23 octobre 2009 5 23 /10 /octobre /2009 15:29

L'homme qui a planté des arbres

2007. Les chênes de Lucien ont quinze ans. Le format et le "formatage" de "La Dépêche" ont changé. Nous aussi. Les "rédacteurs-localiers" ont appris à être masochistes : leurs "papiers" ne doivent pas dépasser un quota de "signes ou espaces". La chênaie de Lucien s'en soucie peu. Elle se déploie. Allez-donc la survoler grâce à Google Earth. Bonne nouvelle : elle n'a pas souffert de la tempête du 24 janvier 2009. Plus loin, partout, il se passe des choses... Des choses.

"Mon vieux Lucien" (Est-ce sur ses paroles que la môme Piaf s'est un jour "plantée" sur scène ? Le trou.), entendez-vous le bruit du Monde ? Sauf Apocalypse, on se retrouve dans trois ans. Une autre échéance nous attend en 2012 : "Pourvu que nous vienne un homme / Aux portes de la Cité / Que l'amour soit son royaume / Et l'espoir son invité / Et qu'il soit pareil aux arbres / Que mon père avait plantés / Fiers et nobles comme soir d'été" (Jacques Brel. "L'Homme dans la cité".)

Coupure de "Dépêche du Midi", édition Nord-Est du 23 octobre 2007.

Joël Fauré, amoureux de la campagne buzetoise, nous livre sa visite à Lucien Sigaudès après son rendez-vous quinquennal pour évaluer la croissance de la chênaie : 3 ha de chênes rouges plantés sur sa propriété des "Bardis" en 1992.
"Nous nous étions donnés rendez-vous dans ces colonnes tous les cinq ans. Voici 2007 et plus que jamais fidèle à ce rendez-vous d'amour.
Il ne faut pas beaucoup insister pour que Lucien troque ses chaussons pour ses bottes. "Pour aller là où on va, il faut au moins ça." La chênaie, si elle n'a pas atteint sa majorité, a atteint sa maturité. Les houppiers se trémoussent sous un léger vent d'octobre, les encollements sortent de la bonne terre assouplie sous le feutrage de premières feuilles...
L'homme qui plante des arbres prend toute son essence. Il est le détenteur de codes et de méthodes pour garder la main verte. Il y a beau temps que Lucien s'est préparé au "Grenelle de l'Environnement", quand il a entendu dire que l'oxygène était menacé.Alors, il a greffé son organe : un poumon vert. Tandis que des élus se chamaillent, se rallient, de conférences en congrés, pour sauver cette petite planète à peine plus grosse qu'un gland, à bien y regarder... existe-t-il quelqu'un de très important asez raisonnable et réaliste pour dire ce qu'il faut faire ? Et si ce quelqu'un d'important s'appelait l'homme tout simplement ? Peut-être Lucien lucide passeur entre ce qu'il connaît et ce qu'il aura à connaître.
La chênaie de Lucien rythme le cours de la vie : les chouettes sont encore chouettes ; des pluies divines viennent faire luire les limbes lobées et les petits-enfants séculaires de Lucien découperont dans "La Dépêche" cet article folioté. Rendez-vous en 2012".
Voir "La Dépêche" du 2 janvier 1992, 4 janvier 1997 et 5 septembre 2002.

Lucien, auprès de ses arbres. Octobre 2007. Photo JF.

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22 octobre 2009 4 22 /10 /octobre /2009 15:29

L'homme qui a planté des arbres

2002. Les chênes de Lucien ont dix ans ! La maquette de "La Dépêche" a changé. Nous aussi.

Il s'est passé dans le monde des évènements historiques. Un monde en mutations se dessine.

C'est ici que nous venons nous ressourcer, comme nous nous l'étions promis.

Réponse au petit jeu proposé hier : c'est Chateaubriand qui a dit : "Les forêts précédent les peuples, les déserts les suivent".
A demain... Autant dire dans cinq ans.


