5 octobre 2009 1 05 /10 /octobre /2009 19:49

Clearstream,
le catalogue de "La Redoute",
le loup et l'agneau


Il faut sans doute être le dernier pâtre du Causse Méjean, vivant en anacorèthe, pour n'avoir pas entendu éternuer le mot "Clearstream". Les diseurs se divisent en deux camps : ceux qui prononcent "clair strim", comme dans "la mer et ses golfles clairs" de Charles Trenet, que j'ai très bien connu, et ceux qui ont pioché "clir strim" et l'ont gardé. Une rapide consultation sur la toile a tôt fait de traduire le vocable : "Clearstream" veut dire "courant limpide" en anglais.

Il suffisait de dire ensuite, pour faire court et simple, que c'était le nom choisi par une banque, oui, une banque. Si ce n'était que tout le sel de l'histoire en construction vient de cet oxymore : cette onde limpide est une ténébreuse affaire, une eau de vaisselle, une opaque "tracta-transaction". Jusqu'à preuve du contraire. Une marque qui paraît d'emblée engageante et qui entraîne dans un bourbier.
Tout le contraire du catalogue de "La Redoute". Il fallait oser, avec un nom comme ça, s'imposer dans la vente par correspondance. L'auguste maison de Roubaix, sise rue de la Redoute, n'a causé d'autres scandales que des retards de livraison pour ruptures de stock ou envois d'articles sensiblement différents, que l'on pouvait renvoyer si l'on n'était pas satisfait.
Les jolis prénoms seraient-ils inversement proportionnels aux conséquences et dégâts qu'ils occasionnent ?
Mais revenons à Clearstream.
Il se trouve que j'entretiens depuis longtemps un agréable commerce avec le sieur Jean de La Fontaine, qui me conte des fables où il fait parler des bêtes ! Nous ne parlons pas, comme le fait cet enflammé rageur d'Emile Zola, ou encore ce vieux Victor, de politique, car nous n'y comprenons goutte. Mais nous tombons souvent d'accord sur des aphorismes du genre : "Le pouvoir rend fou. Le pouvoir absolu rend absolument fou". Nous prédisons que, hormis et passé le temps de quelques charismatiques, la politique, ses convictions, ses animateurs, partira à vau-l'eau (troublée) et deviendra grotesque. Ce sera une guerre clanesque sans merci dans un contexte épouvantable... Même les curés n'y pourront plus rien...

Jean me tendit un papier. Il venait d'écrire ceci :

"Un agneau se désaltérait dans le courant d'une onde pure. Un loup survient à jeun qui cherchait aventure et que la faim en ces lieux attirait. "Qui te rend si hardi de troubler mon breuvage ?" dit cet animal plein de rage. "Tu seras châtié de ta témérité."

"Sire, répond l'agneau, que Votre Majesté ne se mette pas en colère, mais plutôt qu'elle considère que je me vas désaltérant dans le courant plus de vingt pas au- dessous d'elle, et que, par conséquent, en aucune façon, je ne puis troubler sa boisson".

" - Tu la troubles !" reprit cette bête cruelle. "Et je sais que, de moi, tu médis l'an passé."

" - Comment l'aurais-je fait si je n'étais pas né ?" reprit l'agneau. "Je tète encore ma mère".

" - Si ce n'est toi, c'est donc ton frère."

" - Je n'en ai point."

" - C'est donc quelqu'un des tiens. Car, vous ne m'épargnez guère, vous, vos bergers et vos chiens. On me l'a dit : il faut que je me venge."

Là-dessus, au fond des forêts, le loup l'emporte, et puis le mange, sans autre forme de procès."

 

J. D.L-F
et JF

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4 octobre 2009 7 04 /10 /octobre /2009 19:50

A D. de F.

