14 juillet 2007 6 14 /07 /juillet /2007 17:38

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Quand "Le Monde des Livres" s'interesse aux pissotières...
(Voir les "brèves" du 14 juillet.)

Personnellement, si j'y ai si et trop souvent agité mon sexe, c'est bien parce que j'étais sous l'emprise d'un Trouble Obessionnel Compulsif, et que j'avais une peur bleue du Sida.

Joël Fauré.

(Cliché JF)


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14 juillet 2007 6 14 /07 /juillet /2007 15:31
A Pierrot,
L'Horloger.

Une lettre à Olivier Todd.
Cher Monsieur,
J'ai longtemps hésité à vous écrire.
La sortie de votre livre "Carte d'identités" me donne l'occasion de le faire, et je remettrai ce pli aux bons soins de votre éditeur.
J'apprécie la justesse et la finesse de votre regard et de vos propos. Et j'en sais aussi le courage que vous assumez.
Aussi me permettez-moi d'aller droit au but.
Je suis un fervent inconditionnel de Jacques Brel, et il va sans dire que j'ai lu -et relu plus d'une fois- la biographie que vous lui avez consacré.
Or, si exhaustif qu'il soit, ce texte, dense et riche, bien étayé, me laisse, avec le nécessaire recul du temps, insatisfait et gêné.
Pourquoi ?
(Il ne serait pas si bon, je n'aurais pas pris la plume, mais il se trouve qu'il fait référence.)
La phrase qui va suivre m'embarrasse, et pourtant, baste ! je me lance...
Jamais vous n'évoquez une rencontre importante dans la vie de Brel : celle qu'il fit avec Paul Touvier.
Ouis, je sais le soufre qui l'entoure...
Pourtant, il suffit d'utiliser les outils dont nous disposons aujourd'hui pour savoir que Brel s'est pris de sympathie pour l'ancien milicien et a notamment participé à l'élaboration d'un disque "L'amour et la vie" destiné à l'Education Sexuelle, pour "expliquer l'amour et la naissance aux jeunes." - dont l'écoute m'aurait personnellement évité, à l'époque, une belle carence affective et les nombreux TOC que je présente aujourd'hui- et édité par Philips, je crois.
Bien sûr, j'imagine que les hâtifs de la polémique se seraient empressés de servir du "Brel collabo" ?
Est-ce pour cela que vous avez fait l'impasse sur cet épisode important de la vie d'une figure marquante du XXe siècle ?
Ou bien y-a-t-il eu pression de la famille ? Omission volontaire ? Que sais-je encore ?
Que Brel et Touvier se soient approchés ne me dérangent absolument pas. Ceci n'enlève rien à la forte action-attraction de Brel, ni n'entâche son image. Ce qui me dérange plus, c'est -dans le souci de détail qui a été le vôtre- que vous n'en ayez pas rendu écho.
Si cette lettre vous gêne, jetez-la, oubliez-la...
Mais je serais content si vous y répondiez, simplement.
Je vous prie de croire, cher Monsieur, en l'expression de mes sentiments les meilleurs.
Joël Fauré
P.S. : Au moment où je rédigeai ces lignes, j'avoue que je n'avais pas lu votre livre, et surtout le passage qui répond en partie à ma question.
Tant pis ! Je poste quand même et aurais peut-être le plaisir de recevoir en retour quelques éclaircissements de plus ?
Enveloppe timbrée jointe.

L'inévitable guirlande autour du sapin de décembre...
Savez-vous pourquoi le sapin a les boules ? Parce qu'il s'est fait enguirlander...

Noël 2003 : Falloir mourir.
Mon père, Fernand, Pierre, Guillaume est mort le 25 décembre 2003, jour de Noël, à midi et quart, après avoir pris son repas, assis sur une chaise, dans la cuisine, en douceur, d'un arrêt du coeur, rose des vents sud-sud-est, juste en vis-à-vis du sapin qu'il m'avait aidé à planter. A tout jamais, mon père sera un Père Noël et le sapin de Pif un sapin de Noël. Il a rejoint Charlot, qui lui aussi, s'est éteint un jour de Noël...

Dire que Fernand est mort...

Noël 2004 : Faillir mourir.
Je ne supporte plus Noël et tout ce qui va avec. L'inévitable guirlande, installée dès fin octobre, m'étouffe. Les boules m'étranglent. Je n'aimais pas les rendez-vous convenus, les joies obligatoires, le sucre concentré, les jours fériés, les débordements festifs ; je déteste Noël. Les serpentins, les langues de belle-mère... c'est dans ces moments-là que j'éprouve presque de la sympathie pour le Père Fouettard...
Donc, c'est le Noël d'après le Noël de la mort de mon père. Il est presque 19 heures. Nous sommes entre chien et loup. Comme souvent, la mélancolie surgit et m'enveloppe de son manteau morbide. De ses puissantes mâchoires, elle me tenaille le cerveau. Mais il y a plus que ça. Je sens la terre se dérober sous moi, la tension monte, le coeur palpite ; je sens mon cerveau se bloquer, prêt à exploser : je me vois mourir.

La mort est féminine. Je la voudrais brune aux longs cheveux, portant de longues cuissardes noires à talon-aiguille...

"Avec Brel, j'ai pas de TOC..."
Toutes mâchoires absentes, Brel mort est pour moi beaucoup plus fréquentable et moins polluant que bien des vivants qui m'entourent. Lorsqu'une angoisse -qui est très humaine, finalement- cherche à devenir une obsession, je fais appel à lui. Et ça marche ! N'y voyez-là aucun mysticisme. Je vous répète que je me sens très proche de Jacques Brel.

A l'angle de la rue Pharaon et de la place des Carmes, il y a toujours une femme qui attend. Elle a ses bras de plâtre dans la chair.
Ma mère ne fait plus d'interview de chanteur à domicile. Elle est rentrée de plain-pied dans la chanson de Brel "Les Vieux" et passe "du lit au fauteuil,  puis du fauteuil au lit et puis du lit au lit".
Le sapin de Pif doit bien mesurer de 8 à 10 mètres.
L'éditeur a été très gentil avec moi : nous avons choisi ensemble la police de caractère.
Place Esquirol, la marquise de "Midi-Caoutchouc" s'est refait une beauté.
Sur la colonne Morris, il y a une affiche du dernier film avec Monica Bellucci.
Or, il se trouve que je connais très bien Monica Bellucci.

FIN

Joël Fauré

Ce texte a été créé le 11 février 2006 par Roger Borlant, au Théâtre de Poche de Toulouse, dans le cadre du "Gueuloir de Poche"

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Brèves:

Madonna et Michael Jackson ont des problèmes de logement.

