29 juin 2007 5 29 /06 /juin /2007 19:40
Du flamand à l'occitan.
Chacun s'exprime en son patois...
De l'archange Saint-Michel terrassant le dragon à la croix du Languedoc, quatre branches et douze boules, nous vivons les choses pareillement mais nous ne les exprimons pas de la même manière. Laissons de côté les querelles intestines entre flamands et wallons, pour nous attarder, en France, sur la langue d'Oc et la langue d'Oil.
Mon père, Fernand, était plus à l'aise lorsqu'il parlait en occitan. Il disait "escaraougner" le Français, c'est-à-dire le malmener. J'ai encore dans l'oreille les dialogues de la vie courante en patois local qui, naturellement, régissait les échanges.
Ce que je retiens, entre autres, ce sont les verbes que me prêtait volontiers mon père. Il me disait : "Tu vois bien que tu mascagnes..." ou bien : "Qu'est-ce que tu tchaoupines ?"  ou encore : "Qu'est-ce que tu rembailles ?". Du coup, je me taisais et ne faisais plus rien.
Mascagner : s'appliquer maladroitement à un travail, faire des efforts sans résultat.
Tchaoupiner  : toucher quelque chose maladroitement.
Rambailler : mettre en désordre.
Ma mère, elle, préférait me dire -en Français dans le texte- : "Toi, si tu fais quelque chose de bon dans ta vie, j'irai le dire loin." Elle n'a pas eu à se déplacer.
En Belgique, j'aime les mots "septante, octante et nonante" pour soixante-dix, quatre-vingts et quatre-vingt-dix.
En Belgique, pour signifier que quelque chose est joyeux, on dit : "C'est gai, hein ?" Nous, en France, quand on dit "gai", la langue se mord la langue...
"En schuurt het zand over mijn land mijn platte land, mijn Vlaanderenland"

Le Monde des Lettres n'est pas une République.
Pas plus un royaume.
C'est une succession de hameaux.
Brel ne se sent bien qu'à la campagne. Il aurait souhaité écrire des romans -et y aurait sans aucun doute excellé ou, en tous cas, des nouvelles qui auraient été des amplifications de certaines de ses chansons-.

Bonnes et mauvaises nouvelles de Bretagne.
Nostalgique de mes années Bretonnes, je m'abonne à "Ouest-France". J'ai gardé quelques bandeaux d'expédition du journal, logo rouge, adresse noire sur fond kraft et de nombreux exemplaires du journal. "Fiston" est devenu peseur de lait. Il va de ferme en ferme vérifier la lactation des vaches, avant qu'elles ne sombrent dans la folie.
Ludovique Lefrêne, qui a appris que j'étais devenu fou avant les vaches, entretient sa belle relation épistolaire, et m'écrit pour me consoler : "Je fais le souhait que le petit garçon qui sommeille en vous, avec sa tendresse et sa sensibilité, s'impose pour toujours. Quand au petit garçon effrayé qui bouscule et complique la vie de l'homme que vous êtes, que le vent fort qui souffle en Bretagne l'emporte pour toujours."  Ludovique m'adresse de jolies enveloppes colorées, toujours ornées d'un timbre de collection, décorées avec goût avec des collages merveilleux. Un très beau jour, je reçois une belle enveloppe rouge, qui est la couleur des cardinaux et de la passion. Collée en façade, une photo de Brel découpée dans la presse. De sa bouche, Ludovique fait partir une bulle qui contient mon adresse. A l'intérieur, je trouve une photo véritable de Brel. Ludovique, de son porte-plume bleu, m'écrit : "Je joins à cette lettre, à votre intention, cette photo de Brel, que j'avais achetée après son si bon spectacle, auquel j'avais tenu à assister à Rennes. J'étais assise juste derrière Pierre Nougaro, père de votre voisin Toulousain Claude. Hélène Nougaro était, à ce moment-là, élève dans le même lycée Rennais que moi...
Puis j'ai revu Brel plus tard, lors de sa tournée d'adieux.
J'exagère un peu. Cette photo n'est guère présentable car, comme elle s'est trouvée rangée dans le tiroir des photos de famille, qui était archi-bondé, elle a souffert, malmenée lors d'une fermeture de celui-ci."
Ludovique exagère quand elle dit qu'elle exagère : la photo est seulement un peu froissée et, si elle donne à Brel un visage chiffonné et quelques plis sur son costume, l'émotion, l'énergie de l'interprète sont bien là.

Les facteurs feraient bien de ne pas s'arrêter quand ils apportent de mauvaises nouvelles. Ou bien les chiens, qui ont de l'intuition, devraient laisser les mollets tranquilles et croquer les plis fâcheux. En voici un. Fiston est mort. Une maladie foudroyante vient de l'emporter dans l'Achéron, mais pas dans le Styx, ce fleuve qui fait sept fois le tour de l'Enfer. Fiston est mort de la maladie du Légionnaire, lui qui ne l'a jamais été.

(A suivre.)

Joël Fauré.

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Brèves :

LE PIGEON

J'avais trop en mémoire le livre de Patrick Süskind qui m'avait marqué au fer rouge.
Et pourtant, rien à faire, tous les jours, dans ce gros machin public en construction, où j'essaie de gagner ma vie, à la pause-café, derrière une énorme baie vitrée, en vis-à-vis des distributeurs de planètes "Mars" et de constellations "Lion", je ne pouvais m'empêcher de le voir. Il était là. Le cadavre.
Un pigeon commun des villes, mort et tombé là, sur les dalles grises...
Impossible de ne pas le voir. C'est un passage obligé pour les usagers et les employés du lieu. La mort en vitrine. Comme une belle pute.
Au début, on d'est dit : "Quand même, y pourraient au moins l'enlever... " Mais bon, on  ne meurt pas toujours dans des endroits commodes. Alors il est resté là, le pigeon. Un jour, deux jours... un mois, deux mois, six mois..." Et puis, on a fini par s'y habituer... Finalement, on s'habitue à tout, même à la mort.
Nous avons assisté à sa décomposition. Chaque jour, en sirotant mon café court, je m'interdisais d'écrire... je ne sais pas, moi... une nouvelle, une allégorie sur le thème de la mort, avec des passerelles entre les pigeons et les hommes.
Je méditais sur cette dépouille que TF1 n'est jamais venu filmer ; sur laquelle, jamais, je n'ai vu une pigeonne s'incliner.
On est bien peu de choses.
Aujourd'hui, il est réduit à l'état de squelette.
Je n'ai pas pu m'empêcher de lui écrire, faute d'une épitaphe, ces quelques mots... même pas des vers...

*

DEVOS A LA RESCOUSSE

Un ami me paraîssait bien morose (j'aime bien employer ce mot "rose", depuis qu'Aurora et Théo m'ont dissuadé de bleuir) cet après-midi.
N'écoutant que mon instinct, gonflant mon ventre (sans trop de mal, je bedonne et c'est une mauvaise graisse.), j'ai retrouvé l'imitation de Raymond Devos que j'avais mise au point et qui a déridé mes semblables avant que je devienne fou.
"Un type est devant un sex-shop. Il dit : "Enlevez-moi toute cette saloperie !"Le gérant, n'y tenant plus, sort de sa boutique et dit : "Mais enfin, monsieur, calmez-vous, vous allez me faire perdre des clients. Si vous n'aimez pas, passez votre chemin."
Et le type de reprendre  : "Enlevez-moi toute cette saloperie de buée, je n'y vois rien."
Et voilà comment mon ami s'est fendu d'un bon rire.
Qui a dit "La chair est triste et j'ai lu tous les livres" ?

