31 octobre 2007 3 31 /10 /octobre /2007 20:48

img134.jpg

Illustration de Henry Gerbault.

Carte publicitaire offerte par RICQLES 

Qu'il me soit permis de rendre ici hommage aux lecteurs et trices qui "se passent de commentaires", mais me parlent de mon blog "dans la vie en vrai". C'est une expérience étonnante, un peu comme si vous aviez l'impression de sauter sans parachute alors que vous avez un parachute...
Pour vous remercier et faire "passer" mes carnets -mes tripes et mon cerveau sur l'écran- voici pour vous une image plus "légère". 

La légende dit : 
"Le petit Poucet chaussa les bottes de 7 lieues et reconnaissant des services que lui avait rendus le Ricqlès il parcourut le monde entier pour faire connaître dans tous les pays les bienfaits de cet excellent produit."

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31 octobre 2007 3 31 /10 /octobre /2007 19:59
Cette page de carnet
est dédiée à Laurence,
de la maison Jean  Gaborit.
Je maintiens que cette  entreprise fabrique des bottes et des cuissardes belles à  tomber, à en pleurer.
Je persiste et je signe.

"Les filles
qui ne posent pas de question"

Je ne vais toujours pas danser le samedi soir : le complexe en profite pour prendre de l'ampleur. Je n'use les semelles que sur le linoléum de ma chambre, ma "boite d'ennui".
Est-ce lui, l'ennui, qui va conduire mes pas chez les filles qui ne posent pas de questions ?
De maigres économies me permettent de faire un voyage rapide à Paris, en chemin de fer, pour assister au spectacle du Cirque de Pékin, au Palais des Congrès. Et aussi pour m'échapper de "l'accablante ruralité"
Je ne sais pourquoi Paris m'a toujours fait des signes amicaux. Je "montai" donc dans la capitale pour voir le cirque de Pékin, superbe, avec ses gymnastes, ses artistes d'agileté et ses animaux symbolisés. 
Mais les attractions n'étaient pas toutes au cirque.
Une promenade de piéton de Paris réussit à m'en convaincre, s'il en était encore besoin.
La rue Saint-Denis, dont la réputation n'est plus à faire, offre un étourdissant aperçu de ce que le sexe peut engendrer : des commerçantes pour consommateurs pressés ou mal informés. J'en étais. 
Je négociai les charmes de celle qui avait fait l'objet de mon choix : il fut mauvais.
Expéditive et peu amène, la fille, devant l'absence de participation de mon sexe, me renvoya avec mes gros sabots dans ma campagne.
Ce nouvel échec m'éprouva beaucoup. 
Dans un square de la capitale, sur un banc public, là où d'autres se bécotent, je ruminai mon chagrin d'amour sans amour.
Jamais, non, jamais, je n'arriverai à le faire.
Pourquoi donc ne m'en avait-on pas parlé ?


"Je ruminai 
mon chagrin d'amour
sans amour"


-----
Brèves :

 
 
J'AIME LES COUPS...

... de fil sympas.
Avec l'ordinateur "Marthe Fauré", j'avais presque oublié qu'il existait des téléphones.

Coup de fil sympa de Didier Albert, directeur du Théâtre de Poche : il va fêter les 10 ans de son théâtre. Il veut organiser des lectures-spectacles. Il me demande s'il peut donner un de mes textes.

Coup de fil sympa de Yoann Hervein, de France 2 (ex Pink TV, (Yoann, pas France 2 !) : Il prépare un sujet sur le fétichisme pour la nouvelle émission "Tabous", diffusée deux fois par mois en deuxième partie de soirée et il recherche un fétichiste.
C'est Jean Streff et Catherine Robbe-Grillet qui lui ont soufflé mon nom. Mon égo s'hypertrophie. Nous sommes en "repérages". Je ne sais pas si l'émission se fera.

Coup de fil sympa à Catherine Robbe-Grillet (Jeanne de Berg) : C'est toujours un honneur et un bonheur de converser avec elle. Elle me parle d'Aurora.

Coup de fil sympa à Sylvie Roux, de "La Dépêche du Midi". Elle prépare un papier sur le fétichisme. Il est "listé" dans les sujets à traiter de la rédaction. Je lui demande si elle n'a pas peur du prude "Courrier des Lecteurs". C'est difficile de faire un papier sur le fétichisme, en province... On doit se voir...