"Viens chez moi, j'habite chez un fan."
Deux entrefilets dans la presse régionale ("La Depêche du Midi" et "Le Petit Journal") m'ont alarmé sur la situation de Madonna et Michael (deux régionaux de l'étape !) quand à leur maison. Si on peut faire quelque chose pour eux, contactez-moi.
"La Dépêche du Midi" du 27 juin : "La chanteuse Madonna a acheté une nouvelle propriété pour 9 millions d'euros, contiguë à la maison qu'elle possède à Marylebone, quartier central et huppé de Londres. La pop star posséderait au moins 5 propriétés dans la métropole où les prix de l'immobilier atteignent les plus hauts sommets du monde : la hausse est telle que les maisons se font rares dans le centre-ville et atteignent des prix faramineux."
"Le Petit Journal"
du 13 juillet : "Le chanteur de Thriller a emménagé à Las Vegas. Michael Jackson a choisi une luxueuse propriété, dont la valeur a été estimée à environ 40 millions d'euros. Le chanteur a été contraint de quitter son manoir de 10 pièces qui se trouvait non loin de Sin City, dans le Nevada, parce que le bail de location était arrivé à son terme."

*

"Des urinoirs et des souris blanches."

Bon, je sais, le titre est un "à-peu-près" mais c'est pour ouvrir cette "brève" et faire mieux "passer" le "cru" qui suit.
"Le Monde des Livres"
d'hier a titillé ma libido, et ses instincts refoulés, et sa face noire, avec un grand papier, éloge d'un livre sur les "pissotières" et ce qui s'y passe parfois.
Il fait écho à une tranche des "carnets de Raoul Jefe" publiée dans ces colonnes le 28 mai dernier.
"En argot anglais, "tearoom" désigne les "tasses", c'est-à-dire les pissotières. L'ouvrage s'attache donc aux pratiques sexuelles entre hommes dans les toilettes publiques." écrit Louis-Georges Tin. Qui poursuit : "Entre avril et octobre, c'est "la période de chasse". Les tasses les plus courues se reconnaissent aisément au nombre de voitures garées à proximité. (...) L'interaction sexuelle est un jeu où chacun joue son rôle. S'y rencontrent les pointeurs et les pointés (selon la fonction qu'ils adoptent dans l'acte fellatoire), les guetteurs (poireaux, onanistes ou voyeurs), les hétéros de passage, les loubards et la police. Mais les rôles sont souvent instables : ainsi, quand arrive l'âge critique (autour de 35 ans), ceux qui se faisaient "sucer" acceptent de plus en plus l'autre position ; de même l'hétéro d'aujourd'hui est souvent le pointeur de demain ; les loubards aiment bien se faire sucer de temps en temps, avant de casser du pédé ; et les policiers n'hésitent pas à faire du chantage comme les loubards, pour alimenter... les fonds de charité. (...) Quel est le public des tasses ? C'est M. Tout-le-Monde. Les pissotières sont des lieux démocratiques, auxquels chacun peut accéder sans payer, et s'y retrouvent des hommes noirs ou blancs, de tous milieux, de toutes religions. Loin d'être des marginaux, les participants sont souvent des citoyens rangés, voire plus conservateurs que la moyenne."

Ah ! J'ai oublié de vous dire le titre du livre : "Le commerce des pissotières. Pratiques homosexuelles anonymes dans l'Amérique des années 1960. (Tearoom Trade)
Mais en France aussi nous avons des pissotières et nous sommes en 2007. Pour celles et ceux qui souhaiteraient écrire un livre...

"Le commerce des pissotières. Pratiques homosexuelles anonymes dans l'Amérique des années 1960. (Tearoom Trade) de Laud Humphreys. Traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Henri Peretz. Préface d'Eric Fassin, postace de Henri Peretz, La Découverte, "Textes à l'appui/genre et sexualité", 202 pages, 20 €

JF



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13 juillet 2007 5 13 /07 /juillet /2007 20:55
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"LU" Lefèvre-Utile sait faire parler de "lui" autrement que lors des licenciements ou des rachats. Vu sur les panneaux 4 par 3. Pour une "force de vente" ?
(Cliché JF)

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13 juillet 2007 5 13 /07 /juillet /2007 19:34
A Henri.

Mélancolie.
Entre chien et loup, quand la mélancolie surgit et m'enveloppe de son manteau morbide, ou que, de ses puissantes mâchoires, elle me tenaille le cerveau, je sais que je n'ai qu'une seule chose à faire : laisser agir le temps naturel. Ou bien il s'arrêtera ou bien il désserrera l'étau et me dégagera la tête et le corps qui semblent vouloir s'écrouler...
Je ne sais pas si c'était pareil pour Brel...

Ebauche d'intrigue.
J'...

Début d'histoire.
Tu...

Amorce d'une chanson.
Ne...

Départ de pièce.
Nous pourrions envisager :...

J'écris un livre.

Incipit.
(Mot latin : il commence.)
Premiers mots d'un ouvrage.

Incipits de 7 chansons de Brel.
1) Avec...
2) Adieu...
3) Le...
4) J'...
5) Je...
6) Tu...
7) Nous...

Jacques m'a dit...
... qu'il buvait moins qu'avant. Qu'il fumait beaucoup, mais qu'il travaillait beaucoup. Et qu'il adorait tituber de fatigue, et que, les soirs où il s'écroulait plus qu'il ne se couchait, il se disait que c'était une bien belle journée.

Service des admissions.
Novembre 2006. J'ai appelé l'Hôpital Franco-Musulman de Bobigny, qui s'appelle maintenant "l"Hôpital Avicenne" -on se demande bien pourquoi- et j'ai demandé la chambre 305. On me l'a passée. J'ai demandé à parler à Monsieur Brel. On m'a demandé d'épeler : B, R, E, L.
"Comme le chanteur ?" On m'a dit qu'il n'était pas là. On m'a demandé : "Et son prénom ?" Au dernier moment, je me suis dégonflé et j'ai dit : "Henri". De toute façon, il était entré sous un nom d'emprunt. On m'a repassé le standard. Une dame très avenante m'a dit : "Je vais vous donner un numéro où sont centralisées toutes les admissions hospitalières. Peut-être retrouverez-vous votre ami ?"

Actuellement, si vous voulez vous humaniser, désactualisez-vous !
"Je renie mon époque." dit Brel.
Je renie la miennne. J'aurais voulu vivre au XVIIe siècle, bien connaître Molière, me faire faire une saignée en cas d'hypertension, porter des bottes hautes et me mettre de la poudre de riz...

