14 août 2009 5 14 /08 /août /2009 10:50

Invité par l'école de Buzet-sur-Tarn, en 1993, Jeannette Mac-Donald se prête au jeu des questions/réponses et signe des autographes.  Attentifs, souriants, intenses, complices, les regards en disent long. Parmi les enfants, un fidèle parmi les fidèles : Jules Pons. (Photo PD)
Cas d'école

Quand il se passe tout et rien.

A Rennes, j'ai obtenu un modeste certificat d'aptitude au métier d'employé aux écritures.
Je suis entré de justesse en tant que tel au ministère de la justice. Là encore, comme le cirque, ce n'est pas moi qui ai choisi le droit, c'est le droit qui m'a choisi. Au bon vouloir des déclarations de "vacance" du concours d'emplois réservés.

Le zoo est fermé. Jeannette approche de ses quatre fois vingt ans. Jeannette est toujours un électron libre. C'est très bien tant qu'on a la santé. La santé conditionne tout. Le téléphone a été installé. On ne sait jamais...
Au gré de ses envies, Jeannette déplace sa caravane à travers le parc ; c'est une manière comme une autre de ne pas rester sédentaire.

En 1993, une grande exposition d'affiches est proposée à Buzet. Jeannette est invitée par l'école du village. Les enfants, donnés blasés, sont subjugués par cette fameuse mystérieuse  ; les maîtresses sont ravies. La dompteuse retrouve sa superbe, se prête au jeu des questions/réponses, signe des autographes.
Au milieu des enfants, il y en a de plus grands, les amis de la première heure : Bibiane Mangion, la secrétaire de mairie "aux idées justes et larges", Jules Pons, qui partait aux abattoirs avec sa deux chevaux et revenait avec trois boeufs, et Jean Bergail.

 
Jean Bergail.

Jean a vu Jeannette dans les années 50 à Toulouse, au cirque Amar. Il croit se souvenir que le cirque était installé à la "Prairie des Filtres". Il est sûr que Jeannette portait sa lionne Blanchette sur les épaules.

Il a souvent dépanné Jeannette.
Bonne bouille, le coeur sur la main, maintenant en retraite de la menuiserie, il ne rate jamais une occasion d'aller voir un cirque de passage. Savez-vous avec qui il aime y aller ? Mais oui, bien sûr...
"On a vu Grüss, on a vu Zavatta, on a vu Bouglione, dit-il, l'oeil malicieux.
 Chez Bouglione, on avait payé la place, et, sous le chapiteau, Jeannette a rencontré le directeur. La tournée était pour lui. Au cours du spectacle, le "Monsieur Loyal" a dit : "Ce soir, sous notre chapiteau, une grande dame du cirque nous fait l'honneur de sa présence : Jeannette Mac-Donald."

Les animaux meurent peu à peu, petit à petit. De vieillesse, de mort naturelle. Lorsque Jeannette perd son dernier lion, elle est effondrée. Elle sait qu'elle n'en aura pas un autre.
Jeannette Mac-Donald deviendrait presque une "Madame-tout-le-monde" s'il n'y avait pas tous ces chiens.

Jeannette, encadreé par deux hommes qui ont beaucoup compté dans sa période "buzetoise" : à gauche, Jules Pons ; à droite, Jean Bergail. (Photo JF)

" - Qu'est ce que tu veux faire, plus tard ?
- Dompteuse !"
(Photo JF)
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13 août 2009 4 13 /08 /août /2009 19:17

Des images saisissantes

L'univers, le caractère, la situation, le personnage de Jeannette Mac-Donald ont tout pour  séduire un créateur. Gilles Favier, jeune photographe, a su entrer dans l'intimité de la dompteuse, au moment où elle se méfiait le plus de ceux qui voulaient donner un reflet de sa vie. Il a pu faire des images saisissantes. Aujourd'hui, Gilles Favier est un photographe réputé, qui travaille a l'agence VU. Trente ans après sa première rencontre avec Jeannette, il se souvient. Il se souvient de "son sale caractère. Elle a été dure à apprivoiser. Elle avait été très échaudée par des gens qui lui avaient fait du mal. Je retiens, dit-il, l'absurde de certaines situations. Un jour, un jeune lion s'était échappé dans les bois. J'ai rameuté des copains et avec des bâtons, nous sommes partis à sa recherche. Nous l'avons retrouvé et ramené dans une 2 chevaux."

Avec Gilles, Jeannette est mise en confiance. Accepté, pénétré dans son antre, il a pu figer sur la pellicule des scènes hors du commun.
Gilles reconnaît que ses travaux sur Jeannette l'ont servi, tant sur le plan humain que sur le plan professionnel.
Lorsqu'il présente ses planches à la rédaction du journal "Libération", qui est l'un des premiers organes de presse à innover, en publiant des photos sous un angle inattendu, l'équipe est "soufflée".

"Libé" n'hésite pas à publier dans son cahier central pas moins de quatre pages sur "Jeannette et ses animaux".

Les photos, en "pleine page", signées Gilles Favier montrent Jeannette, un couteau à la main, s'apprêtant à dépecer un veau ; une hache à la main, débitant des quartiers de viande ; un seau à la main, faisant boire une chèvre ; un biberon à la main, donnant a tétée à un lionceau ; les mains à plat sur une couverture où repose un lion mort ; une cigarette à la main ; et comme dans la chanson de Barbara, "L'Aigle Noir" : Dans ma main, il a glissé son cou" (1), caressant une oie blanche...
"Buzet, écrit Michel Lepinay dans le texte qui accompagne le portflio, est une petite commune de la Haute-Garonne. Pour trouver le zoo à la morte-saison, il faut être du coin. Tous les bois se ressemblent et celui qui l'abrite ne se distingue pas des autres... (...) Puis il évoque les tournées, la gloire, le drame en Algérie. Et il conclut son papier par une phrase sans appel de Jeannette : "Vous savez, s'il ne vient pas de monde cet été, je ne m'en sortirai pas. Vous savez, je préfère crever de faim que de manger une de mes poules. Si je n'ai plus d'animaux, je me fous en l'air."