Coupure de "La Dépêche du Midi", édition Nord-Est, 5 septembre 2002

"A l'aube de l'an 1992, Joël Fauré qui n'avait pas encore brûlé les planches de théâtre avec la sève des troubles obsessionnels, s'était penché avec des yeux énamourés sur l'initiative de Lucien Sigaudès qui avait planté 3 000 arbustes sur 3 hectares d'un terrain au lieu-dit "Les Bardis".
Joël Fauré rendait hommage à Lucien, paysan-poète : "Il ressemble un peu à un arbre : quand il déplie sa haute stature, il a la sveltesse du peuplier et la force tranquille du chêne. Et le bois travaille Lucien qui l'a travaillé, en bon menuisier, toute sa vie durant."
Notre chroniqueur sylvestre avait rendu à nouveau visite à Lucien "libre en chênaie" au début de l'année 1997. Et il notait : "Si la chênaie n'est pas encore futaie, elle reste à découvrir... Lucien est heureux. Ses feuilletés qui vont croissant le comblent d'aise."
Revoilà Joël Fauré, au sommet de sa forme et aux pieds des chênes qui nous livre ces observations :
"Pour que les doigts parviennent à faire le tour des troncs, il faut avoir de longues mains... Les plants que Lucien avait délicatement posés, ce sont des I majuscule coiffés de points fantaisie, qui moussent et qui moutonnent vers le ciel... "Pas un enfant des chaumières qui glane sur les bruyères le bois tombé des forêts" en vue mais des petits grimpants plus vite qu'hier, s'accrochant aux branches où le vent susurre des mélodies à la mode.
Pour l'instant, pas de sente ni de champignonnière. Au mieux quelque trace de sauvagine. Et peut-être, sur un tapis de feuilles, des promesses de rendez-vous tendre ey d'amours passagères entre coquins de garenne.
Sur les bords de Garonne, les saules pleureurs ont pleuré toutes les larmes de leur corps. Le 21 septembre (1), les chênes de Lucien ont frémi de toutes leurs feuilles...
Mais Lucien, philosophe et sage, rassure. Il ne souhaite que des bons voeux, et des jonchées de feuilles pour des mariages heureux.
Un vibrato ondule alors la terre qui s'assouplit sous le pied du promeneur : "le bonheur est dans le pré, cours-y- vite, il va filer."

(1) Jour de l'explosion de l'usine AZF à Toulouse.

Lucien, à l'orée de sa chênaie. Août 2002. Photo JF.
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21 octobre 2009 3 21 /10 /octobre /2009 15:47

L'homme qui a planté des arbres

1997. Merci d'être là, fidèles au rendez-vous. Le moral est bon ? Les troupes sont fraîches ?
Les chênes de Lucien ont cinq ans. La typographie de "La Dépêche" a changé. Nous aussi. Il se passe des métamorphoses lentes et silencieuses.
Qui a écrit : "Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent" ?

1) Darwin

2) Bossuet

3) Chateaubriand

4) Lucien


Réponse demain... ou dans cinq ans !


Coupure de "La Dépêche du Midi", édition Nord-Est, du 4 janvier 1997.

"Les chênes rouges de Lucien ont 5 ans. Pour les avoir salués dans ces mêmes colonnes et dès leur naissance, à leur juste -petite- mesure (1), il était normal que l'on s'intéressât à leur évolution. Le quinquennat des arbres, c'est aussi celui de la vie. Aujourd'hui, si la chênaie n'est pas encore assez "futaie", elle reste tout de même à découvrir.
Lucien est heureux. Ses "feuilletés" qui vont croissant le comblent d'aise. Ne les a-t-il pas aimés, bichonnés, aidés à fourbir leur armes, individuellement arrosés pour que, de modestes surgeons en jauge, ils deviennent adolescents ? Si.
Lorsqu'on emprunte le chemin creux, fraîchement rebitumé, qui conduit à son exploitation des "Bardis", le coeur bat la chamade à l'idée de retrouver ses chers amis les arbres, de saison en saison plus hauts, plus forts.
Passé le pont de pierre, que des enfants, naguère, avaient transformé en port de construction de châteaux de glaise, la vue d'ensemble est surprenante, parce que renouvelée.
La chênaie ne manque pas de charme, à l'aune des tons donnés par l'automne ou sous les verts veloutés du printemps.
Les arbrisseaux poussent.
Avec quoi voisinent à présent leurs racines ? Quelque astragale de wisigoth ? Quelques fragments de poteries antiques ?
Pendant cinq ans, pendant que le système radiculaire fouillait la marne, des choses se passaient en surface : le président François Mitterrand passait l'onde noire ; les impôts augmentaient ; les salaires se gelaient ; les vaches devenaient folles ; l'amiante de l'école dangereuse ; les téléphones de plus en plus portables ; leurs numéros s'encombraient de deux chiffres.
Lucien remplit ses fonctions de directeur de conscience en homme de l'arbre avisé. Ses petites presque fresques, ses -pour l'instant- bas-reliefs, sont mis en garde comme des végétaux convoités contre les fabricants d'allumettes et de cure-dents et les sangliers trop ongulés.
Quand les bourgeons se seront encore une fois déboutonnés ; quand on aura inventé la poudre de gland pour soigner les maux d'en dessous la ceinture ; quand les "scies" ne seront plus que des chansons, il restera toujours l'écho d'un vibrato ondulant la terre, celui de l'aïeul à la main verte qui n'a jamais planté ses semblables mais pour ses semblables.