(A suivre...)

Joël Fauré

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Brèves :

Blandine Le Callet : "Une deuxième pièce montée" ?

Blandine Le Callet saurait mettre de la poésie dans un clou rouillé. Invitée par "Le Figaro" à adresser une carte postale à ses lecteurs, l'auteur d' "Une pièce montée" (que je tiens comme l'un des trois meilleurs livres que j'ai lus depuis longtemps.) a choisi une belle allégorie de la tolérance au progrès, facilement décryptable entre les lignes. Voyez comme elle écrit :
"Je n'arrive pas à détester ce pylône.
Je vous écris d'un coin de campagne où il ne vient jamais paersonne : à part deux ou trois chapelles de village et quelques arbres séculaires, il n'y a rien à voir. (...) ...J'ai choisi une carte postale qu'on ne verra jamais sur aucun présentoir. Une image qui n'appartient qu'à moi. Un paysage. Je suis dans cette maison où je viens chaque été. (...) Et pour compléter le tableau, campée en plein milieu sur ses pâtes* de fer, LA CHOSE, l'ignominie, l'horreur qui depuis des lustres défigure la carte postale : un pylône trapu soutenant la sextuple rangée de câbles d'une ligne à haute tension. Ma grand-mère Madeleine était la seule à ne pas s'en offusquer. (...) C'est moi qui occupe sa chambre aujourd'hui, et son regard  a converti le mien : malgré sa laideur, je n'arrive pas à détester ce pylône planté là en plein milieu. Je le vois comme un genre de tour, de vieil arbre, une silhouette familière dont la disparition ôterait au tableau son caractère et son harmonie. Je le regarde et je pense à elle."
Un texte à faire lire aux détracteurs d'éoliennes, de relais pour téléphones, de châteaux d'eau ?

* Une "coquillette" du "Figaro" ?  (Qui, de toute manière retombera toujours sur ses pattes !)

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Les murs ont de la mémoire.

Je regrette de ne pas avoir photographié la publicité peinte sur le mur qui surplombe la place du Parlement, à Toulouse. Deux réclames se superposaient : "Peugeot' et "Suze". J'essaierai de les garder en mémoire. "Boire ou conduire" : le temps n'a pas laissé choisir. Mais un enduit moderne a mis tout le monde d'accord.
Un "beau livre" vient de sortir aux éditions "Ouest-France" : "Anciennes publicités murales", de Marc Combier, préfacé par Pierre Bonte. Je l'ai feuilleté avec plaisir. J'y ai retrouvé une publicité pour le "Café Quotidien" à Gaillac dans le Tarn. (Et là, j'ai la photo, prise il y a déjà longtemps !)
Autres temps, autres murs... On me pardonnera de toujours beaucoup aimer les images, les slogans, les marques, les signes, les logos, que j'associe à des oeuvres d'art. (Je vous promets ici une rubrique qui s'appellera "Faites-moi un signe"...) et on me pardonnera aussi d'associer à cette imagerie mes marottes : les bottes !
Je vous promets un image.

_

Camille et Joël.

"On" a prétendu que j'étais égoïste, narcissique et exhibitionniste. Ce blog tendrait à faire penser que c'est vrai.
Mais aujourd'hui, nous sommes le vendredi 13 juillet. Et le calendrier prouve que je ne suis pas si égoïste que ça, puisque je partage le Saint du jour avec Henri. (Henri comme Henri de Régnier, de Toulouse-Lautrec, IV et Joël comme Joël Fauré !)
Demain, je suis fier de savoir que l'élue de mon coeur, Camille, confond sa fête avec la Fête Nationale. Excusez du peu... Et dimanche, c'est un canard : Donald.

JF





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12 juillet 2007 4 12 /07 /juillet /2007 19:41

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"Et la Petite Poucette chaussa ses bottes de sept lieues..."

(Cliché JF)




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12 juillet 2007 4 12 /07 /juillet /2007 17:45
Phénomène d'usure.
On passe la moitié du temps à s'entretenir et l'autre moitié à se détruire. Avant d'entrer en scène, Jacques Brel cire impeccablement ses chaussures. C'est pour mieux mordre la poussière. Quand il a terminé son tour de chant, il a marché dans l'urine du port d'Amsterdam, s'est emboué dans des chemins de pluie, a usé ses semelles à faire les cent pas pour attendre une femme qui ne viendra pas...
Et tout reste à recommencer...

Un mémorable repas avec Jacques Brel, Emile Verhaeren, Jérôme Bosch chez la famille Bruegel.
C'est Bruegel l'Ancien qui était en bout de table. Savez-vous qu'aux deux bouts de la table, une légende dit qu'on plaçait un évèque et un andouille. Moi, j'étais à l'autre bout. Ce n'était ni un dîner de têtes, ni un dîner de cons. Avaient donc pris place pour rompre la mie les deux fils Bruegel, Emile Verhaeren, Jérôme Bosch, Jacques Brel et moi. René Magritte, Paul Nougé et Caroline Lamarche nous rejoignirent pour le dessert.
A celles et ceux qui ne me croieraient pas, je les taxerais d'ignorer le surréalisme Belge. Bruegel l'Ancien nous parla du tableau qu'il achevait de peindre : un couple de paysans dodus, lors d'une fête de village, couraient danser... Je voyais Brel très intéressé. Je le soupçonne de s'être inspiré de la scène pour écrire "Les Flamandes". Emile Verhaeren nous fit l'honneur de lire ce poème :
"Il neige blanc sur l'Escaut Jaune,
Tout est déteint, brouillé, fondu
Et par les bois et les chemins perdus
Les mendiants n'arrivent plus chercher l'aumône.
L'âpre et mordant hiver
Enserre les hameaux.
Les vieux, autour des feux,
Se racontent leurs maux
A gestes lents et péremptoires.
On jette un charbon rare
Au ventre des fourneaux
Tandis que les enfants
Font claquer leurs sabots
Violemment, aux carrefours, sur les glissoires.
Et le mur est humide, et le sable est mouillé
Qui festonne les pieds de l'armoire en noyer
Où le pain dort, non loin du beurre.
Et le jardin précis de houx et de palmiers
Qu'inscrivit sur la vitre un givre régulier
Dans son châssis de bois se dissout d'heure en heure.
La tour d'église au coeur du bourg ne se voit pas
Si drus sont les flocons qui s'égrennent par tas.
Tuiles rouges et vernissées, et vous, pignons,
Vous vous cachez sous les frimas.
A peine un aboiement s'entend, torpide et las
Là-bas où le chien veille en sa niche glacée.
Dans sa cage d'osier, l'oiseau boude et se tait.
Près des fournils déserts grincent dans l'air muet
Les verrous durs d'une poterne.
Et pour l'heure du soir où la traite se fait
Parmi les bidons gras et les luisants baquets
La servante épand l'huile en de creuses lanternes.
Et la nuit tombe. Et se ferment les lourds volets.
Et le docteur tapi dans son cabriolet
Revient, au petit trot, du fond de la bruyère
Et l'on parle du mort lointain
Qu'il faudra bien porter en terre, demain
Dieu sait par quels chemins
Dans la fange compacte et la neige livide."
Du coin de l'oeil, je surveillais Brel qui écoutait religieusement. Je le soupçonne de s'être inspiré d'Emile pour écrire "Il neige sur Liège".
Bosch dit qu'il aimerait bien dessiner pour un quotidien, et Bruegel le jeune se complaisait à peindre des sols glacés et des paysages d'hiver où il faisait glaner des faiseurs de fagots...