*

ITINERAIRE D'UN GENIE MALMENE

10 : c'est le nombre de fois que j'ai vu "Itinéraire d'un enfant gâté" de Claude Lelouch dans une vraie salle de cinéma, au temps où il en restait quelques unes, et ce n'était pas compulsif.
Claude Lelouch m'a toujours beaucoup impressionné par ses facultés à être un regard perçant sur la vie. On a dit de cet homme pis que pendre, et si "Un homme et une femme" l'ont à jamais "chabadadisé", ses autres pellicules, navets, flops et bides n'ont pas entamé ses convictions profondes. J'aime chez cet homme ses rapports au temps, aux hasards et aux circonstances, sa façon de tenir la caméra, ses amis (dont Brel), ses femmes, ses maîtresses... J'ai aussi adoré "Il y a des jours et des lunes" tombé dans les oubliettes.
Et aujourd'hui, j'en viens à me demander pourquoi ce génie malmené a été réduit à utiliser un stratagème pour proposer son nouveau film. Il a donc sorti "Roman de gare" sous le pseudonyme d'Hervé Picard...
Je n'ai pas vu ce film, je ne peux rien en dire, mais si je m'appelais Claude Lelouch et si j'en avais les moyens, je deviendrais mysanthrope pour de bon.

JF


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28 juin 2007 4 28 /06 /juin /2007 19:39
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Fiche d'archives du "Figaro"... à propos de Brel (Détail)
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28 juin 2007 4 28 /06 /juin /2007 17:32
Photocopieur ou photocopieuse ?
Si mon livre, je veux parler de celui-là, que vous tenez entre les mains, n'avait pas été "pris" par un éditeur, composé, ajusté en pages bien rectilignes, imprimé, relié, massicoté, transporté, diffusé, empilé, je crois que j'aurais continué à faire ce que j'ai toujours fait avec mes écrits, depuis que personne n'en veut : j'aurais continué à photocopier mes feuillets A4, 21 par 29,7 cm, 80 grammes au mètre carré sur cette merveilleuse invention qu'est la machine à photocopier... 
Le photocopieur... La photocopieuse...
Comment doit-on dire exactement ? Je n'ai jamais su s'il fallait dire "un" photocopieur ou "une" photocopieuse. Il est vrai que l'on n'a jamais vu l'engin dans le plus simple appareil...

Les fiches d'archives du Figaro.

C'est un document étonnant. Une mine. Une somme. Ce sont les fiches d'archives du "Figaro" consacrées à Jacques Brel. Je les avais obtenues du journal, suite à une lettre que j'avais adressée, demandeuse de coupures de presse. Ecrites à la main, renseignées au jour le jour, elles attestent du temps pas si lointain où les bureaux des rédactions n'étaient pas équipées d'ordinateurs.
Elle se présentent impeccablement tenues, en diverses rubriques qui permettent un repérage immédiat : date, colonne, page, éditions, sujet et auteur.
On peut lire :
Au 29/4/61 : serait heureux si vous l'aidiez à retrouver sa voiture volée à Paris.
Le 16/1/64 : A perdu volontairement 60 anciens millions de francs en prêtant son concours à des galas de bienfaisance.
Le 9/12/64 : Va faire ses débuts d'acteur dans la Métamorphose des Cloportes.
Le 5/11/65 : quand il chante le public russe pleure sans comprendre.
Le 9/11/66 : A consacré son dernier dîner parisien à F. Mitterrand.
Le 16/1/67 : menacé d'un attentat à la grenade.
Le 18/9/71 : Interprètera un pilote de guerre ds L'Equipage" film Ed. Molinaro.
Le 11/2/75 : rumeurs inquiétantes sur sa santé.
Le 22/2/75 : serait hospitalisé sous un nom d'emprunt à la Guadeloupe.
Le 10/10/78 : est mort hier. Brel, un Céline de la poésie.

Tango.
"Le tango est une pensée triste qui se danse."  Figure lascive, longtemps interdite par la papauté, Brel a utilisé cette danse dans plusieurs de ses chansons : "Tango funèbre", "Rosa"...
Toulouse et Buenos Aires se disputent le cadavre de Carlos Gardel, le père incontesté de ces pas croisés et comptés...
Brel et moi partageons le même complexe : dès qu'il s'agit de jouer les ours savants et de se déhancher sur des rythmes de nos latitudes ou tropicaux, nous aimerions devenir des lapins et détaler dans la nature...

Sans pompes.
Si j'en crois ce qu'écrit Maddly dans un de ses livres ("Pour le jour qui revient", page 34) , Brel a été enterré sans chaussures. (Est-ce invérifiable ?)
Par contre, il se dit que les ongles de Napoléon continuaient de pousser après sa mort, perçant le cuir de ses bottes. (Est-ce vérifiable ?) Est-ce -pour rejoindre et pardodier Nougaro- "la Corse en lui qui pousse un peu sa corne" ?

(A suivre)

Joël Fauré

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Brèves :


FONDS DE CALLE (Suite)


Petite piqûre de rappel : la ligne B du métro toulousain sera opérationnelle samedi 30 juin. De nombreuses animations sont prévues dans toutes les stations, et une belle et riche idée viendra couronner la soirée "escalator-portes palières-coucou, c'est moi, fais ta photo sur ton portable" : un concert en plein air donné "seulement" par l'Orchestre National du Capitole, sur la place du même nom.
Les moins oublieux d'entre vous se souviennent que j'ai donné un petit coup de projecteur sur la station "Jeanne d'Arc" dans mes "brèves" du 21 juin.
Sophie Calle a installé sa contribution artistique : de quoi faire écran à nos petites indifférences et à nos  grands hasards et circonstances. "Transports amoureux" et "messages personnels" défileront de manière moderne et pixelisée pour que l'attente et la "station debout" soient moins pénibles, surtout si Cupidon et ses flèches se décide à prendre le métro.
Pour rappel encore, j'avais donc déposé au portail qui acceuille les messages (www.transport-amoureux.vu) ceci :
"Au théâtre Carpe Diem -à moins que ce ne soit dans cette rame-,  je vous ai vue, glissée dans de hautes bottes de cuir noir. Je dois être fétichiste. Je suis devenu aussi fou que Maupassant. Il faut absolument que je vous retrouve. Sinon, j'en mourrais peut-être. Si vous vous reconnaissez -et même si vous ne vous reconnaisssez pas- :..." Suit mon adresse électronique.
J'ai eu le bonheur d'avoir confirmation que "mon message a bien été accepté. Il sera diffusé du 24/06/2007 au 01/07/2007.
Pour les adeptes de détail, je reprendrai les termes du site où vous pouvez, vous aussi, laisser votre message (par exemple si vous êtes "la fille aux hautes bottes noires" que je recherche.) :
"Pour démarrer le site, des messages ont été empruntés à la rubrique des petites annonces de diverses publications (principalement à celle du quotidien Libération).
Ils apparaissent en vert.
Les textes envoyés dès la mise en service de la messagerie apparaîtront en rose.
Vous m'en voyez tout rose de confusion...
Vous croyez que j'ai quelque chance de retrouver "la fille aux hautes bottes" ?

*

Comment faut-il s'y prendre ?

Pour me rendre à mon tavail, je suis tenu de longer une rue où, tous les trois mètres, un SDF, avec même gestuelle et même langage automatiques, me réclame un peu de sous. Parfois, je donne, mais je ne peux donner à tout le monde, sinon je vais me retrouver à leur place (et on sait, si on lit ces lignes, que la chose aurait très bien pu m'arriver...) Bon, ceci dit, on ne peut pas porter la misère du monde.
Quand je ne donne pas de manière sonnante et trébuchante, je me fais un point d'honneur à donner un grand sourire, accompagné d'un hochement de tête, que j'agrémente d'un "Bonne journée". C'est le moins...
C'est ce que j'ai fait ce matin-même.
J'avais fait à peine trois pas que j'ai entendu derrière moi mon sourire et mon "Bonne journée" accueillis par un sonore  "Connard" !
Il y a quelques semaines, j'avais voulu prendre le temps de m'arrêter et d'engager la conversation avec un clochard. J'ai voulu lui demander : "Et vous n'aimeriez pas travailler ?" Il l'a très mal pris... s'est renfrogné et m'a invité à "foutre le camp."
Tout est question d'interprétation, peut-être ?
Je ne sais plus comment m'y prendre... J'en viens même à me demander si je vais pas prendre ma carte à l'UMP... Vous savez : génération gagnant, triomphe de l'argent-roi, etc... Dites moi qu'il ne faut pas le faire...

