12 juillet 2007 4 12 /07 /juillet /2007 17:45
Phénomène d'usure.
On passe la moitié du temps à s'entretenir et l'autre moitié à se détruire. Avant d'entrer en scène, Jacques Brel cire impeccablement ses chaussures. C'est pour mieux mordre la poussière. Quand il a terminé son tour de chant, il a marché dans l'urine du port d'Amsterdam, s'est emboué dans des chemins de pluie, a usé ses semelles à faire les cent pas pour attendre une femme qui ne viendra pas...
Et tout reste à recommencer...

Un mémorable repas avec Jacques Brel, Emile Verhaeren, Jérôme Bosch chez la famille Bruegel.
C'est Bruegel l'Ancien qui était en bout de table. Savez-vous qu'aux deux bouts de la table, une légende dit qu'on plaçait un évèque et un andouille. Moi, j'étais à l'autre bout. Ce n'était ni un dîner de têtes, ni un dîner de cons. Avaient donc pris place pour rompre la mie les deux fils Bruegel, Emile Verhaeren, Jérôme Bosch, Jacques Brel et moi. René Magritte, Paul Nougé et Caroline Lamarche nous rejoignirent pour le dessert.
A celles et ceux qui ne me croieraient pas, je les taxerais d'ignorer le surréalisme Belge. Bruegel l'Ancien nous parla du tableau qu'il achevait de peindre : un couple de paysans dodus, lors d'une fête de village, couraient danser... Je voyais Brel très intéressé. Je le soupçonne de s'être inspiré de la scène pour écrire "Les Flamandes". Emile Verhaeren nous fit l'honneur de lire ce poème :
"Il neige blanc sur l'Escaut Jaune,
Tout est déteint, brouillé, fondu
Et par les bois et les chemins perdus
Les mendiants n'arrivent plus chercher l'aumône.
L'âpre et mordant hiver
Enserre les hameaux.
Les vieux, autour des feux,
Se racontent leurs maux
A gestes lents et péremptoires.
On jette un charbon rare
Au ventre des fourneaux
Tandis que les enfants
Font claquer leurs sabots
Violemment, aux carrefours, sur les glissoires.
Et le mur est humide, et le sable est mouillé
Qui festonne les pieds de l'armoire en noyer
Où le pain dort, non loin du beurre.
Et le jardin précis de houx et de palmiers
Qu'inscrivit sur la vitre un givre régulier
Dans son châssis de bois se dissout d'heure en heure.
La tour d'église au coeur du bourg ne se voit pas
Si drus sont les flocons qui s'égrennent par tas.
Tuiles rouges et vernissées, et vous, pignons,
Vous vous cachez sous les frimas.
A peine un aboiement s'entend, torpide et las
Là-bas où le chien veille en sa niche glacée.
Dans sa cage d'osier, l'oiseau boude et se tait.
Près des fournils déserts grincent dans l'air muet
Les verrous durs d'une poterne.
Et pour l'heure du soir où la traite se fait
Parmi les bidons gras et les luisants baquets
La servante épand l'huile en de creuses lanternes.
Et la nuit tombe. Et se ferment les lourds volets.
Et le docteur tapi dans son cabriolet
Revient, au petit trot, du fond de la bruyère
Et l'on parle du mort lointain
Qu'il faudra bien porter en terre, demain
Dieu sait par quels chemins
Dans la fange compacte et la neige livide."
Du coin de l'oeil, je surveillais Brel qui écoutait religieusement. Je le soupçonne de s'être inspiré d'Emile pour écrire "Il neige sur Liège".
Bosch dit qu'il aimerait bien dessiner pour un quotidien, et Bruegel le jeune se complaisait à peindre des sols glacés et des paysages d'hiver où il faisait glaner des faiseurs de fagots...

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves:

J'aurais bien aimé connaître Emmanuel Berl.

Grâce à la plume de Philippe Lançon, dans le cahier "Livres" de "Libé" d'aujourd'hui, j'en sais un peu plus sur celui que j'avais effleuré, pour au moins deux raisons. D'abord, parce que, primesautier,je voyais en Berl l'anagramme de Brel, ce qui, il faut bien l'admettre, ne pouvait pas me conduire où je voulais vraiment, et ensuite par le "petit" livre paru chez Grasset dans la collection des "Cahiers Rouges", "Tant que vous penserez à moi." que j'avais feuilleté et acheté. Et lu. Ma mémoire me restituait bien des sonorités sans doute entendues à la télévision dans ma jeunesse, la voix fluette (si je ne me trompe) et intelligente (là, je ne me trompe pas) du compagnon de Mireille, du "Petit Conservatoire de la Chanson.", mais c'est tout. Dans "Tant que vous penserez à moi", Emmanuel Berl (1892 - 1976) s'entretient avec Jean d'Ormesson. Cet homme, injustement oublié, avait des saillies remarquables.
Issu d'un milieu bourgeois, il avait voulu le fuir.
En admiration devant le vainqueur de la bataille de Verdun, il avait écrit des discours pour Pétain.
Elève (et semble-t-il parent) de Marcel Proust, il en avait "bavé" devant ce "maître" qui lui reprochait d'être bête, mais bête... et qui un jour, lui jeta une pantoufle au visage !
Ce que j'avais retenu de lui aussi, c'est sa modestie, lorsque, répondant à Jean d'Ormesson, il avoua : "Ah ! J'ai beaucoup lu dans ma vie. La lecture a tenu une énorme place dans ma vie. D'abord parce que j'ai été souvent malade. Et ensuite parce que j'ai le goût de la lecture. Seulement l'ennui, c'est qu'on oublie ce qu'on a lu. De sorte qu'on a l'impression de n'avoir rien lu. C'est triste parce qu'on est dans une époque* où l'on ne peut suivre aucune chose. On est débordé. J'aimerais suivre un certain nombre de petites choses, en tous cas l'histoire, et puis la psychanalyse, et la génétique, et un peu l'ethnologie : il n'y a pas moyen !"
Deux ouvrages réhabilitent ce brillant esprit : Philippe Lançon, après avoir tancé "les logorrhées spontanéistes de l'internet" cite Bernard Franck : "Achetez Berl, munissez-vous d'un crayon et, comme dans votre jeunesse, soulignez dans son livre les "bonnes phrases". L'ennui, avec Berl, c'est qu'il ne reste pas de blancs."

D'Emmanuel Berl, je conseille "Sylvia".

* Printemps 1968

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"Celui d'Alice."

J'ai reçu aujourd'hui dans ma boîte aux lettres "physique" une enveloppe toute rouge d'Alice. Or, je ne connais d'Alice que les paroles de la magnifique chanson de Pierre Perret : "Moi, mon seul complice, c'est celui d'Alice, c'est de la réglisse, du petit sucrin... Que la cicatrice si jolie d'Alice jamais ne guérisse mes amis sinon, dans ce monde triste de baiseurs centristes qui jouent en solistes je me sens si con." où il fait l'apologie du sexe féminin.
Mais alors, là : Alice ! Dans une enveloppe cardinalice.
Si ma mère était de ce monde, elle m'aurait demandé : "Qui est cette "Alice" qui t'écrit ?"
Troublé, angoissé même, j'ai réussi à ouvrir l'enveloppe ; il y avait sa photo, cheveux au vent comme je les aime, et j'ai lu : "A 24 € 95 par mois tout compris, Alice est vraiment unique ! Cher monsieur, Depuis qu'Alice est installée dans votre région, vous n'avez pas eu le temps de faire sa connaissance." Et non, c'est vrai... mais il faut dire que je suis un peu sauvage...
Et en poursuivant ma lecture, j'ai tout compris. Savez-vous qui est "Alice" ? Une entremetteuse ! une "adsl wi-fi box modem"...
Ouf ! Heureusement que ma bonne mère, qui n'aurait rien compris, a quitté ce monde de fous. J'aurais encore dû fournir des explications...

*

QUELQUES MOTS D'ELLE

"A propos de barres"

On se souvient qu'hier, Camille C. avait été effrayée par des barres mystérieuses.
J'ai tenu à la rassurer.

"Je ne regrette pas d'avoir terrassé cet objet mauvais qui a effrayé mon amphitryonne.
Je ne le voyais plus. Il s'était fondu dans le paysage comateux où venaient peindre, parfois, quelques faiseurs de croûtes.
Quand elle me fit part que ce vieux rossignol, dont j'avais moi-même oublié l'usage, lui enfonçait des clous dans sa chair et son esprit, mon sang ne fit qu'un quart de tour. Et je boutai l'intrus hors du nouveau pays de ma nouvelle géographie.
Des idées vinrent. Ainsi, ces faux-fers mal encloqués dans du plastique "vogue année soixante" avaient pu prendre le visage de monstres froids et sadiques ?
Il fallait séance tenante laver son linge sale en famille. Or, je n'en avais plus.
Et ce claudicant repoussoir n'était rien d'autre qu'un agrès pour slips kangourous trapézistes, où mon petit Arthur languisait péniblement.
Heureusement, Fripounette me saisit le fouet des mains, me cingla de propos caustiques et m'administra une potion magique.
Je redevins le colosse aux pieds d'argile, et la Petite Poucette chaussa ses jolies bottes de sept lieues."

