13 août 2007 1 13 /08 /août /2007 15:59
Ephémérides.
Morceaux choisis.
Lundi 1er janvier 1979. Repas avec toute la famille. Smic à 11 F 31.
Saucisson-beurre. - Pâté de foie de canard. - Plateau coeurs d'artichauds farcis avec riz saumon en boîte mayonnaise sur un lit de coeurs de palmiers entourés d'oeufs durs rapés garnis d'olives noires. - Quiche. - Truites de l'Aveyron. - Champignons de Paris. - Dinde. - Bûche, moka, Saint-Honoré. Bonne Journée.

Plan de table.
On parle souvent de table des matières. Mais on parle peu de la matière des tables. Celles que ma mère dressa étaient de bonne constitution. Il le fallait bien, au regard de ses talents de cordon bleu. C'était très bon ce qu'elle faisait : un "régal familier". Les convives se souviennent encore des pléthoriques repas qu'elle élaborait avec une grande virtuosité.
Ne me demandez surtout pas comment, un jour, elle accomplit le miracle de réunir autour d'une même table, "Germaine", de Pibrac ; "Bernadette", de Lourdes ; Alfred Binet, un psychologue de renom, et même un certain Jean-Baptiste Poquelin époux Molière, auteur très dramatique.
Ma mère avait passé la matinée dans les fumets, les écalages et les épluchures. Les victuailles abondaient et les conversations aussi.
Bernadette et Germaine se plaignaient d'avoir reçu, en direct du catalogue de "La Redoute", une auréole qui n'était pas à leur taille. Elles n'avaient pas une aussi grosse tête que ça. Ma mère leur indiqua qu'il existait un très bon service "Repris et échangé sans frais, satisfait ou remboursé." Molière, très ému d'être chez une amphitryonne nommée Trémolières, ne put s'empêcher de donner de mémoire quelques morceaux choisis de sa dernière pièce :
"- Combien serez-vous de gens à table ?
- Nous serons huit ou dix. Mais il ne faut prendre que huit. Quand il y a à manger pour huit, il y en a bien pour dix.
- Cela s'entend.
- Et bien, il faudra quatre grands potages et cinq assiettes. Potages, bisque, potage de perdrix aux choux verts, potage de santé, potage de canard aux navets."
Ma mère rayonnait.
" - Entrées : fricassé de poulet, tourte de pigeonneaux, ris de veau, boudin blanc et morilles."
Ma mère jubilait.
" - Rôt : dans un grandissime bassin dressé en pyramide : une grande longe de veau de rivière, trois faisans, trois poulardes grasses, douze perdreaux, deux douzaines de cailles, trois douzaines d'ortolans et quatre grands civets. Entremets..."
Ma mère irradiait. Moi, je salivais. On n'en était encore qu'aux hors-d'oeuvre. Les chefs-d'oeuvre, c'était pour un peu plus tard.
Et Molière poursuivait :
" - Apprenez que c'est un coupe-gorge qu'une table remplie de trop de viandes ; que pour se bien montrer ami de ceux que l'on invite, il faut que la frugalité règne dans les repas qu'on donne, et que, suivant le dire d'un ancien, il faut manger pour vivre et non pas vivre pour manger."
Je me retrouvai déçu. Malgré mon souci maladif de faire profil bas et rester silencieux, Molière me toisa : "Vous avez de bonnes joues, jeune homme. Vous devriez faire du théâtre."
Tout redevint plus doctoral et définitif lorsqu'Alfred Binet résuma, le visage cramoisi par les vins et les sauces, sa conception du fétichisme : "C'est un substitut du pénis, et la crainte de la castration." Il rajouta : "A ce propos, savez-vous que Freud, ce connard opportuniste, recevait ses patients en charentaises ?"
Je surpris Bernadette et Germaine s'échanger un regard entendu. Il va sans dire que je me gardai de dire que j'eusse préféré qu'en lieu et place de sabots, elles portassent de hautes cuissardes. Je serais allé à la messe plus souvent.

(A suivre.)

Joël Fauré

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12 août 2007 7 12 /08 /août /2007 11:50
La maison Verte et Grise redevient toute grise : mon père a fait arracher la vigne vierge, au motif qu'elle grimpait sur le toit et menaçait les tuiles.

"Je n'ai plus rien à me mettre".
La machine à coudre Singer (l'ami sincère) est devenue une pièce de musée. Elle se morfond dans le vieux poulailler. Je l'ai vue en activité, mue par ma mère, bonne couturière, bonne tricoteuse, respectueuse des patrons de "Modes et Travaux".
Où est cette période d'insouciance quand je me réfugiai dans les jupes de ma mère, quand quelqu'un "venait à la maison" et que je me cachais... ? Cette période où elle gardait des boutons et des fermetures-éclair dans des boîtes... (Ca peut toujours servir...)
Je n'ai plus personne à qui demander : "Qu'est-ce que je mets ? Dans quel état de santé sont mes slips ? Et mes chaussettes, elles sont trouées ?" Je ne l'entends plus me dire : "Tu as pris un mouchoir ?"
Les armoires sont pleines de vêtements. La femme de ma vie "fait une machine", fait sécher au grand air -ça sent la lavande-, repasse, plie... Je ne me pose pas de questions. Il aurait peut-être fallu...
Me revient en mémoire la fois où ma mère, "robot-ménager", a bravé la route, avec sa "Visa Citroën", pour m'apporter du linge propre, alors que j'étais en maison de santé...

Les armoires sont pleines, elles débordent, et elle dit : "Je n'ai plus rien à me mettre", comme un leitmotiv. "Je suis habillée comme une gitane." Sur une patère, je compte soixante-dix tabliers de tergal.

