20 mars 2008 4 20 /03 /mars /2008 14:24

L'homme : Bonjour. On m'a indiqué ici, à peine plus loin, un coin de pêche. Je me suis laissé dire que c'était poissonneux. Ca mord ?

L'infirmière : Ici, en ce moment, ça pince plutôt.

Le bleu : Qui êtes-vous, monsieur ?

L'homme : Pêcheur de pilchards, depuis trois générations.

Le bleu : Vous pouvez aller à la pêche. Mais faites en sorte de ne pas trop faire de vagues. Il y a un bateau en attendance qui ne sait pas trop où il va aller...

L'homme (Le pêcheur de pilchards) (A l'infirmière.) : Il est garde-pêche ou garde-côte ?

L'infirmière : Il attend la télé.

Le pêcheur de pilchards : Il aime bien se faire voir ?

L'infirmière : Oui, mais pas sous son meilleur profil.

(Le bleu, inintéressé par la conversation, s'est placé bien en face de la caméra de surveillance.

Il a sorti un peigne.

Il se peigne outrancièrement, avec tant de métuculosité, tant de compulsion que ça en devient ridicule.

Puis s'adressant au pêcheur de pilchards :)

Le bleu : Si vous voyez Artaud, dites-lui qu'il serre les dents pendant que je croise les doigts pour lui. Un jour, il sera enfin compris, si bien que l'on apprendra ses poèmes par coeur dans les écoles.

(Le pêcheur de pilchards s'en va.

Un temps.)

L'infirmière : Ils tardent à venir, les journaleux. Nous pourrions commencer sans eux. Voulez-vous que je vous entretienne ? J'ai pris quelques cours de journalisme. Je ne sais pas analyser. Par contre je sais synthétiser.

Le bleu : Dites-moi, c'est vrai ce qu'on dit sur vous ?

L'infirmière : Sur moi ?

Le bleu : Sur vous. Enfin, pas sur vous ; sur vous, les infirmières... Que, sous la blouse... (Geste évasif.)

L'infirmière : Ah ! oui ! C'est vrai ! Sous la blouse, il nous arrive parfois d'avoir des bleus... Ca vous met en confiance ?

(A suivre.)

 

 

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19 mars 2008 3 19 /03 /mars /2008 13:03

L'infirmière : Vous avez pensé au...

Le bleu : On y pense... On y pense...

L'infirmière : Ils tardent à venir, les autres... Un reportage urgent ailleurs peut-être ? Plus urgent que le vôtre. Plus vendeur. Plus porteur. Vous n'êtes pas complètement foutu. 

Le bleu : J'ai l'habitude, vous savez. Ce n'est pas la première fois qu'on me fait le coup du lapin qui se pose un peu là. J'ai pris des dispositions pour patienter sans trop mariner. Je m'attache aux ornements des lieux. Voyez cette mare aux plichards de l'autre côté de la vitre comme elle est belle. (Il désigne un point côté jardin.) Et ce petit bateau, jaugeant trente-cinq roudoudous voguant dessus. Un thonier ? Un sardinier ? Un pétrolier ? Quel chalut, il fait ! La caque sent le hareng ; la coque le requin... C'est bien plus qu'un point d'eau dans une salle d'attente... c'est bien plus que ça...

L'infirmière : Ca, c'est une fontaine d'agrément. Les architectes appellent ça un "espace de rencontre et de fraîcheur convivial".

Le bleu : Ils se trompent. Ce qui est convivial, c'est ce qui est chaleureux.

L'infirmière : Bien sûr, mon amiral.

Le bleu : Ce petit bateau, dans son presque radoub, présente plus d'intérêt qu'il n'y paraît. Va-t-il pouvoir appareiller ?
(Un temps.)
J'ai peur.

L'infirmière : Comment ? Un grand garçon comme vous ?

Le bleu : Oui, j'ai peur. J'ai même très peur. Pas le mot, la chose. Des peurs d'enfant, madame, grosses comme ça. (Il désigne ses deux poings fermés.)

L'infirmière : Arrêtez les violons que vous n'arrivez pas à accorder. Faites-vous violonce.

Le bleu : J'ai peur. Je ne peux pas m'en empêcher. Il était dit que l'amour me serait réfractaire. Me l'eût-on fait comprendre autrement, je l'eusse mieux accepté.

