1 décembre 2008 1 01 /12 /décembre /2008 15:34

L'homme (Du menton, il désigne le parapluie.) : J'étais persuadé qu'il pleuvait.

La femme : On lance d'autres fusées ?

L'homme : On doit être assez incohérents.

La femme : Mais non, les gens sourient.

L'homme : Ca y est ! Le vertige... Ne craignez rien, je suis enclin et sujet aux pannes de ce secteur : la rue. (S'agitant soudain.) Prenez garde, un fiacre insiste pour passer. (Il pointe un index derrière elle.)

La femme : Mais non, voyez : rien ne circule. Ca ne va pas durer. Occupez-vous plutôt de vous. Ca ira, votre vertige ?

L'homme : Ca ira. Je vous remercie de votre délicate attention. Où est-ce que j'ai mis les clefs ?

La femme : Dans votre poche.

(Il se fouille, les trouve et semble rassuré. Il garde une main dans sa poche.)

La femme : Qu'ouvrent-elles, vos clefs ?

L'homme : Mes portes et mes boîtes.

La femme : Là encore, tout le mystère est à l'intérieur ?

L'homme : C'est ce qui en fait le charme et le sel. Je peux quand même vous dire que derrière les portes et dans les boîtes, on trouve sans trop de mal quelques livres. Avant de craindre de lire, j'ai beaucoup lit et beaucoup écru aussi. Ecrire, ce n'est pas bien difficile. Tout est dans le dictionnaire, vous savez. Lire, c'est plus compliqué qu'il n'y paraît. Vous savez lire ?

La femme : Non, pas comme vous l'entendez. Vous avez eu le temps de lire Althusser ?

L'homme : Malheureuse ! Ne prononcez pas ce nom devant moi. Oui, en fait, j'ai lu Althusser et j'ai été terrorisé. Tout comme j'ai eu peur de fouetter un chat botté noir sous une échelle, de renverser la salière et le sablier, de rompre la myrrhe et briser le miroir, de pisser dans la psyché, de redouter février, le chiffre six, dix heures dix et le trente et un mai, des sorcières battant le sabbat, de connaître sept ans supplémentaires de malheur et d'être treize à table alors qu'il n'y a que douze truites pêchées ensemble par Schubert et par mon oncle.

La femme : C'est émouvant.

L'homme : Vous trouvez ?

La femme : Oui, je trouve que c'est émouvant.

L'homme (S'agitant soudain.) : Regardez, on vient m'arrêter ! J'ai déparlé, violenté, tué, égorgé... On vient m'arrêter.

(Panique.

La femme entoure l'homme de ses bras protecteurs.)

La femme : Calmez-vous... Calmez-vous... Tout ira bien. Faisons quelques pas. (Ils font quelques pas.) Il n'y a presque plus personne.

L'homme : Où sont-elles ?

La femme : Mais, du temps que nous parlions, c'est devenu dimanche aujourd'hui. Elles seront là demain.

L'homme : Je voudrais qu'elles ne fussent pas là demain. Je voudrais qu'il n'y ait que vous et des gens que nous ne connaissons pas. Oui, c'est ça, je voudrais connaître tous les gens que je ne connais pas. Tous ceux que j'ai le moins de chances de rencontrer, je veux les rencontrer : les femmes les plus belles, les hommes les plus spirituels, les animaux les plus savants, les paysages les plus grandioses.

(Elle le tient toujours dans ses bras.)

(A suivre.)

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30 novembre 2008 7 30 /11 /novembre /2008 14:02

L'homme : J'ai une idée. Je vais être mièvre et larmoyant. C'est facile. Vous diriez volontiers.

La femme : Volontiers : volontiers.

L'homme : L'hôpital est tout blanc dedans, tout vert dehors. Tout blanc dans la chambre, le lit, les infirmières, le papier blanc. Tout vert dehors : les feuilles, l'herbe, les bancs... (Il agite compulsivement sa tête en arrière.) Mais j'y pense : nous avons pris nos aises ici. Nous devons en gêner plus d'un. Cette rue, déjà petite en soi, est un véritable coupe-jarret.

La femme : Nous sommes maintenant devenus incontournables.

