3 décembre 2008 3 03 /12 /décembre /2008 16:25

L'homme : On vient vers nous.

(Deux personnes s'approchent.
Un homme portant une caméra à l'épaule ; une femme un micro qui se déroule et se perd en coulisses.
L'un braque sa caméra, l'autre son micro pour effectuer les prises de son et les prises de vues.)

La femme au micro : Nous n'avons pas à vous dire bonjour. Nous travaillons à la chaîne "La Belle Equipe". C'est tout dire. Nous étions en repérages et nous vous avons repérés. Nous avons carte blanche de presse pour faire de vous ce que nous souhaitons. Taisez-vous ! Voici des cartons revêtus de deux questions.
(Elle distribue les cartons.)
Cochez d'une croix la bonne réponse. Bien entendu, vous n'avez pas de quoi écrire ? On m'avait bien dit que vous étiez démunis. Voici pour vous.
(Elle leur tend deux crayons.)
Tenez-les de façon à ce que l'on voit le sigle de notre société. Attention, ça tourne ! Récitez l'alphabet, nous nous chargerons de construire vos phrases au montage. Nous légenderons vos images.
(Elle leur arrache les crayons et le jette à terre.
Balayage de la caméra sur le récepteur-radio, le sac et le parapluie.)
Tout est en boîte ? Chaud devant ! Laissez passer, la presse est pressée.

("La Belle Equipe" repart comme elle était venue.)

L'homme : Leurs méthodes sont pour le moins expéditives. Qu'est-ce que vous avez marqué sur le carton ?

La femme : Il y avait écrit : "Etes-vous un homme ? Réponse A. Ou une femme ? Réponse B." J'ai coché d'une croix la réponse B.

L'homme : J'ai fait exactement le contraire.

La femme : Chacun sa croix !

L'homme : Vous l'avez reconnue, à elle ? C'est l'impayable vedette du tube qui donne des tuyaux. Elle parle comme elle écrit et elle écrit non seulement avec ses pieds mais elle garde ses bottes.

La femme : Je vous trouve un peu féroce. Pourtant, d'après vous, il est facile d'écrire. Vous deviez m'apprendre...

L'homme : c'est vrai. Prenez un crayon là où on les trouve le plus communément de nos jours : dans le ruisseau !
(Il désigne les crayons jetés par "La Belle Equipe".)
Voyez le peu de soin que l'on accorde à ces instruments.

La femme : (Elle ramasse l'un des crayons et l'examine.) La mine est défaite.

L'homme : Donnez-lui de quoi sourire. Montrez-lui vos papiers. Mieux : utilisons les moyens de fortune. Voyez-vous comme moi cette feuille morte qui jonche là-bas les dalles ? Elle fera office de feuille de bord de route. Voulez-vous vous approcher d'elle ?
(La femme se dirige vers la feuille, dans la coulisse.
On ne voit plus que l'homme tourné vers elle.)
Vous voici au chevet, à l'article de la feuille morte. Impression ? Sensation ?

La femme : Ca frémit.

L'homme : Il est peut-être encore temps. Vite ! Précepte premier : pour savoir et vouloir écrire, il faut tout prendre dans le dictionnaire, je l'ai déjà dit, et surtout, surtout, il faut s'ancrer dans la tête une bonne fois pour toutes qu'il ne faut plus rien vivre ni observer sans rapporter.

(Nerveux, débit rapide, échange.
La femme en voix off.)

Cardinal.

La femme : Deux.

L'homme : Noms.

La femme : Escargots.

L'homme : Invariable.

La femme : S'

L'homme : Adverbe.

La femme : En

L'homme : Verbe.

La femme : Vont.

L'homme : Préposition.

La femme : A.

L'homme : Déterminant.

La femme : L'

L'homme : Nom :

La femme : Enterrement.

L'homme : Préposition.

La femme : D'

L'homme : Indéfini.

La femme : Une.

L'homme : Substantif.

La femme : Feuille.

L'homme : Qualificatif.

La femme : Morte.

(Un temps.)

L'homme : "Deux escargots s'en vont à l'enterrement d'une feuille morte." Vous trichez ! Quelqu'un, Jacques Prévert, a déjà écrit ça.

