26 novembre 2007 1 26 /11 /novembre /2007 18:01
"Toulouse-Lautrec,
Schubert et Schumann
me tendaient un miroir...

Lecture. Similtudes. Nouvelle rafales de tempêtes.
Il y eut encore d'autres bourrasques. C'est un peu comme si je me documentais au maximum pour soutenir une thèse sur la folie. Y-a-t-il eu complaisance sur le sujet ? Ces feux nourris s'attisaient, éclaboussaient tout le reste. Althusser, Toulouse-Lautrec, Schubert et Schumann se laissaient raconter, avec leurs doutes, leurs troubles, et leurs histoires me faisaient intensément peur. Ils me tendaient un miroir. La solitude, la frustration, la carence affective ne détériorent-elles pas la santé mentale ?
Assurément, le facteur temps avait aussi son mot à dire : que d'années perdues, gâchées.
Bilan. Sexe. SIDA. Peur du mal et mal de la peur. Althusser. Spasmophilie. Folie. "Spasmopholie". Manèges ivres. Je répète, vérifie ; vérifie, répète, dans un "accaparemental" infernal... Une chasse aux angoisses à l'aide d'armes dérisoires : des gestes, des paroles, toute une scénographie de mauvaise opérette.

J'ai vraiment très peur et je veux sortir du labyrinthe. On a beau "se faire une raison", "se dominer", le mal, pervers, ronge et possède même les plus forts. Il rendait légitime une consultation chez un spécialiste.
Devant la psychiatre, je m'épanchai en lui donnant l'adresse des démons qui m'habitaient. Je pus enfin mettre un nom sur les troubles répétitifs, les "manèges ivres", les assaillants, les rites de "rassurement", de "rassurance"...
Le dicionnaire dit : Compulsion : force intérieure par laquelle le sujet est amené irrésistiblement à accomplir certains actes, et à laquelle il ne peut résister sans angoisse. 
En termes plus lapidaires et martelés, on appelle ça des "TOC" (Troubles Obsessionnels Compulsifs), et c'est bigrement embêtant.
Il fallait, à présent que l'on avait calibré et intitulé les "choses", les bouter hors de soi. Je partis donc à la chasse aux TOC. 
Elle n'est pas de tout repos.


On appelle ça des "TOC"
et c'est bigrement embêtant."
 
 

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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 13:39
"Je vis tomber en lambeaux
des pans entiers de mon passé
qui tombaient en pluie acide.

Voici détaillée par le menu la génèse de ma nouvelle hantise : la peur de la folie. Une ronde de mots commença à se former dans mon esprit : démence, hystérie, névrose, psychose, schizophrénie, délire... Mais ce qui me terrifia, c'est ce qu'il me fut donné de vivre les jours qui suivirent ma funeste lecteure et ma "rencontre" avec Althu
sser. Je perdis tout appétit, et, l'humeur sombre, la bile noire, je vis tomber en lambeaux des pans entiers de mon passé qui tombaient sur moi en pluies acides : le sexe, les putes, le fétichisme, les petites annonces, les chevaliers d'Eon : autant d'extraits de ma vie qui, l'esprit en escalier, se ravisaient et s'effrayaient de s'être laissés vivre. Tout ce qui fut, à un moment donné, attractif devint répulsif. Manichéen, il me semblait avoir commis des actes répréhensibles. Je me promulguais voleur, violeur, meurtrier, assassin, égorgeur, étrangleur... J'étais coupable de tous les faits-divers de la planète, et surtout ceux à caractère sexuel. On allait m'arrêter, me confondre, m'enfermer. Mon sommeil fut troublé de rêves dont je garde souvenance (pour les avoir notés) : Un chien, un terrible molosse, tenait absolument à me mordre ; j'étais dans un train, affecté au classement d'archives (!), je me trouvais seul dans un wagon, et tout au bout, le canon d'une arme dépassait d'un trou : si je n'avais pas terminé le classement dans les temps "réglementaires", j'étais exécuté. Des terreurs diurnes me saisissaient aussi, et je les "vivais" en toute conscience ; je les "imaginais" très fort surtout : des maisons allaient s'effondrer, s'engloutir sous la terre ; j'allais être enseveli sous un immense tas de sable ; il me semblait qu'un homme allait me poursuivre avec un grand couteau ; toutes les camionnettes, tous les campings-cars me rappelaient la prostituée qui officiait dans un véhicule semblable.
Elève doué pour les scénarios-catastrophes. Des peurs à la frontière de la panique. Le cyclone Althusser avait fait bien des ravages ; il avait en fait été le révélateur d'une profonde fêlure. 
L'extérieur, la vie à l'état brut, regorgeait maintenant de prétextes anxiogènes.

