28 décembre 2007 5 28 /12 /décembre /2007 18:08
Cette  page de carnet est dédiée à Aurora.

"J'aperçois un homme seul

Ce dimanche soir, alors que je déplore une fois de plus la vacuité des instants, alors que je m'apprête à regagner ma tanière, j'aperçois dans ma rue un homme seul, titubant. Rencontre fortuite ? "Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous" disait Aragon ; et l'abbé Casy Rivière ne m'avait-il pas un jour confié : "Je crois aux rencontres. Aucun destin n'en rencontre impunément un autre." Ici, c'est plus facile au niveau des probabilités : il habite mon quartier.
Donc, cet homme, je le reconnais. Je l'aborde. Nous allons boire un pot.
Nous parlerons de la vie, de la mort, de l'amour, de la célébrité et des TOC (Il emploie le mot d'"incarcération")
Cet homme, en perpétuelle représentation, a fait bien du chemin pour arriver là où il est. Le "mur du son" a amplifié sa vie d'homme public. Il est aimé, reconnu. C'est un grand poète-chanteur. Il est dans le dictionnaire. Il n'a plus rien à prouver. C'est confortable. Mais pas tant que ça, finalement...
Avec son lyrisme particulier, il me dira : "Je te transmets mes neurones".
J'ai passé un mémorable instant de grâce.
Cet homme, c'était Claude Nougaro.

 
Je te transmets
mes neurones...
"

A voir aussi :
La "gambade parallèle" ; le dessin offert par Nougaro, sur la page "bloguesque" du 30 juin 2007.
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26 décembre 2007 3 26 /12 /décembre /2007 22:32
"Si un détail te gêne,
peut-être qu'il est supprimé
des "carnets" ?

J'ai chargé un ami de longue date de mettre au propre sur le papier les présents carnets. Il en saisit les lignes sur sa machine moderne, avec scanner et publication assistée par ordinateur. Je lui ai demandé ce qu'il pensait de ce qu'il retranscrivait. Il m'a donné sa réponse par écrit, et s'y montre sans concession sur le fond, sans complaisance. A propos des carnets, il écrit -et ça pose vraiment question- : "Si un détail te gêne, peut-être qu'il est supprimé des carnets histoire de faire aller l'histoire dans le sens qui t'arrange." C'est une phrase très importante. Le sérum de vérité existe-t-il ? Le commentaire critique est nécessaire aux exhibitionnistes. Il doit rendre humble. Je tiens ces annotations très pensées et judicieuses à la disposition des chercheurs et des égégètes qui étudieront un jour mon cas d'espèce !
Ma crainte d'être un monstre ; le besoin de justification ; la recherche de la vérité ; le besoin de clarté et de transparence totale ; l'idéal élevé de justice sont des thèmes éternels qui me taraudent.
Moi, je crois que j'ai un bon fond, mais qui peut me croire ?
Je n'ai pas volé, je n'ai pas tué, je n'ai pas violé. J'ai menti, mais c'étaient des mensonges pieux ; j'ai fouetté des femmes et des cochons d'Inde, mais les derniers, c'était au stade sadique anal, et les premières parce qu'elles me l'avaient demandé, qu'elles étaient consententes.

J'ai fouetté
des cochons d'Inde
et des femmes..."

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24 décembre 2007 1 24 /12 /décembre /2007 16:29
img151.jpg

"A propos..."

Cette carte postale est partie de Paris (Rue Poussin) le 24 décembre 1904.
Elle était destinée à Mademoiselle Madeleine P., à Marseille.

Ecrit à l'encre violette :

"Ma chère petite Madeleine,
Bon et joyeux Noël pour toi, ta maman, ton papa ! Que le petit Jésus te comble de faveurs et de joujoux et moi ma petite Madeleine je te donne mes meilleures caresses.
Marie"

Laissez parler les p'tits papiers...

