1 août 2007 3 01 /08 /août /2007 16:37
L'ARGENT N'A PAS D'ODEUR MAIS LES LIVRES OUI.


Si j'avais été Clémenceau, je n'aurais jamais prononcé cette phrase idiote :  "Une phrase doit comporter un sujet, un verbe et un complément direct. Pour les compléments indirects, venir me voir..." Je trouve que cette phrase est un "tue-littérature".Je n'arrive pas à la comprendre.
Si j'étais patron d'un journal moi, je laisserai carte blanche à mes reporters. Et ça donnerait quelque chose comme ça :

Coimbra (Portugal) - De notre envoyée spéciale Camille C.
Visiter l'Université de Coimbra est un enchantement des yeux et de l'esprit. Du nez aussi. Les livres ont une odeur... La bibliothèque n'est pas grande, tout en hauteur. 
(NDLR : ça; c'est de Camille, ce qui suit, c'est "pompé" sur l'une de ces feuilles photocopiées dans toutes les langues que l'on trouve dans les lieux publics... chut...) "Tous ces exemplaires sont dans un excellent état, l'édifice constituant un réceptacle parfait et dont l'atmosphère est absolument stable, tout au long de l'année, en été comme en hiver. L'édifice a en effet été conçu pour être une "maison de livres", protégée par des murs de 2 mètres 11 de largeur. La porte de ce véritable "coffre" est faite en bois de tek, ce qui assure une température constante de 18 à 20°. Pour préserver la stabilité de l'atmosphère, les niveaux d'humidité relative sont maintenus dans les 60 %, ce qui est possible grâce aux lambris qui revêtent les murs. Les livres, par ailleurs, ne craignent pas seulement les écarts de température et d'humidité mais également les insectes "papirophages". Pour résister à ce dernier ennemi, les étagères ont été faites en chêne, matériau qui, en plus de son extraordinaire densité obstacle à la pénétration, dégage une odeur qui repousse les insectes. Les livres comptent encore un autre allié dans ce combat quotidien contre la dégradation, une colonie de chauve-souris, habitant ce sanctuaire de livres, défend les volumes contre les insectes. Il va de soi que la présence de ces petits mammifères requiert des soins supplémentaires pour protéger le bois précieux des superbes tables contre leurs déjections. Un employé les recouvre tous les soirs de housses de cuir et tous les matins procède au nettoyage des salles.
(NDLR : la suite est de Camille.) J'ai levé les yeux et j'ai vraiment cherché à apercevoir une chauve-souris suspendue à un vieux dictionnaire, pourtant, ce n'est pas un gag, c'est inédit, tout simplement.
Note Interne : Il est possible que les pipistrelles ne sortent que la nuit, et, comme il paraît que ce sont des animaux timides, peut-être vont-elles se réfugier, les jours de grande affluence touristiques, entre les pages d'un roman ?

Si j'étais redacteur en chef d'un journal, j'ajouterais un petit "encadré", deux ou trois choses qui se lisent vite.
Leur bibliothèque...
"Un vieillard qui meurt est une bibliothèque qui brûle" dit un proverbe Africain. Plus près de nous, l'Académicien Toulousain José Cabanis disait que "chacune de ses peines avait été soulagée par la contemplation de ses rayonnages". Un peu plus loin, le Bordelais Montaigne -qui fut longtemps abonné à notre titre et qui y signa de splendides esssais- se fit construire une tour pour vivre au milieu de ses amis silencieux. Enfin, de derrière les Pyrénées, Michel Del Castillo renchérit : "Tant que je pourrai voyager autour de ma bibliothèque, je ne me sentirai jamais tout à fait désespéré."

Jo. Fa.


Bon  à tirer.


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1 août 2007 3 01 /08 /août /2007 11:49
La forêt de Buzet.
La forêt de Buzet s'étale comme la chevelure d'une jolie dame. Elle sent bon en toutes saisons. La pluie lave ses mèches. Le soleil moire ses houppiers. Le givre la laque. Le vent la fait frétiller et le temps teinte ses bouclettes.
Connaissez-vous la légende de la forêt de Buzet ?
Savez-vous que toutes les nuits de vent et de pluie, le vocabulaire de la forêt se donne rendez-vous pour s'amuser à construire des phrases ?
Il y a là de mots très simples comme "arbre, feuille, fougère, clairière, lierre, mousse, champignon."
Des mots plus compliqués comme "chêne sessile, chouette effraie, orée, houppier, tan, regros..."
Et enfin des mots très savants comme "sylve, saboté, sente, lai, chablis, futaie, aubier..."
Ils écrivent un Grand Livre qu'ils tiennent caché, et qu'ils mettront seulement à la disposition du Monde lorsqu'il sera terminé. Je leur ai promis de ne pas leur porter ombrage, avec l'ouvrage que vous avez entre les yeux...
Nul ne sait où est sa cachette, pas plus que nul ne sait où cette Société Secrète se réunit.
Et ce n'est pas faute d'avoir essayé de l'approcher, de la domestiquer.
Amis, voulez-vous vous bien chausser, vous bien couvrir, et venir avec moi à la recherche du Grand-Livre, et des choses écrites de la dernière pluie ?