L'homme : N'importe : nous fautons : ça doit grouiller autour de nous.

La femme : J'en vois qui aimeraient bien s'arrêter aussi. J'en vois d'autres qui nous envient. Il y en a qui meurent d'envie de nous parler.

L'homme : Dès que l'on devient attractif, c'est fou la foule de gens qui se rappellent à votre bon souvenir. Soudain, tout le monde se souvient de vous.

La femme : Où alliez-vous ?

L'homme : A la diligence de...

La femme (Désignant le fardeau.) : C'est pas trop lourd ?

L'homme : Pensez-vous que si je pose le sac, on ne va pas me le reprocher ? Le poser ou le vider, ça laisse des traces...

La femme : Il faut se protéger du doute. Allez... (Traînante, presque langoureuse :) Allez... Débarrassez-vous !

(L'homme pose le sac à terre, puis le gros récepteur-radio ; plie son parapluie, met les clefs dans sa poche. Du sac tombé à plat dépasse une chemise chiffonnée.

Il reste debout, les bras ballants.)

L'homme : Je fais laver mon linge dans l'une des familles incomplètes du jeu des sept familles. C'est ce qui explique que je sente mauvais.

La femme : Dites-moi, il y a longtemps que vous ne m'attendiez pas ?

L'homme : On n'a jamais dû me dire que vous viendriez. C'est difficile à comprendre tout ça. Mes jours fourmillent de tant de détails, occultant les choses essentielles.

La femme : La chemise !

(L'homme regarde la chemise qui est à terre et la fourre maladroitement dans le sac.)

Non, la vôtre.

(Il se ravise, rajuste sa chemise dans son pantalon.)

L'homme : Ah oui ! J'oublie toujours. Ce n'est pas dans mes intérêts mais c'est dans ma nature.

La femme : Vous le faites exprès ?

L'homme : Si je vous dis non, est-ce que vous me croirez ?

La femme : Peut-être.

(A suivre.)

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29 novembre 2008 6 29 /11 /novembre /2008 20:53

Personnages :

L'homme

La femme

La femme au micro

L'homme à la caméra

Le testeur d'haleine

PREMIER ACTE

Un homme marche sous la pluie dans une rue très étroite. D'une main, il tient un grand sac joufflu et gonflé d'on ne sait quoi. De l'autre, il tient le parapluie qui l'abrite. Calé sous son bras, un gros récepteur-radio duquel s'échappe le cordon d'alimentation électrique. Tout au bout du cordon, la prise traîne au sol. Glissé dans les doigts de la main qui tient le parapluie tintinnabule un trousseau de clefs.

La démarche de l'homme est lourde ; son visage est anxieux.

Il est vêtu de gros habits d'hiver, chaussé de mocassins éculés. Sa chemise, échappée du pantalon, lui donne un air négligé. Après "s'être fait petit" pour laisser passer quelqu'un d'imaginaire, s'être plaqué contre le mur pour donner libre cours à quelqu'un d'autre, tout aussi illusoire ; après avoir levé la tête pour éviter une hypothétique tuile, il se retourne en arrière. Puis se retourne encore une fois. Puis une autre. Compulsivement. Sa démarche devient de plus en plus moins assurée.

Une femme arrive en face. Elégamment vêtue. Doigts fins et longs. Ongles laqués rouge.

L'homme arrête ses "incessants" mouvements de la tête pour la regarder. Il baisse les yeux ; son regard est fuyant. Il la regarde de nouveau.

Ils s'arrêtent tous les deux.

L'homme : Je n'aime pas me raser. Tous les jours, couper les poils sur les joues, le menton, pff... Et tous, ils repoussent quand même... Ca m'exaspère... Il faut aussi se laver...

La femme : C'est intéressant... (Elle s'assoit à même le sol. Désignant le sac :) Qu'est-ce que c'est ?

L'homme : Est-ce qu'on sait ? Vous ne croyez pas que je manque cruellement d'à-propos ? Il y a des gens qui ont l'esprit de répartie. Je les admire. Ils répondent ce qu'il faut, quand il faut. Il y a toujours un mot qui convient, seyant en toutes circonstances. Une réponse précise. Une remarque judicieuse. Un trait d'humour. Une saillie pertinente.

