1 mai 2009 5 01 /05 /mai /2009 11:27

Macha Béranger, au départ, se destinait à la comédie. On a pu la voir dans plusieurs courts ou longs métrages où elle jouait les seconds couteaux.
Chacune de ses apparitions à la télévision ne laissait personne indifférent, tant se dégageait d'elle un magnétisme mystérieux.
La suite et la fin de l'entretien du 7 octobre 1999.

Courage ! Vous êtes un aigle !

"- A 37 ans, maintenant, il faut que vous viviez votre vie, il ne faut pas que vous soyez toujours en dépendance.
- Je suis actuellement phagocyté et sans autonomie véritable. Ce sont des pensées qui viennent assiéger un petit peu le système de valeurs et qui viennent polluer le quotidien. Ca va du linge sale à laver -c'est très symbolique mais le linge sale à laver, c'était la tâche dévolue à la mère...
- Non, mais alors là, il faut en sortir, attention, là....
- J'extrapole un peu. Je savais que j'allais vous faire bondir.
- (Rires.) Parce que, vous savez, maintenant, les épouses... Vous avez du linge sale, vous le lavez, hein ? On se débrouille... Chacun se débrouille dans le ménage. On n'est pas perdu parce que maman n'est plus là pour laver le linge quand même. Il faut apprendre le quotidien. Vous ne le connaissez pas  en fait, puisque vous avez été toujours très chouchouté, très très gâté...
- (Rires étouffés.)

- Hein, c'est ça ? (Rires.) Moi, vous savez, j'ai gâté mes fils, c'est vrai, mais je leur ai toujours appris ce qu'il fallait faire dans une maison parce que c'est toujours utile un jour ou l'autre. Alors, votre maman ne vous a pas appris. Elle a tout fait pour vous.

- A table, c'est elle qui voulait absolument servir les plats. Mon père ne bougeait pas non plus. C'est une vieille méthode de la campagne. Et il ne fallait surtout pas bouger avant la fin du repas. Ensuite, je pouvais quand même prendre les verres et les assiettes et faire la vaisselle, mais c'était elle qui régentait absolument tout.

- Non, Joël, maintenant, vous allez régenter votre vie vous-même. C'est vous le chef, hein ? Alors vous allez apprendre à faire les choses pratiques du quotidien ; ça c'est pas trop difficile et vous allez apprendre à vous débrouiller vous-même. Vous en êtes tout à fait capable, il faut quelques jours.

- Que Dieu vous entende.

- Oh ! Je ne sais pas s'il m'écoute toujours, mais il entend l'émission tous les soirs !(Rires.)  Alors, qu'est-ce qui vous fait le plus peur ? De quoi avez-vous besoin, maintenant ? Qu'est-ce qu'on peut faire pour vous ?

- Je me sens terriblement seul, démuni, sans repère et dans un isolement extrême. Donc j'aimerais peut-être rencontrer des gens qui sont dans mon cas ou éventuellement peut-être des femmes qui accepteraient de recueillir l'oiseau, euh...

- Pour laver votre linge ? (Rires.)
- Presque. Non, l'oiseau qui est presque au bout de la branche, qui veut s'envoler, qui serait prêt à fonder peut-être un foyer... Enfin, je ne sais pas, c'est une bouteille que je lance à la mer...

- Oui, mais il ne faut pas que vous ayez le sentiment que vous avez besoin d'être recueilli, attention... Il faut que vous ayez l'envie de construire, ce n'est pas tout à fait pareil. Ne cherchez pas la suite de votre maman. Maintenant, chacun a ses responsabilités et les partages sont assez équitables en général, c'est ça, dans les couples actuels. Donc, vous êtes capable de le faire aussi. Tout à fait. Mais ne cherchez pas une autre maman, sinon vous ne sortirez jamais du système, et vous vous en voudrez un jour. A moins que ce système soit très confortable pour vous ?

- Il est confortable, mais il n'est pas, à longue échéance...

- ...Il n'est pas épanouissant.

- Il n'est pas épanouissant.

- Bien sûr que non. Voilà, Joël. Vous m'appelez de quelle région ?

- Je vous appelle de Toulouse. Jolie ville. Mais enfin, quand on s'y ennuie...