Coup de fil sympa à Jean Streff : J'aime toujours sa liberté de ton. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages-culte : "Le masochisme au cinéma" et "Le traité du fétichisme à l'usage des jeunes générations". Je suis heureux qu'il fasse partie du jury du Prix Sade.


JF


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30 octobre 2007 2 30 /10 /octobre /2007 20:03
Cette tranche de vie
est dédiée à Beverly C.

"L'approche du sexe opposé
est bien laborieuse"

L'approche du sexe opposé est décidement bien laborieuse. A ces difficultés vont venir se greffer de nouveaux accidents de santé. Je me savais hyper-anxieux, hyper-émotif, apeuré au moindre bruissement, au moindre changement de position ; je savais que mes nerfs avaient été, jusqu'ici, mis à rude épreuve mais j'ignorais que cet état puisse prendre un étendard pour mieux s'imposer.
Et c'est alors que le psoriasis a fait sa grande apparition sur ma géographie.
Le psoriasis est une affection - une affection ! - cutanée qui s'illustre par des plaques rouges recouvertes de squames blanchâtres. Ma peau accueillit de bonne grâce cet intrus qui dut s'y sentir bien et s'y installa en pays conquis. Il amena avec lui une de ses semblables, la séborrhée, qui choisit comme lieu de prédilection le cuir chevelu.
Pour un mariage de raison, la séborrhée et le psoriasis s'unirent en un sébo-psoriaris du meilleur effet. Ils choisirent pour siège social mon visage pour que tout se sache et se voie. L'effet de la cause et la cause de l'effet. 
Le psoriasis exhiba ses plaques rouges dans mon dos, sur le torse, le pubis, dessina la carte du monde sur mon cou, avec des colonies sur les ailes du nez et sur le front.
Tous les soirs, je me couchai en évitant de regarder mon corps, après m'être beurré de crème à la cortisone. Dans le cuir chevelu, les glandes sébacées hypersécrétèrent leur sébum : les cheveux devinrent aussi gras que des frites. Il me fallut utiliser un shampooing au goudron : après usage, je dégageai une odeur semblable à celle d'une route nationale en plein soleil, à deux heures de l'après-midi, en plein mois d'août. L'idéal pour "tomber les nanas" et "se dégoter une gonzesse" dixit la sagesse populaire.

"Tomber les nanas et
se dégoter une gonzesse"
 
 
 
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29 octobre 2007 1 29 /10 /octobre /2007 19:45
"Mon image était floue
mais elle gagnait de la clarté"

Mon image était floue mais elle gagnait de la clarté. Oui, c'étaient bien des jambes de femme. Maintenant, on pouvait aussi voir les mains. L'une d'elles tenait une badine. Et pourtant, on ne devrait pas badiner avec l'amour. De trop nombreux coups du destin avaient plu sans discontinuer, et voilà qu'on m'invitait à en recevoir d'autres, francs et directs, sans ambiguïté, mais "pour le plaisir" cette fois, en quelque sorte.

Cupidon étant absent, c'est Cendrillon et le Chat Botté qui s'y étaient substitués.
Devant mon étonnement, ils acceptèrent de patienter un peu, en attendant que l'angelot vienne me présenter le menu du coeur.
Mais comme il n'y avait pas plus de menu du coeur que du coeur au menu, j'entrepris de prendre les devants. 
C'était un dimanche soir. Ma Renault 4 bordeaux virant lie de vin me transporta sur les contre-allées Jean-Jaurès.
Pour un deuxième essai "avec les filles", j'abordai une jeune péripatéticienne au négoce estampillé "200 francs la pipe". Elle monta dans ma voiture ; j'allai, sur ses indications, me garer dans un coin sombre et me montrai d'une sage passivité.
Je n'eus qu'à faire jouer le zip de ma fermeture ; il en sortit un sexe qui me parut mieux intentionné que lors de sa première prestation. La fille le couvrit d'un préservatif, l'emboucha, et sous l'effet de ses lèvres professionnelles, elle me gratifia du premier plaisir d'amour pelliculé et monnayé. Après quoi je ramenai la fille sur le bitume. Ce fut très rapide. Nous n'eûmes même pas à nous dévêtir ni à descendre de voiture. Le parfum fruité de sa chevelure que je venais de caresser avait laissé son sillage au creux de mes paumes mais je ne connaissais toujours pas l'emplacement exact du trésor dont on parlait tant.
Cupidon s'était avancé d'un pas ; le Chat Botté et Cendrillon reculèrent de même.