Marianne Maric. Céramique. "LAo9" "Homonyme à l'esquisse de Jean-Jacques Henner "La femme au divan noir"

Rangées, les tongs


Bottes, cuissardes
et compagnie

Il m'arrive parfois d'oublier qu'à la génèse, ce blog est dédié aux bottes, et à tous les sens qu'elle convoque.
Ses tiges -poussant toujours plus haut- dans les vitrines rappellent à mon bon souvenir la végétation florissante et luxuriante qu'elle a donné à ma géographie... mentale.
La cuisse n'a plus de douanier ; la cuissarde sort de la clandestinité dans laquelle elle était cantonnée, passe allégrement la frontière et grimpe le Col de la Rotule.
Le mot "cuissarde" est imprimé trois fois plus que l'an passé. La presse consacre à pleines pages plein cuir pleins dossiers le passe-droit et le mode d'emploi de l'"accessoire-phare" de l'hiver. Je veux bien être gardien : "Droit de cuissarde", "Comment porter la cuissarde", "Les cuissardes, les stars de l'hiver" : en avoir ou pas. ?" écrivent les magazines dont on a parfois du mal à tourner les pages sans s'humecter les doigts. De gourmandise ?

Ce soir, comme un remake de la pub "Et soudain, un inconnu vous offre des fleurs", une connaissance m'a abordé :
"Je vous ai vu à la télévision. Vous avez parlé de bottes. Je vous offre ça. C'est pour vous."
"Ca"
, c'est ce bristol reproduit ci-dessus pour le vernissage (quoi de plus normal pour des bottes ?) d'une expo. "Ca" est fort joli, bien dans l'esprit de ce blog. Bottes de fleurs, fleurs évasées...
Les iris en moins, supplantées par des roses, les bottes à la renverse, l'oeuvre pourrait être une allégorie de l'actuel Parti Socialiste.


"LAo9"

Exposition jusqu'au 18 octobre 2009
présentée sur une proposition de Martine Cousin, directrice des Ateliers des Arques, dans le cadre du "Printemps de Septembre" de Toulouse.

Espace Saint-Cyprien

Toulouse.
05.61.22.27.77

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30 septembre 2009 3 30 /09 /septembre /2009 18:48

Logotype de "LA VOIX DE SON MAITRE" - Création du peintre anglais Francis Barraud.

Hadopi :
Nom d'un chien ?

A la campagne, on sait ce que "charger" et "décharger" veulent dire. Balles de paille et bottes de foin ont contribué à ourdir un suant labeur.

Chez les "anatomistes" sans question et les "Jean-foutre", "décharger" parle de lui-même.

"Charger" et "décharger" étaient déjà des verbes d'action forts de sens.

Or, voici que, sur le ruban de la vie qui se déroule, s'imprime "télécharger". Il concerne la transmission d'oeuvres de l'esprit et de la pensée, de la chanson faribole au Chef-d'Oeuvre, d'une machine à une autre, sans octroi, sans péage, pénalisant les auteurs, ceux-là même qui, dans la même geste, se creusant la tête, en emplisse celle du premier venu, bien entendu !
Beaumarchais, protecteur des Gens de Lettres, empêché, un grand vide juridique s'est ouvert. Le créateur s'est retrouvé piégé, victime et coupable, juge et partie de ses propres avancements. Quoi est à qui, en art et en argent ?
Il se dit que des supports en souffrent ; le disque le premier. Il est bien loin le temps où l'on vendait des partitions à la criée dans la rue ; un peu moins celui des clandestines copies, des piratages sur cassettes, qui n'eurent qu'un temps.
Ce n'était que péché véniel.
Il se dit aussi que les artistes, vaches à lait à clarines battantes, ont dû donner de leur corps sur les planches ce qu'on leur prenait en voix.
C'est dans ce contexte qu'est né "Hadopi".
Non, ce n'est pas le titre du prochain Disney de Noël. Pas plus le nom d'un chien ou d'un chat, né, vacciné, tatoué l'année des pedigrees en "H".
L'acronyme, posé sur la table, veut dire : "Haute Autorité pour la Diffusion des Oeuvres et la Protection des droits sur Internet".
Les multiples vicissitudes, les hauts et les bas qu'a connu cette autorité laissent penser que le législateur doute, tâte, adopte la politique de l'autruche ou celle des trois singes.
Abandonné, le chien. Puis adopté, le chien.
S'il en est un qui doit dresser les oreilles et remuer la queue, c'est bien Nipper, le petit fox-terrier devant le gramophone, mascotte de la  firme "La Voix de son Maître". Un chien qui a du son et un son qui a du chien. Chien perdu sans collier ?