- On s'ennuie partout, c'est vrai, oui. Ce n'est pas une question de ville, bien sûr. Quand on est seul, on s'ennuie, on n'est pas bien.

- On peut s'ennuyer à Paris, à Rome, à Singapour...

- On peut s'ennuyer dans le plus bel endroit du monde si on a le coeur vide. J'ai été contente de bavarder avec vous, et puis, donnez-moi de vos nouvelles très vite, d'accord ? Et puis, courage ! Vous êtes un aigle ! (Rires.)

 

FIN

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30 avril 2009 4 30 /04 /avril /2009 18:29

J'aimais bien Guy Carlier, sa finesse sous la graisse, ses mains  s'exprimant, soulignant une saillie, comme un puceau post-pubère. Ce n'est pas de sa faute, et je sais de quoi je parle.
La notoriété venant, son "fonds de commerce" est devenu méchant.
J'ai été profondément blessé le jour où il a tenu, sur les personnes atteintes de TOCs (Et on sait que j'en suis) des propos très déplacés. Peut-être ai-je été trop susceptible ?
Il m'a de nouveau blessé lorsqu'il a grugé, sous un faux-nom bien sûr, Macha Béranger, en l'appelant un soir, fin comme du gros sel, utilisant des ficelles (du métier qu'il connaît pourtant bien) comme des cordages de marine. Indélicat pour le moins. Blague de potache.
Macha Béranger a eu l'élégance d'en rire.
Ce blog n'est pas polémique : passons...
"Ah ! Si tous les gars du monde voulaient bien se donner la main, ça ferait une ronde, ça ferait une ronde...
Ah ! Si tous les gars du monde voulaient bien se donner la main, il y aurait des mains en trop.."
La suite de l'entretien du 7 octobre 1999.

La plupart des hommes passent des mains de leurs mères à celles de leurs femmes.

" - Mais alors, maintenant, vous avez 37 ans ; quelle est votre attitude par rapport à la vie extérieure, à la société et aux femmes ? Vous parliez de peur tout à l'heure...
- J'ai la chance d'être intégré dans un travail qui me plaît, mais je redoute l'avenir. Ma mère va forcément un jour disparaître... Elle a un peu disparu... Elle est un peu morte puisque les choses se sont dégradées et le dialogue n'est plus du tout possible. Donc, je... (Raclement de gorge.) Moi, je dis souvent que la plupart des hommes passent des mains de leurs mères à celles de leurs femmes sans passer par le purgatoire.... (Rires de Macha.) et moi, j'ai peur de passer des mains d'une maman aux mains du néant.

- Vous savez, toutes les femmes ont une âme de mère, ne l'oubliez pas, ça, que dans un couple, une femme sait qu'elle doit aussi être un peu maternelle. Mais vous, qu'est-ce que vous recherchez ? L'opposé de votre maman ou la ressemblance de votre mère ? Déjà, chez une femme, vous recherchez la douceur ou l'autorité ? Aujourd'hui, maintenant que vous êtes "grand"...
- Ce n'est pas facile, hein, comme question. Je ne sais pas trop, finalement.
- (Rires.) Ce n'est pas facile, mais c'est la bonne question pour savoir ce que vous voulez. Parce que vous allez rester dans le même schéma de la dominance... Parce que là, vous êtes le petit oiseau ; on a ouvert la cage. Vous allez prendre vos ailes, vous allez prendre l'envol, là... Vous allez devenir un aigle. On peut devenir un aigle dans la vie, vous savez, même si on est parti moineau longtemps. Tout est faisable ; ça dépend de votre réaction. Votre mère n'est pas morte mais elle est un peu plus absente qu'avant. Les choses vont peut-être se défaire, comme ça, et peut-être que pour vous, ça va être un immense vide, un immense chagrin mais une naissance ou une renaissance pour autre chose, et que ça va vous apporter une force colossale. Ca ne veut pas dire que vous allez la renier, pas du tout, mais vous allez sentir que vous êtes le plus grand. Quand on perd ses parents, on devient plus grand et à la fois plus petit parce qu'on n'a plus de repères, on n'a plus de racines. Vous voyez ce que je veux dire ? C'est très curieux de perdre ses racines parce qu'on se sent à la fois abandonné, orphelin ; c'est une horreur, et puis tout d'un coup, on se dit : "Je suis la plus grande ou je suis le plus grand, alors il faut que je fasse les choses comme le plus grand ou la plus grande." Il y a deux phases...

