8 février 2008 5 08 /02 /février /2008 13:41

La chroniqueuse : Oui, c'est moi qui ai écrit ça. Avec ça.

Le peseur d'eau : Mais c'est formidable ! Alors, ça marche ! Le stylo, vous voyez bien qu'il marche.

La chroniqueuse (éberluée) : Tiens ! Ah, ça ! Ca !... Dois-je vous dire que je m'en étais pas rendue compte ?

Le peseur d'eau : Ah, ça, si vous êtes sincère, vous pouvez le dire.

La chroniqueuse : Je ne m'en étais pas rendue compte.

Le peseur d'eau : Compte-tenu du fait que vous ne vous en êtes pas rendue compte, pouvez-vous maintenant me confirmer de quelle couleur écrit ce stylo ?

La chroniqueuse : Ce stylo écrit noir.

Le peseur d'eau : Et de quelle couleur était écrit le message de détresse ?

La chroniqueuse : Noir. Nous avançons à grands pas.

Le peseur d'eau : J'allais vous devancer. Vous avez enfilé avant moi les bottes de sept lieues que ne retrouvera jamais le fabricant de bottes qui dépassent le genou puisque nous ne l'avons pas nous-mêmes retrouvés et que nous en avons retrouvé une paire avant lui. Bon, alors ce stylo écrit noir, aussi vrai que ce cognassier est seul dans ce coin.

La chroniqueuse : Vous étiez seul près de ce cognassier ?

Le peseur d'eau : Hélas, oui.

La chroniqueuse : Pourquoi hélas ?

Le peseur d'eau : Tous les gens seuls sont des gens suspects.

La chroniqueuse : Et qu'y faisiez-vous, tout seul, près de ce cognassier ?

Le peseur d'eau : ...

(La chroniqueuse invite le peseur d'eau à la suivre près du cognassier.
On les voit tous deux de dos.
Elle désigne le sol.)

La chroniqueuse : Qu'est-ce que c'est, ça ?

Le peseur d'eau : C'est un point de chute. Qu'est-ce que vous voulez prouver ? Vous faites diversion car vous êtes vexée d'avoir si bien écrit sans savoir avec quoi vous écriviez, et vous voulez me faire porter la casquette. Et moi, je suis amené à vous dire que vous vous dérobez pour n'avoir pas à comprendre. Vite ! Venez par là... (Il la ramène près de la berge du ru.) Vous voyez ce ru ?

La chroniqueuse : Je le vois.

Le peseur d'eau : Et vous le voyez comme moi ?

(A suivre.)

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7 février 2008 4 07 /02 /février /2008 13:31

La chroniqueuse : Ecoutez plutôt : (Elle lit ce qu'elle vient d'écrire sur le magazine.) Il était environ une heure de l'après-midi, hier, mardi de Pâques -ou peut-être de Noêl-. Un individu, de type européen, peseur d'eau de son état, a fait une étrange découverte dans une flaque située de telle manière qu'habituellement personne n'y prête grande attention. Cette flaque avait été choisie par un couple de canards de barbarie, désireux d'y célébrer leurs noces. Alors qu'il pratiquait des dosages de liquide, l'homme aperçut, surnageant sur les flots, une bouteille contenant un message de détresse ainsi libellé : "Tellement naufragés que...", la suite étant illisible. Aussitôt dépêchée sur les lieux, l'une de nos équipes a recueilli le témoignage du peseur d'eau. En l'espèce, il ressort que ce dernier, enchanté que des journalistes fussent là, en profita pour déclarer qu'il n'était compris de personne et que cette péripétie, accident de la routine, n'allait rien arranger. En outre, il précisa que la Terre allait manquer d'eau en outre.
Une enquête officieuse fut aussitôt ouverte. On eût tôt fait de retrouver le stylographe ayant servi, selon toute vraisemblance, à rédiger le message. Les démarches effectuées en ce sens pour confirmation se sont soldées par des échecs. Faute de place, et vu l'abondance des matières, nous ne pouvons détailler les rebondissements et les ricochets de l'affaire qui en jalonnèrent le cours. C'est alors que survint un second drame dans le drame : les canards et les invités de leurs noces, instruits de la présence d'un petit cours d'eau tout proche, voulurent y terminer leurs épousailles. Malgré qu'on leur eût dit qu'ils ne devaient quitter la place, considéres à juste titre comme des témoins oculaires importants, les palmipèdes s'insurgèrent et le conflit qui s'ensuivit, d'où ils sortirent vainqueur, leur permit de s'aller festoyer et poursuivre ribote dans le petit ruisseau convoité.
A l'heure où nous mettons sous presse, bien des questions restent posées. Il va de soit que cette énigme fera l'objet de nos prochaines chroniques.

