23 septembre 2007 7 23 /09 /septembre /2007 12:22
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"... il a en main une suite d'atouts à trèfle. Tout un champ."
Joël Fauré (Le Livre de mon père)


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23 septembre 2007 7 23 /09 /septembre /2007 10:50
Cartes en main.
Elles se prénomment Pallas, Judith, Argine et Rachel.
Ils s'appellent David, Charles, Alexandre et César.
On les appelle Lahire, Lancelot, Hector et Hogier.
Ils sont rois, reines et valets.
Après souper, le lundi et le jeudi, ils se donnent rendez-vous. Le lundi chez Germaine et Mauriçou, à la ferme de Darnal ; le jeudi chez mon père et ma mère. Là commence alors la distribution des rôles, au petit bonheur la chance. Les hommes jouent avec les hommes, les femmes avec les femmes. Marthe avec Germaine ; Mauriçou avec Fernand. Je suis la doublure de Fernand. C'est l'une des rares distractions qu'il s'accorde : la belote. Aussi je ne peux refuser d'endosser le rôle. Sur le tapis vert, lui-même posé sur le chemin de table vert, lui-même courant sur la la nappe de tissu vert, dans la salle à manger verte, nous voici tapant le carton.
Le jeu de belote a été inventé par un certain François Belot, prétendent ceux qui l'ont connu. D'autres affirment que le terme "belote" viendrait de l'altération de "bel atout". Allez-donc savoir qui a raison ? Fernand Fauré, lui, s'en fout pas mal. Ce qui le fait vibrer, pour l'instant, c'est qu'il a en main une suite d'atouts à trèfle. Tout un champ. Si tout va bien, lorsque viendra sa tour, il ne dira pas : "Je prends", mais : "Allez tant pis, je vais essayer de prendre."
Germaine dira : "Ouuuuuh... s'il prend, c'est qu'il doit avoir du jeu." "Oh" se renfrognera mais ne le fera pas voir, et les hostilités pourront commencer.
C'est Marthe qui ouvre le feu. Son jeu est pauvre : elle hasarde un petit sept de coeur. Il faut bien commencer par quelque chose. Mon père n'a pas de coeur ; il casse celui de ma mère. Germaine fulmine. Elle jette une carte habillée, Lahire, le valet de coeur, fidèle compagnon de Jeanne d'Arc, un homme irritable, paraît-il, mort de ses blessures à Montauban. Mauriçou acquiesce. Le pli est enlevé par les messieurs.
Quelquefois, Germaine organise de petits interludes. Elle donne des nouvelles de gens que je ne connais pas, qu'elle a rencontrés au marché ; elle donne aussi des nouvelles de ceux qu'elle n'a pas rencontrés, et dont elle se demande s'ils sont en bonne santé.
On s'accorde une pause buvette. Les hommes boivent de la bière ; les femmes du sirop de grenadine.
"Oh" investit Lancelot, son valet de trèfle du titre de "maître". On se croirait dans "L'Ile aux esclaves" de Marivaux. Le valet prend sa revanche. Le neuf aussi. L'as aussi. Le dix aussi. Le roi et la dame aussi. Belote. rebelote et dix de der ! Les femmes sont "capot".
C'est bien la première fois que mon père fait le coup de la panne.

Samedi matin, 10 heures.
Le samedi matin, 10 heures. Et pas dix heures moins le quart. Et pas dix heures et quart. Dix heures. Il faut aller faire les courses à "Unico". Il y a belle lurette qu' "Unico" s'est agrandi, est devenu "Super U", mais c'est resté comme ça : "Unico". Une espagnolade. Mais pas à l'heure espagnole. "Oh" a connu l'emplacement actuel du supermarché en verte prairie. Voisine immédiate de l'usine Baudou. Ainsi, le samedi matin, il revient un peu sur des lieux connus, balisés. Tout comme le sont les travées de "Super U". Il croise la "typesse qui, tu peux en être sûr, chaque fois qu'elle va à Unico, elle prend toujours deux grosses boîtes de tripous." Mais sa femme, ma mère, n'est pas là pour lui dire : "Qu'est-ce que tu fintes ?" Ma mère, sa mère aussi, est clouée sur un fauteuil roulant.
Et lui, comme tous les samedis, il prend une pizza, un bidon de grenadine, des pruneaux, un cake aux griottes, des pommes dauphines et un poulet rôti sur place.
Certains samedis, c'est le drame : il a oublié le bidon de grenadine.
Certains samedis, coup de théâtre : il essaie les tripous. C'est vrai qu'ils sont pas mauvais.