Une nuit, alors que, longeant la forêt, je rentrai chez moi, j'entendis soudain des sanglots. Je m'approchai et je vis un sentier battu qui pleurait à chaudes larmes.
" - Nous n'avons pas la chance de la forêt de Brocéliande, se lamentait-il, avec ses riches heures et ses pittoresques personnages. Nous n'avons pas la célébrité de la forêt de Sherwood, avec Robin des Bois."
J'entendis quelqu'un répondre, que je ne voyais pas :
"- Il nous faut inventer notre propre histoire... Ce n'est pas par ce que nous dirons et nous ferons que nous aurons... Mais ce que nous écrirons sera notre vrai Trésor."

Et ainsi, ils se mirent à travailler...
Et c'est alors que je vis arriver des éperviers, des faucons hobereaux, des circaètes, des gypaètes barbus, des aigles bottés, des busards et des fauvettes venus des coupes, des pics et des pies grièches écorcheuses, de la périphérie ; et des pipits rousseline, des hibous majeurs ducs, des chouettes milan noir et des engoulevents.

Je racontait mon histoire fabuleuse à ma mère. Elle me répondis : "Mais où est-ce que tu vas chercher tout ça ?"

Quand Jeannette vivait dans la forêt...
Si vous consultez une carte de l'Institut Géographique National, vous constaterez que la périphrase de "poumon vert" est vraiment le terme ad hoc pour la forêt de Buzet. Comparez-là avec les planches anatomiques du "Petit Larousse Illustré". Les formes dont identiques.
S'il est une autre histoire, amis, que je dois vous conter, s'il est un autre personnage que je dois dessiner, dans ce petit livre consacré à ma mère, c'est bien ceux qui suivent. Ils auront du mal à contenir dans ces fragments éclatés, ces pièces de puzzle avec leurs contours si tourmentés.
Le lieu, je l'ai : c'est la forêt.
Quel vertige me saisit soudain, quand je veux écrire fort mais mesuré, tant la matière abonde et que je la veux maîtriser ?

(A suivre...)

Joël Fauré

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31 juillet 2007 2 31 /07 /juillet /2007 17:24
LA SEULE CHOSE QUE J'AI RESILIEE, C'EST MON ABONNEMENT A "LA VIE DES SAINTS" "LA VIE DES STARS" "LA VIE DES BETES" ET "LA VIE DES SAINTS STARS UN PEU BETES"


Une demie-page dans "Le Monde"  de ce jour consacrée à la résilience : il fallait au moins ça  pour appréhender le monstre, qui ne devrait pas en être un, puisqu'il est sensé être un mot réjouissant d'humanoïdes civilisés, qui ont tout compris, qui maîtrisent tout, qui n'aspirent qu'au plaisir et au bonheur.
Plume libre a été laissée à Serge Tisseron, qui n'est pas un inconnu dans la littérature des affections du dessus du cou. Il se pose des questions.
L'article est passionnant à plus d'un titre.
Il est titré : "Du bon usage de la résilience". Et le "chapeau" dit ceci : La "psychologie de bazar" n'est pas seule en cause dans l'abus du terme. La définition scientifique d'une "vie réussie" est impossible.
Madame Avy, qui fut mon professeur de Français préféré serait heureuse de savoir que j'ai dépiauté l'article avec une rigueur d'entomologiste.
D'abord, j'ai dégagé la définition initiale du mot résilience. "Les [scientifiques] sont les premiers à l'avoir introduit dans leur vocabulaire technique : le mot anglais résilience désigne à l'origine l'élasticité d'un matériau capable de retrouver sa forme après avoir subi des pressions." C'est le sens propre, dirait Madame Avy.
Or, c'est le sens figuré qui a mis en lumière cette fameuse "résilience" assaisonnée à toutes les sauces, et qui demeure associée à un homme, Boris Cyrulnilk.
Au sens figuré, "il désigne (...) une personne qui parvient à réussir sa vie après avoir fait face à un traumatisme grave." "Or, poursuit Serge Tisseron, il est évidemment très difficile de savoir ce que signifie "réussir sa vie" Et avec ça, on est bien avancé...
Si je devais donc résumer l'article, je dirai "qu'il est difficile de dire ce qu'est la résilience puisqu'il est difficile de dire ce qu'est "réussir une vie".
Soyons un peu plus concret et ne nous masturbons pas l'esprit avec des mots.
La gueguerre entre les psychanalystes et les comportementalistes ont fait suffisament de dégâts au détriment des personnes en souffrance. Enterrons la hache de guerre, par pitié !
Moi qui ai eu une méningite cérébro-spinale à 16 mois, (la médecine m'avait condamné), des réactions méningées dix ans plus tard, moi qui ai subi à 10 ans une circoncision "à vif" pour remédier à un phimosis (opération ratée, vie sexuelle sinistrée) ; moi qui ai développé un psoriasis assez disgrâcieux le dois dire ; moi qui suis hypertendu (sans me vanter, j'ai atteint des pics à 27.12) ; moi qui souffre de Troubles Obsessionnels Compulsifs très sévères et très invalidants ; moi qui connaît mes premières crises de goutte et de rhumatismes psoriasique ; moi qui pourrai militer dans une douzaine d'associations de patients ; moi qui ai des amis psys (et je sais qu'ils n'ont pas de baguette magique et ne se déplacent pas en soucoupe volante), la seule chose que j'ai réussi à résilier, c'est mon contrat à "La vie des Saints', "La Vie des Stars", "La vie des Bêtes" et "La vie des Saints Stars un peu bêtes".