La femme : Comment pouvais-je le savoir ? Je ne sais pas lire comme vous. Je n'ai fait qu'observer comme vous me l'avez fait observer.

L'homme : Au diable le bec cornu d'huissier qui me fit vous enseigner les écritures. Ne me faites surtout pas voir vos jambages plagiaires, et laissez donc ces gastéropodes aller aux funérailles.

(A suivre.)

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2 décembre 2008 2 02 /12 /décembre /2008 15:20

L'homme : Si je vous apprends à écrire, vous saurez m'apprendre autre chose que la danse de Saint-Guy ?

La femme : Volontiers. On va d'abord commencer par quelques faux-pas. Mais imaginez d'abord : le climat du vendredi soir, en été, à cinq heures et demie de l'après-midi. On s'apprête à quitter le labeur pour se réjouir l'âme et le corps. Ce soir, sous les girandoles, sur le carreau à peine attiédi, les filles auront sué, mais au sortir de la douche, elles mêleront leurs délicates fragrances à celles de la nuit. Il flottera dans l'air du soir un parfum frais et sauvage. Quoi de plus délicieux ? Elles vous ouvriront leurs bras et vous vous laisserez guider. Et sans jamais avoir valsé de votre vie, vous serez tout à coup ailé, transporté, un peu comme ça...

(Elle lui saisit les deux mains et lui fait entonner une ronde.

Ils s'arrêtent.)

L'homme : Quel est le bon vent du large qui nous a emmenés ?

La femme : La réponse est dans la question : large. C'est bien, hein ? Regardez-vous dans mes yeux, vous allez vous trouver brillant. Belle revanche : c'est un plat qui se déguste tiède et qui garde sa saveur quand il refroidit.

(Après un temps :)

Je suis née dans une famille riche jusqu'à l'indécence, dans un château à la frontière de l'Espagne et du Portugal.

(Durant cette tirade, l'homme et la femme marchent de front, en formant un cercle.)

Ma mère est morte jeune dans un accident de moto sur la route qui conduit du Lieu-Dit au Chef-Lieu. Je suis arrivée en France où j'ai été élevée. Je me souviens qu'il y avait un garage près de la grande maison de mon père, à l'angle de la rue de Douce Dame et de la rue des Cailloux Gris. Je me souviens du garagiste. Un homme bon à cheveux blancs. Il était italien. Toujours penché dans le ventre des beiges, bistres, grèges et grises arondelles. Il avait un beau sourire rassurant ; un regard bleu bienfaisant. Chez lui, ça sentait bon l'huile froide et l'apéritif anisé. Je me souviens encore que j'aimais me promener le long du ruisseau où l'on draguait pour des châteaux de sable. Vous n'imaginez pas tout ce qui pouvait être dragué. Et savez-vous ce qui a été dragué un jour où il y avait anguille sous roche ? (S'interrompant brusquement.) Arrêtons-nous : un fiacre insiste pour passer... Savez-vous ce qui a été dragué ? Ah, ça ! On ne peut pas dire que ce soit commun...

L'homme : Ne me le dites pas. Je suis effrayé à l'idée qu'on ait pu draguer autrement autre chose que d'habitude.

La femme : Ah ! La force des habitudes ! Faites tirer une calèche par des dromadaires, et vous verrez qu'on viendra se plaindre qu'on les a rompues, les habitudes. Il faudrait qu'un grelot s'agite, qu'une musiquette s'autodiffuse quand un conditionnement commence à opérer. Alors, vous ne voulez pas savoir ce qui a été dragué ?

L'homme : Non, vriament. Regardez plutôt : on vient vers nous.

La femme : Encore ? Arrêtez votre cinéma.

(A suivre.)

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1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 15:34

L'homme (Du menton, il désigne le parapluie.) : J'étais persuadé qu'il pleuvait.

La femme : On lance d'autres fusées ?

L'homme : On doit être assez incohérents.

La femme : Mais non, les gens sourient.

L'homme : Ca y est ! Le vertige... Ne craignez rien, je suis enclin et sujet aux pannes de ce secteur : la rue. (S'agitant soudain.) Prenez garde, un fiacre insiste pour passer. (Il pointe un index derrière elle.)