La femme : Vous n'êtes pas celui que vous dites : raseur. On rase gratis, c'est vrai. Pour qui, on sait. Pourquoi on sait pas.

L'homme : Alors, vous restez ?

La femme : On ne parle pas d'amour, hein ? C'est entendu ?

L'homme : On ne parle pas d'amour.

(Il est toujours empêtré avec son sac, son parapluie, son trousseau de clefs, son récepteur-radio et le fil qui traîne.

Un temps.)

Alors, on parle de quoi ?

La femme : On n'est pas obligés de parler.

L'homme : On pourrait attendre.

La femme : Oui, mais quoi ? Qui ?

L'homme : Godot.

La femme : Vous savez bien qu'il ne vient jamais.

L'homme : Peut-être que, lassé de ne pas venir, il viendra enfin.

La femme : Ce serait contraire aux écritures. Sérions plutôt les problèmes.

L'homme : Ils sont nombreux.

La femme : Préoccupants.

L'homme : Déconcertants.

La femme : Ah !

L'homme : On ne sait pas bien parler et on n'a pas envie d'attendre. C'est terrible, non ?

La femme : Oui.

(A suivre.)

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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 21:27

PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN

CHANTERELLE

de Joël Fauré

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28 novembre 2008 5 28 /11 /novembre /2008 16:32

CHANTERELLE

de Joël Fauré

"A nous qui devenons muets à force de communiquer, le théâtre vient rappeler que PARLER est un drame ;

A nous qui perdons la joie de notre langue, le théâtre vient rappeler que la pensée est en chair ;

A nous, pris dans le rêve de l'histoire mécanique, il montre que la mémoire respire et que le temps renaît."

Valère Novarina

A 10 ans, j'ai subi une circoncision pour remédier à un phimosis.

Cette intervention chirurgicale fut pour moi extrêmement traumatisante et surtout un magistral "loupé".

Pendant 20 ans, j'ai vécu -en me taisant- avec un sexe "charcuté", une brièveté du frein rendant douloureux voire impossibles les rapports sexuels.

Issu d'un milieu où la sexualité est taboue -occultée par de nombreux non-dits et interdits- je n'ai jamais pu instaurer un dialogue qui aurait (peut-être et entre autre) permis de ne pas voir apparaître ce que je considère être une erreur médicale : je "présente" aujourd'hui des troubles obsessionnels compulsifs très sévères et invalidants.

Ce n'est qu'après avoir écrit "Chanterelle" que j'ai accepté de subir une intervention réparatrice, une plastie du frein.

"Appuyer sur la chanterelle, c'est insister sur un point sensible.

La chanterelle, c'est aussi la corde la plus aiguë du violon.

Dans cette pièce, la chanterelle symbolise l'obsession -le sexe- d'un homme qui le conduira jusqu'à la maladie mentale.

"Chanterelle" laisse s'échapper une certaine fécondité de la souffrance associée à ses tenants et aboutissants.

J.F

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27 novembre 2008 4 27 /11 /novembre /2008 15:04

"Que s'est-il passé ?"

Ce matin, je me suis dit "Et zut ! tant pis pour [le retard], je me gare en bas du musée Ingres et je me balade un quart d'heure avant d'aller bosser. C'est bien joli Montauban, l'église St Jacques, la place nationale, le pont vieux dans la brume, l'ancien collège des jésuites. Il y a des photos extraordinaires à faire !

 

Et avant que j'arrive au musée, sur un panneau publicitaire, Lydie Salvayre anime un festival.

Rien lu d'elle. Je ne connais même pas un seul de ses titres. "Naissance des fantômes" peut-être ?

En marchant, personne dans les rues ce matin. Une affiche sur une vitrine nue. "Le dimanche des bouquinistes". Dimanche 30 novembre ; Lydie Salvayre sera là.

 

Un festival avec des écrivains. Ecrire. J'ai écrit un jour, il y a longtemps. Ca faisait du bien. Maintenant aussi j'écris. Pas de la littérature, mais je suis lu. (...)

Comment je faisais pour écrire avant, il me semble que ça venait tout seul à l'époque.

Est-ce que c'est ça, la vie, un éloignement constant du rivage ?