(Un homme arrive.
Attirail du pêcheur : canne, épuisette, cuissardes de pêche.)

L'infirmière : Mais enfin, pincez-moi, je rêve.

(A suivre.)






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18 mars 2008 2 18 /03 /mars /2008 13:38

La femme (L'infirmière) : Vous n'en avez pas assez de l'étiquette que vous vous êtes collée ? C'était pour faire un coup ?

L'homme (Le bleu) : Un coup avec un "p" ?

L'infirmière : Vous en connaissez beaucoup des mots qui se terminent par un "p" ?

Le bleu : Oui, beaucoup.

L'infirmière : Beaucoup trop ! Et sinon, quelle est votre activité principale, ici ?

Le bleu : J'attends une équipe de télévision. Nous avons convenu d'un rendez-vous.

L'infirmière : Qu'est-ce que vous allez leur dire ?

Le bleu : Je vais leur parler d'amour. D'amours impossibles si possible. Des femmes pour tous et des femmes des autres. Des femmes secrètes, interdites, défendues. Il était dit que l'amour me serait réfractaire. Me l'eût-on fait comprendre autrement, je l'eusse mieux accepté.

L'infirmière : Ca vous a beaucoup remué ?

Le bleu : Ca m'a touché. Ca m'a percuté. Ca m'a foudroyé.

L'infirmière : Vous avez déjà pensé à...

Le bleu : On y pense... On y pense... Vous avez lu Artaud ?

L'infirmière : Non, mais j'ai une tante qui habite dans le quartier près de là où il a séjourné.

Le bleu : Séjourné... C'est bien ça...
(Il se dirige côté cour, appelle quelqu'un qu'on ne verra pas.)
Antonin ! Nanaqui !
(De la coulisse, un ballon rouge est envoyé, que réceptionne le bleu.
A son tour, il renvoie le ballon.
Echanges de balles...
Le bleu renvoie la balle une dernière fois ; aucun retour.
Visage effrayé.)
Antonin ! Ca y est ! Ils l'ont encore repris !

(Le bleu, chagrin, retourne près de l'infirmière.)

(A suivre.)


 

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17 mars 2008 1 17 /03 /mars /2008 13:02

L'homme : Alors, c'est vous ?

La femme : C'est moi.

L'homme : Chargée de dresser l'état des lieux communs ?

La femme : C'est bien ça.

L'homme : Je me suis mis ici pour ne pas qu'on me voit. Mais je ne sais pas si c'est la meilleure place...

La femme : Vous savez, les gens se parlent entre eux : c'est la coutume... C'est la tradition... C'est le folklore... On dit beaucoup de choses sur vous. Il y a longtemps que vous êtes là ?

L'homme : Ici, (geste étroit) pas depuis lontemps, depuis dix minutes environ. Mais ici, (geste large) depuis un peu plus de quarante-cinq ans.

La femme : Pourquoi êtes-vous comme ça ?

L'homme : Vous m'en voudrez beaucoup si je vous le dis ?

La femme : Je crois que non.

L'homme : Je crois que oui. Vous l'aurez bien cherché. Si je vous pince très fort le bras comme ça, en insistant et en tordant la peau entre le pouce et l'index... (Il lui pince très fort le bras ; elle crie de douleur et lui donne une gifle.) Ca fait mal, hein ? Ca fait même très mal. Bien. Maintenant, si je vous caresse tendrement la joue, comme ça... (Il lui caresse la joue ; elle est toujours "sous le coup" de la douleur.) Qu'est-ce que vous allez retenir ? La caresse ou le pincement ? Ne me répondez pas. Demain, vous aurez un bleu ici. Peut-être même un hématome. Et bien, voyez-moi, inspectez-moi, auscultez-moi : je suis un bleu ! Vous comprenez mieux ? Si demain l'on me propose d'être aussi heureux que je fus malheureux, je refuse : la charge est trop lourde.

(A suivre.)

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16 mars 2008 7 16 /03 /mars /2008 12:51
Je dédie cette pièce à Régis H.

