21 février 2008 4 21 /02 /février /2008 15:33

Les blogs, créneaux réservés aux "amateurs" et aux bricoleurs de Mécanno ?La dernière tranche de ma pièce "Notice" a fait les frais de mes "doigts d'auteur" impatients.
Voici donc la  réplique dans son intégralité :

L'inventeur de la machine à peser la souffrance : J'ai inventé une machine à peser la souffrance parce que j'étais excédé d'entendre : "Machin, lui, au moins, il a des raisons de se plaindre..." Vous montez dans la machine et un chiffre s'affiche. Plus aucun moy

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21 février 2008 4 21 /02 /février /2008 15:32

Plus aucun moyen de douter, de se tromper...

(On entend un bruit de moteur saccadé.
Les regards se portent vers le champ de blé.)

(A suivre.)

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21 février 2008 4 21 /02 /février /2008 12:57

(La femme qui fait ça en blanc observe scrupuleusement  les mouvements de la moissonneuse-dateuse. Toute absorbée qu'elle est, elle reste étrangère à la scène qui suit :

Un homme vient à la rencontre du brûleur de cageots. Ils se donnent l'accolade avec effusion.

Echange et dialogue dont nous ne saurons rien.

Au bout d'un moment, le brûleur de cageots appelle la femme qui fait ça en blanc.)

  Le brûleur de cageots : Je vais vous présenter un ami. Un type formidable. Je suis sûr qu'il va vous plaire... Un inventeur ! Il a inventé la machine à peser la souffrance. Quand on a mal, on le dit, mais souvent, on le dit mal. Il était excédé d'entendre :  "Machin, lui, au moins, il a des raisons de se plaindre..." Vous montez dans sa machine et un chiffre s'affiche. Plus aucun moyen de douter, de se tromper... C'est vraiment quelqu'un d'étonnant. (A son ami :) Allez-y, parlez !

L'homme : ...

Le brûleur de cageots : Allez... Allez-y... parlez !

L'homme (L'inventeur de la machine à peser la souffrance) : Si vous souffrez, de deux choses l'une : ou vous vous supprimez, ou vous vous supprimez pas. Si vous vous supprimez pas, de deux choses l'une. (Il regarde le ciel.) Lune !

Le brûleur de cageots : N'est-ce pas qu'il est étonnant ?

(La femme qui fait ça en blanc prend une photo du nouveau venu.)

La femme qui fait ça en blanc : Parlez-moi plutôt de votre machine.

L'inventeur de la machine à peser la souffrance : J'ai inventé une machine à peser la souffrance parce que j'étais excédé d'entendre : "Machin, lui, au moins, il a des raisons de se plaindre..." Vous montez dans la machine et un chiffre s'affiche. Pl

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20 février 2008 3 20 /02 /février /2008 13:07

Le brûleur de cageots : Ici ?

La femme qui fait ça en blanc : Pourquoi pas ? L'endroit est charmant. Et hautement symbolique. C'est une enclave ou un bout de servitude ? Ne me répondez pas. Il faut que ce soit un bout de servitude... Je vois là des traces de roues...

Le brûleur de cageots : C'est la moissonneuse-dateuse.

La femme qui fait ça en blanc : La moissonneuse-dateuse ?

Le brûleur de cageots : La moissonneuse-dateuse !

La femme qui fait ça en blanc : Celle que l'on entend ? (Elle se dirige côté jardin.) Magnifique champ de blé ! Merveilleux temps des moissons !

Le brûleur de cageots : Fantastique mièvrerie. D'Epinal... Vivent les marronniers glacés ! Il faut encore que je vous dise : ce champ est à tout bout de lui-même moissonné. Quand le conducteur de la moissonneuse-dateuse croit avoir tout achevé, il lui faut tout recommencer ! Ca repousse sans arrêt. Alors lui, pas fétu pour un grain, il moissonne... Ca commence à durer maintenant. Oui, ça fait une paille qu'il a les végétations.

La femme qui fait ça en blanc : Autre grande curiosité. Ca m'intéresse. Ca m'excite. Il ne se repose jamais ?

Le brûleur de cageots : Je crois qu'il n'est pas tout à fait dupe de ce qu'il fait. Il s'arrête "parfois-souvent". Il lit du Camus en cachette ! (Tout bas.) C'est un Camusard !

La femme qui fait ça en blanc : Vous le connaissez ?

Le brûleur de cageots : Bien sûr, il est du hameau.

La femme qui fait ça en blanc : Il faudrait souhaiter qu'il s'arrête. Qu'il ait une soudaine envie de lecture...

(Elle prend une photo de la moissonneuse-dateuse.)

(A suivre.)

 

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19 février 2008 2 19 /02 /février /2008 17:53

Et d'un !