La femme : Mais non, voyez : rien ne circule. Ca ne va pas durer. Occupez-vous plutôt de vous. Ca ira, votre vertige ?

L'homme : Ca ira. Je vous remercie de votre délicate attention. Où est-ce que j'ai mis les clefs ?

La femme : Dans votre poche.

(Il se fouille, les trouve et semble rassuré. Il garde une main dans sa poche.)

La femme : Qu'ouvrent-elles, vos clefs ?

L'homme : Mes portes et mes boîtes.

La femme : Là encore, tout le mystère est à l'intérieur ?

L'homme : C'est ce qui en fait le charme et le sel. Je peux quand même vous dire que derrière les portes et dans les boîtes, on trouve sans trop de mal quelques livres. Avant de craindre de lire, j'ai beaucoup lit et beaucoup écru aussi. Ecrire, ce n'est pas bien difficile. Tout est dans le dictionnaire, vous savez. Lire, c'est plus compliqué qu'il n'y paraît. Vous savez lire ?

La femme : Non, pas comme vous l'entendez. Vous avez eu le temps de lire Althusser ?

L'homme : Malheureuse ! Ne prononcez pas ce nom devant moi. Oui, en fait, j'ai lu Althusser et j'ai été terrorisé. Tout comme j'ai eu peur de fouetter un chat botté noir sous une échelle, de renverser la salière et le sablier, de rompre la myrrhe et briser le miroir, de pisser dans la psyché, de redouter février, le chiffre six, dix heures dix et le trente et un mai, des sorcières battant le sabbat, de connaître sept ans supplémentaires de malheur et d'être treize à table alors qu'il n'y a que douze truites pêchées ensemble par Schubert et par mon oncle.

La femme : C'est émouvant.

L'homme : Vous trouvez ?

La femme : Oui, je trouve que c'est émouvant.

L'homme (S'agitant soudain.) : Regardez, on vient m'arrêter ! J'ai déparlé, violenté, tué, égorgé... On vient m'arrêter.

(Panique.

La femme entoure l'homme de ses bras protecteurs.)

La femme : Calmez-vous... Calmez-vous... Tout ira bien. Faisons quelques pas. (Ils font quelques pas.) Il n'y a presque plus personne.

L'homme : Où sont-elles ?

La femme : Mais, du temps que nous parlions, c'est devenu dimanche aujourd'hui. Elles seront là demain.

L'homme : Je voudrais qu'elles ne fussent pas là demain. Je voudrais qu'il n'y ait que vous et des gens que nous ne connaissons pas. Oui, c'est ça, je voudrais connaître tous les gens que je ne connais pas. Tous ceux que j'ai le moins de chances de rencontrer, je veux les rencontrer : les femmes les plus belles, les hommes les plus spirituels, les animaux les plus savants, les paysages les plus grandioses.

(Elle le tient toujours dans ses bras.)

(A suivre.)

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30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 14:02

L'homme : J'ai une idée. Je vais être mièvre et larmoyant. C'est facile. Vous diriez volontiers.

La femme : Volontiers : volontiers.

L'homme : L'hôpital est tout blanc dedans, tout vert dehors. Tout blanc dans la chambre, le lit, les infirmières, le papier blanc. Tout vert dehors : les feuilles, l'herbe, les bancs... (Il agite compulsivement sa tête en arrière.) Mais j'y pense : nous avons pris nos aises ici. Nous devons en gêner plus d'un. Cette rue, déjà petite en soi, est un véritable coupe-jarret.

La femme : Nous sommes maintenant devenus incontournables.

L'homme : N'importe : nous fautons : ça doit grouiller autour de nous.

La femme : J'en vois qui aimeraient bien s'arrêter aussi. J'en vois d'autres qui nous envient. Il y en a qui meurent d'envie de nous parler.

L'homme : Dès que l'on devient attractif, c'est fou la foule de gens qui se rappellent à votre bon souvenir. Soudain, tout le monde se souvient de vous.

La femme : Où alliez-vous ?

L'homme : A la diligence de...

La femme (Désignant le fardeau.) : C'est pas trop lourd ?

L'homme : Pensez-vous que si je pose le sac, on ne va pas me le reprocher ? Le poser ou le vider, ça laisse des traces...