Elève doué pour les scénarios-catastrophes"

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Brèves :

Faisons un rêve.

De mes nuits agitées, passées à me battre avec des dragons et des soldats, ou à visiter d'étranges nécropoles, à faire d'étranges rencontres dans d'étranges situations, j'ai capturé au réveil quelques fragments de détails.
Dans la page de "carnets" de ce jour, on peut en retrouver quelques uns.
Depuis 1995, je consigne régulièrement tous mes rêves. Et c'est... très intéressant !

Mon camarade Federico Fellini, que j'ai très bien connu, à fait la même chose, entre 1960 et 1982.

" Ses songes [de Fellini] étaient notés chaque matin, à son réveil, sur un carnet posé à dessein sur sa table de chevet. Il avait lui-même ensuite relié ce journal très intime pour en constituer deux volumes. A sa mort, en 1993, ce document fut déposé dans le coffre d'une banque romaine par ses héritiers" écrit Jean-Luc Douin dans "Le Monde des Livres" du 16 novembre dernier, à l'occasion de la sortie en librairie de "Le Livre de mes rêves" de Federico Fellini (chez Flammarion, 584 pages, 89 €)

Si l'interprétation des rêves ont fait palpiter Freud, et tous les psys post-modernes, il n'en ont pas moins alimenté, concernant Fellini -et me concernant peut-être un jour !- un fantastique bassin d'imagination et de création.

*

Qu'en pense le curé de "Cucugnaux" ?

Cugnaux est une ville moyenne de la couronne toulousaine. Son cimetière est plein comme un oeuf. A tel point que le maire a pris un arrêté qui "interdit de mourir sur le territoire de la commune". L'aspect insolite de histoire a plu et a été repris par de grands médias nationaux.
La même semaine, plus discrètement, la presse locale a relayé une information qui, passée plus inaperçue, semble avec ironie conforter le trop plein municipal : deux cerceuils du cimetière de Cugnaux ont été exhumés, dans le cadre d'une enquête...
Alphonse Daudet aurait-il puisé une inspiration dans cette clochemerlesque histoire...
Le curé de Cucugnan  transposé a Cucugnaux...

*

Chaussure à son pied.

"Le Journal du Dimanche" de ce jour m'apprend que les femmes s'offrent, en moyenne, cinq paires de chaussures par an.
Fort de cette constatation, un patron a lancé un site de vente en ligne. "L'internaute visualise désormais les escarpins, baskets ou bottes selon sept angles différents, y compris sous la semelle."

JF


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25 novembre 2007 7 25 /11 /novembre /2007 00:32
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24 novembre 2007 6 24 /11 /novembre /2007 18:29
img143.jpg

"Je referme le livre-pierre tombale. Par mégarde, je vais m'y oublier un peu."
Joël Fauré (Carnets)
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24 novembre 2007 6 24 /11 /novembre /2007 13:36
"Mercredi : Althusser.
Jeudi : Althusser.
Vendredi : Althusser...

