18 avril 2008 5 18 /04 /avril /2008 13:54

L'experte en tôle : (Voix d'hôtesse.) Votre attention, s'il vous plaît, c'est l'Intendante Interministérielle qui vous parle. Le propriétaire du véhicule immatriculé "Trois chiffres, deux lettres, deux chiffres", qui est sans doute aussi l'étourdi qui timbre des lettres sans rédiger la contre-adresse et, à fortiori, l'adresse, et qui plus est sans les envoyer ; qui est sans doute aussi l'acheteur indulgent qui s'est procuré dans les années cinquante un plan des routes de ce pays, entaché de malencontreuses inversions associées à de flagrantes coquilles, est instamment prié de se faire connaître. Cette personne est attendue ici-même, dès maintenant. Il va sans dire qu'aucun reproche ne lui sera fait, malgré la féroce envie que nous avons de lui en faire.
(Un temps.
Attente.
Rien ne se passe.)
Nous détenons aussi un carré de journal jauni. Y sont imprimés des avis de décès. Par analogie, nous pouvons les dater de la même époque que le plan. Nous ne pensons pas qu'il y ait une relation, mais on ne sait jamais : les routes sont toujours aussi peu sûres. Une disparition a dû vous toucher, vous marquer. En tous cas, ça vous a remué ; vous y avez accordé assez d'importance pour en garder une trace. Si vous n'en avez pas fait le deuil, sachez que nous tenons cette feuille morte à votre disposition.
(Un temps.
Attente.
Rien ne se passe.)
Une situation inédite et angoissante se présente à nous. Comment allons-nous nous y prendre ?
(Elle fait le tour de la voiture.)
Quand on rentre quelque part, on est d'abord saisi par une odeur particulière, unique, caractéristique. Elle peut nous en apprendre beaucoup.
(Elle ouvre la portière de la voiture, hume intensément l'air ambiant de l'habitacle.)
Odeur de tabac très froid. Sueurs anciennes. Miasmes et scories populaires. Dénaturée par la fiente des poules, senteur de la succession des jours et des jours et du temps qui s'écoule et en remet toujours une couche. Ce qui n'arrange rien. Ou ce qui explique tout. Tout pourrait commencer par l'odeur de cet intérieur. Qui et quoi se mêlent pour résulter en un "je-ne-sais-quoi" indéfinissable que l'on ne retrouvera pas si l'on n'y revient pas. Rouler une patine des lieux et des choses mariées à la pellicule que dépose aujourd'hui. Voilà pourquoi aucune odeur ne ressemble à une autre. Usure naturelle. Intérieur en simili-panthère. Vieux caoutchoucs poreux : l'huile, l'eau et le carburant en savent quelque chose. Ce qui dénote une certaine négligence certaine de la part de notre invité-mystère. Je ne constate aucune tricherie sur ce qui aurait pu être malodorant, ni artifice pour en masquer l'état. Si... peut-être... Relents de parfum bon marché, à peine perceptibles. Il faut avoir le nez exercé. Je crois que cette voiture a transporté beaucoup de monde. Beaucoup de traces d'odeurs corporelles mêlées. C'est toujours un brassage intéressant à analyser. Mais qui peut aussi considérablement compliquer nos recherches. Vous dites que cette voiture se trouve ici depuis... ?

L'ancien garçon de ferme : Vingt-cinq à trente ans...

L'experte en tôle : Laissons tomber. Des générations de poules sont passées par là. Et les poules, ça ne vit que par leurs derrières... Même en voiture, elles ne savent pas se retenir. Regardez ! De quoi amender et fertiliser tout ce que vous voudrez sauf nos petits besoins et nos grandes envies. Nous ne sommes pas sur un terrain propice. Laissons là ces impondérables. Il ne faut pas brûler les étapes...

(A suivre.)




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17 avril 2008 4 17 /04 /avril /2008 13:41

L'experte en tôle : Venez... (Elle entraîne l'avant-courrier des tournées AIDA à l'arrière de la voiture et désigne la malle.) Essayez de l'ouvrir. (L'avant-courrier des tournées AIDA tente d'ouvrir le coffre. Echec.) Vous n'y arrivez pas ?

L'avant-courrier des tournées AIDA : Non.

L'experte en tôle : Nous non plus. Repassez la semaine prochaine. Nous aurons bien avancé d'une manière ou d'une autre. Il se peut que tout soit bouclé avant. On peut vous toucher quelque part ?