P.S. : Je découvre, sous la plume de Serge Tisseron, que l'un des "pères" de la résilience est un certain Julius Ségal (qui a mon avis n'a jamais dû rencontrer la "pédégère" des éditions Odile Jacob) Je vais m'informer sur ce type.

Joël Fauré
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31 juillet 2007 2 31 /07 /juillet /2007 12:30
Quand Simone lavait son linge sale "en voisines".
Simone et ma mère ont acheté leurs premières machines à laver en 1969. Ou 1970. Au nom de l'incalculable nombre de lessives qui, depuis, se sont succédé, leur mémoire est imprécise. En revanche, elles n'ont pas oublié le temps où le seul tambour qui roulait, c'était celui du garde-champêtre. Le temps où les machines à laver avaient un toit et quatre murs.
Avec Félicie, Noëlie et Philomène, on lavait son linge sale "en voisines", au hameau des "Luquets", tout près de la placette qui ondule un peu, courbe l'échine et s'incline devant la Croix des Rogations. Le lavoir municipal était là, jouxtant le ruisseau, l'école, le dépôt d'ordures et l'édicule que n'aurait pas renié Vespassien.
Ici se sont dénoués sans mélange des torchons et des serviettes. Ici l'on a tordu et battu bien des draps qui n'avaient pas été sages. Puis on les a suspendus touts près, dans les prés, tels des rideaux de théâtre, parfumant l'air frémissant, rectangles blancs qui invitaient encore à ne pas les respecter...
Ici se sont évanouies la crasse, la sueur et la confiture qui n'avaient pas encore appris à se médiatiser. Seul, l'épicier itinérant "Fossat", dans son fourgon jaune citron pressé, et sur ses étagères encombrées, vantait les mérites d'un paquet de lessive-miracle d'où Philomène extrayait, entre le pouce et l'index, ces merveilleux cadeaux qui vous garantissaient la poudre aux yeux.
Et toujours au lavoir, en ce Parlement tombé en quenouille, les lavandières, bien loin de leur Portugal, commentaient les événements du hameau et des hameaux alentour : le sacrifice des canards et du cochon, la naissance de jumeaux, les moissons passées, les vendanges prochaines, l'heure de la messe des Rameaux, l'acquisition du "Massey Ferguson" et... un raton-laveur !
Que sont leurs dires devenus ? Se sont envolés dans les bulles de savon ? Peut-on les retrouver dans les vignettes colorées des illustrés "Fripounet" ?

Le dimanche, quand les habits étaieint propres, on les mettait. Le dimanche, des gens de la ville venaient. Guy et Suzon. Jeanne et Raymond. Louis et Marie-Jeanne. En cols blancs et souliers pointus. Ils restaient manger. Au dessert, les hommes allumaient leurs pipes et racontaient des histoires : "Quand Schubert a voulu faire "l'Avé Maria", Shakespeare a fait "Othello".
C'était à peine augurer sur les temps modernes : la vieille pompe à chapelet, privée de mains fidèles, a été priée de ne plus pomper ni l'eau ni l'air de personne.
Le seul argent qu'il allait falloir blanchir, c'était celui, moussant et sponsorisé par Pinay, destiné à l'achat d'un lave-linge.
Et c'est alors que les maisons -y compris les plus grises- se sont pourvues de cubes sages, alignés comme à confesse, d'où il semblait qu'on pouvait voir la mer et ses eaux mouvantes, à travers leurs navire quittant le mouillage.
Pour véhiculer le message, il aura fallu qu'une brave paysanne, solide carrure, passe dans un autre cube, la télévision, pour accréditer d'un répercutant "C'est ben vrai, ça." une attraction-vedette qui allait forcément mériter toute votre confiance !

