15 septembre 2009 2 15 /09 /septembre /2009 19:58


François de CLOSETS :

   L'ORTOGRAF, KOMAN SA MARCH ?

Les bras m'en tombent. Je tombe des nues. J'y perds mon latin, mon grec, et peut-être bien vais-je aussi y perdre mon français. François de Closets, oui, le François de Closets qui vulgarisait les mécanismes compliqués, les systèmes tarabiscotés, n'est pas homosexuel ! Le "coming-out" qu'il vient de faire (1) -il devait porter ça très lourd comme une navette spatiale sur la conscience- ne concerne pas son "virement de cuti" mais sa nullité en orthographe ! Autrement dit, sa bosse des maths est inversement proportionnelle à son trou de français.
En bon "françois", ça m'en bouche un coin. En mon for intérieur, je m'imaginais l'homme à particule, bien propre sur lui, sourire aux lèvres, grand possédant et sachant, pluriel en toutes disciplines puisque je voyais un "s" clore ses "Closets".
Je comprends mieux maintenant pourquoi je ne l'ai jamais vu en invité "guest-star" à la fameuse dictée de Pivot.
Cet aveu est courageux. Faute avouée est à moitié pardonnée.
Je sais bien que le français est une langue complexe à conduire, bourrée d'exceptions, truffée de chausse-trapes, saupoudrée d'accents tantôt vers la droite, tantôt la gauche -va-t-en savoir ?- , émaillée de cédilles et de trémas, étonnante de toutes ces curiosités, ces "freaks" : les deux "o" d'un shampooing, les "e" dans l'"o" et dans l'"a"...
Sortie élevée d'un socle de connaissances, la filière scientifique, tout aussi difficile à maîtriser, a partie gagnée sur la filière littéraire. Nous le savons. On nous l'a assez asséné, seulement en voulant le suggérer. Nous en avons pris note. Les poètes et les écrivains sont des chercheurs ; les scientifiques des trouveurs. Chrysale contre Galilée fait bien triste figure.
Malgré tout, les multiples tentatives de réforme de l'orthographe ont toujours achoppé devant la beauté du "monstre" : dans sa recension du livre de De Closets, Bernard Pivot écrit : "Le français est une langue difficile à écrire. Faut-il procéder à une nouvelle réforme ? François de Closets en serait un chaud partisan s'il n'était convaincu de son impossibilité. Je suis de son avis. [...] en 1990, lors de la dernière tentative de "rectification" des anomalies les plus criantes (redoublement de consonnes, traits d'union, pluriel de mots composés, etc.). Je faisais partie de la commission ad hoc. François de Closets rappelle que lorsque les conjurés se sont attaqués à l'accent circonflexe, j'ai dit que cette réforme-là ne passerait pas parce que les écrivains y verraient une atteinte à l'esthétique de la langue française. Je n'ai pas été entendu et, de fait, sitôt connues les propositions de la commission, c'est, si j'ose dire, l'accent circonflexe qui a porté le chapeau. Ce refus-là a provoqué le rejet de tout le reste." (2)
Mon cher François, moi qui fus tétanisé à l'idée d'être envoyé au tableau noir résoudre une division à virgule, qui ai quitté l'école en grande partie à cause de la tyrannie des mathématiques ; moi qui avais vraiment envie de vomir avant un cour d'algèbre, je compatis à votre profonde détresse. Mais songez que vous avez assuré le salaire des correcteurs de vos livres, et que les lecteurs de votre "Zéro faute" sauront à quoi s'en tenir : vous avez le grain ; on vous a aidé à le moudre. Yes, you can !

JF


(1) "Zéro faute". François de Closets. Mille et une nuits. 322 p. 20,90 €
(2) "Le Journal du Dimanche". 13 septembre 2009.

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14 septembre 2009 1 14 /09 /septembre /2009 19:51


Au Zoo-Circus d'Achille Zavatta, en 1949. Photo Willy Ronis


Un troisième oeil se ferme

Le photographe Willy Ronis s'est éteint samedi à Paris, à l'âge de 99 ans.