L'avant-courrier des tournées AIDA : J'ai épuisé mon stock de cartes de visite mais je dois avoir sur moi... (Il fouille dans la poche intérieure de sa veste et en sort un stylo et un prospectus.) Oui, voilà, ceci fera l'affaire. Un prospectus, de ceux que l'on vous tend dans la rue ou que l'on vous refourgue quand vous êtes docilement arrêté à un feu rouge. Pas moyen d'y échapper. En réalité, ils ne deviennent utiles que lorsqu'on y écrit ce qu'on veut soi-même. Ils ont bon dos !
(Il griffonne ses coordonnées et donne le document à l'experte en tôle.)
Vous me ferez signe, hein ? Vous me ferez signe ?

(Il s'en va en reculant, avec force signes de la main.)

L'ancien garçon de ferme : Quel raseur ! On n'avait pas besoin de ça, comme dirait ma mère. Maintenant, on va se sentir obligés d'aller plus vite à cause de lui.

L'experte en tôle : Mais non, on n'est pas obligés de tenir nos promesses.

L'ancien garçon de ferme : Qu'est-ce qu'il a écrit sur le prospectus ?

L'experte en tôle : Tenez, lisez-vous même. (Elle lui tend le prospectus.)

L'ancien garçon de ferme : C'est l'écriture de quelqu'un qui se donne de l'importance. Donc, ce n'est pas quelqu'un de très important. Voyons au recto pour savoir dans quelles rues il se promène... Ca en jette ! En très gros : "SOYEZ HEUREUX". Voisin du "X" de "heureux", et en suspension dans l'air un astérisque. Je n'aime pas ça... J'ai un renvoi... Alors voyons... Tout en bas, en minuscule, petit, petit... (Il rapproche le document de ses yeux.) "Ou malheureux, selon stock disponible. Dotation mondiale sous réserve d'erreur typographique. Document non contractuel." Qu'est-ce que je vous disais ?

L'experte en tôle : Moi, si je peux me permettre, je crois qu'il ne faut pas perdre trop de temps avec ce genre de réclame... J'ai envie de relancer un appel.

(A suivre.)

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16 avril 2008 3 16 /04 /avril /2008 13:12

L'homme : Je suis l'avant-courrier des Tournées A.I.D.A, Aujourd'hui Ici Demain Ailleurs. Je suis celui qui repère les emplacements stratégiques où nous pourrons installer notre caravane. Je ne vais pas atermoyer. Cet endroit, il me le faut. Je le convoite depuis trop longtemps. Je suis heureux de savoir que cette voiture vous appartient et que vous allez pouvoir l'enlever. Alors donc, faites-moi savoir : les gens sortent ici ? Ils sortent quand ? Souvent ? Quand il pleut ? Quand il ne pleut pas ? Ils viendront ? Ils ne viendront pas ? Il y a une équipe de foot qui gagne souvent ? Et qui se déplace à l'extérieur ? Il y a une cible ? Quel est le taux d'ozone de chanlandise ? Vous comprenez, on ne pleut plus se permettre de se déplacer comme ça, nous autres. Les temps sont durs. Nous payons une taxe à l'essieu ; nous attendons encore un peu avant de changer les pneus.

L'experte en tôle : Doucement, tout doucement. Vous voyez bien que vous ne pouvez pas vous installer ici. C'est trop important... Cette voiture...

L'homme (L'avant-courrier des tournées AIDA) : Mais une voiture, par essence, c'est fait pour rouler. Vous savez, il nous arrive de nous installer sur les parcs à autos des supermarchés.

L'experte en tôle : Oui, mais quand les autos n'y sont plus. Que le supermarché est fermé. Que les gens ont bien acheté de quoi garnir les coffres. Farcies, les autos... Beurk... On ne les laisse repartir que lorsqu'ils les ont bourré jusqu'au plafonnier. Ici, c'est loin d'être le cas. C'est une coquille vide. Cette voiture est particulière. Elle a une histoire, une âme... Laissez-nous investiguer un peu au moins. Donnez-nous le temps d'y voir plus clair. Après, nous ferons place nette ; vous l'aurez ce coin, et vous pourrez y planter vos tentes et vos barnums. Je n'ai rien contre les cirques. Bien au contraire, j'aime beaucoup ça et je suis bon public.