"Je ne connaissais
toujours pas
l'emplacement du trésor"
 
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28 octobre 2007 7 28 /10 /octobre /2007 20:44
img133.jpg
Illustration Catherine de Séabra.
"La vie sexuelle pour les 6/9 ans"
Docteur Gilbert Tordjman et Claude Morand.
Editions Nathan.


"Aujourd'hui, j'ai sous les yeux la belle image de l'amour..."
Joël Fauré (Carnets)

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28 octobre 2007 7 28 /10 /octobre /2007 20:12
"De béantes heures
d'inaction det de frustration
s'ouvraient :
elles ont duré longtemps"

J'avais vingt ans et je n'avais encore jamais serré une femme dans mes bras. Ce qui me faisait rager, c'était autant de ne pas pouvoir le faire que de ne pas encore l'avoir fait. L'une de ces vérités nourrissait l'autre et vice-versa. Et mon nouvel état ne me permettait aucune alternative : j'évoluai, ressemblant à ces primates aux très longs membres que l'on appelle atèles. (J'aurais pu étreindre, pour rattraper le retard, deux ou trois femmes ensemble, toutes tailles -de guêpes ou autres- confondues).
De béantes heures d'inaction et de frustration s'ouvraient à moi : elles ont duré longtemps.

De plus, les cartes d'identité sexuelles furent brouillées : je voyais, dans des lectures, des conversations, des hommes avec des femmes mais aussi des femmes avec des femmes et des hommes avec des hommes : qui était qui et qui faisait quoi ?
Je me donnais du plaisir en pensant à ce que je pouvais. Une image floue, très floue.
Aujourd'hui, j'ai sous les yeux la belle image de l'amour, celle que j'aurais dû voir et avoir à cette époque. Tirée d'un ouvrage très sérieux sur la sexualité, on y voit, très justement illustré, un coït des plus classiques ; l'acte d'amour et de vie accompagné de ce texte :
" - Qu'est-ce que vous voyez ?
- On voit un homme couché sur une femme. Ils sont nus.
- Que remarquez-vous de spécial ?
- L'homme a mis le pénis dans le ventre de la femme. Il a dû passer par le... attendez, le... le ?
- Le vagin."


Mon image était floue mais elle s'éclairait par le bas. On pouvait y voir une matière noble, le cuir, envelopper jusqu'au genou, et même un peu plus, une paire de jambes. Etait-ce des jambes de femme ? En tous cas, elles portaient des bottes.
Elles se rappelaient à mon souvenir, les bottes, en "substitut de la sexualité latente non épanouie".
Rendu à la vie civile, je l'étais aussi à l'évidence d'une perspective : une galerie d'images d'un musée baroque et imaginaire, créé de toutes pièces. En compensation.


"Elles se rappelaient
à mon bon souvenir,
les bottes"



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24 octobre 2007 3 24 /10 /octobre /2007 18:17
"Le maniement des armes
se révéla comique"

On allait bien voir : je devins sapeur. "Héritiers de Vauban / Nous sommes les sapeurs / On dit que nous souvent / Que nous avons du coeur..." J'effectuai mes classes le coeur vaillant, avec toute ma volonté suivie, hélas, par toute une horde de blocages.
Le maniement des armes, surtout, se révéla comique : le démontage et le remontage pièce par pièce du FAMAS (Fusil Automatique de la Manufacture d'Armes de Saint-Etienne) eut à essuyer quelques taches et quelques échecs répétés. Par bonheur, je n'ai jamais eu à en user, remonté et chargé, pas plus que je n'ai voulu user de carabines, dans les stands de tir des fêtes foraines.
Les "Présentez, armes !", "En avant, marche !" et autres "Une, deux ; une deux..." donnèrent dans le Grand-Guignol : je marchai comme un pantin désarticulé et, paraît-il, mes bras beaucoup trop longs donnaient au canon de mon fusil, lorsqu'il était sur mon épaule, une longueur d'avance vers le divin, dépareillant avec les autres. Ce problème soulevé vint s'ajouter aux autres et, conformément aux instructions, j'en avisai mes supérieurs.
A l'hôpital militaire de Bühl, des médecins dubitatifs mais très compétents me signifièrent ma réforme pure et simple.
J'arrêtai là mon service national. Terminées les sorties à Bühl ou à Strasbourg ; terminés le schnaps, le permis poids-lourds qui ne serait pas validé dans le civil ; terminés les "petites foyach" sur le Rhin, dans le bac, propriété insaisissable de l'armée française.
On me renvoya dans mes foyers, flanqué de ma carte militaire : "Mobilisable mais inapte à tout emploi".