JF



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11 juillet 2007 3 11 /07 /juillet /2007 18:49
Je suis parti parce que j'ai eu peur de devenir trop vite mort, trop vite vieux...
Jacques Brel, par l'entremise de ma mère, qui poursuit son interview dans la salle à manger, m'interroge : "Pourquoi n'avez-vous pas pu rester derrière le bureau où la vie vous a placé ? Pourquoi votre champ à labourer ne vous a pas rempli sufissamment ?"
Alors je me hasarde à expliquer : "Je suis rentré de justesse au Ministère de la Justice, en qualité d'employé aux écritures, le 1er avril 1991. Fonctionnaire de l'ombre, gratte-papier et rond-de-cuir ou rond-de-papier en gratte-cuir, je n'ai jamais cherché à grandir dans cet écosystème. Il y a plus de 15 ans que je suis convoqué tous les matins au tribunal, et mon affaire n'a toujours pas avancé... Moi, j'aurais bien voulu être un artiste. Ce que je fais est alimentaire. Vous, Jacques, vous avez bien quitté la cartonnerie, en menaçant de casser les carreaux de l'usine qui étaient toujours mal lavés... Voulez-vous que je vous dise ?"
"Tu arrêtes tes conneries ?"
tonne mon père... "Tu es trop intelligent pour rester ici et trop con pour aller ailleurs..."
N'empêche qu'il a été fier d'assister à la première de ma pièce "Agence" donnée d'une bien insolite manière...
Au tribunal, mes collègues de bureau -à qui je m'étais ouvert du délit d'écriture- ont tenu à jouer mon texte... dans une salle d'audience.
Quel dramaturge peut se vanter d'une pareille prouesse : voir sa première pièce créée dans une salle d'audience d'un Palais de Justice, avec, dans l'assistance, le Président du Tribunal, le Procureur de la République, la Concierge, les Femmes de Ménage, une Soumise de ses amies en bottes-cuissardes, sa Psychiatre et ses Parents ?
Je vais vous faire une confidence : ce soir-là, j'ai entendu le souffle de la voix de mon ami Jacky, depuis son exil à "Ailes Blanches", qui me disait : "Vas-y, Jo..."

Erreurs, coquilles...
Aujourd'hui, chez mon marchand de journaux préféré (19, place du Salin à Toulouse), j'ai acheté une carte postale. Il me faut vous dire que toutes les semaines, j'envoie une carte postale à ma mère...
Celle-ci, je la garde, en collector, comme on dit aujourd'hui... Elle représente l'une des plus belles places en forme de triangle isocèle presque parfait de la ville rose, la "place de la Trinité". Or, au dos, avec superbe, la légende dit : "Toulouse, la place Esquirol". Il y a un téléphone. J'appelle l'imprimeur. J'ai presque envie de lui dire que non, c'est pas là que Brel est mort... Il me répond gentiment : "Je sais, il y a une erreur. On va corriger ça..." La carte est tirée à 500 exemplaires. Peut-être en dénicherez-vous une, un jour, au rayon des curiosités, dans une brocante... Dites, vous penserez à moi ?

Le désert des Tartares.
Dans la bibliothèque de Jacques Brel, on trouve le si beau livre de Dino Buzzati "Le désert des Tartares". Ce texte est d'une réussite totale sur l'attente, l'action qui ne vient pas, l'espoir d'un coup d'éclat, et la mort lorsque l'ennemi est là...
La chanson "Zangra", autre réussite de densité, s'inspire de la même veine. Lisez ou relisez le livre. Ecoutez ou réécoutez la chanson. Et ne partez pas encore... On ne sait jamais... Tout peut arriver... Apprêtez-vous à vivre le moment où vous vous y attendrez le moins... Et il arrivera... quand vous ne vous y attendrez plus.

La bibliothèque de Brel.
J'ai dans l'idée de reconstituer un jour quelque part la bibliothèque de Brel. Par recoupements, on sait les livres qu'il a lus et aimés... C'est une bonne idée, vous ne trouvez pas ?
J'ai pris plaisir à établir la bibliothèque commune que nous aurions pu partager, Brel et moi, si nous nous étions retrouvés sur une île déserte. Nous avons assisté aux mêmes messes et nous avions les mêmes missels. Les auteurs cités seront rassurés d'avoir au moins deux lecteurs confirmés :
Alphonse Daudet :  Le Petit Chose
Aldous Huxley :  Le meilleur des mondes
La Fontaine : Fables
Guy de Maupassant : Boule de suif
Henry de Montherlant : La ville dont le prince est un enfant (dédié à l'abbé Casy Rivière.)
Antoine de Saint-Exupéry : Terre des hommes
Franz Kafka : Le procès
Joseph Kessel : Belle de jour
Molière : Oeuvres
Jacques Prévert : Paroles
Jean-Paul Sartre : Les mots
John Steinbeck : Des souris et des hommes
Boris Vian : L'écume des jours

Les Russes sont bons pour écrire.
Tourgueniev, Gogol, Tchékov... Les lire, c'est pas mal du tout, du tout...
Quand Brel va chanter en Russie, il fait un triomphe. Les Russes pleurent sans comprendre un seul mot. Le poète Evtouchenko écrit une phrase magnifique que je cite de mémoire : "Il incarne toute l'impétuosité chaotique, comme les vivrations d'un moteur."

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves:

Comme un arbre dans la ville.

Ca n'a pas tardé. Dans mes "brèves" du 30 juin, je m'inquiétais sur le sort de l'oeuvre d'art de la ligne B du métro Toulousain, station "Barrière de Paris". Pour mémoire, ce sont deux énormes arcs d'acier qui s'érigent vers le ciel, qui me font penser à deux parenthèses ouvrantes. Je ne trouve pas ça si vilain.
Une dame, interrogée par le correspondant du journal "La Croix" (et pas forcément "croix-yante") a éclaté : "Pourquoi ce truc ? Autant planter un arbre que cette mocheté."

*

France Inter ou la différence

Déjà traumatisé par la disparition en son temps des "Choses de la Nuit" de Jean-Charles Aschéro, et polytraumatisé par le départ -volontaire- de José Artur et de son "Pop Club", la grille d'été de "France Inter" me fait sortir de ma réserve et m'empêche de garder ma contenance.
A des rediffusions en série, sans même le souci de faire un montage -à 1 h 28 du matin, il est 18 h 32- succèdent des bouts de morceaux de redites. Où sont les "Dramatiques de Minuit", les "Maîtres du Mystère" qu'il suffirait de ressortir ? Que n'offre-t-on un laboratoire à des voix et des concepts nouveaux ?
Vieil auditeur de "France Inter", je perds tous mes repères. Où est "La nuit Caroline" de Caroline Grimm ? Et "Le mot du jour" d'Alain Rey, chassé comme un malpropre ?
La grille d'été de "France Inter" ressemble à un "barbecul" bancal qui n'aurait même pas sa chance dans un vide-grenier.
Une petite modération tout de même à mon propos :
Entre 8 h 45 et 9 h, une petite sonate vient se glisser dans votre oreille. C'est Jean-Pierre Coffe, dans un petit quart d'heure joliment facturé : "Permettez-moi de vous présenter..." un fruit, un légume, un aliment. Avant-hier c'était l'ail, hier l'abricot ("l'oeuf du soleil" pour les Perses) et aujourd'hui les piments...
C'est une émission "making-coffe" pour faire réfléchir les "grosses légumes" et "le gras du bouillon" de Radio France ?

JF

*

Ce n'est pas sans fierté que je vous annonce que Camille C. songe à "ouvrir" un blog, un support bien séant et bien naturel où les mots qu'elle dompte, qu'elle caresse, qu'elle accomode prendront toute leur ampleur, et tout leur épanouissement.

QUELQUES MOTS D'ELLE
par Camille C.

"A PROPOS DE BARRES"

Chez lui, gênant à demi l'entrée de la cuisine, apposée à la porte blanche, une chose étrange et insolite retint mon attention et mes pas.
Qu'était-ce ?
Un objet indéfinissable que je ne saurai plus décrire dans le détail tant sa présence m'incommodât et me forçât à fermer un peu les yeux pour ne pas le voir tout entier. Deux barres parallèles montées peut-être sur quatre pieds. Quel pouvait en être l'usage en cet endroit ?
Ma première idée fût que ce fer avait pu servir les penchants sadomasochistes de mon hôte.
Mais de quelle façon ?
Ma nature curieuse l'emporta sur le dégoût.
La matière est froide : impossible de se mettre entre les barres. Peut-être dessus ? S'y accrocher ? Y être attachée ? L'objet serait-il plus lourd qu'un corps ?
Non ! D'ailleurs, je ne vérifierai pas car je ne toucherai pas. Je ne m'habituerai pas non plus... sauf... si ces barres parallèles me faisaient penser à celles que les gymnastes essaient de maîtriser par tous les muscles tendus de leurs beaux corps.
Des gymnastes nains alors ? Des gymnastes de jardin ?
Le fou rire qui sourd en moi me rassure. L'objet me semble moins repoussant.
Oserai-je passer un doigt dessus ? Pas encore.
Le mieux serait d'en parler. Le dénoncer.

Inimaginable ! Un suspensoir à linge ! Je glousse.
Pour quel linge ? Celui des trolls mais pas celui de mon hôte. Tout juste une culotte, deux chaussettes ou un gant de toilette.
Je suis perturbée et vexée car ce substrat d'un vert pisseux a obscurci mon esprit malade qui s'est laissé dominer par des pensées malsaines.
Heureusement, elles ont été lavées par le linge propre et humide de Gulliver.

Camille C.

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10 juillet 2007 2 10 /07 /juillet /2007 17:45
Agences, boutiques et stations...
Une agence, mais une agence de quoi ? De voyage, bancaire, pour l'emploi, matrimoniale ?
Une boutique, mais de quoi ? De fringues, de chaussures, de vaisselle, de fleurs ?
Une station, mais de quoi ? De ski, balnéaire, de radio, d'essence, de métro ?