L'ancien garçon de ferme : Oui, moi aussi j'aime bien ça. J'ai même des amis clowns. Et je connais une dompteuse de tigres et de pigeons.

L'avant-courrier des tournées AIDA : Depuis toujours, il y a des génies et des poètes qui veulent rendre le monde plus beau. Depuis toujours, il y a de méchants médiocres qui les empêchent de le faire. Comment voulez-vous qu'on avance ?

L'experte en tôle : Vous dites ça pour nous ?

L'avant-courrier des tournées AIDA : Je pensais tout haut. Je repasse quand ?
(On entend des poules caqueter et des canards cancaner.)
Quand on aura inventé du dentifrice pour les gallinacés ?

(A suivre.)


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15 avril 2008 2 15 /04 /avril /2008 12:34

L'ancien garçon de ferme : C'est joli, ça. (Il désigne un ruban, dans les cheveux de l'experte en tôle.)

L'experte en tôle : Ca ? Ce n'est plus à la mode, mais c'est bien commode. C'est un "suivez-moi-jeune-homme". Mais attention, si vous me doublez, moi, je vous dépasse...

(L'ancien garçon de ferme s'approche du capot de la voiture, le tâte...)

L'ancien garçon de ferme : On dirait qu'elle est encore chaude. Qu'elle n'est pas tout à fait froide. Que les tuyaux travaillent encore...

L'experte en tôle : C'est que... le soleile frappe aujourd'hui à la verticale.

(Un homme arrive.)

Bonjour, monsieur. Vous avez entendu nos appels ?

L'homme : Si vous croyez que vous allez vous en sortir comme ça, vous pouvez toujours repasser. Vous croyez que je n'ai pas vu votre petit manège ? Ca fait un bon moment que je vous observe. Vous vous y prenez comme des manches. Ce n'est pas comme ça qu'on doit faire quand on veut piquer une bagnole...

L'experte en tôle : Mais enfin, monsieur, vous voulez rire ? Est-ce que nous avons la gueule de l'emploi ? Est-ce que nous avons la tête de voleurs ? S'il avait dû être volé, ce tacot le serait depuis longtemps. C'est bien plus grave que ça... Ce tas de ferraille appartient à monsieur. (Elle désigne l'ancien garçon de ferme.) Nous éprouvons quelques difficultés : l'arrière est en hayon. Moi, je ne suis là que pour savoir d'où il vient, pas où il va. A qui avons-nous affaire accessoirement ?

(A suivre.)

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14 avril 2008 1 14 /04 /avril /2008 12:05

L'experte en tôle : Et si, tout ça, c'était du chiqué ? On ne s'est peut-être baladé que sur la plage arrière...
(Elle va inspecter l'arrière de la voiture.
Elle caresse l'arrondi de la carcasse.)
Ovale de l'oeuf. Ferraille moussue. Lichénisation par endroits. Très peu de chocs. Pas d'éraflure. Pas de point de rouille. Ce qui était comique, autrefois, sur ce modèle, c'était la flèche, l'indicateur de direction. Bien avant le feu clignotant, c'était un bras articulé qui se levait, tantôt à droite, tantôt à gauche. A l'époque, c'était d'un modernisme déroutant.

L'ancien garçon de ferme : Déroutant. C'est le cas de le dire. Je me souviens de la Traction Avant de mon oncle qui nous conduisait à Vêpres ou à confesse. Et la deux-chevaux de mes frères, relique des états sacerdotaux de mon abbé d'oncle, qui nous emmenait dans les tous premiers supermarchés de la région. Qu'il me serait doux de retrouver leurs odeurs de cuir mouillé et de bielles tièdes...

L'experte en tôle : Nostalgie. C'est pour participer à un défilé retro que vous m'avez demandé de venir ?

L'ancien garçon de ferme : Je suis trop habitué à ne pas prendre de décision tout seul. Ces désisions-là, je ne veux pas que vous ne les preniez pas à ma place.

L'experte en tôle : C'est de naissance que vous êtes comme ça ou ça vous est venu par la suite ?

L'ancien garçon de ferme : ...

L'experte en tôle : Vous pensez vraiment qu'il y a eu un drame autour de cette voiture ?

L'ancien garçon de ferme : Je ne sais pas. Je n'avance rien. Ce que je sais, c'est que je ne veux pas être le seul à endosser une responsabilité, s'il y en a une.