Paradoxale. Telle est la vie des hommes. Fort peu d'eux vont droit. Dans le même journal d'opinion, Libé, il se peut lire le même jour : "Photographe, c'est pas un art, pas un métier, rien." La phrase est de Jean-Louis Murat, en dominateur de "libéjournaliste", et qui plus est fournisseur de l'image qui illustre son portrait en quatre de couverture, tant convoité par d'aucuns ! Le même jour or donc où trois pages de "viande froide" rendent un hommage fragmenté à Willy Ronis, 99 rouleaux de printemps, celui qui a appuyé quand il le fallait là où il le fallait.
Fin d'une époque. Celle de l'argentique pour le numérique du vulgum pécus qui fige froid, tout venant et clinique. Adieu soufflets et obturateurs lents. Adieu Doisneau, Brassaï, Lartigue, et j'y rajouterai Emile Zola, le romancier naturaliste qui découvrait les vertiges prémices de la trouvaille de Nicéphore Niépce.
J'ai eu la chance de m'entretenir avec Jean Dieuzaide, qui n'a sans doute pas appuyé assez fort pour obtenir l'empreinte des sus-cités au Panthéon du "Vu". Ce dernier, créateur de la Galerie du Château d'Eau à Toulouse, m'a dit une phrase impressionnée à jamais dans le bain révélateur de ma mémoire : "La photographie n'est pas un accident de l'histoire du monde. C'est un moment de sa métamorphose, et elle a curieusement choisi la lumière pour faire entendre sa voix".

JF

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31 août 2009 1 31 /08 /août /2009 19:00

POUR FAIRE LE PORTRAIT D'UN (DROLE D') OISEAU

 

Courriel ouvert adressé à Luc Le Vaillant, quelqu'un d'important au journal Libération

"Bonjour ou bonsoir.

 

Je resterai un indécrottable lecteur de Libé. J'attends le 7.

Le cahier d'été a été ma bible. La série sur les ratages une réussite, y compris le ratage dans le ratage. (Inversion des légendes : c'était délibéré ?) La rubrique sur "les mots qui n'existent pas" une pure merveille.
Un reproche : la redite de "Zarafa", la fameuse girafe offerte par le pacha d'Egypte à Charles X, (été 2008 - été 2009). Eh oui, on l'avait déjà lu l'année dernière...

Bien, maintenant, à moi.

Je vous souffle quelques mots :

Pour faire le portrait d'un (drôle) d'oiseau.

Portrait.
Joël Fauré.
Fonctionnaire-écrivain ou écrivain-fonctionnaire. Névrosé. Fétichiste, mégalo et narcissique. Et pourtant pudique. Veut qu'on le reconnaisse et qu'on l'aime. Depuis plus de 10 ans, ne sest réalisé dans rien mais harcèle Libé pour avoir son portrait en quatre de couverture.

"Que faut-il faire et qui faut-il être pour avoir son portrait en quatre de couverture dans Libé ? Si vous connaissiez ma vie..."
Excédé, Luc Le Vaillant lui adresse un mail : "C'est du harcèlement ? Un spam ? Dites m'en plus à tout hasard..."
Il ne sait exactement quel axe pourra être donné au portrait. Il sait qu'il possède deux chevaux de bataille : un destrier et un palefroi. Le destrier, c'est l'écriture. (9 pièces, 3 romans, une nouvelle érotique sous le pseudonyme de Raoul Jefe, une biographie d'une artiste oubliée...)
Le palefroi, c'est l'information sur les TOC, dont il est atteint...

Joël Fauré en 7 dates.

 

1962

Naissance à Toulouse.

 

1991

Premiers TOC ; premiers écrits.

 

1997

L'une de ses pièces de théâtre est jouée... dans une salle d'audience du tribunal où il travaille.

 

1998

Création d'un groupe de parole pour des patients atteints de TOC.

