21 avril 2009 2 21 /04 /avril /2009 18:40

Il faut croire qu'il y a des gens qui travaillent encore à France Inter, malgré les incertitudes qui planent sur la station (debout pénible) : j'ai reçu, suite à mon message d'hier soir celui-ci :
"Bonjour.

Merci de l'intérêt que vous portez  à France-Inter.

Votre message a été transféré à notre équipe du service culture.

Cordialement.

Christiane. Relations auditeurs."
Je vous tiens informé en cas de réussite sociale, carton au box-office et entrée à l'Académie Française.

Quant à la suspension des "Correspondances clandestines", trois "engueulades" aujourd'hui pour le fragile valétudinaire que je suis en sont venues à bout...

Je crois que je vais écrire des dialogues pour "La petite maison dans la prairie" (Et j'adore "La petite maison dans la prairie")

'Reusement que j'ai eu "des petites joies tranquilles" : une très grande avocate qui a adoré mon "J'ai très bien connu Jacques Brel" et qui va faire un "papier" dans le bulletin du bâtonnier, et puis l'augure de mon quart-d'heure (trois minutes ?) de gloire à la télévision très bientôt.

JF

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20 avril 2009 1 20 /04 /avril /2009 18:56

C'est sans acrimonie mais parce que j'avais cette "affaire" sur le coeur que je viens de laisser, grâce à nos outils modernes et rapides (tu vois, maman...) ce message dans le cadre réservé aux réactions des lecteurs de France Inter :

"Bonjour ou bonsoir.

Je suis un vieil auditeur de "Paris Inter" depuis.... allez, 1985, à l'époque où l'on n'avait pas mis à la porte pour une impertinence que l'on met aujourd'hui en exergue Jean-Charles Aschéro et ses sublimes "Choses de la Nuit".
Il y a une question que je me pose.
Voici.
J'ai écrit un livre à compte d'auteur "J'ai très bien connu Jacques Brel" (titre accrocheur à ne pas prendre au premier degré) (Et envoyé à France Inter).
Mon livre est mis en dépôt-vente dans deux points de ma ville natale, Toulouse. Il "marche" bien. Il pourrait mieux "marcher" si les réseaux des grandes maisons d'édition ne cannibalisaient pas les prescripteurs.
Le bouche à oreille fonctionne ; les rivières souterraines coulent, et pourtant, quel est le créneau qui pourrait parler de mon livre ?
Ce n'est pas à moi de dire s'il est bon, mais c'est à moi de vous alerter sur des talents peut-être trop cachés, contraints de le rester.
Vous avez mes fidèles amitiés.

JF

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17 avril 2009 5 17 /04 /avril /2009 19:02

Il me semble qu'on ne le sait pas assez, ou qu'on ne le sait plus, ou bien encore qu'on ne l'a jamais su, mais le professeur Lucien Israël, grand ami de Jacques Brel, a écrit à la mort de ce dernier, après lui avoir prodigué tous les soins qui se puissent être, un texte magnifique, que je viens de retrouver dans mes jeunes et vieux papiers, en l'occurence dans les archives du "galinero gris" (le poulailler gris") pendant de la "casa azul" de ma grande amie Frida Kahlo (Mais de tout cela je vous reparlerai...)
Je vous livre donc ce texte du célèbre cancérologue, prouvant s'il en était besoin, que les chirurgiens ne sont pas que des mécaniciens, mais peuvent se révéler poètes quand l'occasion se présente.

DE L'AUTRE COTE DU MASQUE

Au Nord-Est, ce soir-là, presque sans prévenir, le sang se mit à couler à sang inverse. On pouvait depuis l'univers où tu te concentrais entendre le coeur se hâter, battre d'avance vers son dernier duel.
Piège de l'oubli tendu dans l'invisible ; dents serrées, les yeux ouverts.
De l'autre côté du masque.