L'experte en tôle : Je vous remercie pour le cadeau. A y songer de plus près, je me souviens maintenant que ce modèle a posé un certain problème de conscience à un moment donné. L'avant du capot était surmonté d'un lion, emblème chromé de la marque, la gueule ouverte, les dents très acérées. Pendant que les réclames disaient : "Mettez un tigre dans votre moteur", que les stations-services offraient des queues de félidés à accrocher au rétroviseur, le lion rugissait, et sa crinière fendait le vent. Mais cette figure de proue s'est vite montrée très dangereuse lors d'accidents ou d'accrochages. Les crocs du fauve mordaient et meurtrissaient les chairs des piétons. La Chambre des Députés lui a fait fermer la gueule. Le constructeur a retiré le fauve de la circulation. Les modèles qui en étaient dotés ont été sommés de s'en séparer. On s'y était un peu trop attaché à ces petites bêtes. Voyons voir ici... (Elle va au devant de la voiture.) Il y a des trous : le lion a bien été capturé.

L'ancien garçon de ferme : Vous pensez qu'il a pu faire du carnage ?

L'experte en tôle : Je ne sais pas. Ces bestioles sont tellement imprévisibles.

(A suivre.)

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13 avril 2008 7 13 /04 /avril /2008 11:47
L'experte en tôle : (Voix d'hôtesse :) Votre attention, s'il vous plaît. Le propriétaire du véhicule immatriculé "trois chiffres, deux lettres, deux chiffres" est prié de déplacer son véhicule. La validité de son stationnement est arrivé à terme échu.
(Un temps.
Attente.
Rien ne se passe.

Administrative :)
C'est le Receveur des Postes et Télécommunications qui vous parle. La personne qui a timbré une lettre sans rédiger l'adresse ni la contre-adresse est priée de se faire connaître. Notre administration, ne jouissant pas d'une bonne image auprès de l'Opinion Publique, ne saurait souffrir du manque d'élémentaire coopération des usagers. Afin d'acheminer votre pli, qui que vous soyez, Madame, Monsieur, faites-vous connaître.
(Un temps.
Attente.
Rien ne se passe.)
Passez-moi la lettre. (L'ancien garçon de ferme lui tend la lettre.) Bien sûr, ça remonte un peu à loin. Le timbre est à l'effigie de la Semeuse. Nous sommes semés. Passez-moi le plan... (L'ancien garçon de ferme lui tend le plan. Elle l'examine.

Voix radiophonique :)
De malencontreuses inversions associées à des erreurs typographiques entachent le Plan des Routes de ce Pays référencé 666RH commercialisé dans les années cinquante. Conscients des désagréments qu'il a dû causer en son temps aux usagers (fausses pistes, itinéraires erronés, vacances gâchées), nous présentons nos sincères excuses. A toutes celles et à tous ceux qui ont fait, à cause de nous, fausse route, nous offrirons un nouveau Plan, conforme aux données acquises du réseau routier, dans une édition entièrement refondue, agrémentée de pictogrammes facilement interprétables, et d'un parfait confort de lecture, sur présentation de leur agacement. La distribution commence sur l'heure. Nous vous attendons.
(Un temps.
Attente.
Rien ne se passe.)

(A suivre.)

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12 avril 2008 6 12 /04 /avril /2008 11:23
L'experte en tôle : Très bien. J'ai compris. Les énoncés sont clairs. Nous avons presque toutes les données. Voici ce qu'il faut faire en pareil cas : prendre du recul et de la hauteur. Et penser à autre chose...
(L'experte en tôle fait quelques pas en arrière et se hisse sur la pointe des pieds.
Elle regarde côté cour, puis côté jardin.)
Pas très bavarde, cette route...

L'ancien garçon de ferme :
Et pourtant, si elle pouvait parler... Elle n'a pas toujours été comme ça, inutile, désaffectée. Bon, bien sûr, elle n'est pas très droite. Elle dessine un virage sévère. Beaucoup ne savaient pas comment s'y prendre pour le négocier. Je me souviens... La voiture était déjà là, tout au fond de ce champ, au bord de la route, près de la banquette herbeuse. Il y en avait qui s'arrêtaient pour la regarder. Certains pensaient qu'elle était sortie du droit chemin, qu'elle avait capoté et qu'on l'avait laissée là... Que personne n'avait eu le courage ni l'envie de l'enlever. Et puis on a décidé de rectifier le cours de la route. Plus loin, on a créé cette portion de route toute droite. C'est par là que vous êtes arrivée sans doute ? Et ici, c'est devenu une aire, un itinéraire de repos en quelque sorte. Si vous saviez tout ce qui s'y passe aussi... La route a été rétrogradée au rang de départementale, puis de communale... Vous voyez, si vous n'entendez rien ?