(1) Voir "La Dépêche", édition Nord-Est, du 2 janvier 1992.

JF

Lucien, en sa chênaie "arbore" la coupure de presse de "La Dépêche du Midi" du 2 janvier 1992 où il est est fait état... de la naissance de la chênaie de Lucien. Décembre 1996.
Photo JF.

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20 octobre 2009 2 20 /10 /octobre /2009 19:36

L'homme qui a planté des arbres

Les correspondants de presse d'un journal de province ont quelque chose de touchant. J'en parle savamment pour l'avoir un peu été, à l'occasion. Envoyés spéciaux à l'autre bout du village, ils font des petits relevés de la petite histoire, celle qui rejoint la Grande, prennent le pouls et la température du microclimat d'un microcosme.
Loin d'être des "agités du local", ils érigent le menu fretin en belles pièces. Ils indiquent les horaires de la permanence de "notre député", celui qui "nous a fait l'honneur de sa présence" ; ils relaient les caprices de Dame Météo ; ils constatent que "les lampions se sont éteints" après que "la fête ait battu son plein", "malgré la pluie, le public était venu nombreux" ; ils prophétisent que "tout le monde ne pense qu'à se retrouver l'an prochain" ; ils déplorent le départ d'une figure locale, "parti beaucoup trop tôt" après une "longue maladie". "L'Eglise était trop petite" pour tous ceux qui voulaient le conduire à "sa dernière demeure"... Mais ils fourbissent déjà leurs plumes pour l'inauguration de la Maison de Retraite, "sortie de terre comme un champignon"...
Je vous conseille la lecture des "Bottes Rouges" de Franz Bartelt, qui fait des "localiers", par le biais de son héros, une bonne dissection.

Les hommes qui plantent des arbres ont quelque chose de touchant. J'en parle savamment pour en connaître un, tout droit sorti d'une chanson de Brassens, "Auprès [du sien], il vivait heureux" ou d'une nouvelle de Giono "L"Homme qui [en plantait].

C'est au début des fièvreuses années 90 que Lucien a planté ses chênes. Si je l'ai remarqué, c'est parce que j'étais loin d'eux, dans le "haricot Altoséquannais" (1) qui colle à Paris (là-même où l'actualité braque ses projecteurs), où je faisais mes premiers pas d'employé de "bourreau".
C'est parfois lorsqu'on s'éloigne des choses qu'ont les voit mieux.
Revenu "aux herbes", a germé en moi l'idée de les voir pousser, ces arbres.
Je proposai à la rédaction de "La Dépêche du Midi" de les saluer, tous les 5 ans, sous la forme d'un petit papier illustré, entre les horaires de permanence de "notre député", les lampions éteints et les pétards mouillés de la fête qui faisait du plein un battu d'avance... L'histoire de quelques chênes au milieu de "marronniers" en quelque sorte...

1992. 1997. 2002. 2007. Nous avons respecté ce serment d'amour et de fidélité. J'ai les preuves. Il n'y a pas d'amour. Il n'y a que des preuves d'amour.

Curieusement, en 2007, même les politiques nous ont rejoints, faisant épouser le mandat présidentiel, de septennat devenu quinquennat, avec notre rendez-vous. Faut-il y voir un signe ?

Je me tairai en phrases trop demanderesses en symboles et vous offre céans, pendant quatre jours, une histoire vraie, belle et forte. Et ouverte...

 

JF

(1) Le département des Hauts-de-Seine a la forme d'un haricot en grain autour de l'Île-de-France.


