16 juillet 2009 4 16 /07 /juillet /2009 18:39

"C'était la couleur que je me rappelais pas..."

Convert.

Jeannette et Shérif ont une réelle complicité, bien que le cadet des frères Amar ait un ascendant sur la fille du "dompteur-cyclone" Mac-Donald. Elle l'admire et elle le hait. L'un est le dompteur de l'autre et vice-versa.
Shérif, qui n'est pas pêché d'hier, s'amuse de la confiance que Jeannette accorde à tout le monde. Il ironise :
" - Oh, Jeannette, l'enfant qui vient de naître..."

Jeannette, encore, parle des hommes qui tournent autour d'elle.

" - Il est si gentil... Et puis, tu sais, c'est un fou de cirque."
Shérif prend son menton dans la main :

" - Comment il s'appelle, ce type du Cercle des Amis du Cirque qui vient toujours te voir ? Voyons... Con... Con... Ah oui ! Convert ! C'était la couleur que je me rappelais pas."

Une carte postale de Gustave Soury.

C'est une carte postale. En couleurs. Au recto, il y a deux chimpanzés, attablés dans un intérieur cossu. Ils prennent leur petit déjeûner.

La carte a été glissée dans une enveloppe, timbrée à trente centimes. Le cachet de la Poste indique qu'elle a été jetée à la boîte le 17 octobre 1961 à une heure, à Paris, rue du Louvre, dans le premier arrondissement.

La destinataire est :

Jeannette Mac-Donald
8, rue d'Amsterdam, 8
Casablanca (Maroc)
L'adresse a été rayée et remplacée par :

Zoo-Circus 61

Marrakech Maroc

Au verso de la carte postale, une très belle écriture racée, presque calligraphiée. Tracée à la plume.

Elle dit :

Paris, le 16 octobre 1961

Mes chers Amis,

J'attendais de vos nouvelles d'un jour à l'autre, mais je ne m'attendais nullement à ce qu'elles soient mauvaises en ce qui concerne ta santé, mon vieux Schérif.

D'après ce que vous me dites, sur votre jolie carte postale qui m'a fait grand plaisir, le plus mauvais moment serait passé : aussi j'espère que tu vas te remettre rapidement et reprendre ton activité.

Quant à toi, Jeannette, je constate que tu es toujours solide au poste, mais tu dois être plutôt fatiguée ?

De mon côté, ça va aussi bien que peut le souhaiter un vieillard qui, depuis le mois d'août, est entré dans sa 78e année.

Les amis Piot et Rossignol vont bien et me prient de vous transmettre leur bon souvenir.

Aucune nouvelle de Louis. (1)

Le Cirque d'Hiver n'a pas encore effectué sa réouverture.

Donnez-moi de vos nouvelles.

En attendant, je t'embrasse ma chère Jeannette, et je te serre cordialement la main, mon cher Schérif, en te souhaitant une prompte et complète guérison.

Bien à vous.

Gustave Soury (2)
Carte postale de Gustave Soury à Jeannette et Shérif Amar (Coll. part. JMD)

Coll. part. JMD)

L'imbroglio des noms, des enseignes, des mots ronflants, des superlatifs n'est pas une surprise au cirque. C'est le lieu de tous les "possibles", de tous les changements...
La magie opère. Il ne sert à rien de vouloir percer le mystère de la femme coupée en deux, de la disparition d'un lapin, de l'apparition d'une colombe.
Les hommes, les bêtes et les accessoires ont cette alchimie rare qui marie la surprise, l'étonnement et la crainte.
"Tout le reste est jouer aux dés..."

Un télégramme à casser la baraque.


C'est justement un document étonnant et mystérieux. Conservé et parvenu jusqu'ici. C'est un télégramme. De cette jolie couleur bleue, comme celle d'un ciel clair, pur, sans nuage.

Il a été envoyé d'Hussein-Dey, et il est destiné à :

BARAQUE SERPENTS ME JEANNETTE MAC DONALD ORAN
Les 19 mots qui le composent disent :
"VOUS PREVIENS ARRIVEE DE MR SCHERIF CE SOIR 11 H NE DITES PAS QU'ON VOUS A PREVENU = FRANSISCO"

L'employé des Postes et Télécommunications de la République Algérienne a marqué au crayon tendre : "Baraque fermée le 29.7.64 à 19 h 55." 
Pourtant, le document est arrivé à bon port.

 

A-t-on voulu faire avaler des couleuvres ? Y-avait-il, au cirque, des langues de vipère ? Voulait-on casser la baraque ? Pourquoi ces cachotteries ?

 

A quel moment et pourquoi les destins de Jeannette Mac-Donald et de Shérif Amar se sont-ils contrariés jusqu'à se désunir ?

 

(Coll. part. JMD)

(1) Il s'agit probablement du frère aîné de Jeannette, prénommé comme son père Louis. Il est difficile de retrouver des éléments le concernant.
(2) Le MuCEM (Musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée, ancien Musée national des arts et traditions populaires) possède le fonds Gustave Soury : la collection se répartit en 31 albums représentant 6060 documents dont 2330 cartes essentiellement sur le cirque, la fête foraine, les ménageries et les parcs zoologiques.
http://www.culture.gouv.fr/documentation/carpo/presentation.htm

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15 juillet 2009 3 15 /07 /juillet /2009 18:38

Shérif Amar "en prière "devant Jeannette. (Coll. part. JMD)

"Tout le monde t'embrasse, les porcs-épics aussi..."

Shérif Amar, grand épistolier devant l'éternel.

Qui l'eût cru ? Shérif Amar, grand homme de cirque, est aussi un grand épistolier.

Il écrit souvent, partout... "Tu sais, dit-il à Jeannette, écrire, ça ne coûte qu'un timbre." Lorsque les tournées, les itinéraires, les impératifs l'éloignent de Jeannette, il lui envoie sa prose, non dénuée d'humour.