- Je m'étais dit : "Quand ma mère ne sera plus là, ou bien je serai un homme perdu ou bien je serai un homme libre."

- C'est ce que je suis en train de vous dire.

(...)

Vous allez avoir un chagrin énorme, énorme, énorme, mais vous allez retrouver vos forces dans le chagrin. Mais pas tout de suite. Pas quand le chagrin vous tombe dessus, pas quand le deuil vous tombe dessus, quand l'absence vous tombe dessus ; c'est après... Alors là, c'est quand même l'héritage spirituel, mental, affectif qui vous tombe dessus et vous donne des forces. Mais bon, il faut passer par la première phase qui est la plus douloureuse, et ça, c'est pas une question d'âge. Moi qui suis plus âgée que vous bien sûr, quand on perd ses parents, quand ils s'en vont, c'est -peu importe l'âge, vous savez- on se sent toujours abandonné(e).

- Il y a une part de déracinement.

- Total. Mais pour vous, ça peut être générateur d'autre chose, et vous allez peut-être enfin vivre selon vos désirs, et vous aurez toujours un immense amour pour votre mère parce que les années passeront, et puis vous oublierez le côté un peu autoritaire et castratrice, et vous trouverez une femme avec laquelle vous serez en harmonie. Donc, tout ça va se placer dans le temps.

(A suivre.)

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29 avril 2009 3 29 /04 /avril /2009 15:18

C'était toujours le même rituel. Macha Béranger, un chapeau vissé sur la tête, arrivait au studio de la Maison de la Radio. Elle allumait une lampe qui, seule, trompait l'obscurité. Mais "le point le plus obscur n'est-il pas sous la lampe" ?
Parfois, on entendait à l'antenne le son très ténu d'un briquet qui allumait une cigarette.
Oedipe, son chien, restait sagement à ses côtés.
Suite de l'entretien du 7 octobre 1999.

A-t-on le droit d'en vouloir à ses parents ?

"- Alors quelles sont vos relations avec votre mère, maintenant, Joël, qu'elle est souffrante ?
- Elle est souffrante, elle est très diminuée. Elle a l'obsession de ne pas savoir s'habiller, alors qu'elle s'habille très bien, et elle a peur de manquer d'argent. Or, elle n'a jamais manqué d'argent. Elle n'a jamais fait d'ardoise, elle a toujours payé convenablement.

- Non, mais elle a une obsession qui est un peu phobique, voilà. C'était une femme avec un caractère très fort, très autoritaire ?

- Oui, oui, absolument. Très impulsive.

- Est-ce qu'elle vous a effrayé parfois ? Si vous avez obéi, c'est qu'elle vous impressionnait ?

- On peut intégrer cette relation dans un rapport amour/haine.

- Vous avez été quelqu'un de soumis et d'impressionné.

- Je me demande toujours : "A-t-on le droit d'en vouloir à ses parents ?" Est-ce qu'on a vraiment le droit ?
- Je ne crois pas. Sauf dans des cas extrêmes. Mais bon, les parents ont un caractère ; nous avons le nôtre. Le difficile entre les parents et les enfants, c'est que les enfants doivent s'affirmer par rapport aux parents, et qu'à un moment donné, il doit arriver un équilibre, mais il y a toujours une période d'affrontement. Elle est logique, elle est normale d'ailleurs, c'est vrai. Il doit y avoir une période de réaction par rapport à la famille qui n'est pas forcément négative, au contraire, parce qu'après, ça s'arrange. Parce que être soumis complètement à ses parents, ce n'est pas non plus une bonne attitude parce qu'elle ne vous permet pas de développer votre personnalité, votre personnage dans la vie. Donc, on doit aimer ses parents, mais on ne doit pas tout accepter de ses parents.
 Il faut être un peu rebelle par rapport à ses parents.
- Oui, mais je pense que le déterminisme dont ils disposent doit être bien employé. Si ce déterminisme est axé et dirigé vers une forme d'éducation qui n'est peut-être pas forcément la bonne, c'est là où ça peut pécher... 
- Oui, mais il n'y a pas de parents parfaits comme il n'y a pas d'enfants parfaits, vous savez... Mais vous, ce qui est ennuyeux, c'est que vous avez subi l'autorité de votre maman très très jeune, et ça ne vous ait jamais venu à l'idée de réagir ?
- Non... Si... J'étais parfois exaspéré. J'essayais d'élever la voix, gentiment, mais...
- Et vous n'avez jamais eu le réflexe de partir, parce que vous avez eu peur de lui faire de la peine ?
- Oui... Non... Oui, il y avait ça. Et puis, je me voyais mal partir, mal m'assumer, avoir une indépendance... J'ai eu très peur...
- En fait, sans le vouloir, votre maman vous a infantilisé, en tant qu'homme, vous avez eu des réactions de peur vis-à-vis de l'extérieur.