Salir, ouvrir, entamer.
Avec mon père, il aurait fallu vivre sans salir, sans ouvrir, sans entamer.

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves:

GUY CARLIER :
DEUX POIDS ET DEUX MESURES

Guy Carlier, humoriste féroce, pourfendeur de l'argent triomphant, fait la fine bouche. Pour un peu, je le plaindrais. Songez, "il a 58 ans et c'est dur de se lever le matin." A France Inter, il a demandé une petite augmentation. Refusée. Motif : "Nous ne sommes pas maîtres de notre budget" avance le Grand Argentier, sonnant et trébuchant "Franceintérieurement",  en poursuivant "[qu'il coûtait] déjà 80 000 euros par an à la station."
Du coup, il a filé sur "RTL"  où on lui tendait les bras. "C'était étrange, confie Guy Carlier au "Monde"  daté du 23/24 septembre, même dans les couloirs de RTL, quand j'y suis allé, je sentais les gens heureux de me voir là. Je me suis donc tout de suite senti très bien dans cette station, comme dans l'appartement d'une nouvelle femme qui vous séduit après une rupture amoureuse, une rupture douloureuse. C'est très agréable !"
J'ai toujours apprécié Guy Carlier pour sa finesse et son humanité. Il m'avait blessé une fois, alors qu'il avait eu des mots très mal pesés sur les TOC.
Aujourd'hui, il me déçoit, d'autant plus qu'on ne le sent vraiment pas dans le besoin.
"J'ai plusieurs projets en cours (...) confie-t-il à Martine Delahaye du "Monde", de la fiction pour la télévision, deux livres qui doivent sortir prochainement, et probablement, une participation dans "France 2 foot", le dimanche."
Oui, Guy, je reprends vos propres termes : vous êtes un enfant "gâté" et je vous trouve "indécent".

JF

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21 septembre 2007 5 21 /09 /septembre /2007 16:29

AZF : 6 ANS

ON A TOUS EN NOUS UNE ROUTE D'ESPAGNE

Toulouse. Route d'Espagne. vendredi 21 septembre 2001. 10 h 15. L'usine chimique AZF explose et détruit une partie de la ville. 29 morts et des centaines de blessés, parfois très graves.
A dire le vrai, difficile de nier que beaucoup de toulousaines et toulousains n'ont pas dit un jour : "Ca va péter !" Difficile aussi de ne pas dire que des angoissés à la petite semaine, voire au petit quart d'heure, n'ont pas redouté, en représentation mentale, le pire. 
Le pire est arrivé.
Le catastrophisme tant moqué des fiers-à-bras a trouvé un aval. Dans un contexte inquiétant, puisque dix jours plus tôt, le 11 septembre, des terroristes ont lancé des avions kamikazes sur les deux hautes tour du World Trade Center à New-York
Il était presque impossible de ne pas faire le rapprochement entre les deux tragédies. Accident ou attentat ? Ici, une usine chimique ; là-bas des gratte-ciels... 
Nous nous apprêtions à vivre le moment où l'on s'y attend le moins. Le voici arrivé au moment où on ne l'attendait plus. 
Un drame collectif a rejoint nos drames personnels. J'écris "nos" car je suis un obsessionnel-compulsif de la "première heure", qui a la crainte que le dérisoire devienne événementiel ; habile, avec la "pensée magique", à transformer les "pourvu que" en "ça y est, c'est fait"
Nous avons tous une angoisse indéfinie lovée quelque part ; nous avons tous notre "Route d'Espagne"ou notre "Chemin de Damas".
Apprenons à dépasser tout ce qui nous gâche la vie. 
Et si nous tirions des enseignements de l'actualité ? Si nos faiblesses nous rendaient plus humains ? Plus tolérants ? Plus compréhensifs ? Avant que ne survienne l'agonie des certitudes et l'urgence de l'espoir...
Courteline disait : "Seuls les imbéciles n'ont pas de doute." On lui demandait : "Vous en êtes sûr ?" Il répondait : "Certain !"