TOUT BLEU

"Au malheureux dont les bras
Ne purent s'appuyer
Sur une amour humaine."
Francis Jammes

Personnages :

Le Bleu
L'infirmière
Le pêcheur de pilchards
La journaliste
Le preneur de son

PREMIER ACTE

Nous pourrions envisager :
C'est un sas.
Un lieu de transit. Entre deux portes.
L'oeil énorme d'une caméra et, plus loin, un moniteur-écran de réception de l'image.
Un système de vidéo-surveillance en quelque sorte.
Au plafond, un haut-parleur.
Rien ne peut laisser supposer que nous sommes dans un établissement hospitalier facile à identifier : un lieu de soins, un hôtel, etc...
Un homme est là, face à la caméra.

L'homme : La vie, c'est comme une pièce de théâtre. Il y a des gens qui entrent. Il y a des gens qui sortent. Il y en a qui reviennent. D'autres qui restent. Il y en a qu'on revoit souvent alors qu'on s'en passerait bien. Il y a ceux qu'on ne revoit jamais et on le regrette. Il y a des gens qu'on aimerait revoir et qu'on ne revoit jamais. Il y en a qu'on revoit parce qu'ils reviennent et d'autres qui reviennent parce qu'on les revoit. Il y a des gens qu'on aimerait voir revenir et qui ne reviennent pas. Et puis un jour, tout s'arrête.

(Une femme arrive.
Elle porte une blouse blanche.
Echange de poignées de mains.)

(A suivre.)

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15 mars 2008 6 15 /03 /mars /2008 13:41
Le brûleur de cageots : J'ai fait le tour de mes démons et je les ai dépassés. Vivre n'est plus qu'un amusant jeu de société. Je suis conscient de vivre un instant-charnière.

La femme qui fait ça en blanc : Alors, racontez comment cela s'est-il passé ?

Le brûleur de cageots : La co-gérante du manège de tampons-dateurs s'est montrée très compréhensive à notre égard. Elle a assisté au démontage de sa pièce sans le babillage habituel des femmes en pareil cas. Nous sommes revenus chez mon ami inventeur. Il a réitéré l'opération à l'envers. Il commence à avoir l'habitude ! Sa machine remise en état, j'y suis monté dedans. Quand je suis sorti, il m'a tendu la main et me l'a serrée avec chaleur. "Ca n'a pas dû être drôle tous les jours", m'a-t-il dit. Il tenait le résultat dans l'autre main. Le chiffre inscrit était exorbitant.

La femme qui fait ça en blanc :
Il avait bien pris soin de remettre les compteurs à zéro ? Parfois, on supporte la souffrance des autres...

Le brûleur de cageots :
Il avait remis le compteur à zéro et la courroie était presque neuve. Le chiffre, exorbitant... Mais, maintenant que je sais, ça va beaucoup mieux. J'ai acquis une philosophie personnelle, une force tranquille... Oui, ça va beaucoup mieux... Et ici, rien de nouveau ?

La femme qui fait ça en blanc :
J'ai laissé mourir le feu.

Le brûleur de cageots : Vous faites semblant mais vous ne le faites pas exprès. Rassurez-vous, c'est du bois tendre dont on fait les allumettes et les boites de camembert ; c'est du peuplier : ça brûle vite, ça repartira...

La femme qui fait ça en blanc : Alors, revenons là où nous en étions restés.
(Elle sort son bloc de papier, le chronomètre qu'elle enclenche.
Elle "évalue" un instant le brûleur de cageots.
Vos traits ont épaissi, mais votre âme s'est affinée.

(Elle prend un cliché du brûleur de cageots.
Elle s'agenouille et ouvre la braguette du brûleur de cageots.
Elle fait claquer ses doigts.
Noir total sur le plateau.
Court silence.)

La femme qui fait ça en blanc : Décrochez-nous !... Décrochez-nous !... C'est une erreur... Décrochez-nous !...

FIN

------
PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN

"TOUT BLEU"

de Joël Fauré

"Avec "Tout bleu", j'ai voulu dire -sans le souci d'être complet- ce que pouvait être la vie d'un homme où l'amour fait cruellement défaut.
Ses carences affectives l'ont conduit et cloué en un lieu de nulle part, de personne et de tout le monde, où il s'est inventé un univers onirique qui n'est autre que le reflet de son âme.
Il n'est pas le critique acerbe de la propre image qu'il renvoie, mais l'acteur-spectateur-voyeur d'épisodes auxquels il ne peut rien changer.
Près de lui, d'autres viennent pour le regarder et l'écouter.
Devant ce déballage, somme toute pudique et poétique, "une certaine" ira jusqu'à être séduite. Jusqu'où ?.."