Le peseur d'eau : Mais c'est formidable !

La chroniqueuse : Vous trouvez ?

Le peseur d'eau : Mais c'est formidable !

La chroniqueuse : Oh !

Le peseur d'eau : Mais c'est formidable !

La chroniqueuse : Oh !

Le peseur d'eau : Mais c'est formidable ! c'est vous qui avez écrit ça ? Avec ça ?

 

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6 février 2008 3 06 /02 /février /2008 10:16

DEUXIEME ACTE

Un pré pentu et herbu.
En contrebas, un ru dessine un coude au milieu de cognassiers.
Deux gués en assurent le passage à pieds presque secs.
La chroniqueuse et le peseur d'eau sont assis, chacun sur une vieille pierre. 
A même le sol traîne un exemplaire d'un magazine illustré, chiffonné et corné.

La chroniqueuse : Le conflit de canards a été dur. Ils ont absolument tenu à venir terminer leurs noces ici, dans ce ru dont vous leur avez parlé pour mieux expédier les affaires courantes. Nous n'avons pas pu les empêcher. Nous n'avons pas retrouvé le fabricant de bottes qui dépassent le genou. Nous ne savons toujours pas qui a écrit le message de détresse. Il a un peu plu. Nous n'allons pas manquer d'eau. Votre style à vous faire mal comprendre a beaucoup plu. Nous sommes le mercredi de Pâques.
(Aperçevant le magazine.)
Qu'est-ce que c'est, ça ?
(Elle se saisit du magazine qui n'en a plus la forme ; des pages sont arrachées, d'autres pendouillent.)
C'est un exemplaire du "Factotum du Caparnaüm", un magazine à qui je ne prêterai plus ma plume. Il est revenu à son état primaire : un torchon, une serpillère. Quelqu'un a dû le jeter là, craignant d'être jugé à ses lectures. Jugez plutôt : (Elle lit.) "Le plus grand acteur du monde a été contraint d'annuler un jour de tournage. Il était affublé d'un bouton sur le nez. Perte sèche : une somme suit." Sa photo aussi est publiée. Il a vieilli. Je ne sais pas si c'est son front qui est réellement aussi ridé ou si c'est le papier qui est fripé. 
(Après un temps :) Où avez-vous mis la plume qu'il vous reste après en avoir beaucoup laissé là-bas ? Il y a longtemps que vous ne m'avez pas écrit. Je me charge d'alimenter la chronique, et je connais mon métier. Je prends les choses en main : passez-moi les choses.
(Le peseur d'eau extirpe d'une de ses poches intérieures le stylo qu'il tend à la chroniqueuse.
Elle feuillette le magazine.)
Que d'espace perdu ! Tenez, ici, quelqu'un s'est même payé le luxe d'acheter une page blanche pour faire savoir qu'il n'a rien à dire.
(Tout-à-trac, au peseur d'eau :)
Vous ne voulez pas aller voir là-bas si j'y suis ?
(Le peseur d'eau s'éloigne mais reste dans le champ. 
On le voit de dos.
Il se met dans la position pour uriner et la chroniqueuse dans celle pour écrire.
Un long moment s'écoule durant lequel les positions adoptées seront maintenues, un peu caricaturalement.
Le peseur d'eau laissera supposer qu'il urine toujours...
Une musique se laisse entendre durant cet épisode : le concerto n° 21 de Mozart.
A la coda, le peseur d'eau revient près de la chronqueuse.)