Coupure de "La Dépêche du Midi" (Edition Nord-Est) du 2 janvier 1992

"Faire flèche de tout bois dont on fait aussi des flûtes. Musique et champagne ! Pour la naissance de la chênaie de Lucien Sigaudès, planteur en terre buzetoise. Vivats pour celui qui planta des arbres des meilleures espèces. Label au bois naissant.
Quand la main se fait verte et saisit un plantoir, un vibrato ondule alors la terre qui s'assouplit sous le pied du semeur. Lucien Sigaudès, estampillé buzetois bon teint, ne le conteste pas. A l'heure où l'on ne cesse de s'alarmer sur la dégradation du cadre de vie naturel, lui, il milite, agit, crée. Loin des paradoxes et des comités de théoriciens, Lucien a pris le parti de ne plus crier haro sur le baudet et s'est penché là où le bât blesse. Et il a planté. Des fagacées. Plus communément appelés chênes. Tout un symbole. A qui il a offert tout un espace de son exploitation des "Bardis". Ainsi "fût-il". Sur 3 ha, les 3 000 arbustes, dans leurs petits enclos protecteurs bleus, ont été portés en terre à l'antépénultième Sainte-Catherine (car tout arbre y prend racine) et ont, au vu des premières apparences, trouvé un "terrain d'entente" qui leur semble favorable. En clair, ça pousse ! Même si deux ou trois récalcitrants ont renié leurs racines. Ces feuillus encore duveteux vont croître sous l'oeil paternel de l'ami Lucien. Les riverains et les curieux, et pourquoi pas, les observateurs jetteront bien un regard machinal vers ce lieu rendu magique. Courbes de statistiques et de croissance sans fard. Sondages de popularité immédiats.

Avec le "tan".


Une chênaie : l'idée n'est pas nouvelle chez ce grand "paysan-poète" qui, à sa manière, a célébré Dame Nature par bien des égards, et toujours animé d'une flamme conservatrice. Du reste, Lucien ressemble un peu à un arbre : quand il déplie sa haute stature, il a la sveltesse du peuplier et la force tranquille du chêne. Et le bois travaille Lucien qui l'a travaillé, en bon menuisier, toute sa vie durant. Identité remarquable. Dorénavant, le rabot est posé et la cognée ne sortira pas.
Les thèmes de dialogue sont alors aisément imaginables chez cet homme de bon sens nourri à la sève la plus féconde de la vie : la politique vert ou vert tendre ? L'Antarctique, la forêt amazonienne ? Des réalités.

Sous les frondaisons d'un chêne, Saint-Louis rendait justice ; Lucien y sourira, tel un démiurge sylvestre. Ses fournisseurs de tan auront à battre la mesure. Que passent les saisons. Que passent par ici les furets et les palombes. Que viennent les premiers glands. Les aubes silencieuses et les soirs en pluie. Les borées caressantes et les soleils parfumés. Baume au coeur et coeur sur la main.
Des petits enfants séculaires, un jour, se souviendront de l'aïeul à la main verte et des vibratos ondulant la terre.

Peut-être retrouveront-ils aussi, glissé dans les pages des grimoires et registres familiaux, voisin d'une feuille de chêne séchée, ce carré de journal jauni..."

Janvier 1992
JF


Lucien Sigaudès dans sa chênaie. Novembre 1991. Photo JF.

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19 octobre 2009 1 19 /10 /octobre /2009 19:21

     LES METTRE OU PAS ?

Toute la presse en parle. Des pages et des pages. C'est dans l'air du temps. Alors, les mettre ou pas ? Tout dépend comment. "Ca fait mauvais genre" entend-on dire. "Ca ne s'accorde pas avec n'importe quoi." Il faut les retirer. Non, il faut les garder. Ce serait un  sacrilège de les ôter.

Alors, les garder ou pas ?

Tous ces ronds de jambes la font belle à certaines, en irritent d'autres, becs-cornus et genoux calleux.
Jeanne(-)la(-)Pucelle en mettait. Charles-Geneviève-Louis-Auguste-André-Thimothée d'Eon de Beaumont, dit "Le Chevalier d'Eon" aussi. Sainte Radegonde de Beaulieu demain de corvée de lessive, carmélite déchaussée, n'en mettait pas.
Les mettre ou pas ? "Effet" de mode ? Mais "la mode, c'est ce qui se démode" ; or, nous touchons là l'indémodable... Les mettre ou pas ? Les mettre au pas... au cou-de-pied de la lettre...
Reste peut-être à instaurer une journée sans. Ou une journée avec pour toutes et tous. Les fétichistes "à la petite semelle".
Les mettre ou pas ?
Je me souviens d'une maîtresse d'école qui les mettait souvent.
Je me souviens d'un cancre va-nu-pieds qui refusait de les mettre, alors qu'il aurait fallu.
Ici-même, lorsque j'ai voulu créer mon blog, j'ai dû les mettre... Vous les voyez ?
Alors, les mettre ou pas ?