Rappel du complexe d'Oedipe.
Un petit rappel qui n'est pas inutile.
Oedipe. Mythologie Grecque. Fils de Laïos, roi de Thèbes, et de Jocaste. Laïos, averti par un oracle qu'il serait tué par son fils et que celui-ci épouserait sa mère, abandonna son enfant sur une montagne. Recueuilli par des bergers, Oedipe fut élevé par le roi de Corinthe. Devenu adulte, il se rendit à Delphes pour consulter l'oracle sur le mystère de sa naissance. En chemin, il se disputa avec un voyageur, qu'il tua : c'était Laïos. Aux portes de Thèbes, il sut résoudre l'énigme du sphinx, dont il débarrassa ainsi le pays ; en récompense, les Thébains le prirent pour roi, et il épousa la reine Jocaste, veuve de Laïos, sa propre mère, dont il eut deux fils : Etéocle et Polynice, et deux filles : Antigone et Ismène. Mais Oedipe découvrit le secret de sa naissance, son parricide et son inceste. Jocaste se pendit, et Oedipe se creva les yeux. Banni de Thèbes, il mena une vie errante, guidé par sa fille Antigone, et mourut près d'Athènes, à Colone. -
Le mythe d'Oedipe a notamment inspiré des tragédies à Sophocle, Sénèque, à Pierre Corneille.

Le syndrome de Stockholm.
Il est des bourreaux qui fournissent les vivres. Il est de gentils assassins à qui on ne peut vraiment pas en vouloir.
La femme de ma vie m'a couvé, surprotégé, étouffé, asphyxié.
En voulant me faire beaucoup de bien, elle m'a fait beaucoup de mal.
Ma mère m'a détenu en captivité, m'a retenu en otage. Elle a dicté toutes mes décisions, fait infléchir toutes mes résolutions, tué dans l'oeuf toutes mes propositions.
Ou bien elle n'en est pas rendu compte, ou bien elle n'a pas voulu l'admettre.
Si elle ne s'en est pas rendu compte, je lui pardonne les beaux dégâts.
Si elle n'a pas voulu l'admettre, au jour d'aujourd'hui, je lui pardonne aussi.
Elle a fait ce qu'elle a pu, là où elle était, avec ce qu'elle avait.

Je peux pas dire "maman".
Ca m'écorche les lèvres. Je ne sais pas pourquoi. J'ai dû dire "maman" quinze ou vingt fois dans ma vie.
Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman.  Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Maman. Mam 

Ca y est ! J'ai rattrapé le temps perdu.

(A suivre.)

Joël Fauré

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BILLET D'HUMEUR


IN CAUDA VENENUM ?


"Le Journal du dimanche" d'aujourd'hui :
"Vandalisme. Des milliers de livres saccagés lors d'un salon littéraire à l'abbaye de Lagrasse (Aude) "Autodafé dans les Corbières"

"La Dépêche du dimanche" d'aujourd'hui :
"Aude. Agression dans l'abbaye. Qui a saccagé les 6 000 livres du Banquet ?
Des inconnus ont déversé de l'huile de vidange et du gazole sur plusieurs milliers d'ouvrages, exposés dans le cadre d'une manifestation culturelle, le Banquet du Livre, qui se tient chaque année à l'abbaye de Lagrasse dans l'Aude. Cette année, le thème retenu -"La nuit sexuelle", d'après le prochain livre de Pascal Quignard- avait entretenu une polémique, certains milieux catholiques considérant qu'un tel thème n'avait pas sa place dans une abbaye..."

J'avais lu le "flyer" qui annonçait cette manifestation sur un présentoir. Je m'étais dit, -le rose au front de l'érotomane contrarié que je suis- : "Ils ont du courage. Si ma vieille carcasse me l'avait permis, j'y serais bien allé."
Le jeu social est un jeu érotique.
Au nom de tous les miens, cathos jusqu'à la moelle, et en mon nom, néo-catho, je dis aux vandales : "Vous êtes bêtes. Vous avez tout faux."
Par pitié, par "charité chrétienne", n'abimez-pas les livres.
"In cauda venenum ?" Le venin dans la queue ? Alors, oui, j'éjacule sans retenue sur l'image d'une sainte au beau visage. Parce que ça me fait bander, et que je n'y peux absolument rien. Et pour moi, ce n'est pas ça, un blasphème. Et, pour une fois, je n'ai pas peur ; vous savez, j'ai visité le musée de l'Inquisition à Carcassonne. A l'époque, il se trouvait près du musée de la bande dessinée...

Joël Fauré

Petite bibliographie sélective :

- Histoire d'O (Pauline Réage)
- L'image (Jeanne de Berg)
- Le fétichiste (Michel Tournier)
- Traité du fétichisme à l'usage des jeunes générations (Jean Streff)
- Carnets d'une soumise de Province (Caroline Lamarche)
- La chair de la passion (Une histoire de foi : la flagellation) Patrick Vandermeersch (Les éditions du Cerf) 2002 (J'ai trouvé ce livre -assez érudit je dois dire- dans une librairie religieuse.)
- L'annuaire des pages blanches (France Télécom)




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11 août 2007 6 11 /08 /août /2007 20:23
DERNIER AVIS AVANT POURSUITES