JF

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28 septembre 2009 1 28 /09 /septembre /2009 19:40

Ouvrons un livre. Lisons la première phrase. Puis la seconde. La troisième s'il le faut. La quatrième si necéssaire... Dès que nous aurons trouvé les dix lettres du mot "cuissardes", nous nous arrêterons inexorablement, y compris en pleine phrase. Nous aurons atteint notre but.
Oulipo, exercice de style, assouvissement d'un phantasme, approche ludique oui, "littérathérapie" oui aussi, mais b
elle incitation à la lecture, non ?

Aujourd'hui :
LE ROUGE ET LE NOIR
de Stendhal


La petite ville de Verrières peut passer pour l'une des plus jolies de la Franche-Comté. Ses maisons blanches avec leur toits pointus de tuiles rouges, s'étendent sur la pente d'une colline, dont des touffes de vigoureux châtaigniers marquent les moindres/

 Nota bene : Nous ne tenons pas compte des lettres portant un accent.

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26 septembre 2009 6 26 /09 /septembre /2009 19:55

Dans la vie en vrai

Une image vaut mille mots. Une image "retouchée" cinq cents ?
Les longues descriptions de la "SARL, Société à Responsabilité Limitée Balzac, Flaubert, Zola et Cie" sont distanciées par le plus simple appareil pour le plus simple appareil, c'est à dire toute une académie. C'est tout vu. Y'a pas photo !
A la sortie du bain révélateur, il est devenu coutume de repeindre "Les Baigneuses" aux couleurs des tendances payantes.
La technique n'est pas nouvelle ; sa prolifération l'est.
Ôter trois boutons à une manchette, "redessiner le contour de la courbe d'un sein, du galbe d'une hanche" (N'est-ce pas, Charles ?) pour faire tendre vers la perfection -et sans doute autre chose de plus trivial que la perfection- n'est plus scrupule. L'entier naturel perd ce que le tri de l'artifice gagne.
Il n'est bien sûr pas question de passer d'un extrême à l'autre et rendre public les "photomatons" de Mylène, Catherine ou Laetitia ; Alain, Richard ou Alfredo. Ne tuons pas le rêve.
Tirent leurs épingles du jeu les dessinateurs de presse, les Cabu, Plantu, Sergueï, Nicolas Vial, Willem, caricaturistes dont le propos n'est pas de tricher mais d'amplifier un trait.
Il est urgent d'écouter ou de réécouter "Dans la vie en vraie", la chanson d'Anne Sylvestre (suffragette hors gazette, bien connue des gourmands de mots et de phrases bien troussées mais un peu moins des addicts aux illustrés "photoshopés") :
"C'est vrai qu'on dit c'est beau la vie comme dans les livres
On rêve de la vie facile comme c'est écrit
Mais c'est déjà bien assez compliqué de vivre
On écrit son petit chapitre, et ça suffit
Si on insiste,on voit surgir entre les pages
Des sentiments qui poussent pas dans les romans
On n'est pas d'accord sur le choix des personnages
On n'est pour rien dans l'histoire finalement

Mais dans la vie, mais dans la vie en vrai
Comme je t'aime, je t'aimerai
Que ce soit de loin ou de près
Ce que j'ai dit je redirai
Et pour de rire, et pour de vrai

C'est vrai qu'on aime s'inventer comme au cinoche

On voit les plans bien découpés comme au ciné

Le scénario se déroule sans anicroche

Quand le mot fin s'allume, on n'est pas étonné
Mais on découvre en soulevant un coin de toile
Qu'on on raté la grande scène des amoureux
Qu'on sait pas se faire embrasser sur fond d'étoiles
Qu'on a sommeil, et que le rôle est ennuyeux..."

