22 novembre 2007 4 22 /11 /novembre /2007 20:55
img141.jpg
Photo PC

Cette "image" n'illustre pas à proprement parler "les carnets du jour", mais je viens de la retrouver dans mes archives. Elle aurait pu "coller" à mon texte d'hier ou d'avant-hier... 
Nous pourrions la légender : "Faut-il faire pression pour faire un tube ?"

JF
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22 novembre 2007 4 22 /11 /novembre /2007 20:24
"Tout était signe

Des habitudes s'installèrent. Elles n'oublièrent pas les portemanteaux de mes angoisses. Des syndromes avaient suivis, des succédanés de syndromes : la phobie envahissante qui trouvait ça et là, partout, des niches pour ses statuts. Ici, c'était ça  : SIDA ; là, c'était ceci : SIDA. Tout était signe.
La phobie devenait très dévorante. Elle s'infiltrait dans les gestes les plus anodins. Elle m'ouvrit les portes de son enfer. Alors, plus de répit ; c'étaient sans cesse des gestes répétés, d'étranges cérémonials, des manèges ivres. Une force irrésistible m'astreignait à répéter, répéter, répéter et encore répéter mes scènes de film d'horreur. J'ai déjà parlé, je crois, de la brosse à dents, du papier toilette, de la surprotection rapprochée de mon derrière, des crachats prophylactiques ; il fallait maintenant y rajouter une nomenclature déraisonnable.
Je me vis répéter dix fois la même phrase, me passer, jusqu'à l'obtention du mandat d'arrêter, la main dans les cheveux ; me gratter la joue, l'oreille ou le nombril ainsi qu'une vis sans fin ; me frotter les pantalons, parce que quelqu'un venait de les frôler ; vérifier, vérifier, vérifier, vérifier, vérifier et vérifier encore que la lumière était bien éteinte ; le réveille-matin en position "sonnerie", le robinet d'eau fermé ; placer tel objet à telle place et non à telle autre, le déplacer, le déplacer encore, et puis encore, et puis encore, et puis encore... Une lettre, un mot, un chiffre, une attitude : tout devenait évocation du SIDA. Finalité avouée de ces exercices de style : chasse aux pensées nocives. Si je ne les accomplissais pas, je sentais germer dans ma tête de funestes pensées : le malheur, la nuisance, la mort.

Je sentais germer
dans ma tête
de funestes pensées"


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21 novembre 2007 3 21 /11 /novembre /2007 19:58

"... le virus s'est collé là
sans aucun doute...

Promis. Juré. Craché.
Les W.-C. deviennent des lieux à n'utiliser qu'en cas d'absolue nécessité : je recouvre le rabat de papier-toilette avant de m'asseoir dessus. La "commission" terminée, j'utilise un important métrage de ouate de cellulose pour m'essuyer. Mon derrière est devenu le siège social de ma phobie, juste derrière mon sexe. Lui, il a décroché le cocotier : après avoir uriné, j'égoutte l'appareil une fois, puis une autre, puis une autre, puis une autre, puis une autre, puis une autre, puis une autre, puis une autre encore. Je décalotte le gland avec difficulté, l'agite de nouveau pour faire tomber le virus qui s'est collé là sans aucun doute. Je remonte le prépuce, décalotte de nouveau. Jusqu'à ce que l'esprit, tranquille, me dicte d'arrêter. 
Il me semblait que tous les orifices, l'anus, la bouche, le méat, les narines, les oreilles étaient prêts à recevoir le virus et les protégeais en permanence. Par une lointaine analogie, j'avais aussi décrété qu'il fallait faire attention à la brosse à dents. Après me les être lavées, le passais sous l'eau les poils de la brosse, tout comme le verre destiné au même usage : des rinçages répétés, répétés, répétés, répétés vainement, dictés par une pénible tension.
Autant d'actes insensés accomplis malgré moi.