"Mobilisable mais inapte à tout emploi" : avec ma quille, je me retrouvai comme un chien au milieu d'un jeu du même nom.
J'avais fêté mes vingt ans tout ronds à l'infirmerie militaire et je n'étais pas plus avancé.

La vie civile reprit ses droits. Je ne retrouvai même pas mes balais, confiés à d'autres.
Aux quatre points cardinaux, le vide de la solitude, l'ennui, l'absence, l'incompréhension.
J'avais vingt ans et je n'avais encore jamais vu un sexe de femme en relief.

"J'avais 20 ans
et je n'avais encore 
jamais vu un sexe
de femme en relief "
 


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23 octobre 2007 2 23 /10 /octobre /2007 19:27
"A 20 ans, un balai à la main"

A vingt ans, un balai à la main, j'avais endossé la combinaison verte des "techniciens de surface". Mais le bel apostolat fut interrompu par une grande nécessité : l'appel sous les drapeaux.
Je rangeai mes balais dans leur placard, et je fus incoroporé au 32e régiment de génie basé à Khel, immédiatement outre-Rhin. 
Pour le prestige, on me laissera écrire que j'ai été soldat dans les FFA, bien longtemps après le STO, mais dix ans seulement avant l'ECU (qui ne survivra pas à l'euro).
Inutile de préciser que cette étape, obligatoire dans la vie d'un homme du siècle dernier, je la craignis de tous mes membres, y compris celui qui n'avait encore jamais servi.
Quelque temps avant l'incorporation, le centre de sélection avait bien tiqué devant ma santé capricieuse : je crus un instant qu'elle allait faire pencher les aviseurs vers l'exemption. 
J'obtins simplement un laconique : "bon pour le service" assorti toutefois d'une réserve : "exempté de port de sac à dos", et d'une phrase que je mis derrière l'oreille : "Vous signalerez les problèmes, s'ils se présentent." 
Dans mon esprit et avant même qu'ils ne soient là, je les savais nombreux, le tout premier étant de monter, en parfait artiste d'agileté, dans les hauts camions kaki ; le second, en émulation avec le premier, de ne pas devenir la risée de mes camarades troufions.

"Bon pour le service"

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22 octobre 2007 1 22 /10 /octobre /2007 19:01
"L'histoire a parlé
et je ne sais plus
où me situer".

1981. Les socialistes arrivent au pouvoir. François Mitterrand est élu Président de la République.
Je n'avais pas voté pour lui : on m'avait laissé penser que puisque nous allions à l'église à Pâques, à Noël et à la Toussaint, et puisque nous devions respecter les patrons argentés qui nous faisaient vivre, il fallait voter à droite.
Ca se défend, mais ça se conteste.
Depuis, l'histoire a parlé et je ne sais plus où me situer.
En juin, en plein désert, je passe mon permis de conduire ; je l'obtiens et j'achète une antediluvienne Renault 4 couleur bordeaux.
Elle allait être, en instrument échappatoire, le moyen d'élargir mes horizons.

Toujours chômeur, mais nouveau conducteur, je pouvais à présent tout à loisir dépasser la frise de la forêt de Buzet, pour savoir ce qu'il y avait derrière, vu sous un angle tout autre que la vitre des autocars.

C'est de là qu'on m'offrit un nouvel emploi : balayeur.