D'Alger, le 28 août 1964, il écrit, sur papier à en-tête déssiné par Gustave Soury, orné d'un cartouche "Que Dieu me protège !" et sous lequel il rajoute (en rouge) à la machine à écrire : "Que Dieu vous protège des vilains messieurs qui courent après les vieilles dames". Il agrémente son courrier de force cachets "AMAR, LE GRAND CIRQUE NATIONAL" et de tampons "Prière de répondre en Français. Merci".

La lettre, maintenant, dactylographiée :

"Ma chère petite Jeannette,

Je suis très étonné de ne pas avoir de tes nouvelles, pense que j'ai sacrifié toute ma jeunesse à tes côtés, pour aujourd'hui ne pas avoir de tes nouvelles.

Bon ! ! ! rigolons plus. Est-ce que tu as trouvé la remise ??????????????

Je vais t'envoyer les deux panneaux qui vont à côté (sur les côtés de la voiture.)

Ici, tout va bien, les animaux vont bien. Il n'y a que Francisco qui a le rhume et si ça continue, nous l'enverrons chez un Gynécologue.

Je fais venir le beau-frère à Barello. (Luciano avec sa femme). Il a fini la saison chez Francki, il tombe bien, je vais l'envoyer en Tunisie et à Tripoli. Comme ça, Séni va s'occuper d'Alger, Oran, Tlemcen, et Luciano, quand il aura fini Tunis et Tripoli, il ira faire le Maroc, comme ça l'avant marchera bien. Parce que nous avons du travail, la frontière tunisienne, la frontière de Lybie, Algérie et Maroc.

Tu vois que c'est de la paperasserie, à eux deux ça sera juste.

Séni demande combien il te doit, de toute façon, il ne touchera à rien tant que tu ne lui auras pas dit le prix et si c'est trop cher, il te la renverra. (Blague à part, combien je vous dois ?????)

Demain, je vais renvoyer une lettre à la mairie pour essayer d'avoir la Médina.

Il va falloir que tu rentres bientôt pour la Foire. Dis-moi si le dompteur est venu te voir et si tu as trouvé un décorateur.

Je termine en t'embrassant bien fort, les serpents mangent bien, ils t'embrassent, le varan aussi, les Hyènes aussi, les chiens aussi, les chacals aussi, les condors aussi, les singes aussi, les chiens aussi, les porcs-épics aussi, les chameaux aussi, l'éléphant aussi, Salah aussi, Laïd aussi, Boudjemah aussi, et le nouveau qui vient d'arriver... aussi sans Séni aussi, sur les pieds, moi aussi je t'embrasse aussi sur ton ver solitaire et les serpents embrassent ton ver solitaire aussi, le varan aussi, les porcs-épics aussi, les hyènes aussi, les chacals aussi, les condors aussi, les singes aussi, les chiens aussi, les chameaux aussi, Francisco aussi. Embrasse bien Smati de la part de Séni, je l'embrasse aussi, Francisco aussi, les chiens aussi, le ver solitaire aussi etc....

Shérif aussi"

 

Et c'est signé, sans "copier - coller",... Shérif Amar !

 

Lettre de Shérif Amar à Jeannette. (Coll. part. JMD)

Au dos de l'enveloppe frappée "Shérif Amar, l'un des fondateurs du cirque", on trouve cette truculente indication : "Société philanthropique de Philosophie de la Société pour le développement des vers qui vivent dans la solitude.

Un pour tous, tous pour un."

S. AMAR. H.DEY / ALGER

(Coll. part. JMD)

Toujours fleurie du cachet-couronne du Cirque Amar, une lettre de Shérif, non datée, cette fois écrite à la main, se fait tendre et langoureuse :
"Je viens de recevoir la lettre d'un Monsieur qui va à Tizi-Ouzou et qui m'a porté ta lettre. Séni allait partir à la Poste.
Si tu as besoin d'argent, télégraphie tout de suite, ne reste pas à crever de faim et si tu le veux, rentre à la maison, ici, il y a toujours à manger pour toi, je ne travaille que pour ça.
Je t'embrasse de tout mon coeur et j'en ai marre de la vie de célibataire car tu es tellement câline et douce que tu me manques. Tu manques aussi aux serpents, les chiens aussi, les chameaux aussi, les porcs-épics aussi etc...
P.S. : Je m'excuse pour ta fête, mais ici je vis comme un abruti, car pour monter le grand Cirque, il manque toujours quelque chose et je tourne dans tous les sens.
Schérif Amar.
Lettre manuscrite de Shérif Amar à Jeannette (Coll. part. JMD)

(Coll. part. JMD)

Jeannette et Shérif, une épopée. Ces deux-là toujours sur la route, si proches et si lointains, l'un dompteur de l'autre et vice-versa.

Shérif glisse un feuillet dans la machine à écrire et lui fait dire :
"Alger, le 2 juillet (1)

 

Chère Jeannette,

Ces quelques lignes pour te dire que tout va bien, je mouche mon nez, je dis bonjour à la dame (quand elle vient.)

Nous avons trouvé une combine pour la viande des lions, nous avons la possibilité de l'avoir gratuitement à la Bergerie Nationale.

A part ça, tout va bien, j'espère que tu n'as pas d'ennuis et que tout marche comme tu le désires.

Tout le monde t'embrasse et moi par dessus le marché.

P.S. : Tout le personnel, c'est des enculés, tu peux en enlever un pour en mettre un autre, ce n'est pas pour cela qu'il y en aura un qui te dira si ça marche et combien il y a de recette.

S. Amar

(1) Pas d'indication de l'année.



 

 

Lettre de Shérif Amar à Jeannette. (Coll. part. JMD)
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14 juillet 2009 2 14 /07 /juillet /2009 18:41

Jeannette Mac-Donald et ses ours. (Coll. Part. JMD)

La montreuse d'ours.

Les ours bruns du Caucase, à collerette, ont fière allure. Jeannette enturbannée et empanachée, devant eux, aussi. La photo est bonne. Elle peut être transmise à l'imprimerie pour le futur programme-souvenir.

Prendre un enfant pour le sien.

Une tournée en Afrique du Nord.