Une élue du peuple qui a eu de bons bulletins, veut légiférer sur la  dérive de la photo truquée, et lui faire dire si elle vaut mille mots ou cinq cents. Laissons-la entrer dans la légende...

JF

Maquettes Philippe Covès

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23 septembre 2009 3 23 /09 /septembre /2009 18:56

La princesse
et le croque-notes

Une petite musique intérieure vient de me dicter de relire les paroles de "La princesse et le croque-notes" dans l'Intégrale de mon grand ami Georges Brassens, que j'ai très bien connu.
Bien m'en a pris car j'y ai trouvé réponse au grand bruit que fait le temps sur une histoire d'amour qui aurait existé entre Valéry Giscard D'Estaing, ci-devant ex-Président de la République française, et ci-derrière Lady Diana, princesse de Cornouailles.
Quitte à être en décalage avec les commentateurs patentés, moi, je veux y croire à cette histoire.
Le désir, à ma connaissance, résulte d'une alchimie qui n'a pas encore, contrairement à l'ADN, été séquencé.
Eh bien quoi ! Un Président de la République, à ses heures perdues accordéoniste (un croque-note), heurté par un choc pétrolier, tombe "en correspondance" avec une jeune et jolie roturière, devenue, par union et bénédiction de l'évèque de Canterbury, la bru de la Reine d'Angleterre (la princesse) ?
Et quand ce même croque-notes, qui a le choix des mots, en fait un livre, tout empreint de sentiment, puisqu'il ne s'agit pas des pages salissantes du Journal Officiel, voici qu'on en glose, qui comme d'un roman de gare, qui comme d'une contrecarre -un écran de fumée ?- à la sortie des mémoires d'un autre grand "amateur" de femmes, à ses heures perdues Président de la République, Jacques Chirac.
Y-a-t-il vraiment de quoi fouetter Marianne ?
J'entendais ce matin, de la bouche même de France Inter, un chroniqueur s'étonner que l'on résumât la fonction des premiers hommes de France à des singularités ou, pire, à des banalités qui font le commun des mortels : le Président Paul Deschanel, retrouvé hagard et en chemise de nuit, tombé d'un train ; Felix Faure, mort entre les bras d'une irrégulière - "Le Président avait-il toute sa connaissance ? Non, elle était descendue par les escaliers."-, sans oublier l'admirable menteur que fut François Mitterrand réduit à un Docteur Jekyll et Mister Hyde...
Et si Giscard, de l'Académie Française, n'avait rien fait d'autre qu'écrire, écrire, oui, écrire un roman ?
Laissons donc la parole à Brassens :
"(...)

Or, un soir, Dieu du ciel, protégez-nous !

La voilà [la princesse] qui monte sur les genoux

Du croque-notes et doucement soupire,

En rougissant quand même un petit peu :

"C'est toi que j'aime et si tu veux tu peux

M'embrasser sur la bouche et même pire...*


- Tout beau, princesse, arrête un peu ton tir,

J'ai pas tellement l'étoffe du satyre,

Tu as treize ans, j'en ai trente qui sonnent,

Grosse différence et je ne suis pas chaud

Pour tâter d'la paille humide du cachot...

- Mais, croque-notes, j'dirais rien à personne...


- N'insiste pas, fit-il d'un ton railleur,

D'abord tu n'es pas mon genre, et d'ailleurs

Mon coeur est déjà pris par une grande..."