JF


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14 mars 2008 5 14 /03 /mars /2008 10:16
(Hurlement d'un chien.
La femme qui fait ça en blanc est maintenant effrayée. Pour se rassurer, elle chantonne une chanson d'autrefois.
Elle se dirige en coulisses et revient, tenant par la main une fillette qui tient elle-même par la main une poupée et un livre.
La femme qui fait ça en blanc s'assoit et invite la fillette à faire de même.
Elle ouvre le livre et lui donne, de l'index, des  indications. Peut-être lui apprend-elle à lire ?
La fillette, à son tour, installe sa poupée près du livre, et lui donne, de l'index, des indications.  Peut-être lui apprend-elle, à son tour, à lire ?
La femme qui fait ça en blanc, émue, prend une photo et ramène l'enfant en coulisses.)

La femme qui fait ça en blanc : Qu'est-ce qu'ils fabriquent ? Des courroies ? Ou des machines à peser la souffrance ? Ou des moissonneuses-dateuses en série ? Pour le Tiers-Monde ?

(Silence.)

Je m'ennuie.

(Silence.)

Dernièrement, j'ai lu dans la presse les réflexions d'une actrice de premier plan. Elle disait : "Le cinéma (Et moi, je rajouterai le théâtre), c'est l'art de l'ellipse. Quand il s'agit de suggérer, c'est le véhicule le plus adapté". C'est à l'opposé de ce que disait l'autre : "Un seul lieu, un seul jour, un seul fait accompli tient jusqu'à la fin le théâtre rempli."

(Silence.

Le brûleur de cageots revient sur le plateau.

Il porte très ostensiblement un panneau sur lequel on peut lire : "QUELQUES INSTANTS PLUS TARD..."

La femme qui fait ça en blanc : Ah ! C'est vous ! Je ne vous attendais pas si tôt...

(A suivre.)



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13 mars 2008 4 13 /03 /mars /2008 13:16

La femme qui fait ça en blanc (Au public.) : Votre plan d'occupation du temps vous a mené ici. Certains peut-être le regrettent ?

(Silence.)

Le temps, c'est de l'argent. L'éternité, une fortune. Exonérée d'impôt.

(Silence.)

Je m'ennuie.

(Silence.
Elle se relève, s'approche du tas de cageots, en brise un et le jette au feu.
Retour à l'avant-scène. Elle se rassoit.
Silence.
Elle prend une photo du public.)

Le temps passe si vite et saupoudre les choses de poudre de perlimpinpin. Tout s'use, se salit et se souille. Le temps patine et patine tout : la pierre, le bois, la terre, la chair. Offf... Je ne vais pas vous faire un dessin. Et puis, il ne faut pas se bercer d'illusions. Un de ces quatre matins de la semaine des quatre jeudis...

(Hurlement d'un chien.
Rafale de vent.
Chant de rainette.
Un geai cajole.)

Un geai cajole. Il y a de ces aberrations dans notre langue. On dit : "J'ai un geai". Quand il n'y en a qu'un. Mais quand il y en a plusieurs, nous devrions dire : "Nous avons un nous avons". Autre aberration : "Ma belle-soeur". BELLE-soeur ! Si vous voyiez la tête de la mienne !

(Hurlement d'un chien.)

Un jour, j'ai retrouvé un vieux journal d'il y a quinze ans. Dans ses colonnes, j'ai trouvé une petite annonce ainsi libellée : "Jeune homme doux et gentil, bien sous tous rapports, recherche jeune femme même profil en vue mariage." Suivait un numéro de téléphone. Par déduction, j'ai rajouté quatre chiffres à l'ancien -tout augmente dans ce pays- et j'ai appelé. Un homme a répondu. Je me suis présentée et j'ai dit que je répondais à son annonce. Ca l'a mis dans une de ces colères... Il m'a dit : "Vous vous rendez compte ! Et si c'était ma femme qui avait répondu !..." C'est fou ce qu'on peu changer quand même.

(A suivre.)


