16 décembre 2007 7 16 /12 /décembre /2007 13:59
"Des odeurs de cuirs mouillés
et de bielles tièdes

Qu'il me serait doux de revenir au temps où les autos étaient pour moi de drôles d'oiseaux rares : la Traction avant de mon oncle, qui nous conduisait à Vêpres ou à confesse ; la Deux Chevaux de mes frères, relique des états sacerdortaux de mon abbé d'oncle, où leur Renault huit, douze qui nous emmenait en expédition dans le tout premier supermarché de la région ; qu'il me serait doux de retrouver leurs odeurs de cuirs mouillés et de bielles tièdes.

Tout commence tout petit : on ne voulut pas me confier le volant du tracteur familial, privilège réservé aux aînés ; on poursuit en ne sachant pas monter les gadgets de "Pif" ; on termine avec un TOC sévère qui vous empêche de regarder la jauge d'huile... Mais, malgré tout, on arrive à passer (et obtenir) son permis de conduire.
La voiture devient un instrument échappatoire, et seulement un instrument échappatoire, qui relie un point A à un point B. 
J'ai toujours eu des guimbardes claudicantes, nécessitant autant d'huile que d'essence. Je n'ai jamais frimé grâce à mes chromes.
Fumantes, piaffantes, usées jusqu'à la corde, mes automobiles m'ont protégé de la taxation sur les grosses cylindrées mais m'ont souvent conduit à la porte du garage.
Je savais que les TOC verraient dans une voiture de quoi faire amplement leur lit. Pour un névrosé obsessionnel, outre le fait qu'elle soit un gouffre financer, la voiture surmultiplie les sources de désagréments.
Ma mère disait que "j'avais toujours le cul sur la voiture". Il est vrai que cet habitacle me paraissait hospitalier ; j'étais enfin chez moi, libre, détendu.
Pour tromper l'ennui, j'avais mis au point deux sortes d'itinéraires. Le premier était rural, le second urbain.
Pour le premier, je disais : "Je vais faire un tournant" ou "un tourniquet". Et je roulais à l'aventure dans la campagne, en chantonnant le plus souvent et en m'inventant des autos-interviews.
Le second me conduisait en ville, le soir venu.
Pour tenter d'apaiser mes angoisses abyssales, j'ai vécu ces déambulations nocturnes comme autant de chemins de croix.
De quoi était-il question ?
D'une quête douloureuse d'affection et d'âme soeur.
Sur l'usure des gommes et l'explication d'un kilométrage, questionnez-moi.
Mes pneus n'ont pas fait crisser le gravier des parkings de boîtes de nuit. Ils me ramenaient toujours vers les lieux de rencontres faciles et inopinées. Le coeur battant, la peur chevillée au ventre, j'entrai dans ce que je savais être une spirale ; j'allai au-devant d'un sexe qui me tournait le dos.
Sur un plan-guide de la ville, j'ai mis en évidence, avec un marqueur moderne, le circuit jalonné par les "Pharmaciennes" et les "Chevaliers d'Eon", de la rue de la Verge d'Or au cours de l'Orbite : un quartier cerné, transformé en souricière où les obsessions-compulsions avaient pris le volant. J'étais contraint de faire la navette devant des murs, des trottoirs et des bottes...
Voiture folle. Douleur au compteur.
J'ai roulé, roulé, roulé dans la ville... J'ai tourné, tourné, tourné... Un TOC grandeur nature...

De la rue de la verge d'or
au cours de l'orbite"

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15 décembre 2007 6 15 /12 /décembre /2007 13:17
"Manger :
un plaisir ou une nécessité ?