- Absolument.

- Parce qu'elle vous a infantilisé, consciemment ou inconsciemment, je ne sais pas, mais elle vous mettait en dépendance, oui.

- Oui, c'est l'image du petit oiseau qui est en cage, à qui on apporte de la nourriture. Il se débat, il crie, il ne veut pas rester dans la cage. Bon, il réussit à partir, et puis il a peur des autres oiseaux, il a peur du ciel. Il revient vers la cage parce qu'il a à manger, etc...

(A suivre.)

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28 avril 2009 2 28 /04 /avril /2009 15:43

Sa voix était sculptée à la nicotine. Sans jouer les "pères Lavertu" et les concierges, tout pouvait laissser penser que c'était le cancer du fumeur qui avait emporté Macha Béranger. Or, c'est un fichu cancer du sein qui a fait son travail de sape. La vie, cette bougresse, n'en fait qu'à sa tête, ne fait que ce qu'elle veut. La mort, sa soeur jumelle a elle aussi un sacré caractère.
Suite de l'entretien du 7 octobre 1999.

"Une grande incommunicabilité entre nous."



"- Cet été, j'ai vécu quelque chose d'assez particulier. Ma mère était hospitalisée ; mon père aussi, et donc la maison qu'ils habitent est devenue toute vide, et pour moi, c'était quand même mon port d'attache. Je rentrais le week-end, et parfois en semaine. Il est vrai que cette maison vide m'a angoissé. Une grosse mélancolie noire s'est emparée de moi ; c'était une situation nouvelle et inédite, et angoissante. Et c'est là que j'ai compris qu'il fallait que je fasse quelque chose, que je bouge, sinon j'allais tomber dans...
- Il faut vous faire une vie, bien sûr, mais enfin, ça ne se fait pas du jour au lendemain. Vous n'avez pas été préparé à votre indépendance et à construire quelque chose...
- ... et effectivement, je n'ai pas pu me réaliser en fait, puisqu'elle a toujours dicté les actions que je devais mener...
- Oui, mais attendez, Joël, vous avez toujours obéi...
- Oui, par bonne éducation peut-être... [sic !]
- Non, ce n'est pas de la bonne éducation, ça devait vous arranger parce que si vous aviez su réagir, votre mère aurait suivi. C'est à dire que vous avez une relation très très forte, très passionnelle avec votre mère, et si vous avez obéi, c'est parce que ça vous convenait ?
- Oui, sans doute... J'ai peut-être joué la politique de l'autruche.
- On dit "une mère castratrice" si on veut bien être "castré" (Rires.) Si on réagit un peu, la mère castratrice est intelligente, en général, et finalement, suit un petit peu pour ne pas perdre son fils. Elle acceptera aussi qu'il s'en aille ; elle aimera la femme qu'il aimera, enfin... elle fera des concessions. Mais si on vous a toujours dit "non"... On vous a toujours dit depuis que vous étiez tout petit "non" ?

- Oh ! Oui, oui...

- D'accord. Donc, c'est un mode de fonctionnement que vous avez adopté très tôt.

- Il y a des choses qui se sont imprimées dans le cortex, on va dire, et donc, on en arrive à se dire : "C'est ainsi et pas autrement ; il ne peut pas en être autrement."

- L'idée de quitter votre mère, est-ce que ça vous désespérait ?

- (Court silence.) Pas vraiment, non.

- Pas vraiment. Donc, vous avez été quelqu'un de soumis et de consentant.

- Oui, tout à fait.