Le peseur d'eau : Vous n'y êtes pas.

La chroniqueuse : Pardon ?

Le peseur d'eau : Vous n'y êtes pas. Je reviens de là-bas ; vous n'y êtes pas...

(La chroniqueuse hausse les épaules.)

(A suivre.)




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5 février 2008 2 05 /02 /février /2008 13:04

Le fabricant de bottes qui dépassent le genou : Je m'en fous et je m'en contrefous, moi, de vos charades à la va-comme-je-te-pousse. Et puisque vous ne voulez pas me dire comment vous avez su qui je suis, et bien, moi, je ne vous dirais pas qui vous êtes. Et je vous laisse tomber à l'eau, dans cette flaque qui, soit dit en passant, sent fort mauvais. Oui, elle pue, cette flaque. Vous aurez beau l'enjoliver de toutes les joliesses de notre langage, vous ne l'empêcherez pas de puer, monsieur. Elle pue, cette flaque. C'est une honte de laisser puer une flaque un jour de Pâques. 

(Il s'en va sur cette dernière réplique, courroucé, après avoir vigoureusement serré la main de la chroniqueuse et du peseur d'eau.)

Le peseur d'eau : Je m'apprêtais à attendre le "moment où je m'y attends le moins". Le voici et je ne m'y attendais pas. Vous non plus. Il nous l'a bien fait sentir, ce type. Ce type est arrivé sur ces entrefaites de Pâques et de Noël où l'on prend encore le temps de s'écrire pour nous empêcher de le faire. Alors ?
(La chroniqueuse tend sa main, paume ouverte ;
le peseur d'eau fourrage dans ses poches, à la recherche du stylo.
Abandonnant ses recherches :)
Je pense à une chose : quand vous avez serré la main du marchand de parapluies, tout-à-l'heure, comment vous l'a-t-il serrée ? Fortement ? Très fortement ? Ne sais pas ? Sans opinion ?

La chroniqueuse : Très fortement. A m'en briser les phalanges.

Le peseur d'eau : Alors, maintenant, je sais. Ca ne fait plus aucun doute. Lorsqu'il vous a serré la main, ce que j'y avais écrit, s'est, au cours de la pression exercée, imprimé sur la sienne.

La chroniqueuse : Après avoir serré la mienne, il a serré la vôtre. Assurez-vous donc qu'il ne vous a rien transmis. Moi, je n'ai rien.
(Le peseur d'eau examine ses mains, mais rien n'y apparaît.)

Le peseur d'eau : Moi non plus. Mais j'ai aussi serré la main du fabricant de bottes qui dépassent le genou. Il faut coûte que coûte le retrouver. Il ne doit pas être bien loin. Surveillez les canards. Il faut faire vitement.

(Le peseur d'eau s'approche de la balustrade et regarde au loin.)  

La chroniqueuse : Vous voyez quelqu'un ?

le peseur d'eau : Ce que je vois est beau.

La chroniqueuse : Alors, ça ne peut pas être quelqu'un.

Le peseur d'eau : Je vois un pré pentu et herbu. En contrebas, un ru dessine un coude au milieu de cognassiers. Deux gués en assurent le passage à pieds presque secs.
(La chronqueuse s'agite subitement. Elle tend ses deux bras, un peu comme pour former une barrière à on ne sait quoi. 
Le peseur d'eau se retourne et revient près d'elle.)
Que se passe-t-il ?

La choniqueuse : Les canards veulent s'enfuir. Aidez-moi. Ils ont commencé à s'ébrouer quand vous avez parlé du ru.

(Le peseur d'eau se place en face de la chroniqueuse ; tous deux se tiennent par les mains, cernant la flaque, et se mettant à tourner autour, les pieds écartés, semblant danser une danse ridicule.)

(A suivre.)




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4 février 2008 1 04 /02 /février /2008 13:07

L'homme : Je n'y avais d'abord prêté aucune attention, mais maintenant que vous me l'avez montrée du doigt, elle prend une toute autre coloration.