Alors princesse est partie en courant

Alors princesse est partie en pleurant,

Chagrine qu'on ait boudé son offrande.


Y'a pas eu détournement de mineure,

Le croque-notes au matin, de bonne heure,
A l'anglaise, a filé dans sa charrette
Des chiffonniers en grattant sa guitare,
Passant par là quelque vingt ans plus tard,
Il a le sentiment qu'il le regrette."

* "I wish that you love me".

JF

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Solution des mots croisés

Horizontalement :
1) Anxiolytique. 2) No. - Nues. - Usu. 3) Xi. - Têtu. - Ceux. 4) Ixe. - Rixe. - Ur. 5) Rien. - Exit. 6) Ur. - Nuée. - Eu. 7) Xanax. OIRB (Brio).

Verticalement :

I) Anxieux. II) Noix. - Râ. III) X. - Er. IV) INA. V) Onéreux. VI) Lutine. VII) Yeux. - Ex. VIII) TS. IX) Ego. X) Queux. XI) Usurier. XII) Eux. - Tub.

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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 21:38



PS : Allez, un petit coup de pouce pour celles et ceux qui ont la chance ne n'avoir pas à se gaver de benzodiazépines pour pouvoir avancer... assommé ! : le 7 horizontal, c'est XANAX (Marque déposée)
Bonne chance !

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19 septembre 2009 6 19 /09 /septembre /2009 21:04

"Oeuvre collective" "Ne regarder qu'avant les pages roses du dictionnaire " Bernard Montorgueil (1930) et Joël Fauré (2009)

Si cette image choque, je l'efface.
Cette image me fascine et me répulse.
Du conflit fascination/répulsion naît le refoulement et l'angoisse.
C'est grave, docteur ?

Comprend qui peut.

"Mon "vieux" Joël,

En temps normal, je dors très peu la nuit du vendredi au samedi, nuit qui précède le direct des "Feux de la rampe".

Ton mail de vendredi, lu vers 1 h du matin, m'a littéralement bouleversé.

J'ai moi aussi été opéré à 10 ans d'un phimosis mais... par un médecin normal.

Désormais, si je relis Joël Fauré, avec ses histoires de "carottes à poignées", etc, ce sera forcément une approche différente.
Certes, j'avais cru déceler dans ton oeuvre une souffrance, mais de là à imaginer ce que tu as pu endurer...
MERCI, si j'ose dire, de me confier ces confidences on ne peut plus intimes...
Tu souffres, je souffre... Tu as mal, tu avances. J'ai mal, j'avance.
(...)
Je t'embrasse, mon petit frère dans la douleur.

X"

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17 septembre 2009 4 17 /09 /septembre /2009 19:03

"Gambade parallèle" de Claude Nougaro. Décembre 1998.

Prise de "song"
de Claude Nougaro

Claude Nougaro aurait eu 80 ans le 09/09/09.
Toulouse, sa ville "Prose" se devait de fêter cet absent si présent.
La place du Capitole de sa Capitale était donc pleine comme un oeuf. Olivia Ruiz, "la femme chocolat" avait mis une robe "fraise tagada" "J'ai mis une robe rose parce que je suis dans la ville rose", et des bottes fauves. La chanteuse m'a semblé être en très bonne santé. Elle a virevolté et adapté ses hanches cacaotées aux rythmes blues, jazz, brésiliens et africains, époux polygames du texte nougaresque. Elle a de la mémoire, l'audoise. Se souvenir des paroles de Nougaro, homme de son et de sens, c'est pas coton. Son père a chanté façon crooner ; son frère slamé. Le groupe Zebda a donné ses "Bottes de banlieue" écrites par le "Petit taureau des Minimes" et osé, les enfants pas encore couchés (mais le marchand de sable semble s'être reconverti), cette fable coquine :
"Après m'être branlé sous un figuier superbe
Je fis un bout de route avec un papillon
Il avait dû flairer parmi les fleurs, les herbes
L'odeur encor sur moi de l'éjaculation