J'ai reçu ce jour, dans ma boîte aux lettres "physique", voisine de mon journal préféré, qui du coup, s'est caché sous son bandeau, cette aimable missive, venue de la "République Française", Ministère de l'Economiedesfinancesetdelindustrie, signée de "l'huissière" du Trésor Public Solange X(1) :
"Madame, Monsieur,
J'ai été chargé par le comptable désigné ci-dessus de SAISIR VOS MEUBLES
Vous êtes en effet redevable de la somme de 314,00 Euros
au titre de : Taxe d'habitation 2006
Ce montant correspondant à vos contributions et aux frais restés impayés à ce jour, malgré les rappels qui vous ont été faits.
A défaut de réglement au comptable, la SAISIE EFFECTIVE DE VOS BIENS MOBILIERS sera pratiquée, MEME EN VOTRE ABSENCE, Le 12/09/2007, matin, après-midi, dans les conditions prévues par l'article 21 de la loi n° 91-650 du 9 juillet 1991, avec le cas échéant, l'assistance d'un serrurier et en présence du maire de la commune, d'un conseiller municipal, ou d'un fonctionnaire municipal délégué par le maire à cette fin, d'une autorité de police ou de gendarmerie, requis pour assister au déroulement des opérations ou, à défaut de deux témoins majeurs qui ne sont ni au service du créancier, ni de l'huissier.
Les frais entraînés par cette opération seront à votre charge.
Je vous prie d'agréer, Madame, Monsieur, l'expression de mes salutations distinguées.
L'huissier du Trésor public

J'ai repondu ceci :
"Chère Solange (1)
Me permettez-vous de vous appeler Solange ? Votre doux prénom vient attiédir la froideur de la machine administrative.
A cet instant, j'imagine que vous êtes en train de penser : "Encore la lettre d'un fou !". Mais n'ayez crainte, si je suis fou effectivement, le chèque de 314
euros que vous me réclamez est bien là, joint. Il est encaissable immédiatement. (J'ai veillé à approvisionner le plus honnêtement possible mon compte au Crédit Agricole. 113 ans de confiance et de bons sens près de chez vous entre une banque et les hommes, ce n'est pas rien. Et puis, une relation durable, ça change la vie.)
Malgré les différents rappels, le "mauvais payeur" que je suis n'a pas payé sa taxe d'habitation qu'autrefois on appelait "taxe sur les ouvertures et fenêtres". (Côté rue, mes fenêtres, sans double vitrage, laissent passer le brouhaha et les verbes hauts que je supporte de moins en moins. Vous savez, je suis né à la campagne...
Côté cour, les murs en sont ridiculement pourvus.)
Côté meubles, vous auriez été fort déçue, et le serrurier vous accompagnant aurait ri sous cape. Oui, je reconnais que ma "boîte d'allumettes" manque cruellement de fauteuils Voltaire et de commodes Louis XV et I font XVI.
Je ne voudrais pas clore cette lettre, que vous montrerez en souriant à vos collègues ou que vous transformerez en origami, sans tenter de donner une explication à mon "retard".
Je suis atteint d'un mal étrange, insensé et cruel : les troubles obsessionnels compulsifs. Cette pathologie mentale se traduit de plusieurs manières : gestes répétitifs, ruminations mentales, évitements et procrastination. Ma fatigue psychique et physique font que j'ai abandonné le luxe de rentrer dans les détails. Vous pourrez vous informer sur Internet.
Sachez simplement que ma vie a été annihilée par cette "saloperie" (Il n'y a pas d'autres mots.)
Tous les gestes anodins sont pasasités par des compulsions, avec à la clef une angoisse majeure.
Ainsi, me concernant, ouvrir et fermer une enveloppe -y compris celles du Trésor public- relèvent de l'effort surhumain.
Mais hauts les coeurs ! Tout rentre dans l'ordre cette fois-ci encore.
Un grand compositeur, Eric Satië pour ne pas le nommer, connaissait ce même tourment, et à sa mort, on a découvert des centaines de lettres non-ouvertes dans son piano.
Un humoriste -je crois que c'était Georges Courteline- avait pris l'habitude pour régler ses nombreuses dettes, de noter le nom de ses créanciers sur un petit papier qu'il plaçait dans un chapeau. Il remuait, tirait au sort un papier, payait l'heureux bénéficiaire, puis envoyait un courrier aux autres : "Je suis vraiment désolé, mais le tirage au sort ne vous a pas désigné pour le remboursement de la somme que je vous dois. Vous pourrez cependant participer au prochain tirage."
Je vous prie, Madame, de croire en l'expression de mes respectueuses salutations.

Joël Fauré.

P.S. : Je relaterai, avec humour bien sûr -il faut faire en sorte de ne jamais s'en départir- cette "mésaventure" qui vient se rajouter à la longue liste des avatars financiers provoqués et compliqués par les TOC,  sur mon blog.
Je vous invite à venir le visiter :
http://a-propos-de-bottes.over-blog.fr/

(1) Le prénom a été modifié.

JF


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11 août 2007 6 11 /08 /août /2007 11:50
Kaline et Wolf.
Kaline est un petit chien blanc, un loulou de Poméranie. Je me souviens de son arrivée dans la Maison Grise. C'était un soir, après l'école. Sa mère, c'était "Belle" ; elle appartenait à madame Rogriguez mère, des "Luquets". Ma mère, qui ne pouvait plus me donner une petite soeur, a pensé à un animal. Je me souviens de ce vétérinaire, il s'appelait "Lacaze," qui a dit, après l'avoir vaccinée : "On va écrire Kaline avec un "k", ça sortira de l'ordinaire, ça fera plus racé..."
Wolf est un gros chien-loup noir. Son père, c'était Flip, et sa mère Sita. Comment mon père, germanophobe convaincu (il avait ses raisons, la guerre, le STO..., mais j'y reviendrai dans mon prochain livre "L'homme de ma vie") a-t-il laissé passer ce nom ? Wolf, c'est le loup en allemand... Et si "les loups sont entrés dans Paris" comme le chante Reggiani, ils sont aussi entrés dans "Buzet-la-Forêt" et dans la vie de mon père...
Sur Kaline, vraiment très câline, presque Karine, je pourrais en écrire des phrases. Fétichiste de tout, j'ai gardé le récipient dans lequel elle buvait (c'était un vieux pot de confiture.) Elle dormait dans la cuisine, sous une très vieille table en bois charançonnée, juste sous le tiroir où je commençais à garder les images du chocolat "Poulain". Un jour, j'écrirai aussi un livre sur elle. Quand elle était "d'humeur", elle draguait Wolf. Je lui tendais la jambe et elle se livrait au simulacre de la reproduction. Wolf et elle ont bien "essayé", mais qu'est-ce que ça aurait donné ? Du gris ?
Kaline et Wolf étaient mes meilleurs amis.