Mercredi : je "découvre" Althusser à la télévision. Jeudi, je lis le grand papier qui lui est consacré dans "Libération". Vendredi, je pénètre dans une librairie. Rayon nouveautés. J'aborde un vendeur : "Avez vous "L'avenir dure longtemps" de Louis Althusser ?" Il me désigne une table : "C'est tout au bout". Avant de poursuivre, loquace : "Je viens justement d'en lire quelques extraits. C'est dur !"
Nous échangeons encore quelques mots. Il me signale un papier sur le livre en question dans un périodique ; je lui conseille celui de "Libération" et je me saisis du livre. Je feuillette. Page 115 et 116 : "Hélène, toujours dans cette petite chambre de l'infirmerie, assise sur mon lit, à mon côté, m'embrassa. Jamais je n'avais embrassé une femme (à 30 ans !) et surtout, jamais je n'avais été embrassé par une femme. Le désir monta en moi, nous fîmes l'amour sur le lit, c'était neuf, saisissant, exaltant et violent. Lorqu'elle fut partie, un abîme d'angoisse s'ouvrit en moi qui ne se referma plus. (...) Je tentai de me raccrocher comme je pouvais à la vie, à mon ami, le docteur Etienne, impossible, chaque jour, je sombrai irrémédiablement dans le vide terrifiant de l'angoisse, une angoisse devenue rapidement sans objet aucun : ce que les spécialistes appellent, je crois une "névrose d'angoisse sans objet". Page 242 et 243 : "Je ne cessais de vivre la nuit d'atroces cauchemars, qui se prolongeaient très longuement à l'état de veille,et je "vivais" mes rêves à l'état de veille, c'est-à-dire agissais selon les thèmes et la logique de mes rêves, prenant l'illusion de mes rêves pour la réalité, et je me trouvais alors incapable de distinguer en état de veille mes hallucinations oniriques de la réalité. C'est dans ces conditions que je développais sans cesse à qui venait me visiter des thèmes de persécution suicidaire. Je pensais intensément que des hommes voulaient ma mort et s'apprêtaient à me tuer : un barbu en particulier, que j'avais dû apercevoir quelque part dans le service ; mieux, un tribunal qui siégeait dans la pièce à côté pour me condamner à mort ; mieux, des hommes armés de fusils à lunette qui allaient m'abattre en me visant des fenêtres d'en face ; enfin les Brigades rouges qui m'avaient condamné à mort et allaient faire irruption dans ma chambre de jour ou de nuit. Je n'ai pas gardé en mémoire tous ces détails hallucinants, ils sont pour moi couverts, sauf par éclairs, par une lourde amnésie, mais je les tiens de mes nombreux amis, qui vinrent me visiter, des médecins qui me soignèrent, et de l'exact et concordant recoupement de leurs observations et témoignages que j'ai ensuite recueillis."
Je referme le livre-pierre tombale. Par mégarde, je vais m'y oublier un peu. Un plaque de marbre sur la poitrine, un sac de noeuds dans la gorge, je quitte la librairie. Je viens d'effectuer un terrible semis dans ma tête surmenée.
J'ai un train à prendre ; je rentre chez moi, tel un automate, gonfler une valise, me faire suer et rager en vérifications... Ai-je bien éteint la lumière ? La porte est-elle bien fermée à clef ?
Sur le trajet de la gare, j'ai bien senti la sourde angoisse : mais ventre affamé avait une oreille ; aussi a-t-il, lui, tout entendu. L'angoisse n'est pas restée sourde très longtemps : elle s'est écoutée, elle a grandi, est devenue bien nette, attentive... Le temps de m'attabler au buffet de la gare. Je refuse de croire que ça va mal. Je passe commande : harengs-pommes à l'huile... Ce soir, la caque sent trop le hareng. Aux commissures de mes lèvres semble suinter un goût amer. Pour le reste, ça se passe en gros au creux des reins, dans la gorge, dans l'estomac, dans la poitrine, et surtout dans la tête : moi, le gros mangeur, je n'ai pas faim...
Mâcher et avaler une bouchée relève du domaine de l'effort. Je n'ai pas la force d'en accomplir un. Je suis dévoré par l'angoisse. Il y en avait "avant" Althusser ; voici soudain qu'elles paralysent même mon appétit. Je décommande tout.
Longue attente. Même la bière que j'ai demandé qu'on me serve pour tromper l'ennemi a mauvais goût.
Je monte dans le train. D'enfer.