En 1991, un soir, en rentrant du cinéma, je suis passé devant une devanture où clignotait une enseigne : "Agence". J'ai poursuivi ma route, mais mon imaginaire a couru. Une agence ? Oui, mais de quoi ? J'ai pris du papier, un stylo, et j'ai jeté quelques idées. Trois personnages attendent devant une agence fermée. L'un prétend que cette agence est une agence pour l'emploi ; le deuxième une agence matrimoniale ; le dernier une agence bancaire. Je tenais là un excellent départ d'intrigue. Devant cette auberge espagnole, tout devenait possible.
Sans le savoir, j'avais trouvé une veine d'écriture. Sans le savoir, je me suis mis à écrire ce qui allait devenir une pièce de théâtre. Alors que je n'étais pas du tout fait pour ça, alors que je n'étais pas du sérail... Je n'avais approché le théâtre que lors d'une certaine et marquante soirée scolaire -je devais avoir 14 ans- au théâtre Daniel Sorano à Toulouse, où l'on donnait "L'Avare" de Molière, que j'ai par la suite très bien connu...
Une autre révélation se fit en 1989, lors de la disparition de Samuel Beckett. Sam, d'outre-tombe m'avait envoyé sa pièce "En attendant Godot", que je reçus en pleine figure, tous phares allumés, d'une évidence telle qu'il me semblait avoir pu l'écrire... Toute une thématique me parlait : l'inanité de la vie, l'horreur d'être né...
Pourquoi les muses Talie et Melpomène vinrent-elles me visiter, alors que j'étais plus habitué à l'envahissante présence de la fée Carabosse ?
"Agence" achevée, j'ai embrayé avec "Chanterelle", puis "Flaque", puis "Orbe", puis "A propos de bottes", puis "Notice", puis "Calandre", puis "Sas" (ou "Tout bleu" ou "Si bleu"), puis "Postier de nuit". Des titres courts, pas plus de trois syllabes. Des pièces courtes et percutantes, empreintes de poésie absurde. Longtemps j'ai gardé ces textes dans mes tiroirs. Tant qu'ils ne voisinnent qu'avec de la poussière et des acariens, il n'y a aucun risque. Mais la démarche d'un créateur est de s'exposer un minimum. Brel me souffle : "Nous avons des fonctions tellement exhibitionnistes que cette fonction n'est tolérable que dans la mesure où l'on ne peut pas se taire."
J'ai écrit neuf pièces. Deux ont été montées. Certains m'ont dit que "j'avais du talent". Il faut faire attention, vous savez, avec les artistes, ils sont si fragiles. Ils passent vite à l'acte. J'ai répondu que "ce n'était pas du talent, c'était de la mémoire";
Je m'étais promis que mon dixième travail serait entièrement consacré à Jacques Brel. Vous l'avez entre les yeux. Qu'en pensez-vous ?

J'ai tenu à faire intervenir Jacques Brel dans toutes mes pièces, un peu comme une apparition "à la Hitchcock", et beaucoup parce que ça me semblait tomber sous le sens, que j'avais tellement besoin de lui...
Je reproduis ici bien volontiers, à l'intention des futurs exégètes de Brel et de Fauré la toute première intervention "brelienne" dans "Agence" :

Didascalies :
"L'horloger s'éloigne, allume une cigarette et fait les cent pas, l'air absorbé.
L'illusionniste s'approche de la palissade et regarde ses affiches, méditatif.
Mademoiselle reste debout quelques instants, s'assoit sur le banc public près de l'agence, et s'administre un tranquillisant.
Au bout de quelques instants, l'horloger et l'illusionniste viennent la rejoindre et s'assoient à côté d'elle.
La lumière baisse.
On entend les premières mesures s'une chanson qui sera interprétée dans son intégralité. C'est "Vivre debout" de Jacques Brel.
Après la chanson, tous trois se relèvent, comme un seul homme."

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves:

Négritude

Elle : Je suis coiffeuse. J'ai coiffé Lady Di juste avant son accident.
Lui : Elle est morte les cheveux propres au moins.
Elle : J'aime beaucoup les romans de de Judith Ralitzer. Et vous ?
Lui :  Moi aussi. C'est moi qui les écrit. Je suis le nègre de Judith Ralitzer.
Ces répliques sont extraites du dernier film de Claude Lelouch "Roman de gare" sorti sous le prête-nom d'Hervé Picard. En fait, il n'y a que sur ce blog que vous saurez toute la vérité. Ce n'est pas Hervé Picard qui a écrit le film. C'est moi. Et oui ! Je suis le nègre d'Hervé Picard.

PS : Plus sérieusement, "Roman de gare" dont je vous ai entretenu dans mes "brèves" du 29 juin, est un bel objet cinématographique, bien réussi.  En voulant jouer un tour aux critiques qui l'éreintent comme taureau avant l'arène, Claude Lelouch a réalisé un film tout à fait regardable, sans se priver des grosses ficelles du roman qui se lit vite (fausses pistes, flash-backs, destins croisés, complots, machiavélisme...) -j'ai pensé au romancier Guy des Cars que certaines mauvaises langues appelaient "Guy des gares"-.
Je décerne des lauriers personnels à Dominique Pinon (souvent vu chez Jean-Pierre Jeunet) et à Audrey Dana, hélas tout inconnue de moi et que je trouve fort jolie.
Sur Fanny Ardent, que dire qui ne tomberait pas à plat ? Qu'elle est doublée par Catherine Deneuve ? Mais je suis sûr que vous ne me croiriez pas.

"Roman de gare" actuellement à l'affiche.

*
Carte blanche à Camille

Quand Camille C. retrouve le goût des mots et redevient la femme de plume qu'elle a toujours été (qu'elle ne se défend plus d'être), le résultat est des plus heureux.
Sa phrase est d'une grande pureté. Je vous donne mon billet que, s'il existe quelqu'un d'important qui regarde et agit, ici, en haut ou en bas ; et si les Nothomb, Despentes et autres Angot, qui cannibalisent les librairies lui font un peu de place, elle trouvera son lecteur.

"Je te cherche. Où es-tu à une heure pareille ? Je suis sûre que tu t'es échappé au poulailler pour y chercher encore quelques poules. Quand donc cesseras-tu, enfant sauvage des campagnes ?
Il n'en existe plus des comme ça. Il est fini ce temps des décharges magiques, des zoos mythiques et des champs de colchiques ! Allons bon, te voici qui vocifères et me réponds que rien ne finit jamais, qu'il suffit d'y penser pour revivre les belles heures du temps passé... le temps passé.
As-tu rapporté les boîtes, le pot aux oiseaux ? De quelles trouvailles t'es-tu encombré ? Regarde ton pantalon, c'est hier que je te l'ai fait changer ! Regarde tes cheveux, ils sont tout défaits, et sors le raphia de ta poche. Mouche ton nez, sèche tes yeux ; tout cela n'est pas si grave. L'essentiel, c'est que tu ne perdes pas la mémoire en chemin. Au contraire, tu as raison, plus rien ne se perdra là où tu l'as mis. On ne peut plus rien ajouter, on ne peut plus rien enlever. C'est la boîte à secrets que tu t'es empressé de verrouiller. Tu as bien fait de me confier une moitié de sa clef."

Vous retrouverez Camille C. dans ces colonnes régulièrement.

*
A propos de bottes...

Ce soir, il y a "Barbarella" à la télévision, sur "Arte". J'irai peut-être vérifier si Roger Vadim a bien fait mettre de jolies cuissardes couleur argent avec un liseré noir à Jane Fonda...

JF


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9 juillet 2007 1 09 /07 /juillet /2007 22:01

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Les titres des tableaux de Philippe Vercellotti sont à eux seuls de véritables romans : "Prélude à l'après-midi d'un téléphone", "Fiole d'extrait de grillage sauvage", "Les antennes à ondes boïtacienne", "Formule bleue de concentré d'extrait de ressort", "L'apparition de l'orbe à manivelle", "Transmutation du 201 au 128", "Les trois guetteurs"...

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Philippe Vercellotti

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Philippe Vercellotti

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9 juillet 2007 1 09 /07 /juillet /2007 20:20
A toutes les femmes
et à tous les hommes adultères de la Terre.
Et à Benoît XVI, avec tout le respect que je lui dois
A ma mère et à Dieu, vraiment.

Jeux de mots - Je de maux
"Qui a bu boiera ; qui est imbu aboiera."
"D'ores et déjà ; D'ors et de jade."
Le chien aboie, la caravane passe, le vagin vagit et le pénis peine...
Si j'ai bien compris, Jacky, dans la vie, il y a trois stades : l'enfance, l'adolescence et l'adultère ?

Bestiaire.
Des singes, des biches, des petits chiens, des grands chats, un lion des crocodiles, des moutons, des poules-faisannes, des vaches et des femmes...

Je veux mon portrait en "quat'-de-couv" dans Libé
Quand on demandait à Brel ce qu'était pour lui le lyrisme, il répondait : "C'est Jérôme Bosch qui dessinerait pour un quotidien." Moi, j'aime beaucoup la "chose imprimée".
Savez-vous ce qui me ferait vraiment plaisir ? Ce qui flatterait mon égo ? C'est d'être l'objet ou le sujet du très convoité portrait en dernière page du journal "Libération". Par exemple, à l'occasion de la sortie de ce livre...
Je crois que je vais envoyer un message au quotidien de Serge July : "Que faut-il faire et qui faut-il être pour avoir son portrait en "quatre de couv'" dans Libé ? (Si vous connaissiez ma vie...)"
Quand je cultive mes névroses et que je taille mes névrosiers, je m'offre, dans le jardin de la nuit, au milieu des "désespoirs du peintre" et des "oeillets de poète", de beaux voyages au pays de Bruegel et de Bosch.