Cet emploi était à assurer de nuit : j'acceptai d'en devenir un oiseau et n'eus jamais à le regretter.
J'aime la nuit. J'aime le climat qu'elle diffuse. J'aime ses silences, ses parfums, ses refuges.
Balayer nuitamment un atelier aux vitrages bleutés ne relève pas des plus hautes fonctions diplomatiques, je vous l'accorde ; pourtant, cette tâche m'a permis de poser un regard sur ce que j'étais alors. L'esprit libre, en rassemblant les poussières, je pus donner libre cours au fil de mes pensées : bien sûr, il était question des bals que je ne fréquentais pas, des lèvres que je n'approchais pas, mais il me semblait que la nuit mettait un baume apaisant sur les plaies affectives.
Par contre, ma carcasse, mon enveloppe charnelle ne suivait pas. Ce corps, si jeune pourtant, était vite fourbu, éreinté, courbaturé. Il avait d'abord joué à être très rond et gros comme on l'a vu, puis il se ravisa, perdit de sa substance, prit de la hauteur, puis de la maigreur. C'était à n'y plus rien comprendre. Ce corps à qui je n'avais transmis aucun message, aucune instruction, que je n'avais jamais maintenu en forme, je le haïssais. Il fut d'une parfaite géométrie variable : sans aucune commune mesure, de gros plein de soupe je fus promu grand escogriffe. Grand branle-bas de combat chez les gènes et les glandes, gêneuses et glandeuses. Le système sympathique ne l'a pas été avec moi. A qui profite l'endocrine ?


 
"Grand branle-bas
chez les gènes et les glandes,
gêneuses et glandeuses".

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21 octobre 2007 7 21 /10 /octobre /2007 19:53
"Il y avait
"la chose" et "le mot"
à traiter toutes affaires cessantes."

Et pendant ce temps, comment évoluaient mes amours ? Très mal. Elles n'évoluaient pas du tout. Au néant affectif allait désormais s'ajouter le vide professionnel. Pour la première fois, j'allais pointer au bureau de chômage, celui du corps après celui du coeur, et par là même, je signais tacitement un pacte avec le désoeuvrement et l'oisiveté dont chacun connaît des aveux de maternité.
En prise directe avec les réalités, parfois brutales, j'eus à essuyer les ricanements et les sourires entendus de tous ceux qui, sans avancer de remèdes, montraient du doigt l'horrible, la cruelle maladie honteuse que j'avais contractée : la virginité !
Il fallait sans doute trouver très vite une panacée à cette lourdeur de bas d'estomac. N'ayant aucun ami, je n'effectuai aucune sortie ; n'ayant aucun repère, je n'envisageai aucun projet. Mais il y avait "la chose" et "le mot" à traiter toutes affaires cessantes.

C'était un samedi après-midi. Je pris sur la Grand'Route le car qui conduit à Toulouse, déterminé à honorer une grande résolution.
Pour les avoir déjà vues là, pour les savoir en réponse à des questions comme les miennes ; pour en avoir eu peur mais pour les savoir sans équivoque, je savais "qu'elles" seraient peut-être curatives. 
Sur les trottoirs toulousains, ce jour-là, celles que l'on appelle par commodité sonore les putes, n'étaient pas légion.
Elles n'étaient pas légion mais le coeur battant, j'arpentai tout de même les quartiers chauds de la ville rose, à la recherche de celle qui allait être ma pharmacienne.
Et c'est place Robert Schumann que j'en vis une, qui officiait et qui, la première, m'invita aux délibérations. C'était quelque chose du genre : "Tu viens, chéri ?" de la meilleure trempe. J'ai répondu d'une voix cassée : "C'est combien ?", agrémenté d'un "C'est la première fois". Et après une rapide tractation, nous nous sommes engouffrés dans un corridor crasseux. J'ai suivi cette femme assez jeune, dans l'escalier -le plus beau moment de l'amour, c'est quand on monte l'escalier- jusqu'à la chambre des "amis de passage". J'ai payé le prix convenu, me suis en partie dévêtu et m'en suis remis entièrement à elle. J'étais bien incapable d'improviser. Elle a eu les gestes qu'il fallait, routiniers, avec les gens de mon accabit : on ne peut l'accuser d'avoir baclé de travail. Elle a tout d'abord méticuleusement lavé mon sexe (le sida "n'existait" pas alors), d'une déconcertante flaccidité, m'a invité à m'allonger et a entrepris d'une sollicitation buccale le réveil du réfractaire. Mais il fut d'un entêtement sans nom : crispé, contracté, je ne pus rien obtenir de celui qui, n'ayant pas été prévenu à temps du rôle qu'il aurait à tenir, restait muet quand il avait, enfin, la possibilité de s'exprimer.
Ce fiasco retentissant conforta mes mauvais rapports avec le sexe.
Je quittai, lourd de désespoir, cette accorte putain qui n'avait même pas eu à enlever sa culotte.

"... cette accorte putain
qui n'avait même pas eu
à enlever sa culotte."



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