La vérité, c'est que je ne lis plus rien. Des livres sont sagement empilés sur ma table de nuit. J'en ouvre un. Lis une phrase ou deux, pas plus. Le Clezio, Henry Miller. Plus rien.

Que s'est-il passé ? J'aimais tellement ça. Et pourtant ce soir, j'ai encore mal aux yeux d'avoir déchiffré des requêtes notariales, des expertises psychiatriques, des arrêtés préfectoraux, des réquisitions judiciaires.

Procès-Verbaux. Conclusions. Assignations.

Des milliers de mots. Tous les jours.

Qu'est-ce qui s'est passé ? Je ne voulais tellement pas de ça. Et en même temps, je le voulais. Ce livre, "Le réel et son double". Le double était réel, mais ne l'est plus.

Je continue à marcher. "Le monde des Livres" de vendredi dernier. Cet article sur sur les creative writing. Writing workshop. La structure. Le rythme. Distinguer la bonne de la mauvaise phrase. Sacrées foutaises. Apprendre à écrire. Cette phrase -écrire- une activité -désespérément- solitaire.

Je n'aurais pas tenu le coup.

Est-ce que je tiens le coup  ? Je n'en sais rien. Je fais comme je peux. Je fais comme les autres, qui font comme ils peuvent !

La place nationale, la place du coq. Mon ami JO FA. Joël. Raoul Jefe. Bien mal en point la dernière fois. Shooté aux anxyolitiques. Ce bureau déprimant. Heureusement, j'ai vu son blog l'autre jour. Des posts. L'arbre à manivelle. Je ne sais plus où il en est. Il faut que je regarde son blog. Ou que je l'appelle. Si fatigué.

Lui il saura pour Lydie Salvayre. Il saura ce qu'elle a écrit.

Et il connaît Montauban !

X

Je poursuis le combat d'une vie : les TOC. Ca sonne. Ca fouette. Ca percute.

J'essaie de tenir droit, dans ce bureau déprimant, ruminant des valeurs bafouées.

Je suis un écrivain contrarié. Et pourtant, la prestigieuse revue "L'Avant-Scène" n'a-t-elle pas écrit : "Joël Fauré, écrivain secret et dense lance des personnages étranges dans des situations effroyablement compliquées, mais en fait tout à fait simples. Sa phrase est d'une grande pureté." ?

Je suis en pourparlers assez avancés avec un imprimeur pour l'édition à compte d'auteur (budget : 1 000 €) du texte qui me paraît le moins ridicule à proposer : "J'ai très bien connu Jacques Brel"... Peut-être sa diffusion (100 exemplaires) sera-t-elle une amorce à explorer plus avant mes autres textes ?...

Oui. Je comprends que ton investissement, dans des journées qui ne font que 24 heures, te condamnent à moins lire et moins écrire. N'en sois pas désabusé pour autant. Nous traversons tous des passages à vide.

J'ai rencontré Lydie Salvayre, qui est à la base psychiatre, alors qu'elle venait présenter à Toulouse un livre que j'avais beaucoup aimé : "La conférence de Cintegabelle"
Elle a aussi ecrit sur les huissiers.

J'ai parcouru son dernier livre "Portrait de l'écrivain en animal domestique" et il me semble que j'y ai fait écho sur mon blog.

"Shooté aux anxyolitiques" : oui, trois fois hélas, mais c'est le passage chimique obligé pour calmer les folles ardeurs de mes angoisses abyssales qui me terrassent, me foudroient et me laissent essoré.

Sur le théâtre : je n'en suis pas dégoûté, mais déçu. Je pensais naïvement que "Orbe" bien accueilli -alors que ce n'est pas ma pièce la plus accessible- les autres seraient bien recues. Hélas, si régulièrement on me rappelle qu'il existe des intrigues à faire vivre sur le plateau, rien ne se passe. Il faut dire que je m'isole beaucoup.

Et puis le théâtre me paraît être un véhicule plus poussif que le cinéma, où il est plus facile d'être moins mauvais...

Pour l'exemple, j'apprécie la série de DVD que publie actuellement "Le Monde" avec "Les Cahiers du Cinéma" : "Lawrence d'Arabie", "Easy rider", "Belle de jour"...