La chroniqueuse : Donc, vous la voyez comme il faut la voir : aux noces de vilains petits canards, ces joyeux tétards en ribote. Et ces laborieux dauphins remettant de l'huile de coude dans les rouages d'une robote assujettie à ne plus rouler des mécaniques. Et ce loup vu par une loupe. Et ce dragon, tenu par sa dragonne qui ne sont pas à la fête du tout. Tiens, ça, n'est nouveau : et cette mouette rieuse sur un saule pleureur. Et ces grenouilles, dans cette grenouillère, montrant leurs cuisses à en faire rougir un escadron de gourmets carabins. Et là, débordé, cet agent limitateur de participes présents, passés, pressants et pressés. Et cette abeille, piquant la haute tige d'une botte de cuir déjà piqué. Et ces bourdons, ne sonnant rien du tout parce que dans le doute entre Pâques, Noël, La Trinité et la Mi-Carême. Bien...

Le peseur d'eau : Bien. Oui, bien. Mais d'abord, qui êtes-vous, monsieur ?

L'homme : J'étais fabricant de bottes qui dépassent le genou et je vous donne un merle blanc si vous devinez où ça m'a conduit.

Le peseur d'eau : Ca vous a conduit autour de la Terre. Vous étiez fabricant de bottes qui dépassent le genou -et je ne vous arrive pas au talon. Vous en aviez fabriqué sept paires, de bottes qui dépassent le genou, et vous alliez fabriqer la huitième quand vous vous êtes aperçu qu'elles présentaient un défaut de fabrication : elles n'étaient pas à la bonne hauteur des circonstances. Vous vous êtes juré de retrouver les porteuses et les porteurs des bottes concernées qui devaient marcher en sept lieux différents du Monde. Oui, mais où ? Vous avez presque fait le tour de la Terre, puisqu'à ma connaissance vous n'êtes pas parti d'ici, et que moi, j'y suis né et y suis resté, et avant tout-à-l'heure, je ne vous avais jamais vu. Oui, mais la Terre est vaste. Vous saurez sans doute nous dire si vous n'avez pas retrouvé personne.

L'homme (Le fabricant de bottes qui dépassent le genou) : Ah, ben, merle alors !

Le peseur d'eau : Vous n'avez retrouvé personne. Vous auriez pourtant voulu leur dire comme personne à personne : "Ces bottes ne sont pas à la bonne hauteur des circonstances ; elles ne sont pas assez hautes."

Le fabricant de bottes qui dépassent le genou : Merle alors ! Il est donc écrit sur mon front que je suis à la recherche de mon passé ?

Le peseur d'eau : Aussi vrai que je voulais écrire sur la main de madame ce que nous allions pouvoir devenir. Laissez vos bottes au vestiaire et aidez-nous à finir cette phrase : "Tellement naufragés que..." Bien que, pour ce qui est de la recherche de paternité, vous n'ayez pas vraiment fait vos preuves, en ce qui vous concerne.

Le fabricant de bottes qui dépassent le genou : Comment avez-vous su ?

Le peseur d'eau : Ne cherchez pas.

(A suivre.)

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1 février 2008 5 01 /02 /février /2008 13:04
L'homme : Voyez le mufle qui se gratte le ventre en lieu et place de donner un baisemain à son accorte contemporaine qui le réclame. Et le mérite. Je suis aussi votre contemporain, madame. Et je ne suis pas un mufle, moi. Et je vous présente mes respectueux hommages, moi.
(Il veut lui donner un baisemain ;
pour ce faire, il se penche ;
la chroniqueuse se retourne, le bras toujours tendu ;
l'homme se replace devant elle ;
même jeu.)

Le peseur d'eau : Monsieur ?

L'homme :
...

Le peseur d'eau :
Monsieur ?

L'homme : ...