Ô l'escorte jolie, grâcieuse, guillerette
Corolle chaste et pure, quand soudain Cupidon
Revint mine de rien me flatter la braguette
Tandis qu'autour de moi flottait mon papillon

Tel que je me connais, il faut que j'exagère
Je bande et je suis seul. J'ouvre mon pantalon
Sur le membre raidi comme un barreau de chaise

Viens, gentil compagnon, t'asseoir sur cette tige
L'insecte s'est enfui, comme pris de vertige
Que ne t'es-tu pas posé sur mon noeud, papillon"
(1)

Puis Yvan Cujious a dénoncé "Bidonville".

Quant à Maurane, venue à la FNAC présenter un (magistral) mini-concert et présenté son disque fait de chansons de Claude, elle a répondu, à la question d'un spectateur qui s'étonnait qu'elle ne fut pas au programme du "Concert officiel", qu'elle n'avait été "prévenue" que trois jours avant, par un couriel lapidaire et cavalier : "On t'attend", et "qu'elle avait les boules". "Quatre boules de cuir" sans doute...

Pour avoir longuement parlé santé avec Nougaro, je suis en mesure de publier ici, en sus, gratis avec pastis, le bilan "sans gain" de l'homme "sans cible" qu'il m'a dit être.

Prise de "song" de M. Claude Nougaro
Né le 09/09/1929 à Toulouse.
Sexe : Ange.

Numéro SS : 12909316969 Clé 69

Globules rouges : beaucoup.
Globules blancs : un peu moins.
Présence de globules noirs.

Taux de créativité : élevé.
Glycémie à jeun : impossible à réaliser.
Réserve alcaline : câline.
Gamma G.T. : illisible.

Traces de plumes d'ange et de corne de taureau.


JF

(1) Claude Nougaro. "L'Ivre d'images", fables de ma fontaine. 2002.

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16 septembre 2009 3 16 /09 /septembre /2009 19:54

Jaquette du roman de Claude Tillier. Editions France Loisirs, 1986.

Quoi de neuf,
docteur Benjamin Rathery ?

Certains l'ont oublié ; d'autres ne l'ont jamais su : avant d'être le film que l'on sait,  "Mon oncle Benjamin" a été un bien bel écrit, feuilletonné dans l'hebdomadaire "L'Association" de Nevers, en 1842, sous la plume de Claude Tillier, né à Clamecy quarante et un an plus tôt.
"Picaresque" est l'adjectif retenu qui revient pour qualifier la veine d'où coule cette ode à la liberté. Resitué dans le XVIIIe siècle tout proche, pas encore penicilliné, un homme se démarque des siens parce que médecin épicurien, fripon, frivole, grand buveur et trousseur de jupons, généreux jusqu'à l'ardoise aussi épaisse que son coeur est énorme.
Un de ceux qui aurait trouvé un plan B à la grippe A.
Devant la menace d'une finitude inéluctable dans tous ses dossiers médicaux, le docteur Benjamin Rathery a préféré le verbe être au verbe avoir, et choisi la vie, la sienne et celle des autres côté joli, joyeux, jouissif.
Un médecin de famille référent comme nous souhaiterions tous en avoir.
Qui mieux que Jacques Brel pouvait incarner par l'image le personnage ? Edouard Molinaro ne s'y est pas trompé, et a offert au "Grand Jacques" un rôle seyant comme un gant.
Mais taisons-nous en cuvant un vin gai. Adhérons "In vino véritas". Et laissons-nous surprendre par les premiers mots de "Mon Oncle Benjamin" -qui a réellement existé puisque Grand-Oncle de Claude Tillier- , auxquels on ne peut que souscrire. Attention, tièdes s'abstenir ; pour une entrée en matière, il n'y va pas avec le dos de la cuillère.

