9 juin 2008 1 09 /06 /juin /2008 12:26

"Le système M"

Chez mes parents, où j'étais maintenu en captivité, j'ai vécu des situations effroyables. Alors que je m'assurais compulsivement de la fermeture d'un robinet ou d'une porte, pétri de douleur et de rage intérieure, j'entendais ma mère hurler, ce qui multipliait mon désarroi. Vous me lisez ?
L'entourage familial a été destructeur. Par incompréhension s'entend. Je ne mets pas en cause l'éventualité d'une cause génétique des TOC, mais je reste persuadé que le contexte et les événements de vie du malade ne sont pas étrangers à leur développement.

Ma mère. Elle est passée de maison de repos en clinique psy ; elle a changé souvent de spécialiste. Tous reconnaissent, outre l'aspect purement pathologique, un caractère buté, une nature obstinée, un esprit borné. Elle a toujours été comme ça et n'a jamais voulu se remettre en question ; mais maintenant, ça dépasse les limites. Un diagnostic clair a été posé : psychose maniaco-dépressive, de nos jours appelée, avec plus d'élégance "troubles bipolaires atténués". C'est la formule à la mode qui ne veut rien dire et tout dire. Ne vous étonnez pas si un jour on vous annonce que vous êtes "bipolaire atténué"
Ma mère, à présent, se traduit et existe sous la forme de crises très impressionnantes : pleurs, hurlements, phrases répétées en litanies. Que faire et que dire dans ces moments-là ?
Je ne mets pas en doute son mal-être.
Je me reproche de reprocher à ma mère son système. Le système Maternel. Le système M. Avec ce système, il ne faut pas user, il ne faut pas gêner, il ne faut pas bouger.

Avec le système M, il ne fallait pas se doucher tous les jours. (Résultat : je sentais mauvais au bureau.)
Avec le système M, il ne fallait pas tirer la chasse d'eau trop souvent.
Avec le système M, il ne fallait pas "re-servir" un apéritif une seconde fois, au temps où, encore, rarement "quelqu'un venait à la maison".
Avec le système M, il fallait que le lit soit fait, au saut du lit, et pas plus tard.
Avec le système M, il ne fallait pas qu'il reste du café chaud dans une casserole.
Je m'en tiendrais là.
Pourtant, je me refuse à penser qu'elle a été, ou qu'elle est radine. L'argent a toujours été une obsession chez elle, mais si elle en a eu très peur, elle n'a "jamais manqué". Elle dit qu'à la naissance de mes deux frères, les jumeaux, le boucher du village a dû prêter un peu d'argent. Elle dit aussi qu'il fallait parfois vendre une poule pour acheter un peu de chocolat. Mais bon... D'où vient cette crainte ?

Elle dit encore qu'elle n'a jamais été heureuse avec mon père. De son côté, lui reconnaît qu'il a eu de la chance de l'épouser, qu'il la trouvait jolie, mais que ce fut un mariage "arrangé". Qu'à la naissance des jumeaux, elle a eu des "idées noires". Mais c'est tout. "Qu'elle se faisait des idées..."
Mon père parle souvent de sa jeunesse difficile, de la guerre, du STO. Il déteste toujours les allemands, n'aime pas les films américains, ne supporte pas les arabes, a une peur bleue des gendarmes et des uniformes. Il n'a jamais passé son permis de conduire parce que, dit-il "il a peur des voitures qui arrivent en face, qu'il n'y a pas assez de place pour se croiser et qu'elles vont se cogner".