Ephémérides.
Samedi 23 février 1985 : Amené Kaline chez le vétérinaire sourde et aveugle. Stop : âge 17 ans. Septembre 1968 - Février 1985.
Lundi 22 avril 1985 : Amené Wolf chez le vétérinaire. Impossible guérir. Stop : 11 ans. Novembre 1973 - Avril 1985.

Kaline et Wolf sont enterrés dans le petit jardin, près du vieux poulailler. Il n'y a pas de sépulture. Mais dans ma tête et mon coeur, je pense souvent à eux. Je vous aime encore, Madame. Je vous aime encore, Monsieur.

Ma mère ne m'a pas vu grandir.
Je n'ai pas vu vieillir ma mère.
Nous nous aveuglions mutuellement.
Et puis un jour, nous avons recouvré la vue.
Pour devenir aveugles aussitôt.

(A suivre)

Joël Fauré


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10 août 2007 5 10 /08 /août /2007 21:20

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Cliché Pietro Ferralis


"Les Luquets : cinquante feux à tout casser..."

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10 août 2007 5 10 /08 /août /2007 19:25
A Maria Da Silva,
avec mes rires.


L'âme du hameau.
"Les Luquets" : cinquante feux à tout casser et deux ou trois familles dont les enfants se sont mariés entre eux. L'existant existe près du préexistant. Du charme discret de la campagne, le garçonnet que je fus se souvient, tel un Perrec mal équarri, de deux ou trois "Madeleine", d'un marronnier, d'un ruisseau d'eau claire qui le traverse, et de quelques pierres, qui étaient vieilles déjà, et de certaines figures, de même état et composition. Ai usé du charme et du marronnier -à preuve ces présentes lignes qu'approuve la femme de ma vie-. En veux restituer la mémoire, non pour en fixer les limites, mais partager le bassin des souvenirs.
En fait, le ruisseau d'eau claire ne traverse pas : il longe, lèche le mur de la vieille école, cube parfait, coule sous un petit pont, fait du coude au lavoir avec qui il n'a jamais mêlé ses eaux. Un bateau "Bonux" s'y est échoué, jadis, l'année du cours moyen 2, et son épave doit dormir là, au fond du lit.
Qui le renflouerait aujourd'hui ? Et pourquoi ?
Je compte un pigeonnier ; je retiens deux étables, plusieurs jardins. Je ne voudrais pas que ces jardins de curés deviennent des jardins de banlieue. Qu'on laisse encore un peu de temps au garçonnet pour qu'il reste serein, face à la démographie galopante. Déjà qu'il a dû lâcher sa maison...
L'anxieux et délicat Marcel Proust attache de l'importance à ce qui ne s'appelait pas encore "remembrement" et "plan d'occupation des sols" : "Je me souviens de la ferme qui est un peu éloignée des suivantes serrées l'une contre l'autre..."
En occitan, un "luquet" est une allumette, un lumignon, un petit bout de chandelle, la petite flamme d'une veilleuse. "Les Luquets" est l'un des hameaux les plus proches de "Buzet-la-Forêt", où le bois est disponible à volonté pour allumer les luquets !
Mais le garçonnet se souvient davantage de son copain d'enfance Eric Barbe. Le calendrier les a fait naître à quelques jours et à quelques centimètres d'intervalle. Ca crée des liens... Les jeux et les ris, les découvertes, tout est là, intact. Les samedis soirs de "baloche" où nous essayâmes nos pieds et essuyâmes quelques échecs. Les personnages du théâtre intime sont plus que jamais dessinés dans leurs traits. Eric ne jurait que par "Télé Poche" ; le garçonnet par "Télé 7 jours". Nous assistions à la même messe mais nous n'avions pas le même missel.
Le recul de la vie idéalise le passé.
Pendant que Pierrot, le père d'Eric, fourbissait ses tubes et ses tuyaux dans sa "4L", Fabrou, Marcou, Mauriçou, Louis de Poulitou, la Bébène, Pipe-Lune et Auriol vaquaient à leurs occupations.
La croix des rogations, la motte fortifiée (appelée aussi tumulus), et la boîte aux lettres jaune -Ne jeter dans cette boite ni journaux ni imprimés-, mais aussi la cabine téléphonique en dur près de laquelle ma mère, mon père et ma tante se firent prendre en photo -je vous montrerais la photo si vous voulez- ; cabine dont la clef était, je me répète, confiée à celles et ceux qui voulaient vraiment téléphoner ; tels étaient les reliefs qui unissaient hier à aujourd'hui. L'exotisme n'était apporté que par acheminement postal des filatures du Nord du Pays. Le sel et le sucre par l'épicier itinérant.
Par delà les prairies paquerettisées, des pintades criaillaient. Eric et moi tombions d'accord pour acheter "Puf-Gadget". Le sapin du Grand-Nord, offert et mis en terre en 1975, est aujourd'hui le reflet végétal de quadragénaires nostalgiques.
Vinrent du Portugal la brune et jolie Fatima et le si sympathique Manuel. La si bonne Maria, qui s'est tant démenée pour ma mère, et le si farceur Belmiro.
L'Europe, déjà...
Quant à Fabiola, venue de la Botte, elle s'entêtait à dire : "Je vais à les luquets" malgré qu'on lui eût dit qu'il était mieux de dire : "Je vais aux Luquets".
Le château de "Laurentie" garde ses secrets dans son parc où le garçonnet croit avoir aperçu une ombre fantastique, un jour. Son grand-père aurait prêté main forte lors de sa construction. Mais ça, c'est une autre histoire. Il tient ça de son père. Il ne sait pas tout des choses qui l'entourent : la chapelle est-elle belle ? Il se dit que oui.
Autour, dans le vert, le hameau est paisible. Quand le vert rejoint le bleu, quand la nuit a des envies d'orange, vers les feux de la saint-Jean, tout s'allume bien vite : il suffit d'allumer des "luquets" !