"Je ne sais pas, en vérité, pourquoi l'homme tient tant à la vie ; que trouve-t-il donc de si agréable dans cette insipide succession des nuits et des jours de l'hiver et du printemps ? Toujours le même ciel, le même soleil ; toujours les mêmes prés verts et les mêmes champs jaunes ; toujours les mêmes discours de la couronne, les mêmes fripons et les mêmes dupes. Si Dieu n'a pu faire mieux, c'est un triste ouvrier, et le machiniste de l'opéra en sait plus que lui.

Encore des personnalités, dites-vous ; voilà maintenant que vous faites des personnalités contre Dieu. Que voulez-vous, Dieu est bon, je suis bien sûr qu'il ne me fera pas citer devant la justice pour avoir porté atteinte à son honneur, et qu'il ne prendra pas pour lui ce qui peut appartenir à un autre.

Mais ce n'est pas là la question.

Qu'est-ce que vivre ? Se lever, se coucher, déjeuner, dîner et recommencer le lendemain. Quand il y a quarante ans qu'on fait cette besogne, cela finit par devenir bien inspide.

Les hommes ressemblent à des spectateurs, les uns assis sur le velours, les autres sur la planche nue ; la plupart debout qui assistent tous les soirs au même drame, et bâillent tous à se détraquer la mâchoire, tous conviennent que cela est mortellement ennuyeux, qu'ils seraient beaucoup mieux dans leur lit, et cependant aucun ne veut quitter la place.

Vivre, cela vaut-il la peine d'ouvrir les yeux. Toutes nos entreprises n'ont qu'un commencement ; la maison que nous édifions est pour nos héritiers ; la robe de chambre que nous faisons ouater avec amour, pour envelopper notre vieillesse, servira à faire des langes à nos petits-enfants. Nous nous disons voilà la journée finie ; nous allumons notre lampe, nous attisons notre feu ; nous nous apprêtons à passer une douce et paisible soirée au coin de notre âtre ; quelqu'un frappe à la porte, c'est la mort ; il faut partir.

Quand nous avons tous les appétits de la jeunesse, nous n'avons pas un écu ; quand nous n'avons plus ni dents ni estomac, nous sommes millionnaires. Nous avons à peine le temps de dire à une femme : je t'aime, à notre second baiser, c'est une vieille décrépite. Les empires sont à peine consolidés qu'ils s'écroulent ; ils ressemblent à ces fourmilières qu'élèvent avec de grands efforts de pauvres insectes ; quand il ne faut plus qu'un fétu pour les achever, un boeuf les effondre sous son large pied, ou une charrette sous sa roue.
Ce que vous appelez la couche végétale de ce globe, c'est mille et mille linceuls superposés  l'un sur l'autre par les générations. Ces grands noms qui retentissent dans la bouche des hommes, noms de capitales, de monarques, de généraux, ce sont des tessons de vieux empires. Vous ne faites pas un pas que vous ne souleviez autour de vous la poussière de mille choses détruites avant d'être achevées.

J'ai quarante ans, j'ai déjà passé par quatre professions : j'ai été maître d'étude, soldat, maître d'école, et me voilà journaliste. J'ai été sur la terre et sur l'océan, sous la tente et au coin de l'âtre, entre les barreaux d'une prison et au milieu des espaces libres de ce monde ; j'ai obéi et j'ai commandé ; j'ai eu des années d'opulence et des années de misère. On m'a aimé et l'on m'a haï ; on m'a applaudi et l'on m'a tourné en dérision. J'ai été fils et père, amant et époux ; j'ai passé par la saison des fleurs et par celle des fruits, comme disent les poètes ; je n'ai trouvé dans aucun de ces états que j'eusse beaucoup à me féliciter d'être enfermé dans la peau d'un homme, plutôt que dans celle d'un loup ou d'un renard, plutôt que dans la coquille d'une huître, dans l'écorce d'un arbre ou dans la pellicule d'une pomme de terre. Peut-être si j'étais rentier, rentier à cinquante mille francs surtout, je penserais différemment.