 


Oui, Jeannette est une "bonne cliente" pour les médias. Pour les faiseurs d'images et de sons...
A quelques exceptions près...

Qu'est devenu ce photographe, dépressif et dépité car Jeannette refusait une interview, et qui m'avait écrit : "Jeannette a tort de ne pas vous confier ses anciennes photos" ?

Quel beau documentaire aurait pu réaliser ce doumentariste qui trouvait le parcours de Jeannette "cohérent", mais qui se heurtait, malgré son insistance, au refus obstiné du sujet !


(1) Bien que, en l'occurrence, et malgré démentis et avis brouillés et divergents, il s'agisse là de l'allégorie du viol de Barbara par son père. 

 

Page une du Cahier central "Jeannette et ses animaux". "Libération" du 29 janvier 1982.
Photos : Gilles Favier. Texte : Michel Lepinay.
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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 19:01

"Sans mes bêtes,
moi, je me flingue."

"Sans mes bêtes, moi, je me flingue."

Jeannette n'a jamais cessé de répéter cette phrase.

Ne pleure pas, Jeannette.


Jeannette n'est pas rancunière. Elle n'en veut pas à Brigitte Bardot, "qu'elle a beaucoup aimée, au cinéma". Et Brigitte Bardot n'en veut pas à Jeannette Mac-Donald !

"La Dépêche du Midi", que le duel entre les deux pétroleuses a passionné, donne la parole à ses lecteurs. Bien sûr, il y a les "pour " et les "contre".
"Je ne comprends pas qui peut avoir intérêt a défendre Mme Mac-Donald, cela n'a rien d'un zoo... Ce n'est pas parce que Mme Mac Donald a eu son heure de gloire qu'on doit lui permettre de garder des fauves (et des chiens) dans de telles conditions. Ce sont les animaux qui font les frais de sa nostalgie d'une autre époque. (...) Son comportement, loin de susciter mon admiration, représente à mes yeux, celui d'une malade qui cherche à se donner une raison de vivre. Ce n'est pas cela aimer les bêtes..." écrit une lectrice du Tarn.

La copie d'un télégramme dit : "Courage, Jeannette. Je connais Brigitte, elle a parlé à la suite de bavardages venimeux, croyant les bêtes en danger. Elle réparera, j'en suis sûre..." Patricia Failhères, amie de Jeannette est réaliste : si elle reconnaît que les animaux ne vivent pas dans des conditions d'hygiène idéales, elle souligne les rapports affectifs très étroits -et réciproques- entre l'ancienne dompteuse du cirque Amar et eux.

Enfin, Maurice a pris sa plume pour écrire une longue lettre à Brigitte Bardot : "Connaissant, Madame, votre bon coeur et la netteté de vos jugements en bien des domaines, nous sommes persuadés que vous avez été mal informée. (...) Je puis vous assurer que Jeannette est loin d'être ce que vous pensez d'elle. C'est une personne au grand coeur ne vivant que pour ses bêtes. (...) Elle exécute seule, quotidiennement, un travail que peu de gens auraient la volonté de faire. (...) Nous vous invitons à venir constater par vous même que les renseignements qui vous ont été fournis ont été grossièrement amplifiés pour certains et complètement "inventés" pour d'autres..." (1)

 

Brigitte Bardot n'est jamais venue à Buzet ; par contre, elle a fait étape à Toulouse, en décembre 1987 pour une opération "Vingt chiens à offrir". Interrogée par "La Dépêche du Midi" sur "l'affaire" qui l'opposait à Jeannette, elle a déclaré : "Il arrive souvent que des gens ont de bons sentiments, malheureusement, ils manquent de moyens pour aller jusqu'au bout de leur bonté." (2)

(1) "La Dépêche du Midi", 26 mars 1987.
(2) "La Dépêche du Midi", 14 décembre 1987

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11 août 2009 2 11 /08 /août /2009 18:12

BB contre Jeannette Mac Donald

Un reportage télévisé au journal de TF1 et de FR3 le lundi 16 mars 1987.

Je n'oublie pas Jeannette. Loin des yeux, mais pas loin du coeur. Comment oublier Jeannette ?
Jeannette n'a toujours pas le téléphone, pas plus que l'eau courante et l'électricité : je lui envoie des cartes postales de crépières bérigourdines.
Est-ce le reportage d'Antenne 2 qui a hâté les choses : Jeannette perçoit une petite retraite, 2 500 francs par mois ? Il faut remettre cette somme dans son contexte. Nous sommes en 1987.

J'aurais préféré recevoir de meilleures nouvelles de Jeannette, et surtout sans que la télévision et une star du cinéma s'en mêlent. Mais bon, on a les destins qu'on peut...

"Elle croyait être enfin tranquille, dans son coin, à Buzet, avec les animaux qu'elle aime, écrit Pierre Chouchan, dans "La Dépêche du Midi" du 18 mars 1987. Et brutalement, les projecteurs de l'actualité se braquent sur Jeannette Mac Donald. Un grand nom du cirque. La gloire autrefois. A présent, une femme de 69 ans, pauvre, seule... et accusée, lundi soir dans un reportage télévisé au journal de TF1 et FR3 (...)"

