27 juin 2007 3 27 /06 /juin /2007 17:12
A Patrick Bardet et Roger Borlant
qui ont redonné vie à Goudouli et Calas
de magistrale manière.


De quelques statues Toulousaines qui pourraient bien être Bruxelloises.

Place du Salin à Toulouse, la statue du Jurisconsulte Jacques Cujas le représente en pied, un livre ouvert à la main, un pied posé sur un autre livre. Cujas ne devait pas plaisanter avec le droit Grec et Romain. Quand les avocats Toulousains sont en colère, ils vont bander les yeux de bronze de Cujas.
Square Wilson à Toulouse, la statue du poète Occitan Goudouli le représente assis sur un petit promontoire, un livre ouvert posé près de lui, ses doigts en guise de marque-page. A ses pieds, soumise et alanguie, il y a sa muse Leiris. Tout autour, il y a la flotte municipale en jets d'eau continus... Un gingko biloba, l'arbre aux quarante écus, dispense un ombrage parfois nauséabond...
Dans le presbytère de Labastide-de-Besplas, chez son ami Casy Rivière, Brel, bien vivant, saisit dans le bibliothèque un livre de Francis Jammes, et déclame du Francis Jammes. Casy lui dit : "Tu devrais mettre en musique des paroles de Jammes ; ça aiderait sa veuve..."
Brel n'est statufié nulle part. Et c'est beaucoup mieux ainsi... Souvenez-vous qu'il avait menacé : "J'aimerais tenir l'enfant de salaud qui a fait graver sous ma statue : il est mort comme un héros, il est mort comme on ne meurt plus."
Lorsque vous voyez une statue équestre, si le cheval a ses deux jambes avant en l'air, c'est que le personnage représenté est mort au combat.
Si une seule jambe est en l'air, il est mort des suites de ses blessures reçues au combat.
Si les quatre jambes sont au sol, il est mort de cause naturelle.
Venez-donc à Toulouse voir de vous-même la statue équestre de Jeanne d'Arc, sur la place du même nom...
Cas de conscience : si on vous demande de statufier Brel sur un cheval, que faites-vous ?

Vitrines.
A Toulouse, il y a une boutique qui me fait bien rire. En vitrine, des stylos sont à vendre : 200 €, 300 €...
C'est dingue ! Moi, je m'en fous, je n'aime et n'utilise que des stylos publicitaires.
A Toulouse, il y a une boutique qui me fait envie. En vitrine, un modèle de bottes-cuissardes très fines, très hautes est à emporter contre 290 €... Ca me fait rêver... Hommage à cette boutique, hommage aux femmes qui porteront ces bottes... (Ce n'est pas elles qui porteront ces bottes, ce sont ces bottes qui les porteront...), plaisir aux hommes qui les verront portées...
A Toulouse, il y a une boutique qui me rend marri : on y voit des robes de mariées...
A Toulouse, il y a une boutique qui me réconcilie avec la vie : celle du disquaire d'occasion du coin de ma rue. En vitrine, on y trouve des disques de Brel à partir de pas très cher...

Pourquoi ont-ils tué Calas ?

Calas n'a pas sa statue, mais il a sa maison. "L'affaire Calas" a "effrayé" la chronique au XVIIIe siècle. Jean Calas était un drapier Toulousain au 50 de la rue des Filatiers, protestant, accusé d'avoir tué son fils Marc-Antoine, qui voulait se convertir au catholicisme.
En fait, m'est avis que Marc-Antoine avait d'autres Saints à fouetter. Il passait beaucoup de son temps à flamber son argent au jeu, rue des Quatre-Billards. Son père fut donc jugé au chef d'assassinat et condamné à mort. Il a été supplicié, écratelé sur la roue, Place Saint-Georges, en 1762. Voltaire mit toute sa verve pour stigmatiser cette erreur judiciaire qui a traversé les siècles, ce qui contribua à la réhabilitation de Calas.
Brel, grand pourfendeur d'injustice aurait sans doute fait pareil. Du reste, dans le film"Les risques du métier", il y est fait allusion. L'histoire a la fâcheuse tendance à se renouveler.
"Quand à l'ami Jojo, il se prend pour Voltaire..."
Pour mieux défendre ce vrai-faux incroyant qu'était Brel ?

Hier soir...
ce salaud de Brel m'a encore fait chialer... Tout ça parce qu'il a pensé à écrire avant moi : "Je ne rentre plus nulle part, je m'habille de nos rêves... Orphelin jusqu'aux lèvres mais heureux de savoir que je te viens déjà..."

(A suivre)

Joël Fauré

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Brèves:

