31 janvier 2008 4 31 /01 /janvier /2008 16:04

Le peseur d'eau : Où en étions-nous restés ?

La chroniqueuse : Nous en étions venus aux mains.

Le peseur d'eau : Oui, c'est ça. Je vous avais écrit sur la main pour savoir si vous saviez si ce stylo écrivait. Et de quelle couleur. Nous voulions en avoir le coeur net, connaître si ce stylo est bien le même que celui qui a écrit le message de détresse des naufragés. Alors... Faites-moi voir vos mains. Si j'ai bonne mémoire, j'avais réussi à y coucher quelques mots sur vos lignes. (La chroniqueuse tend sa main ; le peseur d'eau l'examine.) C'est incroyable ! Il n'y a plus rien écrit.

La chroniqueuse : S'il n'y a rien écrit, c'est tout bonnement parce que ce crayon n'écrit plus. Il a pris l'eau et y fait tomber dedans le maigre indice qu'il aurait pu nous apporter.

Le peseur d'eau : Il écrit, vous dis-je. J'ai vu, de mes yeux vu ce que j'avais marqué pour l'essayer. Il faut croire que ça ne vous a pas beaucoup marquée. C'est vraiment incroyable. Voulez-vous que nous renouvelions l'expérience ?

La chroniqueuse : Si cela peut vous être agréable. Mais cette fois-ci, je regarde.

Le peseur d'eau : Pourquoi, tout-à-l'heure, ne regardiez-vous pas ?

La chroniqueuse : Je me méfie de ce qu'écrivent les hommes.

Le peseur d'eau : Mais enfin, il n'est question que d'un essai, que diable ! Votre main n'est pas un parchemin notarié, ni un exploit d'huissier. (Elle tend la main, paume ouverte.) Où est le stylo ? Où est le mobile ? Rien n'est plus mobile qu'un stylo.

La chroniqueuse : Je vous ai vu tout-à-l'heure en train de le sucer. Puis vous l'avez remis dans l'une de vos poches, un peu comme s'il vous appartenait.

(Confus, le peseur d'eau fourrage dans ses poches.
La chroniqueuse a laissé sa main tendue.
Un homme arrive.)

(A suivre.)

Partager cet article
Repost0
30 janvier 2008 3 30 /01 /janvier /2008 15:53

La chroniqueuse : Allons, monsieur, un petit effort. (Elle regarde la flaque, l'invitant à faire de même.) Aux noces de vilains petits canards, ces joyeux tétards en ribote... (Elle se penche un peu ; le marchand de parapluies aussi, dubitatif.) Et ces laborieux dauphins remettant de l'huile de coude dans les rouages d'une robote assujettie à ne plus rouler des mécaniques. Et ce loup vu par une loupe. Et ce dragon tenu par sa dragonne, qui ne sont pas à la fête du tout. Et ces grenouilles, dans cette grenouillère, montrant leurs cuisses à en faire rougir un escadron de gourmets carabins. Et là, débordé, cet agent limitateur de participes présents, passés, pressants et pressés. Et cette abeille, piquant la haute tige d'une botte de cuir déjà piqué.
(Elle se penche encore un peu ;
le marchand de parapluies aussi, scrutateur mais dérouté.
Puis il se redresse brusquement et lance un regard apeuré à la chroniqueuse et au peseur d'eau.
La chroniqueuse le fait pencher violemment.)
Et ces bourdons, ne sonnant même pas les Pâques. Nous sommes pourtant bien le mardi de Pâques, aujourd'hui ?

Le marchand de parapluies (Se redressant, rationnel.) : Aujourd'hui, nous sommes le mardi de Noël.

Le peseur d'eau : Nous sommes le mardi de Noël ? Comme le temps passe vite !

Le marchand de parapluies : Oui, nous sommes le mardi de Noël, il va pleuvoir, vous vous demandiez la main et je ne vois là qu'une bouteille qui mériterait seulement qu'on en fît des tessons.

Le peseur d'eau : Cette bouteille, monsieur, cette bouteille, pour laquelle je vous défends de prédire l'avenir, contenait un message de la plus haute importance. Laissons de côté les noces de canard, puisque vous ne voulez pas les voir pour mieux ne pas y assister. Mais cette bouteille, ah ! ça, la bouteille. Je défie quiconque de ne pas y porter intérêt. Oui, ça, la bouteille, vous la voyez bien ! C'est la bouteille qui cache le liquide.