Le peseur d'eau : Monsieur, c'est moi. Et moi, c'est moi. Monsieur, je me vois contraint d'être au regret de vous dire que je suis aussi votre contemporain et que, sauf votre respect, vous pouvez vous fourrer le doigt dans l'oeil jusqu'au coude ; la main que vous voyez tendue ne l'est pas pour ce que vous imaginez.

La chroniqueuse :
C'est vrai. La méprise était possible. Ma main qu'en d'autres circonstances je vous aurais lancée à la figure, est le seul moyen que nous ayons trouvé pour élucider une affaire.

L'homme : Quelle affaire !?

Le peseur d'eau :
C'est une question ?

L'homme : Plaît-il ?

Le peseur d'eau : Vous dites : "Quelle affaire !?" ; je dis : "C'est une question ?"

L'homme :
Ah ! oui... Non, je dis : "Quelle affaire !" comme on dit : "Quelle histoire !"

Le peseur d'eau :
C'était la nôtre. Il y a encore cinq minutes, c'était la nôtre. Vous étiez moins qu'un intrus. Et maintenant que vous ne l'êtes plus, c'est aussi la vôtre.

L'homme :
De quoi s'agit-il ? En quoi ça consiste ?

La chroniqueuse :
Je résume : monsieur, peseur d'eau de son état, vient de constater trois choses. Il a du mal à parler quand on ne l'écoute pas. Il dit que l'eau va se faire rare. Et plus matériellement, il signale à qui veut la voir cette étrange bouteille porteuse d'un message si sibyllin que nous tentons d'en élucider le sens. Il est écrit : "Tellement naufragés que..." d'une bâtarde posée sur une feuille qui l'est tout autant.
Nous venions de renflouer ce stylo de cette flaque et nous nous apprêtions à le consulter, aux seules fins de connaître s'il avait pu écrire des SOS. Devant l'absence de supports sincères pour l'essayer, nous nous sommes rabattus sur la paume de ma main. Et c'est alors que vous êtes arrivé, et tout est devenu confus.

L'homme :
Je suis confus. Puis-je me rendre utile ?

La chroniqueuse :
Vous voyez cette flaque ?

(A suivre.)

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31 janvier 2008 4 31 /01 /janvier /2008 16:04

Le peseur d'eau : Où en étions-nous restés ?

La chroniqueuse : Nous en étions venus aux mains.

Le peseur d'eau : Oui, c'est ça. Je vous avais écrit sur la main pour savoir si vous saviez si ce stylo écrivait. Et de quelle couleur. Nous voulions en avoir le coeur net, connaître si ce stylo est bien le même que celui qui a écrit le message de détresse des naufragés. Alors... Faites-moi voir vos mains. Si j'ai bonne mémoire, j'avais réussi à y coucher quelques mots sur vos lignes. (La chroniqueuse tend sa main ; le peseur d'eau l'examine.) C'est incroyable ! Il n'y a plus rien écrit.

La chroniqueuse : S'il n'y a rien écrit, c'est tout bonnement parce que ce crayon n'écrit plus. Il a pris l'eau et y fait tomber dedans le maigre indice qu'il aurait pu nous apporter.

Le peseur d'eau : Il écrit, vous dis-je. J'ai vu, de mes yeux vu ce que j'avais marqué pour l'essayer. Il faut croire que ça ne vous a pas beaucoup marquée. C'est vraiment incroyable. Voulez-vous que nous renouvelions l'expérience ?

La chroniqueuse : Si cela peut vous être agréable. Mais cette fois-ci, je regarde.

Le peseur d'eau : Pourquoi, tout-à-l'heure, ne regardiez-vous pas ?

La chroniqueuse : Je me méfie de ce qu'écrivent les hommes.

Le peseur d'eau : Mais enfin, il n'est question que d'un essai, que diable ! Votre main n'est pas un parchemin notarié, ni un exploit d'huissier. (Elle tend la main, paume ouverte.) Où est le stylo ? Où est le mobile ? Rien n'est plus mobile qu'un stylo.

La chroniqueuse : Je vous ai vu tout-à-l'heure en train de le sucer. Puis vous l'avez remis dans l'une de vos poches, un peu comme s'il vous appartenait.

