4 décembre 2009 5 04 /12 /décembre /2009 16:18

Que vont devenir
les "balançoires" de Bacchus ?


"La Dépêche du Midi" Edition Nord-Est. 26 octobre 1991.

Vendanges. En marge du labeur propre à la saison, regard porté sur ces étranges machines abandonnées, plantées à un jet de grain de raisin des vignobles, sur la route des vins, entre Gaillac et Fronton !

Au détour d'un chemin vicinal, elles s'érigent sur leurs stèles bétonnées, les pieds dévorés par la flore envahissante, la tête toujours à l'air libre, mais les membres coincés, raidis...
Potences sévères ? Girouettes improbables ? Hunes d'hypothétiques voiliers engloutis ? Non. Ces anciens robots agricoles étaient encore voués, il n'y a guère, au culte des fastes de Bacchus, divin du vin et de la vigne. En ce temps-là, par un sourire d'octobre, après avoir mûri sa décision, il coloriait les pampres en tablier, non sans avoir au préalable graissé la patte de ses "balançoires". Ses "balançoires" : amples mobiles arrimés sur un quai de chargement (et de déchargement !). C'est là qu'était amené le raisin fraîchement coupé, conditionné en "comportes". Pour faciliter la manutention de ces gros récipients de bois cerclé, les vignerons avaient planté, au milieu de leurs vignes, cet appareil de levage, fort utile pour la circonstance. Et ils en usaient, au nom du docte breuvage qui se préparait là déjà un peu, avec les minuties du prêtre qui oint du Saint-Chrême le nouveau-venu.
Le raisin, doucement bercé, était ainsi, sur ce dock à marée basse, affrété sur remorques et camions pour des destinations secrètes : alcôves, caves et cuves où il aurait à bien "travailler" avant de devenir le nectar que l'on connaît.

D'arrache-pied

Aujourd'hui, les "balançoires" se posent en victimes, comme des rengaines rétros supplantées par des airs à la mode... Entre "Poussez,
  poussez l'escarpolette..." et "Pousse ton fût de là", le disque a changé... Face A : la machine à vendanger a pointé son museau et sa haute stature qui enjambe sans pudeur les souches rougies ; de gros chariots orangés et joufflus se sont mis en tête de broyer sans pitié le fruit de la treille... Face B : la vigne n'a pas toujours eu bonne presse ; nombreuses sont celles qui furent arrachées pour rentrer en conformité avec les normes ; les "comportes" qu'on porte se sont renfrognées dans une encoignure de cave sombre, refoulées près du fouloir, au bénéfice de conteneurs plus modernes et maniables. Et, finalement, aux sacro-saints noms de la mécanisation et des réformes, contenants et contenus se sont passé des services des "balançoires". Si elles font toujours le pied de grue, elles n'ignorent pas qu'il est bien révolu le temps où l'office était servi à l'huile de coude.
Que vont-elles devenir ? Faudra-t-il les déboulonner ? C'est à la mode... Leurs sveltes silhouettes se découpent dans l'air, mais pour combien de temps encore ? Avant qu'on ne s'avise de les détruire, peut-être faut-il s'enquérir de les protéger ? Symboles de patrimoine, jalons-étapes de rallyes touristiques, quel artiste, un pinceau favorable à la main, saura les remettre en valeur ? En attendant, pour meubler leur oisiveté, elles collectionnent les points de rouille.
Certains jours pourtant, quand le soleil des arrières-saisons vient caresser du regard les vieilles servantes de Bacchus, celles-ci se teintent d'une certaine couleur : sépia. Comme les images d'autrefois.

JF

"La balançoire" de Bacchus. Buzet-sur-Tarn. Février 1992. Photo JF.
NDA : "C'est la photo que je n'ai pu réaliser "à temps" pour illustrer le papier de "La Dépêche"...


Carte Postale "Les petits métiers de chez nous" Le fouleur de raisins. Collection "As de Coeur"

Photo archives familiales JF.
NDA : Il s'agit de mes deux frères jumeaux, de 12 ans mes aînés.
(Le tracteur est décrit dans "Le Livre de mon père" publié sur les pages de ce blog.)



"L'excès d'alcool est dangereux etc.."
Les "balançoires" de Bacchus, tout du moins celles présentées ici, sont toujours en place, mais ne se bercent plus d'illusions... Quoique...
Le tracteur est à la ferraille...
Le fouloir à raisin, non pas celui figurant sur la carte postale, mais le "vrai" que j'ai reçu en héritage, je souhaite, avec d'autres objets agricoles (joug, râteau à fourrage, etc...) le léguer à un éventuel/futur musée à Buzet...