Joël Fauré

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19 septembre 2007 3 19 /09 /septembre /2007 20:29
Les bâtonnets lumineux de l'affichage digital...
fascinent "Oh". S'il est demeuré fidèle aux cadrans, avec ses aiguilles, sa trotteuse et ses chiffres romains (au fait, savez-vous pourquoi les montres sont toujours montrées sur les publicités à 10 heures 10 ? Non ? Réponse tout-à-l'heure) ; s'il est resté rétif aux changements d'heure deux fois par an ; s'il regrette d'avoir cédé pour trois centimes de vieilles horloges comtoises, il voue une béate admiration pour les sabliers modernes, petites bûchettes vertes ou rouges, entrecoupées de points palpitants. C'est un peu comme un jeu d'allumettes à déplacer, pour former l'idoine combinaison.
Combien de fois m'a-t-il demandé de remettre de l'ordre dans cette magie, qui n'était plus en accord avec le "19/20" de "France 3" ?

Le peu de temps qui vous était imparti s'est écoulé, pour notre grand jeu du temps qui passe.
Pourquoi les montres sont toujours montrées sur les publicités à l'écartement 10 heures 10 ?
C'est tout simplement pour mettre en valeur -et surtout éviter que les aiguilles ne la cache- la marque, frappée sous les douze coups de leur destin : "Pax, Jaz..." Oui, bon,  je sais, ça vous fait un beau poignet...

Bulletin de santé.
Comme tous ceux qui se plaignent sans arrêt, mon père avait une assez bonne santé. A l'entendre, il tenait chronique régulière dans divers organes médicaux : les pieds, les mains, les genoux, et plus généralement toutes les articulations se rappelaient à son bon souvenir, sous forme de rhumatismes divers et variés. S'il n'avait pas la goutte au nez, il l'avait assurément aux pieds, et ses extrêmités de podagre en attestaient la vérité.
Il n'avait jamais donné d'instructions particulières à son corps pour le maintenir en forme. Il mangeait gras. Il a donc eu des maladies d'homme bien nourri. Il avait un bon coup de fourchette ; la tripaille solide. Aussi, lors du percement de son intestin, une stomie et la pose d'un anus artificiel, il traversa cette période avec l'efficacité d'un posage de buses tout-à-l'égoût pour une municipalité qui a les moyens.
Cet éternel inquiet aurait pu, avec cinquante ans de moins, devenir un excellent gibier de psychiatrie, mais il n'entrait pas dans sa culture d'aller dire à un docteur "qui ne touche rien" qu'il lui arrivait d'avoir des "idées noires". Dans ce domaine, il m'a laissé le soin d'agir à sa place.
Il a fumé. Du tabac. Puis il a arrêté. Puis il a repris. Puis il a arrêté. Puis il a arrêté d'arrêter -ce fut la période des gitanes maïs et des cigarillos- puis il a définitivement arrêté.
Ce peureux, ce pleutre, ce poltron savait aussi avoir des volontés. A un régime que lui avait prescrit son médecin, il s'est soumis sans restriction. Il était fier de dire qu'il ne salait plus rien, qu'il buvait de l'eau et ne mangeait pas de pain.

"Ca va péter"
Combien de fois ai-je entendu cette phrase-clef dans la bouche de mon père ? Les informations sur l'état du pays, du Monde, lui parvenaient par des canaux suffisamment clairs pour qu'il en mesure l'ampleur. Ou bien avait-il des antennes sous la casquette ? Il avait connu en direct la brutalité d'une guerre.
Je ne suis pas mécontent qu'il ait entendu parler des attentats terroristes. Lui qui a connu les affrontements de terrain, il a dû les trouver d'une grande trivialité.
Mon père était sans aucun doute raciste. Il n'aimait pas les allemands, qui lui avaient fait beaucoup de mal ; les arabes qui avaient envie de beaucoup lui en faire, les noirs, les jaunes, les témoins de Jehovah qui venaient lui prédire d'autres jardins jusque dans son propre jardin ; il disait qu'un jour prochain, si on laissait faire, un drapeau avec un croissant flotterait au fronton des édifices publics de la France ; il ne supportait pas les films américains ("Encore des coups de révolver"). Mais il ne se supportait pas lui-même. Et quand Roger Gicquel, à la télévision, lui donnait raison en disant, visage tragique : "La France a peur", il se contentait de renchérir : "Ca va péter".