Aujourd'hui, le lavoir municipal a subi une descente d'organe -le bassin- et a été transformé en salle de réunions ; le ruisseau est souvent à sec ; l'école, en France, en général, aussi ; les ordures sont enlevées selon la frugalité des repas et des achats, et on est prié d'aller pisser ailleurs.

Il conviendrait de laver son linge sale en famille. 
Mais comment faire quand elle est éclatée ? Mes cols sont souvent douteux, les pulls de laine s'imprègnent du fumet du coq au vin de chez "Flunch", les pantalons invitent à repasser un de ces jours...

Et j'ai dû débrancher la machine à laver.

(A suivre...)

Joël Fauré


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30 juillet 2007 1 30 /07 /juillet /2007 19:26
CAMILLE AU PORTUGAL

Je me surprends à écrire "Camille au Portugal" parce que je pense à "Poly au Portugal". Certains doivent se souvenir de ce petit poney célèbre et intelligent, crée par Cécile Aubry, et dont les aventures ont bercé l'imaginaire des gens de mon âge.
Je garde donc le titre... Pour les nostalgiques. Pour les autres, voir  l'encyclopédie "Wikipédia"..., il doit certainement y avoir une note...

Camille tient son journal de bord, sa feuille de route. Je ne me fais donc aucun tracas en ce qui concerne son odyssée littéraire.
C'est curieux comme j'ai l'impression d'être en vacances auprès d'elle, alors que je suis resté au port pour mettre en radoub mon navire...
A la rentrée, m'est avis que vous aurez droit à un blog de Camille... "Quelque chose d'elle..."


Aujourd'hui. 17 heures. Mon télephone sonne. Je décroche. De la grande musique me parvient dans l'oreille. J'écoute avec ravissement. Je crois savoir d'où ça vient ; ça n'a pas la férocité de la vente par prospection et matraquage. Je vais jusqu'au bout, c'est-à-dire jusqu'à des applaudissements nourris. Et mon téléphone fait "bip bip". Y'a rien à vendre.
Camille me rappelle. Elle se trouve au Paradis d'où elle m'a fait partager un "Avé Maria".
En fait, elle se trouve au monastère de Alcobaça, où, tenez-vous bien, l'on ramena la dépouille d'Inès de Castra, reine de beauté, belle au col de cygne, décapitée parce qu'elle avait été adultère...
Une fois morte, le roi du Portugal ordonna à tous ses sujets, fidèles et adultérins sans distinction, de venir baiser la main de cette tête couronnée...
Mon grand ami Henry de Montherlant s'en est inspiré pour écrire une petite pièce, "La Reine Morte", oh, trois fois rien, une petite bagatelle jouée à la Comédie Française avec Madeleine Renaud...




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30 juillet 2007 1 30 /07 /juillet /2007 11:59
Le Tarn.
n. m. Rivière du Sud de la France, née au Sud du mont Lozère, afflluent de la Garonne (rive droite) ; 375 km ; bassin de 12 000 km². Il traverse les Grands Causses en de pittoresque canons (gorges du Tarn), passe à Millau, Albi et Montauban, Buzet-sur-Tarn et Bessières.