En amitié.

Joël Fauré.

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15 octobre 2008 3 15 /10 /octobre /2008 19:26


Calligramme de Raoul Jefe

ALTAS Y NEGRAS

Botas altas y negras, como esta la tendacia.
Notre souci d'être espagnol ne répond pas à un snobisme pro-européen. Notre fétichisme, art "flamand-italo-espagnol" en souffrirait trop. Nous pourrions plutôt être citoyens du monde et l'arpenter, chaussés de bonnes bottes (contrepèterie belge) de sept lieues.
Mais s'il faut tout ramener au vieux continent, "lege quaeso" ; vous n'allez pas être déçus.
Embarquement immédiat pour un rapide tour d'Europe.
Saviez-vous que le mot "fétiche" vient du portugais "feitiço", c'est-à-dire "chose fée, enchantée, divine" ?
Avez-vous le pied grec ou le pied égyptien ? Il est assez facile de le vérifier. Ca vous fera passer un petit moment et vous pourrez faire des comparaisons avec vos relations.
Si votre gros orteil est plus grand que son voisin, vous avez le pied égyptien. Si c'est le contraire, vous avez le pied grec. Et si vous ne craignez pas de prendre l'eau, vous avez le pied marin...
Eh oui ! L'italie ressemble à une botte ! Penchez-vous sur une carte. La botte italienne semble mourir d'envie de donner un coup de pied à la Sicile, ramenée à l'état de ballon de foot.
Imaginez : si cela se produisait, Palerme, shootée, deviendrait un quartier de la banlieue nord-est de Toulouse ! Si non è vero e bene trovato...
Enfin, pour terminer, retour en France, pays de traditions et de contrepèteries, l'art de décaler les sons. En voici une, juste pour le plaisir : on est jamais très fort pour ce calcul.

Raoul Jefe

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8 octobre 2008 3 08 /10 /octobre /2008 19:11

Collection particulière René Cazelles.

Jacques BREL à Lavaur, en 1962.

Que l'on disserte aujourd'hui sur Brel, que l'on dissèque son oeuvre n'est pas gênant en soi ; ce qui l'est plus, c'est le caractère que revêt parfois cette manoeuvre. Si l'acte est dicté par une tension émotionnelle, il me semble que l'acte posé est pardonné. Etre sous le regard et l'appréciation des autres est l'un des statuts de l'homme populaire.
Populaire, Brel le fut certes, non pas comme une vedette adulée des masses, mais en tant que TRIBUN. Il est très possible que le public ait trouvé en cet homme un miroir familier qui réflechissait certaines images et certains lieux communs...

Aborder des thèmes éternels, qu'il sut très bien transcender, était pour lui, au vu et au su de tout un chacun, vital. "Un jour, je pourrai m'arrêter de chanter, mais je ne m'arrêterai pas d'écrire..." Il faut dire que les sources auxquelles cet assoiffé puisait son inspiration étaient intarissables : l'humain est démesurément grand et il en jaillit sans cesse du feu, de la sève, de l'eau et du sang et de la liqueur lacrymale et féconde. Lui, brave scribe, trempait sa plume dans l'encrier de sa sueur et écrivait. ..
En retour, il ne réclamait pas de réaction photo-sensibilisante. Elle était pourtant bien là.

Brel fut avant tout un maçon instinctif façonnant sans cordeau ni fil à plomb des monuments intemporels dédiés aux choses de la vie.
Combien brûlent aujourd'hui de lui dire "vous aviez raison" ou "vous aviez tort", ou encore "votre cathédrale de tendresse tient toujours debout" ou "
tous les matins, nous passons devant votre maison avec des tas de fenêtres..."

30 ans après sa disparition physique, je lis ici et là des résumés de vie d'un être irrésumable.
Chacun a "son" Brel : je vous souhaite des instants avec lui."

