15 juin 2010 2 15 /06 /juin /2010 17:25

"Vous pouvez descendre, monsieur Dalemberg, les lions sont partis."

 

Réplique du film "Roselyne et les lions" de Jean-Jacques Beineix  

 

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Jean-Philippe Frespuech, un homme qui ne manque pas de "caractères", recherché par la "police", directeur de l'imprimerie "Les Arts Graphiques", et artisan... du succès de "Comme un tableau fauve" (Photo JF)

www.artsgraphiques.fr

 

  Vient de paraître

 

Comme Louis Amade, Préfet de Police de Paris était poète et parolier de nombreuses chansons de Bécaud, je suis, en beaucoup plus modeste, Adjoint Administratif au Tribunal de Grande Instance de Toulouse et dramaturge et écrivain...

L’un n’est pas incompatible avec l’autre et ne se nuit pas...

La preuve par l’exemple...

"Comme un tableau fauve", la vie extraordinaire de Jeannette Mac Donald et un peu de la mienne, est désormais disponible pour tous.

Ce livre nous assène une lucide et magistrale leçon de vie. Il est autorisé de ne pas être d'accord moyennant argumentaire.

Il a reçu un accueil chaleureux dans l'une des plus - n'ayons pas peur des mots - belles librairies de France, "Ombres Blanches", 50, rue Gambetta à Toulouse. Il est en bonne place au rayon "Théâtre / Cirque". Composez le 05.34.45.53.33 et demandez Aliénor. Elle se fera un plaisir de ne pas tarir d'éloges sur cet ouvrage fraîchement massicoté.

Il est aussi en vente chez mon grand ami marchand de journaux Philippe Caron, 19, place du Salin à Toulouse. (05.61.53.95.95.)

 

Vendredi après-midi, l'encre à peine sèche, la besace en bandoulière garnie de mes ouvrages, j'ai gagné les terres où j'ai grandi et où Jeannette Mac Donald a terminé son voyage. Comme mon clocher m'a paru petit ! Ou bien est-ce moi qui ai trop grandi ? J'ai reposé le pied sur le théâtre du passé : et alors décors et dialogues me sont revenus...

L'épicier de Buzet-sur-Tarn a accepté de prendre en dépôt quelques exemplaires du "Tableau". Hier, il m'a appelé pour me dire qu'il avait déjà tout vendu !

Comment t'y es-tu donc pris, mon cher Vincent, pour n'en vendre aucun (de tableau) de ton vivant ?

  

Au Chef-Lieu de canton, Montastruc-la-Conseillère, la bibliothèque m'ouvrira ses portes le vendredi 25 juin à 20 h 30 pour une rencontre-dédicace. Je crois que ce sera passionnant. Quand je vous aurais dit qu'à mes côtés, il y aura le docteur Jean-Louis Agard, le vétérinaire qui a soigné les bêtes de Jeannette... Je n'en dis pas plus... C'est un peu le Docteur Gachet de Vincent...

 

Enfin, lors de la fête de la musique, lundi 21 juin, je me ferai un plaisir de vous rencontrer et de signer la vie mise en pages de la grande dame aux fauves, dans la salle des pas perdus du Palais de Justice de Toulouse, exceptionnellement ouvert ce soir là et à découvrir sous un autre angle, dans les bonnes notes des chorales et des harmonies.

 

Voici les dernières nouvelles du front, mes amis.

 

Joël Fauré

 

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7 juin 2010 1 07 /06 /juin /2010 16:12

"La littérature est la preuve

que la vie ne suffit pas."

 

Fernando Pessoa

 

img598.jpgL'exemplaire "bon à tirer" de "Comme un tableau fauve" sorti des presses de l'imprimerie "Les Arts Graphiques". (Photo JF)

Comme un tableau fauve

 

Mon pronostic, hier soir, n'était pas bon. C'est Cloé Korman l'heureuse impétrante du Prix du Livre Inter 2010, avec un premier livre "Les hommes couleurs", paru aux éditions du "Seuil", alors que j'avais reniflé "Choir" d'Eric Chevillard. Laissons tomber...

Les écrivains ne se jugent pas ; ils s'épient.

Discourons d'autre affaire... tout en restant sur le même palier.