La femme : Il faut se protéger du doute. Allez... (Traînante, presque langoureuse :) Allez... Débarrassez-vous !

(L'homme pose le sac à terre, puis le gros récepteur-radio ; plie son parapluie, met les clefs dans sa poche. Du sac tombé à plat dépasse une chemise chiffonnée.

Il reste debout, les bras ballants.)

L'homme : Je fais laver mon linge dans l'une des familles incomplètes du jeu des sept familles. C'est ce qui explique que je sente mauvais.

La femme : Dites-moi, il y a longtemps que vous ne m'attendiez pas ?

L'homme : On n'a jamais dû me dire que vous viendriez. C'est difficile à comprendre tout ça. Mes jours fourmillent de tant de détails, occultant les choses essentielles.

La femme : La chemise !

(L'homme regarde la chemise qui est à terre et la fourre maladroitement dans le sac.)

Non, la vôtre.

(Il se ravise, rajuste sa chemise dans son pantalon.)

L'homme : Ah oui ! J'oublie toujours. Ce n'est pas dans mes intérêts mais c'est dans ma nature.

La femme : Vous le faites exprès ?

L'homme : Si je vous dis non, est-ce que vous me croirez ?

La femme : Peut-être.

(A suivre.)

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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 20:53

Personnages :

L'homme

La femme

La femme au micro

L'homme à la caméra

Le testeur d'haleine

PREMIER ACTE

Un homme marche sous la pluie dans une rue très étroite. D'une main, il tient un grand sac joufflu et gonflé d'on ne sait quoi. De l'autre, il tient le parapluie qui l'abrite. Calé sous son bras, un gros récepteur-radio duquel s'échappe le cordon d'alimentation électrique. Tout au bout du cordon, la prise traîne au sol. Glissé dans les doigts de la main qui tient le parapluie tintinnabule un trousseau de clefs.

La démarche de l'homme est lourde ; son visage est anxieux.

Il est vêtu de gros habits d'hiver, chaussé de mocassins éculés. Sa chemise, échappée du pantalon, lui donne un air négligé. Après "s'être fait petit" pour laisser passer quelqu'un d'imaginaire, s'être plaqué contre le mur pour donner libre cours à quelqu'un d'autre, tout aussi illusoire ; après avoir levé la tête pour éviter une hypothétique tuile, il se retourne en arrière. Puis se retourne encore une fois. Puis une autre. Compulsivement. Sa démarche devient de plus en plus moins assurée.

Une femme arrive en face. Elégamment vêtue. Doigts fins et longs. Ongles laqués rouge.

L'homme arrête ses "incessants" mouvements de la tête pour la regarder. Il baisse les yeux ; son regard est fuyant. Il la regarde de nouveau.

Ils s'arrêtent tous les deux.

L'homme : Je n'aime pas me raser. Tous les jours, couper les poils sur les joues, le menton, pff... Et tous, ils repoussent quand même... Ca m'exaspère... Il faut aussi se laver...

La femme : C'est intéressant... (Elle s'assoit à même le sol. Désignant le sac :) Qu'est-ce que c'est ?

L'homme : Est-ce qu'on sait ? Vous ne croyez pas que je manque cruellement d'à-propos ? Il y a des gens qui ont l'esprit de répartie. Je les admire. Ils répondent ce qu'il faut, quand il faut. Il y a toujours un mot qui convient, seyant en toutes circonstances. Une réponse précise. Une remarque judicieuse. Un trait d'humour. Une saillie pertinente.

La femme : Vous n'êtes pas celui que vous dites : raseur. On rase gratis, c'est vrai. Pour qui, on sait. Pourquoi on sait pas.

L'homme : Alors, vous restez ?

La femme : On ne parle pas d'amour, hein ? C'est entendu ?

L'homme : On ne parle pas d'amour.

(Il est toujours empêtré avec son sac, son parapluie, son trousseau de clefs, son récepteur-radio et le fil qui traîne.

Un temps.)

Alors, on parle de quoi ?

La femme : On n'est pas obligés de parler.

L'homme : On pourrait attendre.

La femme : Oui, mais quoi ? Qui ?

L'homme : Godot.

La femme : Vous savez bien qu'il ne vient jamais.