*

J'aime bien le jeudi : c'est le jour des suppléments littéraires dans les journaux.

Il vous est interdit de ne pas jeter un oeil sur le supplément "Livres" encarté dans Libé aujourd'hui. Si vous n'êtes pas séduit par maquette, textes et photos, je désespère de vous. "Rencontrer des personnages." "Tomber amoureux d'un écrivain." "Apprendre à parler à une pierre." "Voyager sans pa
rtir." Et "s'émouvoir d'histoires de cul." Vous aurez droit au chapitre que vous voudrez.
Et pour ne pas paraître trop sectaire ("L'art est-il de droite ou de gauche" m'a demandé ce matin mon marchand de journaux), feuilletez donc aussi "Le Figaro Littéraire" où l'on se souvient du génial Vauban (Quand j'ai fait "mes classes" dans le 32e régiment de génie de Khel, on nous faisait chanter : "Héritiers de Vauban / Nous sommes les sapeurs / On dit de nous souvent / Que nous avons du coeur."), Vauban à qui l'on ne doit que quelques villes, et quelques ponts ! (La gravure qui le représente chaussé de bottes "à chaudron" ergotées d'un éperon de fer ne me déplaît pas.)
Deux pages plus loin, j'ai photocopié quelques lignes qui tiennent sur 15 cm, mais qui m'ont passionné.
Il est question du fameux "syndrome de Stendhal" ou "syndrome du voyageur".
Tout a commencé à cause de l'auteur du "Rouge et du noir", au cours d'un voyage en Italie :
"En sortant de Santa Croce, j'avais un battement de coeur ; la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber." Stendhal s'assoira alors sur un banc, lira un poème pour se remettre ; cet esthète avait été submergé par une trop forte émotion et une concentration de beautés.
Et le phénomène s'est reproduit pour d'autres "âmes sensibles" qui le savent, mais ne peuvent s'abstenir de s'imprégner de beauté. Une psychiatre florentine, Graziella Magherini, s'est même penchée avec sérieux sur ces cas.
J'avais très envie d'en savoir un peu plus sur le phénomène. Voici chose faite avec "Le syndrome du voyageur" de Stendhal, Magellan et Cie, 50 pages, 6 €.


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27 juin 2007 3 27 /06 /juin /2007 17:12
A Patrick Bardet et Roger Borlant
qui ont redonné vie à Goudouli et Calas
de magistrale manière.


De quelques statues Toulousaines qui pourraient bien être Bruxelloises.

Place du Salin à Toulouse, la statue du Jurisconsulte Jacques Cujas le représente en pied, un livre ouvert à la main, un pied posé sur un autre livre. Cujas ne devait pas plaisanter avec le droit Grec et Romain. Quand les avocats Toulousains sont en colère, ils vont bander les yeux de bronze de Cujas.
Square Wilson à Toulouse, la statue du poète Occitan Goudouli le représente assis sur un petit promontoire, un livre ouvert posé près de lui, ses doigts en guise de marque-page. A ses pieds, soumise et alanguie, il y a sa muse Leiris. Tout autour, il y a la flotte municipale en jets d'eau continus... Un gingko biloba, l'arbre aux quarante écus, dispense un ombrage parfois nauséabond...
Dans le presbytère de Labastide-de-Besplas, chez son ami Casy Rivière, Brel, bien vivant, saisit dans le bibliothèque un livre de Francis Jammes, et déclame du Francis Jammes. Casy lui dit : "Tu devrais mettre en musique des paroles de Jammes ; ça aiderait sa veuve..."
Brel n'est statufié nulle part. Et c'est beaucoup mieux ainsi... Souvenez-vous qu'il avait menacé : "J'aimerais tenir l'enfant de salaud qui a fait graver sous ma statue : il est mort comme un héros, il est mort comme on ne meurt plus."
Lorsque vous voyez une statue équestre, si le cheval a ses deux jambes avant en l'air, c'est que le personnage représenté est mort au combat.
Si une seule jambe est en l'air, il est mort des suites de ses blessures reçues au combat.
Si les quatre jambes sont au sol, il est mort de cause naturelle.
Venez-donc à Toulouse voir de vous-même la statue équestre de Jeanne d'Arc, sur la place du même nom...
Cas de conscience : si on vous demande de statufier Brel sur un cheval, que faites-vous ?

Vitrines.
A Toulouse, il y a une boutique qui me fait bien rire. En vitrine, des stylos sont à vendre : 200 €, 300 €...
C'est dingue ! Moi, je m'en fous, je n'aime et n'utilise que des stylos publicitaires.
A Toulouse, il y a une boutique qui me fait envie. En vitrine, un modèle de bottes-cuissardes très fines, très hautes est à emporter contre 290 €... Ca me fait rêver... Hommage à cette boutique, hommage aux femmes qui porteront ces bottes... (Ce n'est pas elles qui porteront ces bottes, ce sont ces bottes qui les porteront...), plaisir aux hommes qui les verront portées...
A Toulouse, il y a une boutique qui me rend marri : on y voit des robes de mariées...
A Toulouse, il y a une boutique qui me réconcilie avec la vie : celle du disquaire d'occasion du coin de ma rue. En vitrine, on y trouve des disques de Brel à partir de pas très cher...

Pourquoi ont-ils tué Calas ?

Calas n'a pas sa statue, mais il a sa maison. "L'affaire Calas" a "effrayé" la chronique au XVIIIe siècle. Jean Calas était un drapier Toulousain au 50 de la rue des Filatiers, protestant, accusé d'avoir tué son fils Marc-Antoine, qui voulait se convertir au catholicisme.
En fait, m'est avis que Marc-Antoine avait d'autres Saints à fouetter. Il passait beaucoup de son temps à flamber son argent au jeu, rue des Quatre-Billards. Son père fut donc jugé au chef d'assassinat et condamné à mort. Il a été supplicié, écratelé sur la roue, Place Saint-Georges, en 1762. Voltaire mit toute sa verve pour stigmatiser cette erreur judiciaire qui a traversé les siècles, ce qui contribua à la réhabilitation de Calas.
Brel, grand pourfendeur d'injustice aurait sans doute fait pareil. Du reste, dans le film"Les risques du métier", il y est fait allusion. L'histoire a la fâcheuse tendance à se renouveler.
"Quand à l'ami Jojo, il se prend pour Voltaire..."
Pour mieux défendre ce vrai-faux incroyant qu'était Brel ?

Hier soir...
ce salaud de Brel m'a encore fait chialer... Tout ça parce qu'il a pensé à écrire avant moi : "Je ne rentre plus nulle part, je m'habille de nos rêves... Orphelin jusqu'aux lèvres mais heureux de savoir que je te viens déjà..."