Manger est une nécessité. Mais c'est aussi un plaisir. A 14 ans, le petit garçon de la campagne que j'étais, rustaud et costaud, mangeait-il plus que de raison ? Compensait-il déjà ? Ce que je sais, c'est que ma mère disait : "Il vaut mieux faire envie que pitié".  Ce que je sais, c'est que la piquette-maison, un petit vin pas plus de 10° toujours coupé avec de l'eau mettait un peu de coton dans ma tête. Y-a-t-il eu surconsommation d'alcool ?
Manger, c'est "se mettre à table", échanger des propos, des ragots. C'est la situation d'échange et de convivialité par excellence. Rompre la mie ensemble.
Des daubes silencieuses aux soupes à la grimace, que s'est-il passé ? Que reste-t-il de ces rassemblements familiaux redoutés, où le gras ourlait et les assiettes et les plaisanteries : les reproches et les longues attentes, fragilement colmatées par la moelle des os du pot-au-feu ; les musellements des bestiaux et le clouage de bec des albatros ?
Pourquoi se mettre à table pour la partager n'est pas allé sans poser d'énormes difficultés : étreint par la peur, il m'était devenu impossible de saisir un verre et l'amener à mes lèvres (d'où peut-être l'expression "Il y a loin de la coupe aux lèvres") sans être agité de tremblements ?
La peur encore : pourquoi devenir rouge comme une écrevisse et se fermer comme une huître ; les gestes incoordonnés, le faciès animé de vilains rictus, le regard affolé ne sachant où se poser ; la pleine conscience de la terrible image renvoyée ?... Face décomposée par l'effroi. Mange ! Ca va être effroi...
La peur toujours : celle de paraître comme un benêt, sans esprit de répartie, muet comme la carpe qu'il a du mal à dépecer ; perclus de frayeur à l'évocation d'un mot ou d'un thème, d'un fruit de mer à décortiquer ou d'une escalope rétive...
La peur, la peur :  celle d'être tombé, à cause d'un TOC majuscule, dans la boulimie....

Manger, c'est aussi laisser s'échapper toute sa condition.
Amusez-vous un jour à repérer, au cours d'un repas les "charnières inter-conversations", les associations d'idées, habilement amenées ou déplacées. Qui tient le crachoir ? Qui se tait ? (Nathalie Sarraute a écrit quelque chose d'important là-dessus : "Le silence".

Qui tient le crachoir ?
Qui se tait ?"
----
Après-coup

BREL A LA TELEVISION

"Ils se poussent du coeur
pour être le plus triste
Ils se poussent du bras
pour être le premier
Z'ont amené des vieilles
Qui ne me connaissaient plus
Z'ont amené des enfants
Qui ne me connaissaient pas."

Jacques Brel (Le tango funèbre)

Allez, ne boudons pas notre plaisir. "L'imprime intime" de ce soir à la télévision n'était pas si mauvais. Je m'attendais à pire. Ma perplexité d'hier soir à laissé place au bonheur pur de revoir Jacques Brel chanter et parler. Sur Florent Pagny, avouons qu'il a su, voulu ou accepté de doser ses apparitions, si bien qu'on ne peut lui en vouloir d'avoir devancé l'appel (Voir mon billet d'hier).
Je n'ai pas retenu grand chose de son interprétation personnelle et peut-être faut-il que je m'en excuse ? Mais c'est pareil avec les autres : Isabelle, Juliette, Nina, Serge, Pierre, Claude, Franck... Sauf Maurane peut-être ferait exception...
Reste à retenir un Brel patrimoine commun, où chacun peut se reconnaître., tant cet être unique a transcendé des thèmes universels.
Pour peu que l'on sache déceler le goût de Brel, peu importe l'accomodement.
Allez,  vous reprendrez bien encore un bonbon, c'est la saison, et remettons nous-en à "la pendule d'argent"...

JF




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14 décembre 2007 5 14 /12 /décembre /2007 19:52
DEUX COLONNES DE CUIR

Deux mains à plat sur le plancher, la tête basse,
Front au sol, corps plié comme une lettre recommandée,
En papier vergé, à expédier toutes affaires cessantes,
Au guichet des envois en souffrance
Je voyais briller
Deux colonnes de cuir.
Je sentais sous la pulpe de mes doigts
Deux colonnes de cuir,
Maîtresse de céans, maîtresse de séance,
Maçonne du plaisir, artiste du construire
le "A' dessiné de ses cuisses laissait luire
Deux colonnes de cuir...
Deux colonnes de cuir...

Dans la maison des éléphantasmes,
Le dédale des couloirs, l'enfilade des boudoirs,
Le bois crissant des chambres palatines, 
Les fouets brillants de la cire d'abeille
Sont chauds de mains, 
Et l'on entend, au bout d'un corridor,
Un alangui qui gémit.
La muraille des jambes rend impossible de fuir.
Deux colonnes de cuir...
Deux colonnes de cuir...