L'accusation et l'accusatrice ne sont pas des moindres. "L'intervention de Brigitte Bardot donne le ton. "C'est une honte, assure B.B., cet endroit est un mouroir." Et surtout, l'actrice affirme que les chiens de Jeannette meurent de faim et qu'elle les donne en pâture aux lions !"

Du coup, les journalistes parisiens ont pris le premier avion pour se rendre compte d'une réalité toute différente.

L'histoire de Jeannette Mac Donald est longue, parsemée de temps forts, de coups durs aussi. (...)"

 


"La Dépêche du Midi" - 18 mars 1987

B.B. contre Jeannette Mac Donald.

Le 19 mars, toujours dans "La Dépêche du Midi", Pierre Chouchan écrit : "Les pensionnaires du parc zoologique de Buzet-sur-Tarn vivent-ils dans des conditions inacceptables ? Il y a les associations de défense des animaux qui accusent Jeannette Mac Donald et tous ceux qui la soutiennent.  D'autres s'interrogent.
La justice tranchera.
Une chose est certaine : Jeannette Mac Donald porte un amour sans limites -sans doute au delà du raisonnable- à ceux qu'elle considère comme ses propres enfants. (...) Mais sur les cinq hectares loués par la commune, on pourrait imaginer mieux, question hygiène. Pas d'électricité, pas d'eau courante, pas de téléphone.
Dès lors, deux clans semblent se dessiner. Après des mois, voire des années d'enquête, deux associations -dont la fondation Brigitte Bardot- dressent un réquisitoire extrêmement sévère et portent plainte pour mauvais traitement envers les animaux. Et il y a tous ceux qui savent bien qu'ici, ce n'est pas un hôtel quatre étoiles, mais que se pose un grave problème humain. Les amis du comité de soutien à Jeannette, le vétérinaire, les services vétrinaires du département, le maire de la commune Jacques Dorsène ne croient pas qu'une décision brutale des autorités soit la solution, en l'occurrence."

Une lettre de Brigitte Bardot.

Intérrogée par "La Dépêche du Midi", Brigitte Bardot écrit : "Jeannette Mac Donald est trop âgée et manque trop de moyens pour s'occuper seule de ses animaux. (...) Pire que tout, celui qu'on appelle le zoo de Buzet n'est plus qu'un lieu d'épouvante où survivent, dans des états de dégradation répugnants, quelques pauvres bêtes qui furent sauvages, une dizaine de chiens faméliques, galeux, malades et des centaines de rats qui grouillent, attaquent, se multiplient dans cet enfer.

Les carcasses rongées envahissent la cage, le vieux lion n'a plus la place, ni le courage de se tourner, parfois c'est un chien malade qui lui est jeté en pâture... Quel cauchemar ! Il y a aussi le vautour entravé par des piles d'immondices qui s'amoncellent dans ce qui fut une volière ! Et le léopard va et vient sans cesse, sur ce sol jonché d'os, de viande en putréfaction, de vermine.

Le tout, dans un univers d'horreur, de puanteur nauséabonde, de cris, de vacarmes incessants, d'appels, de plaintes, de décompositions. Les deux petits singes qui complétaient ce tableau dantesque ont eu la elle idée de mourir de froid cet hiver !  Depuis un an, je dénonce ce camp de la mort qu'est Buzet. Depuis un an, j'en ai parlé aux ministres de l'Environnement et de l'Agriculture. Dernière réponse envoyée par M. Carrignon, ministre de l'Environnement, en date du 2 mars : "Le zoo de Buzet n'est plus ouvert au public. Selon les informations que m'a fait parvenir le commissaire de la République, les seuls animaux qui n'auraient pas été dispersés seraient des animaux domestiques, dont la dispersion s'effectue dans de bonnes conditions et est en voie d'achèvement." (1)

 

Contre-attaque.

La justice est donc saisie. C'est le médiatique avocat Gilbert Collard qui assiste Jeannette. Il dépose une plainte contre Brigitte Bardot et TF1 assortie de ce commentaire : "Le Tribunal des animaux, ça fatigue un peu. Mme Bardot n'est pas la papesse des bêtes. Elle ne peut pas continuellement rédiger des bulles de haut de sa chaire de Saint-Tropez. Mme Mac Donald, cette grande dame du cirque, a une vie aussi étonnante et chargée de dévouement pour les animaux que la sienne..."

Par ailleurs, Gilbert Edelstein, qui préside aux destinées du cirque Pinder, est "si surpris qu'on attaque Jeannette Mac Donald, cette grande dame du cirque" qu'il lui remet un chèque de 5 000 francs.



(1) "La Dépêche du Midi" - 19 mars 1987.

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10 août 2009 1 10 /08 /août /2009 18:46

Danse avec les loups

On brûle ce qu'on a trop aimé. Sous la crasse, il y a la classe. Je n'ai connu que la crasse. J'ai connu Jeannette arrêtée. Des photos de l'époque dorée moisissent dans un camion. "Si vous voulez, je vous les classe dans un album ?" Il y a aussi des lettres, des journaux, des registres qui feraient briller les yeux de bien des historiens et des collectionneurs. Mais Jeannette s'en fiche comme de son premier fouet. Jeannette s'est accrochée au cou et au cul des bêtes, à des routes et à des places, à des toiles étoilées, et pas à une citadelle de papier. De toute façon, quand on voyage, on se déleste, on se dépouille, on vit.
A Buzet, Jeannette sait qu'elle est au crépuscule de sa vie ; elle peut se permettre de ne pas suivre à la lettre les instructions des débuts de saison, des renouvellements, des remises en question : "Tout ce qui ne bouge pas, tu le repeins ; tout ce qui bouge, tu le salues."