 

2000

"Le Personnage tout rouge" est créé au Théâtre de Poche de Toulouse.

2007

Création du blog "A propos de bottes"

 

2009

Parution aux "Arts Graphiques" de "J'ai très bien connu Jacques Brel" (Bon, oui, d'accord, à compte d'auteur...)

Allez, depuis le temps qu'on se connait, on se le tire, ce portrait ?

Cordialement.

Joël Fauré"

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21 août 2009 5 21 /08 /août /2009 20:48
"Bon voyage !" (Photo Jacques Madrennes)
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20 août 2009 4 20 /08 /août /2009 19:15

                                                         MERCI

Paul Adrian (et Mme), Jean-Louis Agard, Bernard Albarède, Jean Bergail, Dominique Denis, Jean-Michel Fauré, Gilles Favier, Gérard Florand, Jean-Pierre Jerva, Pierre Lartigue, Jacques Madrennes, Arlette Poinstaud, Marie-Sany Poujol, François Rozès, Christine et Jean-Claude Smati, Lucette Turroques, Robert Vasseur.

 

Un merci tout particulier à Maurice Récolin.

 

La majeure partie des documents retraçant la carrière de Jeannette Mac-Donald se trouve au musée du cirque d'Albi, créé et animé par Bernard Albarède.

 

Jeannette (5 ans) et Sophie, à la Foire du Trône. (Photo DR)
Document aimablement transmis par Patricia Failhères.
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19 août 2009 3 19 /08 /août /2009 18:27

Les lionnes et lions Apollo, Bellone, Blanchette, Clarence, Angelina, Duranton, Rachel, Nina, Rosa, Zouina, Tarass, Ulysse, Prince, Royal, Ramsès, Brutus, Pacha ;
La tigresse Uhlah ;
Les singes Boubou, Titou, Nénette, Roméo, Juliette, Napoléon, Joséphine, Mimi, Bibi, Cino ;
La truie Lily ;
Le loup de Sibérie Samson ;
Le mouton Blanchette ;
La panthère Sheila ;
Le léopard Shanghai ;
Le poney Pascal ;
Les chèvres Cricri, Isabelle, Jeannette,
Le bouc Jojo ;
Les chattes et les chats Négus, Grisette, Gigi, Anémone ;
Les chiennes et chiens Rex, Lady, Baby, Horace, Négresse, Peter, Airsus, Iréna, Midi, Mercredi, Parking, Bienvenu, Trouvé, Whisky, Ralph, Pipo, Pompon, Chow-chow, Pupuce, Socrate, Rachel, Sarah, Mireille, Gaby, Mario, Welcome, Tino, Paulhac, Gitan, Félicie, Neige, Belange, Juliette, Youcky, Pacha, Dagobert, Jim, Petite, Moïsa, Sonia, Jonas, Négraud, Dick, Mirza, Patricia...
ont la douleur de vous faire part du décès de Jeanne, Louise, France Corfdir, dite Jeannette Mac-Donald, survenu le 1er mai 1999 à Grenade.

Sans famille.

Jeannette Mac-Donald s'est éteinte paisiblement le 1er mai 1999, deux jours avant son 81e anniversaire.

Dans son dossier à la maison de retraite, y-avait-il noté, à la rubrique "Personne à prévenir" : personne ?

Lors de ses obsèques religieuses, le jeudi 6 mai 1999, en l'église de Bessières, nous n'étions pas très nombreux.

Si Jeannette Mac-Donald ne repose pas au "carré des indigents" ou dans quelque fosse commune, c'est grâce à un homme : Jean Bergail.