Dans un trou du plancher,
Quelques écus dorment-ils ?
Et le buffet-dressoir, fier de ses ustensiles
Arbore de fières matières de buffet d'hier, 
Le pourpre et l'écarlate ; le cramoisi et le rubicond,
Le coquelicot et la cardinalice.
Mon dos-chevalet accueille les zébrures, 
Maîtresse de céans, maîtresse de séance,
Peintre de mon académie, en des formes cubiques.
Lorsque minuit sonne sur un talon-aiguille,
Et qu'il égrenne les secondes, les minutes et les heures,
Et qu'il est, hélas temps de quitter la demeure,
J'emporte dans ma tête, au moment du sortir
Deux colonnes de cuir...
Deux colonnes de cuir...


Au paradis, vert latin,
J'y entendrai encore bruire
Deux colonnes de cuir...
Deux colonnes de cuir...


Joël Fauré

PS : Il n'est pas interdit d'avoir en tête, à la lecture de ces mots la mélodie de mon grand ami Claude Nougaro, que j'ai très bien connu "Quatre boules de cuir"...


------

BILLET D'HUMEUR


BREL

POURQUOI FLORENT PAGNY DEVANCE-T-IL L'APPEL ?

 

Je l'ai appris comme vous, Florent Pagny, (bonne voix ma foi ; belle gueule ; pas en échec) est un admirateur de la première heure de mon grand ami Jacques Brel, que j'ai très bien connu.
Bon.
Ne voilà-t-il pas que notre homme plante des chrysanthèmes avant même que le vieux Brel ait pu connaître ses trente ans de tombeau. Jacques Brel est mort à l'âge de 49 ans le 9 octobre 1978, à quatre heures trente du matin, chambre 305, à l'hôpital franco-musulman de Bobigny.
Il est sans aucun doute légitime de s'y référer.
Pourquoi donc cette hâte à vouloir célébrer le disparu ?
Suis-je jaloux ? Ai-je ourdi quelque commémoration opportune dans mon petit coin ? Suis-je grillé sur l'autel des grands messes auxquelles nous allons assister, dès le prochain automne ?
Que non ! Je pense à Brel tous les jours.
Mais je suis en droit de m'interroger.
Et la digestion de ce que j'ai lu ici ou là me laisse perplexe.
Que Florent Pagny, homme public, chanteur, fasse son métier ne me gêne pas. Ce qui me dérange plus, c'est le retentissement que j'en ai eu.
Je veux bien fermer les yeux, me boucher les oreilles, et me faire ma propre opinion.
Florent Pagny sort un disque avec 11 titres de Grand Jacques.
France 2 lui -leur ?- consacre une soirée demain.

"Ah ! je les vois déjà
Me couvrant de baisers
Et s'arrachant mes mains
Et demandant tout bas
Est-ce que la mort s'en vient
Est-ce que la mort s'en va ?
Est-ce qu'il est encore chaud
Est-ce qu'il est déjà froid ?"
Jacques Brel (Le tango funèbre
)

JF

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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 20:07
img149.jpg

Une image vaut mille mots.
Croquis de table pour "La cage" (Joël Fauré)

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13 décembre 2007 4 13 /12 /décembre /2007 19:51
LA CAGE
(Court-métrage, saynète ou chorégraphie
de Joël Fauré)

Personnages :
Un homme
Six femmes

Un homme, tout de rouge vêtu, pénètre dans un décor blanc, très dépouillé, seulement constitué de trois paravents.

De derrière chaque paravent, surgissent deux femmes bottées jusqu'aux cuisses. Hautes cuissardes noires. Pantalon d'équitation. Chemisier manche gigot. Gants noirs. Masque neutre. Longue chevelure brune.

Les six "cuissardesses" s'approchent de l'homme, en formant une ronde, en dessinant autour de lui un cercle qu'elles font décroître.

L'homme s'agenouille, ne sait plus où donner de la tête.

Une musique se laisse entendre. C'est "Le vol du bourdon" de Rimsky-Korsakoff.

