?
Surtout, ne faites pas comme moi : ne repassez pas sur les chiffres. Si tel est le cas, vous êtes peut-être atteint de compulsions. Je vous souhaite bien du plaisir...
Au Nouvel-An qui s'approche, le neuf sera vieux.
Je vous donne mon billet, rien qu'un ; il y aura des nostalgiques !

JF

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16 décembre 2009 3 16 /12 /décembre /2009 20:43
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"Au coin de la rue des Filatiers et de la rue Joutx-Aigues, à Toulouse". Juin 2005. Photo JF.


"Un moulage
Se soulage...
Le réverbère,
Pas cerbère
Peuchère,
Pas complice,
Alice,
Pour ne pas voir ça,
Benoît,
A préféré se casser,
René."

Joël Fauré
("Poèmes simplistes")
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15 décembre 2009 2 15 /12 /décembre /2009 17:02

Métro, tricot, poule au pot

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"La Dépêche du Midi" Edition Nord-Est. 26 août 1993

C
ette "buzétoise" dubitative, c'est ma mère. "Ma maman à moi" comme dirait mon grand ami Achille Talon, que j'ai très bien connu. Cette "photo volée" est d'autant plus surprenante si l'on sait qu'elle met en scène deux extrêmes : ma mère, qui prend le métro toulousain, peu de temps après sa mise en circulation (les tunneliers viennent à peine d'achever de "carotter" le sous-sol ocre de la ville rose !) et le métro tout court pour la première fois de sa vie, et la jeune femme à droite, une mienne amie venue se mettre au vert et qui utilise quotidiennement... l'une des  lignes de métro les plus fréquentées au monde  : la ligne A du RER à Paris.

JF

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"Comment ça marche". Métro toulousain (VAL) 1993. Photo JF.

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"Où est le chauffeur ?" Métro toulousain (VAL) 1993. Photo JF.

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14 décembre 2009 1 14 /12 /décembre /2009 16:56

Raymond Fabre,
sa vigne, son oeuvre

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 "La Dépêche du Midi" Edition Nord-Est. 3 mars 1994.


Après lui, il n'y aura presque plus de vigne ni de vigneron à Buzet. Raymond Fabre garde le secret de ses bonnes feuilles, cépages et carnets à souches.
Portrait en pied du dernier des récoltants.

Passés les saints de glace (Saint-Servais (ou Gervais !), Saint-Mamert et Saint-Pancrace, vénérés au mois de mai), Raymond poussera un ouf de soulagement : les gelées tardives ne mettront pas à mal ses vignes. Pour l'essentiel, il ne restera plus qu'à tenir prête la parade à toute velléité symptomatique : l'oïdium, le black-rot, l'effervescence dorée, un insecte qui suce la sève, et le mildiou, cette maladie qui ressemble au juron que l'on pousse quand on la voit. Vers 1870, on a dû aussi en pousser pas mal. Le phylloxéra faisait des ravages ; c'est de cette époque que date l'introduction en France de plants américains, plus résistants aux pucerons.
Possessive, la vigne l'est. Elle réclame des prévenances de tous les instants. Son thème est porteur, fédérateur ; sa symbolique forte. On l'a souvent vue dessinée dans les manuels scolaires, chapeautant les paragraphes des leçons, représentées en images changeantes, blanches, vertes, bleues, rousses, au gré des quatre saisons.
Raymond embrasse l'air d'un geste auguste : "Il en reste 90 ares ici et 30 là-bas." D'un côté, la ceinture argentée du ruisseau Palmola, de l'autre un poirier tordu et sans âge sont les gardiens attentifs mais impuissants d'un monde qui s'en va. "Autrefois, il y en avait trois ou quatre fois plus." Au hameau des Luquets, la pétarade de la "pétrolette" a souvent emporté Raymond jusques en ses terres. Il est vrai qu'elles réclament des assiduités et des soins réguliers. Il évoque le temps où il se mit en tête de mettre en terre des greffons : c'était juste après le rigoureux hiver 1956.

Vous soufrez ?

"Vous soufrez ? Non, je sulfate." Le mot est de l'humoriste Michel Vivoux. Il s'applique aussi à celui qui vinifie lui-même. Son père, Paul, escaladait les marches du chai et les degrés de la cave, parfois jusqu'à douze, tandis que sa femme, Jeanne, avisée que des gens s'étaient taillés en vigne, confectionnait de succulentes croquettes pour restaurer, à midi, les agapes des grappes.
C'étaient les vendanges. C'étaient les vendanges après la taille et les trois traitements systémiques de printemps. Quelques grappes muscates, perlées de la rosée de Vendémiaire, se laissaient oublier par des distraits, se voulant promises à une grive musicienne ou une tourte. Et les muscats, en habits de gala, rougissaient et suaient sous le pelotage obscène des vendangeuses castratrices.
Raymond se souvient et a gardé sa passion. Pense-t-il aux Dames-Jeannes et aux bouteilles de plastique made in CEE en tête des gondoles dans les supermarchés ? Abonné au "Chasseur Français", comme l'était déjà son père, il s'informe de l'air du temps et de la gamme des nouveaux brabants. Fin février de cette année 1994, il taille les pampres pour que mûrissent les jolies baies et que grappillent ses petits-enfants. Il faut en profiter. Ses vignes sont promises, à plus ou moins longue échéance, à l'arrachage. Pour s'en souvenir, il ne restera pas grand chose sinon que de collecter des vignes en vignettes gommées, en rangées millimétrées, dans les albums des vieux métiers.