Or, puisque je m'inclus, sans orgueil, mais sans fausse modestie non plus, dans l'histoire de Jeannette, qu'il me soit permis d'écrire que, si elle a fait et agi, je n'ai rien commencé, rien réalisé. Et qu'il commence à être temps de réagir.

Connaître Jeannette Mac-Donald n'est pas une sinécure. Ma mère avait-elle donc raison quand elle disait : "Pour Jeannette, qu'est-ce que tu ne ferais pas ?" ou encore : "Arrête d'aller voir cette vieille. Regarde comme ça pue dans ta chambre..." Oui, mais les miens, qui n'avaient été ni belluaires, ni trappeurs écossais, ou encore vanniers ; qui revendiquaient leurs souches paysannes -et tout se vaut- ne m'avaient pas indiqué quelles routes il fallait prendre. J'étais donc vierge de vocation, hybride de disposition, bâtard.

Si le milieu artistique, qui est un miroir aux alouettes, est vraiment un milieu, alors, je suis toujours resté trop près du bord. La littérature, le cinéma, le théâtre étaient si hauts dans mon firmament, et le cirque descendu si bas, du moins tel qu'il m'était donné de le voir. Le cirque m'a passionné, ébloui, intrigué ; je suis entré sous des chapiteaux avec une belle carte de visite, même jaunie, celle de Jeannette Mac-Donald, mais je ne suis pas un "Mac-Donald". J'ai ri à gorge déployée, comme jamais je crois je n'ai plus ri, avec "Les Barios" ; j'ai été fasciné par les cuissardes bleues de la dompteuse Catharina jusqu'à m'en masturber, mais le spectacle terminé, je me retrouvai dans la merde du zoo de Buzet.
J'ai été abonné à "Scènes et Pistes" -c'est d'ailleurs dans cette revue que j'ai eu le bonheur de voir, pour la première fois, quelques unes de mes phrases imprimées- ; j'ai été adhérent du "Club du Cirque", débuté des collections de programmes, d'affiches...

Ce n'est pas moi qui suis allé au cirque ; c'est le cirque qui est venu à moi. Il est venu me débusquer dans un endroit si saugrenu, si inattendu : dans les bois où je regardais les autres danser avec les loups.

 

"Qu'est-ce que tu vas faire, maintenant ?" me demande Jeannette.

" - Je vais faire une formation d'employé de bureau. Je pars deux ans en Bretagne, à Rennes.

- C'est une ville qui aime le cirque."

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9 août 2009 7 09 /08 /août /2009 18:38

Les nuits fauves

Pourquoi les romanciers transforment-ils les puanteurs en parfums ?

Ca sent le fauve. Ca pue, ça fouette, ca cocotte, ça schlingue... le fennec chez la dame du zoo. Et alors ? Beaucoup moins que des pieds d'ados en colonies de vacances , un soir d'été, après une journée de randonnée.
On a mis sur le compte du zoo de Jeannette les puanteurs qui venaient en fait de l'épandage des vidanges des fosses septiques, dans les champs environnants !

Il ne se passe pas de vie sans salir, sans entamer, sans user, sans rejeter.
Jeannette me disait : "Laisse-les dire... C'est des enculés. C'est des mange-merdes".
Jeannette ne va pas chercher midi à quatorze-heure. Elle ne se masturbe pas avec des mots compliqués. Pour elle, une verdine, c'est une roulotte ; une gardine, un rideau ; un réquisit, un tabouret. Elle laisse ces mots aux théoriciens et aux collectionneurs...
Ce qui ne l'empêche pas d'aimer les mots. Elle en a toute une collection de bons, et d'anecdotes qu'elle débite avec son accent de Montrouge.
Elle écoute aussi beaucoup la radio, surtout la nuit. Nous tombons d'accord sur la qualité des "Choses de la Nuit"  de Jean-Charles Aschéro, sur France Inter, dans la nuit du dimanche au lundi. Nous échangeons nos impressions sur "Les enquêtes du commissaire Joubert" et "La fille derrière le paravent".

Jeannette et Tarass, dans "leur" caravane, on servi de visuel à l'affiche de l'exposition de Gilles Favier. Galerie Différence à Toulouse, du 27 avril au 24 mai 1981

"Toute ressemblance ou similitude avec des personnages vivants ou ayant vécu ne serait pas fortuite..."
Dépliant "Le Monde du Cirque de passage aux Mazades" Mairie de Toulouse. Fevrier / Mars 2005.
Ass. "Les Insolites".


Les nuits fauves.

La nuit, tous les chats sont gris. La nuit, toutes les crevettes, même roses, sont grises. Tous les lions aussi sans doute.
Qui n'est pas entré dans l'antre de Jeannette la nuit, a raté un grand moment de sa vie.
Les contes et les légendes autour des forêts ne sont pas des contes et des légendes : Jeannette Mac-Donald a bel et bien joué au tiercé avec Robin des Bois, a recueilli des quantités de "Petits Poucets", a refait le monde avec l'enchanteur Merlin, a dormi avec "la belle au bois dormant", s'est promenée autour de "la mare au diable".
Les nuits de grand vent, les frondaisons des chênes ondulaient en chantant. Les nuits de pluie promettaient flaques, chantoirs et gadoue. Quand il s'arrêtait de pleuvoir, chez Jeannette, il pleuvait encore : les arbres s'essoraient. Il pleut toujours sur le mouillé.
Pour les grand froids, Jeannette faisait confiance au poële à gaz ; pour les coupures, les blessures, les entailles occasionnés par son travail, elle se donnait au léchage des plaies par les chiens : il n'existe pas de meilleur traitement émollient et antiseptique.
Jeannette, blottie dans sa caravane, dans la chaleur animale, allumait une lampe tempête, grillait une cigarette, écoutait la radio : "Tu sais, me disait-elle, il y a des nouvelles que l'on n'entend que la nuit." La météo de Jacques Kessler, sur France Inter, était confirmée par les bêtes. Les bêtes sont sensibles aux changements de temps, et plus fiables que les plus sophistiqués des ordinateurs.
Les hurlements d'un loup, les rugissements d'un lion deviennent alors des indicateurs, des sémaphores.
Quand il m'arrivait d'embarquer Jeannette, pour une soirée au cirque, je voyais arriver, dans le faisceau de phares, trouant la nuit noire accentuée par les rideaux noirs des arbres, une apparition fellinienne, une petite lampe de poche en collier. C'était "la petite fille aux allumettes" devenue la vieille dame à la lueur vacillante.