(A suivre)

Joël Fauré

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Brèves:

BOTTES A VENDRE, GRANDE POINTURE

1995. Alain Juppé est alors Premier Ministre. Son plan de réforme de la Sécurité Sociale est loin de faire l'unanimité. Grèves, manifestations et défiles grossissent dans les rues de France. Malgré l'agitation sociale, le Premier Ministre se veut inébranlable : "Je reste droit dans mes bottes." lance-t-il.
L'espression lui restera collée à la peau des talons.
Puis Juppé connaît une première traversée du désert. Dans son "numéro zéro", "A propos de Bottes" alors sous la forme d'un fanzine, rappelle le mot historique, et publie deux dessins de presse de même inspiration, l'un de Willem (Libé), l'autre de Jiho (La Dépêche du Midi) On y voit Juppé tombé à la renverse, cul par dessus tête, les bottes faisant office de chapeau ! Dans le numéro suivant, Willem honore "A propos de bottes" dans sa colonne très lue -et hélas aujourd'hui disparue- "Images" en ces termes : "Il y a un journal qui parle encore de Juppé. Mais c'est le nouveau fanzine fétichiste "A propos de bottes" et c'est à propos de... Droit dans mes bottes."
On connaît la suite : un parcours en pointillé pour cet homme, chouchou de Chirac, réputé froid, mouillé dans des affaires d'emplois fictifs, et même exilé outre-Manche. "considéré par tous comme une parfaite machine intellectuelle et par beaucoup comme un homme d'état en acier galvanisé, avec cette roideur gaullienne..." comme l'écrit Jean-Claude Souléry dans "La Dépêche du Dimanche."
Bref, on se réjouissait presque de le voir réhabilité, blanchi et de nouveau chaussé de belles bottes noires...
Et patatras... Il faut croire qu'il y a des gens maudits, malchanceux, à qui les bottes donnent mauvais genre.
Le maire de Bordeaux, promu numéro 2 du gouvernement Fillon 1, s'est vu battu à plate-couture aux Législatives par Michèle Delaunay, la candidate de l'opposition, une dermatologue au CHU de Bordeaux, peut-être spécialiste des cors aux pieds.
En découle la démission de Juppé, et le retour en force des fameuses bottes.
Du même Jean-Claude Souléry, dans "La Dépêche du dimanche" (24 juin 2007), on peut lire : Etonnamment navré de tous ceux qui pensaient qu'il [Alain Juppé] avait assoupli le cuir de ses bottes."
Et lire encore hier dans le portrait de "la Petite Poucette retirant les bottes de sept lieues de l'ogre Juppé" en quatre de couverture de Libé titré : "Juppé au débotté"

*

Y'A PAS D'AGE

Je vous parle d'un temps que les moins de 46 ans ne peuvent pas connaître.
Tous les espoirs sont permis aux quinquas en gésine. Maurane, que j'aime beaucoup, vient d'affirmer : "A 46 ans, je m'accepte enfin."

*

UN PEU DE FINESSE ET DE DISCERNEMENT DANS CE MONDE DE BRUTES

Il y a des jours où, comme San-Antonio (Frédéric Dard), je suis fâché avec le genre humain, et puis il y a des jours comme aujourd'hui où le côtoyer me réconcilie avec lui ; où la lucidité, la réflexion compensent la pléthore de bêtise.

Un grand merci à Camille d'avoir écrit ça :
"J'ai un ami à Toulouse qui souffre de TOC, et qui m'a souvent dit : "Tu sais, Camille, j'ai bien failli être clochard." Sa scolarité s'est arrêtée à la troisième, sa famille ne l'a jamais compris, sa grande fatigue et ses blocages dûs aux TOC (impossibilité de toucher les choses, de ranger, de nettoyer, d'entreprendre sans de longs rituels ou des évitements) l'ont fait passer pour un "fainéant" et le "protégé" de sa mère car il est resté jusqu'à 30 ans à la maison ; sa grande timidité l'a empêché d'être à l'aise en compagnie des filles et à l'heure actuelle, il vit seul. Mais entre temps, il a fait connaître sa maladie et il s'est battu pour être reconnu comme quelqu'un de bien, ce qu'il est tout à fait d'ailleurs."

Un grand merci à Aurora d'avoir écrit ça :
(...) "La danse de Saint-Guy étant l'appellation populaire de la Chorée de Hutington, je ne me permettrai jamais de faire un texte frivole jouant sur le nom d'une telle maladie.
Une simple histoire de respect, quoi..."

Tout n'est pas pas vraiment foutu au royaume de France.

JF


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26 juin 2007 2 26 /06 /juin /2007 16:26
Emmanuel Berl
C'était le mari de Mireille, du "Petit Conservatoire de la Chanson". Un être délicieux et fragile. Journaliste, historien. Quelqu'un qui s'appelle presque Brel ne peut être qu'attachant. De Mireille, Brel chantera "Ce petit chemin.... qui sent la noisette..."

Premières peurs.
"Chaque seconde est une peur qui croque le coeur entre ses dents..."

Premières frayeurs.
"Il faut trembler jusqu'à sa mort devant les femmes..."

Premières terreurs.
"Lors de la projection de mon film (Far-West), je serai terrorisé...

Premiers TOC
A ma connaissance, Brel n'a pas souffert de TOC. Pas d'obsessions, pas de compulsions...
Moi, si.

Jean d'Ormesson.

C'est l'histoire de deux académiciens qui se rencontrent.
L'un demande à l'autre des nouvelles d'un troisième.
"Il radote." répond le premier.
"Ah bon, il va mieux alors ?" reprend le second.
Jean Dutourd, de l'Académie Française, a éreinté Brel, dans une critique de "L' Homme de la Mancha", la comédie musicale donnée au Théâtre des Champs-Elysées. Il y parle de "bouillie sonore"...
Brel, tel la mule du pape, s'en souviendra quelques années plus tard. "Mes chansons me permettent d'exprimer certaines de mes indignations." se plaisait-il à dire. Ce qui est très commode, c'est qu'elles offrent aussi la possibilité de régler des comptes.
Dans "Knokke-le-Zoute", il écrit :
"Je la veux folle comme un travelo
Découverte de vieux rideaux
Mais cependant évanescente
Elle m'attendrait depuis toujours
Cerclée de serpents et de plantes
Parmi les livres de Dutourd."
Quand à moi, qui suis resté toujours aussi fier, j'écris à Jean d'Ormesson ceci :
"LETTRE A MONSIEUR JEAN D'ORMESSON (de l'ACADEMIE FRANCAISE)
Ma lettre sera courte. Elle comporte 8 phrases.
1) J'ai lu quelque part que vous ne répondiez qu'aux femmes et aux fous.
2) Je suis fou.
3) Je vous admire.
4) J'écris.
5) Je vous envoie mes écrits.
6) Qu'en pensez-vous ? (Fond et forme)
7) J'ai un rêve : être publié.
8) Me répondrez-vous ?"
Je joins à mon envoi un manuscrit et un grand papier que m'a consacré "La Dépêche du Midi" sous la plume de Sylvie Roux : "Les TOC, c'est une vraie saloperie."
Moins de 48 heures après, j'ai un message de Jean d'Ormesson sur mon répondeur :
"Bonjour monsieur, c'est Jean d'Ormesson.
Merci de votre lettre et de votre manuscrit. Moi aussi, j'ai un TOC. C'est le même que Eric Satie, c'est le courrier. Je reçois 100 lettres par jour et des manuscrits par dizaines que je ne peux pas seulement lire. Vous me dites que vous voulez être publié, mais il n'y a qu'un moyen pour être publié : c'est d'envoyer des manuscrits à des maisons d'édition. Je ne suis pas éditeur. Je ne suis pas critique. Il m'a semblé que vos écrits, c'était très séduisant. J'en ai 80 ou 100 que je ne peux pas lire, malheureusement. J'essaierai de vous rappeler pour échanger quelques mots avec vous. Merci en tous cas et au revoir."

(A suivre.)