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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 17:40

L'être et lavoir



"La Dépêche du Midi" Edition Nord-Est. 29 avril 1992


V
ous aussi, vous l'aviez reluqué, le lavoir, aux Luquets, près de Buzet ? Et vous, vous y laviez comment ? Vous l'avez toujours, le lavoir, aux Luquets ? Et vous y lavez toujours ?...

Simone a acheté sa première machine à laver en 1969 ou 1970. Au nom de l'incalculable nombre de lessives qui, depuis, se sont succédé, sa mémoire est imprécise. En revanche, elle n'a pas oublié le temps où le seul tambour qui roulait, c'était celui du garde-champêtre. Le temps où les machines à laver avaient un toit, quatre murs et n'étaient pas "à côté de leurs pompes". Ne les avaient pas encore mises en "tôle". Avec Marthe, Félicie et Noëlie, on lavait son linge sale "en voisines", tout en bas de la placette qui ondule un peu, courbe l'échine et s'incline devant la croix des Rogations. Le lavoir municipal est toujours posé là, jouxtant le ruisseau, l'école, le dépôt d'ordures et l'édicule que n'aurait pas renié Vespasien.
Ici se sont dénoués sans mélange des torchons et des serviettes. Ici l'on a tordu et battu bien des draps qui n'avaient pas été sages. Puis on les a suspendus tout près, dans les prés, tels des rideaux de théâtre, parfumant l'air frémissant, rectangles blancs qui invitaient encore à ne pas les respecter...
Ici se sont évanouies la crasse, la sueur et la confiture qui n'avaient pas appris à se médiatiser. Seul l'épicier itinérant Fossat, dans son fourgon jaune citron pressé et sur ses étagères encombrées, vantait les mérites d'un paquet de lessive-miracle d'où Philomène extrayait, entre le pouce et l'index, ces merveilleux cadeaux qui vous garantissaient la poudre aux yeux.
Et toujours au lavoir, en ce parlement tombé en quenouille, les lavandières, bien loin de leur Portugal, commentaient les évènements du hameau : le sacrifice du cochon, les vendanges, les moissons, les Rameaux, l'acquisition du "Massey-Ferguson"... et un raton-laveur !
Que sont leurs dires devenus ? Se sont envolés dans les bulles de savon ? Peut-on les retrouver dans les vignettes coloriées des illustrés "Fripounet" ?

Othello

 

Le dimanche, quand les habits étaient propres, on les mettait. Le dimanche, des gens de la ville venaient. En cols blancs et souliers pointus. Ils restaient manger. Au dessert, ils allumaient leurs pipes et ils racontaient des histoires : "Quand Schubert a voulu faire l'"Ave Maria", Shakespeare a fait "Othello" !"

C'était à peine augurer sur les temps modernes : la vieille pompe à chapelet, privée de mains fidèles, a été priée de ne plus pomper ni l'eau ni l'air de personne.

Le seul argent qu'il allait falloir blanchir, c'était celui, moussant et sponsorisé par Pinay, destiné à l'achat d'un lave-linge.

Et c'est alors que les maisons se sont pourvues de cubes sages, alignés comme à confesse, d'où il semblait qu'on pouvait voir la mer et ses eaux mouvantes, à travers leurs hublots de navire quittant le mouillage.

Pour véhiculer le message, il aura fallu qu'une brave paysanne, solide carrure, accrédite d'un répercutant "C'est ben vrai, ça !" une attraction-vedette qui allait forcément mériter toute votre confiance.

 

JF

Le lavoir du hameau des Luquets. 1991. Photo JF.

Le dépôt d'ordures a disparu. L'édicule "que n'aurait pas renié Vespasien" a été détruit.
Un autre a été construit.
Le lavoir des Luquets a été transformé en salle de réunion. Il paraît qu'un certain raton-laveur en éprouve de la nostalgie...