Moi, le nombriliste de ces carnets, je voudrais éclairer les mots que je tiens avec ceux de Jacques Brel, qui répond à une question de Jacques Chancel, dans une "radioscopie" de 1973 :
"Jacques Chancel : Quelle est pour vous, Jacques Brel, l'injustice la plus flagrante du monde ? C'est la naissance ?
Jacques Brel : Non, ce n'est pas la naissance. Je crois que l'injustice la plus flagrante du monde, c'est le comportement des adultes quand quelqu'un a dix ou quinze ans. Parce que là, il n'y peut rien. Il n'est pas nécessairement avec ses parents, cet enfant. Enfin, moi, j'étais avec mes... Mais là, ça joue. Parce qu'en fait, je crois que toute la vie se décide au moment où un être doué de raison se demande si ce sont les adultes qui sont cons ou si c'est lui qui se trompe. Et effectivement, étant donné l'attitude des rares adultes qu'il peut côtoyer à ce moment-là ; de cette attitude dépend la réponse, qui est définitive pour l'enfant. Donc là, il peut y avoir une une injustice."
Et les éclairer encore avec la conclusion du livre de Nina Canault "Comment paye-t-on la faute de ses ancêtres ?"* : "La maladie mentale, de la névrose jusqu'à la psychose est toujours, à mon sens, un défaut de la fonction paternelle. Ce qui veut dire que si les pères se comportent comme des mères, ou s'ils cautionnent le pouvoir des mères sans réfléchir à leur propre rôle et à leur pouvoir, cela donne des enfants qui, comme en témoigne toute ma clientèle, ont l'impression de ne jamais avoir eu l'occasion de rencontrer leur père. Et c'est bien là le problème le plus grave de notre époque."

* "Comment paye-t-on la faute de ses ancêtres ?" Nina Canault. Desclée de Brouwer, 1998.

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8 juin 2008 7 08 /06 /juin /2008 12:40

"La tyrannie du minuscule."

Il serait prétentieux de dire que je détiens le monopole de la souffrance. Mais ce ne serait pas rendre justice de prouver que je ne m'en approche pas.
10 ans, 15 ans, 20 ans de TOC tous azimuts. Je suis vérificateur, ruminateur, accumulateur et procrastinateur. Les TOC majeurs ont leurs pricipaux foyers : Sexe, Sida et Solitude. Les trois "S".
Les TOC mineurs sont plus "indécelables" et indicibles. Je pourrai nommer la difficulté "la tyrannie du minuscule". Où l'angoisse va-t-elle se nicher ? Dans des détails infiniment petits : une goutte, une peluche sur un vêtement, un point blanc, noir, rouge, un cheveu, un poil, une miette, un atome, un point sur un "i", une barre sur un "t", toutes, tous férocement contaminés... Ca n'arrête pas. Et c'est plus fort que moi. Oui, ça va se nicher partout ; ça se reproduit souvent.
Un séquencage rapide peut balayer l'éventail et tenter de faire comprendre :
 - refermer la boîte de pulvérisé-chocolat au petit déjeûner : difficile ;
- nettoyer un surface : difficile ;
- se peigner : difficile ;
- rincer un verre : difficile ;
- lire, refermer un livre, un journal : difficile ;
- écrire : difficile ;
- s'égoutter le pénis : difficile ;
- penser : difficile.

Depuis longtemps, je n'existe que par l'identité des TOC. On me le reproche souvent. "Tu en parles trop ! Tu les entretiens ! Tu ne peux pas t'en détacher ?" Et non ! Excusez-moi, je ne peux pas m'en détacher.Ca ne vous quitte pas. Un psychiatre a dit à une amie : "Fauré a besoin de ses TOC pour écrire." Je pense qu'il a tort. J'ai engrangé suffisamment de matière pour créer sans ça.

Il serait encore intéressant de dresser la carte des impacts obsessionnels et compulsifs d'une journée, ainsi qu'il est pratiqué avec les impacts de foudre, ou sur les plans d'une zone à risques de séismes. Je redoute toujours autant tous ces gestes répétés à s'en éclater la tête, à s'en éclater la tête, à s'en éclater la tête, à s'en éclater la tête, à s'en éclater la tête, à s'en éclater la tête, à s'en éclater la tête, à s'en éclater la tête, à s'en éclater la tête, à s'en éclater la tête, à s'en éclater la tête, à s'en éclater la tête, à s'en éclater la tête...