Shérif Amar lance des cirques comme il lancerait des boomerangs. Cirque de Paris, Cirque de France, Grand Cirque National, Cirque Royal...
Avec sa première épouse, Emilienne, il présidera aux destinées du Cirque de Paris.
Il se brouille avec ses frères et fait cavalier seul.
A Jeannette, il propose le Cirque Royal. Il lui propose une tournée en Afrique du Nord. Jeannette accepte.
Elle n'aurait peut-être pas dû.

Impressions d'Afrique.

 


Marrakech, Casablanca, Rabat, Tanger, Fès, Tlemcen, Oran, Mostaganem, Alger, Tunis, Tripoli...

Dans son livre indispensable, "Les Cirques des frères Amar", Dominique Denis écrit :

"Après les accords d'Evian du 18 mars 1962, et le vote d'autodétermination par les algériens du 3 juillet, l'Algérie était devenue indépendante ; ce fut l'occasion pour Shérif Amar de prendre la tête, en qualité de directeur général, d'une entreprise intitulée "Le Grand Cirque National Algérien", subventionnée par le Ministère du Tourisme algérien. (...) Le chapiteau vert était à six mâts, d'une contenance de 3 400 places. Pour le transport, il combinait le chemin de fer et la route, avec trente vehicules unifiés Citroën. Les quartiers d'hiver d'Alger étaient situés rue Louis de Bourmont, à Hussein-Dey. (...) Les deux vedettes du spectacle, acompagnées par l'orchestre de Marcel Bien, étaient la dompteuse Marfa la Corse avec ses tigres, et Jeannette Mac-Donald et son groupe de 10 lions."

 

Et plus loin, nous apprenons :
"En Algérie, le Grand Cirque National Algérien, dirigé par Shérif Amar entama une nouvelle saison. (...) Le spectacle se déroulait sur trois pistes de douze mètres de diamètre, plus quelques attractions qui passaient sur une scène. Jeannette Mac-Donald présentait un éléphant musicien et la représentation se terminait par le saut de la mort en automobile, et par un ballet lumineux."

 

Un coin de journal algérien, détaché sans ciseaux, impossible à dater, donne à voir, près d'un avis du Consulat de France aux ressortissants français (qui indique que le Consul Général de France se rendra dans divers cimetières français, pour commémorer, à l'occasion de la Toussaint, les souvenirs de leurs défunts) une photo de Jeannette Mac-Donald, tenant dans ses bras deux lionceaux.
Au dessus de la photo, en gros et en gras : "LE CIRQUE AMAR dans notre ville"

En dessous :

"Armé d'un programme entèrement rénové, le célèbre cirque Amar est de nouveau parmi nous, dans nos murs, où il est arrivé par chemin de fer, vendredi 21 octobre 1966. C'est à croire qu'Oran lui porte chance ; en effet, et cela dès leur arrivée, les dirigeants du cirque avaient l'heureuse surprise de constater la naissance de deux charmants lionceaux, un mâle, Mignon, et une femelle, Rachel, mis au monde par Lolita, une lionne de 4 ans. Déjà une semaine de passée et les premiers crocs apparaissent dans la gueule de ces jeunes rois de la taille d'un gros chat. Le cirque, qui donnera sa première représentation le 1er novembre prochain, ouvrira au public dès aujourd'hui sa ménagerie, qui comporte outre une série de lions, des hyènes, des ours, des chevaux et le fabuleux éléphant Sabu."

 


Prendre un enfant pour le sien.

A l'orphelinat de Constantine, l'attention de Jeannette se porte sur un enfant, dont toute la famille a été assassinée lors des "évènements de Sétif". Il a pour nom Smati.

Il semble qu'il n'y ait pas eu de chichis, ni de papier timbré scellant une adoption simple ou plénière, mais plutôt une affaire d'affection. "Qu'importe la pieuse formule bureaucratique, le formalisme de l'encre et de la parole quand il s'agit des choses du coeur" écrit joliment Joseph Delteil.

Smati a suivi le cirque. De Jeannette, il dira toujours : "C'est ma mère". De Shérif : "C'est mon père". Un point, c'est tout.

Dans les cirques et les cages, Smati sera de tous les voyages, de toutes les vicissitudes. Dehors et dedans. Devant et derrière. Un jour, Shérif "l'oublie" dans la cage, où il se retrouve enfermé avec des hyènes !

Smati est un personnage "à la Chaplin". Il s'essaye à toutes les disciplines : le domptage bien sûr, le trapèze, le cheval, le fil de fer... Il sera écuyer au Maroc espagnol et foulera la piste de grands cirques allemands.

Jeannette veille sur lui, de près comme de loin.

Malgré des heurts, des brouilles, des fugues, Smati lance une phrase qui résume un parcours : "Avec ma mère, j'ai été très heureux".

 

Jeannette Mac-Donald avec une hyène, animal dont le cri ressemble au rire de l'homme.
(Coll. part. JMD)

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13 juillet 2009 1 13 /07 /juillet /2009 19:49

 Photo "inlégendable". Appel à témoins. (Coll. Part. JMD)

Jeannette du cirque.
Jeannette au cirque.

Un spectateur de cirque est parfois un artiste qui s'ignore. Mais un artiste est toujours un spectacteur qui ne s'ignore pas. Jeannette Mac-Donald adore le cirque. Lorsqu'elle a terminé son numéro, elle se change, et retourne sous le chapiteau pour ne rien manquer du spectacle. "Ca me plaît. J'aime ça. Je vais applaudir les artistes que je vois tous les jours. Mais il faut que je me dépêche pour le défilé..."

Elle a vu la grande cavalerie sous la chambrière du Maître Ecuyer Willy Meyer, la grâcieuse trapéziste Betty Stom, le téméraire belluaire Wolfgang Holzmaïer, qui a fait "les trois pistes" chez Barnum, en Amérique ; et des équipes de clowns irrésistibles, les Fratellini, les Dario-Bario, avec leurs comiques de situation et d'accessoires. "C'était à hurler de rire, à "pisser à la culotte", se souvient-elle, on pouvait voir les bras de l'auguste s'allonger, s'allonger, s'allonger, pour embrasser un petit enfant..."

 

Flous artistiques.