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2 décembre 2009 3 02 /12 /décembre /2009 16:33

L'âme du hameau

"Qu'ils soient d'ici ou de n'importe quel parage
Moi j'aime bien les gens qui sont de quelque part
Et portent dans leur coeur une ville ou un village
Où ils pourraient trouver leur chemin dans le noir."
Jacques Bebronckart (Adélaïde)

L'enfance, toujours et encore, que je convoque ici, souvent. Peut-être l'aviez-vous détecté ? J'en garde une douce / tendre / suave / cruelle nostalgie / mélancolie. "Madame nostalgie / Pardonne-moi si j'en ai marre / De tes dentelles grises et noires / Il fait trop triste par ici." chante Serge Reggiani. Mais mon grand ami Jacques Brel, que j'ai très bien connu, rétorque : "On n'en finit pas de courir après les rêves qu'on avait quand on était petit. Je m'inventais un "Far-West".
Permettez-moi de vous désigner du doigt le mien.

La Dépêche du Midi. Edition Nord-Est. 4 août 2004.

P
rofitant de l'été et de la disponibilité de quelque espace dans les rubriques, Joël Fauré ne résiste pas à l'envie de partager ses souvenirs du hameau des Luquets cher à son enfance.
"Les Luquets" : cinquante "feux" à tout casser et deux ou trois familles dont les enfants se sont mariés entre eux. Du charme discret de la campagne, le garçonnet que je fus se souvient de deux ou trois "Madeleine", d'un marronnier, d'un ruisseau d'eau claire qui la traverse, de quelques vieilles pierres.
En fait, le ruisseau d'eau claire ne traverse pas : il longe, il lèche le mur de la vieille école, cube parfait, il coule sous un petit pont, fait du coude au lavoir avec qui il n'a jamais mêlé ses eaux.
Je compte un pigeonnier ; je retiens deux étables, plusieurs jardins. Je ne voudrais pas que ces jardins de curés deviennent des jardins de banlieue.
C'est Raymond Fabre qui parle le mieux des "Luquets". (...) Il nous éclaire sur l'origine du lieu : en occitan, un luquet est une allumette, un lumignon, un petit bout de chandelle, la petite flamme d'une veilleuse (lampe alimentée avec du pétrole dont la flamme n'est pas protégée par un verre) (1)
"Les Luquets" est le hameau de Buzet le plus proche de la forêt de la forêt où le bois est disponible à volonté pour allumer les luquets.
Mais le garçonnet se souvient d'avantage de son copain d'enfance Eric Barbe. Les jeux, les ris et les découvertes, tout est là, intact. La croix des Rogations, la motte fortifiée appelée aussi tumulus, et la boîte aux lettres jaune mais aussi la cabine téléphonique en dur dont la clef était confiée à ceux qui voulaient vraiment téléphoner : tels étaient les reliefs qui unissaient hier et aujourd'hui. L'exotisme n'était apporté que par acheminement postal des filatures du Nord ; le sel et le sucre par l'épicier itinérant.
Le sapin du Grand-Nord, offert par Pif-Gadget, mis en terre en 1975 est aujourd'hui le reflet végétal de quadragénaires
[NDA : bientôt quinquas !]nostalgiques.
Vinrent la brune et jolie Fatima et le sympathique Manuel, la bonne Maria et le farceur Belmiro : l'Europe déjà !
Le château de Laurentie garde ses secrets dans son parc où le garçonnet croit avoir aperçu une ombre fantastique un jour. Son grand-père aurait prêté main-forte lors de la construction : il tient ça de son père.
Autour, dans le vert, le hameau est paisible. Quand le vert rejoint le bleu ; quand la nuit a des envies d'orange, vers les feux de la Saint-Jean, tout s'allume bien vite : il suffit de sortir les "luquets".

(1) Source : Bulletin Municipal de Buzet-sur-Tarn. 1997.

JF


Vue aérienne du hameau des Luquets, commune de Buzet-sur-Tarn. Photo Pietro Ferralis.

La mairie de Buzet-sur-Tarn vient de se doter d'un site internet de belle facture, riche et dense, qui signe sur la "Toile" la forte identité de ce village.
A visiter :
www.mairie-buzet-sur-tarn.fr/web/181-acta.php

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27 novembre 2009 5 27 /11 /novembre /2009 21:08


"Les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles, à certaines heures pâles de la nuit,  (..)  avec des problèmes d'homme, simplement des problèmes de mélancolie."
(Léo Ferré "Richard" (A Richard Marsan)
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25 novembre 2009 3 25 /11 /novembre /2009 18:12

           QUELQUES CHAUSSES POUR TENNESSEE

Dépêche AFP : La première Dame des Etats-Unis a acheté une paire de bottines et une paire de cuissardes chez un chausseur de la Drôme.