Ma mère connaît du beau linge.
Jane Durin, directrice des relations clientes de "La Redoute", Paule Duban-Dardenne, chargée de la remise des Grands Prix chez "Damart", Xavière Tot, attachée aux clientes privilégiées de chez "Vert Baudet", Paul-Louis Cressan, détaché auprès des Bonnes Affaires des "Trois Suisses", Jean de Castillac, rattaché à la désignation de la Grande Loterie chez "Edmée de Roubaix"... Toutes, tous lui écrivent personnellement.

(A suivre)

Joël Fauré

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Brèves :


"LA FILLE COUPEE EN DEUX" :
Ludivine Sagnier se fait presque "scier".

"Libé" n
'a pas aimé tant que ça : "Son [Claude Chabrol] dernier film n'apporte pas grand chose à l'ensemble de son oeuvre" et a titré : "La fille coupée en deux", mal taillée". "Le Monde" a aimé et le dit. "Le JDD" de dimanche a retenu : "Quand, aux pieds de Berléand, elle [Ludivine] se balade à quatre pattes, le postérieur garni d'une plume."
Avec Claude Chabrol, qui n'est pas vraiment un débutant, on peut se permettre d'avoir la dent dure.
A propos de dents, celles de la scie qui clôt le film -comment ça, j'en ai trop dit ?- sont censées parfaire l'idée directrice du film : une jeune et jolie femme ambitieuse, présentatrice de la météo sur une chaîne de télévision locale (Gabrielle Deneige dans le film !) est partagée entre deux hommes pas simples : un écrivain réputé, cynique et pervers qui s'appelle Charles Denier (ou Deniens -ma voisine de rangée a fait du bruit quand son nom a été prononcé-) et se fait appeler Charles Saint-Denis, et un jeune fils à papa psychopathe, nommé Gaudens (pourquoi ne se fait-il pas appeler Saint-Gaudens ?)
Inspirée d'un fait-divers authentique, cette "fille coupée en deux" s'inscrit dans la thématique chère à Chabrol, les sentiments ambigüs, les triangles conflictuels et passionnels et la disparité des classes sociales.
Je n'ai pu m'empêcher de rapprocher ce film d' Imposture, de Patrick Bouchitey. Pourquoi diantre les écrivains d'un certain âge sont-ils caricaturés de la sorte, affublés de tous les vices, buveurs, fumeurs, coureurs de jupons, pervers ? Parce qu'ils le sont dans la réalité ? Alors, c'est ce que je vais devenir ? Bon, j'envoie un courriel à la jolie blondinette qui présente la météo sur "Télé Toulouse". Je lui demande qu'elle est sa pointure et je lui achète une paire de cuissardes.

*

Si le coeur a ses raisons que la raison ne connaît pas,
le cerveau est un petit malin...

Sleon une édtue de l'Uvinertisé de Cmabrigde, l'odrre des ltteers dans un mot n'a pas d'ipmrotncae, la suele coshe ipmortnate est que la pmierère et la drenèire soeint à la bnnoe pclae. Le rsete puet êrte dans un dsérorde ttoal et vuos puoevz lrie snas porlbmèe.
C'est prace que le creaveu hmauin ne lit pas chuaqe ltetre elle-mmêe, mias le mot cmome un tuot.
La peruve...
Bnnoe lcterue de mon bolg... a pproos de btteos.

JF


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9 août 2007 4 09 /08 /août /2007 19:56
Une rencontre...

J'ai mangé sans manière avec Ferrat et Aragon au "Flunch centre-ville". Nos trois têtes retrouvées, nos trois corps imbéciles, nos trois cerveaux comme des noix ; nous étions là, Ferrat, Aragon et moi, dans un coin à l'abri des obus, les lèvres molles, ne sachant que dire...
Et le vin vint. Rosé de treille. Et mes lèvres se bandèrent. Et je les saoulais de toi. Et ils sourirent. Ils me dirent qu'ils te connaissaient...
Ils firent un signe discret à un homme que je ne soupçonnais pas. Il s'approcha. Il était aussi corpulent qu'un continent. C'était Alfred Hitccock. En personne !
Je le saluai. Je lui dit : "Vous avez bien fait de faire des avances à Tippi Hedren dans "Pas de printemps pour Marnie", mais je ne sais toujours pas si vous préférez les brunes ou les blondes ?"
Ferrat et Aragon se mirent à rire.
Hitch me répondit : "Yes, beautiful women. But, you can see Camille... A drink, please..."
C'est merveilleux d'aimer.