Le marchand de parapluies : Laissez-moi vous dire ceci : je sais un homme qui fabrique des bottes qui dépassent le genou. Dans sa vie, il en a fabriqué sept paires. Il allait fabriquer la huitième quand il s'est aperçu, à posteriori, qu'elles présentaient un défaut de fabrication. Il s'est juré de retrouver les porteuses et les porteurs des bottes concernées qui devaient marcher en sept lieux différents du monde. Oui, mais où ? Il a fait le tour de la Terre. Mais la Terre est vaste. Il n'a retrouvé personne. Il aurait pourtant voulu leur dire : "Ces bottes présentent un défaut de fabrication : elles ne sont pas assez hautes, elles ne sont pas à la bonne hauteur des circonstances." 
(Pour se donner une contenance, le peseur d'eau suçote le stylo qu'il avait gardé à la main, puis le fourre dans l'une de ses poches intérieures.) 
Vous ne pouvez pas comprendre. Vous, monsieur le peseur d'eau, vous ne hantez que des va-nu-pieds, et madame la chroniqueuse, pour peu qu'elle s'intéresse un peu à l'eau, ne prête guère attention aux pompes qui sont laissées de côté par ceux qui n'y marchent pas dedans.
Je suis comme ces bottes qui trottent on ne sait où : je ne suis pas à la bonne hauteur des circonstances.
Pardonnez-moi d'être le premier à vous souhaiter un "Joyeux Noêl". Vous n'aurez qu'à dire aux autres et à ceux qui suivront qu'on vous l'a déjà dit.

(Il serre avec vigueur la main de la chroniqueuse, puis celle du peseur d'eau. Et s'en va.)

(A suivre.)

Partager cet article
Repost0
29 janvier 2008 2 29 /01 /janvier /2008 14:36

L'homme : Monsieur, je vous demande pardon de vous déranger au moment où vous demandiez la main. Je suis marchand de parapluies et je viens vous demander si vous n'en voulez pas ? C'est urgent.

La chroniqueuse : Nous ne nous demandions pas la main.

Le peseur d'eau : Il ne pleut pas.

L'homme (Le marchand de parapluies) : Allez ! On ne me la joue pas aussi facilement, à moi. Je suis né de la dernière pluie : ça fait longtemps. Et je viens vous dire qu'il va enfin pleuvoir d'ici très bientôt. Grande nouvelle, non ?

Le peseur d'eau : Savez-vous à qui vous parlez, monsieur le marchand de parapluies ? Vous parlez présentement à un peseur d'eau. Et vous savez aussi pertinemment que moi que nous allons en manquer, de cette eau qui nous faisait survivre, vous et moi et quelques autres. Nous sommes de la même trempe. A vous non plus on ne vous comprend pas et vous êtes aussi grotesque que moi quand vous vous escrimez à proposer des choses dont personne ne veut.

Le marchand de parapluies : Ventre-Saint-Gris et Ventrebleu !

Le peseur d'eau : J'ai appelé madame, chroniqueuse à "La voix du castrat" devenu "La voix de son maître" pour lui expliquer tout ça, entre autres.

Le marchand de parapluies : Madame... (Après un moment de gêne et de perplexité, se ravisant.) Ventre-Saint-Gris et Ventrebleu ! Et moi, je ne vous crois pas. Et moi, je ne veux pas vous croire, et je me comprends.

Le peseur d'eau : Vous voyez cette flaque ?

Le marchand de parapluies : Ma foi, oui. Ce cloaque glauque a un visage familier. Mais je préfère le voir sous la pluie. La pluie donne à ce nid de poule mouillée la chair de poule tout aussi mouillée. Ce qui ne saurait tarder puisqu'il va pleuvoir.

Le peseur d'eau : Ce cloaque glauque ? Vous avez bien dit : "ce cloaque glauque" ? Vous ne voyez pas cette flaque comme nous ?

(A suivre.)

Partager cet article
Repost0
28 janvier 2008 1 28 /01 /janvier /2008 13:44

Le peseur d'eau : Je connais un type formidable. Je ne le croise pas tous les matins, car il cache son visage chiffonné de fouine dans les ravines. Je ne le vois que le soir, au sortir de ces mêmes ravines que je dois surveiller. Il a fait baver trente-sept stylos pour écrire un livre, que vous avez peut-être lu : "Comme".

La chroniqueuse : "Côme" comme la ville ?

Le peseur d'eau : "Comme". Comme comme comme. Ne l'empêchez pas d'utiliser sa langue comme il l'entend.

La chroniqueuse : Ca le regarde !

Le peseur d'eau : Ca l'a regardé. Et à certaines heures, ça l'a trouvé attrayant.

La chroniqueuse : Regardez ! Dans l'eau, là. Ce que ni vous ni moi n'avions vu d'abord... (Elle désigne un coin de la flaque. Le peseur d'eau trempe sa main et en ressort le stylo qu'il essore.)

Le peseur d'eau : Un stylo ! Le stylo ! Une pièce à conviction. Un élément que nous pourrons verser quand il sera sec dans le dossier.