"Fortune Carrée", "Jacques et Jacqueline", "La paix dans la jungle" : trois films dans lesquels Jeannette aurait tourné, ou apporté sa collaboration. Aucune trace ne permet de le confirmer. Il n'est pas interdit de penser que sa présence, ou la présence de ses bêtes aurait pu être sollicitée.

Un peu moins floue mais surprenante est sa participation à une émission radiophonique de Jean-Jacques Vital. Jim Frey rapporte l'anecdote dans "Les fauves et leurs secrets".

 

Voir "See"

Signe que la notoriété de Jeannette a dépassé les frontières de l'hexagone, l'équivalent britannique de "Paris-Match", "See" ouvre ses colonnes à l'artiste. La couverture de "See" de novembre 1953, rouge et or, est éblouissante : rien moins que Marilyn Monroe !

Pages 36 et 37, et dans la langue de Shakespeare :
"WHAT'S IN A KISS ?
Why, surely, bliss, beauty, blossoms of love, even ecstasy shared with four-footed friends.
Wheter you string along with Robert Herrick's bit that kissing is the "lime of love", or with Dean Swift's that it is man's "most foolish invention", the art of osculation does continue Boys kiss girl's ; bees kiss flowers ; moonbeams kiss the sea. Demonstrating affection, animals also kiss, and, sometimes, they even kiss people.
On these pages, SEE presents a gallery of kissin' cousins from the animal and human worlds. Bears, tigers, dogs, monkeys and goats all show bussing approval of their masters.
The happy humans, in turn -from ice skaters to circus trainers to film stars- respond in kind. Thus, with monkeys as with men, one touch of nature makes the whole world kin."

L'article, qui décline donc les baisers des belles et des bêtes, est émaillé de photos de femmes qui rivalisent de beauté. On voit Jeannette embrasser à pleine bouche un beau mâle venu d'Abyssinie-sur-Seine. La légende dit :
"Kissing tigers is the specialty of Jeannette McDonald, performing in German Circus."
Pour celles et ceux qui n'entendraient pas l'anglais, la traduction, souhaitable, vous mettra l'eau à la bouche.

"SEE", novembre 1953
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12 juillet 2009 7 12 /07 /juillet /2009 18:26
Toute la poésie du cirque : dans les coulisses du cirque Amar, le baisemain du clown Achille Zavatta à la dompteuse Jeannette Mac-Donald. (Coll. part. JMD)

La dompteuse rêve d'élever des poissons rouges.

Amar sillonne la France. Avec succès. Le cirque plante sa toile à Châlons-sur-Marne, en juillet 1958. Le journal "L'Union Républicaine de la Marne" confie à un journaliste, René Vadrot, le soin de rencontrer Jeannette Mac-Donald. A la lecture du grand papier qu'il lui consacre, le vendredi 1er août 1958, cette mission semble l'agréer amplement. Il est dans les rédactions des chanceux qui allient le travail et le plaisir. Rien de fastidieux, donc, à reproduire l'article dans sa quasi intégralité, si l'on veut bien considérer encore que le temps, les rats ou tout autre forme d'animal, ont mis à mal les deux exemplaires conservés.
"L'union Républicaine de la Marne"
Vendredi 1er août 1958

"En marge de la venue du Cirque Amar.
Dresseuse de lions et tigres, Jeannette Mac Donald rêve d'élever... des poissons rouges.
Ce jeudi 31 juillet, Amar dresse son vaste chapiteau à Châlons-sur-Marne. Il n'en fallut pas plus pour attirer sur les lieux tous ceux qui, dans notre cité, aiment le cirque.
Tous ceux qui connaissent bien les "gens du voyage" et ont appris à apprécier leur solidarité et leur esprit de famille étaient là. J'étais évidemment parmi eux, joignant aux obligations professionnelles l'agrément de rerouver l'odeur de la sciure, odeur sèche, qui se mêle aux relents -j'allais écrire le parfum- des bêtes fauves.
Réveillés par le bruit des masses enfonçant les piquets destinés au montage du chapiteau, quelques lions mugirent. Il n'en fallait pas plus pour que je parte à la recherche des souvenirs, ces souvenirs qui, à la moindre occasion nous obsèdent. L'homme aime, parfois, à se pencher sur le passé -ce fut d'ailleurs, à peu près, le titre d'un roman qui, avant cette guerre, valut à Maurice Constantin Weyer le prix Goncourt-, et ce fut ce qui me poussa à rencontrer Jeannette Mac Donald, la dresseuse-vedette du cirque, à laquelle j'avais eu le plaisir d'être présenté voici près de sept ans.
C'était, je m'en souviens, un soir d'hiver, à la fête à Pigalle, sous le chapiteau de la ménagerie Lambert. J'accompagnais mon vieux camarade Teddy Michaud, le dresseur du cinéma, et nous conversions avec notre ami commun le dompteur Etienne Lambert.
"Viens, me dit ce dernier, je vais te présenter une fille bien : Jeannette Mac Donald. Elle connaît toutes les "ficelles" du métier et, d'ailleurs, tu la verras à l'oeuvre tout-à-l'heure.
(...)
Ce matin, à Châlons, j'ai retrouvé Jeannette Mac Donald ; très gentiment, malgré les fatigues du voyage, elle a bien voulu m'accueillir dans le salon de sa confortable caravane et m'accorder, en toute exclusivité, une interview pour les lecteurs de "L'Union Républicaine".
J'ai retrouvé tout de suite la jeune femme simple que le succès n'a pas grisée et après avoir, comme il se doit, évoqué les années communes, nous avons parlé de son métier.
(...)
"Les bêtes, me déclara, Jeannette Mac Donald, comment puis-je ne pas les aimer puisque j'ai été élevée avec elles.
(...)
Je ne conçois que le travail en douceur. Sans doute le numéro est-il moins spectaculaire pour le public non-initié, mais il est infiniment plus prisé des amateurs.
Ne croyez pas cependant que le travail soit moins dangereux qu'en "férocité". Au contraire, le dresseur qui opère en "douceur" est constamment en contact direct avec les fauves alors que dans le cas contraire, il les tient toujours à une certaine distance de lui."
(...)
Et, avec amour, la jeune femme me parla de ses lions et lionnes : "J'en ai une, dit-elle, que j'ai élevée au biberon. C'est une enfant gâtée, devenue, de ce fait, capricieuse et qui ne travaille pas.
Ne croyez pas cependant que je n'aime pas mes tigres. Ma tigresse Uhlah, par exemple, est adorable. Elle a eu souvent les honneurs de la photographie et elle est une des préférées de mon camarade le dompteur-écrivain Jim Frey. "
(...)
"Ici, reprit-elle, j'ai encore d'autres pensionnaires que je vais vous présenter : deux chimpanzés, Sophie et Caroline, cinq chiens, deux chèvres, deux poules et trois oiseaux."
Puis, comme je lui faisais remarquer qu'il lui manquait des poissons rouges, notre aimable interlocutrice me répondit :
"Hélas ! Avoir des poissons a été le rêve de toute ma vie, mais dans nos demeures ambulantes, il est pratiquement impossible d'avoir un aquarium. L'eau est trop remuée."
Achille Zavatta, Mme Zavatta, Jeannette Mac-Donald et l'acteur Michel Simon.
(Coll. Part. JMD)
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11 juillet 2009 6 11 /07 /juillet /2009 19:22

