29 mars 2009 7 29 /03 /mars /2009 14:00

Personnages :

La jeune femme
Le Musicien
Le chasseur
Le localier

ACTE 1er

 

 

Nous pourrions envisager :

Une forêt.

Un arbre. Un araucaria. Un désespoir des singes.

Un autre arbre, appelé aussi arbre hypocrite : les feuilles sont vertes dessus, jaunes dessous.

Un autre arbre : un micocoulier.

Un autre arbre : un ginkgo biloba.

Un autre arbre, très étrange, avec une manivelle sur le tronc.

Un autre arbre. Et puis un autre. Et puis un autre.

D'autres arbres.

Oui, vraiment, une forêt.

Une route de campagne longe la forêt.
Assise dans une clairière, en orée de forêt, une jeune femme joue avec des cailloux
Elle en fait des tas.

Un bruit : une voiture qui décélère, s'arrête. Des portières qui claquent.
La jeune femme est apeurée.
Rien ne se passe.
Un temps.
Elle reprend son jeu enfantin avec les cailloux.

Un bruit : un aboiement de chien. Le coup de feu d'un chasseur.
La jeune femme est apeurée.
Rien ne se passe.
Un temps.
Elle reprend son jeu enfantin avec les cailloux.

Alors qu'elle semble rassurée, un homme s'approche d'elle qu'elle n'entend pas venir.
L'homme se met à jouer du saxophone.
La jeune femme se lève subitement.
Elle écoute quelques accords de musique.
L'homme s'arrête de jouer.

La jeune femme : Dans la vie de tous les jours, il n'y a pas de musique sur ce qu'on fait, comme il y en a quand on est au cinéma ou au thêatre. Bonjour, monsieur. C'est vous qui rentrez d'un long voyage ?

 

Le Musicien : C'est moi.

 

La jeune femme : Vous n'avez pas l'air très enthousiaste. C'était bien ?

 

Le Musicien : Oui. Je l'ai raconté plus de dix fois. Si bien que je ne sais plus ce que j'ai vraiment dit, et vu, et fait. On m'a posé tellement de questions. Je ne sais pas si je n'en ai pas rajouté, si je n'ai pas enjolivé. Quand on marche les yeux baissés vers le sol, toutes les routes se ressemblent... Alors, et vous ?

 

La jeune femme : Le trou de la gorge est si petit. Et on peut à tout moment mourir tués comme un lapin. Tout est si fragile. Et le temps précieux. Vous croyez qu'il va se passer quelque chose dans cette pièce ?

 

La Musicien : Ca dépend de ce qu'on va nous faire dire. Et nous faire faire..

 

(A suivre.)


------
Brèves :

Laissez parler les p'tits papiers...

Merci à Philippe Brassart, officiant de la page littéraire de "La Dépêche du Midi" pour le papier qu'il consacre aujourd'hui à "J'ai très bien connu Jacques Brel" qualifié de "Livre surprenant et attachant".
Me voici donc entre Claude Lanzmann et ses mémoires (Le Lièvre de Patagonie) et Pierre Assouline (Les invités). On peut imaginer pire.

Un chien, c'est quelqu'un...

J'ai dévoré la nuit passée "Julius Winsome" de Gérard Donovan (dont c'est la première traduction en France aux éditions du Seuil) - Une victoire sur les TOC de relecture !-
Si vous aimez les livres, les fleurs, les chiens, et si vous n'aimez pas les chasseurs, lisez donc cet ouvrage...  Je ne peux pas vous en dire plus...

JF

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28 mars 2009 6 28 /03 /mars /2009 20:50

PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN
"L'ARBRE A MANIVELLE"
de Joël Fauré

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24 mars 2009 2 24 /03 /mars /2009 20:30

Merci à celle qui a acquis mon petit livre par le biais de ce blog. (Elle se reconnaîtra.)
Merci à tous les autres qui l'ont fait par d'autres moyens.
Sans doute cannibalisé par les grosses pointures de la littérature, je ne fais pas partie des tops des ventes, mais tout de même, ne nous plaignons pas...
L'ouvrage est maintenant en rayon dans l'une des plus intelligentes librairies de France, "Ombres Blanches" à Toulouse, et en passe de l'être dans l'autre, "Mollat" à Bordeaux.
Parmi les "retours", voici celui de Caroline Lamarche, dont mon petit doigt me dit que son roman sur le Mexique, à sortir prochainement chez Gallimard,va faire parler de lui.