JF

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"La main savante de Raymond Fabre". Buzet-sur-Tarn. Février 1994. Photo JF.

Lorsque j'ai appelé Marie-Hélène, la fille de Raymond Fabre, qui venait de mourir, le 27 janvier 2007, pour lui présenter mes condoléances, elle m'a parlé de l'album de famille qui s'ouvrait sur ce papier de "La Dépêche".
Il ne reste plus que trois ou quatre rangées de vigne... pour la survie de quelques grives. Quand je bois du vin rosé, le soir à "Flunch", et que je lis "contient des sulfites", j'ai envie de crier : "Mildiou !"

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11 décembre 2009 5 11 /12 /décembre /2009 15:49

La semaine de Suzanne,
maîtresse d'école


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"La Dépêche du Midi" Edition Nord-Est. 6 mars 2003.

Joël Fauré, auteur de plusieurs pièces de théâtre dont on connaît la plume boulimique sans le moindre esprit de "sergent major", nous propose le portrait de Suzanne Labranque, maîtresse d'école à Buzet-sur-Tarn, il y a 40 ans. Il aborde cet exercice avec angoisse :
Je n'ai aucun droit à l'erreur ; je n'ai que le droit d'être le premier de la classe.
Joël Fauré nous révèle que Suzanne est née le 5 février 1930 à Toulouse.
"Il est interdit de donner l'âge d'une femme sauf d'une maîtresse d'école pour qui la lettre et le chiffre sont les fondations du savoir...
L'alphabet me séduit, me fait la cour et j'en remercie le démiurge inspiré qui l'a inventé. Le chiffre n'en est qu'un contrepoids que je me raisonne, aujourd'hui, à qualifier d'utile.
De la classe unique du hameau des Luquets au groupe scolaire, en passant par l'école mixte, Suzanne a allié la rigueur à l'humanité. J'ai capturé ces petits fragments de temps. Tous les matins que Dieu et Diable faisaient, Suzanne passait entre nous, un tampon encreur d'une main, une petite vignette de bois dans l'autre et elle faisait naître sur nos cahiers du jour des frises de fruits et de fleurs à colorier selon le goût, l'humeur et sans doute aussi la couche sociale plus que l'acéré de l'ébonite. Mais les petits enfants de Buzet, pétris comme de la bonne farine patriotique, fils de fils d'une des dernières grandes guerres, étaient le plus souvent issus de meules de champs de blé : Josette était bonne en tout ; Bruno se faisait tirer les cheveux ; Véronique tentait sans succès d'expliquer comment on fait les enfants, et moi, j'avais peur de manquer le car et d'oublier la casquette que j'avais sur la tête.
Les bottes de Suzanne, le feutre rouge qu'elle utilisait en marge, le regard vif sont collés à ma peau. J'ai gardé mes cahiers d'écolier ; ils sont ensanglantés d'annotations. Le "tableau synoptique de mon travail" restutitue son écriture racée. Il recèle des "Trop souvent absent" et "Avec beaucoup d'indulgence, Joël passe en 6ème" qui me tendent un miroir implacable.
Suzanne a tout fait pour me faire aimer les choses de la vie.
Son capital intellectuel est inestimable et n'est pas côté en bourse. Je lui suis plus redevable qu'à mon banquier. Je déclare ici solennellement mon cahier de récitations mieux investi de pouvoir que ma carte professionnelle, et des types comme comme Verlaine, Gauthier, Apollinaire à qui elle m'a présenté, beaucoup plus fréquentables que d'aucuns dont je tairai le nom.
Les compositions et les leçons de choses naturelles -la chenille au bombyx du mûrier ou ver à soie se transforme en papillon nocturne aux ailes duveteuses-, les conjugaisons, les tables en bois (cirées en juin) et de multiplication (sues mais tardivement), la morale, l'instruction civique n'ont pas tari les réservoirs et les pépinières de la pensée mais les ont approchés de la plénitude.
Depuis que j'ai quitté l'école où je ne voulais pas aller, je ne cesse de rêver que je veux y retourner !
En mon nom et au nom de tous ceux que vous avez eus comme élèves, je vous remercie, Madame !

JF

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"Pages d'écritures de l'élève Joël Fauré avec les appréciations de Suzanne Labranque."
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