L'homme : Peut-être que, lassé de ne pas venir, il viendra enfin.

La femme : Ce serait contraire aux écritures. Sérions plutôt les problèmes.

L'homme : Ils sont nombreux.

La femme : Préoccupants.

L'homme : Déconcertants.

La femme : Ah !

L'homme : On ne sait pas bien parler et on n'a pas envie d'attendre. C'est terrible, non ?

La femme : Oui.

(A suivre.)

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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 21:27

PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN

CHANTERELLE

de Joël Fauré

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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 16:32

CHANTERELLE

de Joël Fauré

"A nous qui devenons muets à force de communiquer, le théâtre vient rappeler que PARLER est un drame ;

A nous qui perdons la joie de notre langue, le théâtre vient rappeler que la pensée est en chair ;

A nous, pris dans le rêve de l'histoire mécanique, il montre que la mémoire respire et que le temps renaît."

Valère Novarina

A 10 ans, j'ai subi une circoncision pour remédier à un phimosis.

Cette intervention chirurgicale fut pour moi extrêmement traumatisante et surtout un magistral "loupé".

Pendant 20 ans, j'ai vécu -en me taisant- avec un sexe "charcuté", une brièveté du frein rendant douloureux voire impossibles les rapports sexuels.

Issu d'un milieu où la sexualité est taboue -occultée par de nombreux non-dits et interdits- je n'ai jamais pu instaurer un dialogue qui aurait (peut-être et entre autre) permis de ne pas voir apparaître ce que je considère être une erreur médicale : je "présente" aujourd'hui des troubles obsessionnels compulsifs très sévères et invalidants.

Ce n'est qu'après avoir écrit "Chanterelle" que j'ai accepté de subir une intervention réparatrice, une plastie du frein.

"Appuyer sur la chanterelle, c'est insister sur un point sensible.

La chanterelle, c'est aussi la corde la plus aiguë du violon.

Dans cette pièce, la chanterelle symbolise l'obsession -le sexe- d'un homme qui le conduira jusqu'à la maladie mentale.

"Chanterelle" laisse s'échapper une certaine fécondité de la souffrance associée à ses tenants et aboutissants.

J.F

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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 15:04

"Que s'est-il passé ?"

Ce matin, je me suis dit "Et zut ! tant pis pour [le retard], je me gare en bas du musée Ingres et je me balade un quart d'heure avant d'aller bosser. C'est bien joli Montauban, l'église St Jacques, la place nationale, le pont vieux dans la brume, l'ancien collège des jésuites. Il y a des photos extraordinaires à faire !

 

Et avant que j'arrive au musée, sur un panneau publicitaire, Lydie Salvayre anime un festival.

Rien lu d'elle. Je ne connais même pas un seul de ses titres. "Naissance des fantômes" peut-être ?

En marchant, personne dans les rues ce matin. Une affiche sur une vitrine nue. "Le dimanche des bouquinistes". Dimanche 30 novembre ; Lydie Salvayre sera là.

 

Un festival avec des écrivains. Ecrire. J'ai écrit un jour, il y a longtemps. Ca faisait du bien. Maintenant aussi j'écris. Pas de la littérature, mais je suis lu. (...)

Comment je faisais pour écrire avant, il me semble que ça venait tout seul à l'époque.

Est-ce que c'est ça, la vie, un éloignement constant du rivage ?

La vérité, c'est que je ne lis plus rien. Des livres sont sagement empilés sur ma table de nuit. J'en ouvre un. Lis une phrase ou deux, pas plus. Le Clezio, Henry Miller. Plus rien.

Que s'est-il passé ? J'aimais tellement ça. Et pourtant ce soir, j'ai encore mal aux yeux d'avoir déchiffré des requêtes notariales, des expertises psychiatriques, des arrêtés préfectoraux, des réquisitions judiciaires.

Procès-Verbaux. Conclusions. Assignations.

Des milliers de mots. Tous les jours.

Qu'est-ce qui s'est passé ? Je ne voulais tellement pas de ça. Et en même temps, je le voulais. Ce livre, "Le réel et son double". Le double était réel, mais ne l'est plus.