"J"ai très bien connu Jeanne d'Arc, mais pas son cheval à Toulouse, et je me demande vraiment comment il se présente, car il a des pattes, lui aussi, une ou deux ou trois en l'air ? Peut-être vole-t-il ?
Merci de m'avoir envoyé ton livre, comme il est venu rapidement ! Par les airs, dirait-on. Personne encore ne t'a élevé de bûcher ? Ce serait une erreur.
Ce pélerinage par petites touches a trop d'humilité et d'ironie, d'impudeur revigorante, de souvenirs désopilants (la lecture suivie de Mme Avy et ta rédaction d'enfant "La lutte perpétuelle de ce pays contre la mer" et "Il souhaite que son pays réussisse dans son entreprise..." Hélas, nous avons des ennemis de l'intérieur : nous-mêmes, et la fin programmée de la Belgique ! Mais j'ai vraiment ri, là, et ailleurs d'ailleurs, et aussi, telle la Castafiore, ri en ce miroir (surréaliste) où je me trouve nommée, ça alors, près de Nougé). Toute une époque signalée, chaque fois, par le détail qui tue. La phrase d'Evtouchenko concluant le paragraphe sur les Russes, par exemple. Mais aussi les sapins de Pif-Gadget et cette si belle et si piquante idée de la "sapineraie du coeur".
On te retrouve, dans ta formule, dirais-je, d'écriture, ton lieu, ta manière, oui, et t'attaquer à Brel, j'avais un peu peur, mais je crois que cette manière de ne te prendre à aucun moment au sérieux, ce grand-écart entre l'ambition, si l'on veut, du propos (bien que les grands artistes appartiennent à tous) et l'auto-dérision mélancolique, écorchée par moments, le plus souvent tendre, eh bien il me semble que Brel l'aurait aimée.

Caroline Lamarche


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19 février 2009 4 19 /02 /février /2009 19:26


C'est sans tambour ni trompette, mais seulement avec mon petit harmonica que je vous annonce la sortie de mon premier livre "J'ai très bien connu Jacques Brel".
Il est ce qu'il est, et vous êtes ce que vous êtes.
Paradoxalement, les mots me manquent pour vous convaincre de tenir l'ouvrage entre vos mains.
Mais, si vous y tenez vraiment... :

J'ai très bien connu Jacques Brel
Couverture pelliculée - Rainure d'aisance.
Papier bouffant 90 g.
86 pages.
Il est en vente au prix de 14 € 90
- A l'imprimerie "Les Arts Graphiques" - 5, rue Joutx-Aigues 31000 Toulouse (05.61.52.90.59)
- A la Maison de la Presse Caron - 19, place du Salin 31000 Toulouse (05.61.53.95.95)

Et bien entendu puisque ici nous sommes entre nous, je me propose de vous le faire parvenir par tous les moyens classiques.



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10 janvier 2009 6 10 /01 /janvier /2009 19:42

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18 décembre 2008 4 18 /12 /décembre /2008 20:48
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16 décembre 2008 2 16 /12 /décembre /2008 21:28

Avec "Le lien", aujourd'hui trouvable en poche chez "J'ai lu", Katia Lamara, sous le pseudonyme de Vanessa Duriès a franchi le mur du son SM. Sa trajectoire de météorite s'est brutalement arrêtée dans un accident de la route, le 13 décembre 1993. Elle avait 21 ans.
Ce qu'elle fut m'a troublé. J'ai souhaité en savoir plus. Sans voyeurisme déplacé.
Rencontre sans fard avec sa mère, et entretien, avec réponses simples et sincères.

JF : Madame Lamara, je vous remercie d'avoir accepté de me recevoir pour me parler de Katia. Vous avez accepté sans difficultés. Vous avez pris du recul ?

EL : On ne fait jamais le deuil.

JF : Quel regard portez-vous maintenant sur votre fille ?


EL : Elle vit toujours en moi.


JF : Comment avez-vous eu connaissance de sa sexualité différente ? C'est uniquement la découverte du "cahier noir",  comme elle l'écrit ?


EL : Elle en parlait librement avec moi.


JF : D'après-vous qu'est-ce qui a incité Katia a choisir cette sexualité ?


EL : Par amour pour un homme.


JF : Sur le choix de son pseudonyme "Vanessa Duriès", quelle est votre explication ?