 

Et comme l'on n'est jamais aussi bien servi que par soi-même, qu'il me soit permis, une bonne fois pour toutes le scrupule de narcissisme déblayé, de verser dans l'auto-promotion... Eh oui, je vais me servir la soupe !

J'ai 48 ans et il y a 48 ans que j'écris. Je ne sais pas faire grand chose d'autre. Depuis un peu plus de 3 ans, les 75 pages de ce blog en ont répercuté l'écho.

J'ai abandonné le luxe d'envoyer aux éditeurs patentés mes manuscrits. Il tient du miracle, pour un illustre inconnu, si "l'on ne connaît personne" de voir sa prose couchée sur le vélin des maisons germanopratines.

 

Qu'à cela ne tienne... L'an dernier, à pareille époque, j'ai publié à compte d'auteur, un petit livre "J'ai très bien connu Jacques Brel". 200 exemplaires, qui se sont écoulés honorablement, avec des retours encourageants. Sans trop en faire sur le plan de la diffusion et de la communication.

Aujourd'hui, je renouvelle l'expérience, mais je l'appréhende d'une tout autre manière.

 

J'ai la prétention de croire que le nouveau livre que je propose est bon. C'est dit.

Je n'ai pas démarché d'éditeurs. Mais il sort. Il sort pourtant. Il sort et je vais le défendre "crocs et griffes" car j'y suis viscéralement attaché. Il conte une histoire vraie, un parcours exceptionnel de femme exceptionnelle, injustement oubliée : l'artiste Jeannette Mac Donald, qui fut la première femme dompteuse à entrer dans la cage aux fauves (et pas toujours ceux qu'on croit)... à connaître la gloire, la beauté, la reconnaissance du public, puis par un malheureux renversement du destin, une fin tragique... "Pathos, pleurs de Margot et larmes de crocodiles" penserez-vous... Il n'en est rien. Cette femme que j'ai eu la chance inouïe de côtoyer, plus de 20 ans durant, nous assène une extraordinaire leçon de vie.

 

C'est ce fabuleux destin que j'ai voulu retracer avec mes armes : stylo, papier, clavier...

Certaines, certains, sur ce blog, ont pu lire in extenso ce parcours...

Mais c'est le livre que je visais...

Et ce livre, le voici. Il a demandé de la passion, de la patience, beaucoup de temps, beaucoup de travail, et aussi... pas mal d'argent.

Ne roulant pas sur l'or, j'ai emprunté 10 000 euros pour mener à bien sa parution.  J'ai mis mon banquier  - de la banque verte - au parfum : il sait que cet argent couvrira les frais d'impression de "Comme un tableau fauve". Les 200 exemplaires qui sortiront vendredi des presses de l'imprimerie "Les Arts Graphiques" ont un prix :  un peu plus de 5 000 euros. Si je veux "rentrer dans mes fonds", je suis dans l'obligation de vendre chaque exemplaire  30 euros, le prix coûtant. Mon ambition n'est pas de gagner de l'argent, mais mon devoir est de ne pas en perdre.

 

Si l'ouvrage est bon, je l'ai aussi voulu beau. 

 Cet ouvrage de 190 pages est imprimé sur papier bouffant 90 g, police de caractère Garamond, corps 14 pour un grand confort de lecture. Format : 16 X 24. Poids : 370 g.

Il est agrémenté de deux cahiers papier satiné 115 g, illustrés de 70 documents (photos, lettres...) étonnants, émouvants, drôles et rares.

La couverture est cartonnée et pelliculée avec double rainage d’aisance et illustration en quadrichromie.

 

Je sais que ce livre est attendu. Par celles et ceux qui ont été les acteurs et les témoins privilégiés de la vie de Jeannette Mac Donald tout d'abord. Période lumière (il en reste peu mais ils sont précieux) et période sombre (ils sont légion). Ils sont légion, qui vont découvrir des aspects méconnus de cette "figure" hors du commun, qui est devenue, lâchons le mot, iconesque.

 

Je vais m'employer à faire revisiter cette vie pleine, dense, cohérente, à l'heure où le monde dans lequel nous vivons s'émonde et se gratte, se cherche un sens, où les repères se brouillent, où la vitesse grise et masque l'avenir.