Le temps passait. Chaque jour bâtissait son calvaire. Personne. Rien. Rien que cette béante solitude aggravée par la phobie et le mur du silence. Qui aurait pu me comprendre ? Il aurait fallu dire tout ce que j'ai écrit jusqu'ici : expliquer aujourd'hui par hier : trop de risque de ne pas trouver les mots, de ne pas se faire bien comprendre.

Le facteur vient de passer. J'ouvre la boîte aux lettres. Facture, prospectus. Je retire le courrier. Ferme la boîte. La rouvre. La referme. Pour la rouvrir à nouveau. Vérificateur dédouané. Rien n'est resté à l'intérieur ? Le préposé n'a-t-il rien laissé tomber ? Mes gestes sont ceux d'un acteur qui, inlassablement, répète la même prise. Celui qui me dirige est un exigeant metteur en scène de la nouvelle vague : SIDA.
Car c'est bien à une force irrésistible qu'il me faut céder, au risque de ressentir encore des angoisses : si je ne vérifie pas encore une fois le contenu de la boîte aux lettres, si je m'essuie pas encore une fois les fesses, si je ne passe pas encore une fois la brosse à dents sous l'eau, alors je vais sûrement attraper le SIDA. Pauvre idiot !
Ce n'est que bien plus tard que j'ai pu mettre un nom sur ces "rituels".



Ce n'est que bien plus tard
que j'ai pu mettre
un nom sur ces "rituels"

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Brèves:

RENCONTRE

CLARISSE ET GILLES

"Le lieutenant Fitzgerald a vingt et un ans et déjà beaucoup de talents. Il danse à merveille toutes les danses à la mode, m'apprend le turkey trot, le maxie et l'aéroplane ; il écrit des nouvelles que la presse publiera bientôt, il en est certain ; il est propre et élégant, il sait le français (...) Son uniforme a été taillé sur mesure chez les frères Brooks à New York. Sur ses jodhpurs vert olive, au lieu des jambières de toile en usage, il porte des bottes hautes, jaune paille, avec des éperons qui lui donnent l'air pas très réel d'un héros d'illustré."


Ca vous plait ? Moi aussi. C'est pas de moi. C'est de Gilles Leroy, dans "Alabama song", paru au "Mercure de France", un livre qui vient d'obtenir le prix Goncourt.
J'aime tout autant les rencontres et les échanges avec les auteurs lauréats du prix Goncourt qu'avec celles qui les lisent.
C'est ce qui vient de se passer ce soir.
A la librairie "Ombres blanches" où il est venu signer, Gilles Leroy parle de cette "folie à deux" de Scott Fitzgerald et de Zelda. Il dit qu'il a vraiment su ce qu'était le blues, en se rendant à Alabama, devant le grand ciel bleu.
Une jeune fille venu l'écouter lui pose une question et évoque "Les Jeunes filles" de Henry de Montherlant.
Ces deux là me percutent.
Gilles n'a pas fait de chichis pour écrire une belle dédicace ; la jeune fille -elle s'appelle Clarisse- n'en a pas fait non plus, quand je me suis permis de lui demander : "Vous souvenez-vous dans quel livre Henry de Montherlant évoque ces mots "qui montent droits directs, comme la fumée d'un feu de tzigane." ?

JF




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20 novembre 2007 2 20 /11 /novembre /2007 17:00
"Il y a urgence
pour aimer, travailler...

Il y a urgence pour aimer, travailler, puisque le SIDA n'est pas passé par moi. Il n'y a rien, rien qu'une envahissante détresse. Ma santé joue dans la cour des faibles : l'hypertension affiche des scores étourdissants, la tachycardie fait battre mon coeur pour des partis qui n'en valent vraiment pas la peine, les palpitations font le bras de fer avec les sudations. Le psoriasis a son enseigne sur le visage : plaques rouges et squames blanchâtres sur les sourcils, les ailes du nez, le front, le pourtour des oreilles ; la séborrhée disperse ses blancs confettis dans la chevelure.
Chômage, solitude, incompréhension, frustration, santé précaire : autant d'éléments pour quelle compétition ? Du Zola...