Vous l'aurez bien sûr compris : je parle des tirets entre les mots composés.

JF

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13 octobre 2009 2 13 /10 /octobre /2009 20:45


La loi du Talon

"Or j'avais hérité d' grand-père
Une paire de bottes pointues.
S'il y a des coups d'pied quelque part qui s'perdent,
C'lui-la toucha son but"
Georges Brassens (Grand-père)

Le vécu est un savoir. Le vu beaucoup moins. Moi, ici fétichiste revendiqué et raisonné de la botte et de la cuissarde, "substituts à une sexualité latente non épanouie", parvenu à mon âge, et tel un "Rousseau" en "Confessions", viens de me rendre compte que j'ai été un "moteur de recherche" bien avant la lettre. "Google" et "Yahoo" quand bien même ils rajouteraient une pluie d'"o", peuvent aller se rhabiller, ou plutôt de déchausser : toute ma "pensée unique" a dragué profond bien avant eux des lits de l'activité humaine la chaussure érigée en denrée de base. Journaux, livres, vitrines et la "Grande Loterie Hasards et Coïncidences" n'y sont pas pour rien. Sassées les cuissardes et leur pouvoir conféré, et leurs aspects, leurs matières, leurs attitudes et leur vocabulaire y afférent : empeigne, cou, tige, bouts ronds, carrés, biseautés, pointus et talons plats, bottiers ou aiguille.

Décidement, c'est encore la Revue de presse de Bruno Duvic sur France Inter qui, ce matin, m'a mis la botte à l'oreille.

Il rapporte la "Lettre de Grande-Bretagne" écrite sur le dos du "Monde" de ce jour, par Virginie Malingre (pointure 36 fillette ?) : "Haro sur les hauts talons".

Avant de vous livrer les propos que le titre augure, laissez-moi vous faire partager ce dont il me souvient. M'est en effet revenue en mémoire l'histoire de cette employée de bureau, licenciée de son entreprise. Motif du renvoi dans ses foyers : les talons hauts de ses bottes rayaient et écorchaient la moquette ! Sans commentaire. Habituellement, ce sont les dents de jeunes loups ou de morveux chefaillons qui la rayent. Et on les laisse impunément ronger le sol jusqu'à risquer l'effondrement... Passons.

L'augure maintenant. Ca se passe en Angleterre. "Les syndicats britanniques ne se laisseront pas détourner de leur nouvelle mission  : bannir les talons hauts au travail. (...) Les talons hauts sont glamour sur les podiums de Hollywood. Mais ils sont totalement inappropriés dans le monde du travail."
Un débat fait rage. Pour une grande et une petite cause. Un de ceux qui fait rotule entre les "pro" et les "anti". Les "anti" sont pour ainsi dire "pasoliniens" : "[Les talons hauts provoquent des] maux du genou, les cornes et les oignons sur les pieds..." et les "pro", souvent les principales concernées, qui n'ont pas de leçon d'anatomie à recevoir d'apparatchiks en talonnettes : "Je mesure 5 foot et 3 inches et j'ai besoin de chaque centimètre de mes Louboutin pour regarder mes collègues hommes dans les yeux" exprime une déterminée de la Perfide Albion.

"Il est un signe de cet engouement britannique pour les talons hauts : la place que la presse leur accorde." peut-on lire. "Le Guardian", depuis le début de l'année, a plublié 148 articles qui mentionnent ces chaussures exclusivement féminines. En 2008, il y en a eu 183 pour 169 en 2007. A titre de comparaison, "Le Monde", depuis neuf mois, les a évoquées dans... 15 papiers." Je deviens piteux. Mon moteur de recherche tousse et la cuissarde crie justice...