- Par amour pour elle, par tendresse, par respect ?

- Oui, je pense, oui. Et puis il y avait une grande incommunicabilité entre nous, hein, malgré tout. Les images que je garde d'elle, c'est des images tendres, de sorties, de balades, mais nous n'avons jamais communiqué vraiment. Je n'ai jamais pu lui dire ce que je ressentais vraiment.

- Parce qu'elle ne vous a pas permis de vous exprimer.

- Oui, et je me rends compte aujourd'hui, avec le recul, que je ne peux pas dire : "maman"...

- Ah bon ?

- Je ne peux pas. Et ça, je... Je...

- C'est un mot qui vous...

- ... ah oui, qui m'écorche les lèvres. C'est affreux. Je ne peux pas dire ce mot-là. Je ne sais pas pourquoi. Il y a peut-être une explication freudienne à ça, mais je me pose des questions. Je n'arrive pas à savoir pourquoi. Donc, on s'appelle de façon "interpellative". Avec mon père, c'est pareil. C'est à dire, lorsqu'ils s'appellent, ça donne du "Oh ! tu es là ?"

(A suivre.)

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27 avril 2009 1 27 /04 /avril /2009 15:16

"ALLO MACHA" NE REPOND PLUS

Macha Béranger est morte, laissant ses "sans sommeil" et "sans sommeille" orphelins. Elle a officié à France Inter  pendant 30 ans, et il paraissait inconcevable de déboulonner cette "Institution" calée au coeur des ténèbres, à l'heure où "les gens, il conviendrait de ne les connaître que disponibles, à certaines heures pâles de la nuit, (...) avec des problèmes d'hommes, simplement, des problèmes de mélancolie." (Léo Ferré - "Richard").

Mais Macha a été remerciée après trois décennies de bons et loyaux services, et de quelques sauvetages...

Sa voix, sa personnalité, ses rituels l'ont rendue célèbre. Pourtant raillée, parodiée ("Ma chatte dérangée !..."), elle n'a jamais perdu un sens de l'humour qui était peut-être -qui est sans doute- la politesse du désespoir.

Je me suis entretenu à l'antenne avec Macha trois fois. Deux fois j'ai évoqué le fétichisme ; une fois, longuement, mon rapport trop fusionnel à ma mère. Il faut croire que les chansons "disent vrai", que j'avais, moi aussi, "des problèmes d'hommes, des problèmes de mélancolie."


Celles et ceux qui ont lu mes "carnets" ne seront pas surpris à la lecture du texte qui suit, texte de la transcription du long entretien que j'ai eu avec celle à qui on ne dira plus "Allo, Macha ?" Elle est aux abonnés absents.



Entretien avec Macha Béranger sur France Inter le 7 octobre 1999

                                                                  "Ne fais pas,     n'y vas pas, tu sais pas."

- Allo, Macha ?

- Oui, bonsoir.

- Bonsoir Macha. Je suis toujours heureux de vous entendre, de vous parler un petit peu plus près que d'habitude, puisque d'habitude, c'est dans le transistor...

- Quel est votre prénom ? Je vous connais ?

- Joël.

- Joël, oui.

- Nous nous sommes parlé il y a huit mois à peu près , et puis je vous avais appelé il y a un peu plus longtemps. (...) Là, je viens vers vous parce qu'il m'arrive ce qui arrive à beaucoup d'hommes qui abordent la quarantaine, et qui s'aperçoivent qu'ils n'ont pas coupé le cordon ombilical...

- (Rires.)
- ...qu'il y avait un noeud sur le cordon et que les obstétriciens ont oublié de le sectionner. Alors c'est vrai qu'on vit comme ça avec sa maman (Raclement de gorge.) un petit peu castratrice et...

- Attendez, Joël, vous vivez avec votre mère ?

- Non, je ne vis plus avec ma mère.

- Ah bon.

- J'ai réussi à prendre un appartement.

- A quel âge ?

- Il y a quatre ans à peu près. Ca a été très dur.

- Vous venez d'avoir 40 ans ?