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8 août 2009 6 08 /08 /août /2009 18:46
  Avec Tarass (8 mois). Photo DR


Tarass Boulba

Dans le roman de Gogol, Tarass Boulba est un cosaque qui se bat contre les polonais, dans l'Ukraine du XVIIe siècle. Un bellliqueux, à qui il ne fallait pas friser la moustache...
Pourquoi Jeannette a-t-elle donné ce nom à un lionceau nouvellement né ? Est-ce en hommage à Yul Brynner, qui interprète le cosaque au cinéma , et, par analogie, a Schérif Amar, que d'aucuns, pour sa ressemblance avec l'acteur, ont surnommé "Le Yul Brynner du cirque" ?
Tarass a été élevé au biberon -une bouteille étoilée consignée, qui a contenu du vin coiffé d'une tétine-, a vécu longtemps avec Jeannette dans la caravane -le syndrome de Tanguy ?-,  a connu les honneurs d'une grande exposition de photos dans une galerie.
Tarass était mon meilleur ami. A huit mois, j'allai presque écrire que cet "homme" libre n'avait jamais connu la contrainte des barreaux, plus ou moins imaginaires, que la vie nous fixe. Toutes les incarcérations ne sont pas des geôles exiguës de béton et de fer.
Sous un chêne, l'été, nous faisions, Tarass et moi, une petite sieste. Sa bonne tête, son mufle frais, sa queue solide, son corps musclé, sa douce fourrure, les coussinets de ses pattes, sa façon qu'il avait de rétracter ses griffes sont douces à ma mémoire.
Je crois qu'il m'aimait bien aussi. Il grimpait sur mon ventre, et n'avait de cesse que d'attendre ma caresse ; alors, je lui flattais ses flancs puissants ; mes mains couraient sur le duvet blanc de cet amant, et cette étreinte, qu'on eût dit homosexuelle, ne me gênait en rien, tant la communion était belle. Nous touchions sans doute les racines du ciel.
Hélas, Tarass est devenu un fauve de taille respectable, animé de ses instincts. Il fallut se résigner à le placer derrière ces barreaux plus ou moins imaginaires que la vie nous impose.

Un jour, Jeannette a retrouvé Tarass, encore très jeune, mort. Paranoïa de Jeannette ? Triste réalité ? Elle affirme que des visiteurs lui ont lancé des boulettes de viande empoisonnée. Le docteur Agard, s'il se souvient de cet épisode, reste sur ses réserves, aucune analyse toxicologique n'ayant été faite.
Par contre, il formalise qu'un émeu, animal proche de l'autruche, a été intoxiqué par la cigarette d'un mariol, sans doute plus bête que bête.
Tarass, le lion, est mort. (Photo Gilles Favier)

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7 août 2009 5 07 /08 /août /2009 19:02

Correspondances

"Bob" Vasseur

Je ne brillerai pas au fronton du Cirque d'Hiver. Qu'à cela ne tienne. Nous avons visé trop haut. Nous n'étions pas dans le "coeur de cible". Tout ça ne nous empêchera pas, Jeannette et moi, de suivre l'actualité circassienne. grâce à la mythique revue "Scènes et Pistes", et au bulletin du "Club du Cirque". Lorsque je lis à Jeannette une information erronée, elle fulmine.

Lorsqu'un cirque plante sa toile à Toulouse, nous faisons en sorte d'aller le visiter.

Jeannette m'emmène au cirque Pinder, où elle retrouve ses amis Betty Stom et son époux Robert Vasseur, dit "Bob". Avec Betty Stom, elle a partagé l'affiche du cirque Amar durant plusieurs saisons. Betty présentait en solo un numéro de trapèze, avec suspension par les talons en ballant et en pointe.
Robert Vasseur occupe maintenant une place prépondérante chez Pinder. Homme de confiance de Jean Richard, qui possède la prestigieuse enseigne, directeur du cirque, ma mémoire me restitue de lui un homme d'une bonhomie tranquille.
Eva et Bob reçoivent Jeannette et l'aide de camp que j'accepte d'être avec tous les meilleurs égards.

"Tu n'aimerais pas travailler chez Pinder ?"

Devant ce qui devait ressembler à l'enthousiasme d'un "si", Jeannette me dicte cette lettre :

"Monsieur et Madame Vasseur,

J'ai eu grand plaisir à vous revoir l'autre soir à Toulouse. Cela m'a rappelé de bons moments lorsque nous étions chez Mustapha Amar, il y a quelques années de cela.

J'espère pour vous comme pour moi que nous aurons une excellente saison, car les deux années précédentes ont été désastreuses, surtout pour moi qui exploite ce petit zoo, en pleine forêt, qui est sept à huit mois inondé par an.
Décemment, je ne peux pas recevoir les gens dans de telles conditions.