La chroniqueuse : De quelle couleur écrit-il ?

Le peseur d'eau : Il est vrai que nous en saurons un peu plus quand nous saurons comment il écrit. N'avez-vous rien sous la main pour l'inviter à jouer aux billes ?

La chroniqueuse : Sous la main, j'ai ma paume. Ca ira ?

Le peseur d'eau : Les temps sont durs.

La chroniqueuse tend sa main ;
le peseur d'eau s'en saisit et y écrit dessus.)

La chroniqueuse : Ah ! Vous me chatouillez.

Un homme arrive.
La chroniqueuse retire vivement sa main.)

(A suivre.)

 

Partager cet article
Repost0
27 janvier 2008 7 27 /01 /janvier /2008 13:02
La chroniqueuse : Je la vois avec ses contours imprécis, son eau croupie et je vois aussi la bouteille qui y dérive dessus.

Le peseur d'eau : C'est tout ?  (La chroniqueuse se penche sur la flaque.) Faites un petit effort d'imagination. Voyez, là, près de la grève...  Aux noces de canards, ces joyeux tétards en ribote... Et ces laborieux dauphins, remettant de l'huile de coude dans les rouages  d'une robote assujettie à ne plus rouler des mécaniques. Et ce loup vu par une loupe. Et ce dragon tenu par sa dragonne, qui ne sont pas à la fête du tout. Et ces grenouilles, dans cette grenouillère, montrant leurs cuisses à en faire rougir un escadron de gourmets carabins. Et là, débordé, cet agent limitateur de participes passés, pressants et pressés. Et cette abeille, piquant la haute tige d'une botte de cuir déjà piqué. Et ces bourdons ne sonnant même pas les Pâques... Nous sommes  pourtant bien  le mardi de Pâques, aujourd'hui ?

La chroniqueuse : Oui, nous sommes le mardi de Pâques.

Le peseur d'eau : Et ces bourdons, de retour de la ville éternelle, ne sonnant même pas les Pâques ? Qu'en dites-vous ? Et au milieu de ce monde indifférent, baguenaudant  dans l'eau qui va bientôt leur faire défaut, sourd à tout ce que je m'égosille à leur dire, une bouteille et son message de détresse.  (Il lit le message.)  "Tellement naufragés que..."

La chroniqueuse : Je vois... Je vois... (Le  peseur d'eau lui tend le message. La chroniqueuse l'examine.) "Tellement naufragés que...". Naugragés, "e" accent aigu, "s". Ils sont au moins deux  et il n'y a pas que des femmes.  C'est écrit avec un stylo qui en a dû en baver.

(A suivre.)


Partager cet article
Repost0
26 janvier 2008 6 26 /01 /janvier /2008 19:56
CALCUL MENTAL


L'"affaire" "Société Générale / Cinq milliards d'euros / fraude, etc..." suivis de quelques mots incompréhensibles sans recherche plus poussée, qui vient de parvenir à presque tous met en lumière au moins trois choses :

- L'artifice de nos vies ;
- le rendu virtuel (monétique) de l'argent ;
- la détresse ironique des "gens de peu".

Que la vie vous soit douce quand même.

JF

Partager cet article
Repost0
26 janvier 2008 6 26 /01 /janvier /2008 12:23
Un belvédère. Une échauguette.
Derrière la balustrade, on peut supposer un panorama.
Il fait bon. L'air est doux.
Il est une heure de l'après-midi.
Nous sommes le mardi de Pâques.
Un homme est accroupi près d'une flaque d'eau croupie où surnage une bouteille.
Une femme arrive.


La femme :  (Désignant  la bouteille :) Celle-là ?

L'homme : Oui.

La femme : C'était quoi ?

L'homme : Du sirop sans aucun doute. Et le message était là, en caractères devenus maigres sur du papier devenu gras.

La femme : On peut tout lire ?

L'homme : Juste quelques mots : "Tellement naufragés que..."

La femme : C'est très réducteur. Aucun autre indice ? Pas d'autre étiquette collée ailleurs pour que nous ne le soyons pas ?

L'homme : Pas  le moins du monde. Vous savez bien qu'il est devenu difficile de coller une étiquette sans prendre le risque de se tromper.

La femme : Oui, c'est vrai. L'enquête s'annonce difficile. Vous n'avez pas une petite idée ?

L'homme :  Moi, vous savez, je suis chargé de surveiller l'eau, pas ce qui y flotte dessus.

La femme : pourquoi m'avez-vous convoquée ?

L'homme : Je vous ai convoquée pour trois raisons. Vous êtes bien chroniqueuse au journal "La voix du Castrat" devenu "La voix de son Maître" ?

La femme : Oui.