Joël Fauré

Je suis étonné de ne pas trouver, dans les bibliographies "conseillées" de Brel, le premier ouvrage écrit sur lui, dans la prestigieuse collection "Poésie et Chansons" chez Seghers : "Jacques Brel" par Jean Clouzet. Clouzet, médecin et fin critique, avait persuadé Brel de se laisser disséquer -c'était en 1964- ; "disséquer" étant le mot juste si l'on sait qu'une pesée était effectuée avant et après chaque tour de chant : Brel perdait 700 grammes !
Pour "approcher" Brel aujourd'hui, la meilleure façon est encore de se procurer, outre la biographie -sérieuse, détaillée, étayée (mais qui reste une "commande" et occulte quelques secrets de polichinelle) d'Olivier Todd, "Jacques Brel, une vie", régulièrement réimprimé chez Robert Laffont... la meilleure façon, donc est encore de se délecter de l'oeuvre intégrale, chez Robert Laffont ou en poche chez 10/18 "Tout Brel".


Eric Lange, de France Inter m'a permis de rendre un petit hommage à Brel et aux îles Marquises...
C'était lundi soir, dans l'excellente émission "Allo la planète" (Tous les soirs de 23 heures à 1 heure du matin). Je crois qu'il est encore possible de l'écouter sur le site de France Inter "franceinter.com", émission "Allo la planète". C'est dans le dernier quart d'heure de diffusion.

J.F

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29 septembre 2008 1 29 /09 /septembre /2008 19:34

L'illusionniste : Vous voyez, elle est guérie. Monsieur le marchand de parapluies, cher partenaire, cher public, cher ami, en vertu des pouvoirs qui m'ont été conférés, j'ai l'immense privilège et la grande joie sans mélange de vous annoncer que sommes tous les trois guéris. Et libres ! Libres de quitter nos placards respectifs pour afficher le nôtre, joli placard que nous pourrons coller sur les arêtes mêmes de ces murs (Il désigne le mur de l'agence) pour les draper de certitude. Nous pouvons signer notre contrat moral et publier les bans de baleines et de dauphins. Alllez ! De l'initiative ! Je propose que nos placards-affiches soient ainsi conçus : (Avec sa main tendue, il "dessine" furtivement les lettres qui composeront l'affiche.) Tout en haut, votre nom de mécène, en lettres bleu ciel ombrées de gris perle... Juste en dessous : "Présente" superbe et déterminé... Tout en bas, un petit parapluie joliment stylisé avec la marque écrite à côté en cursive de la couleur que vous voudrez...

L'ex-horloger : Et au juste milieu ?

L'illusionniste : Et au juste milieu... Au juste milieu... Une photo... Une photo... Chaleureuse sous le papier glacé. Nous sourions au photographe. Mademoiselle surtout, malgré la pluie qui tombe. Heureusement, il y a le parapluie ! Et puis, il y a notre nom en lettres d'eau et de feu. Mais pas sous le menton, cette fois, non... Entre la commissure de nos lèvres et le bas des ailes de nos nez, une terre commune à cultiver où il y a juste assez de place pour écrire : "Manolo et partenaire." Petits bonheurs de caractères qui nous pendent au nez et qui nous mettent l'eau à la bouche... Une affiche juste assez mièvre pour ne pas paraître trop prétentieuse, et juste assez efficace pour être sincère. Qu'en pensez-vous ?

Mademoiselle : Je ne pense rien... Il fait si bon... La pluie... La nuit... Et le jour qui se lève... Et il est "neuve" heure...

L'illusionniste : Déjà ! Allons, monsieur l'avant-courrier (Il s'adresse à l'ex-horloger) en route ! Passez devant nous pour annoncer la bonne nouvelle...Vous vous rendez compte : il est déjà "neuve" heure...

(L'ex-horloger se dirige vers la coulisse.
Mademoiselle et l'illusionniste lui emboîtent le pas.
C'est à ce moment-là qu'on voit le rideau de l'agence se lever et celui de scène... se baisser.)