 

Dèja, des médias m'ont assuré de leur soutien.  "Radio Présence" et Pierre Bruel, qui m'a déjà placé sous "Les Feux de la Rampe", "L'InterForain" et Michel Pierre, "Le Club du Cirque" et Christian Hamel,  Le journal local "La Dépêche du Midi" et Henri Beulay ; "Télé Toulouse" et Greg Lamazères qui m'ouvrira son "Comptoir de l'info" (très probablement le 23 juin) ; "France 3 Sud" et Pierre Nicolas, (qui possèdent en archives des documents sur Jeannette Mac Donald) ; les bibliothèques qui m'acceuilleront pour des rencontres-dédicaces (le vendredi 25 juin, à 20 h 30, à la bibliothèque de Montastruc-la-Conseillère)...

Et puis vous, vous qui me lisez... depuis longtemps ou depuis cinq minutes...

Je compte sur vous pour créer une dynamique autour de ce livre et de son héroïne, qui doit bien se marrer, de là où elle se trouve.

 

Joël Fauré

 

P.S. :  Deux choses, importantes :

1) Les mécènes sont les bienvenus.

2) Si je ne veux pas "finir sur la paille", il faudra que l'on comprenne que je  ne pourrai pas "offrir" le livre à bras raccourcis. 

 

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6 juin 2010 7 06 /06 /juin /2010 20:06

"ON BOUGE ?"

 

Il est tôt fait d'être mort. Tout comme il est facile d'être immobile, de s'arrêter, de laisser "pourrir la situation".

Entendu ce soir, repas achevé, dans ma gargote habituelle un groupe repu de jeunes repus dire : "Allez, on bouge ?"

Signe des temps accordé à sa vitesse.

Ô mon journal extime, toi qui me "tracte à moter", tu me pardonneras. Je ne t'ai pas oublié. Bien au contraire. Je t'alimente tous les jours sans que tu le saches, à becquées d'hirondelles qui tendent à disparaître.

Connais-tu cette histoire :

" - Tu m'as abandonné. Je le vois bien. Là, sur le sable, il y avait deux empreintes de pas. Les tiennes et les miennes. Tu marchais à mes côtés. A présent, je ne vois plus qu'une seule empreinte.

- S'il n'y a plus qu'une seule empreinte de pas, c'est parce que je te porte dans mes bras."

 

Dans les jours qui viennent, mon deuxième livre va paraître. Je vais le défendre "crocs et griffes", car j'y suis viscéralement attaché.

Il faudra m'absoudre si des empreintes de pas s'effacent et si je "bouge" ailleurs qu'ici...

 

Joël Fauré

 

9, rue JOUTX-AÏGUES (Hélas !)

31000 TOULOUSE

05.61.14.03.02

joel.faure@dbmail.com

 

Néo-névrosé

Polytraumatisé de la vie

Auteur (très) dramatique

Fétichiste des bottes-cuissardes à tendance sadomasochiste.

Pseudonyme prêt à servir : Raoul Jefe (Anagramne de Joël Fauré)

 

P.S. : Demain, lors du journal de 8 heures, sur France Inter sera divulgué le lauréat du Prix du Livre Inter 2010. Je suis très attaché à ce prix, car il est décerné par des gourmands de mots, non inféodés à de quelconques enjeux ou intérêts.

Je ne suis pas partie prenante, je n'ai rien lu des 10 ouvrages en compétition, mais seulement survolé "Choir" d'Eric Chevillard, aux Editions de Minuit. Je serais content s'il obtenait le prix. Je serais de toute manière content si c'était un autre : le choix est toujours judicieux.

 

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24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 12:51

Céline Bernat dans « Frida » au Théâtre du Pavé./Photo DR

Céline Bernat "est" Frida Kahlo (Photo DR) 

 

ET PUIS IL Y A FRIDA…

 

Si les pages (pas toujours) roses du « Petit Larousse Illustré » l’ignorent, « Le Petit Robert » a bien pris les mesures. Et de Frida Kahlo (« Frida a le même nombre de lettres que moi et les mêmes initiales » a écrit Franz Kafka) n’a pas omis de donner son entrée, sa notice. Noticia : nouvelle en espagnol.

Mais qui était donc Frida Kahlo (1904 -1957) pour avoir suscité, susciter, n’en avoir pas fini de susciter un maelstrom, un vortex, un geyser, un tel jaillissement d’idées chaudes ?

Faisons court. Frida était belle comme un soleil dans une chanson de Brel et fracassée comme une héroïne de Zola.