En attendant, mon opinion est que l'homme est une machine qui a été faite tout exprès pour produire la douleur ; il n'a que cinq sens pour percevoir le plaisir, et la souffrance lui arrive par toute la surface de son corps : en quelque endroit qu'on le pique, il saigne ; en quelque endroit qu'on le brûle, il y vient une vésicule. Les poumons, le foie, les entrailles ne peuvent lui donner aucune jouissance : cependant le poumon s'enflamme et le fait tousser ; le foie s'obstrue et lui donne la fièvre ; les entrailles se tordent et font la colique. Vous n'avez pas un nerf, un muscle, un tendon sous la peau qui ne puisse vous faire crier de douleur.
Votre organisation se détraque à chaque instant comme une mauvaise pendule. Vous levez les yeux vers le ciel pour l'invoquer, il tombe dedans une fiente d'hirondelle qui les dessèche ; vous allez au bal, une entorse vous saisit au pied, et il faut vous rapporter chez vous sur un matelas ; aujourd'hui, vous êtes un grand écrivain, un grand philosophe, un grand poète : un fil de votre cerveau se casse, on aura beau vous saigner, vous mettre de la glace sur la tête, demain, vous ne serez plus qu'un pauvre fou.
La douleur se tient derrière tous vos plaisirs ; vous êtes des rats gourmands qu'elle attire à elle avec un lardon d'agréable odeur. Vous vous écriez : "- Oh ! la belle rose !" et la rose vous pique ; "Oh ! le beau fruit !", il y a une guêpe dedans et le fruit vous mord.
Vous dites : Dieu nous a faits pour le servir et l'aimer. Cela n'est pas vrai. Il vous a faits pour souffrir. L'homme qui ne souffre pas est une machine mal faite, une créature manquée, un avorton de la nature. La mort n'est pas seulement la fin de la vie, elle en est le remède. On n'est nulle part aussi bien que dans un bon cercueil. Si vous m'en croyez, au lieu d'un paletot neuf, allez vous commander un cercueil. C'est le seul habit qui ne gêne pas.
Ce que je viens de vous dire, vous le prendrez pour une idée philosophique ou pour un paradoxe, cela m'est certes bien égal. Mais je vous prie au moins de l'agréer comme une préface car je ne saurais vous en faire une meilleure ni qui convienne mieux à la triste et lamentable histoire que je vais avoir l'honneur de vous raconter."

Claude Tillier (Mon oncle Benjamin), 1843

Le texte intégral de"Mon oncle Benjamin" est paru chez "Presses Pocket" en 1986, avec une préface de Francis Lacassin, avant d'être édité en version "Club" par "France Loisirs" la même année, habillée d'une jaquette qui reprend les photos du film d'Edouard Molinaro.
Aujourd'hui, c'est seulement une heureuse trouvaille chez un bouquiniste (les échoppes des bouquinistes sont souvent des îles plus belles et plus fréquentables que certaines librairies) qui pourra vous le faire tenir.


"Né à Clamecy en 1801, Claude Tillier est contraint de bonne heure à gagner sa vie comme maître d'études ; désigné par le sort pour faire cinq années de service militaire, puis maître d'école en butte aux pression cléricales, il devient à partir de 1831 un pamphlétaire redoutable dans le journal d'opposition à Clamecy, puis à Nevers.
Si son oeuvre polémique est aujourd'hui oubliée, sa gloire est acquise par des récits humoristiques qui reflètent son anticléricalisme et ses préoccupations sociales : Belle-Plante et Cornélius (1841) et surtout Mon oncle Benjamin (1843).
Claude Tillier est mort à Nevers en 1844."
(Extrait du rabat de la jaquette "Mon oncle Benjamin", éditions France Loisirs, 1986)

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