Je monte dans le train.
D'enfer."
 

 


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23 novembre 2007 5 23 /11 /novembre /2007 18:21
"Près de la tête du journaliste,
un visuel qui en dit long...

Au journal télévisé du soir, je surveille des sujets de la lettre "S". Les concepteurs ont eu la délicatesse d'incruster, près de la tête du journaliste, un visuel qui en dit long : un gros oursin, une boule épineuse, une planète à éviter. SIDA.
Le journal va prendre fin sans avoir eu les boules. Mais avant, encore un sujet : littérature. On a retrouvé et publié un manuscrit de Louis Althusser. Je ne retiens que les mots qu'il n'aurait pas fallu retenir, aux seules fins que rien ne bascule.
Louis Althusser, philosophe écouté, d'obédience communiste, Marxiste, raconte, dans ses phrases retrouvées et regroupées en un livre "L'avenir dure longtemps" les épisodes troublés de sa vie. Brillant penseur, tout à la ferveur d'une idéologie -d'une utopie ?- cet intellectuel dont l'esprit a relégué en arrière-plan le corps et la matière a connu de longues périodes d'angoisses, de dépressions, puis les hospitalisations en milieu psychiatrique, la démence précoce et jusqu'à la confusion mentale et au délire onirique qui le rendirent irresponsable (conformément à l'article 64 du Code Pénal, aujourd'hui "remplacé" par l'article 122) du meurtre de sa femme.
Althusser était intellectuellement obsédé et taraudé par le sexe.
Althusser : "Un être sans corps sans sexe qui refuse le corps à corps et un sexe qu'un prépuce trop étroit empêche de se dresser. (...) Qui ose se masturber pour la première fois à 28 ans, qui n'a pas encore embrassé la bouche d'une femme lorsque, à 30 ans, il connaît avec Hélène sont premier plaisir d'amour. Et le lendemain, l'une de ses plus graves dépressions." (Robert Maggiori. "Libération" du 23 avril 1992)
De l'écoute du "cas Althusser" à la télévision ; de la lecture, le lendemain, du grand papier de "Libération" titrant : "Vie et morts d'Althusser", je ne retiens que deux mots : SEXE et FOLIE.
J'ai, bien sûr, tôt fait d'établir des similitudes avec ma propre vie. Althusser : un cathalyseur, une secousse, une commotion venait de me parler avec un langage clair et intelligible : "Tu vas devenir fou comme Althusser" !

Tu vas devenir fou
                    comme Althusser"

 
 

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22 novembre 2007 4 22 /11 /novembre /2007 20:55
img141.jpg
Photo PC

Cette "image" n'illustre pas à proprement parler "les carnets du jour", mais je viens de la retrouver dans mes archives. Elle aurait pu "coller" à mon texte d'hier ou d'avant-hier... 
Nous pourrions la légender : "Faut-il faire pression pour faire un tube ?"

JF
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22 novembre 2007 4 22 /11 /novembre /2007 20:24
"Tout était signe