"Avec deux croissants"
Les plus jeunes de nos lecteurs -je dis "nos" car c'est mon père qui me tient enfin la main- n'ont pas eu connaissance de ce sketch de Fernand Raynaud, "Les croissants", où il est question d'un serveur et d'un client qui s'entête à demander deux croissants en accompagnement de son café crème. Le comique repose sur un grossier malentendu : le serveur déclare qu'il n'y a plus de croissant ; le client, qui se veut arrangeant, lui répond que "ça fait rien, je prendrai autre chose, je suis pas un client embêtant... Je prendrai un thé ou un chocolat au lait... avec deux croissants..." etc...
"- Dis, mon papa, le drapeau, tu le veux comment ?
- Bleu, blanc rouge, et sans croissants.
- Ah, excuse-moi, il ne reste que des drapeaux avec des croissants.
- Et bé, ça fait rien, je prendrai autre chose... je sais pas, moi... un drapeau noir, jaune, rouge, et sans croissants.
- Je viens de te dire que c'est fini, les drapeaux sans croissants.
- Ne te met pas en colère. Je suis pas contrariant. Je prendrai ce que tu veux. Tiens, un drapeau vert, blanc, rouge, et sans croissants."
Etc...

(A suivre.)

Joël Fauré

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18 septembre 2007 2 18 /09 /septembre /2007 20:50

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Cliché Magali Fromager


PETIT BILAN DE SITUATION
APRES 6 MOIS DE "TENUE DE BLOG"

ALLER "A LA BOITE"

Je dois à la vérité de dire que je n'ai pas relu mon "petit bilan des 3 mois".
Au jour où j'apprends que 98, 9 % des Français possèdent une boîte aux lettres (mais il est facile pour les "sondagiers" de jouer sur ce mot) ;
A l'intant où je caresse, près de mon ordinateur la miniature jaune de la 4L des Postes "Historiques" ;
A l'heure où Aurora, celle qui m'a incité à "ouvrir boutique", connaît des problèmes bassement matérialistes ;
je m'interroge :
- Les blogs sont-ils crédibles ?
- Quel est le profil du (de la) blogeur(se) ?
- Les blogs "touchent" qui ?
- Quels sont les "plus" et les "moins" d'un blog ?
- "L'investissement" est-il proportionnel aux "retours" ?
- Ce blog est-il littéraire ou érotique ?

Quel est ce curieux paradoxe qui me taraude, à moi le sauvage, le "pas physique" ? 
Des dimensions me manquent : la voix, le corps... Pourquoi ?

- Que faire ?  Etre conscient que tout ceci ne repose que sur un nuage de fumée, et tout laisser tomber ?

Gutenberg et Gates, deux "Points G" importants viennent de venir me visiter.
Aussi impressionné, je dois dire, que déterminé, je vais leur demander conseil.