Au fronton du Cirque d'Hiver Bouglione à Paris, l'affiche spécialement conçue pour le numéro de fauves de Jeannette Mac-Donald. Coll. Part. JMD

Fac-similé du programme-papier Cirque d'Hiver Bouglione, 1956. Jeannette Mac-Donald ouvre le spectacle.
Collection Jean-Pierre Jerva.

Cirques divers

Toujours en 1956, la prestigieuse piste du Cirque d'Hiver Bouglione, à Paris, voit Jeannette Mac-Donald, au même programme que mademoiselle Sandrine Bouglione, Maïss et Manetti, et Albert Fratellini !

Pour la saison 1957, les spectateurs du cirque Amar sont accueillis sous un portique où brillent les quatre lettres magiques, entre deux splendides panneaux, en façade : sur l'un, on retrouve l'affiche de Ruddy pour Jeannette , sur l'autre un portrait d'Achille Zavatta.

C'est une photo.

Elle est magnifique. Elle dégage toute la poésie du cirque. Dans les coulisses du cirque Amar, Achille Zavatta, en peignoir, donne un baisemain à Jeannette Mc Donald.

Ce sont d'autres photos, de celles où se figent des instants, où s'immortalisent des célébrités : Jeannette avec Jean Robic, vainqueur du Tour de France, avec Alphonse Halimi, boxeur, avec Michel Simon ; aux "Folies-Bergères", avec l'avocat Maurice Garçon, qui lui remet, sous le regard de Monsieur Joseph (Bouglione), la médaille du Club du Cirque ("Le Pantre", un cheval cabré).

 
C'est une autre photo, prise à Bayonne. Jeannette Mac Donald et Achille Zavatta, tous deux en costume de ville, posent devant une voiture-cage. Ils tiennent dans leurs bras des lionceaux. Le cliché, signé André Ocana, a été publié dans "Sud-Ouest", édition des "Basses-Pyrénées" du vendredi 1er mars 1957 :
"NURSERY AU ZOO"
Trois lions sur la place des Basques.

Certains spectateurs privilégies ont pu avoir accès à la nursery du cirque Amar, sur la place des Basques, durant son séjour à Bayonne. Trois bébés lions y étaient l'objet des plus grandes attentions.
Les voici entre les bras de la dompteuse Jeannette Mac Donald et du clown Achille Zavatta"


 
"Sud-Ouest" - 1er mars1957

A Bayonne, Jeannette, Achille et les trois lionceaux (mâles) nés le 20 février 1957 de la lionne Zouina.
Photo André Ocana.

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10 juillet 2009 5 10 /07 /juillet /2009 18:42

"Vous dansez ?" Collection JMD

"Je pensais que vous étiez autre chose qu'un tube digestif."

Donald.

A Aubervilliers, Jeannette, qui n'est pas une monomaniaque des fauves, accueille une veritable Arche de Noé. Tous les chiens "sans niche fixe" trouvent refuge et pitance. Haute et basse cour cohabitent comme dans un pays sans histoire, où le bon Jean de La Fontaine puiserait grande inspiration. Tigres, éléphants, hyènes, ours, panthères, mais aussi poneys, chèvres, poules, canards, "veaux, vaches, cochons et couvées" écrivent un merveilleux album coloré. Ou s'éclatent dans un dessin animé de Walt Disney.
"Le clown de la bande est un canard de Barbarie que Jeannette appelle Donald. Il préside aux repas de la gent canine. Une fois la soupe tiède servie, Donald se fraye un chemin pour arriver au plat, fait la police et distribue coups de bec et coups d'ailes aux impatients. C'est le chef du protocole de ces agapes affamés.
Aucun des chiens ne lui manque de respect.

Souvent, un visiteur, croyant faire de l'esprit, demande à Jeannette Mac Donald, en voyant évoluer dans la cour les animaux comestibles :

- Oh, les beaux civets. Quand les mange-t-on ?

- Je pensais que vous étiez autre chose qu'un tube digestif, dit-elle, et son regard indique nettement qu'une retraite prudente est encore préférable au risque de se faire jeter dehors" écrit Jim Frey dans "Les Fauves et leurs secrets".

Il est vrai que Jeannette n'a jamais cassé trois pattes à un canard : elle n'en a cassé aucune.

"Et le canard était toujours vivant..." concluerait l'humoriste Robert Lamoureux.


En visite chez Jeannette, Pierre Lartigue se souvient : "J'étais reçu chez Jeannette avec beaucoup de cordialité, et chaque fois que j'entrais dans sa caravane, j'étais toujours surpris de ce qu'il y avait autour. Il y avait des chiens, il y avait des chats, il y avait des poules, il y avait des canards, il y avait tout un tas d'animaux de basse-cour, et plus spécialement, une chose qui était amusante et qui m'avait marqué, c'est qu'elle avait un petit cochon. Et, ce petit cochon, je lui avais fait remarquer qu'il allait grandir. On ne pouvait pas cohabiter avec cette gent porcine parce que, en fait, elle allait grossir. Et elle m'avait dit :

- Mais non, monsieur Lartigue, ce petit cochon, il restera toujours petit. Regardez comme il est mignon ! C'est pour dire toute l'affection assez surprenante qu'elle portait aux animaux, et pas spécialement aux fauves, mais à tous les animaux qu'elle pouvait recueillir".