Les six "cuissardesses" cernent l'homme jusqu'à l'entraver.
Leurs jambes bottées deviennent des barreaux de cage, de prison auxquels il s'agrippe.
Il maintient sa tête "à l'extérieur".

L'une des "cuissardesses" enserre la tête de l'homme entre ses cuisses, comme dans un étau.
Les autres femmes se retirent.

La "cuissardesse exécutante " se penche et laisse retomber sa longue chevelure sur la tête, ainsi qu'un rideau.

JF
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12 décembre 2007 3 12 /12 /décembre /2007 19:42
J'ai souhaité faire une petite pause dans la narration de mes "carnets" , histoire de "souffler" un peu...
Or donc...


"C'EST VOUS QUI TIENDREZ LE MIROIR"
(Court-métrage noir et blanc semi-muet
de Joël Fauré)

Personnages:

Jeune femme 1
Jeune femme 2
L'homme
Une femme

Plan 1 :
Dans un train, la jeune femme 1 (cheveux bruns attachés) lit une lettre, la replie, la replace dans son enveloppe. Songeuse contre la vitre.

Dans un train, la jeune femme 2 (cheveux bruns attachés) lit une lettre, la replie, la replace dans son enveloppe. Songeuse contre la vitre.


Plan 2:
14 heures. Un train s'arrête dans une petite gare de province. La jeune femme 1 descend. Elle se dirige vers la sortie. Elle traverse une petite place, frappe à la porte de la maison juste en face. Une femme la fait entrer et l'introduit dans une salle d'attente.
Elle dit : "Entrez"
14 heures 30. Un train venant de la direction opposée au premier s'arrête dans la petite gare. La jeune femme 2 en descend. Elle traverse une petite place, frappe à la porte de la maison juste en face. Une femme la fait entrer et l'introduit dans une salle d'attente.
Elle dit : "Entrez"

Plan 3 :
Les deux jeunes femmes sont dans la salle d'attente. Elles sont vêtues de la même manière. Pull blanc, jean et bottes cuissardes noires.

Plan 4 :
Un homme est assis à son bureau. La quarantaine bedonnante. Grand, massif. Il se lève. Il s'approche de la fenêtre ; écarte le rideau. Il pleut. Il monte le chauffage. Il allume une télévision. C'est un moniteur de télésurveillance. Il observe un long moment les jeunes femmes dans la salle d'attente.

Plan 5 :
L'homme fait entrer la jeune femme 1.
Elle s'assoit en face de lui.
Il lui désigne un paravent (ou une cabine ou un sas...) derrière lequel elle se rend.
Il fait entrer la jeune femme 2.
Elle s'assoit en face de lui.
Il lui désigne un second paravent (ou une cabine ou un sas...) derrière lequel elle se rend.

Plan 6 :
Au fond de la pièce, l'homme tire un rideau rouge de théâtre. Une petite scène. D'un côté, il y a une caméra de télésurveillance et un écran ; de l'autre, une chaise sur laquelle est posé un miroir.
Il entre sur scène.
Le rideau se referme.

Plan 7 :
3 coups sont frappés. Le rideau se lève.
L'homme est debout, entre la chaise et la caméra.
Il est vêtu d'une toge blanche.
Il frappe dans ses mains.

Plan 8 :
Les deux jeunes femmes apparaissent. Elles ont les cheveux lâchés. Elles sont vêtues d'une toge noire.
L'une se place à genoux près de l'homme ; l'autre s'empare du miroir.

Plan 9 :
Les trois personnages retirent leurs toges.
Gestes rapides.
Aucune nudité n'est visible.
Les trois personnages sont hautement bottés. Talon aiguille pour les femmes. Talon plat pour l'homme.

Plan 10 :
Plans rapprochés.
Aucune nudité ne doit être visible.
Il s'agit de suggérer que :
l'homme bande ; l'une des femmes lui fait une fellation ; l'autre tend un miroir.
L'homme se délecte à regarder l'action, tantôt sur l'écran, tantôt dans le miroir.

Il s'agit de montrer le plaisir, la sensualité, sans jamais tomber dans la vulgarité.

Plan 11:
Dans un train, la jeune femme 2 ouvre une enveloppe. Elle sort une enveloppe qu'elle déplie. Il est écrit : "La prochaine fois, c'est vous qui tiendrez le miroir."