JF 

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18 septembre 2007 2 18 /09 /septembre /2007 19:43
Superstitions.
Avec ce qu'elle a de beau, de bon, la religion catholique est salutaire. J'aime sa belle litterature.
Avec ses menaces d'enfers tourmentés, ses interdits, ses tabous, elle est culpabilisante.
Je lui dois de sévères troubles obsessionnels compulsifs.
Je crois qu'il faut trouver un juste milieu. La religion catholique se charge de repasser les plats de lentilles et le vin avarié des noces de Cana. Elle se charge pareillement de distribuer de copieux restes d'authentiques Croix du Christ, où il mourut cloué et fouetté.
Quand  les choses tournaient mal, mon père avait ses conjurations : "Quand le Diable s'y met...", mais il était loin du lyrisme "à la Bosch" de son beau-frère : "Puto de Viergo pleno de crapaos" ("Pute de Vierge pleine de crapauds".)
"Oh" était corseté par deux mille ans d'évitements de péchés mortels, ce qui, il faut le confesser, réduit la marge de manoeuvre des petits plaisirs terrestres.
Ainsi, tout était question de vie ou de mort.
Je ne vais pas ici dresser la liste des mauvaises pensées, des mauvaises actions, des paroles ou des omissions qui conduisent, selon mon père, tout droit en enfer, sans passer par le purgatoire : le public d'aujourd'hui en sourirait.
Mais, vous me permettrez, au nom de la littérature, de sélectionner deux ou trois énormes "fautes-erreurs-péchés", atteintes au Sacré, qui ne sont que des superstitions qui ont réussi dans la vie.
"Oh" ne posait jamais le pain "sur le dos" : il prétendait que sur la partie plane, le Diable y dansait ;
"Oh" disait qu'il ne fallait pas jeter les lauriers bénis ("ça portait malheur") ; il fallait les brûler ;
"Oh" avait peur du mois de février (Sa mère était morte ce mois-là.)...
De plus, il avait une collection de dictons que je trouve idiots aujourd'hui, mais qui ont considérablement freiné le cours de mon existence :
"Qui va à Azas torno pas." (Qui vas à Azas -petit village près de Toulouse- ne revient pas.) Conséquence : je connais très mal Azas -au demeurant un charmant petit village-, puisque, pendant des années, je me suis refusé d'y mettre un orteil.
"A Brufel, cado puto a sou pourtanel" (A Verfeil -autre bourgade-, chaque pute a son portail.) Conséquence : Verfeil, qui ne manque pas de charme, reste le seul endroit de France où j'aurais pu perdre ma virginité, mais je n'ai jamais su voir les portails en question des "cambos roussos" (des "jambes rouges" dixit "Oh")

"Saint-Ex", le Père Noël et le Père Fauré.
C'est un jour comme un autre. "Oh" s'active dans le jardin. La bêche, sous la pression du pied, taille la terre. La manoeuvre est un compromis entre la paroi lisse et le jeu de cubes. Le ciel est tourmenté. Un petit avion, qui contiendrait presque dans un paquet de lessive "Bonux" sillonne les ondes, tutoie l'Olympe.
Le moteur tousse. "'reusement qu'y la piste" La piste d'atterrissage. Oh c'est pas Roissy, c'est pas Orly... Non, c'est un passionné qui a mis ses sous dans une bande de terre, suffisante pour qu'un avion de tourisme puisse s'y poser. Au début, c'était un spectacle. Mais "Oh" avait été un peu préparé. Il se souvenait de son grand-père, le Papi Janel, qui disait des premières rouges et blanches et aventureuses "Micheline" : "Macarel, le train passe à travers les champs !..."
Maintenant, mon père est blasé. Il regarde d'un oeil distrait les courbes qu'amorce le coucou pour retrouver le droit du sol.
Or, là... coup de théâtre... Avarie. L'avion prend feu et tombe en torche.
L'équipage se compose de deux vieilles tiges. Et alors là, c'est sûr, je le sais, je le sens, vous n'allez pas me croire mais les Icare sauvent leurs peaux grâce à leurs parachutes. Ils se retrouvent, les chanceux, dans le moelleux de la terre fraîchement bêchée.
Jusque là, vous me croyez à moitié. Mais là où vous allez mettre en doute mes facultés mentales, c'est quand je vous aurai dit que, sous la coiffe du parachute, deux hommes saluent mon père en souriant.
Ces deux hommes s'appellent Antoine de Saint-Exupéry et Le Père Noël. En personnes.
C'est un jour comme un autre.

(A suivre.)

JF
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16 septembre 2007 7 16 /09 /septembre /2007 16:59
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Raymond Devos à la FNAC Toulouse - Octobre 1990
Cliché JF