Tournées et engagements.

Le numéro de Mademoiselle Mac Donald des cirques de Paris se tient. Il peut être vendu "clefs en mains" aux établissements qui en font la demande.

Jeannette est engagée pour la saison 1954 (début : 3 avril 1954 ; fin : 30 septembre 1954) par le cirque suédois Moëller. Les conditions particulières du contrat précisent : "Prolongation éventuelle du contrat pour octobre 1954.
Les appointements de 15 000 francs français par jour seront payés par quinzaine. (...) Les animaux seront nourris à raison de 50 kg de viande consommable pour animaux, une balle de paille et un sac de sciure par jour à fournir par la direction et à ses frais. Voyages de deux personnes
(1) aller-retour de Paris à ville de début des deux wagons de matériel de travail et voitures-animaux aux frais de la direction. Les recettes de la ménagerie sont pour le compte de la direction du cirque Moëller. Les appointements fixés plus haut du travail sont fixés sans taxes ni impôts. Les formalités de douane au compte de la direction, ainsi que les visas. Deux personnes à voyager. Madame Mac Donald a le droit d'ajouter les petits lions nés récemment sans augmentation de prix et pouvant participer à la visite de la ménagerie.

Sont prévus 5 jours éventuels de perte et non payés au total pour toute la durée de la tournée pour imprévus."

Le contrat signé à Paris le 30 avril 1956 (pour deux jours, les 5 et 6 mai 1956) entre madame Figuier et Jeannette Mac-Donald stipule :
"Il est entendu que madame Figuier fera prendre les animaux et le matériel à Aubervilliers pour l'amener au cirque et le ramènera à Aubervilliers une fois l'engagement terminé. Mme Macdonald se conformera aux instructions de la direction pour les passages en piste."

Au répertoire, un "numéro de fauves : Neuf lionnes et un lion présentés par une dame".

Les appointements se montent à 25 000 francs par jour nets de taxe.

A cette même époque, le clown Achille Zavatta -"Le clown le mieux payé du monde- perçoit un cachet de 80 000 francs par jour au cirque Amar, et Luis Mariano, 300 000, pour chanter à cheval au cirque Pinder. (2)

 

(1) Jeannette est accompagnée du dompteur Fredo Manzano.

(2) Source : "Les Cirques des Frères Amar". Dominique Denis. Editions Arts des 2 Mondes.


  Avec Uhlah et Jim Frey, on tire les rois. Collection particulière JMD

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9 juillet 2009 4 09 /07 /juillet /2009 18:44

Collection JMD

Fredo Manzano à l'école de dressage de Jeannette Mac-Donald.
Collection JMD

"Prenez-le quand même, Jeannette, personne n'y verra rien."

L'abbé Pierre.

Jeannette prend ses quartiers d'hiver à Aubervilliers, non loin des abattoirs de la Villette. C'est appréciable pour l'approvisionnement en viande. Un fauve ne se contente pas d'une tranche de steack haché.
Lors du terrible et glacial hiver 1954, un homme se présente chez Jeannette Mac-Donald. Désignant roulottes et caravanes, il demande si elles ne sont pas à vendre. Jeannette reconnaît l'homme qui vient de pousser, pour les miséreux et les sans-abri, un cri de détresse, répercuté par la radio et les journaux. C'est l'abbé Pierre. Elle n'écoute que son bon coeur et offre deux caravanes.
"Depuis, raconte Jeannette, l'abbé Pierre est souvent venu me voir. Il était toujours accompagné d'André, un ancien voyou, qui s'était attaché à lui. L'abbé a demandé à Shérif, qui a été mon compagnon pendant 20 ans, de lui apprendre le métier de dompteur. Il venait aussi me voir avec quelque délinquant, sorti de prison, qu'il cherchait à caser. Je lui disais que j'avais déjà dix employés et pas le droit d'en prendre d'autres pour ma ménagerie. Ca ne fait rien, me disait-il, prenez-le quand même, Jeannette, personne n'y verra rien. Je le prenais, ça lui évitait de rester à la rue sans rien faire, en sortant de prison." (1)

 

L'école de dressage.

C'est donc à cette époque que Jeannette et Shérif exploitent l'enseigne "Ecole de dressage de Jeannette Mac Donald". Tout un programme ! Un programme qui aurait séduit les politiques en mal de "sauvageons", de "zone d'éducation sensible", et même de "racaille", tant le mot "dressage" évoque les maisons de correction et l'éducation anglaise.

L'illustré pour la jeunesse "Coq Hardi" consacre un reportage de deux pages à cette école pas comme les autres.

"Si vous voulez devenir dompteur, ce numéro vous apprendra que les montreurs de fauves se recrutent surtout parmi les enfants de la balle : presque tous ont eu des parents qui, sans avoir été dompteurs, sont acrobates, écuyers, clowns. Pour pouvoir affronter les tigres ou les lions sans appréhension, le fait d'avoir toujours vécu avec eux est d'un grand secours.

Cependant, il y a eu des jeunes assez décidés pour surmonter les énormes difficultés que rencontre l'apprenti dompteur : Alfred Court, le plus fameux dompteur de l'entre-deux guerres, était un marseillais dont la famille n'avait aucune attache avec le cirque.

Il n'existe pas d'école de dompteurs fonctionnant de façon régulière ; cependant Jeannette Mac Donald, célèbre femme dompteur, familiarise quelques élèves avec leur futur métier, lorsque ses tournées lui laissent quelque répit. Elle accepte aussi de prendre en pension quelques bêtes dont les propriétaires blessés ou retenus par d'autres engagements, ne peuvent s'occuper ; ainsi elle dispose en plus de ses animaux personnels de sujets déjà dressés sur lesquels peuvent s'exercer ses élèves.