Je continue à marcher. "Le monde des Livres" de vendredi dernier. Cet article sur sur les creative writing. Writing workshop. La structure. Le rythme. Distinguer la bonne de la mauvaise phrase. Sacrées foutaises. Apprendre à écrire. Cette phrase -écrire- une activité -désespérément- solitaire.

Je n'aurais pas tenu le coup.

Est-ce que je tiens le coup  ? Je n'en sais rien. Je fais comme je peux. Je fais comme les autres, qui font comme ils peuvent !

La place nationale, la place du coq. Mon ami JO FA. Joël. Raoul Jefe. Bien mal en point la dernière fois. Shooté aux anxyolitiques. Ce bureau déprimant. Heureusement, j'ai vu son blog l'autre jour. Des posts. L'arbre à manivelle. Je ne sais plus où il en est. Il faut que je regarde son blog. Ou que je l'appelle. Si fatigué.

Lui il saura pour Lydie Salvayre. Il saura ce qu'elle a écrit.

Et il connaît Montauban !

X

Je poursuis le combat d'une vie : les TOC. Ca sonne. Ca fouette. Ca percute.

J'essaie de tenir droit, dans ce bureau déprimant, ruminant des valeurs bafouées.

Je suis un écrivain contrarié. Et pourtant, la prestigieuse revue "L'Avant-Scène" n'a-t-elle pas écrit : "Joël Fauré, écrivain secret et dense lance des personnages étranges dans des situations effroyablement compliquées, mais en fait tout à fait simples. Sa phrase est d'une grande pureté." ?

Je suis en pourparlers assez avancés avec un imprimeur pour l'édition à compte d'auteur (budget : 1 000 €) du texte qui me paraît le moins ridicule à proposer : "J'ai très bien connu Jacques Brel"... Peut-être sa diffusion (100 exemplaires) sera-t-elle une amorce à explorer plus avant mes autres textes ?...

Oui. Je comprends que ton investissement, dans des journées qui ne font que 24 heures, te condamnent à moins lire et moins écrire. N'en sois pas désabusé pour autant. Nous traversons tous des passages à vide.

J'ai rencontré Lydie Salvayre, qui est à la base psychiatre, alors qu'elle venait présenter à Toulouse un livre que j'avais beaucoup aimé : "La conférence de Cintegabelle"
Elle a aussi ecrit sur les huissiers.

J'ai parcouru son dernier livre "Portrait de l'écrivain en animal domestique" et il me semble que j'y ai fait écho sur mon blog.

"Shooté aux anxyolitiques" : oui, trois fois hélas, mais c'est le passage chimique obligé pour calmer les folles ardeurs de mes angoisses abyssales qui me terrassent, me foudroient et me laissent essoré.

Sur le théâtre : je n'en suis pas dégoûté, mais déçu. Je pensais naïvement que "Orbe" bien accueilli -alors que ce n'est pas ma pièce la plus accessible- les autres seraient bien recues. Hélas, si régulièrement on me rappelle qu'il existe des intrigues à faire vivre sur le plateau, rien ne se passe. Il faut dire que je m'isole beaucoup.

Et puis le théâtre me paraît être un véhicule plus poussif que le cinéma, où il est plus facile d'être moins mauvais...

Pour l'exemple, j'apprécie la série de DVD que publie actuellement "Le Monde" avec "Les Cahiers du Cinéma" : "Lawrence d'Arabie", "Easy rider", "Belle de jour"...

En amitié.

Joël Fauré.