Joëlle.
"Madame raconte partout que l'on m'appelle tata Jacqueline ; je trouve madame mauvaise copine..."  (Les remparts de Varsovie)
Ma mère, après avoir mis au monde des jumeaux (faux), en 1950, n'attendait plus personne.
En 1962, un "accident" m'annonça. "Bon, puisqu'il est là, on le prend, cet enfant." Ma mère aurait bien aimé avoir une fille. Elle avait choisi le prénom du petit tardillon non-désiré : Joëlle.
La mère de Brel, après avoir perdu des jumeaux, souhaitait une fille. Après un premier fils, Pierre, c'est Jacques qui arriva. Pendant longtemps, sa mère s'entêta à l'appeler Denise, et à lui laisser les cheveux plus ou moins longs...
Vous vous rendez-compte de ce à quoi on a échappé ?


Finalement, il n'y a pratiquement pas de différence entre un homme et une femme : il n'y a que les deux premières lettres qui changent...


Nouveau seuil critique.
Vous ne pensez pas qu'on va écrire :
"Fauré va beaucoup trop loin dans sa démarche littéraire.
On finit par se lasser de ces juxtapositions narcissiques, de ces parallèles douteux. Qu'a-t-il voulu faire, au juste ? Dans quel genre court-il ? La co-biographie"
?

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves:


L'UNIVERCELLOTTI

J'ai reçu de bonnes nouvelles de Philippe Vercellotti.
Je suis très fier de suivre cet artiste talentueux et modeste depuis ses débuts, en 1989, alors qu'il se décidait à montrer sa mystérieuse "boîte à C" et accrochait ses toiles sur les cimaises de la galerie de la si bonne, si chaleureuse Simone Boudet, rue Genty-Magre. Les toiles de Philippe Vercellotti m'ont toujours fait rêver. Je suis aussi très heureux de la fidèle amitié que nous nous portons.
Si vous passez par Aspet, près de Toulouse, cet été, allez-donc vous faire une idée de son univers.
Vous pouvez aussi aller visiter son site : http://vercellotti.monsite.wanadoo.fr
J'ai retrouvé dans mes archives le texte que Philippe Vercellotti m'avait inspiré.

"Les Fatras organisés de Philippe Vercellotti.

L'univers pictural de Philippe Vercellotti repose sur un principe fondamental : la fusion patinée des objets de rebut qui ne veulent pas mourir.
Si les vieux murs orbes et douteux n'offrent aucune chance de voir l'air libre à la bimbeloterie qu'ils renferment -l'air du jour détruirait-il ces assemblages uniques ?-, ils sont dispendieux en lumière refletée de partout et de nulle part, un peu comme si ces capharnaüms
confinés étaient éclairés par des feux occultes.
Et soudain, les teintes sépia, les couleurs des cuisines d'autrefois à la campagne, jaillissent entre les tomettes rouges, les commodes citronnées ou parfumées à l'encaustique, les poutres-maîtresses, au dessus des tabliers des âtres ou des boîtes gigognes font la parade au dessus des convenances.
Il faut dire que les boîtes offrent toute lattitude à l'observateur. Ne parlons pas du peintre...
Dans ces greniers de ferblantiers et de rempailleurs, sans doute tout au bout du corridor où le vent chante, jour après jour, presque compulsivement, la vie en remet une couche. Ce qui n'arrange rien. Ou ce qui arrange tout. C'est selon.
Alors les crépis s'effritent, les boiseries travaillent et se charançonnent, mais les instruments du culte de la vie vieillissent de concert et de conserve : c'est ce qui fait leur force, leur cohérence.
Placés là, cohabitant comme le hasard avec le hasard, des fioles à demie-pleines ou à demie-vides colloquent avec les hameçons, les leurres et les appâts de nos doutes les plus obsessionnels.
C'est la victoire de la matière, de ces objets qui nous gouvernent parfois.
Alors, les vieilles guimbardes, qui en ont marre de se faire rouler, sèchent leurs pneus boueux et leurs chromes dans l'entrepôt de nos mémoires, un pan de toile pudiquement posé sur leurs carcasses.
Alors, les vieux voiliers, les "mâtures mortes" sans capitaine -ont-ils jamais pris la mer ?- semblent n'être que de piteuses épaves, ou des maquettes inachevées par un garnement qui a dû reprendre l'école.
Alors, les téléphones attendent que quelqu'un les sonnent, au beau milieu d'un bric-à-brac inspiré.
Alors, les vieux fauteuils Voltaire sont eux-mêmes un peu crevés -sur qui un fauteuil fatigué peut-il se reposer ?-.
Nous devrions y songer plus souvent.
Mais chez Vercellotti, ce n'est pas parce qu'un clou est tordu qu'il est arraché.
On peut aisément imaginer un dialogue entre le peintre et une admiratrice.
" - C'est comme ça, chez vous ?
- Oh, non ! C'est beaucoup moins bien !"
Les clous dont on fait des spectacles, les boîtes dont on fait des cartons, les tuyaux crevés dont on fait des tubes, les roulements à bille, les manivelles et les ressorts, toutes ces rotules si utiles animent les toiles Vercellotti. C'est la vie !
Pour ce qui est des étiquettes, on a "traité" Vercellotti d'"hyperréaliste". Mais on lui a aussi donné du "dada" ou du "pataphysique".
Il me semble que sa sensibilité aux êtres et aux choses, et les contre-univers et les solutions qu'il propose le ferait "dévier" du côté du "surréalisme".
Bien sûr, ce ne sont que des mots pour les petits marquis de la critique : n'y sacrifions pas trop.
Petite précision à l'usage des rédacteurs pressés sans souci du détail : VERCELLOTTI s'écrit avec deux
"l" et deux "t". Ca a son importance.
En revanche, laissons aller l'imagination de tous et de chacun au gré de ses toiles, dessins, huiles, chantournés et trompe-l'oeil.
Au catalogue des objets introuvables, Vercellotti signe la gamme des utilitaires. Des utilitaires à la force et à la vivacité de nos émotions et de nos nostalgies.
Plus que jamais, nous avons tellement besoin des artistes.

Joël Fauré

Mairie d'Aspet. Du 11 juillet au 19 août 2007. Vernissage le mercredi 18 juillet à 18 heures.
(A 64 direction Tarbes. Sortie 18 Saint-Gaudens - Aspet par D 5)


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8 juillet 2007 7 08 /07 /juillet /2007 19:17
De la difficulté d'écrire...
Brel m'a dit qu'il écrivait "debout, le corps tendu, comme un coq qui crache du feu." Il m'a dit aussi : "Un jour, je pourrai m'arrêter de chanter, mais je ne marrêterai pas d'écrire."  Et encore : "On ne sait rien pendant qu'on écrit... on ne sait rien pendant..." A Jacques Chancel, grand chirurgien des créateurs s'il en fut, qui lui demande : "Un jour, au bout de la route, il y aura sans doute  pour vous le roman, la chose littéraire  ?" Brel, humblement, répond : "Oui, peut-être, c'est une discipline majeure."
S'est-il, un jour, décidé à s'asseoir, cet homme étonnamment debout, face à la lumière ? : "Il faut vivre debout et en mouvement sinon la lumière vous tombe sur la tête." Dans une chanson, il s'interroge encore : "Serait-il impossible de vivre debout ?"
Pour écrire et être lu, et parfois apprécié, il faut trois choses : don plus travail plus chance. Et accessoirement état de grâce...
Moi, j'aime écrire. Mais j'ai du mal. Disons que c'est pas l'inspiration qui me manque, ça... non. Mais ce sont les TOC qui freinent cruellement sans cesse.
Je m'explique :
J'ai allégué un "sens magique" à certaines lettres.
Le Q, c'est le cul, c'est-à-dire l'interdit, le sale ; sa queue ne doit pas être tordue, son contrepoinçon se doit d'être parfaitement fermé ;
Le O, se doit d'être hermétiquement clos, bien bouclé (le "O", c'est "ma tête ouverte" qui laisserait s'échapper neurones et cellules grises.) ;
Le R, c''est l'air, et je vais certainement en manquer jusqu'à l'étouffement ;
Le H, c'est la hache qui me tranchera la gorge :
Le S, ah, celui-là, c'est le Sida, et il exige qu'il ne soit ni trop, ni trop peu crochu ;
Et je ne saurais oublier de bien mettre les points sur les "i", les barres sur les "t", faute de quoi ma souffrance sera insoutenable et ma fin proche.
Si vous le voulez, je vous montrerais mes brouillons où surchages se disputent avec ratures...

De la difficulté de lire...
Je suis allé au cinéma, je suis allé au théâtre, je suis allé au cirque, je suis allé au music-hall, je suis même allé à la corrida mais mes plus belles rencontres, mes plus belles émotions, c'est avec les livres que je les ai eues.
Mal étrange, insensé et cruel, les TOC, prenant le visage d'une compulsion de lecture me contraignent, sous peine de n'avoir pas bien saisi le sens, à lire, relire la même phrase, le même mot, à m'attacher bêtement à un accent, une cédille, voire même à une petite aspérité du papier... Sans cesse freiné au cours de la lecture, je suis condamné à balayer du regard le même groupe de mots, sans quoi l'angoisse, prégnante, me conduit à un catastrophisme infondé et une fin proche et fatale. Je sais que c'est absurde, mais je ne peux résister ; et je mène une lutte épuisante. Je lis et je relis à m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user le yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A  m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en user le yeux. A m'en user les yeux. A m'en user les yeux. A m'en use

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves:


Sous le soleil exactement...