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves:

J'aurais bien aimé connaître Emmanuel Berl.

Grâce à la plume de Philippe Lançon, dans le cahier "Livres" de "Libé" d'aujourd'hui, j'en sais un peu plus sur celui que j'avais effleuré, pour au moins deux raisons. D'abord, parce que, primesautier,je voyais en Berl l'anagramme de Brel, ce qui, il faut bien l'admettre, ne pouvait pas me conduire où je voulais vraiment, et ensuite par le "petit" livre paru chez Grasset dans la collection des "Cahiers Rouges", "Tant que vous penserez à moi." que j'avais feuilleté et acheté. Et lu. Ma mémoire me restituait bien des sonorités sans doute entendues à la télévision dans ma jeunesse, la voix fluette (si je ne me trompe) et intelligente (là, je ne me trompe pas) du compagnon de Mireille, du "Petit Conservatoire de la Chanson.", mais c'est tout. Dans "Tant que vous penserez à moi", Emmanuel Berl (1892 - 1976) s'entretient avec Jean d'Ormesson. Cet homme, injustement oublié, avait des saillies remarquables.
Issu d'un milieu bourgeois, il avait voulu le fuir.
En admiration devant le vainqueur de la bataille de Verdun, il avait écrit des discours pour Pétain.
Elève (et semble-t-il parent) de Marcel Proust, il en avait "bavé" devant ce "maître" qui lui reprochait d'être bête, mais bête... et qui un jour, lui jeta une pantoufle au visage !
Ce que j'avais retenu de lui aussi, c'est sa modestie, lorsque, répondant à Jean d'Ormesson, il avoua : "Ah ! J'ai beaucoup lu dans ma vie. La lecture a tenu une énorme place dans ma vie. D'abord parce que j'ai été souvent malade. Et ensuite parce que j'ai le goût de la lecture. Seulement l'ennui, c'est qu'on oublie ce qu'on a lu. De sorte qu'on a l'impression de n'avoir rien lu. C'est triste parce qu'on est dans une époque* où l'on ne peut suivre aucune chose. On est débordé. J'aimerais suivre un certain nombre de petites choses, en tous cas l'histoire, et puis la psychanalyse, et la génétique, et un peu l'ethnologie : il n'y a pas moyen !"
Deux ouvrages réhabilitent ce brillant esprit : Philippe Lançon, après avoir tancé "les logorrhées spontanéistes de l'internet" cite Bernard Franck : "Achetez Berl, munissez-vous d'un crayon et, comme dans votre jeunesse, soulignez dans son livre les "bonnes phrases". L'ennui, avec Berl, c'est qu'il ne reste pas de blancs."

D'Emmanuel Berl, je conseille "Sylvia".

* Printemps 1968

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"Celui d'Alice."

J'ai reçu aujourd'hui dans ma boîte aux lettres "physique" une enveloppe toute rouge d'Alice. Or, je ne connais d'Alice que les paroles de la magnifique chanson de Pierre Perret : "Moi, mon seul complice, c'est celui d'Alice, c'est de la réglisse, du petit sucrin... Que la cicatrice si jolie d'Alice jamais ne guérisse mes amis sinon, dans ce monde triste de baiseurs centristes qui jouent en solistes je me sens si con." où il fait l'apologie du sexe féminin.
Mais alors, là : Alice ! Dans une enveloppe cardinalice.
Si ma mère était de ce monde, elle m'aurait demandé : "Qui est cette "Alice" qui t'écrit ?"
Troublé, angoissé même, j'ai réussi à ouvrir l'enveloppe ; il y avait sa photo, cheveux au vent comme je les aime, et j'ai lu : "A 24 € 95 par mois tout compris, Alice est vraiment unique ! Cher monsieur, Depuis qu'Alice est installée dans votre région, vous n'avez pas eu le temps de faire sa connaissance." Et non, c'est vrai... mais il faut dire que je suis un peu sauvage...
Et en poursuivant ma lecture, j'ai tout compris. Savez-vous qui est "Alice" ? Une entremetteuse ! une "adsl wi-fi box modem"...
Ouf ! Heureusement que ma bonne mère, qui n'aurait rien compris, a quitté ce monde de fous. J'aurais encore dû fournir des explications...

*

QUELQUES MOTS D'ELLE

"A propos de barres"

On se souvient qu'hier, Camille C. avait été effrayée par des barres mystérieuses.
J'ai tenu à la rassurer.

"Je ne regrette pas d'avoir terrassé cet objet mauvais qui a effrayé mon amphitryonne.
Je ne le voyais plus. Il s'était fondu dans le paysage comateux où venaient peindre, parfois, quelques faiseurs de croûtes.
Quand elle me fit part que ce vieux rossignol, dont j'avais moi-même oublié l'usage, lui enfonçait des clous dans sa chair et son esprit, mon sang ne fit qu'un quart de tour. Et je boutai l'intrus hors du nouveau pays de ma nouvelle géographie.
Des idées vinrent. Ainsi, ces faux-fers mal encloqués dans du plastique "vogue année soixante" avaient pu prendre le visage de monstres froids et sadiques ?
Il fallait séance tenante laver son linge sale en famille. Or, je n'en avais plus.
Et ce claudicant repoussoir n'était rien d'autre qu'un agrès pour slips kangourous trapézistes, où mon petit Arthur languisait péniblement.
Heureusement, Fripounette me saisit le fouet des mains, me cingla de propos caustiques et m'administra une potion magique.
Je redevins le colosse aux pieds d'argile, et la Petite Poucette chaussa ses jolies bottes de sept lieues."