Plus loin, "Coq Hardi" poursuit :

"Pour plonger sa tête dans la gueule d'un lion, il est nécesaire d'avoir beaucoup de courage, de savoir-faire et très peu d'odorat ; car il se dégage de la bouche de ces fauves une odeur pestilentielle.
Pour empêcher la lionne de refermer ses crocs, Bernard a pris les lèvres de la bête et les a repliées sur les dents : si elle voulait mordre, elle serait la première blessée. Cette précaution rend relativement aisée l'éxecution de ce tour."
(Sic). (2)

Pour agrémenter son école, la directrice a engagé un jeune "Tarzan espagnol", sans doute né dans la couronne : Fredo Manzano. Il affronte les fauves avec un tel luxe de témérité qu'il retiendra l'attention du photographe Paul de Cordon. Deux clichés en disent long, dans l'indispensable ouvrage "Instants de Cirque" (3)

(1) Propos recueillis par Hervé Valéri dans "La Dépêche du Midi" du 4 avril 1996.
(2) "Coq Hardi. Je serai dompteur" Nouvelle série - Mensuel - Dépôt légal : 4e trimestre 1955.
(3) "Instants de cirque" Paul de Cordon. Editions Chêne.


Le dompteur Manzano et les lions de Jeannette Mac Donald.
Photos Paul de Cordon.

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8 juillet 2009 3 08 /07 /juillet /2009 10:29

Jeannette Mac-Donald et sa favorite. Collection particulière JMD

Jeannette Mac-Donald, une "mordue" du cirque.

Marseille, Palais des Sports, 1955. Au Festival du Cirque, Jeannette, habillée, bottée, gantée, maquillée, mais surtout pas parfumée (les fauves détestent Chanel et Guerlain) fait son "entrée de cage" sous les ovations du public. Tout se déroule le mieux du monde. En finesse. La dompteuse ne joue pas les gros-bras, les forts des halles. Elle se faufile entre ses bêtes, telle une liane. Elle n'a rien du "dompteur déménageur" qui passe son temps à déplacer les tabourets et autres "réquisits". Jeannette donne dans la dentelle. Elle fait corps avec les autres, lionne parmi les lionnes. Elle se fait épauler par Lola, qui est pleine, et va mettre bas ce qu'elle a de plus beau.
Jeannette, la maîtresse de céans, la maîtresse de séance, en tenue d'apparat, officie pour la Grand'messe. C'est dimanche matin, même le vendredi soir.
Jeannette place la lionne Lola autour du cou comme le prêtre son étole.
Spectaculaire.

Mais ce soir, il a suffi d'une toute petite maladresse. Jeannette, sans s'en rendre compte, a dû pincer Lola. Celle-ci s'est rebiffée, à sa manière. Elle a planté ses crocs dans la main droite de sa "partenaire".
L'accident.
Jeannette n'a pas paniqué. Elle a reposé Lola, s'est dégagée de la gueule du fauve. Il y a eu "du sang sous le chapiteau". Elle a pansé sa blessure et a terminé son numéro.
Un journaliste et un photographe du "Provençal" sont dépêchés sur les lieux. Le photographe demande à Jeannette de refaire le geste fatal. Le résultat fait penser à quelqu'un qui remonterait ses bretelles...
Le journaliste écrit :

"Emotion, hier soir, au Palais des Sports.
La dompteuse Jeannette Mac Donald est mordue par l'un de ses lions.

Parmi les nombreux numéros présentés chaque jour au Palais des Sports par l'International Circus 1955, celui de Miss Jeannette Mac Donald et ses dix lions appartenant au Bothwell Circus du Cap (Afrique du Sud) [NDA : !] provoque toujours une certaine émotion chez les spectateurs.

Celle-ci a atteint son comble hier soir lorsque la charmante dompteuse a été mordue par l'un de ses redoutables "compagnons" de travail.

Il était environ 20 h 55. Miss Mac Donald ouvrant le spectacle s'apprêtait à exécuter son numéro après le tonnerre d'applaudissements saluant son entrée.

Elle prit sur ses épaules, s'en faisant une écharpe, la jeune "Lola", lionne de deux ans et demi pesant le poids respectable de 80 kilos.

Le fauve ne réagit pas et se laissa faire comme à l'accoutumée. Mais tout d'un coup, "Lola" mordilla légèrement la main droite de sa maîtresse et finalement lui planta ses crocs acérés dans la chair..."

La suite de l'article est illisible, la coupure de presse ayant été très endommagée.

 

Radar.

"Radar", "Voilà", "Qui ?", "Noir et Blanc", "Le Miroir du Monde" sont des publications des années cinquante, déjà gourmandes de people et de faits-divers.

"Radar" surfe sur la vague de "La petite Illustration", où abondent les images sensationnelles des dompteurs dévorés par leurs bêtes, ou en passe de l'être.

"Radar" du 15 janvier 1956 publie en pleine page, sous le titre "SANS RANCUNE !" une photo magnifique : Jeannette Mac-Donald, un pansement à la main, embrasse langoureusement la lionne Lola. Elle n'a aucune dent contre elle. Bien au contraire, la belle et la bête ferment les yeux : un vrai baiser de cinéma.
Et "Radar" rédige :

"La foule qui remplissait le Palais des Sports de Marseille applaudissait à tout rompre la jeune dompteuse Jeannette Mac Donald. Soudain, de cette même foule, s'éleva un cri de terreur. La jeune lionne de 2 ans Lola (80 kg), que Jeannette avait prise sur ses épaules, venait de cruellement planter ses crocs dans sa main droite. La jeune femme eut le courage de terminer son numéro. Puis, aussitôt après, elle était transportée à l'hôpital pour pansement. Et le lendemain, elle était à nouveau dans la cage !

Les dompteurs sont d'une race où la témérité s'allie à la douceur et à la patience. Et le premier geste de la blessée (voyez sa main) a été d'embrasser Lola sur le museau !"