L'homme : Je vous ai convoquée pour trois raisons. D'abord, je ne peux pas communiquer avec les miens et j'ai besoin de votre intermédiaire pour leur parler. Ensuite, en tant que peseur d'eau, j'ai le devoir de vous signaler que je viens de  m'apercevoir que la Terre allait en manquer. D'eau. Ah ! Nous serons propres  sans eau. Et enfin, accessoirement, je savais que cette bouteille à la mer ne vous laisserait pas indifférente.

La femme (La chroniqueuse) : Résumons-nous : en clair, ça va pas, vous ?

L'homme (Le peseur d'eau)  : J'aurais bien voulu vous y voir à ma place. Je ne voudrais pourtant pas effrayer la chronique. Voyez-vous, ce qui m'inquiète dans la chronique, c'est la chronicité.

La chroniqueuse :  Bon, mais moi, j'aime bien plaider les causes désespérées et m'impliquer dans l'insolite. Vous voyez, rien ne m'arrête. Ce n'est pas cette bouteille que je commence à prendre pour sérieuse qui va me rebuter. Pas plus que l'eau qui va manquer pour la remplir. Pas plus d'ailleurs que les choses que vous n'arrivez pas à dire à ceux qui ne veulent pas écouter.

Le peseur d'eau : Vous avez défendu des causes indéfendables. Mais sauriez-vous comme moi voir cette flaque d'eau ?

La chroniqueuse : Je vois cette flaque d'eau.

Le peseur d'eau : Et vous la voyez comme moi ?

(A suivre.)


Partager cet article
Repost0
25 janvier 2008 5 25 /01 /janvier /2008 14:04

FLAQUE

Personnages :

Le peseur d'eau
La chroniqueuse
Le marchand de parapluies
Le fabricant de bottes qui dépassent le genou
La jeune femme

 

Partager cet article
Repost0
25 janvier 2008 5 25 /01 /janvier /2008 13:30

PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN

FLAQUE

de Joël Fauré

Jamais plus vous ne regarderez les flaques de la même manière...

 

Partager cet article
Repost0
23 janvier 2008 3 23 /01 /janvier /2008 14:06

Le chef du bureau des fêtes terminées : Qu'est-ce qui vous prend ? Vous venez de démonter les rouages de notre métier. Vous croyez qu'il n'est pas assez difficile ? Je réunis mes effets de manche puisqua celle-ci n'est ni perdue ni  gagnée et je m'en vais vaquer aux affaires pendantes. (A la responsable des fêtes terminées :) Vous n'oublierez pas de passer au bureau chercher votre baise-en-ville ?

(Il s'en va.
Silence.
Le personnage tout rouge s'asseoit, la tête dans les genoux, les mains sur les cheveux, comme abasourdi.
On entend trois coups frappés derrière le mur.

Dialogue :

Voix off de femme : Vous avez vu, quelqu'un est mort, hier au soir ?

Le personnage tout rouge et la responsable des fêtes terminées, d'un même élan, "fondent" sur le lutrin, les yeux rivés sur le plan, et écoutent la suite du dialogue.

Voix off de femme : Ah bon, c'est sûr, maintenant ?

Voix off de femme : Non, c'est pas sûr mais c'est intéressant.

Voix off de femme : Moi, je crois que c'est ce type tout rouge qui a tué. Il ne me dit rien qui vaille. Il est bizarre.

Voix off de femme : Oui, il était bizarre.

Voix off d'homme : Vous vous appelez le personnage tout rouge. Pourquoi ?

Voix off de femme : Moi, je crois savoir pourquoi il s'est mis tout en rouge. C'est pour pas qu'on voit le sang de sa victime.

Voix off de femme : Cet homme est capable de tout. Nous venons même de le voir tirer à bout portant à plusieurs reprises sans sommation.

Le personnage tout rouge et la respnsable des fêtes terminées relèvent la tête et se regardent.

Le personnage tout rouge : Quelle comédie ! Vous êtes la seule à continuer à me fréquenter. Je suis infréquentable. Vous êtes bonne, belle, franche.

La responsable des fêtes terminées : Arrêtez, vous allez me faire rougir...

Le personnage tout rouge : Je crois me souvenir, si j'ai bonne mémoire, que nous avons perdu quelque chose ensemble.

La responsable des fêtes terminées : (Avec un sourire entendu :) On va les chercher ?

Le personnage tout rouge : (Il regarde sa montre.) Oui, on va jouer aux dés.

Partager cet article
Repost0

Présentation

BIENVENUE

ESPACE LITTERAIRE ET EROTIQUE
Soyez les bienvenus sur cet "égoblog",
petit jardin virtuel.

N'oubliez pas, quand même, d'aller vous aérer.

"Vivre,
c'est passer d'un espace à un autre
en essayant le plus possible
de ne pas se cogner."

Georges PEREC



 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Recherche

Liens