Son geste a une beauté et une noblesse rares : il a proposé d'accueillir la dépouille de Jeannette dans son caveau familial, au cimetière de Bessières, où repose déjà sa mère, et l'abbé Basséguy, frère de la grand-mère de Jean, qui fut curé de Buzet.
Sur la sépulture, une plaque "A notre amie regrettée" rappelle par l'image le souvenir de "Jeanne Corfdir (Le graveur a écrit "Cofdir") dite Jeannette Mac Donald 1918 - 1999". C'est une photo, une photo qui reste dehors à l'air libre et qui traverse les saisons, et qu'on ne voit que dans les cimetières, là où il n'y a que des gens irremplaçables.

Le caveau de la famille Bergail - Basséguy, au cimetière de Bessières où repose Jeannette Mac-Donald. (Photo JF)

La plaque-souvenir, sur la caveau. (Photo JF)

Les arbres se souviennent.

Parfois, il m'arrive de ramener mes pas sur ce que fut le zoo de Jeannette. La nature a repris le dessus. C'est un bois qui ressemble à un autre bois. Pourtant, je revois la configuration des lieux. La mémoire est immatérielle.
Seule la petite bâtisse de la caisse à été conservée. Sur le guichet, il semble qu'il y ait écrit : "Le spectacle est annulé. Circulez, y'a rien à voir".

Il est pourtant d'infimes détails qui restent, à qui sait les voir. Telles ces deux cicatrices sur le tronc d'un chêne, qui se remettent d'une cravate de chien trop serrée ; tels ces deux essieux de roulottes, curieusement disposés en croix potencée ; telle la boîte aux lettres, restée accrochée près du portail (Une adresse permanente ?), comme celle en sentinelle près de la tombe du poète Antonio Machado ; tel ce crâne de vache, comme on en voit dans les westerns...
Pour le reste, tout le reste, il faudrait creuser un tout petit peu...
En tous cas, au nom de l'histoire extraordinaire que ce sol porte, il ne faudrait pas en faire n'importe quoi...

                                                         HORS-SAISON

Ce livre n'est pas un livre sur Jeannette Mac-Donald.
Jeannette Mac-Donald n'a jamais existé.
Jeannette Mac-Donald est un personnage de fiction.
Comment ? Vous prétendez l'avoir connue ? Vous avez rêvé, Madame. Vous avez rêvé, Monsieur.
"La vie est un songe" a dit Calderon.

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18 août 2009 2 18 /08 /août /2009 19:39

Place au cirque !

Le cirque Pinder, qui reste, en France, l'un des rares établissements itinérants à perpétuer la tradition, fait étape à Toulouse, du 4 au 14 mars 1999.
Le siècle qui se termine a vu apparaître l'émergence du "nouveau cirque", que les puristes conspuent. Ils n'imaginent pas un cirque sans la mystérieuse magie qui les a touchés : la route, la place, les camions rutilants, le chapiteau de "la ville d'un jour", les pinces piquées dans le goudron pour maintenir la toile, les cordages, les affiches, les filles longues comme des lianes, sans un soupçon de graisse, toute en sensualité, et les bêtes, bien sûr... Les chevaux, avec qui tout a commencé... les éléphants, avec qui tout s'est poursuivi, les singes et les fauves...
Aujourd'hui, un orang-outan, espèce menacée, qui agite un mouchoir  attise moins l'intérêt qu'un monstre cloné, génétiquement modifié, sous le glacis d'un écran d'ordinateur.
Une législation draconienne interdit aux cirques de transporter des animaux qui ne participent pas au spectacle. Dans certains pays, les numéros d'animaux sont purement et simplement proscrits. A intervalles réguliers, une publication, un parlementaire, un quidam autoproclamé "Président de l'association pour le libre piratage vidéo de "La Planète des Singes" se demande si un animal se demande ce qu'il en pense, s'il pense, s'il réfléchit, s'il pleure, s'il rit...
Et les débats deviennent des combats d'hommes déguisés en coqs...
Ma pauvre Jeanneton, tu as bien fait "de te ranger des voitures"...