Les TOC "à grande échelle" ne sont pas mieux vivables. Ils s'appréhendent dans la durée et la distance. Dur de prendre une décision qui serait préjudiciable. Dur d'envisager un changement de mode de vie. Ainsi changer d'appartement, où j'ai honte de faire entrer quelqu'un, ne serait pas un luxe.

Les TOC annihilent des vies.

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7 juin 2008 6 07 /06 /juin /2008 12:28

"Zéronégatif ?"
1999. Les compteurs vont se remettre à zéro. L'an 2000 ne permet plus de faire des plans sur la comète. Il paraissait lointain, il faisait beaucoup parler de lui : il est là.
L'an 2000 : un compte rond ; pas de monnaie à rendre. Fin décembre 1999, du jamais vu dans le ciel de France, une grosse tornade balaie le pays et déracine des arbres séculaires. Le siècle ne veut-il pas partir sans se faire entendre ? Sans rappeler que la nature et les éléments restent non maîtrisables ? Sans nous faire comprendre qu'il faudrait un peu plus de mansuétude, de tolérance ?
Les informaticiens sont dans l'embarras : les ordinateurs, qui ne savent lire que les deux derniers chiffres d'une année ne seront-ils pas déstabilisés par le double zéro ? Ne confondront-ils pas avec 1900, ce qui ne rajeunirait ni nos fiches de paie ni notre mémoire ?
On glose beaucoup sur sur le fameux "bogue" de l'an 2000...
Le "bug" était cet insecte qui, attiré par la chaleur des computeurs à leur balbutiement, venait se coller sur les lampes et les transistors, ce qui parasitait leur bon fonctionnement.

2000. Symbolique à exploiter pour aller mieux ? Les TOC sont toujours diffus, confus, mal définis. Il y a un vide. Mon doute premier s'appelle toujours SIDA.
Je ne tiens plus les comptes des tests de dépistage.
Escorté d'aide, je retourne au centre de dépistage anonyme et gratuit. C'est une épreuve que je connais bien, qui me procure toujours autant d'angoisse à plein tarif.
La démarche, qui s'est totalement banalisée, s'est aussi modernisée : des gens attendent leur tour en prenant un ticket, font la queue comme à la caisse d'un supermarché. Il commence à y avoir là des jeunes de 20 ans qui sont "nés avec le SIDA", je veux dire "alors que la maladie SIDA existait", tout comme je suis né avec la méningite qui a failli m'emporter. Des jeunes qui souriraient s'ils connaissaient l'origine de mon mal-être.
Je fais partie de la génération quadragénaire qui a vu surgir, à 20 ans, cette effrayante nouveauté qui a fait les ravages que l'on sait.
Mon test est négatif. Séronégatif. Zéronégatif ?

Que la vie est bête ! Et bêtes aussi les gens qui vous disent : "Allons, ne soyez pas aussi négatifs !", pendant qu'une grande chaîne de supermarchés utilise pour slogan : "Avec Carrefour, je positive !"

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6 juin 2008 5 06 /06 /juin /2008 12:35

"Dramatiques
conséquences."

Les troubles obsessionnels-compulsifs génèrent de dramatiques conséquences qui peuvent prêter à rire, après coup, dans les dîners.
Je retiens trois situations que je vous livre, comme d'habitude sans fard.

L'Etat a instauré, pour les véhicules en circulation depuis 5 ans, un contrôle technique obligatoire. Je n'ai rien contre, même si je considère que ça pénalise les "économiquement faibles". Ma berline prolétaire a atteint la limite d'âge, et il faudrait que je me résolve à la présenter à ce contraignant conseil de révision. Il faudrait. Je ne peux pas. J'ajourne. Je remets. Je procrastine. C'est pathologique. Pourquoi ? C'est trop bête. C'est plus fort que moi. Je suis malade d'être malade. Mais, une maladie, ça se soigne, me direz-vous...
Bref, un mauvais jour férié, un mauvais sort me fait arrêter par de très mauvais gendarmes. "Le contrôle aurait dû être fait depuis 6 mois." Oui, je sais. Je tente une explication, à portée de compréhension sur les TOC, la difficulté à prendre une décision, etc...
Les pandores le prennent très mal et pensent que je me paye leurs têtes. Je suis vertement réprimandé et copieusement verbalisé.
Qui dira la solitude, la souffrance, la révolte contenue et l'incompréhension du névrosé obsessionnel en pareil cas ?