Je vous en parlerai ici dès que j'en aurai connaissance : des publications sur Jacques Brel, qui amorce sa trentième année de tombeau.
Florent Pagny a déjà devancé l'appel.
Est annoncé pour sortie en librairie le 21 février "Sur les pas de Jacques Brel" aux Presses de la Renaissance.
C'est un "beau livre" (28 €) qui ressemble à un carnet de voyages. Il s'agit ici de retourner sur les lieux que Brel a fréquentés. L'idée en revient à Michel Quint (Admirable "Effroyables jardins") pour le texte et Philippe Lorin (illustrateur de nombreuses couvertures au "Livre de Poche") pour les illustrations.
Sans avoir eu l'ouvrage en mains, il me tente et me séduit assez...

JF


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19 février 2008 2 19 /02 /février /2008 13:13

A la mémoire d'Alain Robbe-Grillet,
à ses 85 ans d'observation des tropismes
des végétaux et des hommes ;
A Catherine et Beverly.

L'homme : Pas souvent. Il faut qu'un certain nombre de conditions soient réunies, soient remplies. D'abord, il faut y croire... Il faut le vouloir. Ca arrive... une fois... par vie... dans la vie.

La femme : Et que faites-vous dans la vôtre ?

L'homme : Je suis brûleur de cageots. C'est-à-dire que je suis chargé d'évacuer le trop-plein de notre société de surconsommation. C'est ma tâche... comment dire ?... officielle, sociale, quotidienne. Les emballages, les conditionnements, les "packaging"... Je détruis tout ce qui, si ce n'était pas fait, encombrerait, alourdirait, au point que la Terre, épuisée, ne pourrait plus rien supporter et s'écroulerait sans doute... Vous me direz : "Pas de panique ! Il reste une solution de secours : le crochet !" Oui, mais nous sommes bien peu à le savoir. Et puis, je dois vous avouer qu'on n'est pas bien sûr que ça fonctionne. (Il s'approche de l'anneau, y passe la main qu'il essuie ensuite.) Regardez : ça rouille.

La femme : Nous étions vraiment faits pour nous rencontrer. Vous êtes brûleur de cageots et il paraît que je suis un peu allumeuse. Mais laissons cela pour le moment. Pour les autres, je suis "la femme qui fait ça en blanc". On se trimballe de ces surnoms ! Mais peut-être que celui-ci est justifié, je ne sais pas. Je n'ai qu'une quête : capter l'instant où un être change d'aspect, où un bouton sera révélateur et en appellera d'autres ; où un pli sera déterminant -disgrâcieux mais déterminant- ; où un grammage s'installe ou se désagrège... Le jour J, l'heure H, l'instant... tanné. (Elle se tasse la main avec le poignet.) C'est un phénomène que nous sommes plusieurs à partager. Je veux savoir pourquoi le temps... Je veux savoir pourquoi le temps nous modèle comme une pâte à modeler. Nous attendrons ensemble si vous le voulez bien ? (Elle prend une photo du brûleur de cageots.)

(A suivre.)


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18 février 2008 1 18 /02 /février /2008 13:05

Un lopin, à l'orée d'une forêt.
Une énorme chape de béton est coulée dans le sol.
Serti dans le béton, un immense anneau de fer plein, plus haut d'au moins une tête qu'un homme de constitution normale.

Des pieux sont fichés dans le sol. Des boites de conserves en coiffent le sommet.

Un tas de cageots.

On peut supposer, à faible distance, un village, ou, tout au moins, quelques habitations.

Un homme arrive dans le champ.
Il est accompagné d'une femme à qui il donne des explications.
Elle est flanquée d'un appareil-photo.
Elle prend une photo.

L'homme : Nous sommes arrivés. C'est ici. C'est un lopin de terre que je tiens de mes parents. Le hameau dont je vous ai parlé est un peu plus loin. La Terre est ronde. Je ne vous apprends pas qu'elle tourne autour d'elle-même et autour du soleil. La rotation de la Terre, ce n'est pas une légende. Elle fait sa révolution. Une partie du globe est éclairée, l'autre pas. C'est le jour et la nuit. Nous sommes bien d'accord jusque là. Bon. Voyez ça : cette énorme chape de béton dans laquelle est serti cet immense anneau de fer. Si vous êtes patiente, vous verrez venir du ciel (Il lève la tête.) un gigantesque crochet tout au bout d'un filin. Si vous avez l'oeil vif, vous verrez le crochet venir tout droit se glisser dans l'anneau. Très vite, ensuite, une traction s'exercera, grâce à un treuil céleste ; le fil se tendra. Vous mesurez la gravité ? Et oui, c'est ici que tout se passe. Et que fait la Terre pendant son accrochage, me demanderez-vous ? Elle se repose. Elle s'arrête de tourner. Elle se balance... Elle se berce... Ca se passe comme ça, doucement, sans secousse, en finesse, donc sans intervention humaine. Et il paraît alors qu'à ce moment-là, tout le monde est bien, se sent bien. Il y a très peu de monde qui sait cela... sinon... vous pouvez très bien imaginer... la belle tranquillité de l'endroit... J'ai bien pensé l'exploiter, cette curiosité, mais je préfère m'en sortir avec une grandeur d'âme.

La femme : Et ça, là, ce que vous venez de me dire, ça arrive quand ?

(A suivre.)