"Avec mon appareil jetable, j'ai voulu [prendre Devos] en photo. Je l'ai raté. Je l'ai réduit de moitié. C'est pas intègre."
Joël Fauré (Le Livre de mon père.)
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16 septembre 2007 7 16 /09 /septembre /2007 11:30
Acte manqué I
Raymond Devos est né en 1922. Enrôlé au STO. Son plus mauvais rôle. Assez forte corpulence. Il aurait pu être mon père. Je ne lui en veux pas de n'avoir pu.
J'ai eu plusieurs rendez-vous manqués avec lui.
La première fois, c'était à Toulouse, au forum de la FNAC, qui se trouvait alors Promenade des Capitouls. Avec mon apparail jetable, j'ai voulu le prendre en photo. Je l'ai raté. Je l'ai réduit de moitié. C'est pas intègre.
La deuxième, c'était à Courbevoie. J'attendais des amis et le début du spectacle dans un snack-bar. Tout près de moi, Devos était là qui mangeait dans un coin, avec son pianiste et deux autres personnes. Avant le spectacle, si Brel allait vomir, Devos se gavait de saucisson. Je n'ai pas osé l'aborder.
La troisième, je lui ai envoyé cette lettre :

"Le 7 décembre 1992

Mon cher Raymond,
Cher Monsieur Devos,
Cher Monsieur,
Devos,

Je vous admire. Ah, bon ? Je ne suis pas le seul ? Tant pis. Je ne vous infligerai pas une longue lettre dithyrambique, fleuve d'éloges avec des mots choisis, mais plutôt ce petit texte ci-joint, pour lequel vous saurez me dire s'il vous a plu -ou déplu- afin que je puisse brandir devant des amis et connaissances réunis en parterre ému, un mot, une lettre de vous, et que, fier comme Artaban, je puisse leur dire : "Vous voyez bien qu'il m'a répondu. Cordialement."
Je joins à mon courrier un petit texte que j'ai troussé, inspiré du style Devos et, alors que je sais pertinemment qu'il vit à Saint-Rémy-de-Chevreuse, je pousse le bouchon en inscrivant seulement sur l'enveloppe : Monsieur Raymond Devos, célèbre humoriste, à Paris."
Je n'ai jamais eu de réponse, et n'en aurai jamais. A-t-il reçu au moins ce courrier ?

Je ne serai pas artiste.


Acte manqué II
Mon père, Fernand Fauré est né en 1922. Enrôlé au STO. Son plus mauvais rôle. Assez forte corpulence. Il aurait dû être mon père. Je ne lui en veux plus de n'avoir pas pu devoir.
Les doigts de la main et du pied ne suffiront pas pour établir la liste des rendez-vous manqués avec lui.
J'entends, dans la cuisine, les longs silences suspendus au dessus des daubes, seulement précédés par les raclements de gorge de "Oh", qui indiquaient que, s'il fallait se mettre à table, c'était maintenant, là, tout de suite et pas dans huit jours. Et puis plus rien. Des bruits de mastication, de succions, chacun sur son verre -jadis de moutarde- bien distingués par Schtroumpf Grognon, Grand-Mère Tartine et Caliméro.
Nous attendions un même carrosse quand les carrosses n'existaient plus. Et les citrouilles manquaient d'eau.

Je ne serai pas cultivateur, ni ouvrier d'usine, ni jardinier.

Voilà ce que je suis devenu.
Je suis réduit à griffonner des messages de détresse.

Acte manqué III
Mon oncle maternel, l'abbé René Trémolières est né en 1922. Enrôlé au STO. Son plus mauvais rôle. La frugalité de ses repas lui a donné une corpulence moyenne. J'aurais pu l'appeler "mon père". Il aurait pu m'appeler "son fils".  Il était aussi mon frère. Mais c'était mon oncle.
Alors, comme nous ne comprenions plus rien, nous parlions d'autre chose...
De la mort par exemple. "Je ne pense pas à la mort, m'écrivait-il, elle viendra sans que je m'en préoccupe. Elle me laisse à peu près libre et serein."
Lorsque trois messsages, dans mon télephone, chacun à leur manière, m'ont annoncé sa mort, j'ai relu cette phrase. Je me suis réfugié en Ecriture.
La force succédera au chagrin.
"Libre et serein."
Je me suis interrogé sur ce qu'était un vivant et un mort. Cela vous fait sourire ? Je n'ai pas de réponse.
Je crois que l'incertitude est une force.
Je ne sais pas si les Sciences sont supérieures aux Religions, les chiffres aux lettres ; la chair au verbe ou inversement.
J'accorde beaucoup d'importance au Temps naturel.
Il aplanit et mélange.
Je me demande si l'une des astuces pour vivre sans trop de tourment n'est pas de prendre un peu de recul ?
Je sais que rien n'est facile ni définitif.
Je fais confiance et m'en remets à ce que je ne comprends pas.