FIN

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28 septembre 2008 7 28 /09 /septembre /2008 19:32

L'illusionniste : Maintenant, maintenant, vous avez fait pour moi qui vous aime tout autant ce que personne n'a jamais pu faire jusqu'ici : me comprendre et m'accepter pour ce que je suis, et non pour le bouffon que je véhicule depuis tant d'années. Et surtout me le faire savoir après m'avoir ôté le masque. Je ne suis qu'un pauvre type. Voilà l'expression que vous souhaitiez m'entendre dire ? Eh bien, voilà qui est fait. Je n'ai pas dans mon ramage que des répliques toutes faites, des bouts de phrases empruntés ici et là, des proverbes et des adages déformés, des locutions ampoulées  destinées à éblouir. Je peux aussi dire : "Je ne suis qu'un pauvre type". Comme je peux aussi dire : "Je vous aime". Les mots sont à tout le monde ; la valeur de ce qu'ils représentent non. Avant, je n'avais pas le droit de dire : "Je vous aime" : je n'aurai pas été crédible. Je ne pouvais que réciter méthodiquement l'équivoque vocabulaire de l'amour...

Mademoiselle : Bravo ! L'école de tolérance et d'humilité vous couronne de ses premiers lauriers ! Vous êtes redevenu le grand Manolo des grands soirs. Seuls les talents modestes sont grands. Deux parapluies valent plus que dix-huit naïades !

L'illusionniste : Quand ils sont utilisés à bon escient ! Je viens de me rendre compte que nous faisions une très mauvaise utilisation de notre partenaire officiel, le parapluie. Votre frimousse est toute mouillée... Ah ! Sauf ici, un endroit charmant au demeurant, entre la commissure de vos lèvres et le bas des ailes de votre nez : une terre de personne, inexplorée, un no man's land : il y a juste la place d'y poser un baiser...

(Il joint le geste à la parole.
Quelques minutes s'écoulent et on voit l'ex-horloger retourner sur scène.
Constatant qu'on ne l'a pas entendu arriver, il se racle un peu la gorge.
Aucune réaction ne s'ensuit.
Il feint de toussoter...)

L'ex-horloger : La nuit est fraîche, vous ne trouvez pas ?

(L'illusionniste et mademoiselle remontent bruquement le parapluie au dessus de leurs têtes.)

L'illusionniste : Oui, mais elle est à la fois si douce, et si parfumée que nous avons voulu comme vous nous rapprocher des baleines pour les voir nager sur le dos et leur caresser un peu le ventre. Alors, et vous, vous en avez vu beaucoup ?

L'ex-horloger : Je n'en ai vu aucune mais j'en ai promis beaucoup. J'ai donc fourni des parapluies à la moitié des âmes de cette ville, sans compter celles des villes voisines qui s'étaient aventurées ici et qui avaient peur des coups d'épee de Damoclès dans l'eau. Résulat : un carnet de commandes qui déborde et un stylo-bille à sec !

L'illusionniste : Félicitations ! Vous avez déjà acquis la notion du taux de remplissage et des vases communicants. Durant votre absence, nous aussi, nous avons oeuvré pour aplanir les différences d'hier. Il faut dire qu'elle s'est ouverte toute grande...

L'ex-horloger : Qui "elle" ? L'agence ?

L'illusionniste : Non, mademoiselle... Qu'elle a eu assez de tact pour me tendre un miroir dans lequel je me suis vu sans fard. Et comme elle avait enlevé ses bottes, j'ai enlevé mes gants. L'atmosphère, la nuit, la pluie se sont conjuguées pour nous aider. Et puis un invité de marque est venu s'abriter avec nous. Comment s'appelle-t-il déjà ? Ah oui !... L'amour... Avec des dauphins : la tendresse, la compréhension... J'en avais beaucoup manqué et j'ai dû être blessant sans leur appui, même avec vous, monsieur. Mais vous êtes bon et perméable au pardon : vous saurez ne pas m'en vouloir pour ces erreurs de jeunesse. Vous vous souviendrez que nous avons été de vieux compagnons de lutte et de gloire. Vous saurez ne pas rester de marbre comme cette plaque (Il désigne la plaque de l'agence) qui nous a plaqués, et nous a empêchés, un instant, de vivre debout. Vou saurez, le cas échéant, affronter les meurtrissures qu'elle nous a exposées. Vous saurez ne pas faire comme elle...

L'ex-horloger : Qui "elle" ? Mademoiselle ?

L'illusionniste : Non, l'agence. Mademoiselle est guérie. Nous allons nous en assurer : quel est pour vous, mademoiselle, le plus joli mot de la langue française ?

Mademoiselle : Si.

(A suivre.)

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