J'arrive à joindre les deux bouts avec la gentillesse des gens qui m'environnent.

Je suis seule, et jusqu'à présent, heureusement que le petit jeune homme avec qui vous avez fait connaissance me donne un bon coup de main.

A ce sujet, je voulais vous demander, puisque celui-ci n'a pas d'emploi pour le moment, si vous auriez une place pour lui dans une branche secrétariat ou caissier, car je me porte garante de son honorabilité. Je le connais depuis bientôt huit ans, c'est un jeune qui a une mentalité peu commune à la génération de maintenant. De plus, à ma fréquentation, il a pris le virus du voyage. Je pense que cela n'est pas mal pour un jeune, et qui peut faire carrière s'il est bien dirigé.

Je vous le recommande, cela me ferait un grand plaisir.

Si vous pouviez contribuer à lui faire avoir un avenir dans ce milieu qu'il affectionne particulièrement.

Croyez bien que pour moi, je ressentirai une absence s'il venait à partir, mais il faut que des jeunes puissent participer à la vie du cirque.

En espérant que vous pourrez donner une suite favorable, même si ce n'est pas tout de suite, mais à la première occasion, veuillez croire, Monsieur, Madame, en mes amitiés sincères.

Et je vous remercie pour les cartes-invitations.

Jeannette Mac-Donald."

La lettre s'est-elle égarée ? Mes parents m'ont-ils seriné que la vie de saltimbanque restait très aléatoire ? Je ne sais. J'ai continué, en sédentaire, à puiser de l'eau et à évacuer le lisier des grands lions qui avaient traversé des cerceaux fleuris et marché sur des poutrelles en montrant leurs dents.

Bocky

 

1982. Le cirque Jean-Richard fait halte à Toulouse. Au programme, de nombreux artistes ont bien connu Jeannette Mac-Donald, au temps où elle avait toutes ses dents. Roger Lanzac, "Le Grand Sympathique", rendu populaire par la télévision, Christina Meyer, la fille de l'écuyer Willy Meyer, qui, à présent, dompte des éléphants et "rode" un numéro de chiens footballeurs ; les clowns Bocky, Randel et compagnie. Bocky, élégant clown blanc, promène sa silhouette dans son "sac" pailleté ; il met en valeur les pitreries des trois augustes, Randel, et les espiègles partenaires féminines qui, à la ville, sont leurs épouses respectives.
Bocky me reçoit très cordialement dans sa caravane. Il connaît la situation actuelle de Jeannette, et il est prêt à l'aider, d'une manière ou d'une autre, mais
"il ne faudrait pas que ce soit un coup d'épée dans l'eau ; il faudrait que ce soit de manière durable."
Déjà, il offre des places gratuites...

Jeannette, forte, fière, cache sa joie, son amour-propre, mais cette fois-ci regimbe, ne veut pas venir au cirque, ne veut pas qu'on la voie ; elle est heureuse de distribuer des places gratuites au cirque autour d'elle, mais elle, elle n'ira pas. Non, elle ne veut pas qu'on voie son visage creusé de rides, qu'on sache qu'elle a troqué ses belles bottes de cuir contre des "caoutchoucs"...
J'écris à Bocky :
"Cher Bocky,

J'ai regretté de ne pas t'avoir revu dimanche à Toulouse, mais Jeannette a refusé une seconde fois de venir. C'est parfois difficile de la comprendre.

Elle m'a demandé de l'excuser auprès de toi, ainsi qu'auprès des personnes qui, de près ou de loin, ont pensé à elle. (...) Pour ma part, je te remercie sincèrement de ton accueil, ta compréhension, ton affabilité. (...) Transmets toutes mes salutations à Randel et compagnie..."
De Rodez, Bocky répond :

"Mon cher Joël,

(...) Comme je te comprends, mais il faut que tu comprennes aussi les gens, et ça, c'est très dur pour le cas de Jeannette ! Il faut se mettre à sa place : une femme qui a été adulée durant sa vie, choyée peut-être, félicitée, etc... Selon le caractère de la personne, on se tient toujours en haut de la société, et c'est son cas, son orgueil, sa fierté, mais cela est tout à fait normal. (...) Crois moi Joël, je la comprends car je crois que j'aurais fait pareil."

 

Bocky aussi a arrêté de faire le clown..

Professeur Nouvel

C'est une lettre que m'a dictée Jeannette.

Elle est destinée à Monsieur le Professeur Nouvel, Zoo de Vincennes, 75 Paris.

"Monsieur,
Je viens me rappeler à votre souvenir. Je vous ai rencontré à plusieurs reprises au Jardin des Plantes, quand il y avait encore le Professeur Urbain.
J'étais venue chercher des loups, hyènes que M. Maximovitch m'avait vendus.
A l'heure actuelle, je me trouve dans la Haute-Garonne, où j'ai pu me loger dans un petit zoo, commune de Buzet / Tarn, après tous les ennuis que j'ai eus en Afrique du Nord.
Malheureusement, au mois de février, ma mère lionne et père sont morts et je me trouve actuellement avec 6 jeunes lions, mais pas de lionne.
Peut-être avec le zoo de Vincennes et le Jardin des Plantes, avez-vous des naissances ?
Si oui, pourriez-vous m'en procurer une ?
Je vous demande, si cela était possible, de m'en faire cadeau, car mes moyens sont très petits, vu que mon zoo est mal placé, je ne fais pas de recette.
Vous connaissez mon amour pour les animaux et tout mon argent va à leurs soins.
J'ai un jeune qui veut bien faire le déplacement Toulouse / Paris pour me la prendre gracieusement, donc il faudrait une jeune bête. Je préparerai un sabot en fonction de la taille de la lionne.
J'espère que vous voudrez bien me rendre ce service, et si quelquefois vous aviez d'autres animaux en surplus qui pourraient agrémenter mon petit parc, cela me rendrait bien service.
En m'excusant de ma mendicité qui me serait utile, recevez mon cordial souvenir.
Jeannette Mac-Donald."