Je ne serai pas prêtre. Cependant, à deux ou trois alinéas près, j'aurais bien aimé l'être. On m'aurait enfin appelé "mon père", moi qui n'ai pas pu l'être.

(A suivre.)

Joël Fauré

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13 septembre 2007 4 13 /09 /septembre /2007 19:58
Parce que je ne crois pas au triomphe mécanique ;
Parce que je sais des rivières souterraines, des intuitions, des "choses de l'esprit" sans extrémisme ;
Parce que la peur, l'usure et l'augure de la mort me font encore avancer ;
Parce que, au nom des toc qui ont annihilé ma vie, je peux me permettre de conchier tout autant l'absente citée au goût de "vinasse" que "la petite dame vieillissante qui part en couille" pour mieux les réhabiliter toutes deux en êtres de chair sur sol précaire ;
Parce que je fais miens les mots superbes de mon camarade Valère Novarina :
"A nous qui devenons muets à force de communiquer, le théâtre vient rappeler que parler est un drame ;
A nous qui perdons la joie de notre langue, le théâtre vient rappeler que la pensée est en chair ;
A nous, pris dans le rêve de l'histoire mécanique, il montre que la mémoire respire et que le temps renaît."

Je dédie les lignes qui suivent à Aurora.
Sans elle, ce blog n'existerait pas.

L'image du père.
On dit souvent : "Le père de l'Aviation", "Le père de la ¨Psychanalyse", Le "père de ceci", "Le père de cela"... Il en va autrement autrement pour la mère : "La mère Michel", "La mère Mac Miche"...
Jamais, au grand jamais. Loin de moi cette idée : tuer mon père.
Au sens psychanalytique peut-être...

Savez-vous que mon père s'intéressait à la politique ?
Meuh oui, madame. Meuh oui monsieur. Le dimanche, à la télévision, à "L'Heure de Vérité", de François-Henri de Virieu, s'il donnait l'impression, lui, le taiseux devant les beaux parleurs qui alignaient des phrases aussi vite que la lumière du son ; s'il feignait de ne pas tout comprendre, il tranchait : "Ah ils sont bons pour t'embobiner". Et quand  Alain Duhamel, avec un aplomb jubilatoire cherchait à contrecarrer, "Oh" disait : "Il a pas froid aux yeux. Il est fort."
Sur le fond, "Oh" avait un socle politique qui se tenait. Parce qu'il croyait au Bon Dieu, parce qu'il allait à la messe, aux Rameaux, à la Toussaint ; parce qu'on lui avait dit qu'il fallait respecter les patrons argentés qui le feraient vivre, il votait à droite.
Ca se respecte.
Mais ça se discute aussi.
Il n'a pas lu Marx. Quand la gauche est arrivée au pouvoir en 1981, il s'est pris de sympathie pour Mitterrand, et surtout pour Bérégovoy. Il avait des idées embryonnaires, avec des airs de ne pas y toucher. Il se savait homme de peu, homme d'en bas ; il subissait, courbait la tête, l'échine, mangeait gras, payait correctement ses impôts, avait des idées simples, claires ; d'homme.
Il était militant mais à sa façon. Pas con. Parce qu'un militant, à force de militer, il ne sait plus pourquoi il milite et il en devient con.
Et puis l'histoire a parlé ; Mitterrand, après de très nombreux mensonges et quelques enfants bien naturels dans le dos l'a déçu. Et puis il n'a plus su où se situer.
Moi non plus.
Les politiques sont devenus grotesques et peu crédibles. Ils ne savent plus gérer la cité. Ils ne sont à peu près bons qu'en politique politicienne. C'est très grave. Ils fonctionnent sur des égoïsmes forcenés, des clivages radicaux. Au détriment du peuple.
Certains côtes de Jaurès me plaisent bien -"les pages culturelles de "L'Humanité" sont très bien faites, Jean."
Certains côtés de De Gaulle ne me déplaisent pas -"j'approche votre stature, Charles : 1 mètre 87 contre 1 mètre 90."
Mais peut-être aujourd'hui l'un et l'autre seraient inopérants ?
Et Henri IV ? Ah, oui, peut-être Henri IV ? Mais qui s'en souvient encore autrement que par des images d'Epinal ? Même le journal "La Dépêche du Midi" se trompe et écrit avec superbe : "Henry 4".
Alors, qu'est-ce qu'on fait ? On évite les extrêmes bien sûr.
Je voterai bien Ségolène Royal mais je l'avoue, c'est parce que j'aime sa frimousse, sa chevelure, ses escarpins et ses cuissardes, et que les visages de femme m'émeuvent.
Je suis bien conscient que c'est pas suffisant pour faire de la politique.
Dis, mon papa, tu peux pas me souffler une idée ?