La voiture, toujours elle, moteur d'anxiété, sera au centre d'une deuxième mésaventure. On sait les rituels, les vérifications, les contrôles qu'elle impose. Un soir de grand encombrement urbain, je vais la garer dans un parking un peu isolé, où patrouille régulièrement la police. Du reste, elle fait bien. Je cède "machinalement" aux hautes instances compulsives : ça nécessite au moins trois tractions du poignet sur chaque portière et trois tours autour du véhicule. Je reconnais que ça peut paraître surprenant à qui n'est pas plus ample informé !
La ronde de police qui me regarde faire ne l'est pas non plus. Et naturellement, elle me prend pour ce que je ne suis pas, c'est-à-dire un type en train d'essayer de "piquer une bagnole", de "se tirer une caisse", en flagrant délit d'effraction de vehicule !
Qui dira la solitude, la souffrance, la révolte contenue et l'incompréhension du névrosé obsessionnel en pareil cas ?

Ce soir-là, sur le parvis d'un théâtre, j'attends que les portes s'ouvrent pour assister au spectacle. J'ai besoin de soulager ma vessie. Pour éviter les compulsions inhérentes à la démarche prévues dans les toilettes publiques (J'égoutte l'appareil un nombre malvenu de fois, plus qu'il n'est séant), je m'approche, dans un coin de la place, d'un des conteneurs-récupérateurs de verre. A distance respectable, une cabine téléphonique... Je procède à l'évacuation du trop-plein de la boisson (oui, je sais, la miction est interdite sur la voie plublique, mais bon, hein... mécessité fait loi) et sans trop ritualiser (décalottages, recalottages...), je m'éloigne.
Je suis très vite apostrophé par un homme, manifestement plein de rage qui me dit : "Tu as un problème ?" (Un problème ? Pensez-donc si j'en ai !) Je réponds sans convaincre : "Non, pourquoi ?" "T'as pissé devant ma femme en train de téléphoner." Et brusquement, se jetant sur moi, il me saisit et me plaque contre une voiture stationnée là. Il utilise mon écharpe qu'il serre autour de mon cou et me frappe avec violence. Je crie au secours. Je me hasarde à donner une explication. On me prend pour un satyre, un pervers, un exhibitionniste... tout ce que je crains d'être... en pensée !
Qui dira la solitude, la souffrance, la révolte contenue et l'incompréhension du névosé obsessionnel en pareil cas ?

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5 juin 2008 4 05 /06 /juin /2008 12:02

"Personne à prévenir :
personne."

La maison grise et verte, la maison où j'ai grandi, mal mais où j'ai grandi, se retrouve pour la première fois toute vide. Du jamais vu. Du jamais imaginé. Mon père à l'hôpital, ma mère à la clinique. Et votre serviteur orphelin. Je n'y étais en rien préparé. Et là, j'ai réellement pris conscience que j'étais seul, comme largué d'un avion, sans parachute.