Le soleil ne mourra jamais vraiment pour qui pourra entendre :
"Je te remercie d'avoir si bien couvé mon oeuf de soleil. Il se réchauffe entre tes lèvres humides, et il éclot doucement à la chaleur de ta langue."
"L'oeuf de soleil", pour les Perses, c'est l'abricot.

C'est du cinéma...

Au cinéma, je me suis toujours arrangé pour me placer en bout de rangée. Au milieu, j'aurais trop peur si le feu venait à prendre...
Longtemps je me suis arrangé pour me placer en bout de rangée car j'étais seul... L'inconvénient premier était que je devais me lever pour laisser passer tous les autres qui, eux, étaient bien sûr accompagnés.
Je m'arrange toujours pour me placer en bout de rangée, même lorsque je ne suis pas seul.
Et savez-vous pourquoi ?
Parce que l'âge venant, le temps, son usure, a fait son travail de sape : je ne sais pas si c'est le cancer de la prostate ou le cancer de la pensée, mais je me lève, je vais pisser, je vais me rafraîchir, et tout ça, en essayant de déranger le moins de monde possible...

JF



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5 juillet 2007 4 05 /07 /juillet /2007 19:24

A Fabiola Juretig.
Pour la botte,
où elle vit, près d'Udine...


La femme est un instrument à hanche double.
Dans sa niche, à l'encoignure du mur de la rue Pharaon et de la place des Carmes, une femme attend toujours. Je suis ému par son beau visage de madone. Elle ne sera jamais grosse, et comme j'aime imaginer son ventre blanc et son nombril qu'elle ne regarde jamais !

Revue de détails.
Au générique du film "L'Emmerdeur", les lettres Jacques Brel se découpent en lettres rouges sur une DS noire. Jacques Brel incarne François Pignon I, représentant en chemises, dépressif et suicidaire parce que sa femme, (jouée par Caroline Cellier) l'a quitté pour un psychiatre. A Montpellier, Brel va, par sa conduite, contrarier les plans d'un tueur à gage, monsieur Milan, interprété par Lino Ventura ; tenter de se pendre ; montrer à tout le monde les photos de son nouveau pavillon à Poissy ; s'interroger sur les effets des neuroleptiques, et entre deux plans, trouver le temps d'aller à la gare accueillirson ami l'abbé Casy Rivière.
J'ai dans ma tête des répliques mythiques, qu'il m'arrive de ressortir, comme ça, pour le plaisir.
Qu'il parle voiture et cylindrée : "Moi, je suis "Peugeot". Et je suis fidèle. Je suis très fidèle."
Qu'il s'obstine, sur la route, au volant de sa "Peugeot" : "Je ne m'arrête que dans les stations "Fina". C'est pour les santons. Pour les santons en plastique. C'est pour mon petit-neveu, il fait une crèche..." Résultat : il tombe en panne d'essence après être passé devant deux ou trois stations.
Qu'il s'adresse à monsieur Milan, à qui il veut offrir des chemises : "Monsieur Milan, quelle est votre encolure ? 43 : vous avez le cou un peu fort."
Qu'il reconnaisse : "Je vous en donne du souci, hein, monsieur Milan ?"

Tu me la donnes ?
"Mais qu'est-ce que j'aurais bien aimé, encore une fois remplir d'étoiles un corps qui tremble, et tomber mort, brulé d'amour, le coeur en cendres..."
Dis, Jacques... Tu me la donnes, cette phrase ? J'aurais bien aimé voulu l'écrire. Allé, on direz que cest moi qui l'a écrit, daccort ?

En forme.
Si l'Italie ressemble à une botte, la Belgique ressemble à un cale-bottes.
C'est beaucoup plus important...

LES TOC
- D'où ça vient ?
- Où ça va ?
- Qu'est-ce que ça fait ?
Le phénomène TOC. Comme un petit air dans la tête.
Revoir. Refaire. Redire. Relire. Récrire. Repasser. Retoucher. Repenser. Et, finalement Re-douter.
Le Trouble Obessionnel Compulsif est une maladie psychique caractérisée par des pensées parasites, non souhaitées et déplaisantes (et impossibles à éloigner), et des comportements répétitifs souvent absurdes que la personne très anxieuse ressent le besoin irrépressible d'accomplir. Voilà une bien étrange et cruelle maladie. Cette pathologie est très invalidante. Elle fait gaspiller beaucoup d'énergie et génère l'épuisement et l'apathie. Toutes les actions, tous les gestes sont parasités, car tout a une symbolique.
Pour les personnes atteintes, qui doivent livrer un combat contre le doute permanent et l'angoisse chronique, quelle conduite tenir, face aux spécialistes, parfois impuissants ; aux familles, déstabilisées ; aux amis, déroutés ?
Ce mal insidieux, dissimulable isole.
A la base, le champ de la pensée est assiégé par la crainte infondée de catastrophes à venir.
Le sujet peut paraître futile à qui n'en est pas atteint.
Le chemin de la guérison s'ouvre sur deux axes : les médicaments et la thérapie comportementale et cognitive.
Mais il faut en amont accomplir un travail personnel d'analyse : identifier les obsessions et répertorier les compulsions.
La thérapie tient en deux verbes : dépasser et survivre. Dépasser les "rituels" et survivre à l'angoisse.

Mon grand ami Jacques Brel, dont vous n'êtes plus sans savoir que je l'ai très bien connu, savait-il qu'il écrivait à mon intention : "Chaque seconde est une peur qui croque le ceour entre ses dents." ?
A notre ami commun, le bon curé Casy, il écrit :
"Cher Casy,
Bon sang, tu me sembles un peu perdu. Un peu trop malheureux.
Veux-tu que je te dise : à mon coeur de "non croyant" cela me semble un peu injuste. Moi qui ne crois pas à l'âme,  je sais que nous ne délirons que de nos corps. La douleur vient de là.
Mais si, en plus, pour toi, elle vient de l'âme, j'imagine ce cauchemar.
Tu sais, à vivre pour l'amour, on devient de plus en plus fragile. On ne meurt pas de mort, on meurt de vide !
On termine seul, à l'ombre de soi, et ce n'est pas aisé.
Il est possible que bientôt je trébuche en Europe. Je ferai toutes choses pour t'y embrasser.
En amitiés.

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves:

"Je hais les dimanches.
Je hais l'été.
Je hais les dimanches d'été."

Schtroumpf grognon s'invite aujourd'hui à la table de mes "brèves", et je tombe assez d'accord avec lui sur la haine, mais une haine saine, qu'il porte à quelques "passages obligés".
Ainsi, si Juliette Gréco, dans la chanson signée Charles Aznavour avoue "Je hais les dimanches" ; si Trenet renchérit avec "Les enfants s'ennuient le dimanche", et l'ami Brel enfonce le clou avec "Et nom de Dieu c'est triste Orly le dimanche...", Schtroumpf grognon me signale qu'il a repéré, dans la sélection d'un journal qu'il aime bien, un développement durable à cette haine, si l'on veut bien considérer qu'elle couvre tout l'été.
Les éditions Mille et une nuits ont donc accueilli, sous une couverture que je trouve fort belle, le texte de Claude-Henri Buffard : "Je hais l'été".
"Restez chez vous. Cette sentence, écrit Mohammed Aïssaoui dans "Le Figaro littéraire d'été" de ce jour, pourrait être le slogan de ce livre empli d'humour, où l'écrivain relate tous les inconvénients de la belle saison (les shorts, le supporteur du Tour de France, la piscine des amis...) Buffard nous ferait (presque) aimer les giboulées de mars et la nuit à 17 heures."
Je me demande quelles sont les probabilités pour que ce livre soit lu sur le sable des franges humides de l'hexagone.
"Je hais l'été". Claude-Henri Buffard. Mille et une nuits. 112 pages. 12 €.

*

MEMOIRE D'ELEPHANT

Il serait indécent d'écrire que c'est ma passion du cirque qui, fusionnée à mon intérêt pour les questions médicales m'ont incité à en savoir un peu plus sur Joseph Merrick.
A la lecture de ce prénom et de ce nom, je vous sens éteints.
Par contre, si je vous dis "Elephant man", alors là, tout devient plus clair.
On se souvient bien entendu du film de David Lynch, qui porta à l'écran le parcours de cet être si difforme qu'ont eût cru y voir des attributs d'éléphants, d'autant plus que l'intéressé lui-même attribuait sa difformité à la frayeur de sa mère devant les éléphants d'une ménagerie...
Si la science a ensuite parlé de neurofibromatose ou maladie de Protée, il n'en demeure pas moins que le cas de "l'homme éléphant", rare, interroge surtout par et pour ce destin contrarié d'un homme bon, cultivé, amoureux de la littérature et des beaux textes.
Il n'est pas question ici de faire pleurer dans les chaumières, mais jamais je n'oublierai la scène finale du film de Lynch, où l'on voit, avec lenteur et beauté, Joseph Merrick dans sa chambre, regarder par la fenêtre et s'aliter.
Un livre est sorti chez "Mnémos" Icares où Xavier Auméjean avance un audacieux (ou facile) rapprochement entre l'homme Joseph Merrick et Ganesha, le Dieu à tête d'éléphant.
"Ganesha, mémoires de l'homme éléphant". Xavier Mauméjean. Editions "Mnénmos".

*

JE N'AI PAS PU M'EMPECHER...

Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? Quand j'ai lu, dans les colonnes du très sérieux "Nouvel Observateur" ceci :
"33 - 75 quel H déterminé et raffi-
né saura aimer une F "O"béis-
sante ? 50e. marié s'abstenir
Ecrire journal réf. 1326/10F"
je n'ai pas pu m'empêcher de répondre :
"Chère "1326/10F",
Sur quels critères allez-vous vous baser pour déterminer que telle ou telle réponse à votre petite annonce est digne d'intérêt et que, finalement, vous allez y donner suite ?
M'écrirez-vous ?
M'appellerez-vous ?
M'oublierez-vous ?
A bientôt ?"
Voulez-vous que je vous tienne au courant si j'ai une réponse ?
La lettre est partie aujourd'hui.
Je n'ai pas pu m'en empêcher... J'ai appelé -en insistant- la femme que j'aime, et je lui ai lu ce que vous venez de lire. Au grand risque de la blesser. Et je l'ai blessée. Et je suis retombé dans la spirale. Suis-je un véritable pervers ? Suis-je un assassin ?
Si elle ne vient pas demain, ce sera de ma faute.
Je demande pardon. 3 de ses larmes valent 3 millions de mes spermatozoïdes flagellants. Flageolants.
"Est-ce Dieu
Est-ce Diable
Ou les deux à la fois
Qui un jour s'unissant
On fait ces [choses]là. ?"
"Barbara" (Chapeau bas)

Joël Fauré


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4 juillet 2007 3 04 /07 /juillet /2007 16:52
L'homme qui vit et l'homme qui écrit.
Moi, si j'ai écrit ce livre, c'est bien sûr parce que j'ai très bien connu Jacques Brel, et l'ai beaucoup admiré, et qu'il me manque, mais c'est aussi parce que je suis à la recherche d'une reconnaissance. Faute avouée est bien à demie pardonnée ? S'il y a des papiers dans la presse sur ce livre, je les découperais et je serais content. C'est un phénomène de compensation. A Brel qui disait "être une aspirine" pour certains, je crois qu'aujourd'hui je pourrais enfin avouer, comme j'ai pu le faire à Nougaro, ma grande carence affective. Et la grande blessure en bas de mon ventre, la cicatrice blanchâtre qui court sur la hampe de mon sexe.

Voyage à Montpellier.
Voilà, c'est dit. Le docteur m'a conseillé d'aller consulter à Montpellier un éminent urologue, le professeur Grasset ; je lui raconte la petite histoire qui fait de moi le petit garçon tourmenté que je suis resté, toujours accompagné de sa mère : "A 10 ans, j'ai subi une circoncision pour remédier à un phimosis. Cette intervention a été réalisée à vif. J'ai hurlé avec les loups. Le docteur de l'époque, devant mes cris, a bâclé son travail. Ce fut un magistral loupé. Depuis, j'ai vécu avec un sexe charcuté, empêchant toute forme d'expression amoureuse et sexuelle." Le professeur m'a dit : "Effectivement, c'est un beau gâchis." Je présente un brièveté du frein et une étroitesse de l'anneau préputial, rendant douloureuses voire impossibles toutes formes de pénétration. Lorsque je suis ressorti de l'hôpital, je me suis souvenu que j'étais à Montpellier. C'est là que Brel a tourné "L'Emmerdeur". J'ai voulu marcher sur ses pas. J'ai reconnu le Palais de Justice qui revient souvent dans les plans. Ca m'a fait penser que je pourrais porter plainte contre le charcutier qui m'avait amoché. Avec un bon "plan média", j'aurais pu faire un coup à faire bander la France ! Du coup, j'aurais pu écrire un livre avant celui-là, et je serais même allé chez Marc-Olivier Fogiel.
Près du Palais, un employé municipal s'occupe d'un massif de fleurs. Je m'approche. Je le questionne. Oui, il se souvient très bien d'un certain emmerdeur. Et nous avons parlé d'emmerdements.

Vous voyez, moi aussi, j'écris des chansons :
"Petite,
Ma mie, ma muse,
Ma mise, ma mue
Ma mise à nu.

Je vais mourir dans trois quarts-d'heure
Les roses sont encore au jardin
Elles embaument un vers mien
Un vers à moi, à toi, à eux
Un vers des jours heureux ;
Elles font de l'ombre à un lopin
Pas plus grand qu'un mouchoir de poche
Que hier mon père m'avait donné.
Je n'ai pas peur ; je suis serein...
Et toi ? Je veux que tu soies bien.

S'il suffisait d'ouvrir les bras
Pour fermer les blessures
Et de fermer les yeux
Pour ouvrir les serrures
S'il avait suffi de prendre la main
De quelqu'un qu'on aime bien
Et de la serrer si fort
Pour lui faire un enfant...
Nous l'aurions appelé Isabelle
Je t'aime.

Petite,
Ma mie, ma muse,
Ma mise, ma mue
M'a mise à nu.

Je vais mourir dans une demi-heure
Les roses ont triste figure
Elles dévisagent le ciseau
Qu'aiguise un oiseau de mauvaise augure
Je n'ai pas peur, j'en ai trop vu...
Et tu es là, chaud dans ma peau.
J'aurais aimé, au milieu de toi
faire grandir une caresse,
Faire jaillir une promesse
Et rester là, ivre de joie.
J'aurais aimé imprimer ma figure
Sur ta longue chevelure.
Je me suis épuisé à comprendre
Ce monde fou.
Je n'ai toujours rien compris,
Mais je t'aime. Je veux que tu sois bien.

Petite,
Ma mie, ma muse
Ma mise, ma mue
Ma mise à nues.

Je vais mourir dans un quart d'heure,
Les roses sont taillées en biseau,
L'amour s'est taillé du berceau,
Mon vers à moi va vers toi
Tu seras ma mémoire... Tu leur diras...
Ce monde est fou,
Mais il faut lui pardonner,
Il ne le fait pas exprès.
Je t'aime comme un fou.

Petite,
Ma mie, ma muse,
Ma mise, ma mue
M'a mise à nu.

Je vais mourir dans cinq minutes,
Les roses sont en gerbe,
Les vers à moi, à toi, à soi, à eux courent dans l'herbe ;
Ils préparent des poésies et des vers libres.
Ne clouez pas mon cercueil,
Laissez la tombe entr'ouverte,
Et les soirs de grand vent,
Je viendrai vous voir, en songe,
Au bout du long couloir, dans la chambre "oronge",
Et je vous aimerai comme avant.
Pe..."

Elle est pas mal, hein ?
Comment ? Des amis m'ont même dit qu'elle était très bien... très poétique, très émouvante... très... tout ça, quoi... Comment ? Si j'ai écrit la musique ? Non, hélas, je ne sais pas la musique et je ne dispose pas d'un François Rauber sous la main. J'ai seulement acheté un harmonica. J'ai peut-être du talent ?
Qui a dit : "Le talent, c'est d'avoir envie de faire quelque chose. Tout le restant, c'est de la sueur, c'est de la transpiration, c'est de la discipline." ?
Jacques Brel : réponse A
L'auteur de "Ne me quitte pas" : réponse B
Le comédien principal de "Mon oncle Benjamin" : réponse C
Quelqu'un que j'ai très bien connu : réponse D

(A suivre.)

Joël Fauré
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Brèves:

AVeC ou SaNG ? AVC ou SNG ?

Pourra-t-on parler du "Syndrome de Rocard à Calcutta" ? Je suis heureux de savoir que l'accident de la circulation sanguine dont à été victime l'ancien Premier Ministre n'a pas altéré ses fonctions vitales. Moi qui n'ai pas de sang bleu, mais une peur de cette couleur des atteintes cérébrales, j'ai été plutôt rassuré de voir qu'à 76 ans, on pouvait très bien désobstruer les artères, chasser le coma, et surtout demander à voir sa femme, ses lunettes, et à manger des mangues.
Dans son succulent billet de "La Croix" de ce jour, Alain Rémond écrit : "Aussitôt après son opération, Michel Rocard a réclamé, raconte son épouse Sylvie, ses lunettes, un livre de Jacques Attali et des mangues. (...) D'autres auraient demandé l'heure, le jour ou un verre d'eau. Michel Rocard lui, va droit à l'essentiel. Ses lunettes, pour voir le monde qu'il a failli quitter, le visage de sa femme. Et lire, toutes affaires cessantes, le livre de Jacques Attali, dans lequel il était sans doute plongé avant son hémorragie cérébrale.

*

Bonnes Feuilles : "RUSTICA"

Il existe encore une publication que l'on peut ouvrir tous les mercredis sans crainte de traumatisme. Pas de couverture racoleuse, pas de "people"... Et je suis fier d'en être un lecteur fidèle, attentif, amoureux. Cette très ancienne revue, c'est "RUSTICA", l'hebdo du jardin. Cette fidélité, "Rustica" me la rend bien. N'a-t-elle pas répercuté, dans son numéro 1857 (Semaine du 27 juillet au 2 août 2005) mon avis de recherche, dont je vous ai entretenu pas plus tard qu'hier, et concernant les fameux sapins de "Pif-Gadget" ?
"En 1975, j'ai planté un jeune sapin du Grand Nord, proposé alors par le magazine Pif-Gadget. J'ai souvent imaginé que d'autres enfants avaient fait de même. Que sont devenus ces sapins ? Vous pourriez être un relais efficace pour retrouver la trace de ce "gadget végétal" afin d'établir une sorte de sapineraie du coeur."
Les réponses ont dépassé toutes mes espérances. J'y reviendrai ici.
Si je ne me suis pas abonné à "Rustica", c'est tout simplement pour le plaisir de l'acheter "au numéro", et échanger quelques mots avec mon philosophe de marchand de journaux.
Dans l'édition de ce jour, on pourra se régaler au paradis des 1001 légumes, savoir pourquoi les géraniums jaunissent, sauver un oisillon (Un mésite ?), apprendre à faire son pain soi-même, et aménager les combles et le volume au dessus du garage. (L'article n'évoque pas l'option "donjon SM").