- J'ai 37 ans. Je suis parti il y a 4 ans, mais ça n'a pas été facile parce qu'elle refusait obstinément que je quitte le domicile conjugal (sic !) Elle a fait des pieds et des mains pour m'empêcher de partir. Mes deux frères [jumeaux] ont eu la chance de partir ; mes frères qui ont 12 ans de plus que moi, et puis elle s'est aperçue qu'il ne restait que moi à la maison. Donc, j'ai l'impression qu'elle m'a un peu gardé...
- En fait, ce n'est pas vous qui n'avez pas coupé le cordon, c'est elle qui n'a pas pu le couper ?
- Je pense... Je pense...
- Vous vous êtes laissé faire, en fait ?
- C'est peut-être ça.
- Oui, ça vous plaisait...
(...)
- Aujourd'hui, elle est très diminuée puisqu'elle ne plus lire, écrire et conduire, et après une attaque cérébrale très importante.Donc, je me retrouve un petit peu... Pfff... complètement largué, un peu comme si j'étais dans un Boeing et que je sautais sans parachute. Parce que c'est mon unique repère, en fait...
- Oui.
- J'ai pas cherché ailleurs, disons... C'était une solution de facilité. Et il se trouve qu'aujourd'hui, j'ai très peur des femmes.
- Ah, vous avez très peur des femmes ?
- Il me semble, oui.
- Pourtant, vous êtes resté chez votre maman jusqu'à 34 ans... 33 ans, mais vous aviez une vie indépendante ?
- Euh... oui, c'est-à-dire que lorsque je lui faisais part d'une aventure ou d'une envie, c'était systématiquement : "Non, ne fais pas." Hein, c'est le genre de maman que j'appelle
"Ne fais pas, n'y va pas, tu sais pas".
- Oui, c'est castratrice comme vous avez dit, tout à fait.
- Je pense qu'il ne faut pas avoir lu tout Freud mais il me semble avoir compris...
- Oui, parce que, évidemment, elle n'avait qu'une peur, c'était de vous perdre.
- Absolument.
- Et une autre était une ennemie, une rivale bien sûr.

(A suivre.)

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26 avril 2009 7 26 /04 /avril /2009 06:00

 

 

 

"La petite ville de Verrières peut passer pour l'une des plus jolies de la France-Comté. " : c'est l'incipit du roman assez connu de mon grand ami Henri Beyle, que certains appellent Stendhal : "Le Rouge et le Noir".
Il me pardonnera de le plagier en l'amendant : "La petite ville de Villaudric peut passer pour l'une des plus jolies villes de la Haute-Garonne."
Tout ça pour dire que c'est à Villaudric, à quelques encablures de Montauban, où repose le violon de mon grand ami Ingres, que je signerai, aujourd'hui-même, dans le cadre d'un premier festival du Livre mon ouvrage "J'ai très bien connu Jacques Brel".
Je vous donne un indice pour me reconnaître : vous n'aurez qu'à vous reporter à l'un de ces nombreux portraits plus ou moins récents du trombinoscope ci-dessus.

Et come je suis bon, je vous donne un second indice : je me suis empâté depuis.


JF

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22 avril 2009 3 22 /04 /avril /2009 21:13

Pour une surprise, ce fut une surprise. Mon vieux camarade Anton Tchekhov (avec qui la vie n'a pas été tendre non plus), informé de mes déceptions, de mon chagrin, de mes chagrins, de ma tête ressembante à une bouilloire est venu ce jour me visiter.
Après quelques considérations littéraires ; rajustant son lorgnon, il m'a dit des mots si simples, et si vrais, et si beaux,  je les reproduis ici :

"Je vais te dire : reprends tes esprits.
Considère les choses simplement, comme tout le monde.
Ici-bas, tout est simple. Le plafond est blanc. Les bottes sont noires. Le sucre est sucré."
Anton Tchekhov (Ivanov)

Ca m'a fait du bien. A vous aussi ?

JF

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21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 18:40

Il faut croire qu'il y a des gens qui travaillent encore à France Inter, malgré les incertitudes qui planent sur la station (debout pénible) : j'ai reçu, suite à mon message d'hier soir celui-ci :
"Bonjour.

Merci de l'intérêt que vous portez  à France-Inter.

Votre message a été transféré à notre équipe du service culture.

Cordialement.

Christiane. Relations auditeurs."
Je vous tiens informé en cas de réussite sociale, carton au box-office et entrée à l'Académie Française.