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6 août 2009 4 06 /08 /août /2009 18:54

"Monsieur Joseph"

Jeannette ne me demandait plus : "Qu'est-ce que tu veux faire plus tard ?", mais "Qu'est-ce que tu vas faire maintenant ?"

Dans ma tête, une valise se tenait prête pour partir avec le premier cirque venu.

"Tu sais écrire, tu parles bien, je te verrais bien dans l'administratif. Tu veux que j'écrive à "Monsieur Joseph" ?" Ce nom, à l'époque, résonnait comme le synonyme parfait de cirque. "Monsieur Joseph", c'était Joseph Bouglione, le patriarche de la célèbre "dynastie", patron du Cirque d'Hiver de Paris...

J'avais déjà mis les pieds à Paris, qui, curieusement, me faisait des appels du même membre, pour assister au spectacle du Cirque de Pékin, au Palais des Congrès, Porte Maillot.

Du Cirque d'Hiver, j'avais en tête un édifice mythique, et le rendu des caméras de Gilles Margaritis pour l'émission "La Piste aux étoiles", où elle était tournée.

Pour Jeannette, c'était un "gagne-pain", au temps où elle y dansait avec des lions.

Si je n'ai pas retrouvé la lettre (le brouillon) de recommandation, je garde jalousement l'un des rares documents où apparaît la fort belle écriture de la dompteuse.

Tracé au stylo bleu, c'est un plan. De part et d'autre de ce demi-feuillet, des rues s'échappent, des petits carrés matérialisent ce qu'elle a dû me dire : "Alors, là, tu as... et là, c'est..." Au premier plan, c'est le boulevard Richard-Lenoir, et la station de métro "filles du Calvaire", et non pas "le calvaire des filles du boulevard". Au plein centre, comme le clown Grock dans un halo de lumière, Jeannette a dessiné, toujours à main levée, un rond, un disque, un cercle, et à l'intérieur, elle a écrit : Cirque d'Hiver.
"Tu demanderas Monsieur Joseph. Tu lui diras que tu viens de ma part. Tu lui donneras cette lettre. Comme il ne pourra pas la lire, il te dira : "Tu peux me la lire ?J'ai pas mes lunettes. Et tu verras bien ce qu'il te dira."

Je suis allé au Cirque d'Hiver. Je suis entré par les écuries. J'ai demandé Monsieur Joseph. Il m'a dit : "C'est moi". Je lui ai dit que je venais de la part de Jeannette Mac-Donald. Ca a été un sésame : son visage s'est ouvert. Il s'est assis sur la banquette rouge de la piste et m'a demandé de m'asseoir à côté de lui. Je lui ai tendu la lettre. Il m'a dit : "J'ai pas mes lunettes. Tu peux me la lire ?" Il m'a dit : "Au cirque, il faut savoir tout faire." Puis, levant les yeux vers la coupole du cirque et les agrès des trapézistes, il m'a demandé : "Tu seras aussi capable de monter là-haut accrocher les filins ?"

Dans le même éclair, j'ai vu Gina Lollobrigida et Burt Lancaster dans "Trapèze", et mon professeur de gymnastique, qui gloussait quand je lui tendais un mot d'excuse de ma mère : "Mon fils souffrant de maux de tête, veuillez le dispenser des exercices de gymnastique." Il faut dire qu'après avoir couru dix mètres, j'avais un point de côté, et le "grimper" à la corde ne voulut jamais me hisser vers le "Très-Haut", sous les lazzis de mes camarades.

J'ai serré la main de "Monsieur Joseph". Je ne sais plus ce que j'ai répondu, mais il a compris que je ne pourrais pas être la doublure lumière de Burt Lancaster.

Joseph Bouglione (au centre) assiste, admiratif, à la remise de la médaille du Club du Cirque par Maître Maurice Garçon à Jeannette Mac-Donald. (Coll. Part. JMD)

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5 août 2009 3 05 /08 /août /2009 18:50

Le 4e pouvoir

Jeannette Mac-Donald a toujours été une "bonne cliente" pour les médias. Ils se sont mutuellement rendus bien des services ; c'est un échange de bons procédés. Du temps de sa gloire, comme de sa déchéance, elle répond gentiment aux journalistes, sans se soucier de l'oeil de la caméra, des pores d'un micro, de l'encre d'un stylo.
La télévision, friande d'images, de sensations, de visuels forts, est bien servie chez Mac-Donald... Sa mission est d'informer, de distraire, mais aussi de venir en aide.
C'est le cas en 1983.
La deuxième chaîne de la télévision française, Antenne 2, dépêche une équipe de tournage au zoo de Buzet. Je suis chargé de recevoir les journalistes et de les "chaperonner".
L'émission, qui soulève des difficultés, tente de les résoudre ; "A nous deux" est diffusée sur Antenne 2 le samedi 23 avril 1983, à 12 heures. Elle est présentée par Patrick Poivre d'Arvor.

 

Les tournages, quels qu'ils soient, pour le cinéma ou la télévision, avec des anonymes, comme avec des professionnels, ressemblent souvent "à première vue" à du hachis. Or, c'est le montage, l'habillage, la musique, les voix off qui peuvent donner au court ou au long métrage toute sa pertinence et sa beauté ou toute son afligeante platitude et tout son mauvais goût.