Donc, le cirque Pinder est installé à Toulouse. Il a été racheté à Jean Richard, qui connaissait des difficultés de trésorerie, en 1984, par Gilbert Edelstein. L'homme, monolithique, fort de ses états de services militaires, préside aux destinées du "Géant Européen" avec une main de fer. Il ne fait aucune concession, lui qui possédait celle de la confiserie et du bar chez JR !  Il prétend que le cirque est "d'abord une entreprise de transport, ensuite une entreprise de "levage", et ensuite seulement une entreprise de spectacle." Ses prises de position lui vaudront quelques inimitiés. On lui reproche, contrairement à Jean Richard, de considérer les artistes comme du bétail.

Or, il se trouve qu'il porte une grande admiration à Jeannette Mac-Donald. Déjà, en 1987, alors qu'elle se trouvait en détresse, on se souvient qu'il l'avait secourue financièrement.
Gilbert Edelstein travaille en famille. Son épouse le seconde dans la gestion, sa fille Sophie se couche en piste sous le ventre des éléphants (et songe à créer un numéro de grandes illusions) ; son fils, Frédéric, passionné par les fauves, est un dompteur déjà remarqué.

J'enlève Jeannette aux griffes de son mouroir grenadin. J'emmène au cirque où elle est attendue, une enfant de la balle qui va avoir 81 ans dans deux mois.
L'accueil chez Pinder est royal. Il ne manque que le tapis rouge. Jeannette a préparé un cadeau pour le jeune Frédéric : une photo de la grande époque "Amar", où on la voit aux côtés de Zavatta et de Michel Simon.
Frédéric, qui présente alors un numéro de 11 tigres, est rayonnant, empli d'une émotion, d'une admiration bien visible. Un grand sourire s'allume sur le visage de Jeannette, pas insensible d'être aux côtés de ce beau jeune homme vigoureux.
Jeannette, qui ne dompte plus que des animaux synthétiques et quelques douleurs articulaires est heureuse du cadeau reçu en retour : une photo dédicacée du plus jeune dompteur de France à la plus ancienne. C'est une photo de liberté. On y voit Frédéric et un magnifique tigre du Bengale courir pieds et pattes dans pattes et pieds, ensemble, de front, sur une plage, dans l'écume d'un bord de mer...
La plus ancienne et le plus jeune dompteur de France : Jeannette Mac-Donald et Frédéric Edelstein, au cirque Pinder, à Toulouse, en mars 1999. (Photo JF)

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17 août 2009 1 17 /08 /août /2009 18:45

Sous le signe du feu

"La caravane de Jeannette a brûlé. Elle est vivante !"

Un film, la vie de Jeannette. Un film vous dis-je...
Il y a, dans les films, des séquences qu'il ne faut surtout pas chercher à comprendre.
Un matin, la caméra fait un zoom sur la caravane de Jeannette réduite en cendres. On parvient à découvrir deux cadavres calcinés de petits chiens. Jeannette, qui avance des explications brouillées, s'en est miraculeusement bien tirée...

 

Jeannette, un sacré numéro !

"La Dépêche du Midi" du samedi 27 décembre 1997 informe ses lecteurs, sous la plume d'Elfie Dessort : "En août, un incendie ravage une des caravanes du "Zoo de Buzet", en pleine forêt. Jeannette Mac Donald, 79 ans, échappe de justesse à l'incendie. Jeannette est relogée au Pastourel, à Bessières.
"La Dépêche du Midi" - 27 décembre 1997

"Le Pastourel"  est un foyer-logement pour personnes âgées comme il en fleurit  dans notre pays depuis que l'espérance de vie s'est rallongée.

 

Ainsi contrainte et forcée, Jeannette Mac-Donald, fille du vent et des étoiles, enfant de la balle, redevient Jeanne, Louise, France Corfdir, 2180593...sur la liste de présence d'une maison de retraite, d'un hospice, d'un asile, "chez les petits vieux", entre quatre murs... où les seuls animaux tolérés sont en peluche.

Sous le signe du feu.