L'experte en tôle : J'entends. J'entends maintenant tous ces anciens crissements de pneu.
(L'experte en tôle revient à l'arrière de la voiture.
Elle semble gratter un peu la terre et extirpe un objet qu'elle examine.)
Un os !

L'ancien garçon de ferme : Un os de poulet. Ils en mangent tous les dimanches. (Il désigne la ferme, plus loin. L'experte en tôle fait le tour de la voiture.)

L'experte en tôle : Coupe américaine. Mais fabrication française. Modèle de série. Avez-vous pensé à regarder le numéro de série ? Ca se trouve sur une plaque rivetée sur le moteur.

L'ancien garçon de ferme : C'est fait. J'ai appelé la Préfecture. Mais le bureau des cartes grises et des immatriculations a brûlé. Grillé pour l'information.

L'experte en tôle :
Il reste peut-être un appel à lancer.

(A suivre.)

------
PREMIERE BOUGIE

Hier, ce blog a eu un an. Ce siècle en a huit.
Tout reste à poursuivre. Tout peut arriver.
Merci aux lectrices et aux lecteurs courageux, fidèles ou inconnus du hasard, qui s'arrêtent ici.






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11 avril 2008 5 11 /04 /avril /2008 12:14

L'experte en tôle : D'autant plus que ?

L'ancien garçon de ferme : Un jour, il y a longtemps, j'étais petit, je m'amusais avec les poules ; je pouvais me glisser par la vitre de la portière... J'ai trouvé ça sur la plage arrière. (De l'une de ses poches intérieures, il sort un plan en piteux état.) Un plan des routes de ce pays. Annoté. Connoté. Il y a des marques. L'usure des plis a provoqué des puits de jour, vous voyez... ça ressemble à de la dentelle...

L'experte en tôle : (Elle inspecte le plan que lui a tendu l'ancien garçon de ferme.) On n'est allé que dans des trous.

L'ancien garçon de ferme : J'ai aussi trouvé ça. Dans la boîte à gants. (Il présente une feuille de journal jaunie.) Une page de vieux journal. C'est la rubrique néchronologique. On ne peut pas dire de quand il date : les bordures sont rongées...

L'experte en tôle : (Lisant.) Un vrai cimetière... Le diocèse passe l'avis de décès d'un archiprêtre... La famille est dans le chagrin, elle ne reçoit pas... Ca se comprend... Ont la douleur de vous faire part de la disparition... tuée bêtement et brutalement sur la route le... ravie à l'affection des siens et ramenée à... parents, alliés, proches et entourage... cette douce jeune femme... nos plus sincères condoléances... (Emue.) Pardonnez-moi, je ne peux plus.

L'ancien garçon de ferme : Et encore ça. Dans un pli du pare-soleil. (Il présente ce qui ressemble à une lettre.) Cette lettre, correctement cachetée, mais non-oblitérée. Et pour cause : elle n'a jamais été postée. Mal affranchie aussi sans doute : elle est bien lourde et le timbre n'a pas assez de dents. Pas d'adresse non plus. (Il tend la lettre à l'experte en tôle.) Vous voyez, j'ai tout gardé. Je suis très conservateur.

L'experte en tôle : (Elle inspecte la lettre.) Vous n'avez jamais eu la curiosité de l'ouvrir ? Moi, je l'ouvre...

L'ancien garçon de ferme : Ca vous arrive souvent de lire le courrier qui ne vous est pas destiné ?

(L'experte en tôle se ravise.)

L'ancien garçon de ferme : Maintenant, venez... La visite se poursuit par ici...
(Il l'invite à le suivre à l'arrière de la voiture. Du menton, il désigne la malle.) Essayez de l'ouvrir.

(L'experte en tôle se débarrasse des documents qu'elle tient à la main et tente d'ouvrir le coffre.
Echec.)

L'ancien garçon de ferme : Vous n'y arrivez pas ?

L'experte en tôle : Non.