Sexe et SIDA : deux serpents qui sifflent au dessus de ma tête.
SIDA : de nombreuses contrevérités ont été dites sur la terrible maladie. "On peut l'attraper par la salive" a même déclaré un homme politique. Pour mieux revenir sur ses dires et embrasser publiquement un séropositif. Il n'empêche : j'ai entendu beaucoup trop de choses, à tort et à travers. Je me suis tu, muré dans un silence épouvantable, semis-salmigondis où se brouillent, s'embrouillent des idées décalées, anachroniques, peu claires : la phobie est arrivée. Le moindre bouton, le plus insignifiant des toussotements, la langue blanche, un gramme perdu, une mauvaise mine, une sueur (la fièvre, à coup sûr !), les traits tirés, des diarrhées. Le SIDA est partout. On a dit qu'on pouvait l'attraper chez le dentiste ; on a dit que les muqueuses de l'anus, hypersensibles, sont aussi très accueillantes pour le virus ; on a dit...
Je ne sais plus ce qu'on a dit. Je ne sais plus. Promis. Juré. Craché. Craché. Craché. Et re-craché. La salive est porteuse, conductrice, hein ? On l'a dit. Quelqu'un vient me parler : il est certainement séropositif. Des postillons ont rejailli, éclaboussé : il faut cracher...


Promis. Juré. Craché."

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19 novembre 2007 1 19 /11 /novembre /2007 20:28
"Je mets mes bottes,
en me cachant

Ma vie est ratée ? Mes journées sont de longues, vaines attentes. Mes nuits sont insomnies. Je m'endors au petit matin. Les réveils sont rudes : paupières lourdes, bouche pâteuse, membres raides, tête où s'ébattent des idées saugrenues. Je suis seul. Je mets mes bottes, en me cachant, le coeur battant. Je les retire.
J'ai peur. Je souffre. Et j'ai peur de souffrir. Si j'ai le SIDA, je vais mourir dans d'atroces souffrances. Il faudra que je prévienne les miens. Ca me paraît insurmontable. L'amour, le sexe me taraudent autant que leurs maladies. Je ne sais pas trouver les mots : c'est une injustice chevillée au ventre. Il paraît tellement conventionnel de l'écrire !  J'ai envie de hurler mon manque d'amour. Je l'écris. J'ai envie de hurler que, pour le meubler un peu, ce manque, ce vide vertigineux, je suis allé chercher de l'amour de façon factice ailleurs, et n'en ai retenu que les désagréments.

Il faut savoir. Je veux savoir si oui ou non je suis séropositif ! Depuis le dernier déspistage, il n'y a pas eu de rapport ; il n'y a eu des bottes, mais... il faut savoir.
Les centres de dépistage du SIDA se sont multipliés. Le test est beaucoup plus fiable. On en sait beaucoup plus sur la maladie. De report en renvoi, j'aboutis à un verdict sans appel : il faut que je me fasse dépister. Pour l'avoir déjà suivi, je connais l'itinéraire du curieux : prise de sang, remise d'un carton revêtu d'un numéro, attente une semaine et résultat des courses. Une semaine d'attente... On attend toujours trop longtemps. Retour case départ, nu, dépouillé, entre les mains d'un messager en blouse blanche. Avec moi, un jeune couple attend, vient vérifier si le mal ne les a pas visités. Quelques mots échangés et on appelle mon numéro. "Asseyez-vous, c'est négatif". Que peut-on répondre ? "Merci" ? C'est déplacé. "Ouf" ? C'est mièvre et égoïste. On déballe quand même une banalité, un souffle, une respiration.

 
On attend toujours

trop longtemps"
 

 
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18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 21:33

img140.jpg
Phot J.-M.M

Pour ne rien vous cacher, j'ai longtemps hésité avant de rendre publique cette photo. J'oscillais entre la grande envie d'illustrer le passage le plus fétichiste de mes "carnets" et la peur de donner une image "dégradante" de la femme. 
L., qui est sur cette image, est une adepte de jeux sadomasochistes, et m'a bien entendu donné l'autorisation de figurer ici.