L
a rumeur circule, dans les milieux autorisés, que le Général de Gaulle n'aurait jamais dit : "Comment voulez-vous gouverner un pays qui compte plus de 300 sortes de fromages ?" mais "Comment voulez-vous gouverner un pays qui compte plus de 300 sortes de chaussures ?"
Michelle Obama -la "First Lady" serait-elle "shoes addict" ?- emboîte le pas à cette argumentation.
Je la savais avocate, épouse du premier Président des Etats-Unis... à avoir instauré un système d'assurance santé ; j'avais applaudi à son jardin biologique mais j'ignorais qu'elle fût regardante sur le choix de ses souliers.
L'information, loin d'être capitale, n'aurait sans doute mérité qu'un entrefilet dans les brèves insolites, mais voici qu'elle m'est parvenue, dans le flou et le brouillard de mes réveils, via "la tranche 7/10" de France Inter, l'une des plus écoutées. Au mot "cuissardes", les brumes matinales se sont dissipées, et si quelque chose s'est tendu, c'est bien mon oreille de fétichiste-blogueur...
(Avec le temps, je m'aperçois que je suis devenu plus fétichiste du "mot" que de "la chose" ; est-ce sans doute parce que "la chose" se décline en tous lieux, son aura magique se délitant...?)
Les cuissardes (pointure 41) achetées par Michelle Obama prennent de l'importance quand on répond à trois questions : où ? A qui ? Dans quelles conditions ?
Où ? Elle les a achetées  en France, à Romans-sur-Isère, "la ville de la chaussure" (comme Millau est celle du gant, et Saint-Claude celle de la pipe) où il se peut visiter un remarquable musée qui lui est consacré. (1)
A qui ? A Robert Clergerie, un homme "droit dans ses bottes" qui a su faire face à la crise (avant "The Crise") de l'industrie de la chaussure et des nombreuses fermetures et faillites de sociétés.
Dans quelles conditions ? La cuissarde voulue par madame Obama, a dû être aménagée, "ajustée" pour reprendre le terme exact de la depêche.
J'imagine qu'il a fallu opérer à vif, rogner le biseauté, "raboter" le talon jusqu'à la "platitude", effacer le sexy et le glamour... Mon grand ami regretté Roger Vivier, "le Fragonard de la chaussure", créateur des fameuses cuissardes de BB époque Harley-Davidson, mort à Toulouse, a dû se retourner dans sa tombe...
"Le talon-aiguille permet de terminer la silhouette comme un coup de crayon" expliquait-il.

Je crois que Michelle Obama n'aura pas le prix Pulitzer cette année.

(1) Musée international de la chaussure
2, rue Ste-Marie
26100 ROMANS-SUR-ISERE
www.ville-romans.com


JF

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22 novembre 2009 7 22 /11 /novembre /2009 19:56

 

"Le geste" du cinéaste en répérage. Federico Fellini.
Collection Cineteca di Bologna - Editions Anabet

"Fellini c'est Kafka sous le masque d'un clown".
Jacques Mandelbaum. ("Le Monde" du 23 octobre 2009)

"J'ai tourné avec Fellini"

"Un italien, c'est un "macaroni."
Ma mère m'avait assené ça. Culinaire à souhait et à volonté. Bonne pâte... Le blé.
Comment s'en départir quand on on 15 ans ?
Sonnés trente, Federico tira un jour ma cloche. Il était instruit de ma vie. J'étais au fond de mon jardin secret. Je vins assez vite. Il avait le visage grave et portait un pantalon pied-de-poule.
Vint le dialogue.
La voix, les mots, les rêves.
Nous nous sûmes.
J'ai tourné "avec" Fellini.
Vous me croyez ?

JF

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19 novembre 2009 4 19 /11 /novembre /2009 17:34

Carrie Harvey et partenaire. Tournée Cirque Amar 2005. "Volez-vous jouer avec môa ?"
Photo Gilles Jeanjean.

Jules, Jean-Baptiste et Théodore


Afin de distraire un peu ma mélancolie, j'ai invité à ma table, pour rompre la mie, mes grands amis natifs toulousains Jules et Jean-Baptiste. Théodore, de Moulins, est venu nous rejoindre.