Longue nuit, l'âme aux aguets. Puis à l'aube, sous quelle poussée les portes du temps se sont entrouvertes ?
Et soudain, îles, chansons, ratures du destin, tout était là, sous ton regard : la mer qui t'avait bercé, la peau que tu avais aimée, la musique et les paroles qui avaient habité l'éternité de ta douleur, la vie qui s'était perdue dans le dédale des miroirs. Tout était là.
Pour un unique instant.
Dans tes yeux qui, sans se refermer, emportèrent très vite, de l'autre côté des jours, une partie de la maigre joie qui restait.

Quelques-uns, après, s'en vinrent scruter la juste paix de ton visage.
Quelle paix ? Il n'y a pas de paix.
Quelle justice ? Il n'y a pas de justice.
Il n'y a que la colère et le mépris, la trahison et le silence, le combat et la défaite.
Toi, toi, tu avais appris cela, et depuis longtemps, tu te taisais.
Où que tu sois, sur les mers bleues et vides de tes rêves, dans les carlingues de ta nudité, salut.

Lucien Israël

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16 avril 2009 4 16 /04 /avril /2009 19:54

J'ai un ami qui est dompteur. Un dompteur de mots.
Il a belle allure avec ses hautes bottes noires.
Il fait entrer avec lui des mots dans la cage et leur fait faire des choses extraordinaires.
Un jour, il a même fait pénétrer le mot "sexe" dans le mot "bouche".


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15 avril 2009 3 15 /04 /avril /2009 20:15

"A PROPOS DE BOTTES" a invité aujourd'hui à sa table Gustave Flaubert, le grand ami d'une grande amie.
Nous avons, grâce à lui, connu une grosse émotion littéraire à la lecture de l'une de ses lettres, adressée à Louise Colet, le 26 août 1853. Il y parle bottes et littératures avec la finesse et le panache qu'on lui connaît.

QUAND GUSTAVE TIENT DES PROPOS DE CORDONNIER
J'aime les oeuvres qui sentent la sueur, celles où l'on voit les muscles à travers le linge et qui marchent pieds nus, ce qui est plus difficile de porter des bottes, lesquelles bottes sont des moules à usage de podagre : on y cache ses ongles avec toutes sortes de difformités. Entre les pieds du Capitaine ou ceux de Villemain et les pieds des pêcheurs de Naples, il y a la différence des deux littératures. L'une n'a plus de sang dans les veines. Les oignons semblent y remplacer les os. Elle est le résultat de l'âge, de l'éreintement, de l'abâtardissement. Elle se cache sous une certaine forme cirée, convenue, rapiécée et prenant eau. Elle est, cette forme, pleine de ficelle et d'empois. C'est monotone, incommode, embêtant. On ne peut avec elle ni grimper sur les hauteurs, ni descendre dans les profondeurs, ni traverser les difficultés (ne la laisse-t-on pas en effet à l'entrée de la science, où il faut prendre des sabots ?). Elle est bonne seulement à marcher sur le trottoir, dans les chemins battus et sur le parquet des salons, où elle exécute de petits craquements fort coquets qui irritent les gens nerveux. Ils auront beau la vernir, les goutteux, ce ne sera jamais que de la peau de veau tannée. Mais l'autre ! l'autre, celle du bon Dieu, elle est bistrée d'eau de mer et elle a les ongles blancs comme l'ivoire. Elle est dure, à force de marcher sur les rochers. Elle est belle à force de marcher sur le sable. Par l'habitude en effet de s'y enfoncer mollement, le galbe du pied peu à peu s'est développé selon son type ; il a vécu selon sa forme, grandi dans son milieu le plus propice. Aussi, comme ça s'appuie sur la terre, comme ça écarte les doigts, comme ça court, comme c'est beau !
Quel dommage que je ne sois pas professeur au Collège de France ! J'y ferais tout un cours sur cette grande question des bottes comparée aux littératures. "Oui, la Botte est un monde" dirais-je, etc. Quels jolis rapprochements ne pourrait-on pas faire sur le Cothurne, la Sandale ! etc.
Quel beau mot que Sandale ! et comme il est impressionnant, n'est-ce pas ? Celles qui ont des bouts retroussés en pointe, comme des croissants de lune, et qui sont couvertes de paillettes étincelantes, tout écrasées d'ornements magnifiques, ressemblent à des poèmes indiens. Elles viennent du Gange. Avec elles on marche dans des pagodes, sur des planchers d'aloès noircis par la fumée des cassolettes, et, sentant le musc, elles traînent dans les harems sur des tapis à arabesques désordonnées. Cela fait penser à des hymnes sans fin, à des amours repus... La Marcoub du fellah, ronde comme un pied de chameau, jaune comme l'or, à grosses coutures et serrant les chevilles, chaussure de patriarche et de pâtre, la poussière lui va bien. Toute la Chine n'est-elle pas dans un soulier de Chinoise garni de damas rose et portant des chats brodés sur son empeigne ?