JF



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11 juillet 2007 3 11 /07 /juillet /2007 18:49
Je suis parti parce que j'ai eu peur de devenir trop vite mort, trop vite vieux...
Jacques Brel, par l'entremise de ma mère, qui poursuit son interview dans la salle à manger, m'interroge : "Pourquoi n'avez-vous pas pu rester derrière le bureau où la vie vous a placé ? Pourquoi votre champ à labourer ne vous a pas rempli sufissamment ?"
Alors je me hasarde à expliquer : "Je suis rentré de justesse au Ministère de la Justice, en qualité d'employé aux écritures, le 1er avril 1991. Fonctionnaire de l'ombre, gratte-papier et rond-de-cuir ou rond-de-papier en gratte-cuir, je n'ai jamais cherché à grandir dans cet écosystème. Il y a plus de 15 ans que je suis convoqué tous les matins au tribunal, et mon affaire n'a toujours pas avancé... Moi, j'aurais bien voulu être un artiste. Ce que je fais est alimentaire. Vous, Jacques, vous avez bien quitté la cartonnerie, en menaçant de casser les carreaux de l'usine qui étaient toujours mal lavés... Voulez-vous que je vous dise ?"
"Tu arrêtes tes conneries ?"
tonne mon père... "Tu es trop intelligent pour rester ici et trop con pour aller ailleurs..."
N'empêche qu'il a été fier d'assister à la première de ma pièce "Agence" donnée d'une bien insolite manière...
Au tribunal, mes collègues de bureau -à qui je m'étais ouvert du délit d'écriture- ont tenu à jouer mon texte... dans une salle d'audience.
Quel dramaturge peut se vanter d'une pareille prouesse : voir sa première pièce créée dans une salle d'audience d'un Palais de Justice, avec, dans l'assistance, le Président du Tribunal, le Procureur de la République, la Concierge, les Femmes de Ménage, une Soumise de ses amies en bottes-cuissardes, sa Psychiatre et ses Parents ?
Je vais vous faire une confidence : ce soir-là, j'ai entendu le souffle de la voix de mon ami Jacky, depuis son exil à "Ailes Blanches", qui me disait : "Vas-y, Jo..."

Erreurs, coquilles...
Aujourd'hui, chez mon marchand de journaux préféré (19, place du Salin à Toulouse), j'ai acheté une carte postale. Il me faut vous dire que toutes les semaines, j'envoie une carte postale à ma mère...
Celle-ci, je la garde, en collector, comme on dit aujourd'hui... Elle représente l'une des plus belles places en forme de triangle isocèle presque parfait de la ville rose, la "place de la Trinité". Or, au dos, avec superbe, la légende dit : "Toulouse, la place Esquirol". Il y a un téléphone. J'appelle l'imprimeur. J'ai presque envie de lui dire que non, c'est pas là que Brel est mort... Il me répond gentiment : "Je sais, il y a une erreur. On va corriger ça..." La carte est tirée à 500 exemplaires. Peut-être en dénicherez-vous une, un jour, au rayon des curiosités, dans une brocante... Dites, vous penserez à moi ?

Le désert des Tartares.
Dans la bibliothèque de Jacques Brel, on trouve le si beau livre de Dino Buzzati "Le désert des Tartares". Ce texte est d'une réussite totale sur l'attente, l'action qui ne vient pas, l'espoir d'un coup d'éclat, et la mort lorsque l'ennemi est là...
La chanson "Zangra", autre réussite de densité, s'inspire de la même veine. Lisez ou relisez le livre. Ecoutez ou réécoutez la chanson. Et ne partez pas encore... On ne sait jamais... Tout peut arriver... Apprêtez-vous à vivre le moment où vous vous y attendrez le moins... Et il arrivera... quand vous ne vous y attendrez plus.

La bibliothèque de Brel.
J'ai dans l'idée de reconstituer un jour quelque part la bibliothèque de Brel. Par recoupements, on sait les livres qu'il a lus et aimés... C'est une bonne idée, vous ne trouvez pas ?
J'ai pris plaisir à établir la bibliothèque commune que nous aurions pu partager, Brel et moi, si nous nous étions retrouvés sur une île déserte. Nous avons assisté aux mêmes messes et nous avions les mêmes missels. Les auteurs cités seront rassurés d'avoir au moins deux lecteurs confirmés :
Alphonse Daudet :  Le Petit Chose
Aldous Huxley :  Le meilleur des mondes
La Fontaine : Fables
Guy de Maupassant : Boule de suif
Henry de Montherlant : La ville dont le prince est un enfant (dédié à l'abbé Casy Rivière.)
Antoine de Saint-Exupéry : Terre des hommes
Franz Kafka : Le procès
Joseph Kessel : Belle de jour
Molière : Oeuvres
Jacques Prévert : Paroles
Jean-Paul Sartre : Les mots
John Steinbeck : Des souris et des hommes
Boris Vian : L'écume des jours

Les Russes sont bons pour écrire.
Tourgueniev, Gogol, Tchékov... Les lire, c'est pas mal du tout, du tout...
Quand Brel va chanter en Russie, il fait un triomphe. Les Russes pleurent sans comprendre un seul mot. Le poète Evtouchenko écrit une phrase magnifique que je cite de mémoire : "Il incarne toute l'impétuosité chaotique, comme les vivrations d'un moteur."

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves:

Comme un arbre dans la ville.

Ca n'a pas tardé. Dans mes "brèves" du 30 juin, je m'inquiétais sur le sort de l'oeuvre d'art de la ligne B du métro Toulousain, station "Barrière de Paris". Pour mémoire, ce sont deux énormes arcs d'acier qui s'érigent vers le ciel, qui me font penser à deux parenthèses ouvrantes. Je ne trouve pas ça si vilain.
Une dame, interrogée par le correspondant du journal "La Croix" (et pas forcément "croix-yante") a éclaté : "Pourquoi ce truc ? Autant planter un arbre que cette mocheté."