Lettre à mon père.
"Mon cher papa,
Tu sais, ça me fait tout drôle de t'écrire. D'abord, parce que c'est la première fois en quarante quatre ans. Et puis surtout, parce que je commence cette lettre sans savoir ce que je vais te dire. Nous nous sommes tant tus. Nous bougonnions. Ca, oui ; pour bougonner, nous bougonnions.
Je crois bien que je t'écris pour rien. Pour rien te dire. Oui, c'est ça, je t'écris pour rien. Parce qu'il n'y a rien à dire. Parce qu'il ne s'est rien passé et qu'il ne se passera jamais rien.
Sais-tu que Flaubert -c'est un grand écrivain- rêvait d'écrire un livre sur rien ? Tu te souviens quand tu te moquais de moi, quand je disais qu'un jour, je deviendrai un grand écrivain ? Quand j'écrivais dans la rubrique "Buzet-sur-Tarn" dans "La Dépêche du Midi" édition Nord-Est, que tu disais que c'étaient des conneries ? N'empêche que quand j'ai brossé le portrait de ton ami Raymond, tu as découpé l'article, et je me rappelle, tu le faisais voir à tout le monde.
Et quand tu t'es assis au "Théâtre de Poche", à Toulouse, pour voir ma première pièce ?

On ne s'est pas beaucoup parlé parce qu'on ne savait pas comment s'y prendre. Tu sais, maintenant, il y a des machines pour ça qui tiennent de la fable.
A mon avis, ça va pas durer ; on va revenir au bon vieux temps de la mémé Marie. Je me souviens qu'un jour, elle avait soif ; elle m'a demandé à boire ; je lui ai donné un verre d'eau et elle m'a dit merci. C'est tout bête. C'est tout simple. C'est vrai.

J'ai trouvé un éditeur. Un éditeur. Tu sais ce que c'est un éditeur ? Non, tu sais pas, et tu as bien de la chance. Un éditeur, c'est quelqu'un dont tout le monde parle et que personne ne voit jamais. Mais c'est quelqu'un de très important, de très respecté, de très recherché. C'est... comment te dire ? C'est un peu comme quelqu'un qui flaire les animaux de cirque. C'est un montreur d'ours. Ca fait quinze ans que je galère pour en trouver un. Et je me fais foutre dehors partout. Ca te fait bien rigoler, hé ? Et une éditrice ? Ah, n'en parlons pas, des éditrices ! Qui peut de vanter de connaître madame Stock ? Madame Plon ? Madame Minuit ?
Oui, toi, par contre, tu connaissais bien madame Lauzeral. C'était ta voisine, et, à ton enterrement, elle a chanté avec une voix de séraphin : "Si l'espérance t'a fait marcher / Plus loin que ta peur. (bis) Tu auras les yeux levés / Alors tu pourras tenir / Jusqu'au soleil de Dieu."
Mon pauvre papa, laisse moi te dire ceci : si tu n'as pas eu de "savoir-vivre", tu as eu beaucoup de "savoir-mourir".
Mon pauvre papa, laisse moi encore te dire ceci : tu as été un faux-cul-terreux.
Je sais que ça va pas être facile, mais je vais essayer de t'embrasser."

(A suivre.)

Joël Fauré

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12 septembre 2007 3 12 /09 /septembre /2007 19:22
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Cliché JF

"Les beaux ares"

"Les boîtes de fer blanc allaient coiffer les pieux de la prairie."
Joël Fauré (Le Livre de mon père.)

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