Et cet été qui n'en finit pas d'être brûlant ! Une grosse mélancolie s'installa : des angoisses à découper à la tronçonneuse. Seul terriblement seul et incompris. Mes parents pour moi et moi pour eux nous faisons de la bile, hors du repère de la maison grise et verte : que dire du courrier s'y accumulant, de la paralysie obsessionnelle à le décacheter ? Que penser de la vigne vierge et de la glycine envahissant les marches et le perron ? Que faire de tous ces symboles qui surenchérissaient ma détresse ? Et que répondre aux miens restants, qui me prennent pour un fainéant, un bon à rien ? Je pense beaucoup à ma mère qui me dit : "Tu n'as pas froid ?", qui change mes draps et repasse et plie mes chemises. J'en suis resté là. Qui devait me dire qu'il ne fallait pas ? Qu'il fallait aller plus loin, pas seul si possible ?
J'ai mon appartement misérable en ville, mais j'ai coutume de revenir souvent "à la maison". Ca me rassure malgré tout. Mais là, maintenant, que faire ?
Un seul refuge : la clinique verte et blanche, là où habituellement, au bureau des admissions, je fais toujours le fanfaron pour dissimuler ma peur. A la question : "Personne à prévenir ?", j'ai toujours répondu : "mes parents".
Contraint, contrit, et ravagé par l'angoisse, j'entame là mon énième séjour en clinique.
J'ai banalisé ces hospitalisations ; elles ne produisent plus le même effet. Elles deviennent même, intrinsèquement angoissantes. J'accepte de me fragiliser davantage. La clinique verte et blanche, j'en connais toutes les encoignures. Je connais trop et trop mal le directeur, le jardinier, les femmes de service, les infirmières et les psys qui me connaissent trop et trop mal. Et pourtant, que faire ? Que feriez-vous à ma place ? J'aimerais bien vous y voir, à ma place... A la clinique verte et blanche, où tant de souvenirs me parlent, où mon dossier s'épaissit, je ne retrouve plus les cadres qui me maintenaient.
Où aller pour me sentir bien ?
Seul, terriblement seul. Et incompris. Et encore plus seul.
Pour la première fois, au bureau des admissions, trois mots-poignards me transpercent les organes vitaux : "Domicile ?", "Toujours célibataire ?", "Personne à prévenir ?" En rappel à l'histoire et aux mots qui fâchent.

A la question "personne à prévenir", dois-je répondre : "Personne" ?

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4 juin 2008 3 04 /06 /juin /2008 15:08

"L'agonie des certitudes
et l'urgence de l'espoir."

Soyons lucide. "Tout" a commencé avec la peur du Sida. Le Sida, ce poison, n'est pas passé par moi. Je ne suis pas contaminé parce que j'ai pris des précautions. Mais ces précautions portent un nom : obsessions-compulsions. Le contre-poison. Tout aussi douloureux que le poison.
Avant que ne survienne l'agonie des certitudes et l'urgence de l'espoir, que faire ?
Je suis arrivé à un degré de souffrance tel qu'il est impossible de le décrire, de le traduire.
Suis-je arrivé à un degré de souffrance tel que celui qui en réchappe devient immanquablement un héros ?
Du calme, petit soldat, du calme. Pense aux mots de Jean Guitton : "J'étais centenaire, ou peu s'en fallait. Je ne souffrais pas, ne m'angoissais guère et, tout en m'éteignant, je pensais. Mais aussi, j'attendais."

Le Sida : contenu des obsessions, moteur des compulsions.
Le traitement de la maladie a évolué : elle est mieux cernée, mieux soignée ; des molécules associées en multithérapies prolongent la vie des malades et en assurent un certain confort mais...
Je devrais songer à plusieurs choses :
Un bon mot de Coluche : "Le Sida est une maladie qui s'attrape en lisant les journaux."
Le titre d'un livre du docteur Willy Rosenbaum : "La vie est une maladie sexuellement transmissible, constamment mortelle."
Les phrases que m'a dites le professeur Maxime Armengaud, spécialiste des maladies infectieuses et tropicales, alors que je l'avais invité au temps où je "radiotais" : "Le Sida ne se contacte sûrement pas dans les contacts de la vie de tous les jours. Ca n'est pas possible. Pour se contaminer, il faut échanger nos cellules, les cellules, les nôtres, c'est-à-dire ces cellules qui sont habituées à vivre dans un environnement chaud, humide, de PH régulier, neutre. Vous ne pouvez échanger vos cellules que dans des rapports très très très intimes, et il faut qu'il y ait de la cellule."
Un dialogue, enfin, entre Pierre Desproges et son médecin :
Le docteur : "Il va falloir avoir beaucoup de courage. Ce que je vais vous annoncer est très grave : il vous reste soixante-quinze, quatre vingts, en comptant large quatre-vingt quinze ans à vivre..."
Pierre Desproges
: "Mais enfin, docteur, c'est pas un cancer ? C'est pas le Sida ? Alors, qu'est-ce que c'est ?"
Le docteur : "Ben, c'est... la vie."
Pierre Desproges
: "La vie ? La vie ? Et où est-ce que j'ai pu attraper une saloperie pareille ?"