JF

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11 décembre 2007 2 11 /12 /décembre /2007 17:52
"Je vois des cuissardes
partout.

Je vois des cuissardes partout. Dire ou lire le mot "cuissardes" fait abonder les matières. 
Insidieusement, un fétichisme s'est installé, celui d'un leitmotiv, les bottes, gérant mes stimulus et ma libido. J'en ai rêvé, j'ai phantasmé. Si on me fait une radio de la tête, on y découvrira une paire. Certains ont "des petits vélos", d'autres des "chausses" qui trottent, qui roulent. J'ai parlé de ma petite voisine ; je me souviens d'autres bruissements de bottes qui ont été doux à mes oreilles ; d'autres coloris aux pieds d'une maîtresse d'école ou d'un frère consanguin... Car les bottes que j'aime n'ont pas de sexe. En revanche, elles doivent répondre à des critères exclusifs : elles doivent dépasser le genou et être en cuir. Condition sine qua non pour le nec plus ultra. Sans quoi elles ne présentent aucun intérêt.
Si je suis fétichiste, je suis aussi collectionneur, ça va de "paire"...
La presse, surtout, m'a copieusement fourni du cuir dont on fait les bottes. Actes puérils je l'avoue, j'ai soigneusement découpé dans les magazines des dizaines et des dizaines de modèles, de quoi alimenter le rayon chaussure des grands magasins pendant plusieurs saisons. Parfois même l'achat d'un journal ne se justifiait que par la publication en manchette d'une photo de star de cinéma en cuissardes rouges ou noires. Il m'est souvent arrivé de fendre la tranche et de compulser, dans les kiosques, le rouge au front, des gazettes people à la recherche effrénée de porteuses et porteurs de "hautes-de-formes". La "presse à sandale" met parfoit "l'or à la babouche". Toujours à l'affût de mes marottes -la rime est riche-, j'ai fréquenté les lieux favorables à l'éclosion de ses longues tiges : les orchestres de bal, les coulisses des cirques, les boulevards chauds où "y'en a "des" qui se donnent un genre", et les vitrines des "chaussureries" léchées à double titre. 
Sexe. Sexe à talon. Obsession. Phantasme. Sexe : outil de plaisir et de procréation. Le sexe ne me quitte pas d'une semelle, me tourmente, m'envahit, me pollue, m'assiège.

Il faut redire les choses : je suis fétichiste à tendance sadomasochiste. Que faut-il faire ? Tuer le mal par le mal ? Mettre un voile sur ces pratiques ? Les enterrer ? Pour qu'elles germent encore, plus vivaces ? Couper le poil ? Pout qu'il repousse plus dru ?

Que faut-il faire ?"

-----
Brèves :


Le Père Noël habite à Libourne.

La tradition est bien ancrée. Depuis que j'y crois plus fort qu'avant, j'écris tous les ans au Père Noël. Et il me répond. J'ai gardé toutes ses lettres.
"Le 11 décembre 2007,
Mon cher Père Noël,
Malgré mon âge, il me serait agréable de recevoir un tout petit signe de vous.
Plus que jamais, je veux croire en votre magie.
Je vous souhaite grand courage, et je vous aime."

Le secrétariat du Père Noël, sauf erreur de ma part, est installé à Libourne (33500), Centre de recherche du courrier. Mais si vous mettez "au ciel", "au Pôle Nord" ou "dans les étoiles", la lettre arrivera quand même...

**
*

 
 
 
Tant qu'il y aura des facteurs...

Aujourd'hui, le facteur est passé. Mais il n'est pas passé comme d'habitude. Il a sonné à ma porte. J'ai dit : "Oui ?". Il a dit : "C'est le facteur." J'avais le choix entre un mauvais pli et un calendrier. C'était le calendrier.
Bien sûr, avec lui, j'étrennais la période des étrennes. J'avais le choix entre des chats, des chiens et un ours.
J'ai pris l'ours.

**
*

Frais postaux en sus.