Faudra-t-il faire des guili-guili avec une plume sous la plante des pieds pour ramener un peu de légèreté dans ce faux-débat ?
Sur les pieds plats, cause de réforme au Service Militaire lorsqu'il existait ; comme sur la voûte plantaire qui, paraît-il, en miniature recèle toutes les parties du corps ; et tout comme la hauteur, idéale et absolue, décrétée au Journal Officiel d'un talon, d'un pantalon et de Saint-Pantaléon, on ne me demande pas mon avis. Je le donne cependant. Où, ailleurs que dans ce "Journal Extime" pourrai-je mieux le faire ? :
Je n'aime que les bottes-comtoises qui, comme les horloges de la même origine, sont hautes, joliment galbées et nous disent où nous en sommes au bout de leurs aiguilles.

JF

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12 octobre 2009 1 12 /10 /octobre /2009 21:03

J'ai le ticket...





Je m'étais pourtant promis de ne pas "chroniquer" ce jour, souhaitant une jachère de trèfle et de paquerettes sauvages ou un gué ; et voici qu'un tropisme, cher à ma grande amie Nathalie Sarraute, que j'ai très bien connue (relire d'urgence "Le silence" et "Pour un oui pour un non") me tracte à "moter", mais pas plus que sur l'espace d'un ticket de caisse de la gargote où j'ai mes entrées.
Mon texte sur Mitterrand ne sera pas publié ici ; le "motage" a été employé par d'autres. Je ne suis pas avec la meute.
Jacques Chessex est mort comme Brel, un 9 octobre ; comme le Christ, un vendredi ; comme Molière, sur scène. Il était suisse et écrivait bien. J'ai retrouvé un passage sublime que je cherchais depuis longtemps : c'est dans "Monsieur". Il serait réducteur de résumer Jacques Chessex à "L'Ogre" qui lui valut le Goncourt, en 1973. Je n'ai plus de place.

JF

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11 octobre 2009 7 11 /10 /octobre /2009 18:47

A Leslie du Printemps
A Marie-Thérèse Perrin. (Message personnel  : pour la photo, ce sera pour plus tard...)

Catherine et Alain Robbe-Grillet. S'il fut le "Pape du Nouveau Roman", elle est la "Papesse du Sadomasochisme".
Photo Patrick Swirc

Ces Gémonies de Femmes

A Toulouse, le Printemps est en septembre. Y'a plus de saison. En fait l'intitulé "Le Printemps de septembre" reprend le feu festival de Cahors où est née, en 1991, sous l'impulsion de Marie-Thérèse Perrin, une manifestation de qualité vouée aux arts visuels. (Je garde des souvenirs très nostalgiques de la période cadurcienne.) De la photo a découlé la vidéo, puis des installations et accrochages plus sophistiqués, des reliefs devenus autant de performances tutoyant le théâtre "a giorno" et la danse. Et toujours avec ce foisonnement de créativité, d'inventivité qui fait sortir de la bouche toulousaine les mots d'élistisme et d'hermétique.
Autrement dit, au pays du rugby et du cassoulet, on se demande si c'est de l'art ou du cochon.
J'aime assez cette idée de faire bouger les lignes, fussent-elles celles de la surface de réparation d'un stade et d'apporter des matériaux neufs extraits de carrières encore inexploitées.

Sous-titrée par le Commissaire Bernard "Là où je vais je suis déjà" ; "Là où je suis n'existe pas", l'édition 2009 s'est offert, en le faisant partager, un beau cadeau : la présence de Catherine Robbe-Grillet, alias Jeanne de Berg, qui a sorti le sadomasochisme du ghetto dans lequel il était bétonné.

Le Salon Vert du Musée des Augustins, au cours de la "Nuit des tableaux vivants" -entre un matador "mort" ensanglanté, la muleta à la main, et un souper bourgeois, en vitrine sur la rue (passé le scrupule du voyeurisme, enrichissant exercice d'observation anthropologique !)- ; le salon vert donc, était seyant comme un long gant "à la Gilda" pour donner un aperçu de ces "Cérémonies de Femmes" (1) où désirs et plaisirs s'accomodent avec une habile harmonie.

30 chaises pliantes étaient dépliées, devant un rideau de tulle. Plus d'une heure avant le début de la première "performance" (Il y en aura 3 au cours de la nuit), elles avaient déjà été investies.