JF


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9 août 2007 4 09 /08 /août /2007 18:12
A toutes les "A" de la Terre.

Ephémérides.
Vendredi 18 avril 1980 : Installation du téléphone.

Téléphone !
Je crois que le temps est venu que je donne moins d'importance au téléphone. J'attends d'une minute à l'autre de mauvaises nouvelles de la femme de ma vie. Dès maintenant, je vais le poser sur "Le Petit Robert" ou "Le Grand Albert", lui donner une assise moins moelleuse, une situation moins léonine. Je ne réponds presque plus en direct ; je laisse la technologie moderne enregistrer les éventuels messages de mes correspondants. Et c'est moi qui rappelle.
Savez-vous que c'est le Muretain Clément Ader qui a installé le premier téléphone à l'Elysée ?
Chez nous, à la campagne, il a fallu attendre 1980 pour qu'on nous l'installât. Jusqu'alors, nous n'avions de voix au chapitre que de façon très limitée, et, le plus souvent, nous fermions notre gueule devant ceux qui parlaient plus fort.
Le téléphone avait quatre murs et un toit ; c'était une cabine de béton, avec une porte-vitrée, posée en haut de la place du hameau des "Luquets", juste ne vis-à-vis du lavoir. Pour y accéder, il fallait demander la clef à "Barbe" ou à "Fabre".
Quand je pense "téléphone", je vois la couleur noire, puis grise. C'est associé à l'appareil. Je vois quelque chose de gros et de gris, posé dans un lieu investi d'un vertigineux pouvoir. Téléphoner, c'était une action pas anodine du tout, mais justifiée. C'était pour annoncer ou entendre une grosse nouvelle, mauvaise de préférence.
J'ai mis du temps à réaliser que les "Postes et Télécommunications" historiques n'ont plus le monopole. Que la Terre n'est plus à Dieu ?
Le téléphone est un objet magique certes. Je l'ai connu à cadran. Il fallait glisser un index dans un trou, jouer à la loterie dans un bruit de crécelle. Ca prenait du temps, même s'il n'y avait que six numéros. L'écouteur, dans son logement, était un espion autorisé par le Gouvernement, breveté par les Postes. Puis sont venues les premières touches. Une simple pression sur un clavier, sur des touches disposées en rectangle, renouvelée un nombre croissant de fois conduisait ailleurs.
Les mots passent-ils dans des tubes, des fils ou des tuyaux ?
La cabine du hameau des "Luquets" a été détruite. Il y a un abri-bus à la place. C'est moindre mal.
Hier, le téléphone avait quatre murs et un toit ; il était assujetti par un corset de contraintes ; aujourd'hui, il est au fond de la poche, et il se déplace quand vous vous déplacez.
L'appareil agressif qui faisait sursauter ma mère chaque fois qu'il sonnait me fait sursauter à mon tour. Je suis vexé comme un pou quand je n'ai pas d'appel ("Personne ne pense à moi, je suis atteint d'abandonnite aiguë.") ; je suis excédé quand j'en ai trop. (On ne peut pas me lâcher ? M'oublier ?)
Je passe des heures entières à attendre un appel qui ne vient pas. Déçu, je sors de chez moi. La première personne que je croise, parce que quelqu'un l'appelle, dégaine son portable qui fait aussi des photos regardables immédiatement.
A Bessières, quand ma mère apportait des pellicules chez "Turroques", il fallait attendre une bonne semaine avant le développement.

Le système "M".
Avec "le système M" comme Maman, il ne faut pas user, il ne faut pas gêner ; il faut voter à droite parce qu'on va à l'église le jour de Pâques et de Noël ; il faut aller se confesser, même si on n'a rien à se reprocher ; il ne faut pas manger de viande le mercredi des Cendres et le vendredi Saint ; il ne faut pas resservir un deuxième apéritif à monsieur Jurétig ; ce n'est pas la peine de prendre une douche tous les jours, et, si on la prend, il ne faut pas mouiller le tapis de bain ; il ne faut froisser personne ; il faut acheter un appareil ménager ici et non pas là, sinon "qui c'est qui viendra le réparer ?" ; il ne faut pas jeter l'argent par la fenêtre ("Regarde où tu le passes !") ; il faut faire sa prière, tous les soirs, avant de s'endormir ; il faut avoir peur de la "popoye", qui viendra la nuit me chercher, et des poux, qui m'emmèneront jusqu'à la rivière "Tarn" ; il ne faut pas oublier de ramener des pilchards d'Unico ; il ne faut pas arriver un tout petit peu en retard, mais longtemps à l'avance (le quart-d'heure toulousain a trouvé son antonyme, les trois-quarts d'heure aveyronnais) ; il est hors de question que je "prenne" un appartement, il faut...

Le "moi" est haïssable. Mais le haïssable est une énergie. Donc, le "moi" est une énergie.
Le "je" a ses règles.

(A suivre.)