EL : Elle aimait bien Vanessa Paradis. Pour le nom, elle a pris le bottin. Le premier de la liste était Duriès.


JF : Comment avez-vous vécu la médiatisation de Katia ? Regardiez-vous les émissions auxquelles elle participait ?


EL : Je n'ai vu qu'une seule émission.


JF : Katia affirme qu'elle a coupé les ponts avec sa famille. Qu'en est-il vraiment ?


EL : Pas avec moi.


JF : Katia voulait-elle vraiment mettre un terme à ses relations SM ?


EL : Oui. Elle voulait écrire des nouvelles. Et puis, c'était les enfants qui l'intéressaient.


JF : A Toulouse, l'affaire Alègre a braqué les projecteurs de l'actualité sur les pratiques SM. Qu'en avez-vous pensé ?

EL : Je l'ai suivie. Je ne me suis pas trop penchée dessus.


JF : Lorsqu'on vous dit que Katia est devenue une "icône" du milieu SM, que répondez-vous ?


EL : Ca me désole. Elle mérite mieux que ça.

JF : Dans quelle circonstances avez-vous appris la mort de Katia ?


EL : On a reconnu la Mercedes au sigle... C'est tout vous dire...


JF : Vous m'avez dit au téléphone : "Je ne peux pas vous dire où est enterrée Katia". Que craignez-vous ? Des actions plus ou moins malsaines sur sa tombe ?


EL : Oui. Elle a d'abord été placée au dépositoire du cimetière de Laugnac. Elle est maintenant enterrée dans mon village natal.


JF : Aujourd'hui, votre avis sur le SM a-t-il changé ?


EL : Mon regard n'a pas changé. La liberté est universelle.


Propos recueillis en avril 2007

A retrouver sur Wikipédia : une rapide biographie de Vanessa Duriès et une critique du livre par Aurora.

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12 décembre 2008 5 12 /12 /décembre /2008 16:39

L'homme : Vous ne pensez pas que nous avons été médiocres ?

La femme : On nous l'aurait fait savoir.

L'homme : Il faut absolument faire savoir qu'on ne nous l'a pas fait savoir. Il faut convoquer les mass-média, la presse, écrite, parlée, vomie... Où est la fine équipe ?

La femme : La belle !

L'homme : Elle s'est fait la belle ?

La femme : La "belle" équipe !

L'homme : Ah oui, la belle équipe. Où est la belle équipe ?

La femme : Et qu'allez-vous leur dire pour les intéresser ? De quoi allez-vous parler ? D'un suicide, d'un accident, d'un enterrement ou d'une maladie ?

L'homme : Je leur réciterai des bouts de phrases retenus ici ou là.

La femme : On va vous demander des chiffres.

L'homme : Je hais les chiffres. Mais je leur donnerai ceux du taux d'emprunt de mon pré, de l'abandon d'intérêt et du report d'échéance, plus quelques combinaisons, codes et numéros. Je leur dirai que que je connais une très belle comédienne, mi ange, mi démon, entre le vice et la vertu ; ses mesures, sa stature, son amplitude, son altitude, son envergure ; je les alerterai sur le thème du carnaval. Ils feront avec.

La femme : Quel est le thème du carnaval ?

L'homme : La peine de mort.

La femme : Il se dit que dans ce pays la justice est mal rendue. Est-il vrai ? Qu'en est-il ?

L'homme : Vous ne voulez pas que nous parlions d'autre chose ? Je leur dirai aussi que je sais lire.

La femme : Et que vous lisez quoi ? La vie des saints ? La vie des stars ? La vie des bêtes ?

L'homme : La vie des saints stars un peu bêtes. Et vous, maintenant que vous savez écrire, où allez-vous faire courir votre plume ?

La femme : Dans "La voix du Castrat" devenue "La voix de son maître".

L'homme : Vous avez compris bien des choses. Je suis le roi des cons. Je suis un triste sire concis. Bref... Alors, vous voulez un morceau noble : la sotte-l'y-laisse.

La femme : Je crois que l'on n'a pas besoin de la belle équipe pour tenir les 36 chandelles que je vous dois. On peut très bien se passer d'elle. Vous vous êtes tirés à quatre épingles tirées du jeu des sept familles complètes. Gardez tout ça pour vous.

L'homme : Ca sent ici le cuir et là une odeur de ménage. Ca pourra faire bon ménage ?