(Confus, le peseur d'eau fourrage dans ses poches.
La chroniqueuse a laissé sa main tendue.
Un homme arrive.)

(A suivre.)

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30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 15:53

La chroniqueuse : Allons, monsieur, un petit effort. (Elle regarde la flaque, l'invitant à faire de même.) Aux noces de vilains petits canards, ces joyeux tétards en ribote... (Elle se penche un peu ; le marchand de parapluies aussi, dubitatif.) Et ces laborieux dauphins remettant de l'huile de coude dans les rouages d'une robote assujettie à ne plus rouler des mécaniques. Et ce loup vu par une loupe. Et ce dragon tenu par sa dragonne, qui ne sont pas à la fête du tout. Et ces grenouilles, dans cette grenouillère, montrant leurs cuisses à en faire rougir un escadron de gourmets carabins. Et là, débordé, cet agent limitateur de participes présents, passés, pressants et pressés. Et cette abeille, piquant la haute tige d'une botte de cuir déjà piqué.
(Elle se penche encore un peu ;
le marchand de parapluies aussi, scrutateur mais dérouté.
Puis il se redresse brusquement et lance un regard apeuré à la chroniqueuse et au peseur d'eau.
La chroniqueuse le fait pencher violemment.)
Et ces bourdons, ne sonnant même pas les Pâques. Nous sommes pourtant bien le mardi de Pâques, aujourd'hui ?

Le marchand de parapluies (Se redressant, rationnel.) : Aujourd'hui, nous sommes le mardi de Noël.

Le peseur d'eau : Nous sommes le mardi de Noël ? Comme le temps passe vite !

Le marchand de parapluies : Oui, nous sommes le mardi de Noël, il va pleuvoir, vous vous demandiez la main et je ne vois là qu'une bouteille qui mériterait seulement qu'on en fît des tessons.

Le peseur d'eau : Cette bouteille, monsieur, cette bouteille, pour laquelle je vous défends de prédire l'avenir, contenait un message de la plus haute importance. Laissons de côté les noces de canard, puisque vous ne voulez pas les voir pour mieux ne pas y assister. Mais cette bouteille, ah ! ça, la bouteille. Je défie quiconque de ne pas y porter intérêt. Oui, ça, la bouteille, vous la voyez bien ! C'est la bouteille qui cache le liquide.

Le marchand de parapluies : Laissez-moi vous dire ceci : je sais un homme qui fabrique des bottes qui dépassent le genou. Dans sa vie, il en a fabriqué sept paires. Il allait fabriquer la huitième quand il s'est aperçu, à posteriori, qu'elles présentaient un défaut de fabrication. Il s'est juré de retrouver les porteuses et les porteurs des bottes concernées qui devaient marcher en sept lieux différents du monde. Oui, mais où ? Il a fait le tour de la Terre. Mais la Terre est vaste. Il n'a retrouvé personne. Il aurait pourtant voulu leur dire : "Ces bottes présentent un défaut de fabrication : elles ne sont pas assez hautes, elles ne sont pas à la bonne hauteur des circonstances." 
(Pour se donner une contenance, le peseur d'eau suçote le stylo qu'il avait gardé à la main, puis le fourre dans l'une de ses poches intérieures.) 
Vous ne pouvez pas comprendre. Vous, monsieur le peseur d'eau, vous ne hantez que des va-nu-pieds, et madame la chroniqueuse, pour peu qu'elle s'intéresse un peu à l'eau, ne prête guère attention aux pompes qui sont laissées de côté par ceux qui n'y marchent pas dedans.
Je suis comme ces bottes qui trottent on ne sait où : je ne suis pas à la bonne hauteur des circonstances.
Pardonnez-moi d'être le premier à vous souhaiter un "Joyeux Noêl". Vous n'aurez qu'à dire aux autres et à ceux qui suivront qu'on vous l'a déjà dit.

(Il serre avec vigueur la main de la chroniqueuse, puis celle du peseur d'eau. Et s'en va.)