L'immense Michel Simon (Si vous êtes patients, vous trouverez sur ce blog une photo inédite de lui, aux côtés de la dame à qui je viens de consacrer une biographie) était un érotomane notoire.
Je viens de lire dans un journal paraissant le soir que l'acteur de "Drôle de drame" a fait frémir un guichetier de "La Poste", chargé d'acheminer un catalogue d'oeuvres érotiques. Malgré une mise en garde de l'expéditeur, ce dernier a dû payer une surtaxe, au motif que l'envoi était contraire aux bonnes moeurs.
Sur une photo, on voit Michel Simon qui fait une fellation à un travesti, et tous deux regardent l'objectif.
Je me rappelle avoir lu quelque part qu'il existe des colonies de singes qui ne font jamais de dépression parce qu'ils se sucent entre eux, et d'autres qui en font parce qu'ils ne le font jamais..."
Vous avez dit bizarre ?

JF
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6 décembre 2007 4 06 /12 /décembre /2007 20:04
"Je me souviens
du temps perdu.

Je me souviens du temps perdu. Et je vois la cuisine, la table grise, la télévision, ma mère en face de moi, mon père à ma gauche, trop silencieux ou trop exaspérants. J'entends les longs silences suspendus au dessus des daubes, seulement précédés des raclements de gorge de mon père qui indiquaient que, s'il fallait se mettre à table, c'était maintenant, là, tout de suite et pas dans huit jours. Et puis rien, des bruits de mastications et de ruminations ; et surtout pas d'humour, un microclimat totalement dépourvu d'humour, chacun sur son verre -jadis de moutarde- bien distingué par Schtroumpf grognon, Grand-mère Tartine et Caliméro. Et puis rien.
Ou plutôt si. Beaucoup, beaucoup d'angoisse quand, dans la télévision, aux nouvelles, on parlait d'un homme perdu qui avait tué ses parents ou violé une petite fille.
Cet homme perdu, c'était toujours immanquablement moi.
Il faut apprendre l'amour, le joli, aux enfants.

Tout dialogue est impossible, verrouillé.
J'aimerais pourtant dire que j'aime enfiler des bottes et me faire fouetter. Je voudrais une transparence totale ; pas de double-tiroir, double-porte, double-fond, double-vie.
Les tourments du sexe parasitent tout le champ de la pensée. Je crains, j'évite les situations d'échange et de convivialité.

Pour apporter la clarté et la transparence ; pour la preuve qu'une vie est celle d'un monstre, d'un crétin, d'une crapule ou d'un honnête homme, je propose ma solution : il faudrait s'installer dans un cinéma et visionner un film qui durerait la longueur d'une vie, un film d'une seule prise, sans coupure, en temps réel, un peu comme dans "La corde" d'Alfred Hitchcock. Il faudrait qu'une caméra assidue témoigne. Une caméra qui aurait fimé sans discontinuer, jour et nuit, à notre insu, avec des gros plans pour capter les sens et des champs-contrechamps pour les échanges, sans négliger la bande-son.
Il y aurait quelques longueurs mais nous aurions des surprises...

Un film qui durerait
la longueur d'une vie."

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5 décembre 2007 3 05 /12 /décembre /2007 18:34
"Décrire sans circonscrire

Bien des choses ont évolué depuis le début de la mise en lumière des troubles. L'écriture, cathartique, m'a permis de décrire sans circonscrire le mal. Rien ne me prédisposait à écrire : chez mes parents, il n'y avait aucun livre. Aujourd'hui, une bibliothèque s'est constituée. J'ai vu apparaître entre mes doigts une plume qui m'a, on ne sait comment, guidé vers le psychodrame. Rien ne me prédisposait non plus à écrire pour le théâtre. Voisinant avec les présents "carnets", des intrigues dramaturgiques dormaient dans des tiroirs. Totalement vierge en théâtre, je n'avais approché cette discpline -majeure- que par le biais de représentations scolaires, telle "L'avare" de Molière, au théâtre Sorano. Je devais avoir quatorze ans.
J'avais écrit une première pièce "Agence", à l'instinct, sans les bases de données de l'écriture dramatique. Le thème, seul, ne m'était pas étranger : la frustration et ses nombreux méfaits. Longtemps j'avais laissé dormir ce manuscrit et ne l'avais donné à lire qu'à quelques amis. Ils m'avaient en retour adressé quelques encouragements. Etaient-ils de complaisance ? Plus tard, j'ai voulu savoir si mes écrits présentaient un certain intérêt ou si ce n'étaient que gribouillages d'adolescent et d'écrivaillon du dimanche.
Timidement, j'ai frappé à quelques portes autorisées...