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18 novembre 2007 7 18 /11 /novembre /2007 20:58
"... les tarses calés
dans des bottes carénées
comme des paquebots de croisière...

Le cuir, les bottes, les cuissardes... Comme dans mes premiers rêves-pollutions nocturnes où j'enfilais les bottes de sept lieues. Les bottes-cuissardes : D'Artagnan, Scaramouche, Fanfan la tulipe, Michel Fugain, Gérard Philippe en sont porteurs : pourquoi pas moi ?
Et Monsieur Loyal, au cirque, n'a-t-il pas les tarses calés dans des bottes carénées comme des paquebots de croisière ? N'avais-je pas fait du théâtre ? Et du cirque ? Où est le plaisir ? Où est le porte-à-faux ? Bien sûr, porter des bottes me rappellerait leur connotation sexuelle ; porter des bottes, cela équivalait à jouer : peu importe le théâtre, le cirque, la piste ou la scène...
Encore une fois, je ne me posai pas trop de questions. Comme d'autres s'offrent en cadeau une planche à voile ou un camescope, je fis confectionner chez un bottier une paire de bottes-cuissardes en cuir souple de veau.
En les enfilant, à quoi pensais-je ? Qu'elles me procuraient l'agréable sensation d'une matière noble et sensuelle, placebo de la douce peau des femmes ? Ou qu'elles me promulguaient mousquetraire, pirate ou maître de manège ? Attributs dérisoires et morbides, substituts de seconde classe, sceptres majestueux, j'aimais les porter, ces bottes-cuissardes dans lesquelles je glissais le pantalon.
Toutefois, je ne les portais jamais en présence de mon entourage ou de connaissances. Mais de temps à autre, je les faisais "marcher", leur faisais prendre l'air et fouler des lieux où je savais qu'il serait surprenant de rencontrer père, mère, oncle ou cousin.


 
Je les faisais marcher"
 
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17 novembre 2007 6 17 /11 /novembre /2007 21:21
"Il est des miroirs grossissants

Terrain vague et pépinière à angoisses. Elles s'axaient sur une innocence mal perdue et pivotaient sur un même thème : le sexe et ses non-dits, ayant-faits et mauvais soldes de tout compte. Le SIDA était toujours là, plus fort que jamais, plus présent et plus réel que s'il m'habitait vraiment. Il est des reflets disproportionnés ; il est des miroirs grossissants sans réfléchir. 
La science avait avancé. On vit les premières images, les premiers témoignages. On avait affiné le test de dépistage. Subsistaient, chez moi, des doutes. Je me retrouvai dans certaines lectures où il était question de fatigue et de ganglions. Ainsi, la rage au ventre, je pensai avoir contracté la plus implacable des maladies d'amour en ne l'ayant que très modestement connu. La plus implacable ou bien une autre tout aussi délicate à avouer aux "bien portants" mais "mauvais disants" : l'une ou l'autre de ces maladies vénériennes qui se véhiculent chez les "pharmaciennes".
Je n'allai plus les voir. Les espaces qu'elles avaient meublés devenaient vacants. Pourtant, il fallait vivre sa physiologie. Cendrillon et le chat Botté me faisaient des signes : "nous, on fait du théâtre, on est soumis ou dominé, mais on n'a pas de rapport sexuel."
Que faire ? Que ne pas faire ?
La solitude bousculait le temps ; lui-même était pressé et faisait du coude à des obsessions déjà vieilles.
Les angoisses avaient grandi. Elles étaient nées un soir au cours d'une partie de rami.
Il m'était difficile de supporter l'idée que, peut-être, je portais dans mes flancs une maladie honteuse. "Il faut oublier, tout peut s'oublier" dit Brel. Mais il dit aussi : "On n'oublie rien ; on s'habitue, c'est tout." Je ne peux ni oublier ni m'habituer. Je rumine, je ressasse, j'attends. Je n'ai rien à faire. Je vois les autres vivre, bouger, danser, aimer...