(A suivre.)

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29 janvier 2008 2 29 /01 /janvier /2008 14:36

L'homme : Monsieur, je vous demande pardon de vous déranger au moment où vous demandiez la main. Je suis marchand de parapluies et je viens vous demander si vous n'en voulez pas ? C'est urgent.

La chroniqueuse : Nous ne nous demandions pas la main.

Le peseur d'eau : Il ne pleut pas.

L'homme (Le marchand de parapluies) : Allez ! On ne me la joue pas aussi facilement, à moi. Je suis né de la dernière pluie : ça fait longtemps. Et je viens vous dire qu'il va enfin pleuvoir d'ici très bientôt. Grande nouvelle, non ?

Le peseur d'eau : Savez-vous à qui vous parlez, monsieur le marchand de parapluies ? Vous parlez présentement à un peseur d'eau. Et vous savez aussi pertinemment que moi que nous allons en manquer, de cette eau qui nous faisait survivre, vous et moi et quelques autres. Nous sommes de la même trempe. A vous non plus on ne vous comprend pas et vous êtes aussi grotesque que moi quand vous vous escrimez à proposer des choses dont personne ne veut.

Le marchand de parapluies : Ventre-Saint-Gris et Ventrebleu !

Le peseur d'eau : J'ai appelé madame, chroniqueuse à "La voix du castrat" devenu "La voix de son maître" pour lui expliquer tout ça, entre autres.

Le marchand de parapluies : Madame... (Après un moment de gêne et de perplexité, se ravisant.) Ventre-Saint-Gris et Ventrebleu ! Et moi, je ne vous crois pas. Et moi, je ne veux pas vous croire, et je me comprends.

Le peseur d'eau : Vous voyez cette flaque ?

Le marchand de parapluies : Ma foi, oui. Ce cloaque glauque a un visage familier. Mais je préfère le voir sous la pluie. La pluie donne à ce nid de poule mouillée la chair de poule tout aussi mouillée. Ce qui ne saurait tarder puisqu'il va pleuvoir.

Le peseur d'eau : Ce cloaque glauque ? Vous avez bien dit : "ce cloaque glauque" ? Vous ne voyez pas cette flaque comme nous ?

(A suivre.)

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28 janvier 2008 1 28 /01 /janvier /2008 13:44

Le peseur d'eau : Je connais un type formidable. Je ne le croise pas tous les matins, car il cache son visage chiffonné de fouine dans les ravines. Je ne le vois que le soir, au sortir de ces mêmes ravines que je dois surveiller. Il a fait baver trente-sept stylos pour écrire un livre, que vous avez peut-être lu : "Comme".

La chroniqueuse : "Côme" comme la ville ?

Le peseur d'eau : "Comme". Comme comme comme. Ne l'empêchez pas d'utiliser sa langue comme il l'entend.

La chroniqueuse : Ca le regarde !

Le peseur d'eau : Ca l'a regardé. Et à certaines heures, ça l'a trouvé attrayant.

La chroniqueuse : Regardez ! Dans l'eau, là. Ce que ni vous ni moi n'avions vu d'abord... (Elle désigne un coin de la flaque. Le peseur d'eau trempe sa main et en ressort le stylo qu'il essore.)

Le peseur d'eau : Un stylo ! Le stylo ! Une pièce à conviction. Un élément que nous pourrons verser quand il sera sec dans le dossier.

La chroniqueuse : De quelle couleur écrit-il ?

Le peseur d'eau : Il est vrai que nous en saurons un peu plus quand nous saurons comment il écrit. N'avez-vous rien sous la main pour l'inviter à jouer aux billes ?

La chroniqueuse : Sous la main, j'ai ma paume. Ca ira ?

Le peseur d'eau : Les temps sont durs.

La chroniqueuse tend sa main ;
le peseur d'eau s'en saisit et y écrit dessus.)

La chroniqueuse : Ah ! Vous me chatouillez.

Un homme arrive.
La chroniqueuse retire vivement sa main.)

(A suivre.)

 

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