Des habitudes s'installèrent. Elles n'oublièrent pas les portemanteaux de mes angoisses. Des syndromes avaient suivis, des succédanés de syndromes : la phobie envahissante qui trouvait ça et là, partout, des niches pour ses statuts. Ici, c'était ça  : SIDA ; là, c'était ceci : SIDA. Tout était signe.
La phobie devenait très dévorante. Elle s'infiltrait dans les gestes les plus anodins. Elle m'ouvrit les portes de son enfer. Alors, plus de répit ; c'étaient sans cesse des gestes répétés, d'étranges cérémonials, des manèges ivres. Une force irrésistible m'astreignait à répéter, répéter, répéter et encore répéter mes scènes de film d'horreur. J'ai déjà parlé, je crois, de la brosse à dents, du papier toilette, de la surprotection rapprochée de mon derrière, des crachats prophylactiques ; il fallait maintenant y rajouter une nomenclature déraisonnable.
Je me vis répéter dix fois la même phrase, me passer, jusqu'à l'obtention du mandat d'arrêter, la main dans les cheveux ; me gratter la joue, l'oreille ou le nombril ainsi qu'une vis sans fin ; me frotter les pantalons, parce que quelqu'un venait de les frôler ; vérifier, vérifier, vérifier, vérifier, vérifier et vérifier encore que la lumière était bien éteinte ; le réveille-matin en position "sonnerie", le robinet d'eau fermé ; placer tel objet à telle place et non à telle autre, le déplacer, le déplacer encore, et puis encore, et puis encore, et puis encore... Une lettre, un mot, un chiffre, une attitude : tout devenait évocation du SIDA. Finalité avouée de ces exercices de style : chasse aux pensées nocives. Si je ne les accomplissais pas, je sentais germer dans ma tête de funestes pensées : le malheur, la nuisance, la mort.

Je sentais germer
dans ma tête
de funestes pensées"


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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 19:58

"... le virus s'est collé là
sans aucun doute...

Promis. Juré. Craché.
Les W.-C. deviennent des lieux à n'utiliser qu'en cas d'absolue nécessité : je recouvre le rabat de papier-toilette avant de m'asseoir dessus. La "commission" terminée, j'utilise un important métrage de ouate de cellulose pour m'essuyer. Mon derrière est devenu le siège social de ma phobie, juste derrière mon sexe. Lui, il a décroché le cocotier : après avoir uriné, j'égoutte l'appareil une fois, puis une autre, puis une autre, puis une autre, puis une autre, puis une autre, puis une autre, puis une autre encore. Je décalotte le gland avec difficulté, l'agite de nouveau pour faire tomber le virus qui s'est collé là sans aucun doute. Je remonte le prépuce, décalotte de nouveau. Jusqu'à ce que l'esprit, tranquille, me dicte d'arrêter. 
Il me semblait que tous les orifices, l'anus, la bouche, le méat, les narines, les oreilles étaient prêts à recevoir le virus et les protégeais en permanence. Par une lointaine analogie, j'avais aussi décrété qu'il fallait faire attention à la brosse à dents. Après me les être lavées, le passais sous l'eau les poils de la brosse, tout comme le verre destiné au même usage : des rinçages répétés, répétés, répétés, répétés vainement, dictés par une pénible tension.
Autant d'actes insensés accomplis malgré moi.

Le temps passait. Chaque jour bâtissait son calvaire. Personne. Rien. Rien que cette béante solitude aggravée par la phobie et le mur du silence. Qui aurait pu me comprendre ? Il aurait fallu dire tout ce que j'ai écrit jusqu'ici : expliquer aujourd'hui par hier : trop de risque de ne pas trouver les mots, de ne pas se faire bien comprendre.

Le facteur vient de passer. J'ouvre la boîte aux lettres. Facture, prospectus. Je retire le courrier. Ferme la boîte. La rouvre. La referme. Pour la rouvrir à nouveau. Vérificateur dédouané. Rien n'est resté à l'intérieur ? Le préposé n'a-t-il rien laissé tomber ? Mes gestes sont ceux d'un acteur qui, inlassablement, répète la même prise. Celui qui me dirige est un exigeant metteur en scène de la nouvelle vague : SIDA.
Car c'est bien à une force irrésistible qu'il me faut céder, au risque de ressentir encore des angoisses : si je ne vérifie pas encore une fois le contenu de la boîte aux lettres, si je m'essuie pas encore une fois les fesses, si je ne passe pas encore une fois la brosse à dents sous l'eau, alors je vais sûrement attraper le SIDA. Pauvre idiot !
Ce n'est que bien plus tard que j'ai pu mettre un nom sur ces "rituels".