Dans l'entrelacement des bandelettes aux pieds de l'Apollon du Belvédère, le génie plastique des Grecs a étalé toutes ses grâces. Quelles combinaisons de l'ornement et du nu ! Quelle harmonie du fond et de la forme ! comme le pied est bien fait pour la chaussure ou la chaussure pour le pied !

(...)

Et maintenant, nous sommes livrés à l'anarchie des gnaffs. Nous avons eu les jambarts, les mocassins et les souliers à la poulaine. J'entends dans les lourdes phrases de MM Pitre-Chevalier et Emile Souvestre, Bretons, l'assommant bruit des galoches celtiques. Béranger a usé jusqu'au lacet la bottine de la grisette, et Eugène Sue montré outre mesure les ignobles bottes éculées du chourineur. L'un sent le graillon et l'autre l'égout. Il y a des taches de suif sur les phrases de l'un; des traînées de merde tout le long du style de l'autre. On a été chercher du neuf à l'étranger, mais ce neuf est vieux (nous travaillons en vieux). Echec des rebottes à la Russe et des litttératures laponnes, valaques, norvégiennes (Ampère, Marmier et autres curiosités de la Revue des Deux Mondes). Sainte-Beuve ramasse les défroques les plus nulles, ravaude ces guenilles, dédaigne le connu et, ajoutant du fil et de la colle, continue son petit commerce (renaissance des talons rouges, genre Pompadour et Arsène Houssaye, etc.). Il faut donc jeter toutes ces ordures à l'eau, en revenir aux fortes bottes ou aux pieds nus, et surtout arrêter là ma digression de cordonnier. D'où diable vient-elle ? D'un horrifique verre de rhum que j'ai bu ce soir, sans doute. Bonsoir.

 
Gustave Flaubert

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14 avril 2009 2 14 /04 /avril /2009 16:17

J'ai persisté et j'ai signé

D'autres que moi ont très bien connu Jacques Brel. Je m'en suis rendu compte ce week-end où j'ai joué à l'écrivain derrière ses piles, comme annoncé dans mon billet de jeudi.

A dire le vrai, je redoutais un peu cette manoeuvre.

Or, il faudrait tous connaître cette expérience : approcher et apprécier ses voisins de stand ; faire semblant, en bon anthropologue, de ne pas regarder les gens qui passent, "équipés" de toute une gamme d'attitudes : indifférence, "jemenfoutisme", intolérance à la lecture ; les gens qui s'arrêtent, dont on sent bien qu'il ne faut pas leur parler, qui prennent en main le livre, lisent le "quatre" de couverture, le feuillettent et le reposent ou le reposent sans le feuilleter, celles et ceux qui stationnent parce que l'accompagnant(e) stationne aussi ; et surtout -et ça se voit, ça se sent-, celles et ceux qui vont rester, qui vont parler et qui vont acquérir le livre.

J'ai connu de très beaux et riches échanges, avec Brel pour témoin. J'aurais bien aimé que vous fussiez là : je ne peux tout retranscrire. Sauf peut-être cette phrase : "Vous avez très bien connu Jacques Brel, eh bien moi, j'ai été le fiancé de l'une de ses filles..." Chercher à savoir si l'affirmation est authentique tuerait l'imaginaire.

PS : Ah oui ! J'oubliais : j'ai aussi compté le nombre de femmes qui portaient des cuissardes. Il y en avait pas mal...