La femme : On peut faire un bout d'essai. Regardez le fiacre ! Allez, fouette cocher !

L'homme : Je me souviens d'une prière, mais je ne sais plus qui l'a écrite :
"Ma lucidité, ma chair à vif
Ma fait cruellement souffrir.
Qu'on me donne le confort de l'âme
Et la quiétude de l'esprit.
Pitié.
J'implore le pardon des fautes
Que j'aurais dû commettre.
Pauvre scribe éreinté de coups.
Je me grise de mots, de vin, de viande.
Je veux être joufflu et pompeux ;
Gras et verbeux ; insolite.
Je ne veux pas rester comme les autres.
Qu'on me fouette à vif, au sang.
Que mes pleurs et douleurs soient au moins motivés.
Qu'on fasse mienne la ferveur du Christ.
L'ardente prière jaculatoire
Juste après l'introït.
Que je puisse aimer sans frein
La vie, les gens, le monde.
Que ma bouche soit riche
De la soif enfin apaisée de ses lèvres.
Et ma tête sereine."

(Un temps.)

La femme : Il faut finir.

L'homme : En queue de poisson, happy end, à la Molière, en fin ouverte, à toutes fins utiles, sauf bonne fin ?

La femme : Eh !

L'homme : On va biaiser, vous êtes d'accord ?
(Regard d'une grande intensité.)

La femme : Je suis d'accord.

FIN

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11 décembre 2008 4 11 /12 /décembre /2008 16:30

La femme (Elle lève les yeux au ciel.) : Un séraphin passe.

L'homme : Un séraphin est passé.

La femme : Vous croyez aux miracles ?

L'homme : Oui, aux miracles et aux métamorphoses, et aux miracles suivis de métamophoses.

(L'homme se dirige vers la fenêtre.)

La femme : Où allez-vous ?

L'homme : Pisser dans un violon.

La femme : Ah, oui, nous l'avions un peu oublié. Il est toujours là ?

L'homme : Toujours. D'autres oiseaux sont venus aux nouvelles près des liquettes : un corbeau, un martinet, un albatros et une chanterelle. On va nous taxer de faire guimauve, mais tant pis. L'albatros en cage ne l'est plus. Il est passé du 36e dessous au 7e ciel sans passer par le plancher des vaches. Ca vaut mieux comme ça pour tout le monde. Il a déplié ses ailes. Il me rappelle ce que disait mon père : "Tu es trop intelligent pour rester ici et trop bête pour aller ailleurs." Le corbeau a jeté ses plumes d'oie ; le martinet claque, cingle mais c'est pour la bonne cause, et la chanterelle...

(Le testeur d'haleine revient, porteur d'une bouteille qu'il donne à l'homme.)

Le testeur d'haleine : Voici pour vous une relique de l'adoubement. Une bouteille. Je l'ai trouvée sur le chemin qui va à la fête. Elle faisait borne. C'est drôle, hein ? Vous m'excuserez si je ne trinque pas avec vous ; il m'arrive de trembler quand le verre est trop plein. Santé quand même. Révérence. Je suis votre serviteur.

(Il s'en va.)

L'homme : Monsieur le testeur d'haleine ?

Le testeur d'haleine : ...

L'homme : Merci.
(Le testeur d'haleine sourit et s'en va.)
Une bouteille.

La femme : C'est quoi ? J'ai peur que ce soit imbuvable.

L'homme : Une bouteille...
(Il lit sur l'étiquette.)
Bouteille. Serrez le bouchon selon la force de votre poignet. Nous sommes bien avancés. Par contre, j'ai tout lu d'une traite, cul sec ! Il y a longtemps que ça ne m'était pas arrivé. Je voudrais vous faire remarquer que je peux lire de nouveau. Peut-être saurez-vous écrire ?
(Il arrache l'étiquette de la bouteille et la donne à la femme.)
Prenez de quoi écrire.
(Elle se saisit d'un stylo.)
Adverbe d'intensité.

La femme : Tellement.

L'homme : Qualificatif.

La femme : Naufragés.

L'homme : Pronom.

La femme : Que.

L'homme : Déterminant.

La femme : La.

L'homme : Substantif.

La femme : Mort.

L'homme : Verbe.

La femme : Paraît.

L'homme : Adjectif.

La femme : Blanche.

