27 janvier 2008 7 27 /01 /janvier /2008 13:02
La chroniqueuse : Je la vois avec ses contours imprécis, son eau croupie et je vois aussi la bouteille qui y dérive dessus.

Le peseur d'eau : C'est tout ?  (La chroniqueuse se penche sur la flaque.) Faites un petit effort d'imagination. Voyez, là, près de la grève...  Aux noces de canards, ces joyeux tétards en ribote... Et ces laborieux dauphins, remettant de l'huile de coude dans les rouages  d'une robote assujettie à ne plus rouler des mécaniques. Et ce loup vu par une loupe. Et ce dragon tenu par sa dragonne, qui ne sont pas à la fête du tout. Et ces grenouilles, dans cette grenouillère, montrant leurs cuisses à en faire rougir un escadron de gourmets carabins. Et là, débordé, cet agent limitateur de participes passés, pressants et pressés. Et cette abeille, piquant la haute tige d'une botte de cuir déjà piqué. Et ces bourdons ne sonnant même pas les Pâques... Nous sommes  pourtant bien  le mardi de Pâques, aujourd'hui ?

La chroniqueuse : Oui, nous sommes le mardi de Pâques.

Le peseur d'eau : Et ces bourdons, de retour de la ville éternelle, ne sonnant même pas les Pâques ? Qu'en dites-vous ? Et au milieu de ce monde indifférent, baguenaudant  dans l'eau qui va bientôt leur faire défaut, sourd à tout ce que je m'égosille à leur dire, une bouteille et son message de détresse.  (Il lit le message.)  "Tellement naufragés que..."

La chroniqueuse : Je vois... Je vois... (Le  peseur d'eau lui tend le message. La chroniqueuse l'examine.) "Tellement naufragés que...". Naugragés, "e" accent aigu, "s". Ils sont au moins deux  et il n'y a pas que des femmes.  C'est écrit avec un stylo qui en a dû en baver.

(A suivre.)


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26 janvier 2008 6 26 /01 /janvier /2008 19:56
CALCUL MENTAL


L'"affaire" "Société Générale / Cinq milliards d'euros / fraude, etc..." suivis de quelques mots incompréhensibles sans recherche plus poussée, qui vient de parvenir à presque tous met en lumière au moins trois choses :

- L'artifice de nos vies ;
- le rendu virtuel (monétique) de l'argent ;
- la détresse ironique des "gens de peu".

Que la vie vous soit douce quand même.

JF

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26 janvier 2008 6 26 /01 /janvier /2008 12:23
Un belvédère. Une échauguette.
Derrière la balustrade, on peut supposer un panorama.
Il fait bon. L'air est doux.
Il est une heure de l'après-midi.
Nous sommes le mardi de Pâques.
Un homme est accroupi près d'une flaque d'eau croupie où surnage une bouteille.
Une femme arrive.


La femme :  (Désignant  la bouteille :) Celle-là ?

L'homme : Oui.

La femme : C'était quoi ?

L'homme : Du sirop sans aucun doute. Et le message était là, en caractères devenus maigres sur du papier devenu gras.

La femme : On peut tout lire ?

L'homme : Juste quelques mots : "Tellement naufragés que..."

La femme : C'est très réducteur. Aucun autre indice ? Pas d'autre étiquette collée ailleurs pour que nous ne le soyons pas ?

L'homme : Pas  le moins du monde. Vous savez bien qu'il est devenu difficile de coller une étiquette sans prendre le risque de se tromper.

La femme : Oui, c'est vrai. L'enquête s'annonce difficile. Vous n'avez pas une petite idée ?

L'homme :  Moi, vous savez, je suis chargé de surveiller l'eau, pas ce qui y flotte dessus.

La femme : pourquoi m'avez-vous convoquée ?

L'homme : Je vous ai convoquée pour trois raisons. Vous êtes bien chroniqueuse au journal "La voix du Castrat" devenu "La voix de son Maître" ?

La femme : Oui.

L'homme : Je vous ai convoquée pour trois raisons. D'abord, je ne peux pas communiquer avec les miens et j'ai besoin de votre intermédiaire pour leur parler. Ensuite, en tant que peseur d'eau, j'ai le devoir de vous signaler que je viens de  m'apercevoir que la Terre allait en manquer. D'eau. Ah ! Nous serons propres  sans eau. Et enfin, accessoirement, je savais que cette bouteille à la mer ne vous laisserait pas indifférente.