La présentation du sujet sur Jeannette est curieuse, erronée -mais sans doute nécessaire pour retenir l'attention des téléspectateurs- ; au demeurant, l'émission "A nous deux" est excellente.

 

 

Coupure de "Télé 7 jours" - Semaine du 23 avril 1983


La coupure de l'hebdomadaire de programmes de télévision "Télé 7 jours", qui avait encore de la place pour détailler les contenus, et que j'ai conservée, dit ceci :
"PAS DE BISCUITS POUR L'ECUYERE

Reportage de Serge Richez

Une vieille dame, ancienne écuyère, cherche à faire survivre un cirque laissé à l'abandon..."

En voici les morceaux choisis :

 

"Jeannette parle. On entend des aboiements, puis un glouglou de dindon.)

Serge Richez : Trois lions, une panthère, quelques singes, et puis bien sûr tous ces animaux abandonnés : voilà pour le détail de ce zoo incroyable que Jeannette Mac-Donald a réussi à aménager à force de volonté et de courage.

Jacqueline Alexandre : Tous les jours, seule, sans eau ni électricité, dépourvue de tout confort domestique, Jeannette s'occupe de ses animaux.

Georges Bégou : Mais pourquoi Jeannette Mac-Donald (car c'est bien son nom, elle s'appelle réellement Jeannette Mac-Donald) est-elle venue s'installer ici ?

Serge Richez : Eh bien, c'est simple. Fille et petite-fille de dompteur, dompteuse elle-même, elle a bourlingué avec son cirque surtout en France et en Afrique du Nord. Puis, elle est devenue propriétaire de son cirque. Un soir, en Algérie, c'est le drame. Près du chapiteau, des enfants jouent avec des pétards. La toile prend feu. Jeannette sauve ses bêtes mais elle est ruinée. Finie la piste. Retour en France. Elle vient échouer ici, dans ce petit bois, près de la décharge publique.

(On voit Jeannette à la décharge, sur fond de musique classique !)

Jeannette Mac-Donald : Je passe à la décharge, puis j'essaie de récupérer parce que ça me fait de l'argent. Il faut que moi, je me débrouille à trouver de l'argent en vendant des vieilles choses que je récupère. Je trouve de la ferraille, je trouve des vieux moteurs, des choses comme ça. Mais, vous savez, avec ma remorque, je peux pas emmener très lourd, mais enfin, elle est courageuse, elle est comme moi. Même qu'elle est toute soudée, on tire quand même, hein ?...

(Musique lente et triste de Nino Rota.)

Serge Richez : Elle est forte, Jeannette. Elle est fière. Elle ne se plaint pas. Les animaux ont toujours été ses compagnons de voyage. Ce sont ses amis depuis qu'elle est née, c'est-à-dire depuis 64 ans. Sans ses animaux, elle n'est plus rien, Jeannette.

Jeannette : Le jour où j'ai plus de bêtes, moi, c'est pas la peine que je vive, hein ?

Serge Richez : C'est votre seule raison de vivre, les animaux ?

Jeannette : Ah oui ! Ah oui oui oui... Pas de bêtes, c'est pas la peine. Je me flingue. En vérité, hein, je me flingue. Non, moi, j'ai toujours vécu là-dedans, vous comprenez ? Je suis née dans une roulotte, je suis née avec des animaux, j'ai été élevée avec des chimpanzés, j'ai été élevée avec des petits lions, j'ai été élevée avec tout ça, alors... Ben, c'est un virus et puis c'est tout, faut pas l'enlever...

(A l'image, on voit deux silhouettes de dos, qui gravissent une route montante, près du zoo.)

Georges Bégou : De dos, à côté de Jeannette, ce jeune homme, c'est Joël, 22 ans, le seul qui ait compris Jeannette. C'est lui qui nous a écrit.

Jacqueline Alexandre : Aujourd'hui, Jeannette vit avec dignité de ce qu'elle peut récupérer à la décharge publique et revendre. Parfois, un abattoir fournit la viande. Mais combien de temps va-t-elle tenir encore ?

Georges Bégou : Jeannette est à deux mois de sa retraite. Bien sûr, vous imaginez qu'une retraite de dompteuse n'a rien à voir avec la retraite des cadres. Elle a un peu plus de 64 ans. Mais elle n'a pas cotisé assez longtemps pour prendre une retraite anticipée. Quand on est sur les routes, vous savez, les cotisations...

Serge Richez : Alors, que pouvons-nous faire pour Jeannette Mac-Donald ? Il faudrait 500 francs par semaine pour vivre heureuse à sa manière avec ses animaux. Et ici, vous le savez, nous refusons de faire appel à la charité.

Georges Bégou : Nous allons donc faire appel auprès des services de Pierre Bérégovoy afin d'obtenir si possible que Jeannette perçoive sa retraite immédiatement. Après tout, deux mois de plus ou de moins, cela devrait pouvoir s'arranger.

Patrick Poivre d'Arvor : Et puis si vous avez une idée, vous tous, les gens du voyage par exemple, qui nous regardez aujourd'hui ; si vous pensez faire quelque chose pour que Jeannette termine sa vie auprès de ses animaux qu'elle aime tant, et bien, écrivez-nous à "A nous deux".

 


Je n'ai jamais eu le monopole de ceux qui ont compris Jeannette. Et mon auréole dut-elle en souffrir, ce n'est absolument pas moi qui ai écrit à Antenne 2.
Par contre, c'est bien moi que l'on voit de dos.
Et c'est promis, la prochaine fois qu'on vient me filmer, je me retourne !

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