*

Joyeuses plaques

Si j'ai bien suivi, c'est demain que les nouvelles plaques minéralogiques vont barder la proue et la poupe des "véhicules terrestres à moteur", comme il est dit en termes juridiques quand il s'agit de voitures.
Changer m'angoisse. J'ai tort, je sais. Or en l'espèce, je ne suis pas le seul à avoir fait connaître sa désapprobation de voir disparaître "purement et simplement" les numéros des départements, tout à la fois cartes de visites, jeux de société et signes de ralliements...
J'ai eu du nez le jour où j'ai dévissé, pour la conserver, la plaque (100 FP 31) d'une très vieille voiture qui était dans mon arrière-cour de ferme et servait d'abri pour les poules (et qui a été au centre de ma pièce "Calandre") : elle est ainsi devenue une pièce de collection, voire de musée.
Un journal que je me régale à lire le samedi (Non, ce n'est pas "Le Figaro") m'apprend que je présente un début de "matricoplacophilie" (matricoplacophilie : collection de plaques minéralogiques).
Cette information sur cette réforme "Je ne veux voir qu'une seule tête" ne m'attristerait pas plus que ça si elle n'était qu'un seul point d'une ligne, d'une série d'ukazes qui retirent une à une nos racines. A preuve : Le Crédit Lyonnais devient LCL ; Les Mutuelles du Mans deviennent MMA... La Bouillie Bordelaise deviendra-t-elle BB ? Et La Marseillaise, la M... ?

Quant à moi, je m'appelle Joël Fauré, avec un tréma sur le "e" de mon prénom, et un accent aigu sur celui de mon nom.

JF

Photo Phil. C.

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11 avril 2009 6 11 /04 /avril /2009 19:12

BILLET

...Nos voeux les plus sincères...

Cet "égoblog" souffle ce jour sa 2e bougie.
"11 avril 2007 - 11 avril 2009" titrerait "Libé" si mon espace -moi, devenu "banquable"- "faisait presse".
Je remercie en tout premier lieu "Aurora", sans qui cet espace n'existerait pas, Alba, que j'ai enfin pu "humaniser" à la faveur d'une agréable conversation téléphonique, et tous les inconnus du hasard que je trouve peints en vert sur les camemberts des statistiques...
Deux bougies : tant qu'il m'en reste donc un peu, je souffle...

JF
Variation autour d'un photomaton.
PS : L'idée est "antérieure" à la scène du Phomaton dans "Le fabuleux destin d'Amélie Poulain" de Jean-Pierre Jeunet.

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9 avril 2009 4 09 /04 /avril /2009 19:35

(Le Musicien s'approche de la jeune femme.)

Le Musicien : Vous avez sans doute évité le pire. Il y a cependant quelque chose qui m'interroge. Il a semblé hésiter. Qu'allait-il accomplir en se saisissant de la manivelle : fumer la cigarette du condamné ou bien déclencher avant et presque avec lui une catastrophe ? Sauriez-vous me répondre ?

 

La jeune femme : Je saurai mais je ne sais pas si je pourrais...

 

Le Musicien : Je n'en saurai donc pas plus...
Dites-moi, vous vivez avec les hommes ou entre les hommes ?

La jeune femme : (Elle enlève la corde.) De la corde de pendu. Il paraît que ça porte bonheur. (Elle enroule la corde, replie le siège ; marque un temps d'arrêt derrière l'arbre.)

Le Musicien : Qu'est-ce qu'il a écrit ?

La jeune femme : (Elle lit :) "J'en ai marre de vivre pour souffrir. Et pourtant, je veux pas mourir." Il faisait des petits bouts d'essai. Ce doit être un homme de théâtre... Je...

Le Musicien : Oui ?

La jeune femme : Non, rien.

Le Musicien : Vous alliez...

La jeune femme : Non, vraiment, rien. Vous savez, on prépare plein de choses, et puis, quand on veut les dire, on ne les dit pas...

(On entend un coup de feu. Puis un second. Un doublé.
La jeune femme, maintenant affolée, se blottit contre l'arbre.)
Non ! Les chasseurs ! Les viandards !

(Le Musicien s'approche  de la jeune femme, lui fait quitter l'étreinte de l'arbre ;

elle semble dans un état second. Il la serre dans ses bras.)