Joël Fauré

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24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 16:09

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Photo DR



A perdre haleine
Je me suis toujours demandé si I3rel avait une bonne haleine. Parce que, c'est bien connu, son carburant à lui, en dehors de la tendresse, c'était la clope et la bibine. Peut-être suçait-il des dragées à la menthe ou à la réglisse ? D'autant plus que, d'après de ce que j'ai lu, les dents et le foie le gratifiaient, par ordre de survenue ou de surgissement, d'authentiques rages et crises...
Ce que j'en dis, moi, après tout, je m'en fous. Il vaut mieux avoir mauvaise bouche que mauvaise conscience.

Opinions.
Pourquoi le rosier serait-il de gauche et le pommier de droite ?
Brel se dit "socialisant". Jojo lui fait lire "France Observateur" qui deviendra "Le Nouvel Observateur". Ma mère me dit qu'il faut voter à droite "parce qu'on va à l'église et qu'il faut respecter les patrons qui nous font vivre." Ca se discute. Le temps a passé. Aujourd'huin, je ne sais plus où me situer. J'avoue qu'il m'arrive d'acheter "Le Nouvel Obs'" pour avoir des nouvelles d'où je suis et pour les petites annonces érotiques...

Référendum.
Mourir : oui.
Souffrir : non.
Vieillir : non exprimé.
Brel a choisi.

Si la photo est bonne...
Je téléphone à Cazelles, à Lavaur. Je lui dit que je suis en train d'écrire ce livre. Il me dit qu'il a retrouvé dans ses archives des documents qui pourraient sans doute m'intéresser. Au Comité des Fêtes de Lavaur, Cazelles a passé la main. Cazelles a constitué un dossier "Brel à Lavaur". Il en sort l'élégante brochure-programme des "Grandes Fêtes Générales de Lavaur 1962", et surtout, surtout, une photo.
Il est allé la faire retirer chez un ami photographe. Il ne sait plus très bien si c'est lui qui a pris le cliché à l'époque... Toujours est-il que, quand il tend le document à Cazelles, la nostalgie l'envahit et quelques larmes perlent dans ses yeux...
Sur la photo, Brel est debout, dehors, sur une estrade décorée d'une sorte de treillage, derrière un micro à pied. En fond, on voit la frise des toits de maisons, et des fenêtres qui doivent chanter leur chanson. Y avait-il quelqu'un, tapi derrière ? Ou des amants, là à s'aimer ? 
Chemise blanche, costume sobre, il a les bras tendus vers le bas, poings serrés. Il transpire. Quelle était la météo sur le Tarn, en ce mois de septembre 1962 ? (Tiens, il faudra que j'aille consulter les archives de "La Dépêche". Je suis certain qu'il a été pris quand il chantait : "Avec ses yeux mouillants, elle dit qu'elle partira, elle dit qu'elle me suivra, alors pour un instant, pour un instant seulement, alors, moi, je la crois, monsieur, pour un instant, pour un instant seulement..." ou alors "Au carrefour des amitiés, la douleur s'évanouit, broyée par nos mains serrées, voici..."

(A suivre)

Joël Fauré

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Brèves :

FAN DE LIO


Lio est là. Je la lie au lit. Eux, ils ont élu une loi qui dit qu'une vie ne se tue pas. La vie de Lio, c'est ça. Vas ! Vis ! Le jeu, les ris. Je lui dit "Ici, la loi, c'est moi." Lio dit : "Ce zig est fou. Il a un TIC ou un TOC ? Oui, c'est fou, cet ara a un mal qui tue.
"Tu as mal au dos ?" lui dis-je. "Non, j'ai l'ai le feu au cou." "Au cou ?"
Sus à ce con en rut.

Lio se vêt de peu. Lio nue, oh oui ! Lio ôte ses bas et va au lit, lit un peu. 
Lio a un pli de Luc. Il lui dit sa foi.
Ne me dis plus mot.
Lio rit du zob du zig. Un zip en bas, et y'a peu, y'a nib.
Lio rit du vit de Jef, du cul de Luc et du con de Léa.

"Tu vas par là ?"
C'est pas pis que ça.
Ici, Lio ose un oeil sur un mur.
En mai, c'est sûr, il y a un max de pep à la TV et sur la FM. Son CD est bon. Elle dit un lai sur un air gai. 
Zut ! sur le fil.
Toi, tu dis que tu vas à Dax en TGV. C'est Guy Lux qui l'a dit. 

Si Lio lit ça et que ça lui va, c'est anticonstitutionnellement que je ferais sauter tous les verrous, tous les carcans et tous les cosets qui nous contraignent.

Fin

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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 17:21
Mon père gisait...
Mon père termine de se décomposer dans sa tombe. J'irai sans doute le rejoindre. Peut-être serais-je à sa gauche ? Au fronton du caveau familial, il est gravé  "Famille Sans Fauré"  Famille sans Fauré ? Non, ce n'est pas la proposition d'exclusion. Un de mes aïeux était "sans".
Brel doit être en os. Je ne sais pas si le climat des Marquises agit sur les dépouilles. Je ne sais toujours pas s'il faut donner du crédit à la science ou à la religion. Vivre reste un mystère total. Ce qui, certains matins, à jeun de volonté (qui est une faculté et une énergie), me fait cruellement souffrir.

Inventaire.
Cher Jacques,

Je suis retourné dans le cinéma de Roubaix après tes adieux comme tu me l'as demandé... J'ai procédé à l'inventaire et j'ai tout récupéré. Tout était bien là : une guitare, une chope de bière, une pendule d'argent, une autre bière, un manteau de velours, un nez comme un melon, une statue, une valise dans chaque main, un canon, un trou dans la serrure, un petit chapeau, une petite auto, une nappe trop blanche, un accordéon rance, un point à l'envers : une mitraillette, un point à l'endroit : une trompette, une chambre sans berceau, un berceau, un divan de roi, un grand verre de grand'messe, un doigt de couvent, des perles de pluie, des bonbons, du buvard, du lilas, du fric, deux bouts d'aile, dix éléphants, vingt ans, cent kilos, trois cent trente-trois fois le temps de bâtir un roman et... une dernière bière...

Encore un seuil critique.
J'ai peur que ce livre ne marche pas. Dans mes cauchemars, je vois d'énormes marteaux qui pilonnent les invendus. Au moins pire, je le retrouve dans des solderies à bas prix. Dans mes meilleurs rêves, je le vois ceint d'un bandeau rouge, en édition de poche, en édition club... Je suis invité à la Librairie Privat ; c'est Marie-Louise Roubaud de "La Dépêche du Midi" qui m'interroge.

Maddly m'a dit.
Jacques Brel lui avait dit de dire : "Tu leur diras" à toutes celles et à tous ceux qui lui poseraient des questions sur un malaise aux Canaries, un bateau, un avion, une île, des rubans impressionnés de chansons inédites...
Maddly, sollicitée à deux reprises, a toujours accepté mes invitations. L'une pour l'inauguration de la salle Brel, l'autre pour une émission que j'animais alors sur une radio locale.
Vilipendée par certains, elle a été pourtant une présence rassurante, riante et aimante auprès du Brel finissant des années "Marquises". Leur rencontre se passe en Antigua, en Guadeloupe. Ils tournent ensemble une scène de "L'aventure, c'est l'aventure" de Claude Lelouch. Maddly et Jacques deviennent amis, amants. En 1973, ils embarquent sur le même bateau, l'Askoy, et entament un tour du Monde. Ils poseront le sac à Atuona, île d'Hiva-Oa, aux Iles Marquises.