Joël Fauré


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8 août 2007 3 08 /08 /août /2007 21:35
Sur la route.
Une voiture est indispensable à la campagne Pour ma mère comme pour moi, ce fut un instrument pour s'échapper d'un univers figé et étriqué. Nous étions en butte à une équation difficile à résoudre : dans une voiture, il y a trois pédales et nous n'avions que deux pieds. Ma mère a passé son permis de conduire à 54 ans, qu'elle a obtenu avec succés en 1982. Moi en 81. Un troisième pied a dû nous pousser dans ces années-là...
J'ai acheté une antédiluvienne "4L" couleur lie de vin, et ma mère une "Renault 6" crème caramel. Nous n'avons pas frimé grâce à nos chromes et nos calandres. Nos automobiles, aussi gourmandes en huile qu'en essence, nous ont plus souvent conduit aux portes des garages qu'à celles des stations balnéaires. Suivirent, suivant usure, et par fidélité à "la marque au losange" -mère et fils confondus- :  une autre "4L" bleu délavé, une autre "R6" crème renversée, une "R5" crème brûlée, une "R12" bleu nuit. Seule infidélité, une échappée vers "la marque aux chevrons", avec une "Visa".
"- Tu as fait la vidange ?
- Tu as mis de l'antigel ?
- Tu as changé les pneus ?
- Tu as pensé à acheter la vignette ? (Ramadier)
- Tu as payé l'assurance ?
- Tu as mis de l'essence ?
- Tu as bien éteint les phares ? (La batterie est en danger, allons enfants de la batterie.)
- Tu l'as bien fermée ?
- Tu as rentré la voiture ?
- Mets ta ceinture (Mais "elle", elle ne la "mettait" pas !)
- Tu auras une amende !
- Tu as toujours le cul sur la voiture !
- Combien il t'a fait payer la révision, Gomez ?"
me disait maman.
Noyé, étouffé, enseveli sous les questions, je préférai ne pas répondre.
"Toi, si tu fais quelque chose de bon dans ta vie, j'irai le dire loin." Elle n'a pas eu à se déplacer. Cette phrase aurait été la phrase-verrou d'un dialogue qui aurait évité bien des dégâts...

Création d'un improbable langage.
Je m'étais inventé, devant le constat d'incommunicabilité avec la parentèle, une sorte de "langage espéranto" à base de patois et d'espagnol, mâtiné d'anglais, langage seul compris de ma mère. "Crouch crouch" était le joker. C'était mon "schtroumpf" à moi. Je déformais les mots, les malaxais, les triturais... "Plao i tio o plao i tipao ?" (Il pleut ou il ne pleut pas ?) "Vamonos en la calle de Alcalà. (Rendons-nous rue de Alcala ?!) disais-je, en montant dans la voiture. Avec la voiture, j'allais faire "un tournant" ou "un tourniquet", c'est-à-dire une petite virée, une balade. "Y a pas digus ?" (Il n'y a personne ?) demandais-je avant de tourner à droite ou à gauche. "Romén zaco" altération de l'occitan "Au mens aquo" (Au moins ça.) voulait dire que, hein ? "ça", il ne fallait surtout pas l'oublier... Des expressions toutes faites, venues d'on ne sait où, allant on ne sait vers quoi : "Hier, il pleuvait" ; "Youpito égale 4" ; "Ce stylo, Madame Labranque, elle avait le même."  "Sûr et certain et impétrin...".
Notre voisin s'appelait Monsieur Jurétig. Avec un "g" final. Je l'appelai "Monsieur Jurétigateau".
Un personnage récurrent, inventé de toutes pièces, pourrait éventuellement devenir un héros de papier et de littérature : "Bobby Randeconeux". Là encore, j'avais forgé ce nom, grâce à un souvenir marquant d'un cours d'anglais, où l'expression "around the corner" m'avait bien plu. J'avais bombardé ce personnage régisseur d'une utopique tournée artistique qui n'existait que dans ma tête. Et quand ma mère se lamentait : "Mais qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour avoir un enfant pas comme les autres ?", je répondais : "Crouch crouch."

(A suivre.)

Joël Fauré



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7 août 2007 2 07 /08 /août /2007 19:51
Rendez-vous avec le hasard.
Quel est ce vent doux et frais qui parvient à mes narines quand je veux évoquer nos agréments de fin de semaine, quand je "sortais" avec ma mère ? Quand nous sortions de ces salles vite construites, et qui servent à tout, dans les villages, mais surtout à une manifestation qui ne fait appel ni à l'intellect d'une conférence, ni aux jambes d'un bal : je veux parler des lotos. Parfois appelés "quines" ou "rifles"... Si vous saviez combien nous en avons suivis, de ces rassemblements statiques, autour d'une table, les yeux rivés sur des cartons aux cases numérotées, à recouvrir d'un grain de maïs, au bon gré d'un tirage, pour gagner un canard grrrrrrrrrras ou un filet garni.
C'était, entre vingt-et-une heures et minuit, le vendredi ou le samedi, une grand'messe à laquelle nous avons souvent assisté.
"La Dépêche du Midi", dans des encadrés racoleurs, nous invitait au loto de la chasse, du rugby, du 3e âge, et nous promettait des lots magnifiques. Ce que nous gagnions surtout, c'était la sortie, juste après le droit d'être connu.
Oui, les lotos, c'est toute une époque ; les chiffres et les nombres des sources inépuisables de commentaires ; les grains faisant office de jetons des champs entiers de maïs...
Mais ces soirées hautement exaltantes nous allaient bien... Il n'y avait rien à dire si ce n'est : " 22 : les flics. 33 : Docteur. Un tout seul. 13 : Thérèse. 20 : sans eau. 90 : le papet." Et je passe sur certaines allusions...
De la grande littérature !
La vie nous faisait son numéro, et quand il n'en manquait qu'un pour que la chance, sous l'aspect d'une moitié de cochon, devint mon entière propriété, je sentais mon coeur battre très vite, parce qu'il faudrait crier, se manifester, et ça, ma mère m'avait bien dit que ce n'était pas très décent de le faire... Alors , je lui disais en tremblant : "Il m'en manque un... C'est bien à quine qu'on joue ?" Et quelqu'un d'autre criait, gueulait, hurlait... Alors, alors seulement, je retrouvai mon calme quand le meneur de jeu annonçait : Vous pouvez démarquer."
Ma mère avait son chiffre-fétiche : le 21. Ce soir-là, je vis un bon ange généreux -oui, un ange souffleur bonnes joues, aux contours beaucoup plus précis qu'il me semble voir les vôtres- se courber sur ses épaules pour regarder ses cartons. Je peux attester qu'il influa sur le destin. Par deux fois, le "21" sortit, et par deux fois ma mère, pas médiatique pour un sou, se retrouva à la tête de deux télévisions. Carton plein ! Enfin ! La grille des programmmes allait peut-être changer...