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18 février 2008 1 18 /02 /février /2008 10:18

NOTICE

"Alors, ce n'est que ça, la vie,
Ce fatras, ce brouillamini ?
Je croyais qu'on répéterai, moi.
Mais non. On joue, directement,
Personne ne connaît la pièce,
On improvise les mots, les gestes.
Alors, c'est mauvais, forcément.
Faudrait pouvoir apprendre, non ?
Faire quarante ans d'apprentissage,
Tout ressentir, devenir sage,
Et puis renaître pour de bon.
Ca, ce serait bien..."

Jacques Debronckart

Personnages :

Le brûleur de cageots.
La femme qui fait ça en blanc.
L'inventeur de la machine à peser la souffrance.
Le conducteur de la moissonneuse-dateuse.
La co-gérante du manège de tampons-dateurs

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14 février 2008 4 14 /02 /février /2008 16:33
J'ose une suggestion, comme ça, en passant, juste mon portrait en quatre de couverture dans Libé... Tenez, je souffle même les premiers mots :


Joël Fauré, 46 ans. Fonctionnaire-écrivain. Névrosé. Fétichiste, mégalo et narcissique. Et pourtant pudique. Veut qu'on le reconnaisse et qu'on l'aime. Depuis plus de 10 ans, ne s'est réalisé dans rien, et pourtant, fait tout pour avoir son portrait dans Libé.

"Que faut-il faire et qui faut-il être pour avoir son portrait en quatre de couverture dans Libé ? Si vous connaissiez ma vie..."
Excédé, Luc Le Vaillant lui adresse un mail : "C'est du harcèlement ? Un spam ? Dites m'en plus à tout hasard..."
Puis, à la faveur d'une série d'été sur les "objets perdus", il contacte Ondine Millot. Il ne sait exactement quel axe pourra être donné au portrait. Faire connaître son oeuvre littéraire ? (9 pièces, 3 romans "biographés", une nouvelle érotique sous le pseudonyme de Raoul Jefe, la création d'un fanzine puis d'un blog sur le fétichisme, une biographie d'une artiste oubliée...)

Joël Fauré 
en 5 dates

1962
Naissance à Toulouse.
1991
Premiers TOC et premiers écrits.
1999
Création du fanzine "A propos de bottes"
2000
Sa pièce "Le personnage tout rouge" est créée au Théâtre de Poche de Toulouse
2007
"Comme un tableau fauve"
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14 février 2008 4 14 /02 /février /2008 14:52

La chroniqueuse : Monsieur, pour la douleur et au nom de la douleur, votre conduite a été remarquable. A mon avis, vous êtes encore à temps de transformer vos disgrâces en différences et vos différences ainsi obtenues en atouts. Conformément à votre texte en vigueur, en vertu des pouvoirs que je me confère, et au nom du peuple de ce pays, j'avance que ceci est le brouillon du message qui se trouvait dans la bouteille.

Le peseur d'eau : Vous en avez mis du temps pour comprendre.

La chroniqueuse : J'avais compris dès le départ, je vous l'ai déjà dit. Vous ne m'avez pas beaucoup aidé.

Le peseur d'eau : Je n'ai fait que ça : vous tendre des perches. Vous ne m'avez tendu que des queues de poisson. Je l'ai même écrit tout-à-l'heure dans votre main. Si l'encre n'avait pas été aussi mouillée, le message ne se serait pas effacé. Oui, ce que j'avais écrit, c'était : "Tellement naufragés que la mort paraît blanche", le message rendu plus accessible. Cette phrase doit à présent sécher sur la main du fabricant de bottes qui dépassent le genou. S'il ne l'avait pas eu aussi leste et lourde à la fois ; s'il n'avait pas aussi fermement serré la vôtre, vous pourriez en juger par vous-même.

La jeune femme (Lisant le livre, même jeu que précédemment) : Ah, ça ! Je peux en témoigner. Pour avoir la main leste, il a la main leste, votre fabricant de bottes qui dépassent le genou ! Un fieffé cochon ! Il me l'a même mise aux fesses.

Le peseur d'eau : Il vous a mis la main aux fesses ? Il vous a mis la main aux fesses ?

(Silence)

Madame, voulez-vous me montrer vos fesses ?

(Silence)

Madame, voulez-vous me montrer vos fesses ?

(Silence)

Madame, faites-moi voir vos fesses.

(Silence)

Madame, faites-nous voir vos fesses.

(La jeune femme confie son livre au peseur d'eau, non sans l'avoir une dernière fois consulté, s'approche du petit ruisseau, relève sa jupette, et s'accroupissant face à ses interlocuteurs présente son derrière à la surface de l'eau.)

Des choses édifiantes se mirent et se reflètent. Je crois que nous allons avoir de la lecture.

(La chroniqueuse et le peseur d'eau s'approchent de la surface de l'eau, de part et d'autre de la jeune femme.)

La chroniqueuse (Au peseur d'eau) : Vous avez fait une faute d'orthographe. Vous avez oublié un "s" à naufragés.

Chanson : "Les désespérés" de Jacques Brel.
Noir.
Rideau.

PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN
"NOTICE"  de Joël Fauré

"C'est fou tout ce qu'on peut lire dans une notice..."


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