Jules, c'est le grand Léotard, lui qui, le premier, à sauté d'un trapèze à un autre trapèze, créant ainsi rien moins que le trapèze volant ; Jean-Baptiste, c'est Auriol, le premier qui, par son agilité mais aussi ses pitreries, a ouvert la voie de l'art clownesque. Pas plus, pas moins. "Tou-lou-sains !" ont envie de scander les cocardiers des quartiers des "Trois-Cocus", des "Sept-Deniers", de "La Vache", des "Amidonniers" et de "Soupetard". Je les entends d'ici...
L'art du cirque serait-il donc né dans la Ville Rose, et non comme l'indiquent les manuels sous l'impulsion de l'écuyer Philip Astley en Angleterre ? Théodore, c'est Théodore de Banville qui manie la plume avec un brio que je lui envie...
Ces grands hommes sont beaux, jeunes et fringants et, bien entendu, ils n'ont pas manqué de me dire : "Ca manque un peu de charme féminin, ici". Comme je m'y attendais, j'avais prévu mon coup et demandé à une belle "Madame Loyal" de ma connaissance de se prêter à un jeu : je lui ai demandé de se glisser dans une énorme pièce montée de choux, de crème et de ganache, spécialement conçue par le maître-chocolatier tou-lou-sain René Pillon.

Quand elle a surgi du gâteau-surprise, ce fut un petillement de joie, une effusion devant sa plastique cuissardée...

Avec un exquis accent britannique, elle a demandé : "Volez-vous jouer avec môa ?"

"Sautant comme un cabri", j'ai vu Jules littéralement s'éjecter de sa chaise et emporter "la botteresse".

Il n'est pas impossible qu'ils soient allés jouer "à la bête à deux dos".


Théodore se retourna vers nous deux, mais c'est à l'adresse d'Auriol qu'il déclama ces vers, sans aucun doute composés pour lui :


"Le clown sauta si haut, si haut

Qu'il creva le plafond de toiles

Au son du cor et du tambour,

Et le coeur dévoré d'amour

Alla rouler dans les étoiles. (1)

 

JF

(1) Théodore de Banville. "Odes funambulesques"

Il y a 150 ans, le 12 novembre 1859, au Cirque d'Hiver de Paris, un homme, français, toulousain, émule d'Icare, Jules Léotard pour ne pas le nommer, s'élançait d'un trapèze vers un autre trapèze, créant ainsi le trapèze volant.
Aujourd'hui,  grâce à des troupes de "volants" (Les "Flying..."), l'art s'est développé : porteurs et voltigeurs ont rivalisé d'audace, de courage, pour ne pas dire de témérité, pour exécuter, sur fond de roulement de tambour, doubles puis triples sauts périlleux avec "rattrapés" vivement recommandés par la déontologie de la profession ; l'usage du filet de protection, syndical (Qui ne connaît pas l'expression "travailler sans filet" ?) n'excluant pas le danger...
Le maillot collant que portent les trapézistes s'appelle... un "Léotard" !

A lire :
- "La course aux trapèzes". Pierre Lartigue. (1980). Epuisé. Réédition enrichie annoncée.
- "Le rêve de vol". Bernard Marck. Le Pérégrinateur Editeur. (2006). (Avec la modeste contribution de Joël Fauré !)

 

JULES LEOTARD (1838 - 1870) ALBUM DU GAULOIS 1859. Caricature de P. Hadol.
Photo Bibl. Nat. Paris.

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10 novembre 2009 2 10 /11 /novembre /2009 20:29

Photo "Version fémina" - Auteur : X

A peine un peu

J'aime lorsque les choses sont suggérées. A peine un peu. A demi-mot. Sous-entendu. Au bas mot. A bas bruit. Les messes basses que je veux bien servir, mes lèvres trempées dans le calice. A peine un peu. La part congrue.
Je n'aime pas les républiques bananières, les parts léonines. Il ne sert à rien de tout avoir. Il ne sert à rien de tout savoir. Il est impossible de tout avoir. Il est impossible de tout savoir.
Laper sous le tablier du petit pont l'eau du ru.
Soupçonner sous la jupe des femmes la matrice.

Il me faut taire ce qu'on m'a caché.
Il me faut taire ce que je ne sais pas.
J'ai écouté beaucoup de chansons. Je n'ai pas cherché à comprendre tous les mots : "J'ai retiré ce radium de la pechblende... (...) Tes yeux sont mon Pérou, ma Golconde mes Indes..." (1) Il m'est arrivé d'avancer par sonorité. Un pied devant l'autre. Jusqu'au jour où "l'on meurt de hasard en allongeant le pas". (2)

A peine un peu. Effleurer. Caresser.