Sa vie, brève, dense, riche a tant d’entrées qu’elle peut nourrir et abreuver, pour tout l’art du monde, les créateurs et regardeurs que nous sommes.

Née au Mexique, pays de gringos et de pistoleros, voici un jeune siècle, Magdalena Carmen Frida Kahlo Calderon doit d’être parvenue jusqu’à nous, iconesque, par son carnet de santé, sa carte politique, et surtout ses tableaux de peintre autodidacte qui a refusé, en femme libre, la récupération par une quelconque école, une clanesque mouvance, son seul mouvement étant le sien, « mouvement » au sens propre qu’elle pouvait encore accomplir, si l’on sait qu’elle vécut 47 ans durant sous le joug de la souffrance d’un corps charcuté « à la Bacon ».

De la souffrance, mais point de la solitude et de l’action.  Ses amis, ses amours, ses emmerdes en sont garants.

Ses amis : Breton et Trotski. Ses amours : Diego Rivera. Ses emmerdes : poliomyélite à 10 ans, horrible accident à 20 d’où elle réchappa, transpercée et gibier médical jusqu’à la ramasse, jusqu’à la tombe.

Excusez du peu et du court.

A celles et ceux qui veulent en savoir plus sur la dame rouge, des moyens modernes, qui n’en sont pas avares, les renseigneront et rempliront les cases.

 

Passionnée par cette pasionaria, la jeune et jolie comédienne Céline Bernat, élève de Gérard Pollet, s’est emparée de cette vie pleine à-bras-le-corps pour en restituer sur les planches les attraits et les affects. Ce pari était risqué ; rien, dans le domaine, n’ayant été accompli jusqu’ici.

Qu’il soit écrit sans plus attendre que Céline Bernat possède l’humanité, l'hispanité et le talent pour ETRE Frida Kahlo, un peu plus d’heure, un peu plus d’une heure seulement, mais avec de tels muscles moteurs qu’elle laisse le public estourbi.

 

Incontestablement, la comédienne maîtrise son sujet et s’est inscrite dans une mise en scène épurée et astucieuse de Stéphane Battle.

La grande force de cette création repose, outre l’époustouflante prestation scénique, sur un texte elliptique, un liant écrit par Céline, charpenté par la correspondance de Frida Kahlo, où jamais les mots n’ont la tiédeur des « normopathes ».

A écouter la comédienne du « Grenier de Toulouse », on « voit ». Car, passé le cap imbécile de se dire : « A quel moment va-t-elle peindre ? » - son essence - ; et défrustré  de ne rien voir - pas même, sur le plateau, un chevalet où une toile attendrait d’être achevée, ou la projection d’une diapositive sur les draps blancs de son lit de souffrance - admirable trouvaille qui mériterait dix lignes (foetus, linceul, Saint-Suaire, évasion, ascension, grimper aux rideaux, accroché aux branches…) - ; passé ce cap donc, il se suffit à lui-même, dans les changements à vue de donner à voir bien plus qu’en galerie et en cimaises.

Céline Bernat joue sur tous les « tableaux », se farde et se défarde, se pare et se dépare, se change et s’échange jusqu’à une nudité que l’on souhaiterait encore plus totale…

Performance donc, que cette « Frida », qui a donné au mot « résilience » toute son acuité. Il est prouvé ici que les vilains petits canards se transforment en très beaux cygnes (signes ?). Et leurs chants ont la mélodie du triomphe de l’élan vital sur la pulsion de mort.

« Viva la vida ! »

 

Joël Fauré

 

"Frida"

De et avec Céline Bernat. Mise en scène Stéphane Battle.

Théâtre du Pavé. 34, rue Maran. Toulouse.

05.62.26.43.66

Jusqu'au 29 mai. Relâche le lundi. 

 www.theatredupave.org

 

A lire : "Frida", la biographie très fouillée de Hayden Herrera, au "Livre de Poche" 14573)

 - J.M.G Le Clézio a écrit un très honnête et lisible "Diego et Frida" (Folio 2746)

 - "Frida Kahlo par Frida Kahlo", la correspondance dont s'est inspirée Céline Bernat, (choix, prologue et notes de Raquel Tibol ; Points 2096)

 

A voir : le film (très réussi) "Frida" de Julie Taymor avec Salma Hayek .