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 19:26


Calligramme de Raoul Jefe

ALTAS Y NEGRAS

Botas altas y negras, como esta la tendacia.
Notre souci d'être espagnol ne répond pas à un snobisme pro-européen. Notre fétichisme, art "flamand-italo-espagnol" en souffrirait trop. Nous pourrions plutôt être citoyens du monde et l'arpenter, chaussés de bonnes bottes (contrepèterie belge) de sept lieues.
Mais s'il faut tout ramener au vieux continent, "lege quaeso" ; vous n'allez pas être déçus.
Embarquement immédiat pour un rapide tour d'Europe.
Saviez-vous que le mot "fétiche" vient du portugais "feitiço", c'est-à-dire "chose fée, enchantée, divine" ?
Avez-vous le pied grec ou le pied égyptien ? Il est assez facile de le vérifier. Ca vous fera passer un petit moment et vous pourrez faire des comparaisons avec vos relations.
Si votre gros orteil est plus grand que son voisin, vous avez le pied égyptien. Si c'est le contraire, vous avez le pied grec. Et si vous ne craignez pas de prendre l'eau, vous avez le pied marin...
Eh oui ! L'italie ressemble à une botte ! Penchez-vous sur une carte. La botte italienne semble mourir d'envie de donner un coup de pied à la Sicile, ramenée à l'état de ballon de foot.
Imaginez : si cela se produisait, Palerme, shootée, deviendrait un quartier de la banlieue nord-est de Toulouse ! Si non è vero e bene trovato...
Enfin, pour terminer, retour en France, pays de traditions et de contrepèteries, l'art de décaler les sons. En voici une, juste pour le plaisir : on est jamais très fort pour ce calcul.

Raoul Jefe

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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 19:11

Collection particulière René Cazelles.

Jacques BREL à Lavaur, en 1962.

Que l'on disserte aujourd'hui sur Brel, que l'on dissèque son oeuvre n'est pas gênant en soi ; ce qui l'est plus, c'est le caractère que revêt parfois cette manoeuvre. Si l'acte est dicté par une tension émotionnelle, il me semble que l'acte posé est pardonné. Etre sous le regard et l'appréciation des autres est l'un des statuts de l'homme populaire.
Populaire, Brel le fut certes, non pas comme une vedette adulée des masses, mais en tant que TRIBUN. Il est très possible que le public ait trouvé en cet homme un miroir familier qui réflechissait certaines images et certains lieux communs...

Aborder des thèmes éternels, qu'il sut très bien transcender, était pour lui, au vu et au su de tout un chacun, vital. "Un jour, je pourrai m'arrêter de chanter, mais je ne m'arrêterai pas d'écrire..." Il faut dire que les sources auxquelles cet assoiffé puisait son inspiration étaient intarissables : l'humain est démesurément grand et il en jaillit sans cesse du feu, de la sève, de l'eau et du sang et de la liqueur lacrymale et féconde. Lui, brave scribe, trempait sa plume dans l'encrier de sa sueur et écrivait. ..
En retour, il ne réclamait pas de réaction photo-sensibilisante. Elle était pourtant bien là.

Brel fut avant tout un maçon instinctif façonnant sans cordeau ni fil à plomb des monuments intemporels dédiés aux choses de la vie.
Combien brûlent aujourd'hui de lui dire "vous aviez raison" ou "vous aviez tort", ou encore "votre cathédrale de tendresse tient toujours debout" ou "
tous les matins, nous passons devant votre maison avec des tas de fenêtres..."

30 ans après sa disparition physique, je lis ici et là des résumés de vie d'un être irrésumable.
Chacun a "son" Brel : je vous souhaite des instants avec lui."

Joël Fauré

Je suis étonné de ne pas trouver, dans les bibliographies "conseillées" de Brel, le premier ouvrage écrit sur lui, dans la prestigieuse collection "Poésie et Chansons" chez Seghers : "Jacques Brel" par Jean Clouzet. Clouzet, médecin et fin critique, avait persuadé Brel de se laisser disséquer -c'était en 1964- ; "disséquer" étant le mot juste si l'on sait qu'une pesée était effectuée avant et après chaque tour de chant : Brel perdait 700 grammes !
Pour "approcher" Brel aujourd'hui, la meilleure façon est encore de se procurer, outre la biographie -sérieuse, détaillée, étayée (mais qui reste une "commande" et occulte quelques secrets de polichinelle) d'Olivier Todd, "Jacques Brel, une vie", régulièrement réimprimé chez Robert Laffont... la meilleure façon, donc est encore de se délecter de l'oeuvre intégrale, chez Robert Laffont ou en poche chez 10/18 "Tout Brel".


Eric Lange, de France Inter m'a permis de rendre un petit hommage à Brel et aux îles Marquises...
C'était lundi soir, dans l'excellente émission "Allo la planète" (Tous les soirs de 23 heures à 1 heure du matin). Je crois qu'il est encore possible de l'écouter sur le site de France Inter "franceinter.com", émission "Allo la planète". C'est dans le dernier quart d'heure de diffusion.

J.F

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