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23 décembre 2007 7 23 /12 /décembre /2007 12:49
"L'envahissement paperassier

Tentez de faire vous-même le point sur l'envahissement paperassier que génère notre société de "surconsommation". Dans votre boîte aux lettres, st sur votre voiture, quand on ne profite pas de votre arrêt au feu rouge pour vous refourguer un prospectus.
La Poste a gravement nourri mon attachement stupide aux vélins. Combien de feuilles volantes non identifiées se sont accumulées ? En voulant trop les protéger, je les ai perdues.
En tous lieux, prenez de la hauteur : quittez le relief et ne considérez que les à-plats, le visible : c'est la dernière touche du quotidien : le journal du jour, une assiette sale, un lit défait...
Pourquoi faut-il me barder de grammages de tous formats ? Pour me sésuriser ? Me cultiver ? M'enrichir ? Ou mieux m'enliser dans une lave informe ? De toute manière, ce que je recherche le plus ardemment, le plus compulsivement, c'est ce que je vais avoir le plus de mal à retrouver. Perdu tout au fond d'une pile, étouffé par les strates du quotidien. J'en tiens une couche !
Il faudra que j'apprenne à aller à l'essentiel, à épurer. Maintenant, quand je ne retrouve pas ce que je cherche, je dresse illico un "constat d'égarement momentanné". Ca rassure...
J'ouvre des dossiers.
Une question : que faites-vous des lettres que vous recevez ? Vous les enrubannez par cinq ? Moi, j'ai tout gardé. Ca fait, à ce jour, plus de quarante ans que ça dure ! Et ça prend de la place ! Et je ne peux rien jeter ! Si je jette la lettre de Machin, il va lui arriver un gros malheur ! Ca en fait des boîtes à chaussures pleines !
Le compositeur Erik Satie avait trouvé une parade. Il n'ouvrait jamais son courrier. A sa mort, on en a retrouvé en grand nombre dans son piano !

Que faites-vous
des lettres
que vous recevez ?"


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LUBIE

LETTRES OUVERTES

"César, une lettre de Marius.
Elle est lourde."

Marcel Pagnol (Fanny)

"Ecrivez des lettres. Envoyez-les.
Recevez-en.
Laissez-les mûrir dans l'ombre.
Relisez-les."

Jean Cocteau (Les nouvelles épîtres)


J'ai un projet qui me trotte dans la tête depuis longtemps. 
L'accumulateur-fétichiste que je suis s'adresse aux voyeurs que nous sommes tous peu ou prou.
Depuis 40 ans, j'ai conservé toutes les lettres que j'ai reçues.
Elles se trouvent dans des boîtes à chaussures (Rien que du très normal.)
Je souhaite ouvrir ces boîtes à qui le souhaite...
Prenez une lettre au hasard, dépliez-là, lisez...
La petite histoire rejoint la grande...
Qu'en pensez-vous ?

JF


Dernière minute
: A l'heure de mettre en ligne, "France Inter" m'apprend la disparition de Julien Gracq. Je ne l'ai pas très bien connu, mais ce nom sonne aux amis des lettres.
Incapable d'écrire quoi que ce soit sur lui, j'attends que les TOC me laissent le loisir de lire quelques unes  de ses lignes. (Il faudra que je m'informe sur son refus à ne pas voir ses livres publiés en "poche").



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22 décembre 2007 6 22 /12 /décembre /2007 13:07
"Conservation,
collection
ou accumulation ?

Où est la frontière entre la conservation, la collection et l'accumulation ? 
On sait qu'un certain nombre de documents personnels doivent être consciencieusement gardé sur le coeur (les papiers d'identité), sous le coude (les bulletins de salaire) ou sur le dos (les factures). Certains quelques mois, voire quelques années avant prescription, d'autres à vie. Les revues imagées de vulgarisation qui traînent dans les salles d'attentes en dressent régulièrement les listes. A chacune, à chacun d'aménager son espace et générer le volume produit par la horde paperassière. Il ne faut pas tout détruire, nous sommes bien d'accord. Il ne faut pas réduire sa fiche de paie en confettis. Oui, mais... il ne faut pas tout garder. Il faut savoir jeter, détruire, déblayer. 