 

A écouter, en podcast ( à partir de mercredi 26) : "Les feux de la rampe" de Pierre Bruel sur Radio Présence, avec Gérard Pollet et Joël Fauré. 

 www.radiopresence.com/emissions/Feux.htm

 

 

 

"La colonne brisée", Frida Kahlo, 1944

 

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17 mai 2010 1 17 /05 /mai /2010 16:47

"Alors sans avoir rien

Que la force d'aimer

Nous aurons dans nos mains,

Amis, le monde entier"

 

Jacques Brel, "Quand on a que l'amour"

 

Cher Jacques,

 

Dès qu'il ne jouit pas, l'homme s'ennuie. N'est-ce pas, Jacques ? Il a l'impérieux besoin d'avoir à proximité des biens matériels. Il ressent l'irrésistible attraction de s'entourer. Enlevez-lui la grossière panoplie dont il s'affuble ; dépouillez-le de la force de ses habitudes, il devient un être nu et misérable. Et foncièrement seul...

Vous l'avez bien compris...

Or, l'homme l'oublie trop souvent, qui s'acharne à amasser toutes sortes de trophées dont il tire profit, que ce soit de façon naturelle ou illicite, puisque l'homme est armé d'une intelligence qu'il met parfois au service du mal.

Vous l'avez bien compris...

Compétences, ressources, talents, énergies ont jeté les bases d'une impitoyable compétition où entrent en course des critères sélectifs majeurs : l'argent, la beauté, l'intelligence.

Vous l'avez bien compris...

Et l'homme, ainsi doté de valeurs (acquises ou innées) poursuit son destin fatal sans trop se soucier (ou alors seulement "dans la marge de ses appétits" pour reprendre une de vos expressions) de son contemporain qui en est dépourvu : c'est l'inéquitable partage des données face aux besoins des récipients et des capacités.

Vous l'avez bien compris...

Et pourtant, derrière le le plus sophistiqué des claviers comme devant le plus précaire des outils, se meut une créature par essence vulnérable, dont le règne est éphémère et qui glisse chaque jour un peu plus vers l'usure et la destruction.

Vous l'avez bien compris...

Le cheminement humain est engagé depuis une création certaine. Où conduit-il ?

Vous avez chanté les ratages, les chocs, les échecs, les amours déçues, les espoirs désabusés, les rêves volés (Le Far West), les chairs meurtries, la pourriture qui sclérosent l'esprit et la matière, mais aussi tous les pouvoirs, toutes les bassesses, toutes les aspérités du "non-plat pays", et la suprême justice : la mort.

Vous l'avez bien compris...

 

Votre oeuvre sous-cutanée est pessimistement belle.

Nous l'avons bien compris...

 

Le Fataliste.

 

                                                            FIN 

 

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12 mai 2010 3 12 /05 /mai /2010 15:48

"Je m'appelle Zangra hier trop vieux général

J'ai quitté Belonzio qui domine la plaine

Et l'ennemi est là ; je ne serai pas héros"

 

Jacques Brel, "Zangra"

 

Cher Monsieur,

 

Je m'appelle Zangra et je suis un vieux général, témoin du mariage entre deux inspirations, deux respirations : "Le Désert des Tartares", le livre important de Dino Buzzati, et votre superbe chanson qui porte mon nom, et où vous m'avez incarné...

Ce soir, à l'issue d'une pénible journée, je prends la liberté de vous écrire cette lettre où, pour la première fois, j'effeuille les fleurs de mon jardin secret. J'en ressens le besoin. Je n'espère qu'une chose, c'est que vous me lisiez jusqu'au bout. Peut-être y touverez-vous quelque matière à construire un autre monument à la gloire de la chanson, celle qui pourrait dissuader l'âme d'un canon...

 

Je vais vous faire un aveu, Jacques... Me permettez-vous de vous appeler Jacques ? Je ne voudrais plus jamais avoir à me sacrifier pour ces sempiternelles remises de décorations. Aujourd'hui, j'étais à l'autre bout de la France, et pour quoi faire, je vous le demande ? Serrer toutes ces mains sales et grasses qui, le soir venu, iront caresser les blondes chevelures des call-girls de luxe obtenues contre faveurs, épingler sur d'asthmatiques poitrines ces insignifiantes médailles et donner l'accolade à ces vieillards qui sentent le vieux poivre, et tout cela en restant dans le champ de la caméra, en feignant d'écouter des discours isnsipides... en pleine chaleur... devant ces colonnes d'armées trop bien rangées, trop... carrées. Que pensez-vous de l'armée, vous, Jacques ? Ne me répondez pas. Comme je vous comprends. Voyez-vous, l'armée, c'est une mécanique où tout semble sonner juste mais où tout est faux. Tout.