C'est au tintement d'une clochette que le rideau léger s'ouvre sur une resplendissante gynécée paraissant de cire.
Flotte une odeur d'encens. Dansent les flammes de chandelles sur une crédence ; et l'on ne sait qui va être dressé, de la table ou bien des convives qui la cernent.
Au fond de la scène, Jeanne de Berg, voilée de pied en cap, assujettit par la tête une Vénus à genoux.
A l'Avant-Scène, assise, une prêtresse de Héra, déchaussée d'un seul pied... A genoux à ses côtés, une servante couleur chocolat, tient religieusement en évidence un escarpin noir, brillant comme un astre. Fétichistes, ne pas s'abstenir de voir.

L'action vient d'une officiante, Odalisque assermentée. A gestes lents, précis et raffinés, qui signeront l'ensemble de l'épisode, elle verse du vin (Chaud ? De messe ?) dans l'escarpin devenu calice, y trempe un sucre et l'offre... à un spectateur du premier rang qui s'en délecte. (Le SM, c'est aussi ça : l'eucharistie pour certains, "l'écoeurastie" pour d'autres... quand ils n'alternent pas.) Elle renouvelle l'offrande à une spectatrice mais, tient la dragée haute devant les lèvres approchantes, puis embouche elle-même la sucrerie.
Tout sucre tout miel. Dans un compotier, du miel est ensuite présenté à la Vénus. Elle trempe son index, s'en enrobe, puis en un filet vermeil, détourné de "droit vers le ciel comme la fumée d'un campement de nomades" (2) le laisse couler dans sa bouche. Sensuel à souhait. Et presque Christique.
Les jeux de tête, de corps, l'appartenance, l'obéissance, les maillons argentés de la chaîne, tout à l'avenant est d'un ténu divin.
Jusqu'à ce que la Grande Maîtresse se lève, hiératique, que le rideau de tulle se referme, que la Vénus lâchée s'y agenouille, s'y agrippe, offerte à toutes les possibilités. Et que la Maîtresse, derrière, dise : "Tout peut commencer".

Le public est conquis.
A Toulouse, il n'y a pas que le rugby et le cassoulet ; il y a aussi l'aéronautique et les nanotechnologies...

JF

(1) "Céremonies de Femmes", Grasset, 1985
(2) Emprunté à Henry de Montherlant

Lu sur le feuillet remis aux spectateurs avant la "séance" :

"LE PRINTEMPS DE SEPTEMBRE
à TOULOUSE"
Catherine Robbe-Grillet - Les cinq sens
Mécanique du désir : maitresse-femme sous le pseudonyme de Jeanne de Berg et organisatrice de "cérémonies de femmes", Catherine Robbe-Grillet, conduit ici, avec quatre autres participantes, un tableau vivant.
Avec Jeanne de Berg, Catherine Corringer, Claire Charpentier, Beverly Charpentier et Joëlle Séraphine.
22 h / 22 h 45 / 23 h 30
dans la limite des places disponibles.
Nous informons le public que cette performance peut heurter la sensibilité de certains spectateurs.
Les photographies (avec ou sans flash) et enregistrements vidéos sont formellement interdits.

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EN MARGE

En vue de la diffusion d'un sujet sur Jeanne de Berg dans la nouvelle émission "Générations", qui devrait débuter mi ou fin novembre sur M6, (la petite chaîne qui est montée, qui est montée...) une équipe de reportage a capté la performance. Félicitant la concernée et devisant avec elle, je me suis soudain aperçu que micro-perche et caméra captaient aussi notre conversation. Je ne sais si ces images seront retenues lors du montage, tout comme le témoignage que j'ai apporté ensuite, de façon moins "à la dérobée". Elles auront toutefois servi mon égo et mon narcissisme désormais légendaire.

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9 octobre 2009 5 09 /10 /octobre /2009 19:19