Le virus se détruit-il au contact de l'air ? Au bout de mes doigts, le microbe ?
Particules, ions, gouttes, gouttelettes, cellules : le TOC, c'est l'apologie de l'infinitésimal, c'est la stigmatisation de la goutelette, c'est le couronnement d'un fétu, c'est la surenchère de la précaution...

Tout serait tolérable s'il n'y avait pas cette si vive angoisse qui me rattrape, me saisit et m'étreint. Et me paralyse. Jusqu'à ne plus pouvoir communiquer. Et ma tête est alors enserrée ainsi que dans un étau. Je sens ses puissantes mâchoires me meurtrir le cerveau.

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3 juin 2008 2 03 /06 /juin /2008 12:00

"Philistin ?"
A l'image de mes parents, devenu philistin moi-même, je ne vois pas d'un oeil averti les progrès et les nouveaux outils de communication.
Hier, les ordinateurs étaient gros comme des maisons ; aujourd'hui des maisons sont dans les ordinateurs. Rétif à toute "vocabulairerie" venue d'outre-Atlantique, c'est la bonne pâte à papier et les billes qui restent pour moi de précieux alliés.

Les supports de l'industrie du disque se sont aussi modernisés : la galette de vinyle, où se gravaient les microsillons, sont supplantées par le Compact Disc, d'un format plus petit, d'une matière plus résistante...
Dans la chambre de la maison grise et verte, depuis le premier disque de Brel, j'ai aimé écouter les vignettes musicales, les chansons, et, devant la glace, je m'investissais chanteur à texte et à frisson, et m'inventais des récitals et des galas. Avec force gestuelle, le coeur sur la main, je remerciais le public. Je reconnais qu'il ne fallait pas trembler en posant le bras articulé de l'électrophone sur la plage à écouter. Mais le plaisir d'oreille était intégral. Au plus loin encore dans ma mémoire, je me souviens de ma petite voisine italienne, ma compagne de Commedia dell'arte, avec qui j'écoutais, sur le tourne-disque de sa tante, les reliques sonores de nos nostalgies.
La recherche des morceaux aimés est plus aisée aujourd'hui : les lecteurs de compact disc savent reconnaître le digital de nos envies. J'ai acheté un de ces lecteurs. En rappel à l'histoire, le premier disque qui y fut inséré fut un disque de Brel.

Je reviens à l'informatique. L'information et la robotique sont entrés dans la gestion des affaires pendantes de l'institution qui m'emploie. La hiérarchie a vu mon effort accompli, la constance, la qualité du rendu dans mon travail, malgré les toc. Elle souhaite m'équiper au dernier cri et me doter d'un ordinateur. J'accepte. J'ai appris sur le tas le maniement des puces et des souris ; j'ai pianoté sur les claviers, comme un homme "azerty" qui en vaut deux ; j'ai admiré les belles icônes, consulté des menus et ouvert des fenêtres ; j'ai cliqué sans claquer, et j'ai beaucoup mieux traité les textes qu'autrefois...

Bref, ce fut une révélation, un nouveau départ... un élan...

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2 juin 2008 1 02 /06 /juin /2008 12:11

"La parentèle."