Et si vous aviez vu la tête du nouveau ministre de la Défense, cet après-midi ! Trop petit. Trop timide. Pas à la hauteur. Je l'ai senti quand je lui ai serré la main : elle était moite. Il était mal à l'aise ; il avait l'air d'un enfant qui ne sait que faire au milieu de tous ses jouets. Et moi, j'aurais donné tout l'or du monde pour être l'opérateur qui tenait la caméra qui nous filmait, ou le spectateur qui nous regardait suer... C'est terrible Jacques, terrible, la façon dont j'ai pris conscience aujourd'hui combien je désteste... Pardonnez-moi, ce soleil aura trop chauffé mon vieux crâne dégarni... J'écris n'importe quoi...

 

Je n'ai jamais eu d'ours en peluche. Non, je n'ai jamais eu d'ours en peluche. Mon père ne m'achetait que des soldats de plomb. Je passais des matinées entières à les aligner en rangs plus ou moins bien disciplinés. Je les prenais comme ça, entre le pouce et l'index, et les faisais miroiter sous la lampe. Ils brillaient de tous leurs feux, de toute leur cuirasse, et il faut dire qu'ils me faisaient un peu peur. Je ne comprenais pas bien leurs attitudes : bras levés, torses bombés, membres tendus... On les avait ainsi coulés dans le métal pour traduire la vérité. Mais moi, je rêvais à autre chose : aux jeux de cubes, aux dominos et aux aventures que dessinait si bien Benjamin Rabier. Mon père m'en voulait de ne pas lui ressembler. Ma mère, elle, était la plus douce des mères. Elle aurait souhaité que je devinsse médecin. Je la revois, les matins d'école, m'embrassant tendrement. Elle me glissait dans la poche l'argent du chausson aux pommes de dix heures. Tous les mardis, elle corsait l'ordinaire et me gratifiait de vingt centimes supplémentaires. Je courais acheter des billes. Mais mon père me les confisquait. A la place, il me refilait une poignée de nouveaux soldats. Pour "compléter la collection", disait-il. Ah ! Malheureux soldats ! Je les aurais bien volontiers tous rangés dans la boîte à coton de maman...

 

"Le jour du quatorze juillet / Je reste dans mon lit douillet / La musique qui marche au pas / Cela ne me regarde pas / Je ne fais pourtant de tort à personne / En n'écoutant pas le clairon qui sonne"... Vous reconnaissez ces paroles ? Elles sont de votre ami Brassens. Si vous saviez combien j'aurais aimé être Brassens ! Par contre, je doute fort que lui eût aimé être général... Et cette phrase terrible, et tellement vraies d'Aldous Huxley, la connaissez-vous : "Il y a trois sortes d'intelligence : l'intelligence humaine, l'intelligence animale et l'intelligence militaire" ?

 

Et les femmes ? Parlons-en, des femmes ! Elles parlaient toutes d'amour et moi, de mes soldats. Un jour, j'ai voulu parler d'amour et elles m'ont demandé des nouvelles de mes soldats. Une seule a accepté de dormir souvent seule dans notre lit : ma femme. Que j'aimais. Tiens, que j'aimais ? Et qui m'aimait, tel que j'étais. Il n'y a plus de grades ni de galons sous les couvertures... Je vis depuis trente ans avec ma femme. La même... Avec pour solde de tout compte, savez-vous quoi ? Un solde débiteur, un grand trou noir dans notre couple. Un grand néant. Nous avons pourtant tout essayé, tout. Les traitements, les cures, les pélerinages ; nous avons consulté les plus éminents spécialistes. Rien. Nous n'y sommes pas parvenus. Il fallait se rendre à l'évidence : nous ne pouvions pas avoir d'enfant. Jamais je n'ai pu, au retour d'une manoeuvre, me pencher sur un berceau où sourirait un morceau de nous-mêmes. Je n'ai pas pu faire d'enfant à ma femme. Quant à vous, Jacques, je crois que vous lui en avez donné trois, c'est bien ça ? Et moi, au lieu de ça, des ordres à donner, des inspections de guêtres, des visites et tous les matins retrouver ce petit bureau triste sentant la ratatouille de l'ordinaire, aux murs tapissés d'insignifiantes victoires, et ce vieux drapeau tricolore dont le blanc jaunit de jour en jour... Chienne de vie...