Que reproche-t-on en fait à Maddly ? D'avoir été cheftaine des Clodettes de Claude François ? D'avoir tourné dans "La piscine" avec Delon ? D'avoir été dans l'ombre d'un grand homme, situation ô combien difficile ? De prétendre, Brel post-mortem, entrer en communication avec lui ?
Lors d'une émission radio, je lis à Maddly le passage d'un de ses livres, "Pour le jour qui revient." :
"Il était environ quatre heures du matin. Je me sentais revenir progressivement à un sommeil proche du réveil, un état particulier dans lequel la conscience est entière. C'est alors que je détectai la présence de Jacques Brel. J'aurais voulu exploser tellement j'étais bouleversée mais je savais que je devais me concentrer pour ne pas faire fondre la concrétion de sa volonté et, surtout, ajouter mon énergie à la sienne. Il posa sa main sur ma tête et approcha sa bouche de mon oreille.
Je me contenais. Surtout ne pas faire de mouvement brusque ! Je montai lentement une main jusqu'à ma tête pour toucher ce que j'y sentais posé. A ce moment-là, très précisement la forme, le volume des doigts qui me tenaient la tête furent en contact avec les miens. Je fus emplie d'une émotion telle qu'il m'est impossible de la décrire. Jacques Brel murmura : "Si je t'appelle, est-ce que tu viendras ?" Je m'entendis répondre "oui". J'avais reconnu sa voix."
("Pour le jour qui revient", Eva Peyret editeur, 1988, page 155.)
Et comme je faisais remarquer à Maddly que, peut-être, certains passages allaient faire douter certains, elle me répondit : "Ca, c'est leur problème..."

(A suivre)

Joël Fauré

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Brèves :

CA VOUS EN BOUCHE UN COIN !

"Si la vie s'était comportée mieux
Elle aurait divisé en deux
Les paires de gants, les paires de claque
Elle aurait sûrement partagé
Les coups du sort et les pavés
Les filles et les coups de matraque."
Maxime Le Forestier (Mon frère)

Si la vie s'était comportée mieux, elle m'aurait permis de faire ce que j'ai toujours eu envie de faire : artiste ou journaliste.
Si j'avais été journaliste, j'aurais bien aimé tenir une rubrique, que j'aurais intitulé "Ca vous en bouche un coin"... Oui, j'aurais bien vu ça dans un coin de page, un peu comme le succulent billet quotidien d'Alain Rémond dans "La Croix".

Ca vous en bouche un coin :

"Sans oublier Joël"

Je me souviens qu'enfant, déjà surnuméraire il faut croire, je lisais avec humiliation les quelques lettres reçues par mes parents et les trois mots qui les clôturaient : "Sans oublier Joël".
Oh, bien sûr, il n'en recevaient pas des tonnes, mais suffisamment pour que la formule imprime à tout jamais un irréparable traumatisme.
Tout à la fin des voeux et des longues phrases dédiés aux uns et aux autres, à propos de leurs travaux, leurs qualités, leurs capacités, tombaient ces insidieux "Sans oublier Joël". Autrement dit, l'antiphrase, "puisqu'on peut pas faire autrement, hein ?", le petit bonbon acidulé et poivré, tout préparé pour le petit retardataire tardillon.
Voilà, à mon avis, ce qui explique pourquoi je suis devenu auteur très dramatique : pour oublier d'oublier.
JF

*

"Alors, vos impressions ?"

Parmi toutes les propositions de spectacles qui vous seront faites, ce sera bien le Diable si vous n'en trouvez pas une qui répondra à vos attentes, qui vous touchera... Il y en a d'autres qui vous laisseront incolores, déçus, franchement mal à l'aise ou mécontents...
Le plus dur, ensuite, sera d'émettre un avis "à chaud", à l'issue des représentations, où la jolie fille en crinoline de tout à l'heure se retrouve en jeans-baskets, sous l'amicale pression de l'entourage. A mon avis, il ne faut pas voir les artistes après le spectacle. On a tout le loisir de leur dire qu'on les aime après "après".
Si toutefois vous ne pouvez pas vous y dérober, vous pourrez vous inspirer de certains critiques patentés qui ont leur parade.
Petit florilège.
"Effectivement, j'ai vu cette pièce. Mais il faut dire que je l'ai vue dans de très mauvaises conditions : le rideau était levé !"
Ou encore : "Si vous faites en sorte d'arriver bien après le début et si vous prenez la précaution de partir bien avant la fin, vous aurez l'impression de ne pas trop vous être ennuyé."
Et puis : "Je n'ai que deux mots à vous dire : bras, veau !"
Et enfin : "Si j'avais su que c'était aussi bête, j'y aurais amené les enfants."
Rosse, cynique, ironique, franc, direct, ému, faux-derche, béni oui-oui, comédien, directeur (de conscience !), vous ferez comme bon vous semble.
Vous pourrez aussi adopter le silence.
"Rien ne rehausse plus l'autorité que le silence. Le silence est la splendeur des forts et le refuge des faibles."
JF
P.S. : Merci aux auteurs de ces bons mots et morceaux choisis. Parmi ceux-ci, Cocteau et de Gaulle. Ce n'est pas rien !

*

"DE L'UTILISATION DE "A" ET DE "DE"

Celles et ceux qui ont choisi la démarche d'écrire, je veux parler des auteurs un peu scrupuleux et honnêtes, voient parfois leur vie polluée par de menus détails qui seraient d'insignifiantes broutilles sans le souci du beau, du bien faire, du rendu de qualité.
Par exemple, moi qui, par le passé, ai écrit une ou deux phrases dont je suis à peu près satisfait, c'est le choix des prépositions "à" et "de" dans la composition des textes qui donne lieu à d'affreux affrontements intérieurs. Ainsi, vous ferai-je participer à mes doutes : faut-il dire  :"Je continue à l'aimer." ou bien : "Je continue de l'aimer."etc...
Vous l'avouerais-je ? Je connais des périodes de sécheresse préoccupantes. Et je suis sûr que je ne suis pas le seul. Vous pourriez me dire : "Vous n'avez qu'à aller vous aérer et cultiver votre jardin." Et vous n'auriez pas tort.
Savez-vous que Courteline est resté bloqué deux ans sur une réplique ? Que Brassens a eu du mal à terminer sa chanson "Supplique pour être enterré sur la plage de Sète" parce qu'un mot - pédalo - l'indisposait ?
Non, écrire n'est pas une sinécure.
Et pourtant, que de joies écrire donne.
Ces faiblesses avouées, continuerez vous "à" me lire ou "de" me lire ?
JF




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22 juin 2007 5 22 /06 /juin /2007 19:49
A celle ou celui qui a dit :
"Quand je pense à la mort de Brel,
je pleure de vraies larmes :
il meurt trop bien."

Trémolières.

Vous vous rendez compte, du côté de ma mère, je m'appelle Trémolières... Pas : Molière.... Non, non : Trémolières...
Vous croyez que ce livre aura du succès ?
"Le hasard, les circonstances, la chance ou la malchance peuvent toujours donner en littérature un succès inespéré ou un échec immérité." m'a un jour écrit mon oncle, l'abbé René Trémolières...

Les femmes.
Il y a à Toulouse, juste à l'angle de la rue Pharaon et de la place des Carmes, une femme résignée qui attend...
Je vous vois venir avec vos gros sabots et vos grandes bottes...
Elle est toute blanche et chaussée de roses... Elle a les mains jointes sur sa poitrine et les yeux baissés sur les pavés gluants de nos crasses. Elle semble vouloir ne pas voir les passants.

Femmes secrètes, femmes interdites, femmes défendues, femmes des autres et femmes pour tous : qu'elles s'appellent Hélène, Christine, Marie-Jeanne, Elisabeth, Sylvie ou Camille...
Brel a cherché après Titine, a attendu Madeleine et c'est Mathilde qui est revenue...
La femme de Toulouse attend...
Miche, Maddly et France parlent encore de Brel.

Esquirol (Jean Etienne Dominique) médecin français (Toulouse, 1771 - Paris, 1840). Un des fondateurs de la clinique et de la nosographie psychiatriques. Il est à l'origine de la mise en place en France des Institutions psychiatriques.