 


Le règlement, c'est le règlement. Au "Pastourel", les animaux ne sont pas admis. La mort dans l'âme, Jeannette s'est résignée à vivre quand même sans ses bêtes. Par contre, c'est trop lui demander de ne pas fumer. Elle brave les interdits. La direction tolère, eu égard de la personnalité exceptionnelle de la résidente. Imaginez un peu "Elephant Man" recueilli à l'hôpital de Londres par le docteur Treves, le tout filmé par David Lynch !

Mais passées les bornes, il n'y a plus de limite. Jeannette balaie de la main les remontrances et s'allume une autre Gauloise.

Elle n'est certainement pas raisonnable, mais est-il possible de raisonner des êtres extrêmes, d'excès, de ceux qui constituent les ménestrels, les fous du roi ou de l'état, chantant, dansant, disant, faisant, et dont nous avons tellement besoin parce que leur démesure nous fait sourire, rire, nous émouvoir, pleurer ?

Jeannette est de cette trempe : indomptable, unique, artiste.

Et un artiste est artiste jusqu'au bout. Quoi qu'il arrive. Devos, Martin et leurs AVC ; Brel et son cancer ; Annie Girardot et son Alzheimer. Les exploits de Jeannette Mac-Donald seront d'un autre ordre ; les exploits ou les frasques ou les lubies, mais c'est du pareil au même...

Jeannette oubliera sa cigarette et mettra le feu au matelas. Jeannette fuguera, se rendra au supermarché du coin et enfourchera le premier vélo qu'elle trouvera sous la main. Elle veut retourner dans les bois, quoi de plus normal ? A-t-elle vu le zoo entièrement rasé, hormis la petite bâtisse qui servait de caisse, dont le guichet fermé semble laisser sous-entendre : "Le spectacle est annulé. Circulez, y'a rien à voir !" ?

Interrogée sur sa fugue, sur le vélo "emprunté", Jeannette répondra avec un aplomb désarmant : "Eh ben, quoi ? J'en avais besoin de ce vélo..."

La direction du "Pastourel" ne l'entend pas de cette oreille. Elle évoque un risque d'incendie, et ne veut pas mettre en danger ses résidents. La dame aux lions et au tempérament de feu est priée d'aller d'aller faire son cirque ailleurs.

En 1998, elle est admise à la maison de retraite "Saint-Jacques" de Grenade-sur-Garonne.


Grenade, ça fait plus espagnol, ça fait plus international...

 


A la maison de retraite de Grenade -une bourgade près de Toulouse célèbre pour sa plus grande et ancienne halle de France -ses bois ont été coupés en 1293-, Jeannette perd encore quelques étoiles... L'établissement est vétuste ; dès l'entrée, on est saisi par une forte odeur composée de miasmes et de relents divers qui fait assurément regretter l'ambiance olfactive du zoo.

Mais peu importe : avec un peu d'imagination, en se pinçant le nez, en fermant les yeux, Jeannette peut refaire le voyage à l'envers : l'Espagne,  l'Andalousie, les jardins de l'Alhambra, les souvenirs mauresques...

"Quien no ha visto Granada no ha visto nada" . (Qui n'a pas vu Grenade n'a rien vu.)

Grenade et Grenade. Jeanette et Jeannette...

A Grenade, Jeannette joue les divas : elle se maquille, se laque les ongles, met du rouge à lèvres ; elle porte des pantalons à fleurs. Son esprit est resté vif. Elle a gardé toute son autonomie. Elle côtoie un ancien clown, qui a aussi été "homme-canon". Avec son amie Béatrice, qui passe la prendre, elle joue les filles de l'air parce qu'elle a très envie de savourer des huîtres...

 

Jeannette Mac-Donald, à la Maison de Retraite "Saint-Jacques" de Grenade-sur-Garonne.
(Photo JF)
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16 août 2009 7 16 /08 /août /2009 18:37

Si on allait au cirque ?