L'homme : "Tellement naufragés que la mort paraît blanche". C'est Jacques Brel qui a écrit ça. Naturellement, vous ne pouviez pas le savoir, la mort n'est à personne.

(L'homme et la femme s'assoient et se recueillent.
Une chanson se laisse entendre : "Les désespérés" de Jacques Brel.)

(A suivre.)

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10 décembre 2008 3 10 /12 /décembre /2008 16:07

Le testeur d'haleine : Pourquoi n'êtes-vous pas venus à la petite sauterie, au petit pot-aux-roses organisé à l'occasion des rois que l'on donne dans l'autre aile d'ici là-bas ? J'ai pu examiner tout le monde d'un seul coup d'oeil à vue de nez. Tout le monde avait bouche bée devant les petits fours et le mousseux.

L'homme : C'est que je ne suis pas très groupiste. Je ne suis pas invitable. Je m'y tiens très mal, à table... Et puis je me méfie des pots, des rots, des mets, des pets. Les rots après les mets et les pets avant les pots.

La femme : Moi, je n'aime pas les rendez-vous convenus, pas plus que je n'aime plus que lui les tables quand il faut s'y mettre pour manger, multiplier ou diviser. Trop de visages masqués et pas de loup. Et puis, c'est très révélateur la manière dont on mange : toute notre pauvre condition s'échappe. Il ne faut surtout pas essayer de biaiser. Chassez le naturel : il revient au galop !

L'homme : Et peut-on quand même savoir qui a été sacré roi à cette auguste assemblée ? Il y avait du monde au moins ?

Le testeur d'haleine : Quelques femmes en pressoir, en sautoir, en éteignoir et en dressoir, et quelques hommes en couronne. Mais rassurez-vous, l'inventeur de la poudre, lui non plus n'est pas venu. Il a adopté la politique du trône vide. C'est dommage, il y avait une femme qui n'était venue que pour lui. Il avait de l'entregent ; elle avait de l'entrejamble : ils se seraient bien entendus. Il n'est pas venu car il n'est pas d'accord avec une citation dans l'air du temps : "La vie, c'est comme de l'eau : si vous mollissez la main, vous la gardez ; si vous la raidissez, vous la perdez."

L'homme : Il a raison de ne pas être d'accord. Vous êtes un sage, monsieur le testeur d'haleine. Saurez-vous me dire comment on doit serrer la main des gens pour les saluer et prendre congé ? Nous n'accordons pas assez d'importance à ça. Mes pauvres poignets ont reçu trop de clous et sans leur force, j'ai l'impression de tendre une queue de poisson.

Le testeur d'haleine : Et bien, ne cherchez pas à tricher. Qu'est-ce que ça veut dire une poignée de main bien franche ? Que quelqu'un essaye de faire pression ? Je ne crois pas. Ceux qui ont le coeur sur la main savent comment il faut serrer. Joindre la parole au geste n'est plus qu'un jeu de société amusant. Il se peut dire : "Il n'est de bonne compagnie qui ne se quitte.", "On met les voiles, les bouts ; allez, on y va, on décolle ; je vous laisse. Ravi de vous avoir rencontré. C'est entendu. Cher amis, bonjour et à demain si vous le voulez bien ; à lundi si le coeur vous en dit. Merci infiniment. Au revoir et à bientôt." Bilan pratique : voici une main tendue.
(Il tend la main.
Notre homme la serre et dit : "Ravi de vous avoir rencontré.")
Pour les dames, c'est différent. Une poignée de main sans chevalière fait un peu cavalier seul. On peut dire : "Mes hommages, madame. Je suis votre obligé, votre avaliste, votre débiteur. Madame, je suis votre serviteur. Révérence." On peut humblement effleurer de ses lèvres le dos de leur main. Ou bien encore faire claquer sa lippe sur les joues rebondies en enserrant de ses bras les frêles épaules du tout petit pauvre sexe faible. Bilan pratique.
(Il tend ses bras vers la femme et l'embrasse copieusement.)
Au plaisir, monsieur.
(Il lui serre la main.)
Mes hommages, madame.
(Il l'embrasse copieusement.
Se ravisant :)
Vous m'avez été sympathique ; ne bougez pas, ne changez pas. Je vais vous chercher quelques reflets et reliefs de la fête. Là-bas. Fève, petit-four, boudoir, galette ou bouteille. Ce qu'il restera. Je reviens de ce pas.

(A suivre.)

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