 

(1) Louis Aragon (Les yeux d'Elsa)

(2) Jacques Brel (La ville s'endormait)

JF

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6 novembre 2009 5 06 /11 /novembre /2009 20:52


Photo (détail) DDM

             "LE CHIRAC" SANS PEINE

Chirac : avec un nom qui commence comme ça, on est en droit de s'inquiéter si l'on ne va pas endosser quelque ennui, essuyer quelque échec ou si l'on ne va pas être dans le besoin. Mais il ne faut pas s'arrêter là. "Chilleurs-aux-bois" est bien l'un des plus beaux villages de la Beauce.

Jacques Chirac, maintenant qu'il n'est plus "aux affaires", et alors qu'on s'empresse de lui en avancer une, publie ses mémoires.

Ce que j'en sais, c'est ce qu'en savent beaucoup, de loin. Sa rencontre et ses épousailles avec Bernadette Chaudron de Courcel, son amour de la Corona et de la tête de veau vinaigrette, sa façon de faire tinter les syllabes finales (Il serait parfait dans le rôle de l'instituteur "Topaze", de mon grand ami Marcel Pagnol. Dictant : "Des moutons étaient en sureté dans un parc... Moutons. Moutonss... Etaient. Etai-eunnt.")...
Je découvre ce que l'ancien chef de l'Etat pense d'Edouard, de Valéry, de Nicolas et de François, mais c'est surtout la narration de son dépucelage qui motive ce billet. J'y accorde l'importance du frustré resté trop longtemps puceau, et donc, n'a pu devenir Président de la République. Bibi. Sans chichis.

Jacques Chirac a 18 ans. Il est marin et se trouve en Alger : "Le Bosco me demande si je suis puceau. Je lui réponds que oui. "Alors, on va arranger ça, tu vas voir" me dit-il. C'était très gentil de sa part et il fallait bien le faire. [NDA : !] Il m'a amené dans les fameux quartiers de la casbah où nous avons passé la nuit entière. Quand au matin, je suis redescendu vers le port, dans l'odeur du crésyl sur les trottoirs, d'anisette et de produits coloniaux, je n'étais plus le même homme." (1)

Chirac : avec un nom qui se termine comme ça, on est en confiance ; ça fleure bon la France profonde, ça incarne l'identité nationale. Ric-Rac, l'affaire est dans le sac !


JF

(1) "Chaque pas doit être un but". Mémoires de Jacques Chirac. Editions Nil.

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4 novembre 2009 3 04 /11 /novembre /2009 20:58

Les mains de Claude Lévi-Strauss. Décembre 2004. Photo (Détail) Stéphan Gladieu.

       Cent ans de tropitude

Je ne vais pas y aller de mon clairon, que j'emboucherai trop mal, pour le concert donné en hommage à Claude Lévi-Strauss. Il n'était pour moi, hier, à la même heure, je l'avoue en toute humilité, qu'un nom, grand assurément, mais dont j'aurais eu du mal à dire quel homme il identifiait. Je connaissais un peu mieux celui qui s'était assis sur le même fauteuil, le 29e, à l'Académie Française : Henry de Montherlant.
Sa longue vie et ce qu'il en fit me sont donc parvenus en troupeau serré aujourd'hui, par transmission livresque.
"L" plus que "S" dans mon parcours scolaire, je retiens de ce jeune centenaire -car le temps qu'il fait aujourd'hui, désordonné et pathogène, va paradoxalement en accorder beaucoup plus (du temps), aux génies comme aux médiocres- qu'il a trouvé une "grille de lecture" de quelque chose d'assez important : l'homme.
Les mots que je lis sur Lévi-Strauss sont couillus : géant, monument, référence, maître à penser, le plus grand anthropologue...
Anthropologue, je m'amuse à l'être quelquefois quand j'observe les gens. Et parce que j'ai compris le sens du mot.
Mais je bute sur "structuralisme", et j'ai beau faire appel à quelqu'un dont le nom plaît au fétichiste, Ferdinand de Saussure, un maître en la matière, le "monstre" va rejoindre les mots "paradigme", "artefact", "spécieux", cent fois consultés dans le dictionnaire, cent fois impénétrables.  Pour ce qui est de "tropisme", ça y est ! C'est rentré ! "C'est un truc qui pousse à faire quelque chose". La réaction émue après la mort de Claude Lévi-Strauss par exemple, en est un.

Où d'autre que dans ce "Journal Extime" aurai-je pu dire ces lacunes ?
"Quand je me regarde, je me désole. Quand je me compare, je me console." Avouer son inculture, ses incertitudes, est-ce peut-être là un acte de bravoure ?

 

JF

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