Quand Maurice fabriquait des bottes avec de vieilles bouillottes.
Maurice Baudou avait racheté une vieille centrale hydraulique au bord du Tarn, à Bessières, pour faire tourner une usine qui régénérait du caoutchouc. Celui dont on fait les bottes...
Chez Baudou : on y accédait par le "Chemin de Douce Dame", qu'empruntaient aussi les gros camions ventrus, ceints de leurs lourdes bâches, transportant dans leurs flancs des déchets de caoutchouc. A pleines bennes, vieilles bouillottes et autres chambres à air "surrustinées" débarquaient aussi en gare de Bessières, et étaient acheminées vers la manufacture. Là, elles vivaient un purgatoire sans appel. L'opération donnait à la bonne ville de Bessières, les jours d'autan, un exotique parfum d'hévéa. Sans autre forme de procès, les vieux ustensiles étaient réduits en poudre. Comme disait le Duc d'Elboeuf : "C'est avec du vieux qu'on fait du neuf." Rien ne se perd ; tout se transforme.
Mixée au granulateur, sortie des fours à haute pression, puis remise aux calandres Bessièraines, la matière première -sous forme de plaques ressemblantes à des cakes ou des quatre-quarts- était ensuite dirigée vers le sites des "Eglisottes", près de Bordeaux. Là, le produit se déclinait en bottes, cuissardes de pêche et chaussures de travail.
A Bessières, les artisans de la métamorphose étaient tous d'ici : indigènes bon teint, pure souche. Les "Baudou" sont avant tout issus de la Terre "qui ne rapporte plus" et "puisqu'il faut bien vivre" se sont ralliés à la botte verte, et on appris l'art de la vulcanisation.
Mon père en était.
On voyait arriver à l'usine plus de vélos et de "Mobylettes" que d'autos. C'était la noria incessante des équipes qui se passaient le relais, puisque fonctionnant sur le principe des "trois-huit". Ne pas laisser s'éteindre le feu, ne pas oublier d'emporter l'odeur du caoutchouc jusque dans les draps du lit.
C'est ma mère qui était contente !

Ephémérides.
Morceaux choisis.
Le 28 janvier 1978 : acheté Carrefour 2 paires de drap 30,60 F le drap.

Quand Gustave draguait pour des châteaux de sable...
Buzet-sur-Tarn et Bessières se touchent mais ne se confondent pas. C'est entre les deux que Gustave a installé, dans le lit du Tarn, ses godets de dragage. Depuis plus de deux cents ans, dans la famille Doumerc, on s'explique comment il faut draguer de père en fils.
Combien de murs, de fondations, de façades crépies de la région doivents aux "Sables et Graviers Doumerc" leur bonne tenue ? Les camions-bennes aux bonnes joues et bonnes ridelles ont fait leur trou dans le Bessiérain.
Gustave a perdu sa femme. Il vit seul en compagnie de sa soeur, "Mané", paralysée.
Ma mère rentrera à leur service, en qualité d'employée de maison. Elle fera les tâches domestiques, lavera, brossera, nettoiera, cuisinera, ravaudera... Ma bonne mère. Ma mère bonne. Mieux que les artistes en vue, elle fera des "ménages" dans les chaumières, mieux que des stars qui, pour gagner toujours plus, crachent dans des micros, dans des supermarchés de dupes.
A marquer d'un gravier blanc, maman va aussi donner la main à Bernadette, la fille de Gustave, dans sa belle maison, près des lacs. Maman m'y emmène parfois. Bernadette est d'accord. Elle m'aime bien. Le fils de Bernadette, qui commence à peine à parler, connaît la dame qui vient s'occuper du ménage : c'est madame Fauré. Il entend "Fauré", mais il a bien le temps d'être grand et, tant qu'il peut, il a raison de gagner du temps. C'est la dernière syllabe qui le marque. Madame Fauré, il l'appelle "Vé".

"Vé"
Du coup, même Gustave s'y met : il appellera affectueusement ma bonne mère "Vé"; Bonne mère. Ma mère est bonne. Vé ! Comme dans un film de Pagnol...

(A suivre...)

Joël Fauré


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29 juillet 2007 7 29 /07 /juillet /2007 15:46

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"Mon regard fut littéralement happé par un "Livre de Poche". Je fus irradié.
Cette jeune femme brune. Ce haut de cuissardes, cette plage de peau jusqu'aux côtes de chemisier aux motifs fleuris me troublèrent à vie."
La femme de ma vie (Joël Fauré)

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29 juillet 2007 7 29 /07 /juillet /2007 11:40
Ma mère découpait dans les journaux toutes les recettes, sauf celle du bonheur.

"Qu'est-ce que tu as mangé, à midi ?"
Nos conversations ne volaient pas très haut. C'est dommage. Elles auraient pu. Elles étaient ouvertes, ponctués, et essentiellement nourries par ce leitmotiv, quand je rentrai de la cantine ; puis, un peu plus tard, du restaurant d'entreprise ; et puis, un peu plus tard, quand je l'appelai de la clinique psychiatrique : "Qu'est-ce que tu as mangé, à midi ?"

"Combien tu as payé ?"
Oui, nos conversations étaient limitées. Elles étaient régentées par cette phrase monnaie-échange : "Combien tu as payé ?", et qui résonne encore en ma mémoire de la plus terrifiante des façons...