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France Inter ou la différence

Déjà traumatisé par la disparition en son temps des "Choses de la Nuit" de Jean-Charles Aschéro, et polytraumatisé par le départ -volontaire- de José Artur et de son "Pop Club", la grille d'été de "France Inter" me fait sortir de ma réserve et m'empêche de garder ma contenance.
A des rediffusions en série, sans même le souci de faire un montage -à 1 h 28 du matin, il est 18 h 32- succèdent des bouts de morceaux de redites. Où sont les "Dramatiques de Minuit", les "Maîtres du Mystère" qu'il suffirait de ressortir ? Que n'offre-t-on un laboratoire à des voix et des concepts nouveaux ?
Vieil auditeur de "France Inter", je perds tous mes repères. Où est "La nuit Caroline" de Caroline Grimm ? Et "Le mot du jour" d'Alain Rey, chassé comme un malpropre ?
La grille d'été de "France Inter" ressemble à un "barbecul" bancal qui n'aurait même pas sa chance dans un vide-grenier.
Une petite modération tout de même à mon propos :
Entre 8 h 45 et 9 h, une petite sonate vient se glisser dans votre oreille. C'est Jean-Pierre Coffe, dans un petit quart d'heure joliment facturé : "Permettez-moi de vous présenter..." un fruit, un légume, un aliment. Avant-hier c'était l'ail, hier l'abricot ("l'oeuf du soleil" pour les Perses) et aujourd'hui les piments...
C'est une émission "making-coffe" pour faire réfléchir les "grosses légumes" et "le gras du bouillon" de Radio France ?

JF

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Ce n'est pas sans fierté que je vous annonce que Camille C. songe à "ouvrir" un blog, un support bien séant et bien naturel où les mots qu'elle dompte, qu'elle caresse, qu'elle accomode prendront toute leur ampleur, et tout leur épanouissement.

QUELQUES MOTS D'ELLE
par Camille C.

"A PROPOS DE BARRES"

Chez lui, gênant à demi l'entrée de la cuisine, apposée à la porte blanche, une chose étrange et insolite retint mon attention et mes pas.
Qu'était-ce ?
Un objet indéfinissable que je ne saurai plus décrire dans le détail tant sa présence m'incommodât et me forçât à fermer un peu les yeux pour ne pas le voir tout entier. Deux barres parallèles montées peut-être sur quatre pieds. Quel pouvait en être l'usage en cet endroit ?
Ma première idée fût que ce fer avait pu servir les penchants sadomasochistes de mon hôte.
Mais de quelle façon ?
Ma nature curieuse l'emporta sur le dégoût.
La matière est froide : impossible de se mettre entre les barres. Peut-être dessus ? S'y accrocher ? Y être attachée ? L'objet serait-il plus lourd qu'un corps ?
Non ! D'ailleurs, je ne vérifierai pas car je ne toucherai pas. Je ne m'habituerai pas non plus... sauf... si ces barres parallèles me faisaient penser à celles que les gymnastes essaient de maîtriser par tous les muscles tendus de leurs beaux corps.
Des gymnastes nains alors ? Des gymnastes de jardin ?
Le fou rire qui sourd en moi me rassure. L'objet me semble moins repoussant.
Oserai-je passer un doigt dessus ? Pas encore.
Le mieux serait d'en parler. Le dénoncer.

Inimaginable ! Un suspensoir à linge ! Je glousse.
Pour quel linge ? Celui des trolls mais pas celui de mon hôte. Tout juste une culotte, deux chaussettes ou un gant de toilette.
Je suis perturbée et vexée car ce substrat d'un vert pisseux a obscurci mon esprit malade qui s'est laissé dominer par des pensées malsaines.
Heureusement, elles ont été lavées par le linge propre et humide de Gulliver.

Camille C.

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10 juillet 2007 2 10 /07 /juillet /2007 17:45
Agences, boutiques et stations...
Une agence, mais une agence de quoi ? De voyage, bancaire, pour l'emploi, matrimoniale ?
Une boutique, mais de quoi ? De fringues, de chaussures, de vaisselle, de fleurs ?
Une station, mais de quoi ? De ski, balnéaire, de radio, d'essence, de métro ?

En 1991, un soir, en rentrant du cinéma, je suis passé devant une devanture où clignotait une enseigne : "Agence". J'ai poursuivi ma route, mais mon imaginaire a couru. Une agence ? Oui, mais de quoi ? J'ai pris du papier, un stylo, et j'ai jeté quelques idées. Trois personnages attendent devant une agence fermée. L'un prétend que cette agence est une agence pour l'emploi ; le deuxième une agence matrimoniale ; le dernier une agence bancaire. Je tenais là un excellent départ d'intrigue. Devant cette auberge espagnole, tout devenait possible.
Sans le savoir, j'avais trouvé une veine d'écriture. Sans le savoir, je me suis mis à écrire ce qui allait devenir une pièce de théâtre. Alors que je n'étais pas du tout fait pour ça, alors que je n'étais pas du sérail... Je n'avais approché le théâtre que lors d'une certaine et marquante soirée scolaire -je devais avoir 14 ans- au théâtre Daniel Sorano à Toulouse, où l'on donnait "L'Avare" de Molière, que j'ai par la suite très bien connu...
Une autre révélation se fit en 1989, lors de la disparition de Samuel Beckett. Sam, d'outre-tombe m'avait envoyé sa pièce "En attendant Godot", que je reçus en pleine figure, tous phares allumés, d'une évidence telle qu'il me semblait avoir pu l'écrire... Toute une thématique me parlait : l'inanité de la vie, l'horreur d'être né...
Pourquoi les muses Talie et Melpomène vinrent-elles me visiter, alors que j'étais plus habitué à l'envahissante présence de la fée Carabosse ?
"Agence" achevée, j'ai embrayé avec "Chanterelle", puis "Flaque", puis "Orbe", puis "A propos de bottes", puis "Notice", puis "Calandre", puis "Sas" (ou "Tout bleu" ou "Si bleu"), puis "Postier de nuit". Des titres courts, pas plus de trois syllabes. Des pièces courtes et percutantes, empreintes de poésie absurde. Longtemps j'ai gardé ces textes dans mes tiroirs. Tant qu'ils ne voisinnent qu'avec de la poussière et des acariens, il n'y a aucun risque. Mais la démarche d'un créateur est de s'exposer un minimum. Brel me souffle : "Nous avons des fonctions tellement exhibitionnistes que cette fonction n'est tolérable que dans la mesure où l'on ne peut pas se taire."
J'ai écrit neuf pièces. Deux ont été montées. Certains m'ont dit que "j'avais du talent". Il faut faire attention, vous savez, avec les artistes, ils sont si fragiles. Ils passent vite à l'acte. J'ai répondu que "ce n'était pas du talent, c'était de la mémoire";
Je m'étais promis que mon dixième travail serait entièrement consacré à Jacques Brel. Vous l'avez entre les yeux. Qu'en pensez-vous ?