La femme (La chroniqueuse) : Résumons-nous : en clair, ça va pas, vous ?

L'homme (Le peseur d'eau)  : J'aurais bien voulu vous y voir à ma place. Je ne voudrais pourtant pas effrayer la chronique. Voyez-vous, ce qui m'inquiète dans la chronique, c'est la chronicité.

La chroniqueuse :  Bon, mais moi, j'aime bien plaider les causes désespérées et m'impliquer dans l'insolite. Vous voyez, rien ne m'arrête. Ce n'est pas cette bouteille que je commence à prendre pour sérieuse qui va me rebuter. Pas plus que l'eau qui va manquer pour la remplir. Pas plus d'ailleurs que les choses que vous n'arrivez pas à dire à ceux qui ne veulent pas écouter.

Le peseur d'eau : Vous avez défendu des causes indéfendables. Mais sauriez-vous comme moi voir cette flaque d'eau ?

La chroniqueuse : Je vois cette flaque d'eau.

Le peseur d'eau : Et vous la voyez comme moi ?

(A suivre.)


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25 janvier 2008 5 25 /01 /janvier /2008 14:04

FLAQUE

Personnages :

Le peseur d'eau
La chroniqueuse
Le marchand de parapluies
Le fabricant de bottes qui dépassent le genou
La jeune femme

 

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25 janvier 2008 5 25 /01 /janvier /2008 13:30

PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN

FLAQUE

de Joël Fauré

Jamais plus vous ne regarderez les flaques de la même manière...

 

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23 janvier 2008 3 23 /01 /janvier /2008 14:06

Le chef du bureau des fêtes terminées : Qu'est-ce qui vous prend ? Vous venez de démonter les rouages de notre métier. Vous croyez qu'il n'est pas assez difficile ? Je réunis mes effets de manche puisqua celle-ci n'est ni perdue ni  gagnée et je m'en vais vaquer aux affaires pendantes. (A la responsable des fêtes terminées :) Vous n'oublierez pas de passer au bureau chercher votre baise-en-ville ?

(Il s'en va.
Silence.
Le personnage tout rouge s'asseoit, la tête dans les genoux, les mains sur les cheveux, comme abasourdi.
On entend trois coups frappés derrière le mur.

Dialogue :

Voix off de femme : Vous avez vu, quelqu'un est mort, hier au soir ?

Le personnage tout rouge et la responsable des fêtes terminées, d'un même élan, "fondent" sur le lutrin, les yeux rivés sur le plan, et écoutent la suite du dialogue.

Voix off de femme : Ah bon, c'est sûr, maintenant ?

Voix off de femme : Non, c'est pas sûr mais c'est intéressant.

Voix off de femme : Moi, je crois que c'est ce type tout rouge qui a tué. Il ne me dit rien qui vaille. Il est bizarre.

Voix off de femme : Oui, il était bizarre.

Voix off d'homme : Vous vous appelez le personnage tout rouge. Pourquoi ?

Voix off de femme : Moi, je crois savoir pourquoi il s'est mis tout en rouge. C'est pour pas qu'on voit le sang de sa victime.

Voix off de femme : Cet homme est capable de tout. Nous venons même de le voir tirer à bout portant à plusieurs reprises sans sommation.

Le personnage tout rouge et la respnsable des fêtes terminées relèvent la tête et se regardent.

Le personnage tout rouge : Quelle comédie ! Vous êtes la seule à continuer à me fréquenter. Je suis infréquentable. Vous êtes bonne, belle, franche.

La responsable des fêtes terminées : Arrêtez, vous allez me faire rougir...

Le personnage tout rouge : Je crois me souvenir, si j'ai bonne mémoire, que nous avons perdu quelque chose ensemble.

La responsable des fêtes terminées : (Avec un sourire entendu :) On va les chercher ?

Le personnage tout rouge : (Il regarde sa montre.) Oui, on va jouer aux dés.

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22 janvier 2008 2 22 /01 /janvier /2008 20:35

img152-copie-2.jpg
Photo Michel Lataste

Le personnage tout rouge (Roger Borlant) et Le décrocheur de blasons (Laurent Cornic) mis en scène par Didier Albert, au Théâtre de Poche de Toulouse.