Ma mère avait le ticket...
avec tous les chauffeurs de car qui menaient à Toulouse. Il suffisait qu'elle l'achète. Lorsque nous allions à Toulouse, c'était une véritable expédition. Il fallait d'abord se résoudre à abandonner la Maison Grise, à cheval sur la tout aussi grise Mobylette, puis gagner la Grand'Route. La 88. La Nationale ! Nous laissions la grise sous le hangar de la ferme "Ravary". Et nous attendions, à la halte de Roquesérière. Nous attendions un peu Godot et beaucoup le car...

Un Livre de Poche aux "Nouvelles Galeries".
C'était dans les Grands Magasins Toulousains, aux "Nouvelles Galeries", je crois. Au dernier étage. A Toulouse, les "Nouvelles Galeries" sont nouvelles depuis déjà longtemps. J'étais avec ma mère. Mon regard fut littéralement happé par un "Livre de Poche", bien en vue sur un rayonnage. Je fus irradié. Cette jeune femme brune. Ce haut de cuissardes surtout, cette plage de peau jusqu'aux côtes du chemisier aux motifs fleuris me troublèrent à vie. J'achetai le livre, comme d'autres achètent des madeleines...
Ma mère décela-t-elle mon émoi ? Evalua-t-elle la valeur, la portée et de sens de cet achat ? Nous sommes remontés dans le car pour regagner l'accablante ruralité.

Si j'étais rédacteur en chef du magazine "A propos de Bottes"(tirage moyen : 170 000 exemplaires), voici quel serait l'éditorial du numéro à venir :
"Il fallait bien que ça arrive un jour. Il fallait bien que nous nous heurtions, lui et moi, à un problème de taille : le sexe voulait parler en même temps que le cerveau.
Et la pensée, prisonnière et métastasée, en était toute bouleversée.
Entre le nerf et le microbe, pour quelle atteinte fatale croyez-vous qu'elle opta ?
Gagné ! Pour le microbe. Moins de peine à supporter la douleur.
Et nous allâmes nous masturber.
Quinze secondes de plaisir et d'infidélité pour quarante-quatre ans de dévotion à la Vierge Marie. Piéta et Mater Dolorosa.
Alors, coulèrent des larmes rentrées, mais pas là où il le fallait. Des cristaux et des paillettes d'argent face à un mystère rouge.
Contaminés nous fûmes. La contagion n'a pas de frontière.
Et les belles images que nous montrait une -notre- mère jouèrent sur un double tableau : il ne fallait surtout pas toucher les bottes de la Sainte, et pourtant, il fallait l'honorer. Impossible à faire. Ca revient à ne pas cliquer sur les icônes des ordinateurs.
Le jeu social est un jeu érotique.
Nous sommes partis jouer...
Il fallait bien que ça arrive un jour.

"Tu n'as qu'à te branler."
Où sont les parfums de mon enfance ?
Où sont mes savoirs purs ?
Mes savoirs purs d'avant de savoir. Qu'il "y a des corps, et pis encore, des sexes. (1)
"Tu n'as qu'à te branler" m'a lancé un jour ma mère, sans méchanceté sans doute, un jour où je lui reprochai de m'avoir tenu à l'écart des choses du sexe, et où je me plaignais de ma difficulté à approcher les filles. "Aux bêtes, on leur apprend pas" a-t-elle rajouté.

(1) "L'avenir dure longtemps" (Louis Althusser) - Stock

(A suivre)

Joël Fauré


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28 juillet 2007 6 28 /07 /juillet /2007 20:40
UN VELO ET UNE VOITURE... D'APPARTEMENT