J'ai tenu à faire intervenir Jacques Brel dans toutes mes pièces, un peu comme une apparition "à la Hitchcock", et beaucoup parce que ça me semblait tomber sous le sens, que j'avais tellement besoin de lui...
Je reproduis ici bien volontiers, à l'intention des futurs exégètes de Brel et de Fauré la toute première intervention "brelienne" dans "Agence" :

Didascalies :
"L'horloger s'éloigne, allume une cigarette et fait les cent pas, l'air absorbé.
L'illusionniste s'approche de la palissade et regarde ses affiches, méditatif.
Mademoiselle reste debout quelques instants, s'assoit sur le banc public près de l'agence, et s'administre un tranquillisant.
Au bout de quelques instants, l'horloger et l'illusionniste viennent la rejoindre et s'assoient à côté d'elle.
La lumière baisse.
On entend les premières mesures s'une chanson qui sera interprétée dans son intégralité. C'est "Vivre debout" de Jacques Brel.
Après la chanson, tous trois se relèvent, comme un seul homme."

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves:

Négritude

Elle : Je suis coiffeuse. J'ai coiffé Lady Di juste avant son accident.
Lui : Elle est morte les cheveux propres au moins.
Elle : J'aime beaucoup les romans de de Judith Ralitzer. Et vous ?
Lui :  Moi aussi. C'est moi qui les écrit. Je suis le nègre de Judith Ralitzer.
Ces répliques sont extraites du dernier film de Claude Lelouch "Roman de gare" sorti sous le prête-nom d'Hervé Picard. En fait, il n'y a que sur ce blog que vous saurez toute la vérité. Ce n'est pas Hervé Picard qui a écrit le film. C'est moi. Et oui ! Je suis le nègre d'Hervé Picard.

PS : Plus sérieusement, "Roman de gare" dont je vous ai entretenu dans mes "brèves" du 29 juin, est un bel objet cinématographique, bien réussi.  En voulant jouer un tour aux critiques qui l'éreintent comme taureau avant l'arène, Claude Lelouch a réalisé un film tout à fait regardable, sans se priver des grosses ficelles du roman qui se lit vite (fausses pistes, flash-backs, destins croisés, complots, machiavélisme...) -j'ai pensé au romancier Guy des Cars que certaines mauvaises langues appelaient "Guy des gares"-.
Je décerne des lauriers personnels à Dominique Pinon (souvent vu chez Jean-Pierre Jeunet) et à Audrey Dana, hélas tout inconnue de moi et que je trouve fort jolie.
Sur Fanny Ardent, que dire qui ne tomberait pas à plat ? Qu'elle est doublée par Catherine Deneuve ? Mais je suis sûr que vous ne me croiriez pas.

"Roman de gare" actuellement à l'affiche.

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Carte blanche à Camille

Quand Camille C. retrouve le goût des mots et redevient la femme de plume qu'elle a toujours été (qu'elle ne se défend plus d'être), le résultat est des plus heureux.
Sa phrase est d'une grande pureté. Je vous donne mon billet que, s'il existe quelqu'un d'important qui regarde et agit, ici, en haut ou en bas ; et si les Nothomb, Despentes et autres Angot, qui cannibalisent les librairies lui font un peu de place, elle trouvera son lecteur.

"Je te cherche. Où es-tu à une heure pareille ? Je suis sûre que tu t'es échappé au poulailler pour y chercher encore quelques poules. Quand donc cesseras-tu, enfant sauvage des campagnes ?
Il n'en existe plus des comme ça. Il est fini ce temps des décharges magiques, des zoos mythiques et des champs de colchiques ! Allons bon, te voici qui vocifères et me réponds que rien ne finit jamais, qu'il suffit d'y penser pour revivre les belles heures du temps passé... le temps passé.
As-tu rapporté les boîtes, le pot aux oiseaux ? De quelles trouvailles t'es-tu encombré ? Regarde ton pantalon, c'est hier que je te l'ai fait changer ! Regarde tes cheveux, ils sont tout défaits, et sors le raphia de ta poche. Mouche ton nez, sèche tes yeux ; tout cela n'est pas si grave. L'essentiel, c'est que tu ne perdes pas la mémoire en chemin. Au contraire, tu as raison, plus rien ne se perdra là où tu l'as mis. On ne peut plus rien ajouter, on ne peut plus rien enlever. C'est la boîte à secrets que tu t'es empressé de verrouiller. Tu as bien fait de me confier une moitié de sa clef."

Vous retrouverez Camille C. dans ces colonnes régulièrement.

*
A propos de bottes...

Ce soir, il y a "Barbarella" à la télévision, sur "Arte". J'irai peut-être vérifier si Roger Vadim a bien fait mettre de jolies cuissardes couleur argent avec un liseré noir à Jane Fonda...

JF


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9 juillet 2007 1 09 /07 /juillet /2007 22:01

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Les titres des tableaux de Philippe Vercellotti sont à eux seuls de véritables romans : "Prélude à l'après-midi d'un téléphone", "Fiole d'extrait de grillage sauvage", "Les antennes à ondes boïtacienne", "Formule bleue de concentré d'extrait de ressort", "L'apparition de l'orbe à manivelle", "Transmutation du 201 au 128", "Les trois guetteurs"...

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Philippe Vercellotti

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Philippe Vercellotti

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9 juillet 2007 1 09 /07 /juillet /2007 20:20
A toutes les femmes
et à tous les hommes adultères de la Terre.
Et à Benoît XVI, avec tout le respect que je lui dois
A ma mère et à Dieu, vraiment.

Jeux de mots - Je de maux
"Qui a bu boiera ; qui est imbu aboiera."
"D'ores et déjà ; D'ors et de jade."
Le chien aboie, la caravane passe, le vagin vagit et le pénis peine...
Si j'ai bien compris, Jacky, dans la vie, il y a trois stades : l'enfance, l'adolescence et l'adultère ?

Bestiaire.
Des singes, des biches, des petits chiens, des grands chats, un lion des crocodiles, des moutons, des poules-faisannes, des vaches et des femmes...

Je veux mon portrait en "quat'-de-couv" dans Libé
Quand on demandait à Brel ce qu'était pour lui le lyrisme, il répondait : "C'est Jérôme Bosch qui dessinerait pour un quotidien." Moi, j'aime beaucoup la "chose imprimée".
Savez-vous ce qui me ferait vraiment plaisir ? Ce qui flatterait mon égo ? C'est d'être l'objet ou le sujet du très convoité portrait en dernière page du journal "Libération". Par exemple, à l'occasion de la sortie de ce livre...
Je crois que je vais envoyer un message au quotidien de Serge July : "Que faut-il faire et qui faut-il être pour avoir son portrait en "quatre de couv'" dans Libé ? (Si vous connaissiez ma vie...)"
Quand je cultive mes névroses et que je taille mes névrosiers, je m'offre, dans le jardin de la nuit, au milieu des "désespoirs du peintre" et des "oeillets de poète", de beaux voyages au pays de Bruegel et de Bosch.