*
LES MOTS POUR LE DIRE

Vous croyez que, si je change les mots de bienvenue de mon blog par :
"- Je m'appelle Joël.
- Je suis né le 5 octobre 1962 à Toulouse (E.U.)
- Je recherche des femmes et des hommes fascinés comme moi par les bottes et les cuissardes, pour échanger états d'âme, états d'esprit, états de coeur et états de corps.
- Je suis fou.
- J'essaie de peindre des scènes de fellation sur des notices de médicaments."
ça va choquer ? Dites-moi...
Vous croyez que si j'écris :
"Quand je suce une queue, je suce une queue. Je ne suce pas un visage, ni un ventre. Je ferme les yeux et je suce une queue. Et je fais tout pour emmener les croyants au Paradis et les mécréants là où ils ont élu meilleur domicile."

...les instances de régulation vont me voiler d'un pudique mais fragile rideau "Attention, ce site est réservé à un public majeur et averti. Cliquez ICI pour commencer" ?

Joël Fauré

 
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3 juillet 2007 2 03 /07 /juillet /2007 19:36
A France Brel.
Parce qu'elle a dû porter des jupes...

Parce que son père était fantastique mais invivable...
Parce qu'elle a accepté que je la tutoie...

Une maman, c'est important.
Ma mère a réussi le tour de force d'interviewer Jacques Brel après sa mort. Brel est assis dans un fauteuil ; elle doit trouver qu'il a les cheveux un peu longs et les lèvres luisantes. Brel dit : "Dieu, ce sont les hommes, et un jour, ils sauront." Cette vitre qui les sépare n'est rien. La télé en noir et blanc met face à face deux êtres qui m'ont bousculé. Brel est à Buzet-sur-Tarn, dans la salle à manger. Il passe dans la petite lucarne entre "La pie qui chante", "la vache qui rit" et mon père qui fait la gueule. Brel reproche à ma mère : "Vous savez, madame Fauré,  je crois que l'injustice la plus flagrante du monde, c'est l'attitude des adultes quand quelqu'un a dix ou quinze ans. Parce que là, il n'y peut rien. De cette attitude dépendra sa vie qui sera déterminante. C'est l'instant où il se demande si ce sont les adultes qui sont cons ou si c'est lui qui se trompe."
Que veut-il dire par là ? L-a-t-il entendu dire : "S'il était là, il serait à ses pièces le pauvre enfant." ? Parle-t-il de mon père ? Parle-t-il de lui-même qui obligeait ses filles à ne porter que des jupes ?
France prétend -à juste titre- qu'elle a des comptes à régler avec son père. Elle le dit fantastique mais invivable. Et le plus souvent absent.
Mon père, Fernand, était invivable, peureux, poltron. La seule chose agréable dont je me souvienne, c'est qu'il avait la main verte, qu'il était un excellent jardinier, qu'il m'a aidé à planter dans un petit pot la petite brindille de sapin offerte par le magazine "Pif-Gadget."

Le sapin de Pif.
Ainsi donc, en 1975, le magazine pour les jeunes "Pif-Gadget" avait eu l'heureuse idée de glisser sous son céllophane un jeune plan de sapin du Grand Nord. En fait, un épicéa. Je l'ai planté, avec mon père, d'abord dans un pot, puis en pleine terre, près du puits et de sa vieille pompe à chapelet, en orée de la forêt de Buzet-sur-Tarn (Combien j'aimerais qu'on rebaptise "Buzet-sur-Tarn" "Buzet-la-Forêt...)
Nous l'avons planté, très précisemment le dimanche 19 octobre 1975 (je l'ai marqué sur un petit carnet... vous savez, je note tout...) Et aujourd'hui, superbe et luxuriant, il me parle avec force et nostalgie du temps qui a passé. Il reste un vrai symbole de vie.
Je suis fier de le voir respirer. Nous l'avons planté, et j'ai souvent imaginé que d'autres enfants, à l'époque, avaient fait de même.
Et la question que je me pose aujourd'hui est la suivante :  "que sont les sapins de "Pif-Gadget" devenus ?" Où sont-ils ? Et leurs petits planteurs, ont-ils gardé la main verte ? Se souviennent-ils que le conifère du jardin qui a bien grandi est le reflet d'une époque ?
Je rêve d'établir une sorte de "sapineraie" du coeur, du souvenir et de la mémoire.
"Et qu'il soit pareil aux arbres que mon père avait plantés, fiers et nobles comme un soir d'été..." (L'homme dans la cité.)

Sur le tourne-disques...
Chez ces gens-là, monsieur, on sortait pas.

L'homme qui vit et l'homme qui écrit...
peuvent-ils, comme un seul homme, impunément étaler leur intimité ? La littérature nous a donné d'impitoyables journaux de l'intranquillité. Les auteurs, les artistes sont de grands oiseaux blessés qui regardent leur sang couler. Ils mettent sur la table leurs tripes et leurs cerveaux. Brel se moque des bigotes, mais avoue : "Je me rends compte que je suis moi-même un bigot." Les bourgeois ? "J'en suis."  Jef ? "Jef, c'est un peu tout le monde, mais c'est un peu moi."
"En fait, on n'invente rien, on se raconte."

(A suivre.)

Joël Fauré

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PETIT BILAN DE SITUATION
au bout de 3 mois de blog-notes

Ce qui est intéressant avec la "blogosphère", c'est l'échange, les arborescences, les associations d'idées. "Tenir un blog", je veux dire "l'alimenter" sans trop de mièvrerie n'est pas seulement destiné à quelques adolescentes suicidaires, selon l'idée fréquemment répandue. J'en veux pour exemple l'excellent travail de Pierre Assouline (La République des Lettres.)
Une fois déblayées la pléthore "médiocratique" et les fourmis masquées de loups de ce "no man's land" (mais vous savez, je suis comme tout le monde, et certains soirs, je vais dans des lieux crasseux, pisseux, merdeux...), l'outil est bien utile.

Je me suis aperçu que la tenue d'un blog était très chronophage.
Personnellement, j'y consacre environ deux heures par jour. Si je le fais, c'est que je veux bien le faire, me direz-vous ? Et vous n'aurez pas tort.
Je mets un point d'honneur à rendre ce"site" plus convivial (la "charte typographique" y aide), agréable à lire, à le fidéliser tant sur la thématique que sur le choix des mots et le respect de l'orthographe.
"A propos de bottes"  se voulait être au départ un espace entièrement dédié au fétichisme des bottes et des cuissardes. Et puis, très vite, ma passion de la littérature a repris le dessus. Il me permet de ressortir de mes tiroirs les manuscrits qui ont tous été unanimement refusés par les éditeurs !
Il n'empêche, je reste un homme aux semelles indécrottables, et les cuissardes feront toujours leur petit effet dans ma tête et dans mon ventre.

Les deux (!) lectrices fidèles et revendiquées de ce blog l'ont aussi compris : je souffre de troubles obsessionnels compulsifs assez invalidants pour être autorisé à écrire : "Les Toc, c'est une vraie saloperie".
Les mots que je trace sur la neige de cet écran ne sont que thérapie et catharsis. Tant mieux s'ils trouvent un écho favorable chez vous.

Je voudrais ici remercier Aurora, que j'ai l'impression de connaître depuis toujours, et qui a été le "catalyseur" de ce blog ; Camille, providentielle ; Téberli que je m'entête à écrire par son nom "Liberté" ; Théo et ses doux friselis et dentelles de mots, et tous(tes) les inconnu(e)s du hasard venu(e)s et à venir.

Brèves:

Noms d'oiseaux.

"Le poète est semblable au prince des nuées
Qui hante la tempête et se rit de l'archer
Exilé sur le sol au milieu des huées
Ses ailes de géant l'empêchent de marcher.'
Charles Baudelaire. (L'Albatros)

Camille a déniché des buissons épineux où il se réfugie le mésite. Aurora a consulté "l'encyclo de son bambino", et a découvert que le mésite était l'oiseau le plus rare du Monde. Et le plus vulnérable aussi. Elle en a déduit que nous en étions. Merci et bravo à elle. Nous l'acceptons dans la nichée. Pour la becquée et les bécots.
A mon tour de vous faire découvrir ce que vous ne saviez peut-être pas sur l'oiseau le plus apprécié pour sa chair : l'ortolan. (Non, ce n'est pas la contraction d'orthographe et verlan !) L'ortolan qui s'est si souvent retrouvé calciné (ou suicidé ?) dans l'assiette d'un certain François Mitterrand. (Il en était friand.) s'appelle ainsi car il fréquente assidûment les "orts", autrement dit les "jardins" en occitan.
Si vous venez un jour à Toulouse, vous pourrez vérifier mes dires : le square-jardin "Wilson" est "sous-titré" "Ort Wilson-Goudouli"
L'Amérique occitane, voilà un bon rapprochement est-ouest.

*

Dites le avec des fleurs.