Pour
distraire un peu Jeannette de ses petits soucis, je lui propose de l'emmener au cirque d'Arlette Grüss. Arlette Grüss est la descendante d'une célèbre dynastie. C'est la fille aînée du grand maître écuyer Alexis Grüss sénior. Elle est née en 1930. Elle a été ballerine de l'air sous le nom d'"Hélène de Vernon", puis "Miss Arlette" et ses panthères. Elle a créé son propre cirque en 1986. C'est l'un des plus beaux et des plus courus qui sillonnent la France.
Arlette et Jeannette s'apprécient vraiment. Ca se sent. Ca se voit.
A Toulouse, malgré qu'elle "traîne un peu la patte", la directrice sort de sa caravane et vient saluer Jeannette avec effusion. Cette dernière n'est pas, non plus, au sommet de sa forme.
Michel Palmer, le "Monsieur Loyal" du spectacle, est visiblement touché de la rencontrer ; il semble n'avoir d'yeux que pour elle. Reçue avec tous les honneurs, toutes les prévenances, Jeannette se montre aussi capricieuse qu'une enfant gâtée. Bien installée dans les loges, en plein spectacle, elle veut allumer une cigarette ; je réussis à l'en dissuader. Elle insiste. Elle veut sortir. Nous sortons. Nous nous réinstallons. Maintenant, elle prétend qu'elle a très faim. Je lui demande de patienter. Bien sûr, elle me rabroue, elle gigote, elle veut de nouveau sortir. Nous sortons. On lui apporte un énorme sandwich...

La santé physique et mentale de Jeannette se détériore-t-elle ? Voit-elle, elle si active, l'aile de la vieillesse venir l'effleurer ? Pour marcher maintenant, elle s'aide d'une canne.
Se retourne-t-elle vers sa jeunesse ? "Tu sais, me dit-elle, cette nuit, j'ai encore rêvé de Monsieur Schérif. Je suis sûr qu'il est passé devant le zoo sans s'arrêter."

 

Caravane.

Dans la première caravane qu'a occupée Jeannette à Buzet, alors que Smati avait bricolé une télévision à batterie, pendant que nous regardions un film, Jeannette se faisait des nouilles à la poêle, qu'elle aimait bien grillées, et terminait son repas par une tartine de camembert trempée dans du café.
"Je suis née dans une roulotte, j'ai été élevée avec des petits lions... A mon âge, je me vois mal reprendre la route... Et je déçue... Je suis déçue des gens du voyage... Et tu vois, je repense à Monsieur Mustapha Amar. C'est du jour où il a eu de l'argent qu'on est venu pour ainsi dire lui lécher les bottes ; mais, s'il était resté le petit mitigé français-arabe qu'il était, ça ne se serait pas passé comme ça..."

Jeannette est amère. Il ne faudrait pas beaucoup la pousser pour qu'elle joue "Tatie Danielle", ou qu'elle s'assimile à Janet Frame dans "Un ange à ma table", qui, dans la scène finale, rejoint une caravane contre laquelle prend appui une mobylette...

Mais le rêve africain ou américain va achopper sur le petit hôpital de Lavaur, gros bourg du Tarn, seulement célèbre parce que cité à deux reprises dans "La vie mode d'emploi" de Georges Pérec.

Jeannette, qui n'a jamais été malade, supporte mal cette étape qui n'était pas prévue sur l'itinéraire. Et, pour la première fois, elle flanche, ou se laisse flancher.
Et peu importe si c'est le coeur, le foie ; si ce sont les poumons, les reins ou les articulations, l'estomac, le côlon, les artères ou la tête, alouette, qui sont en compétition pour savoir qui cédera le premier.
"Comédienne ! Sarah Bernhardt !" avait coutume de dire Jeannette à propos d'une bête joueuse, d'une chienne qui feignait le drame pour avoir une caresse.

En a-t-elle rajouté quand sa santé défaillante la condamnait à ne plus pouvoir réaliser les deux rêves de sa vie : "faire claquer le fouet comme un homme et siffler dans ses doigts". (1)

A l'hopital de Lavaur, devant ses forces amoindries, Jeannette est placée sous tutelle.