Je nous ramène quelques années en arrière, à l'époque où ma jeune vie n'avait généré qu'un livret de santé. Et quelle santé !
Je n'eus pas de chambre bien à moi, et seule celle de ma grand-mère me fut allouée à sa mort. Elle allait devenir le "réceptacle" de ce que nous allons observer et voir se remplir au fil des années ; nous allons en inventorier le contenu. 
On n'y trouvera pas une collection de moteurs d'Alpine ou de bidons d'huile, de crânes de Magdaléniens ou de plumes de coquecigrues. 
Non, moi, c'est le papier qui a pris le dessus. Qui n'a jamais conservé le couvercle d'une boîte de chocolat, (reproduction d'un tableau de maître ou chaumière sous la neige) me jette la première pierre. 
Très tôt, les boîtes présentèrent un intérêt certain.
Pourquoi les boîtes ?
La toute première boîte en fer blanc, joliment décorée, à laquelle j'ai attaché de l'importance, je l'ai perdue à l'école. Je devais avoir huit - dix ans. Ce souvenir remonte à la surface. La deuxième fut celle où on plaça ma grand-mère, à sa mort. Son cercueil. Oui, je me souviens avoir dit et écrit : "Mémé, on l'a mise dans une jolie boîte."
Mes boîtes et mes cartons se remplirent donc au gré du temps et du hasard d'un inimaginable magma de papier. Les tiroirs, tablettes et autres étagères de même. Un capharnaüm et un maelström réunis. Livres, disques, photos (tout à fait naturel) ; revues, journaux, quotidiens (acceptable) ; tickets de bus, métro, Sncf, prospectus (contestable).
Les postes "jet" et "tri" de papier ont été singulièrement affectés.
Je bataille, combats contre des moulins de papier. Je flatte et encense l'unicité de l'exemplaire (Ah ! Les manuscrits perdus !)
Vos papiers ! Je ne peux plus m'en séparer. 
M'en séparer, c'est se déchirer, perdre une trace, mourir un peu.

Jet et tri de papiers"

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21 décembre 2007 5 21 /12 /décembre /2007 18:02
"Les TOC
annihilent une vie.

Les TOC annihilent des vies. J'ai voulu écrire sur eux, contre eux.
Ecrire, c'est fixer.
Je me suis attelé à affiner la perception que j'avais d'eux.
J'ai voulu écrire un texte de synthèse, avec des mots-clefs : peut-être des pistes, des matériaux pour tenter de comprendre.

Le phénomène TOC : "Un petit air dans la tête"
Refaire. Revoir. Redire. Relire. Réécrire. Repasser. Relever. Retoucher. Repenser. Et finalement re-douter. Le trouble obsessionnel compulsif est une souffrance psychique caractérisée par des pensées récurrentes, non souhaitées et déplaisantes et des comportements répétitifs souvent absurdes que la personne très anxieuse ressent le besoin irrépressible d'accomplir.
Voilà une bien étrange et cruelle maladie. Elle est très invalidante. Elle fait gaspiller beaucoup d'énergie et génère l'épuisement et l'apathie. Toutes les actions, tous les gestes, y compris les plus anodins sont parasités car tout a une symbolique. 
Pour les personnes atteintes, qui doivent livrer un combat contre le doute permanent et l'angoisse chronique, quelle conduite tenir face aux familles "effrayées", aux amis, déroutés ? 
Ce mal isole, déstructure, défigure.
A la base, le champ d'action de la pensée est assiégé par la crainte infondée de catastrophes à venir. 
Le sujet peut paraître futile à qui n'en est pas atteint.
Le chemin du soulagement s'établit sur deux axes : les médicaments et la thérapie comportementale et cognitive.
Mais il faut en amont accomplir un travail personnel d'analyse : identifier les obsessions et répertorier les compulsions.
La thérapie tient en deux verbes : Dépasser et survivre. Dépasser les compulsions et survivre à l'angoisse.


Dépasser et survivre"

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20 décembre 2007 4 20 /12 /décembre /2007 19:41
"Agence


Quelques collègues du bureau, informés par je ne sais quel vent que je taquinais la muse ont lu ma première création "Agence". Ils veulent la monter, ici-même...

"Agence, c'est trois personnages attendant devant une agence fermée  que chacun prend comme remède à son mal propre. Agence pour l'emploi, agence matrimoniale ou agence bancaire ? Le travail, l'amour ou l'argent ? Qu'importe, celle-ci n'aidera finalement personne, mais ce sont les trois personnages qui en laissant de côté leurs nombrils, en unissant leurs qualités, trouveront la solution à leurs différents problèmes et à leur semblable solitude."


Un soir, en rentrant du cinéma, j'ai vu une enseigne qui clignotait : "Agence". Oui, mais une agence de quoi ? J'ai griffonné quelques notes et c'est ainsi que tout a commencé.
En écrivant cette pièce, j'ignorais que c'était du théâtre. Je n'étais pas du sérail. Ce fut dans une complète spontanéité.
J'avais "seulement" été bouleversé par "En attendant Godot" de Beckett...

Avec ma carcasse d'animal malade, avec mes bons et mes mauvais jours, avec mes silences gênés et maladroits, je me voyais mal regrouper les énergies et diriger la mise en scène. Les personnalités des uns et des autres créa une alchimie.