Ce matin, pour agrémenter mon bureau, j'ai acheté un bouquet de fleurs. Des cosmos.
Ma mère en avait beaucoup dans son jardin. Le marchand me les a emballées dans une feuille de papier-journal.
J'ai mis les cosmos dans un vase et, avant de jeter la feuille de papier, je l'ai rapidement parcourue.
Je suis tombé sur une annonce qui disait : "Amandine. Soins du corps, Donjon. 10 h / 18 h 30. Avenue de la Gloire."  La gloire ! Suivait un contact téléphonique et le numéro du Registre du Commerce. J'ai appelé, je suis tombé sur une voix humaine. De femme. Je lui ai demandé ce qu'il fallait entendre par "donjon". Elle m'a dit : "Ce sont des rapports sado-masochistes". Je lui ai demandé si elle possédait des cuissardes. Elle m'a dit : "Oui." Je lui ai demandé ses tarifs : "120 euros une heure." J'ai remercié.
Tu vois, maman, je n'arrive pas à m'en sortir... même quand je veux penser à autre chose...
Dans le passé, je faisais ça aussi, mais en cachette, j'étais plus jeune, ignorant, frustré, le coeur battant, culpabilisé, humilié et tremblant, et après, j'avais du mal à passer à autre chose.
Aujourd'hui que la vie m'a appris, à mes dépens,  que la masturbation ne rend pas sourd mais que la frustration rend hypertendu, trois choses ont changé :
- j'appelle sans honte la dame de l'annonce ;
- j'ai bien envie de faire comme la dame de l'annonce (Déjà, avec 2 fois 120 €, je pourrais..) ;
- j'aime beaucoup plus les fleurs.

Joël Fauré



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2 juillet 2007 1 02 /07 /juillet /2007 16:38
Une petite annonce dans "La Dépêche du Midi"
Alors voilà l'itinéraire. Vous allez à la bibliothèque municipale de Toulouse, rue du Périgord, département des périodiques. Vous demandez à consulter les archives du quotidien "La Dépêche du Midi". Vous précisez votre recherche : mardi 28 novembre 1995. On vous apportera un volumineux registre.
Vous vous rendrez à l'exemplaire jauni de la date sus-dite, page 28. Ce sont les petites annonces. Vous y êtes ? Dans la dernière colonne à droite, sous la rubrique "Rencontres", c'est la troisième petite annonce :
"J.H. esthète, aimant Brel, Brassens, les mots et la sensualité des bottes de cuir qui dépassent le genou, rech. J.F. alter égo. Ecrire : X - 16463 "Dépêche" 31095 Toulouse Cédex."
C'est moi qui ai passé l'annonce. C'est dire s'il y a urgence pour trouver une botte à mon pied...
Le 14 décembre 1995, je reçois cette réponse :
"Votre annonce est ambiguë = c'est pour cela que j'ai hésité à y répondre. D'abord, elle est mal ciblée (on ne sait pas tout à fait ce que vous recherchez exactement, à part la sensualité, et encore exclusivement centrée sur un point, êtes-vous fétichiste ?) ; ensuite, on ne sait quasiment rien de vous = êtes-vous beau garçon, ou bien ingrat, petit, atteint de calvitie précoce, ou boutonneux ?
Ou encore terriblement timide, complexé ?
Vous insistez sur l'amour porté à 2 chanteurs, mais ce n'est pas le but d'une vie...
L'amour des mots, mais votre annonce ne le montre pas. J'essaie donc, sans trop d'espoir : j'attends votre appel, espérant avoir plus de renseignements sur vous.
Pourriez-vous m'appeler le soir tard, à partir de 21 H 30 ? Merci. Marie."
Je n'ai pas rappelé "Marie". Pour la bonne raison qu'elle a "oublié" de me communiquer son numéro de téléphone.
"Les filles, ça joue à jouer
Ca joue pour tricher
Ca joue pour gagner
Mais les chiens
Ca ne joue à rien...
C'est peut-être pour ça
Qu'on doit les aimer."
(Les filles et le chiens.)
La prochaine fois, promis-juré, je passe une petite annonce pour adopter un petit chien...

Un mauvais geste.
Je me souviens, c'était en novembre 1992, l'inauguration du Centre Musical Jacques Brel de "Saint-je-m'y-perds", dans la banlieue toulousaine.
Après les traditionnelles conventions (discours des élus, couper du ruban, découverte de la plaque... verbes interchangeables), le maire de la cité annonce qu'une "poète de Paris" va maintenant déclamer un poème de Jacques Brel : "Le Plat Pays".
Une dame s'approche du micro, distinguée, bien habillée, parfumée à la sulfateuse, et entonne son texte. A la fin d'une strophe, pour illustrer par le geste "le plat pays qui est le sien", elle jette son bras derrière elle, amplement, et sa main vient s'écraser sur le nez du Président d'une assemblée territoriale, celui-là même qui se targue de connaître Jacques Brel aussi bien que moi.
Le Président, imperturbable, garde un sang-froid déconcertant, malgré les rires feutrés de l'assemblée.
La poète termine quand même ses rimes, puis, ramenant sa main fautive sur sa bouche, mesure l'étendue de son geste, le regrettant confusément.
Le mouvement des marées, le flux et le reflux, le souci de restituer la gestuelle brelienne expliquent sans doute ce geste déplacé.

Nouveau seuil critique.
Plus que jamais, je sens mon sang qui bout dans ma tête. Tant qu'il n'y aura que des grumeaux, ça ira. Par contre, je crains les caillots.
L'éditeur a bien fait de se hâter de prendre mon livre. Quand il me l'a annoncé, j'ai caché ma joie. J'ai fait celui qui... Mais, à l'intérieur, mon plus beau manège s'est allumé et s'est mis à tourner...
Il y avait tellement longtemps qie j'attendais ça...
J'en avais plein les bottes d'arpenter les librairies, à fendre la tranche des livres des autres. Et d'arrêter ma lecture à 19 h 30 parce que la FNAC fermait. Et qu'il faudrait que je revienne demain si je voulais savoir la suite...

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves:

Quelques miettes de madeleine.

Je me pose une question. Combien sont celles et ceux qui évoquent la fameuse "madeleine de Proust" sans jamais avoir lu l'historique passage où elle dévoile ses secrets ?
Pour la beauté du texte, voici. Lege, quaeso.
Mais avant, une astuce personnelle pour lire mon ami personnel, le fragile et délicat Marcel : n'ayez pas peur de la longueur des phrases, coupez "mentalement", ne tenez pas compte des parenthèses et des tirets de retrait, et vous verrez, ça va couler tout seul, et c'est vraiment très beau.
"Et tout d'un coup, le souvenir m'est apparu. Ce goût c'était celui du petit morceau de madeleine que le dimanche matin à Combray (parce que ce jour-là je ne sortais pas avant l'heure de la messe), quand j'allais lui dire bonjour dans sa chambre, ma tante Léonie m'offrait après l'avoir trempé dans son infusion de thé ou de tilleul. La vue de la petite madeleine ne m'avait rien rappelé avant que je n'y eusse goûté ; peut-être parce que, en ayant souvent aperçu depuis, sans en manger, sur les tablettes des pâtissiers, leur image avait quitté ces jours de Combray pour se lier à d'autres plus récents ; peut-être parce que ces souvenirs abandonnés si longtemps hors de la mémoire, rien ne survivait, tout s'était désagrégé ; les formes - et celle aussi du petit coquillage de pâtisserie, si grassement sensuel, sous son plissage sévère et dévot - s'étaient abolies, ou, ensommeillées, avaient perdu la force d'expansion qui leut eût permis de rejoindre la conscience. Mais, quand d'un passé ancien rien ne subsiste, après la mort des êtres, après la destruction des choses, seules, plus frêles mais plus vivaces, plus immatérielles, plus persistantes, plus fidèles, l'odeur et la saveur restent encore longtemps, comme des âmes, à se rappeler, à attendre, à espérer, sur la ruine de tout le reste, à porter sans fléchir, sur leur goutelette presque impalpable, l'édifice immense du souvenir."
Marcel Proust. (A la recherche du temps perdu. Du côté de chez Swann.)

*

Voyage autour de mon bureau.

Vraiment, la souris de l'ordinateur ressemble plus à une coccinelle.

Les tampons, timbres, dateurs, cachets font de la Résistance : ce sont les derniers Mohicans de l'administration de papa. L'informatique ne les détrônera jamais.

Vous croyez que si j'invente les rideaux pour fenêtres d'enveloppes à fenêtres, mon invention pourra être brevetée ?

Je m'étonne que les secrétaires n'utilisent pas de liquide correcteur pour se laquer les ongles.

J'ai punaisé sur le mur près de mon bureau deux citations.
L'une de Joseph Delteil :
"Qu'importe la pieuse formule bureaucratique, le formalisme de l'encre et de la parole quand il s'agit des choses du coeur."
Et, là où je suis, ça prend tout son sens.
L'autre de Paul Claudel :
"Je fais l'apologie du désordre qui, en m'obligeant à chaque instant à revoir les affaires qui jonchent mon bureau, m'empêche de les oublier, ce que je ferais certainement si elles dormaient en une pile bien arrangée."


Voici ma ligne directe :

123   123   123    123  123
456   456   45   456  456
789   789    789   789   789
*0#    *0#    *0#   *0#   *0#

123   123  12 123   123
456    456 456   456   456
789    789  789  789    789
*0#     *0#  *0#  *0#    *0#


*

A Camille, à son trouble, à ses caractères :

Mon indomptable,
Furtive mais pas captive.
(Tu n'aimerais pas.)
Tu m'obéis quand je ne veux plus que tu m'obéisses.
Tu lèches mes bottes quand je les ai enlevées.
Tu déjoues. Tu désarçonnes.
Tu brises mes fouets.
Et tu me suces quand je ne m'y attends plus.
Parce que c'est ton bon plaisir.
Animal, va !
Chameau ? Chien ? Lion ? Chat ? Hyène ? Mante ? Abeille ?
Ablette ? J'aime les bêtes.

JF



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