C'était contre toute attente...
Toulouse. Un samedi soir de juillet. Le dernier samedi soir de juillet.
J'avais dans le crâne l'idée d'acheter une cravache... ou deux dictionnaires, "Le Larousse" et "Le Robert", dans leurs dernières éditions...
J'avais réussi dans l'après-midi une petite vidéo de mon éjaculation en gros plan. Camille était loin ; je me languissais...
J'avais nourri mon "journal extime" et dormi comme il faut pour un homme de mon âge, de ma condition et de ma santé...
Je suis sorti d'intra-muros.
Là où je suis allé, c'est une "grande surface". Mais vraiment grande. Les Toulousains n'hésitent pas à dire que c'est l'une des plus grandes d'Europe...
Aussi surréaliste que cela puisse paraître, moi qui ai passé plus de temps dans les librairies que sur les stades (question d'aisance ? "Ah bon, ça se voit ?"), je suis entré dans un magasin dédié au sport...
Je l'ai dit, je voulais, désirais, par caprice ou par "physiologie", une cravache. Et je savais qu'il y avait là un rayon équitation.
Le désir d'achat était diffus, confus ; j'étais déjà passé par ce stade plusieurs fois au cours de ma vie, quand j'ai fabriqué mon premier fouet avec un tuyau d'arrosage, quand j'ai acheté un fouet de chien en supermarché (et que je l'ai  ensuite donné à une dompteuse du cirque Amar !), quand j'ai acheté en sex-shop ce grand fouet qui a fouetté une star de la chanson...
Bref.
Bref, là, sur quoi je tombe ? Sur une vélo d'appartement. Il me plaît. Il me tente. Il y a un écran et tout plein d'écritures... "Vous pouvez l'essayer si vous voulez" me dit un vendeur bavard. Je l'essaie. Des chiffres bougent sur l'écran... Il y a des petits coeurs dessinés en rouge. Je ferai bien de m'occuper du mien. Le docteur me l'a dit avant-hier : "Vous n'avez que 44 ans !" Et sous-entendu : "N'oubliez pas que vous avez aussi un corps."
Bon, tant que j'y suis, je vais voir les cravaches...
Il y en des bleues, des rouges, des violettes... Elles sont si jolies...
Et soldées aussi : 4 € 99. J'ai presque envie d'en acheter 4 ou 5 pour en faire un bouquet. Une "nature morte".
Je sors de "Go Sport" sans rien.
Et je rentre dans la surface. C'est vrai qu'elle est grande.
Rayon dicos (A ce propos, je regrette ceux qui étaient en or, et que faisait briller Bernard Pivot, le samedi après-midi), je vois des palettes entières de "Petit Larousse 2008", et à côté sur une mauvaise gondole gondolée où des clients ont "oublié" une paire de tongs et un dentifrice "Le Petit Robert". J'ai l'impression d'entendre dans les hauts-parleurs une voix dire : "Le Petit Robert est perdu. Ses parents sont priés de venir le chercher au rayon scolaire".
Dans le "Petit Larousse illustré 2008" fraîchement imprimé, je m'assure que le tsar "Nicolas Ier de Sarkozye" est bien Président de la République. Hélas, oui.
Aurons-nous ensuite à faire avec une dynastie de "Louis" ?)

"T.O.C."
y est.
"Cuissardes" aussi.
"Brel" aussi.
C'est écrit.
C'est bon, une année peut recommencer...

Mais 30 euros le "Petit Larousse" et 60 euros le "Petit Robert", je prends pas. C'est pas donné, la culture.
Je repense au vélo.

Finalement, en fouinant par hasard, j'ai acheté... une voiture.
Une "4L". Miniature. Echelle 1/43e (Un mois pour 43 ans ?). A un prix magique :
2 € 99. Ca me rappelle tellement de choses...
Les souvenirs n'ont pas de prix.

Joël Fauré


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28 juillet 2007 6 28 /07 /juillet /2007 11:01
Suzanne Labranque.
Depuis quand l'idée d'écrire un livre sur ma mère, avec un détour par ma maîtresse d'école me poursuit-elle, plus assidûment que je ne fus auprès d'elle, plus "drument", plus inversement proportionnel que je n'en eusse pas du tout eu envie d'en parler, alors qu'il aurait fallu, quand j'avais huit ans ? Que la vie est drôle et bête...
A peine me jurai-je pour moi-même de me distraire de cette idée trop courue, à grandes lampées de mémoire déboulaient leurs silhouettes et leurs voix. Proust venait de quitter la pièce et me venir visiter, en passant par là, et la vie, avec tous ses accessoires, ne cessait de faire reculer -avec quel danger fatal- les instants des premières années soixante-dix où mon école était bâtie d'impatience et de sueur angoissée. Quel texte sera écrit pour elles, au bureau où je suis ? Je n'ai aucun droit à l'erreur. Je n'ai que le droit d'être le premier de la classe.
Ma maîtresse d'école, Suzanne Labranque, ne devra pas corriger en rouge cet exemplaire. Les imprimeurs, aussi, n'auront qu'à bien se tenir.
Mais après, avec quels mots choisis, et quels mots écartés, dire, en une combinaison absolue, leurs valeurs de mère et de maîtresse tout aussi absolues et définitives, leur déterminisme, leurs qualités et leurs défauts ?
Il n'est pas séant de donner l'âge d'une femme sauf celui d'une mère (21 novembre 1927) et d'une maîtresse d'école (5 février 1930) pour qui la lettre et le chiffre sont les fondations du Savoir...
O oui, mon Dieu, je suis agréablement dicté par le doux bercement de ma mémoire, et l'alphabet me séduit, me fait la cour, et je remercie le démiurge inspiré qui l'a inventé. Voyez "Le Livre de ma Mère" et les paragraphes sur ma maîtresse d'école que vous avez devant les yeux.
Le chiffre n'est qu'un contrepoids que je me raisonne, en chassant le garçonnet qui parfois me chahute, à qualifier d'utile.