Rétablie, elle regagne sa caravane dans les bois.

(1) "Les fauves et leurs secrets", Jim Frey. "Presses de la Cité"

Jeannette Mac-Donald. Le visage est-il un livre ouvert ? (Photo DR)

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15 août 2009 6 15 /08 /août /2009 13:09

L'abbé Pierre se souvient
de Jeannette Mac-Donald

Dans de bonnes conditions.

Il faut croire que les instances administratives n'ont pas abandonné l'idée que " les seuls animaux qui n'auraient pas été dispersés seraient des animaux domestiques, dont la dispersion s'effectue dans de bonnes conditions et est en voie d'achèvement."
"La Dépêche du Midi", dans son édition du 22 janvier 1996, écrit : "La fin du zoo de Jeannette ? Depuis 23 ans qu'elle a choisi de demeurer, dans des conditions de confort précaires, dans un coin de la forêt de Buzet, les bessièrains et tant d'autres habitants des communes avoisinantes, connaissent bien la frêle stature et le visage parcouru de rides de Jeannette Mac Donald.
Il est bien loin le temps où ce que l'on a pris coutume d'appeler le zoo de Buzet n'héberge plus d'animaux sauvages, mais Jeannette est toujours là, s'abritant dans une caravane, sans eau courante ni électricité, dévouant sa vie au bien-être des animaux (des chiens essentiellement) qu'elle recueille, soit parce qu'on les lui apporte directement, soit parce qu'ils errent, abandonnés, aux abords de la forêt.
Il y a quelques jours encore, l'ancien zoo donnait asile à cinquante et un chiens "correctement nourris, précise Mme Mac Donald, grâce à l'aide que m'apporte quotidiennement tout un réseau d'amis."
Aujourd'hui, la maîtresse des lieux contemple tristement les neuf dixièmes des niches vides : on lui a pris "ses enfants".
En effet, sur décision de la direction départementale des services vétérinaires, des employés des services vétérinaires sont venus saisir quarante-trois animaux." (...) Maintenant, lorsque son regard se pose sur une niche vide, c'est un coup d'aiguille dans le coeur de Jeannette Mac Donald. "C'est vrai que j'avais beaucoup trop de chiens, mais la faute à qui ?" Les choses auraient pu se passer différemment, dans le dialogue et la concertation, c'est triste d'en arriver là...

Un cadeau de l'abbé Pierre pour Jeannette Mac-Donald.

C'est le titre que choisit "La Dépêche du Midi" du 4 avril 1996, pour évoquer en quelque sorte un "retour d'ascenseur"... Et d'écrire :

"Le sourire est revenu pour Jeannette Mac-Donald. Sourire perdu depuis que ses chiens, amis et famille peuplant sa solitude, lui ont été pris.

Quel bonheur ce fut pour elle de recevoir ce cadeau de l'abbé Pierre : une couverture, patchwork de carrés de laine, cousus par les compagnons d'Emmaüs, retraités  à Esteville, auprès de l'abbé Pierre. Mais aussi un livre dédicacé de sa main "Le Testament", avec une photo, dédicacée elle aussi.
L'abbé Pierre, Jeannnette Mac Donald l'a connu pendant le terrible hiver 1954. Elle avait pris ses quartiers d'hiver à Aubervilliers, avec sa ménagerie, ses cages, ses animaux, ses caravanes.
L'abbé Pierre, passant par là, lui demande s'il y en a à vendre. Il en a besoin pour ses "sans logis" qui souffrent tant cer hiver-là.
Jeannette Mac Donald ne vend pas. Mais offre deux caravanes pour ceux que l'on nommerait aujourd'hui SDF !"

Un cadeau de l'abbé Pierre pour Jeannette Mac-Donald. (Photo HV)
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en essayant le plus possible
de ne pas se cogner."

Georges PEREC



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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