... je portais dans mes flancs
une maladie honteuse
"

----
Brèves :

"Les dossiers de l'écran"

Un organe de presse pour les femmes et ceux qui s'y intéressent, battant à droite, difficile a feuilleter car ou bien les pages hyper-pétrolées font ventouse entre elles ou bien car de gros cartons payés par des fabricants de cosmétiques en empêchent la manoeuvre, titre ce jour : "Enquête. Comment les femmes gèrent leur e-temps."
Marie Boeton écrit : "Le monde virtuel est à nous ! Aujourd'hui, on peut, grâce aux nouvelles technologies, fréquenter de parfaits inconnus, se téléporter dans le cyberspace, bloguer pour se psychanalyser, s'aimer hors réalité... Etrange planète où chacun trouve son bonheur ?"
Plus loin j'ai souligné : "Jusqu'à quel point la Toile peut-elle risquer de faire écran à notre première vie, faite de chair et d'os, de sens et de contacts physiques ?"
Et plus loin encore, la journaliste rapporte les propos de Jacques Attali "La créativité intellectuelle va finir par jouer un rôle beaucoup plus important que notre enveloppe charnelle" et tout de suite après les guillemets poursuit : "Qu'on ne s'y trompe pas toutefois : les pulsions biologiques ne disparaîtront pas."
Ouf ! On l'a échappé belle.


 
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16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 21:09
img139.jpg
Montage JF

"Je m'agenouillerai devant de longues bottes..."
Joël Fauré (Carnets)
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16 novembre 2007 5 16 /11 /novembre /2007 20:06
"Quand tous les vumètres
sont au rouge,
lequel est prioritaire ?

Je ne sais pas planter un clou. Je ne sais pas nager. Je ne sais pas danser. Je ne connais rien à la mécanique. Je ne sais pas jardiner, "tenir une maison". Je ne sais rien faire de mes dix doigts. Je ne pratique aucune discipline sportive ; je ne pars jamais en vacances. Je n'aime pas les dimanches, les jours fériés, les fêtes obligatoires, les joies aurorisées, les euphories compartimentées, les rendez-vous convenus. J'ai bien sûr conscience de ces lacunes. Ai-je cherché à les combler ? Quand tous les vumètres sont au rouge, lequel est prioritaire ?
Le chômage s'étale comme le psoriasis.
Le gouvernement instaure le Revenu Minimum d'Insertion. Peuvent en bénéficier les plus démunis, vrais et faux. Je ferai partie des premiers récipiendaires.

Je suis un "Rmiste" de la première heure ; mes chaussures sont éculées ; je suis un bouffi, nourri à la table familiale, toujours très copieuse : il y a toujours eu du vin à la cave et du lard au grenier, et j'en ai beaucoup usé.
Le drame intérieur qui m'habite s'avive.
Il y a toujours les ganglions dans le cou et une fièvre illusoire me dévore. Je refuse de m'assurer de la hauteur du mercure sur le thermomètre. Les sueurs sont froides, chaudes, mitigées ; mes nuits agitées, ma fatigue dominante. Je ne suis qu'un bon à rien et rien de bon ne se passe.

L'image du sexe se brouille de nouveau. Dans le même désordre d'idées, le sexe, mon sexe, dérouté, se pose encore bien des questions pour vivre quand même. Le fétichisme à tendance sadomasochiste fera de nouveau des appels de son pied botté.
Je m'agenouillerai devant de longues bottes : celles de cette putain que je suivrai sur les rotules dans l'herbe tendre, une nuit d'été ; celles de ces chevaliers d'Eon de bal masqué, dont je ferai briller le cuir avec une chamoisine, sous le contrôle d'une baguette.
Il y aura aussi cette autre annonce, toujours passée dans "Libération" : "Fétichiste, adorateur des bottes-cuissardes, recherche femme gantée jusqu'aux coudes, bottée jusqu'aux cuisses."

Recherche femme bottée
jusqu'aux cuisses
"
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