 
* *
*


J'ai peur des femmes. Je ne vois plus en elles qu'un sexe béant et gluant qui va m'engloutir.
J'ai peur des hommes. Je ne vois plus en eux qu'un volumineux phallus qui va me farcir tous les orifices.
J'ai peur des enfants depuis que je n'en suis plus tout à fait un. Une amie bretonne avec qui j'entretiens une très belle relation épistolaire -nous ne nous sommes jamais vus et jamais parlé (depuis bientôt trente ans !)- possède une grande finesse de perception. Elle a eu un jour les mots si justes que j'en ai été profondément ému : "Je fais le souhait que le petit garçon qui sommeille en vous, avec toute sa tendresse et sa sensibilité se réveille et s'affirme comme le meilleur. Quand au petit garçon effrayé qui bouscule et complique la vie de l'homme que vous êtes, que le vent fort de ce jour en Bretagne l'emporte pour toujours."

Longtemps, j'ai eu peur du Christ sur sa croix. Méphistophélès m'obligeait à faire une fellation au Christ qui devait aussi simultanément me sodomiser !
Un sexe dans la bouche ; un autre dans le derrière, ça fait pas un sexe de trop pour un seul homme ?
A moins que ce ne soit l'ubiquité...


A moins que
ce ne soit l'ubiquité."
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4 décembre 2007 2 04 /12 /décembre /2007 20:00
"Devant : un profond ravin.
Derrière : un ours en colère.

Juste devant moi, un profond ravin ; juste derrière, un ours en colère que tout porte à croire que je lui ai volé son miel ; de part et d'autre des arquebusiers, toutes flèches tendues.
Je suis cerné.
Cette image illustre l'état de paralysie dans lequel me plonge la névrose. Lorsque cette scène n'est pas "objectivement" vécue, elle est fortement redoutée. C'est l'anticipation de l'angoisse.

Les obsessions et leurs pendants, les compulsions, génèrent l'aboulie. Le schéma est le suivant : je n'entreprends rien parce ce que je vais connaître des compulsions.
Il est important de rappeler que les TOC sont épuisants.

Passé le plus tard possible, je quitte le bureau.
J'ai du mal à marcher. Je suis assiégé de doutes, de fatigue et d'angoisse. J'ai peur du vide. Déstructuré, j'ai du mal à imaginer mon corps inscrit dans l'espace. J'aimerais pouvoir m'écarter de moi-même et me regarder vivre. Les visages des passants semblent m'agresser, me reconnaître, m'en vouloir. TOUS LES GENS SEULS SONT DES GENS SUSPECTS. Je suis tourmenté par mes vieilles frayeurs thématiques. Avec ses accessoires : je suis oppressé, j'ai mal à la tête, j'ai mal au ventre, j'ai envie de vomir, j'ai trop chaud ou j'ai trop froid. Je suis un homme d'excès et de démesure. Je rumine. Je ressasse.

J'ai du mal à me concentrer : mon cerveau ressemble à une centrifugeuse. Et je me disperse. Les angoisses sont abyssales. L'esprit parasité de pensées nocives, de peurs irraisonnées. Sexe. Je "sadomasochise" clandestinement. Je vois des cuissardes et des fouets partout. J'achète une revue spécialisée, pour la jeter immédiatement après.
Aux soirs venus de déroutes et de routes déviées, je consulte une messagerie vocale. Des opinions s'échangent...
Se faire attacher et fouetter et aimer ça, quelle importance ?
Moi, je suis dans un courant alternatif : j'aime ça et ça m'angoisse. Fascination et répulsion.

J'ai longtemps cherché une image qui expliquerait ce qu'est une angoisse à ceux qui n'en ont pas : une bombe qui va exploser sous le cuir chevelu ; un gouffre ; des souris qui grignotent le cerveau...
J'ai longtemps cherché.
Je n'ai pas encore trouvé.

Fascination et répulsion"




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