Joëlle.
"Madame raconte partout que l'on m'appelle tata Jacqueline ; je trouve madame mauvaise copine..."  (Les remparts de Varsovie)
Ma mère, après avoir mis au monde des jumeaux (faux), en 1950, n'attendait plus personne.
En 1962, un "accident" m'annonça. "Bon, puisqu'il est là, on le prend, cet enfant." Ma mère aurait bien aimé avoir une fille. Elle avait choisi le prénom du petit tardillon non-désiré : Joëlle.
La mère de Brel, après avoir perdu des jumeaux, souhaitait une fille. Après un premier fils, Pierre, c'est Jacques qui arriva. Pendant longtemps, sa mère s'entêta à l'appeler Denise, et à lui laisser les cheveux plus ou moins longs...
Vous vous rendez-compte de ce à quoi on a échappé ?


Finalement, il n'y a pratiquement pas de différence entre un homme et une femme : il n'y a que les deux premières lettres qui changent...


Nouveau seuil critique.
Vous ne pensez pas qu'on va écrire :
"Fauré va beaucoup trop loin dans sa démarche littéraire.
On finit par se lasser de ces juxtapositions narcissiques, de ces parallèles douteux. Qu'a-t-il voulu faire, au juste ? Dans quel genre court-il ? La co-biographie"
?

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves:


L'UNIVERCELLOTTI

J'ai reçu de bonnes nouvelles de Philippe Vercellotti.
Je suis très fier de suivre cet artiste talentueux et modeste depuis ses débuts, en 1989, alors qu'il se décidait à montrer sa mystérieuse "boîte à C" et accrochait ses toiles sur les cimaises de la galerie de la si bonne, si chaleureuse Simone Boudet, rue Genty-Magre. Les toiles de Philippe Vercellotti m'ont toujours fait rêver. Je suis aussi très heureux de la fidèle amitié que nous nous portons.
Si vous passez par Aspet, près de Toulouse, cet été, allez-donc vous faire une idée de son univers.
Vous pouvez aussi aller visiter son site : http://vercellotti.monsite.wanadoo.fr
J'ai retrouvé dans mes archives le texte que Philippe Vercellotti m'avait inspiré.

"Les Fatras organisés de Philippe Vercellotti.

L'univers pictural de Philippe Vercellotti repose sur un principe fondamental : la fusion patinée des objets de rebut qui ne veulent pas mourir.
Si les vieux murs orbes et douteux n'offrent aucune chance de voir l'air libre à la bimbeloterie qu'ils renferment -l'air du jour détruirait-il ces assemblages uniques ?-, ils sont dispendieux en lumière refletée de partout et de nulle part, un peu comme si ces capharnaüms
confinés étaient éclairés par des feux occultes.
Et soudain, les teintes sépia, les couleurs des cuisines d'autrefois à la campagne, jaillissent entre les tomettes rouges, les commodes citronnées ou parfumées à l'encaustique, les poutres-maîtresses, au dessus des tabliers des âtres ou des boîtes gigognes font la parade au dessus des convenances.
Il faut dire que les boîtes offrent toute lattitude à l'observateur. Ne parlons pas du peintre...
Dans ces greniers de ferblantiers et de rempailleurs, sans doute tout au bout du corridor où le vent chante, jour après jour, presque compulsivement, la vie en remet une couche. Ce qui n'arrange rien. Ou ce qui arrange tout. C'est selon.
Alors les crépis s'effritent, les boiseries travaillent et se charançonnent, mais les instruments du culte de la vie vieillissent de concert et de conserve : c'est ce qui fait leur force, leur cohérence.
Placés là, cohabitant comme le hasard avec le hasard, des fioles à demie-pleines ou à demie-vides colloquent avec les hameçons, les leurres et les appâts de nos doutes les plus obsessionnels.
C'est la victoire de la matière, de ces objets qui nous gouvernent parfois.
Alors, les vieilles guimbardes, qui en ont marre de se faire rouler, sèchent leurs pneus boueux et leurs chromes dans l'entrepôt de nos mémoires, un pan de toile pudiquement posé sur leurs carcasses.
Alors, les vieux voiliers, les "mâtures mortes" sans capitaine -ont-ils jamais pris la mer ?- semblent n'être que de piteuses épaves, ou des maquettes inachevées par un garnement qui a dû reprendre l'école.
Alors, les téléphones attendent que quelqu'un les sonnent, au beau milieu d'un bric-à-brac inspiré.
Alors, les vieux fauteuils Voltaire sont eux-mêmes un peu crevés -sur qui un fauteuil fatigué peut-il se reposer ?-.
Nous devrions y songer plus souvent.
Mais chez Vercellotti, ce n'est pas parce qu'un clou est tordu qu'il est arraché.
On peut aisément imaginer un dialogue entre le peintre et une admiratrice.
" - C'est comme ça, chez vous ?
- Oh, non ! C'est beaucoup moins bien !"
Les clous dont on fait des spectacles, les boîtes dont on fait des cartons, les tuyaux crevés dont on fait des tubes, les roulements à bille, les manivelles et les ressorts, toutes ces rotules si utiles animent les toiles Vercellotti. C'est la vie !
Pour ce qui est des étiquettes, on a "traité" Vercellotti d'"hyperréaliste". Mais on lui a aussi donné du "dada" ou du "pataphysique".
Il me semble que sa sensibilité aux êtres et aux choses, et les contre-univers et les solutions qu'il propose le ferait "dévier" du côté du "surréalisme".
Bien sûr, ce ne sont que des mots pour les petits marquis de la critique : n'y sacrifions pas trop.
Petite précision à l'usage des rédacteurs pressés sans souci du détail : VERCELLOTTI s'écrit avec deux
"l" et deux "t". Ca a son importance.
En revanche, laissons aller l'imagination de tous et de chacun au gré de ses toiles, dessins, huiles, chantournés et trompe-l'oeil.
Au catalogue des objets introuvables, Vercellotti signe la gamme des utilitaires. Des utilitaires à la force et à la vivacité de nos émotions et de nos nostalgies.
Plus que jamais, nous avons tellement besoin des artistes.

Joël Fauré

Mairie d'Aspet. Du 11 juillet au 19 août 2007. Vernissage le mercredi 18 juillet à 18 heures.
(A 64 direction Tarbes. Sortie 18 Saint-Gaudens - Aspet par D 5)


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