Ce n'est que bien plus tard
que j'ai pu mettre
un nom sur ces "rituels"

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Brèves:

RENCONTRE

CLARISSE ET GILLES

"Le lieutenant Fitzgerald a vingt et un ans et déjà beaucoup de talents. Il danse à merveille toutes les danses à la mode, m'apprend le turkey trot, le maxie et l'aéroplane ; il écrit des nouvelles que la presse publiera bientôt, il en est certain ; il est propre et élégant, il sait le français (...) Son uniforme a été taillé sur mesure chez les frères Brooks à New York. Sur ses jodhpurs vert olive, au lieu des jambières de toile en usage, il porte des bottes hautes, jaune paille, avec des éperons qui lui donnent l'air pas très réel d'un héros d'illustré."


Ca vous plait ? Moi aussi. C'est pas de moi. C'est de Gilles Leroy, dans "Alabama song", paru au "Mercure de France", un livre qui vient d'obtenir le prix Goncourt.
J'aime tout autant les rencontres et les échanges avec les auteurs lauréats du prix Goncourt qu'avec celles qui les lisent.
C'est ce qui vient de se passer ce soir.
A la librairie "Ombres blanches" où il est venu signer, Gilles Leroy parle de cette "folie à deux" de Scott Fitzgerald et de Zelda. Il dit qu'il a vraiment su ce qu'était le blues, en se rendant à Alabama, devant le grand ciel bleu.
Une jeune fille venu l'écouter lui pose une question et évoque "Les Jeunes filles" de Henry de Montherlant.
Ces deux là me percutent.
Gilles n'a pas fait de chichis pour écrire une belle dédicace ; la jeune fille -elle s'appelle Clarisse- n'en a pas fait non plus, quand je me suis permis de lui demander : "Vous souvenez-vous dans quel livre Henry de Montherlant évoque ces mots "qui montent droits directs, comme la fumée d'un feu de tzigane." ?

JF




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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 17:00
"Il y a urgence
pour aimer, travailler...

Il y a urgence pour aimer, travailler, puisque le SIDA n'est pas passé par moi. Il n'y a rien, rien qu'une envahissante détresse. Ma santé joue dans la cour des faibles : l'hypertension affiche des scores étourdissants, la tachycardie fait battre mon coeur pour des partis qui n'en valent vraiment pas la peine, les palpitations font le bras de fer avec les sudations. Le psoriasis a son enseigne sur le visage : plaques rouges et squames blanchâtres sur les sourcils, les ailes du nez, le front, le pourtour des oreilles ; la séborrhée disperse ses blancs confettis dans la chevelure.
Chômage, solitude, incompréhension, frustration, santé précaire : autant d'éléments pour quelle compétition ? Du Zola...

Sexe et SIDA : deux serpents qui sifflent au dessus de ma tête.
SIDA : de nombreuses contrevérités ont été dites sur la terrible maladie. "On peut l'attraper par la salive" a même déclaré un homme politique. Pour mieux revenir sur ses dires et embrasser publiquement un séropositif. Il n'empêche : j'ai entendu beaucoup trop de choses, à tort et à travers. Je me suis tu, muré dans un silence épouvantable, semis-salmigondis où se brouillent, s'embrouillent des idées décalées, anachroniques, peu claires : la phobie est arrivée. Le moindre bouton, le plus insignifiant des toussotements, la langue blanche, un gramme perdu, une mauvaise mine, une sueur (la fièvre, à coup sûr !), les traits tirés, des diarrhées. Le SIDA est partout. On a dit qu'on pouvait l'attraper chez le dentiste ; on a dit que les muqueuses de l'anus, hypersensibles, sont aussi très accueillantes pour le virus ; on a dit...
Je ne sais plus ce qu'on a dit. Je ne sais plus. Promis. Juré. Craché. Craché. Craché. Et re-craché. La salive est porteuse, conductrice, hein ? On l'a dit. Quelqu'un vient me parler : il est certainement séropositif. Des postillons ont rejailli, éclaboussé : il faut cracher...


Promis. Juré. Craché."

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