J'aime la nuit...
J'aime ses senteurs,  ses silences, ses refuges.
Je crois aussi que Brel devait être un noctambule très heureux, à la sortie de ses tours de chant, de champ, de chauffe ; lorsque, après s'être beaucoup donné, il humait l'air enténébré devant le théâtre... avant d'aller boire une tisane... au houblon.

Cher Jacques,
Je me trouvai récemment dans une ces idiotes salles d'attente, avec, cela va de soit, les indispensables affiches démagogiques sur les murs, les fauteuils de mauvais goût, les plantes vertes dans leurs bacs à arrosage automatique, et l'incontournable table basse surchargée de revue et de magazines. La pièce était comble et ne désemplissait pas. Il faut dire que, derrière cette antichambre, l'officiant était du genre plutôt compétent.... J'étais là depuis plus d'une demi-heure, patient dont la patience s'effritait. J'ai feuilleté un magazine qui parlait de toi. Alors j'ai lu. Tu répondais au journaliste : "J'aime bien les gars qui disent : "oh, ça me fait mal..." c'est pas tout à fait de la faiblesse, c'est peut-être de la sensibilité... enfin, de la tendresse ou de la chaleur..." J'ai relevé les yeux du magazine : une blouse blanche passait. "En réalité, ce sont des hommes qui ont mal aux autres..." La blouse blanche, poliment, a lancé : "A qui le tour ?" (Ce qui équivaut à dire : "Au suivant !")
Le suivant était une suivante. Une femme qui portait sur le visage les stigmates d'une profonde meurtrissure. J'ai eu mal à elle... Elle s'est engouffrée dans le chambranle de la porte qui l'a avalée..
J'ai horreur des salles d'attente. On attend toujours trop longtemps. Et l'attente, si elle n'est pas meublée, quand elle devient nerveuse, ouvre les vannes à toutes sortes de pensées qui se télescopent dans les méandres de l'esprit, tandis que le corps s'enlise dans une macération gluante. Pour peu qu'en face et autour de vous d'autres personnes attendent aussi (sans mot dire comme c'est souvent le cas), se regardent en chiens de faïence fragile, s'épient, se commentent, tout devient vite assez insupportable.
Mais ce qui est encore plus éprouvant, c'est d'être intégré dans le défilé de suivants et de suivis, focalisés vers un but unique et commun. Avec, à la clef, un morceau de vie à vivre forcément du mauvais côté du bureau, de la porte, du guichet...
J'allai replonger dans ma lecture quand l'infirmière a réapparu. C'était mon tour. Je me suis extirpé à grand peine de ce fauteuil trop profond, et je l'ai docilement suivie.
Parvenu à ma destination, j'ai dit bonjour à mon vis-à-vis : il m'a souri, m'a invité à m'asseoir et il m'a dit : "Le dragon s'approche de votre second poumon..."

Brel (Jacques), Bruxelles 1929 - Bobigny 1978, chanteur belge. Egalement parolier et compositeur, il se rendit célèbre pour la qualité de ses textes poétiques (Le Plat Pays), passionnés (Ne me quitte pas)
ou satiriques (Les Bourgeois)

Il y a à Toulouse, à l'angle de la rue Pharaon et de la place des Carmes, une femme résignée qui attend. Elle est toute blanche et chaussée de roses. De ses mains, elle se protège les poumons...
Tellement de risques...

(A suivre.)

Joël Fauré.

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Brèves :

Lu, vu, entendu, perçu, retenu, remarqué, à replacer...

C'est comme ça. Une phrase qui sonne bien. C'est un de mes contemporains qui me l'a offerte. Une phrase comme ça. Le genre de phrases-pépites, de phrases-cadeaux qui jaillissent comme des jets d'eau : "Il faut de l'esprit pour parler et de l'intelligence pour comprendre."
Voilà. C'est dit... ça scotche...
Et je l'adapterai : "Il faut de l'esprit pour écrire et de l'intelligence pour lire."

*

"IMPOSTURE"

Ce film, de Patrick Bouchitay, avec l'auteur et Laetitia Chardonnet, est passé inapercçu lors de sa sortie en salles, le 25 mai 2005. Je tenais à lui rendre justice.

Le film aurait pu s'appeler "USURPATION". Mais tout ça, hein, on est bien d'accord, c'est une question de mots... Et les mots, en littérature, ça en est l'essence même. Telle habile combinaison donnera un texte remarquable ; tel agencement fiévreux un désastre illisible.
"Le hasard, les circonstances, la chance ou la malchance peuvent toujours donner en littérature un succès inespéré ou un échec immérité."
Les deux objets de ce long-métrage sont deux livres. Dire qu'ils ont été écrits à quatre mains ne serait pas entièrement faux.
Serge Pommier est un critique littéraire réputé - et un auteur contrarié - qui fait courir sa plume dans "La Nouvelle Revue."  A ses lèvres, à presque chaque plan, il porte un verre d'alcool ou une cigarette. Il est aussi professeur de littérature du XXe à l'Université.
Jeanne est l'une de ses élèves. Timorée, introvertie, et terriblement habitée d'un talent latent qui attend d'éclater... Elle confie le manuscrit de son texte "Le Journal d'une folle" à son maître, avec cette fébrilité qu'ont les créateurs tout juste sortis de l'oeuf, et qui attendent un mot, un avis, une réponse à ce "qu'en pensez-vous ?" lancé comme un dé.
Pommier, qui se la joue quand même un peu, promet de lire... s'il en a le temps. Il en a.
Littéralement subjugué par l'ouvrage, il décide sans vergogne de se l'approprier.
Pour ce faire, il faut soustraire Jeanne au circuit de la vie. Il l'enlève et la séquestre dans la cave de sa maison de campagne isolée. Grosses chaînes et menottes achetées au rayon sado-maso d'un sex-shop assujettiront Jeanne à un immobilisme castrateur pendant que son bourreau fait un triomphe avec le livre, sorti et salué par tous comme un chef-d'oeuvre.
Mais les lendemains déchantent. La suite euphorique du succès qu'on le presse de hâter, il ne peut la mener qu'avec sa prisonnière. Son nègre. Qui s'enferme dans un mutisme protecteur. Et puis la femme qui écrit ce qu'elle vit rattrape la femme qui vit sans écrire.
Pommier apporte un ordinateur dans la cave, puis détache les chaînes. Jeanne est presque heureuse. Pommier cite Balzac : "Le malheur est un tremplin pour les forts et un abîme pour les faibles." et se cite lui-même : "J'ai su lui enseigner ce que j'ai appris d'elle." La vapeur se renverse. Sado-Maso devient Maso-Sado.
Quand Jeanne parvient à fausser compagnie à son geôlier, les jeux sont faits et les récompenses promises à celle qui les mérite...
"Imposture" est librement adapté du roman de l'espagnol José Angel Manas (tilde sur le n) : "Je suis un écrivain frustré."

JF

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21 juin 2007 4 21 /06 /juin /2007 17:10
A Rosa
avec mon souvenir ému.