 

Pourquoi faire des phrases ? Vous voyez, Jacques, j'ai raté ma vie. Mon entourage me considère comme un brillant officier, cité dans tous les discours, Croix de guerre, Légion d'honneur, Commandeur des Arts et Lettres ; c'est tout juste si on ne rajoute pas  : abonné au "Figaro" et à "La vie des bêtes"... Pour tous, je suis l'exemple même de la réussite... Et pourtant, parvenu à l'apogée, je m'aperçois que je n'ai pas escaladé la bonne montagne... Tout est en porte-à-faux, tout : ma situation, ma famille, mon idéal... Si vous saviez, Jacques, combien j'aurais aimé m'occuper du petit cinéma d'Atuona... J'ai réussi dans un créneau que je hais. C'est le comble du malheur pour un seul homme de n'avoir pu concilier le dit et le non-dit, l'être et le paraître...

 

Tout en haut de la hiérarchie, dans ma tour d'ivoire, je termine mes jours en ressassant mes souvenirs et en m'inventant des histoires qui ne m'arriveront pas... Très souvent, je glisse un disque de vous dans le lecteur et je me prends à frissonner, à rêver... Et mes yeux s'embuent toujours quelque peu... Je réfléchis : chacun est-il vraiment à sa place ici-bas ? Occupe-t-il l'alvéole dans lequel il se sent à l'aise et où une graine, un jour, l'a fait pousser ?

Jacques, je vous serre dans mes bras.

 

Général Zangra

 

Prochainement : le fataliste.

 

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11 mai 2010 2 11 /05 /mai /2010 17:16

"Je ne sais pas pourquoi la pluie

Quitte là-haut ses oripeaux

Que sont les lourds nuages gris

Pour se coucher sur nos coteaux"

 

Jacques Brel, "Je ne sais pas"

 

Jacques Brel,

 

Prévoir brise-larmes : infiniment de brunes à venir et amours vagues annoncées.

 

Le Météorologue.

 

Demain : Général Zangra.

 

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10 mai 2010 1 10 /05 /mai /2010 16:02

"Et je ne garderai

Pour habiller mon âme

Que l'idée d'un rosier

Et qu'un prénom de femme"

 

Jacques Brel, "Le dernier repas"

 

Cher Jacques,

 

Une femme, après tout, ce n'est qu'un mot. Tout bête. Enlève lui ses deux premières lettres, remplace les par un "h" et un "o" et tu en obtiens un autre : homme. Ce n'est finalement qu'une banale subtilité de vocabulaire. Cela mérite-t-il qu'on s'y appesantisse vraiment ? Mais non !

D'après toi, "dès qu'une femme arrive, l'homme se sent obligé de briller ; quelque chose en lui se compose ou se décompose". Quelle comédie ! Moi, je n'aime pas du tout ça, du tout, du tout...

Vois un peu la pagaille que ça sème partout où ça passe et quoi qu'on fasse : on l'attend, ça vient pas ; on la veut, ça s'en va ; on la cherche, elle est jamais là... Et pourtant, c'est vivant comme toi et moi, ça doit peut-être aussi réfléchir quelquefois... Quand ça se met à être quelque chose de beau et que ça en abuse, c'est bien sciemment ou quand ça se met à parler, c'est souvent pour piéger ou embrigader. Nous n'avons pas de chance : on nous a annexé un accident biologique, une erreur de la nature... Et c'est ça qu'il faut aimer : ce grand complexe sportif et attractif itinérant monté sur deux jambes ? Allons ! Un peu de sérieux. Ressaisissons-nous... Il y a tant d'autres choses à aimer : les animaux, le vin rouge, les carottes rapées...

Quand je pense à tous ces grands observateurs intellectuels devant l'éternel (des auteurs, des hommes d'état, des gynécologues - ceux qui travaillent là où les autres s'amusent - , des amateurs...) qui n'oeuvrent que pour ça, je suis soufflé.