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12 mars 2008 3 12 /03 /mars /2008 13:24
L'inventeur de la machine à peser la souffrance : En route ! Je vous fournirai des explications le moment venu, en faisant les choses. (Il aide le brûleur de cageots à se lever.) Vous pourrez marcher ?

Le brûleur de cageots : Oui, je crois.

L'inventeur de la machine à peser la souffrance (A la femme qui fait ça en blanc :)  Vous nous accompagnez ?

La femme qui fait ça en blanc : (Elle regarde le ciel.) J'aimerais beaucoup, mais hélas, je dois rester ici pour alimenter et surveiller le feu.

Le brûleur de cageots : Je serai de retour le plus vite possible. Faites attention aux cagettes d'huîtres : ça pète...

(Du menton, l'inventeur de la machine à peser la souffrance désigne la braguette du brûleur de cageots restée ouverte.
Le brûleur de cageots ne bronche pas.
Même jeu de l'inventeur de la machine à peser la souffrance.
Le brûleur de cageots comprend enfin et se rajuste.
La femme qui fait ça en blanc prend une photo de groupe.
Exit la co-gérante du manège de tampons-dateurs, l'inventeur de la machine à peser la souffrance et le brûleur de cageots.
La femme qui fait ça en blanc reste seule en scène.

Silence.

Elle s'approche du socle de béton, y grimpe dessus et va "caresser" l'anneau.
Elle regarde le ciel, puis revient à l'avant-scène.

Silence.

Elle s'assoit en tailleur. Elle semble inspecter scrupuleusement le public. Elle le fixe. Puis va chercher son appareil-photo et prend une photo du public.)

(A suivre.)


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11 mars 2008 2 11 /03 /mars /2008 14:02

L'inventeur de la machine à peser la souffrance : Courroie sérieusement non-nomenclaturée. Référence 1.62.10.31.555.10 Clef 49. C'est exactement ce qu'il me faut. Madame, voulez-vous me prêter votre courroie ? C'est pour la bonne cause : monsieur est souffrant.

La co-gérante du manège de tampons-dateurs : ...

L'inventeur de la machine à peser la souffrance : (Brouillon. Débit rapide. Flux nerveux.) Tout ça, c'est de la faute à l'agriculteur. Sa moissonneuse est tombée en panne. Ses moissons ne pouvaient pas attendre et il était soucieux. Madame n'arrêtait pas de mitrailler le monde qui n'arrêtait pas de tourner. La Terre est ronde et légérement aplatie aux pôles. Si elle avait su se tenir, nous n'en serions pas là. Mais, vu la ceinture qui ne retrouvait pas ses passants ; attendu que la courroie était sectionnée, il a eu raison de se plaindre. Par ces motifs, nous lui avons porté secours et assistance. Nous nous sommes rendus chez moi. Chemin faisant, nous avons laissé des tas de fumier fumant à épandre. Nous nous demandions où cela pouvait nous conduire. Enivrés par une odeur de fête foraine, nous avons fait une halte chez vous où vous nous avez cordialement reçus. Je me suis incliné devant la lourdeur de son chagrin. Je suis un peu décousu, je sais. Pardonnez-moi. Et alors, j'ai mis ma machine en pièces détachées et je lui ai donné ma courroie pour le dépanner. Maintenant que lui est sorti d'affaire, moi, je suis démuni. Et alors, mon ami le brûleur de cageots souffre et il a besoin de savoir à quel point. Il n'y a que vous qui puissiez nous tirer d'embarras en nous prêtant votre courroie. Un petit arrangement est envisageable...

La co-gérante du manège de tampons-dateurs : Je n'ai pas tout compris.

L'inventeur de la machine à peser la souffrance : (Plus clair.) Madame, vous avez confiance en moi ? Ce qui nous rapproche, c'est que nous avons le même imprimeur pour la notice. Il vous est possible de faire une bonne action. C'est la Providence qui vous envoie. Sans trop me poser de questions, accepteriez-vous de me prêter une pièce importante de votre manège ?

La co-gérante du manège de tampons-dateurs : Il faut que demain, il soit en état de fonctionner.

L'inventeur de la machine à peser la souffrance : Il le sera.

La co-gérante du manège de tampns-dateurs : Alors j'accepte.

(A suivre.)

 

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