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22 janvier 2008 2 22 /01 /janvier /2008 13:29

Le décrocheur de blasons :  Le personnage tout rouge sait avoir la main verte. Et un homme qui a la main verte -aussi rouge tout ailleurs fut-il- ne peut pas être entièrement mauvais. Je n'ai plus rien à faire ici. Madame, messieurs, permettez que je me retire. Je reste à votre entière disposition pour toutes études et devis. Je vais me faire emblasonner ailleurs.

(Il prend congé.

Silence.

Le personnage tout rouge s'asseoit, la tête dans les genoux, les mains sur les cheveux, comme abasourdi.)

La responsable des fêtes terminées : Qu'est-ce que vous faites ?

Le personnage tout rouge : Vous n'entendez pas ?

La responsable des fêtes terminées : Quoi ?

Le personnage tout rouge : Vous n'entendez rien ?

La responsable des fêtes terminées : Non.

Le personnage tout rouge : Vous ne les entendez pas grincer des dents, les autres ? Et ce grincement me perce les tympans. Ne me dites pas que vous n'entendez pas. Ce grincement doublé de ce bruit de blason qui dérouille...

La responsable des fêtes terminées : Allons, tout va bien. (Le personnage tout rouge relève la tête.) Il ne suffit pas d'avoir une cible ; il faut savoir viser juste.

Le personnage tout rouge : Vous croyez ?

La responsable des fêtes terminées : Je ne crois pas. J'en suis sûre. Je vais vous confier un secret. Reprenez votre convocation. (Le personnage tout rouge s'exécute.) Vous l'avez décryptée avec succès. Bravo ! Très bien ! Voici à présent une nouvelle grille de décodage. (Elle lui tend un rectangle de papier ajouré.) Placez-le en regard du texte imprimé. (Le personnage tout rouge s'exécute.) Que lisez-vous à présent ?

Le personnage tout rouge : (Il lit.) Le doute pourra être admis à son bénéfice.

(A suivre.)

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21 janvier 2008 1 21 /01 /janvier /2008 13:18

Le personnage tout rouge : Vous les avez peut-être un peu brusquées, non ? Ce n'étaient pas de gros légumes et je me demande de quelle manière elles vont les accommoder. Ce qui reste vrai, c'est qu'elles me rappellent quelqu'un. Oui, ces vieilles peaux de pie me rappellent quelqu'un : il adorait les honneurs des grands et dédaignait les signes des petits.

La responsable des fêtes terminées : (S'adressant au chef du bureau des fêtes terminées.) Qu'en pensez-vous ?

Le chef du bureau des fêtes terminées : Rien.

La responsable des fêtes terminées : Et vous, monsieur... (Elle s'adresse au décrocheur de blasons.) de quel côté vous rangez-vous ?

Le décrocheur de blasons : Quand quelqu'un, même petit, me fait des signes, moi, j'y réponds. La première fois que j'ai vu monsieur, personnage toujours tout rouge quelquefois hieraujourd'huiste, je l'ai trouvé plutôt sympathique. Il m'a même fait débuter dans mon métier. Par la suite, je ne l'ai pas revu souvent, mais, à chaque occasion, je l'ai imaginé plus souvent en train de caresser des herbes folles et contempler des peupliers que tenir une arme à la main.

La responsable des fêtes terminées : Vous imaginez bien. Dites-nous encore, monsieur... (Elle s'adresse au personnage tout rouge.) pour la forme, quel a été votre programme hier soir, au moment concomitant où une fête se donnait, où je perdais mon baise-en-ville, où mon chef le retrouvait, où certaines de nos connaissances commençaient à décrocher, où d'autres manquaient cruellement de jus de carotte dont les vertus n'opèrent pas si on n'en boit pas.

Le personnage tout rouge : Suis allé voir barboter des canards dans un ru que j'aime bien au milieu de cognassiers et de peupliers qui ondulent sous le vent. Ai gagné la prairie. Suis allé caresser la chevelure des herbes folles. Ai vu monsieur l'automne qui, avec mélancolie met l'ancolie aux pentes des fossés. Gentil, l'automne. A l'orée des forêts, ai vu les crocs sévères des brabants mordre la terre à pleines dents. A six reprises, les aiguilles se sont superposées : six occasions d'en vouloir au monde entier. Ai entendu les flonflons et les froufrous d'une fête cachée. A trop fixer des yeux les cuivres luisants de l'orchestre que je ne voyais pas, me suis brûlé les yeux. Suis rentré éreinté dans ma mansarde. Ai pensé à elle.