Mais, à moi, on ne m'y prendra pas...

Je te salue, Jacques. J'ai profité d'un instant de répit au bureau pour t'écrire ces quelques mots. A très bientôt. Je dois maintenant rentrer chez moi.

 

Le misogyne.

 

P.S. : Ma femme t'embrasse. Elle aimerait bien t'avoir à dîner un de ces jours. C'est un vrai cordon bleu. Tu sais, elle est adorable...

 

Demain : le météorologue.

 

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29 avril 2010 4 29 /04 /avril /2010 17:03

"Partout je vois à petits pas

Des couples qui s'en vont danser

Mais moi sûrement je n'irai pas

Grand-Mère m'a dit de me méfier"

 

Jacques Brel, "La Foire"

 

Cher Jacques,

 

Je ne sais pas sur quel pied danser... Je n'ai jamais su sur quel pied danser. On a inventé là une bien curieuse façon de se mouvoir. Ceux qui y parviennent aisément possèdent des atouts de la victoire ; ceux qui, par complexe s'y refusent restent sur la touche et n'en finissent pas de faire tapisserie. Une tapisserie que Pénélope a délaissée pour danser avec Ulysse.

Rien n'est plus cruel que de faire "cavalier seul", quand on se retrouve au beau milieu de duos improvisés, soufflé comme un pion inutile au bal des imbéciles.

Il est très étrange, le procédé de séduction qui consiste à faire des pieds, des mains et des hanches pour maîtriser toutes les facettes de ce jeu idiot : il y a d'abord la "valse- hésitation" - J'y vais ou j'y vais pas ? - ; ensuite, la "valse poursuite" : "Cours après-moi et si tu m'attrapes, gare à la danse qui m'attends !" ! Et quand il y a beaucoup de dames sur le damier, prudence : une dame, c'est fou ce que ça mange... Et arrive la valse tournoyante, les yeux bandés comme à Colin-Maillard, tellement débridée qu'on en perd les temps...

Et sans répit déboule le tango, attelage fougueux et renversant.

Oui, il est très étrange le procédé de séduction quand la musique régit et se love dans l'intimité ouaté d'un slow langoureux. Deux pieds forment un "V", deux autres en dessinent un autre ; c'est rare que quatre pieds constituent le "W" d'un mot anglais

Il est très subtil le procédé de séduction qui consiste à feindre qu'on n'est pas un débutant au bal des débutantes.

Ils sont plus nombreux qu'on ne croit tous ceux qui, comme moi, n'arrivent pas à suivre la musique et à dessiner des "W" ; qui ont, un jour, perdu le rythme, trahi par la cadence infernale, distancé par le "la" qui n'est jamais las et qui gigote comme un démené.

Tu le vois, Jacques, je n'ai jamais su entrer dans la danse quand il le fallait et jouer aux jeux de mon âge à mon âge. Mais comment peut-on jouer quand on n'a sous la main ni les règles, ni les accessoires, ni les partenaires ? Vaut-il mieux être un piètre danseur ou un bon perdant ?

 

Le piètre danseur.

 

Prochainement : le misogyne.

 

 

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26 avril 2010 1 26 /04 /avril /2010 17:04

"Je ne rentre plus nulle part

Je m'habille de nos rêves..."

 

Jacques Brel, "Jojo"

 

Cher Jacques,

 

Je suis retourné dans le cinéma de Roubaix après tes adieux... J'ai procédé à l'inventaire et j'ai tout récupéré. Tout était bien là : une guitare, une chope de bière, une pendule d'argent, une autre bière, un manteau de velours, un nez comme un melon, une statue, une valise dans chaque main, un canon, un trou dans la serrure, un petit chapeau, une petite auto, une nappe trop blanche, un accordéon rance, un point à l'envers : une mitraillette, un point à l'endroit : une trompette, une chambre sans berceau, un berceau, un divan de roi, un grand verre de grand'messe, un doigt de couvent, des perles de pluie, des bonbons, du lilas, du fric, deux bouts d'aile, dix éléphants, vingt ans, cent kilos, trois cent trente-trois fois le temps de bâtir un roman et... une dernière bière...

 

L'Accessoiriste.

 

Prochainement : le piètre danseur.

 

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