Philippe VERCELLOTTI. "La route 102".  Acrylique sur panneau - 116 x 89

Sur la route

Cette route 102*, qui n'a rien à voir avec la Nationale 7, et encore moins avec la mythique route 66, appelle en moi mille mots.
D'abord, il y a ce vieux "Tub" Citroën, comme celui qu'avait le boucher de mon enfance ; et puis il y a tous ces "improbables" : cette route à flanc de falaise, escarpée et impossible on ne peut mais ; la moto (celle de Lawrence d'Arabie ?) que va franchir, sur une planche posée à dess(e)in, un cascadeur, suivi d'un coureur échappé du peloton ; un filin d'escalade, une bille bleue, un feu rouge rouge et des clous (à respecter), le tout dans un savant mélange d'ergs sous-entendus et de regs avérés.
Et puis l'oeil se décille. On revient à la réalité : ce sont des jouets, des figurines, un décor ludique et combinatoire que trahit l'arrivée d'eau, sous des récurrences de qui connaît l'artiste, puis la murette et la découverte du "pot aux roses" dans les 1/5èmes du tableau. Mais très vite, les pistes sont de nouveau brouillées : on remonte sur le pré à l'herbette plus vraie que la vraie, sous le maillage d'un grillage en trompe-l'oeil, et on retrouve le "Tub". Et, tel un ruban de Möbius, tout peut recommencer...
Je vous ai ici-même déjà parlé de Philippe Vercellotti. On connaît son trait et son jeu, dont il devient convenu d'en louer la finesse.
Vous me croirez si je vous dis que j'ai la chance, tout comme pour Brel, de très bien connaître Philippe Vercellotti ?

JF

Philippe Vercellotti expose dans le cadre du 81ème Salon des Artistes Méridionaux jusqu'au 23 octobre, au Centre Culturel Saint-Jérôme, 7, rue Pélissier à Toulouse. Le thème retenu cette année est "la route". "On the road again". Il n'y a que le premier pas qui coûte et le dernier qui compte.

* Sur le quantième de la voie de communication, on échafaudera ce qu'on voudra. La DDE (Les cantonniers) refusant de répondre, l'explication est sans aucun doute ailleurs...

Site officiel de Philippe Vercellotti :
vercellotti.monsite.wanadoo.fr

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7 octobre 2009 3 07 /10 /octobre /2009 19:20

"Un lieu de mémoire (...) va de l'objet le plus matériel et concret, éventuellement géographiquement situé, à l'objet le plus abstrait et intellectuellement construit." (Pierre Nora - "Les lieux de mémoire")

Photo Philippe Covès

La mémoire des lieux


Mon émotion du jour est arrivée tôt ce matin. Elle a pris voix dans celle de Bruno Duvic et sa revue de presse sur "France Inter". L'homme de radio prévient qu'il a trouvé un article passionnant dans "La Croix", que beaucoup ne lisent pas, au prétexte qu'ils ne sont pas allés à confesse depuis belle lurette et qu'ils ne souhaitent pas la porter ; ils ont déjà la leur. Alors que ce journal est de grande qualité, sans sectarisme primesautier. (Je vous conseille particulièrement la "quatre" de couverture de l'édition du week-end : Bruno Frappat écrit une chronique bien sentie et sans embrigadement, assortie d'une délicate et délicieuse illustration d'Annie Goetzinger, toujours ad hoc.)
Or donc, quelle laudes Bruno Duvic a-t-il sonnées ?
Eteint mon poste, station debout (pénible), trajet maison-maison de la presse, paysage de papier parcouru (Mon ami kiosquier me permet de "télécharger" : "Pourvu que vous ne dérangiez pas l'ordre des mots" me dit-il ; le cadre bleu de "La Croix" s'est retrouvé voisin, dans ma main, du losange rouge de "Libération".

C'est page 17 de "La Croix" que je retrouve les mots du speaker. Sous le titre "Internet déplace les murs des monastères" et sous le chapeau "Une trentaine d'abbés bénédictins se réunissent pour réflechir aux enjeux du Web pour la vie contemplative", Céline Hoyeau écrit : "Ebahie, Soeur Marie-Odile retient à peine une exclamation de joie. Grâce à Google Earth et ses photos satellites, la clarisse, qui n'a pas quitté son monastère depuis vingt ans, survole soudain la Bretagne. Et voit apparaître, en zoomant, la maison familiale qu'elle n'a pas revue depuis qu'elle s'est retirée du monde."

Futile nouvelle ? Pas tant que ça, il me semble. Elle résume la mutation d'un monde où "un nouveau rythme de communications et de relations [...] se glisse comme une poussière fine dans le souffle du temps monastique" dit un abbé. (Ibid.) Vous avez vu, Benoît ?

Mémoire des lieux et lieux de mémoire si chers à Pierre Nora, la petite fenêtre ouverte de Soeur Marie-Odile a apporté à mes narines un air vivifiant et parfumé comme la chevelure d'une jolie dame.

JF

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