Le chef du bureau des fêtes terminées : Et ensuite ?

Le personnage tout rouge : J'ai pensé à elle à m'en fendre l'âme. Fendue, fêlée, mon âme. Réformée pour le purgatoire ? Il ne me restait plus que mes yeux pour ma peupleraie : c'est joli, un peuplier, cet arbre chevelu dès le départ, souple et soyeux comme une crinière. J'ai de nouveau regardé ma montre et j'ai vraiment eu très peur. Je me suis souvenu de ma mère et de mon père. Je me suis souvenu des jeudis de mon enfance, du fourgon du boucher, de l'odeur de l'os à moelle fraîchement scié qui laissait présager de succulents pots-au-feu. Je me suis souvenu des figuiers au printemps et des salles de classe du collège, de mes camarades qui se moquaient de moi et me volaient mes trousses. Je me suis souvenu que j'avais mal perdu mon innocence, qu'à trop m'élever en mouton de Panurge, on m'avait transformé en chien sauvage ; que je n'avais pas demandé à être là, à être comme ça. Je me suis souvenu des champs de luzerne et des décoctions d'oeillets d'Inde...

(Il s'approche de la table ;

ouvre le tiroir tout en grand,

y plonge ses deux mains

et en fait jaillir des gerbes de pétales de roses et d'herbes séchées.)

Le personnage tout rouge : Pardonnez-moi, j'ai encore tiré un dernier coup. Vous voyez, c'est une fleur qui est au bout du fusil.

(A suivre.)

 

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20 janvier 2008 7 20 /01 /janvier /2008 12:31
Le personnage tout rouge : Beaucoup de gens se sont écartés de moi parce que je n'étais que le miroir de leurs propres angoisses. Ceux qui se sont approchés ont cru qu'ils allaient mourir d'ennui. Je suis un poète un peu fou qu'on assassine. Firmament et Barbe-à-papa ont été pour moi de vrais gentils assassins à qui on ne peut rien reprocher. Moi, je serai pour vous ce que vous voudrez...

Première femme à la carotte à poignée : Un assassin.

Deuxième femme à la carotte à poignée : Un fou.

La responsable des fêtes terminées :
Un poète.

Le chef du bureau des fêtes terminées :
Nous allons voir et vérifier ça. Dites-nous une jolie phrase, monsieur l'hieraujourd'huiste, même si elle n'est pas de vous. Au point où vous en êtes, je vous permets de voler.

Le personnage tout rouge : Je suis un albatros.

Le chef du bureau des fêtes terminées : Mais vous ne savez pas voler...

La responsable des fêtes terminées :
Le faisceau de charges convergentes s'étiole.

Le chef du bureau des fêtes terminées : Quelle heure est-il ?

Le décrocheur de blasons :
Trois heures et quart. Pile.

Le chef du bureau des fêtes terminées : (S'adressant aux femmes aux carottes à poignées.) Vous n'avez pas des choses à vous dire ?

Première femme à la carotte à poignée :
...

Deuxième femme à la carotte à poignée :
...

Le chef du bureau des fêtes terminées : Vous n'avez pas des choses à vous dire ? (Les deux femmes aux carottes à poignée semblent sortir d'une léthargie.
Elles se lèvent et se placent en retrait, en vis-à-vis.
Dialogue.)

Première femme à la carotte à poignée : Mais qu'est-ce que ça veut dire, ça : "Le faisceau de charges convergentes s'étiole."

Deuxième femme à la carotte à poignée :
A mon avis, il y en a qui confondent le rouge avec d'autres couleurs.

Première femme à la carotte à poignée :
Ne croyez-vous pas qu'on est en train de le blanchir, ce type ?

Deuxième femme à la carotte à poignée :
Grincez des dent. Vous pouvez grincer des dents si vous êtes toujours de son côté. Je grincerai avec vous.

Première femme à la carotte à poignée :
Et alors, il ne nous restera plus qu'à retourner à nos carottes pour en faire de la purée. Ou du râpé, puisque les poignées le sont déjà un peu.

La responsable des fêtes terminées :
(Elle s'approche des femmes aux carottes à poignées.) Mesdames, faites de ces ombellifères turgescentes le meilleur usage qu'il se peut. Mais maintenant, foutez-nous la paix. La sortie, c'est par ici.

(Les femmes aux carottes à poignée s'en vont avec force mimiques outrées.)

(A suivre.)














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