Le Musicien : Allons, tout va bien. Calmez-vous...

(La jeune femme s'aperçoit qu'elle est dans les bras du Musicien, et s'en dégage prestement.)

La jeune femme : Vous savez, monsieur, c'était bien avant qu'il meure, mon père. Nous allions à travers les maïs moustachus et les blés barbus. Notre chien nous accompagnait. Le ciel était limpide et pur, comme l'air. Je ne me posais pas de questions. Parvenus dans les prés verts, mon père sortait son couteau de sa poche, le dépliait, et coupait des ravenelles. Les ravenelles, vous ne savez peut-être pas ce que c'est ? C'est une sorte de moutarde sauvage. Les lapins en étaient friands. La terre, les champs, autour, respiraient à pleines pores, libres.
Le chien avait flairé un trou qu'avec ses pattes il agrandissait, puis il collait son mufle dans la poudre de terre. Sensuel, un chien...
Pourquoi les papillons, magnifiques oeuvres de peintres, voletant léger de pétale en sépale, ne m'émerveillaient-ils pas autant qu'ils le font aujourd'hui, maintenant que je n'en vois plus ?
Nous nous approchions du bois où, en lisière, près des bruyères à balai, notre voisin Pipe-Lune n'avait pas son pareil pour faire des fagots. Je crois qu'il était un peu fou. Mon père disait que c'était à cause de bombardements pendant la guerre.

Le Musicien : Allez, venez ; je vous emmène.

 

La jeune femme : Où va-t-on ?

 

Le Musicien : Un peu plus loin qu'ici. Il y a trop de choses à savoir ici. Cela rend la vie compliquée. Cela rend malade..

 

La jeune femme : Il va falloir voir du monde... Surtout ne pas voir du monde ! Je ne veux pas. Je sais où vous voulez m'emmener : chez les aventuriers des presse-boutons et des tourne-molettes. Pas question.

Le Musicien : Mais enfin, vous ne pouvez pas éternellement vivre dans le culte d'un mythe dont vous-même ne semblez connaître ni les tenants ni les aboutissants. Une manivelle ! Sur une voiture, et encore, une très vieille voiture, un tacot ; sur une caméra, et encore, une très vieille caméra ; au dessus d'un puits, près d'une écluse ou d'une barrière de passage à niveau, passe encore... Mais sur un arbre !

 

Selon ma semi-volonté, cette pièce se singularise par le fait qu'elle soit inachevée.
Quand j'ai vu ce qu'il restait à écrire pour bien faire "chuter" l'arbre à manivelle, j'ai été pris de vertige. Tant de possibilités s'ouvraient à moi.
Il reste au moins une situation de mystère à créer autour de la manivelle (après "les jours féries" et "le suicidaire".)
Et puis, sur un plan plus pratique (et cruel), je traverse une période où j'ai du mal à écrire, non pas par manque d'inspiration, mais car je suis bloqué par les TOC de réécriture, qui me contraignent à repasser sur les lettres jusqu'à trouer le papier. Il reste l'ordinateur, me direz-vous...
Aux TOC, se sont tout dernièrement annexés des TAG (troubles d'anxiété généralisés) et des attaques de panique. C'est beaucoup pour un seul homme.
Cruellement, c'est au moment où sortait mon livre "J'ai très bien connu Jacques Brel", mon rêve d'enfant -qui se muait incroyablement en cauchemar !- que j'ai connu les pires affres indicibles...
Une toute petite lueur semble revenir, une toute petite étincelle encore vacillante, dans l'obscurité de mes maudits événements de vie.
Je ne veux surtout pas faire pleurer Margot dans les chaumières. "Ca reviendra". "D'autres ont connu ça" m'ont dit des amis. J'ai pensé à Jean Carrière qui, après son "Epervier de Maheux" Goncourisé et les épreuves épouvantables qui ont suivi (deuil, séparation, maladie, etc...)  Il me reste des textes écrits, et puis lisez ce qui suit...
Allez, "ça reviendra".