Ephémérides.
Samedi 8 février 1992 : Allés au loto à Cépet avec Joël et Mme Z. gagné deux téléviseurs portables échangé un pour mini-chaîne HI-FI.
Jeudi 27 octobre 1994 : TF1 est venu filmer Joël pour émission sur les tocs 37,5° le soir le 9 novembre 22 h 55. 4 heures de tournage.

Bonne fête maman.
Quel exercice difficile que de souhaiter une "bonne fête maman" à sa maman, dès les bancs de la primaire désertés. Je me voyais mal écrire ou téléphoner à Madame Labranque, pour lui demander si elle n'avait pas sous le coude un petit poème, ou s'il ne lui restait pas quelques godets de peinture à l'eau pour enjoliver un oeufrier en plâtre.
On se débrouille comme on peut. J'ai souvent offert des abonnements à des revues. Ainsi, la fête dure plus longtemps...
Quand au choix de la carte, c'est pas un cadeau !
Cette année-là, j'en trouve une où deux petits enfants en culottes courtes, -la petite fille tenant un bouquet de fleurs, le petit garçon un râteau ; en léger relief sur bristol- m'assistent dans l'offrande. Dans un style voulu très ampoulé, et impersonnel non-voulu -encore des impuissances à dire "maman" à ma mère- je rédige à la machine à écrire (achetée à "Mammouth" 3.000 francs) le texte suivant :

Mai 1991

Petite dissertation sans fondement véritable.
Il est urgent de reconnaître et d'avouer la banalité -j'allais écrire la médiocrité- des cartes imprimées à la hâte pour célébrer les nobles et augustes statuts des "génitrices", en d'autres termes plus prosaïques, des "MERES" communes, si éprouvées ou si joyeuses selon le cas ; déesses démiurges qui enfantent sur l'autel des Parques qui, à leur tour, vont tisser la toile du temps.
Oui vraiment, et j'en devisais récemment avec la marchande de ce présent carton, les concepteurs font montre d'une affligeante unité "kitch", destinée à satisfaire plus qu'à plaire au plus grand nombre.
Mais gardons-nous de condamner quand il s'agit des choses si simples dans leur complication. J'ai finalement opté pour ces innocents et purs jardiniers (secrets, sans doute) qui se rient des futilités économiques et démographiques. Je voudrais en toute simplicité, et très loin, derrière cette façade qui nous abrite ou qui empêche de nous comprendre écrire cette formule que je crois capable d'être honnête : "BONNE FETE MAMAN".

Et je rajoute à la main :

"P.S. : J'ai tapé ce texte à la machine car la difficulté à me lire m'a été souvent rapportée."

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves :

Achille Talon a encore de la famille.

Je pensais l'avoir oublié. Je pensais qu'"il" n'avait eu aucune influence sur moi. J'avais feint de l'oublier, pour rentrer dans le moule des "paupérisés du vocabulaire", "des atrophiés du langage". Je me trompais. Il a suffi d'un regard sur la vitrine de la "bédéthèque" juste en bas de chez moi pour qu'"il" se rappelle à mon bon souvenir.
"Il" ? "Achille Talon", héros de bande dessinée, né sous le crayon de Greg.
Achille Talon et son langage torrentiel et emphatique, affublé de son voisin Hilarion Lefuneste, de son bon papa et de sa bonne maman à lui. Je n'aurais jamais dû oublier si vite que je possédais, en bas de ma bibliothèque la collection complète de ce héros que je suis presque devenu :  un quadragénaire ventripotent, suffisant, pompeux, mais aussi lâche et poltron. Mais que feraient bien de lire les moins de trente ans, histoire de faire office d'airbag à ces monstrueux accidents de parcours que sont les SMS, verlan et autres d'apocalyptiques acopopes.
Les albums d'Achille Talon, tout comme les volumes de la bibiothèque rose et verte que je n'ai plus honte de montrer, se sont enrichis le mois dernier d'un tout nouvel opuscule "Achille Talon grève l'écran", et ce malgré la disparition de Greg.

Veys et Mosqui, que je n'ai pas l'honneur de connaître redonnent souffle et vie à l'ami Achille, et toujours bien sûr aux éditions Dargaud.

J'ai retrouvé dans mes archives une lettre des éditions Dargaud, qui date d'octobre 1983. Il semble qu'à l'époque, ma folie me poussait déjà à écrire aux auteurs.
La lettre dit ceci :
"Nous accusons réception de votre courrier du 18 septembre et vous remercions de l'intérêt que vous portez à nos productions et plus particulièrement à ACHILLE TALON.
Il ne nous est malheureusement pas possible de vous mettre en rapport avec Monsieur GREG, qui depuis un an déjà dirige notre filiale américaine ; cependant, nous pouvons lui faire parvenir votre courrier.
Vous remerciant encore de votre fidélité,
Nous vous prions de croire, Monsieur, en l'assurance de nos sentiments les meilleurs.
Le Secrétariat Littéraire."

Je n'ai rien retrouvé d'autre.

JF





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