Mes relations avec la parentèle se sont dégradées. A l'évidence, je suis un incompris. Je suis étrange et étranger aux miens. Mes parents ont eu les mots qui tuent. J'ai adopté le mutisme qui est tout aussi douloureux que les frictions. Ma vie est ratatinée.
Lorsque je reviens dans la maison grise l'hiver, verte l'été -parce qu'elle est dans son corset de vigne vierge- je me replonge dans le bain à l'eau croupie.
C'est l'immersion dans le passé. Tout est si pesant, écrasant. Avec mes parents, nous nous épions beaucoup. C'est dur. Je ne sais plus où j'habite.
Savez-vous à quoi je rêve ? D'un petit "chez moi" sans prétention, propre, bien tenu, où je pourrais m'installer sans scrupule sur un canapé, regarder la télévsion sans angoisse ; lire un journal ou un livre sans compulsion ; aider ma compagne à préparer le repas et faire la vaisselle ; et un bureau, avec un vrai plan de travail, avec une petite bibliothèque, et surtout avec un coin propret et accueillant pour recevoir mes amis.
En lieu et place de cette normalité qui m'échappe, que trouvons-nous ?
Un minuscule appartement miteux à la ville, puant, qui me répugne, où les choses s'entassent et se dégradent ; où je m'endors dans des draps crasseux, où le ménage ne peut être fait, où j'élève des moutons...
Une chambre à la campagne, dans la maison grise et verte de mes parents, qui me répugne aussi, qui ressemble à un débarras de sous-préfecture.
Quand je cherche à consulter -quand je peux- ou à réunir des informations sur un sujet, les éléments se dérobent : ce que je cherche à la ville est à la campagne et vice-versa. La "panoplie" dont je m'entoure ne supporte pas d'être morcelée. Et bien entendu, ce dont j'ai le plus besoin est ailleurs. Cette structure bicéphale aurait bien besoin d'un quartier général !
Je ne sais plus où j'habite.

J'ai l'impression d'être un non-être.
Je suis fatigué mais vivant. Il m'arrive de bouger encore. De toute façon, je peux m'estimer heureux : j'ai dépassé l'âge qu'ont péniblement atteint les artistes maudits.

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1 juin 2008 7 01 /06 /juin /2008 11:50

"L'incomplétude."

L'incomplétude : ce sentiment si fort, riche de tout ce qui lui manque par toutes ses absences, ses non-dits, arqueboutés jusqu'au jusqu'auboutisme non-consommé est un maître-mot chez l'obsessionnel. L'obsession de ne pas savoir, de ne pas assez savoir, de n'avoir pas assez fait, assez dit, assez vu, assez lu ; d'être incomplet. Et donc d'être en faille, en brèche où vont venir se nicher de grouillantes compagnies de spectres audacieux.
Le dictionnaire est un grand fantassin de l'incomplétude. Combien de fois ai-je eu du mal à le refermer parce que, par analogie, association d'idées ou voisinage de page, en recherchant un mot, je tombai sur cinq ou six autres qui me renvoyaient en cascade vers d'autres sources de savoir. A s'abreuver très vite sinon risque total de mourir de soif.

Compulsion et évitement. L'évitement : conduite sans lâcheté, seulement conduite dictée par l'épuisement et celui, à venir. C'est ce qui explique, il me semble, tout ce que je n'ai pas pu faire, non par fainéantise mais par incapacité physique et psychique (lire, écrire, dire, voir, faire, penser, échanger, rencontrer... vivre !)
Un exemple : le coucher s'est souvent trouvé retardé, reporté pour un accent à recontrôler sur un emballage de calmant ou de somnifère ; un logo à analyser, une couleur à interpréter. Car il faut faire très attention : il y a des "1" mal écrits qui ressemblent à des "7", et des "4" à des "9". Le sort du monde en dépend incontestablement, non ?

L'évitement est une des conséquences directe des TOC, l'une des plus cruelles peut-être.
A côté de quoi suis-je passé ?
Ma vie est un immense malentendu.

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31 mai 2008 6 31 /05 /mai /2008 12:14

Avec ces carnets, écrits dans l'urgence et la compulsion, j'ai voulu rebrousser ma route pour en comprendre les cahots.
Ce texte est né d'un premier jet et n'a subi aucune retouche.
Parce qu'il m'a semblé que mon expérience de vie pouvait avoir valeur de témoignage et servir de révélateur à d'autres, j'ai assez vite déblayé le scrupule de paraître narcissique ou exhibitionniste.