Nous donnâmes "Agence"

J'ai vu une enseigne
qui clignotait..."






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18 décembre 2007 2 18 /12 /décembre /2007 19:36
"Je fractionne.
Je dose.

Je fractionne. Je dose. La chanson "Il est libre, Max" est une belle chanson.
J'ai la faiblesse de croire que j'ai lu des livres importants. Il suffit d'avoir un peu de mémoire pour remarquer, retenir et replacer quelques combinaisons.
Ces présents carnets me permettent de m'inscrire dans l'espace. Plus fictives, les intrigues théâtrales laissent transparaître les choses plus "subtiles"...
J'ai inventé un univers où gravitent des personnages meurtris.
Meurtris mais fiers.

 
Meurtris
mais fiers."

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16 décembre 2007 7 16 /12 /décembre /2007 22:27
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Photo JF

"Vitrine"  - Hiver 2007



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16 décembre 2007 7 16 /12 /décembre /2007 13:59
"Des odeurs de cuirs mouillés
et de bielles tièdes

Qu'il me serait doux de revenir au temps où les autos étaient pour moi de drôles d'oiseaux rares : la Traction avant de mon oncle, qui nous conduisait à Vêpres ou à confesse ; la Deux Chevaux de mes frères, relique des états sacerdortaux de mon abbé d'oncle, où leur Renault huit, douze qui nous emmenait en expédition dans le tout premier supermarché de la région ; qu'il me serait doux de retrouver leurs odeurs de cuirs mouillés et de bielles tièdes.

Tout commence tout petit : on ne voulut pas me confier le volant du tracteur familial, privilège réservé aux aînés ; on poursuit en ne sachant pas monter les gadgets de "Pif" ; on termine avec un TOC sévère qui vous empêche de regarder la jauge d'huile... Mais, malgré tout, on arrive à passer (et obtenir) son permis de conduire.
La voiture devient un instrument échappatoire, et seulement un instrument échappatoire, qui relie un point A à un point B. 
J'ai toujours eu des guimbardes claudicantes, nécessitant autant d'huile que d'essence. Je n'ai jamais frimé grâce à mes chromes.
Fumantes, piaffantes, usées jusqu'à la corde, mes automobiles m'ont protégé de la taxation sur les grosses cylindrées mais m'ont souvent conduit à la porte du garage.
Je savais que les TOC verraient dans une voiture de quoi faire amplement leur lit. Pour un névrosé obsessionnel, outre le fait qu'elle soit un gouffre financer, la voiture surmultiplie les sources de désagréments.
Ma mère disait que "j'avais toujours le cul sur la voiture". Il est vrai que cet habitacle me paraissait hospitalier ; j'étais enfin chez moi, libre, détendu.
Pour tromper l'ennui, j'avais mis au point deux sortes d'itinéraires. Le premier était rural, le second urbain.
Pour le premier, je disais : "Je vais faire un tournant" ou "un tourniquet". Et je roulais à l'aventure dans la campagne, en chantonnant le plus souvent et en m'inventant des autos-interviews.
Le second me conduisait en ville, le soir venu.
Pour tenter d'apaiser mes angoisses abyssales, j'ai vécu ces déambulations nocturnes comme autant de chemins de croix.
De quoi était-il question ?
D'une quête douloureuse d'affection et d'âme soeur.
Sur l'usure des gommes et l'explication d'un kilométrage, questionnez-moi.
Mes pneus n'ont pas fait crisser le gravier des parkings de boîtes de nuit. Ils me ramenaient toujours vers les lieux de rencontres faciles et inopinées. Le coeur battant, la peur chevillée au ventre, j'entrai dans ce que je savais être une spirale ; j'allai au-devant d'un sexe qui me tournait le dos.
Sur un plan-guide de la ville, j'ai mis en évidence, avec un marqueur moderne, le circuit jalonné par les "Pharmaciennes" et les "Chevaliers d'Eon", de la rue de la Verge d'Or au cours de l'Orbite : un quartier cerné, transformé en souricière où les obsessions-compulsions avaient pris le volant. J'étais contraint de faire la navette devant des murs, des trottoirs et des bottes...
Voiture folle. Douleur au compteur.
J'ai roulé, roulé, roulé dans la ville... J'ai tourné, tourné, tourné... Un TOC grandeur nature...

De la rue de la verge d'or
au cours de l'orbite"

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