De la classe unique du hameau des "Luquets" au groupe scolaire, en passant par l'école mixte, aussi chère à Ferry qu'à Vincent (pas Van Gogh, mais l'autre), Suzanne a allié la rigueur à l'humanité.

J'ai capturé ces petits fragments de temps, et vous les restitue, à vous qui voulez bien me suivre.
Tous les matins que Dieu ou Diable faisaient, Suzanne passait entre nous, un bloc-encreur dans une main, une petite vignette de bois dans l'autre, et elle faisait naître sur nos cahiers du jour (protège-cahier rouge) des frises de fruits et de fleurs à colorier selon le goût, l'humeur, et sans doute aussi la couche sociale plus que l'acéré de la mine.
Mais les petits enfants Jacobins de "Buzet-la-Forêt" , pétris comme de la bonne farine patriotique, fils de fils d'une des dernières grandes guerres, étaient souvent issus des meules des champs de blé : Josette était bonne en tout, Bruno se faisait tirer les cheveux, Véronique tentait sans succès d'expliquer comment on fait les enfants, et moi j'avais peur de manquer le car et d'oublier la casquette que j'avais sur la tête !
Les bottes de Suzanne, le feutre rouge qu'elle utilisait en marge -marginale, va !-, le regard vif et pénétrant sont collés à ma peau ; jes les emporterai dans ma tombe.

J'ai gardé mes cahiers d'écolier : ils sont ensanglantés d'annotations ! Le tableau synoptique de mon travail restitue une écriture racée. Il recèle des "Très souvent absent." et "Avec beaucoup d'indulgence, Joël passe en 6ème." qui me tendent un miroir incomplaisant.
Suzanne a tout fait pour me faire aimer les choses de la vie.
Son capital intellectuel est inestimable et n'est pas côté en bourse. Je lui suis plus redevable qu'à mon banquier.
Je déclare ici solennellement mon cahier de récitations (protège-cahier jaune) mieux investi de pouvoirs que ma carte professionelle, et des types comme Verlaine, Baudelaire, Gauthier et Apollinaire à qui Suzanne m'a présenté, beaucoup plus fréquentables que d'aucuns dont je tairai le nom.
Mais pas de réglement de compte.

Les compositions et les leçons de choses naturelle (SVT SVP de nos jours !) -la chenille du bombyx du mûrier ou ver à soie se transforme en papillon nocturne aux ailes duveteuses-, les conjugaisons, les tables de bois (cirées en juin) et de multiplication (sues mais tardivement), la morale, l'Instruction Civique n'ont pas tari les réservoirs, les viviers et les pépinières de la pensée mais les ont approchés de la plénitude.

J'ai beaucoup de respect pour celles et ceux qui disent : "Je ne sais pas" et veulent apprendre, connaître, toujours et toujours. Comme ma mère qui a passé son permis de conduire à cinquante-quatre ans, Suzanne a révisé son Code, presque au même âge. Quand un Ministre de la République a pondu des réformes et décrété qu'il fallait changer de place la bosse des maths, Suzanne, la maîtresse d'école est revenue à l'école des maîtresses d'école. Elle nous en revint plus savante, après avoir flirté avec des ensembles et des "patates" pour mieux nous les faire connaître, vertiges et ivresses compris.

Qui, de la main ou du gant, de l'enfant trop violent ou trop effacé, franchira demain la porte des écoles nouvelles, c'est-à-dire celles d'hier ?
Depuis que j'ai quitté l'école où je ne voulais plus aller, en me faisant porter pâle, je ne cesse de rêver que je veux y retourner !

Une lettre de Suzanne Labranque.

"Buzet, le 14 mai 1997

Mon cher Joël,
J'ai été très émue par le courrier que tu m'as adressé. Mes élèves, tu le devines, ont tenu une grande place dans mon métier de maîtresse d'école et j'ai gardé d'eux de très bons souvenirs.
Je souhaite que tu puisses te réaliser pleinement dans la voie que tu as choisie.
Assez fatiguée en ce moment, je ne peux pas répondre affirmativement à ton invitation. Toutefois, je t'en remercie et je te souhaite tout le succès que tu mérites.
Reçois, mon cher Joël, mon très affectueux souvenir.

S. Labranque

P.S. : Je suis satisfaite que tu te souviennes du "BLED" si souvent oublié ou même inconnu...

(A suivre.)


Joël Fauré



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