JF

"Tous les gestes sont trop chargés."

Laissez-moi passer ! Je veux retourner dans le ventre de ma mère ! C'est bien simple, le soir, après avoir consacré ma journée à l'essentiel -gagner ma vie- je ne peux plus rien toucher. Tous les gestes sont trop chargés. Une amie bretonne, empathique, décrit ainsi cet état : "La tête, pleine de douleurs et de chagrins, n'est plus disponible..." Toujours à propos des TOC, elle m'a écrit un jour : "On m'a conseillé de conscientiser mes actions."
Ecroulé de fatigue, après les divers cérémoniaux, je me réfugie dans mes draps, en position foetale.

Je n'ai pas la prétention de me substituer aux neurologues, mais je voudrais vous faire partager mes réflexions et observations.
Il se trouve que c'est notre tête -la salle des machines- qui nous gouverne. Dans le cerveau, il existe une zone qui est le siège de la pensée.
Très riche, ce bassin fourmille de toutes ces choses que nous avons engrangées depuis que nous sommes. Le cortex visuel associatif saisit les informations qui nous entourent pour les interpréter ensuite. Si, par exemple, vous voyez des petites masses vertes mobiles, vous vous dites : "Ce sont des feuilles". Vous croisez un visage dans la rue et vous dites : "Je le connais" ou "Il me semble avoir déjà vu ce visage quelque part."
Rentre ensuite en "jeu" un neurotransmetteur, que nous pourrions assimiler à un fil conducteur. Ce neurotransmetteur, qui répond au joli nom de sérotonine, est directement impliqué dans le cadre des TOC.

Ce dysfonctionnement, dans certains cas jaillisement, développement, explique que bien des obsessionnels versent dans la création artistique, avec plus ou moins de bonheur il est vrai ; mais la vivacité, la fécondité de leur imagination donnent de surprenants résultats.
La lecture des informations est brouillée par une vision "effet de miroir" ; l'esprit établit des résonances et brûle les étapes des stades de perception.

Depuis que Pierre Janet a parlé, dans sa nosographie, de folie raisonnante, nous, les "néo-névropathes", nous ne voulons plus de la fatalité, du psychiatre considéré comme un sphinx. Et, même si nous sommes demandeurs, du mauvais côté du bureau, nous avons notre mot à dire. Nous sommes capables d'auto-analyses et de finesses de contemplateurs de synapses !

Quant aux médecins, en qui on remet nos neurones, ils font ce qu'ils peuvent. J'en connais de bons. C'est pour tout pareil. Les psychiatres ne se déplacent pas en soucoupe volante et n'ont pas de baguette magique. Ils connaissent les mêmes confrontations à la vie que vous et moi. Tout doit se placer dans la confiance accordée à son thérapeute. Je dis parfois maintenant à qui veut m'entendre : Si vous le pouvez, liez-vous d'amitié avec un psy à la retraite. Vous avez tout à y gagner. Il vous accordera du temps. Sa pratique lui a permis d'entendre suffisamment d'histoires pour que l'une d'elles ressemble à la vôtre."
Ne prenez pas un psy de gauche si vous êtes de droite. N'ayez pas peur d'en changer si la couleur du papier peint de la salle d'attente ou de son cabinet ne vous convient pas.
Mais surtout, n'oubliez pas ces deux axiomes, assez parlants et profonds, je trouve : "Ne parlez pas de votre santé à un médecin : il pourrait vous asservir" et "Le névrosé construit des châteaux en Espagne ; le psychotique y habite, et le psychiatre encaisse le loyer."

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Soyez les bienvenus sur cet "égoblog",
petit jardin virtuel.

N'oubliez pas, quand même, d'aller vous aérer.

"Vivre,
c'est passer d'un espace à un autre
en essayant le plus possible
de ne pas se cogner."

Georges PEREC



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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