L'ancien garçon de ferme : Moi non plus.

(A suivre.)



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10 avril 2008 4 10 /04 /avril /2008 14:08

L'homme : S'il a fait le coup de la panne, c'est un bon coup. Il y a longtemps qu'elle est là...

La femme : Ah ! Bonjour. Vous êtes là pour ce que nous savons ?

L'homme : Je suis.

La femme : Je me suis permise de commencer sans vous. Alors, dites-moi s'en un peu plus...

L'homme : J'ai passé mon enfance dans cette ferme, là-bas. Je venais souvent jouer ici, près de cette guimbarde. Petit, déjà, elle m'avait appelé, murmuré, parlé. Maintenant, elle crie. Je crois qu'elle a beaucoup de choses à nous dire. Il m'a semblé intéressant de remonter à la source. Alors voilà...

La femme : J'aime bien quand les choses commencent comme ça...

L'homme : Vous avez l'air étonnée...

La femme : C'est vous qui m'étonnez. Quand j'ai entendu votre voix, tout-à-l'heure, au téléphone, je me suis dit : "Voilà une voix. Une voix de col blanc." Vous êtes toujours garçon de ferme ? Vous n'en avez pas la morphologie...

L'homme : Je ne suis pas resté garçon de ferme. Et vous ?

La femme : Moi non plus, je ne suis pas garçon de ferme.

L'homme (L'ancien garçon de ferme) : En revanche, l'éclat de vos yeux métalliques dit très bien ce que vous êtes : experte en tôle. Si je vous ai demandé de venir, c'est que j'ai suivi avec intérêt et attention votre dernière mission : expertiser la deux-chevaux de ce prélat écrasée par un train.

L'experte en tôle : Ah oui ! C'était une sympathique figure de l'Eglise Catholique et Apostolique. Un brave cardinal du Sud-Ouest... Regardez le résultat ; j'ai gardé un échantillon...

(De son carton à dessin, elle sort un petit morceau de tôle, une plaque cabossée qu'elle agite.
Bruit métallique inquiétant.)

L'ancien garçon de ferme : On est bien peu de chose.
(Un temps.)
Pour tout vous dire, je suis en vacances. Et je voulais les mettre à profit pour donner de l'importance à cette voiture.
(Il désigne la carcasse.)
Alors voilà, ce que j'aimerais savoir, c'est à qui elle a appartenu. Où ses tours de roues l'ont-elle menée, au temps où elle était un rutilant et ronflant véhicule ? A-t-elle franchi les limites du canton, du pays, du raisonnable ? Quels sont ses états de service ? C'est bien plus qu'un jeu, c'est un devoir. D'autant plus que...

(A suivre.)





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9 avril 2008 3 09 /04 /avril /2008 12:46

"Les choses ont leurs secrets
Les choses ont leur légende
Mais les choses murmurent
Si nous savons entendre."
Barbara

PERSONNAGES :

L'ancien garçon de ferme
L'experte en tôle
L'avant-courrier des tournées AIDA
Premier terrifiant homme orange
Second terrifiant homme orange
La femme au calendrier

ACTE PREMIER

Nous pourrions envisager :

Une carcasse de voiture -un ancien modèle- comme on en voit un peu partout dans les arrière-cours de fermes, ou en plein champ, servant d'abri pour les poules.
Celle-ci est au fond d'un pré, presque au bord d'une route qui dessine un long et grand virage sévère. Le tracé a été rectifié.
On peut supposer que route et voiture sont inemployées depuis longtemps.
On peut aussi supposer que cette vieille route sert maintenant d'aire de repos puisque la vieille voiture sert d'abri pour les poules. Plus de roues. A la place, des cubes de bois.
Plus loin, la portion toute droite d'une route nationale.

Une femme arrive sur le plateau.
Elle porte un carton à dessin.
Elle furète autour de la carcasse.
En fait, elle ne furète pas ; elle inspecte. C'est parfois pareil.

Par la portière avant droite, des poules s'enfuient en caquetant.

La femme s'installe au volant, ou ce qu'il en reste : un moignon de volant.
Les sièges conducteur et passager sont crevés ; des ressorts baillent...

La femme actionne la trappe du toit ouvrant.
Elle fonctionne.
Elle l'ouvre et sort sa tête.
De ses mains, elle teste la solidité du toit.

Un homme arrive.

(A suivre.)










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