450 disques de Brel sous mon lit.
1988. Brel a dix ans de tombeau. Pour "marquer le coup", la Fondation lance, avec le soutien des grands magasins Prisunic, une opération de récoltes de fonds au bénéfice de la recherche contre le cancer. Elle fait presser un disque, 33 tours, gravé sur une seule face, hors commerce, collector dirait-on aujourd'hui. Il est remis aux - toujours généreux - donateurs, contre la somme minimum de 70 francs, c'est-à-dire environ 10 de nos euros actuels. La diffusion se fait via le réseau de magasins Prisunic, qui met à la disposition de la Fondation un espace et un stand. Des bonnes âmes généreuses et bénévoles sont sollicitées pour animer ces points de rencontre. J'en suis.
Lorsque l'opération touche à sa fin, 450 disques n'ont pas été écoulés. On me demande de les récupérer et de les ramener chez moi, en attendant de les rapatrier à Bruxelles.
Ils trouvent place dans ma chambre, sous le lit. Le temps passe. Ma mère fulmine : "Et ces disques, qu'est-ce que tu comptes en faire ? Ils m'empêchent de passer la serpillère..."
Un beau jour, je flâne dans les allées d'un hangar à tout faire de province, où se tient une "bourse toutes collections." Sur les tréteaux d'un disquaire, dans ces bacs de plastique récipients de nostalgies, j'actionne de l'index des pochettes de galettes de vinyle et je tombe sur un exemplaire du disque anti-cancéreux. Je lance au vendeur un impudique : "C'est combien ?"  Il me répond : "150 francs", et s'empresse de rajouter, pour justifier la cherté du produit : "Celui-là, il est très rare. Vous ne le trouverez pas partout !" Je n'ai rien dit. J'ai reposé le microsillon. Je n'ai pas parlé de la serpillère de ma mère...

450 X 150 = 67 500
Je suis détenteur de 67 500 francs de droits d'auteur de Jacques Brel, coupés en rondelles sous mon lit. J'ai toujours été effrayé par l'argent que je n'ai jamais eu, et plus encore par celui que je pourrai avoir. J'ai de l'argent de côté, mais pas du bon côté... Pour moi, les disques de Brel sont plus une bombe qui va exploser entre mes mains qu'une entrave à faire le ménage... La petite musique de chambre me dicte d'appeler la Fondation. Rosa, la si fidèle, la si discrète Rosa, qui sait tout des Brel sans jamais rien en dire, tempère mes craintes.
Un ami sûr de la Fondation, vivant dans le Sud de la France, se propose de venir récupérer "la came, le matos, le magot" et de me rendre la liberté d'être seulement riche de mes rêves. S'il l'a vu, de là-haut ou d'en bas, Brel, que j'ai très bien connu, a dû être fier de moi. Lorsque cet ami sûr de la Fondation vient me délester du pactole, je suis absent. Ma mère, cartésienne, une serpillère à la main, lui fait signer un papier. "Je reconnais avoir reçu 450 disques..."
Je suis un peu furieux de cette décharge qu'elle lui impose. Je le suis moins de la belle lettre, offerte en photocopie, que Brel a adressé à l'ami sûr, en réponse à une autre :
"Atuona, le 12/1/78
Cher Monsieur,
Je vous remercie pour votre lettre et suis heureux de savoir que, de loin, j'ai pu quelquefois avoir la chance d'être pour vous comme un vieux frère.
Me voilà bien usé mais plus que jamais, je ne veux croire qu'aux hommes.
Sincérement.
J. Brel."

Le vin me fait chanter.
Les 12° du vin rosé m'élèvent 12 cm au dessus du sol. J'ai les jambes légères et du coton dans la tête. Dans la cuisine, ma mère finit de laver la vaisselle. Dans la salle à manger, mon père lit les annonces nécrologiques de "La Dépêche du Midi." Dans ma chambre, je mets un disque de Brel et, face au miroir, couvrant sa voix, je gesticule en chantant...
Le lendemain matin, je suis enfoncé de 12 cm.

(A suivre...)

Joël Fauré

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Brèves :


FONDS DE CALLE

Fin juin, la ligne B du métro toulousain dessinera une croix de Saint-André sur la bonne ville rose, ce qui ne veut absolument pas dire qu'elle sera rayée de la carte, bien au contraire.
Ce n'est pas parce qu'elle a bien failli l'être par AZF qu'elle veut s'amuser à recommencer. Elle prétend même au titre de ville-phare pour la culture à l'horizon 2013.
435 000 habitants au dernier relevé de compteur, sans compter la petite et la grande couronne, 3 300 habitants au km² (Source : Wikipédia), ça en fait des "feux" comme on disait autrefois quand on voulait compter les gens, et des âmes esseulées.
Mon quotidien régional préféré m'apprend que le "un pour cent culturel" de la station "Jeanne d'Arc" a été confié à Sophie Calle. Quand on connaît la dame, et qu'on l'aime, on ne peut que se réjouir. Et être pratiquement sûr que mièvrerie il n'y aura pas.
L'artiste a imaginé une installation interactive composée d'écrans où défileront des messages du genre "Messages personnels" et "Transports amoureux" de "Libé."
Un site internet est d'ores et déjà ouvert pour recueillir les premières bouteilles à la mer.
www.transport-amoureux.vu
Ce jour, j'ai déposé le message suivant, qui a semble-t-il été validé par le Dieu Internet :
"Au théâtre "Carpe Diem" - à moins que ce ne soit dans cette rame -, je vous ai vue, glissée dans de hautes bottes de cuir noir. Je dois être fétichiste. Je suis devenu aussi fou que Maupassant. Il faut absolument que je vous retrouve, sinon, j'en mourrais peut-être. Si vous vous reconnaissez, et même si vous ne vous reconnaissez pas :..." Suivait mon adresse électronique.
La ligne B "ouvre" le 30 juin. Vous croyez qu'à cette époque j'ai quelque chance de retrouver "la fille aux hautes bottes" ?

ARG EN CONTANT

J'ai eu un frisson d'émotion dans le creux des reins à la lecture du "Figaro littéraire" de ce jour. Alain Robbe-Grillet, le châtelain Normand, l'homme à l'habit bientôt vert, un de ceux à qui je fais toute ma place ici, avec son épouse Jeanne de Berg, va publier fin septembre (d'ici là, j'aurais retrouvé "la fille aux hautes bottes") un texte érotique. "Un roman sentimental" paraîtra chez Fayard. Pour appâter les êtres de chair et de papier que nous sommes, le "Figaro" écrit en italique et entre guillemets que le livre sera d'"un érotisme torride" et évoquera "les manifestations du réveil de l'irrépressible plaisir..."

L'art de décaler les sons

Comme c'est curieux. Ces jours derniers, je ne sais pourquoi, j'ai pensé très fort à Raymond Devos, avec le triste constat que cet orfèvre des mots me paraîssait un peu vite oublié.
Et puis je viens d'avoir un sursaut de plaisir, en lisant aujourd'hui, sous la plume d'Alain Decaux (toujours dans le "Figaro", on ne pourra pas m'accuser de rouler pour "Libé".) :
Raymond Devos : l'esprit est toujours là...
Emotion d'abord :
"J'ai vu Raymond Devos sur son lit de mort, dans sa maison de Saint-Rémy-lès-Chevreuse. Les pompes funèbres l'avaient maquillé : il ne se ressemblait pas. Malgré ma peine, je me suis dit que, sur ce thème, il aurait sur le champ fait du Devos."
Plaisir cérébral et zygomatique ensuite :
"- Avez-vous le journal d'hier ?
- Ah non ! Mais je peux vous le donner demain.
- Comment cela ?
- Parce que j'ai celui d'aujourd'hui.
- Et alors ?
- Si je vous le donne demain, il sera d'hier."

Envie de courir dans une librairie enfin, après avoir savouré la contrepèterie :
"Revons de mots"
de Raymond Devos.
Le Cherche Midi, 304 p., 17 €

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20 juin 2007 3 20 /06 /juin /2007 22:00
Willem, qui a été un des premiers à saluer "A propos de bottes", alors que ces propos ne reposaient que sur un clandestin fanzine, ne nous en voudra certainement pas de reproduire son trait paru dans Libé d'hier-aujourd'hui comme on dit dans les rédactions qui ne soucient pas de l'horloge... 
Chacun reconnaîtra F.F., N.S. et J.-L.B.
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Soyez les bienvenus sur cet "égoblog",
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N'oubliez pas, quand même, d'aller vous aérer.

"Vivre,
c'est passer d'un espace à un autre
en essayant le plus possible
de ne pas se cogner."

Georges PEREC



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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