------
EVENEMENT

JE PERSISTE ET SIGNE

Il n'y aura pas Philippe Delerm ni Richard Bohringer, et ce ne sera pas une foire aux livres et aux cucurbitacées. Mais presque. Il y aura mon vieil ami Marc Rouquié, qui a écrit plusieurs monographies sur le village où j'ai grandi.
Ce ne sera pas à Paris ni à Brive, ni à Genève. Ce sera à Bessières, gros bourg d'environ 3 000 feux, rendu célèbre grâce à son omelette géante et sa confrérie qui a essaimé dans le monde entier.
Chaque année, durant les fêtes pascales, à Bessières, situé à 25 km de Toulouse, on confectionne une omelette de 5 000 oeufs (avec du piment d'Espelette), ensuite offerte au public.
La gratuité, les premiers beaux jours, le village où coule une paisible rivière draine un public que les plus marseillais des bessiérains estiment à 70 000 personnes.
Venons en aux faits : en marge de la manifestation, se tient, outre les traditionnelles joyeusetés festives, sous la halle du "marché au gras" (Ca me va très bien ; j'espère seulement que personne ne viendra m'acheter) une enfilade de stands où il se peut trouver tout ce que la création permet, du tricotage de dames-patronnesses aux derniers gadgets dans le vent.
"On" a appris que j'avais écrit un livre. "On" m'a proposé un stand. "On" va imprimer mon nom sur le programme officiel !
Je vais donc jouer, pour la toute première fois, à l'écrivain, derrière mes piles, sourire aux lèvres et stylo à la main (attention aux trous....)
Je vous promets que si je vends 70 000 exemplaires de "J'ai très bien connu Jacques Brel", j'écris la biographie du (de la) 70 000 lecteur(trice).

JF
L'oeil d'Ixène - Le Figaro Littéraire 19 mars 2009

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8 avril 2009 3 08 /04 /avril /2009 15:50

A la mémoire de mon frère.

(On entend une voiture qui décélère, puis qui s'arrête.
Bruit d'une portière qui claque.
Quelqu'un s'approche, avec une lampe-torche, un siège pliant et un gros sac.
Eclairage douche sur l'arbre à manivelle.)

La jeune femme : Quelqu'un vient. C'est courant et attendu. Venez, nous allons nous retirer derrière cet éboulis de regros, qui sert aussi de ressui.

(La jeune femme et le musicien se retirent côté jardin.
Les metteurs en scène auront tout le loisir de choisir le système de planque à leur convenance.)

Le Musicien : Je vous suis, puisqu'il le faut bien. Mais, dites-moi, si je sais lire la musique, je ne comprends pas tout ce que vous dites. Qu'est-ce que c'est, un regros ? C'est quoi, un ressui ?

La jeune femme : Un regros, c'est une grosse écorce de chêne. Un ressui, c'est un endroit où le grand gibier se réfugie pour se sécher.

Le Musicien : Il faut donc souhaiter qu'il ne pleuve pas. Nous aurions à cohabiter avec des sangliers.

(L' homme s'approche de l'arbre à manivelle.
Il pose son gros sac par terre, déplie son siège et suspend sa lampe-torche à une branche.
Il sort un canif de l'une de ses poches et se met à graver quelque chose sur l'arbre.)

Le Musicien : Un écrivain ! Qui écrit sur les arbres ! Vous voyez bien que l'édition sur ordinateur n'a pas converti tout le monde. En voilà un qui a compris qu'elle donnait la main à la médiocrité. Cet homme a de beaux jours devant lui...

(De son gros sac, l'homme sort une grosse corde, qu'il lance par dessus une branche de l'arbre à manivelle.
Lentement, il confectionne des noeuds pour aboutir à un résultat qui ne souffre aucun doute : il veut se pendre.
Sous le noeud coulant en suspension, il place le siège pliant.
Il monte sur le siège, passe la corde autour de son cou.
Puis il se ravise, descend de son siège, s'approche de la manivelle.
Il semble hésiter.
Il enserre le manche.)

La jeune femme (Surgissant.) : Pleine lumière !

(La lumière se fait sur le plateau.

L'homme, effrayé, s'enfuit sans demander son reste.)

(A suivre.)

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7 avril 2009 2 07 /04 /avril /2009 20:58
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