Quant à la suspension des "Correspondances clandestines", trois "engueulades" aujourd'hui pour le fragile valétudinaire que je suis en sont venues à bout...

Je crois que je vais écrire des dialogues pour "La petite maison dans la prairie" (Et j'adore "La petite maison dans la prairie")

'Reusement que j'ai eu "des petites joies tranquilles" : une très grande avocate qui a adoré mon "J'ai très bien connu Jacques Brel" et qui va faire un "papier" dans le bulletin du bâtonnier, et puis l'augure de mon quart-d'heure (trois minutes ?) de gloire à la télévision très bientôt.

JF

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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 18:56

C'est sans acrimonie mais parce que j'avais cette "affaire" sur le coeur que je viens de laisser, grâce à nos outils modernes et rapides (tu vois, maman...) ce message dans le cadre réservé aux réactions des lecteurs de France Inter :

"Bonjour ou bonsoir.

Je suis un vieil auditeur de "Paris Inter" depuis.... allez, 1985, à l'époque où l'on n'avait pas mis à la porte pour une impertinence que l'on met aujourd'hui en exergue Jean-Charles Aschéro et ses sublimes "Choses de la Nuit".
Il y a une question que je me pose.
Voici.
J'ai écrit un livre à compte d'auteur "J'ai très bien connu Jacques Brel" (titre accrocheur à ne pas prendre au premier degré) (Et envoyé à France Inter).
Mon livre est mis en dépôt-vente dans deux points de ma ville natale, Toulouse. Il "marche" bien. Il pourrait mieux "marcher" si les réseaux des grandes maisons d'édition ne cannibalisaient pas les prescripteurs.
Le bouche à oreille fonctionne ; les rivières souterraines coulent, et pourtant, quel est le créneau qui pourrait parler de mon livre ?
Ce n'est pas à moi de dire s'il est bon, mais c'est à moi de vous alerter sur des talents peut-être trop cachés, contraints de le rester.
Vous avez mes fidèles amitiés.

JF

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 19:02

Il me semble qu'on ne le sait pas assez, ou qu'on ne le sait plus, ou bien encore qu'on ne l'a jamais su, mais le professeur Lucien Israël, grand ami de Jacques Brel, a écrit à la mort de ce dernier, après lui avoir prodigué tous les soins qui se puissent être, un texte magnifique, que je viens de retrouver dans mes jeunes et vieux papiers, en l'occurence dans les archives du "galinero gris" (le poulailler gris") pendant de la "casa azul" de ma grande amie Frida Kahlo (Mais de tout cela je vous reparlerai...)
Je vous livre donc ce texte du célèbre cancérologue, prouvant s'il en était besoin, que les chirurgiens ne sont pas que des mécaniciens, mais peuvent se révéler poètes quand l'occasion se présente.

DE L'AUTRE COTE DU MASQUE

Au Nord-Est, ce soir-là, presque sans prévenir, le sang se mit à couler à sang inverse. On pouvait depuis l'univers où tu te concentrais entendre le coeur se hâter, battre d'avance vers son dernier duel.
Piège de l'oubli tendu dans l'invisible ; dents serrées, les yeux ouverts.
De l'autre côté du masque.

Longue nuit, l'âme aux aguets. Puis à l'aube, sous quelle poussée les portes du temps se sont entrouvertes ?
Et soudain, îles, chansons, ratures du destin, tout était là, sous ton regard : la mer qui t'avait bercé, la peau que tu avais aimée, la musique et les paroles qui avaient habité l'éternité de ta douleur, la vie qui s'était perdue dans le dédale des miroirs. Tout était là.
Pour un unique instant.
Dans tes yeux qui, sans se refermer, emportèrent très vite, de l'autre côté des jours, une partie de la maigre joie qui restait.

Quelques-uns, après, s'en vinrent scruter la juste paix de ton visage.
Quelle paix ? Il n'y a pas de paix.
Quelle justice ? Il n'y a pas de justice.
Il n'y a que la colère et le mépris, la trahison et le silence, le combat et la défaite.
Toi, toi, tu avais appris cela, et depuis longtemps, tu te taisais.
Où que tu sois, sur les mers bleues et vides de tes rêves, dans les carlingues de ta nudité, salut.

Lucien Israël

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