 

A Jim Frey, dans "Les fauves et leurs secrets", Jeannette confiera : "La pauvre bête est si gentille ! (...) Je ne lui en veux pas, car je suis certainement fautive. J'ai dû mal la prendre, lui pincer la peau du ventre, que sais-je ? Et puis, je ne peux pas avoir de rancune pour cette lionne qui allait être mère huit jours plus tard." (1)

 

(1) Op. Cit. Page 231.
"Radar" du 15 janvier 1956. DR

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7 juillet 2009 2 07 /07 /juillet /2009 10:42

Jeannette Mac-Donald, dans sa loge-caravane du cirque Amar, à Bordeaux.
Photo Jacques Amouroux. Collection particulière JMD


Pin-up et post-it

C'est Ruddy, illustrateur injustement oublié, qui a été chargé de dessiner l'affiche de Jeannette Mac-Donald. Pigeonnants sont les seins ; élancée est la silhouette ; les bottes montent à bonne hauteur, la main gantée tient une badine. A la taille de guêpe, dans un étui, est glissé un revolver. "Au cas-où..." Au cas où un spectateur se montrerait dangereux. Les longs cheveux lâchés ruissellent en cascade, et le visage est harmonieusement habité. Vraiment tout pour éveiller les sens. Sur fond couleur bordeaux, la superbe créature de rêve, à faire damner tous les saints, est adossée à un blason or, rehaussé d'une couronne royale où dix lions noirs, en rangs serrés, géminés, sont étonnamment ressemblants à ceux que l'on voit sur les calandres de certaines berlines. Derrière elle, un vrai de vrai, en crocs et en griffes. La belle ombre à peine l'écu.
"Amar présente l'artiste Jeannette Mac Donald, la seule femme au monde présentant un groupe de 10 lions" annonce le texte, avec un jeu de caractères moderne pour l'époque.

Combien de collectionneurs, de retour du cirque, ont épinglé la pin-up dans leurs mansardes, silhouette de papier à faire surgir des pensées sauvages ?
Aujourd'hui, dans les bourses d'échanges ou les vide-greniers - à moins que ce ne soit le contraire- Jeannette en pin-up voisine avec Nicolas en post-it.
Devinez qui a le plus de succès.

Vedettes.

 

Le vedettariat n'existe pas au cirque. C'est totalement injustifié.

Existe-t-il un barème de la reconnaissance ?

Le numéro de Jeannette Mac-Donald est réglé, rodé. Il a demandé de la passion, de la patience, de la force, beaucoup de travail surtout.

 

Volontaire, acharnée, d'une santé et d'un moral de fer, elle évolue avec aisance en son domaine où seule Sarah Caryth, Martha la Corse ou Marfa la Corse, "La Goulue" un peu plus tôt, courent dans la même catégorie.


Critiques.

Sur les pistes prestigieuses où elle se produit, le "grand public" -et pas seulement les enfants- apprécie le jeu de Jeannette Mac-Donald.
Les amateurs, plus avertis, sont plus regardants sur les détails.
Ainsi, "Le Cirque dans l'Univers", animé par des puristes, publie dans ses colonnes des critiques sans concession. La barre est fixée très haut. Pour Jeannette, si on lui reconnaît d'indéniables qualités de présentation, on se montre assez sévère.

"Le Cirque d'Hiver-Bouglione a fait sa rentrée avec un programme honnête de vrai cirque.

Le spectacle débute avec un numéro de fauves dressés. Jeannette Mac Donald, fille d'un dompteur forain qui avait plutôt la spécialité du travail en férocité, présente en douceur une dizaine de jeunes lionnes avec un seul mâle. Le numéro est bien réglé, la dompteuse est pleine d'assurance avec d'élégantes attitudes, mais les fauves, apathiques et de stature médiocre, ne font guère valoir le travail" écrit le réputé journaliste Henry Thétard, en 1956. (1)

Quant à Pierre Paret, à Bordeaux, il rend compte, en 1957 : "Festival de lumière sur la place des Quinconces et festival de cirque sous le chapiteau. Le programme d'Amar est l'un des meilleurs qu'il m'ait été donné d'applaudir.

Aussi, le public n'a guère boudé. Bordeaux est une ville dure, où l'on se "ramasse" souvent. Or, pendant les dix jours, les guichets de location affichaient complet pour le lendemain.

Deux conclusions s'imposent :

1° Amar offre, cette année, un excellent programme et la qualité paie toujours.

2° En dépit de ce que prétendent les esprits chagrins, le spectacle de cirque pur est toujours aussi vivement apprécié en France. (...) Deux numéros de lions forment un heureux contraste : celui -neuf femelles et un mâle- de Jeannette Mac Donald, travaillé en pelotage, et celui, en férocité des quatre mâles de Saulevitch." (2)

Enfin, Jean Texier, à Saintes, en 1958, affirme : "Après l'entracte, la dompteuse Jeannette Mac Donald présente 7 lionnes. J'avais déjà vu ce numéro en novembre 1956 avec dix bêtes et je pensais qu'il était en progrès.Ce n'est pas le cas ; les bêtes sont indisciplinées et Jeannette Mac Donald devrait montrer plus de fermeté ; il est à craindre qu'en prenant de l'âge, les fauves obéissent de moins en moins. Ce numéro est trop lent."  (3) (4)

 


(1) "Le Cirque dans l'Univers" n° 24. 3e trimestre 1956.
(2) "Le Cirque dans l'Univers" n° 25. 1er trimestre 1957.
(3) "Le Cirque dans l'Univers" n° 28. 1er trimestre 1958.
(4) "Trop lent" : Jeannette s'en souviendra. Trente ans plus tard, elle dira à un ami : "Et si parfois, certains ont trouvé le numéro un peu lent, eh bien c'est parce que les bêtes n'étaient pas "poussées".


Jeannette Mac-Donald, longeant le "tunnel" au cirque Amar. Collection particulière JMD

"La dompteuse est pleine d'assurance, avec d'élégantes attitudes." (Henry Thétard)

"Ne sera pas oubliée la feinte et élégante nonchalance avec laquelle [Jeannette Mac-Donald] se déplaçait parmi les lions et les tigres" (Paul Adrian)

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