BOTTES A VENDRE, GRANDE POINTURE

1995. Alain Juppé est alors Premier Ministre. Son plan de réforme de la Sécurité Sociale est loin de faire l'unanimité. Grèves, manifestations et défiles grossissent dans les rues de France. Malgré l'agitation sociale, le Premier Ministre se veut inébranlable : "Je reste droit dans mes bottes." lance-t-il.
L'espression lui restera collée à la peau des talons.
Puis Juppé connaît une première traversée du désert. Dans son "numéro zéro", "A propos de Bottes" alors sous la forme d'un fanzine, rappelle le mot historique, et publie deux dessins de presse de même inspiration, l'un de Willem (Libé), l'autre de Jiho (La Dépêche du Midi) On y voit Juppé tombé à la renverse, cul par dessus tête, les bottes faisant office de chapeau ! Dans le numéro suivant, Willem honore "A propos de bottes" dans sa colonne très lue -et hélas aujourd'hui disparue- "Images" en ces termes : "Il y a un journal qui parle encore de Juppé. Mais c'est le nouveau fanzine fétichiste "A propos de bottes" et c'est à propos de... Droit dans mes bottes."
On connaît la suite : un parcours en pointillé pour cet homme, chouchou de Chirac, réputé froid, mouillé dans des affaires d'emplois fictifs, et même exilé outre-Manche. "considéré par tous comme une parfaite machine intellectuelle et par beaucoup comme un homme d'état en acier galvanisé, avec cette roideur gaullienne..." comme l'écrit Jean-Claude Souléry dans "La Dépêche du Dimanche."
Bref, on se réjouissait presque de le voir réhabilité, blanchi et de nouveau chaussé de belles bottes noires...
Et patatras... Il faut croire qu'il y a des gens maudits, malchanceux, à qui les bottes donnent mauvais genre.
Le maire de Bordeaux, promu numéro 2 du gouvernement Fillon 1, s'est vu battu à plate-couture aux Législatives par Michèle Delaunay, la candidate de l'opposition, une dermatologue au CHU de Bordeaux, peut-être spécialiste des cors aux pieds.
En découle la démission de Juppé, et le retour en force des fameuses bottes.
Du même Jean-Claude Souléry, dans "La Dépêche du dimanche" (24 juin 2007), on peut lire : Etonnamment navré de tous ceux qui pensaient qu'il [Alain Juppé] avait assoupli le cuir de ses bottes."
Et lire encore hier dans le portrait de "la Petite Poucette retirant les bottes de sept lieues de l'ogre Juppé" en quatre de couverture de Libé titré : "Juppé au débotté"

*

Y'A PAS D'AGE

Je vous parle d'un temps que les moins de 46 ans ne peuvent pas connaître.
Tous les espoirs sont permis aux quinquas en gésine. Maurane, que j'aime beaucoup, vient d'affirmer : "A 46 ans, je m'accepte enfin."

*

UN PEU DE FINESSE ET DE DISCERNEMENT DANS CE MONDE DE BRUTES

Il y a des jours où, comme San-Antonio (Frédéric Dard), je suis fâché avec le genre humain, et puis il y a des jours comme aujourd'hui où le côtoyer me réconcilie avec lui ; où la lucidité, la réflexion compensent la pléthore de bêtise.

Un grand merci à Camille d'avoir écrit ça :
"J'ai un ami à Toulouse qui souffre de TOC, et qui m'a souvent dit : "Tu sais, Camille, j'ai bien failli être clochard." Sa scolarité s'est arrêtée à la troisième, sa famille ne l'a jamais compris, sa grande fatigue et ses blocages dûs aux TOC (impossibilité de toucher les choses, de ranger, de nettoyer, d'entreprendre sans de longs rituels ou des évitements) l'ont fait passer pour un "fainéant" et le "protégé" de sa mère car il est resté jusqu'à 30 ans à la maison ; sa grande timidité l'a empêché d'être à l'aise en compagnie des filles et à l'heure actuelle, il vit seul. Mais entre temps, il a fait connaître sa maladie et il s'est battu pour être reconnu comme quelqu'un de bien, ce qu'il est tout à fait d'ailleurs."

Un grand merci à Aurora d'avoir écrit ça :
(...) "La danse de Saint-Guy étant l'appellation populaire de la Chorée de Hutington, je ne me permettrai jamais de faire un texte frivole jouant sur le nom d'une telle maladie.
Une simple histoire de respect, quoi..."

Tout n'est pas pas vraiment foutu au royaume de France.

JF


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26 juin 2007 2 26 /06 /juin /2007 16:26
Emmanuel Berl
C'était le mari de Mireille, du "Petit Conservatoire de la Chanson". Un être délicieux et fragile. Journaliste, historien. Quelqu'un qui s'appelle presque Brel ne peut être qu'attachant. De Mireille, Brel chantera "Ce petit chemin.... qui sent la noisette..."

Premières peurs.
"Chaque seconde est une peur qui croque le coeur entre ses dents..."

Premières frayeurs.
"Il faut trembler jusqu'à sa mort devant les femmes..."

Premières terreurs.
"Lors de la projection de mon film (Far-West), je serai terrorisé...

Premiers TOC
A ma connaissance, Brel n'a pas souffert de TOC. Pas d'obsessions, pas de compulsions...
Moi, si.

Jean d'Ormesson.

C'est l'histoire de deux académiciens qui se rencontrent.
L'un demande à l'autre des nouvelles d'un troisième.
"Il radote." répond le premier.
"Ah bon, il va mieux alors ?" reprend le second.
Jean Dutourd, de l'Académie Française, a éreinté Brel, dans une critique de "L' Homme de la Mancha", la comédie musicale donnée au Théâtre des Champs-Elysées. Il y parle de "bouillie sonore"...
Brel, tel la mule du pape, s'en souviendra quelques années plus tard. "Mes chansons me permettent d'exprimer certaines de mes indignations." se plaisait-il à dire. Ce qui est très commode, c'est qu'elles offrent aussi la possibilité de régler des comptes.
Dans "Knokke-le-Zoute", il écrit :
"Je la veux folle comme un travelo
Découverte de vieux rideaux
Mais cependant évanescente
Elle m'attendrait depuis toujours
Cerclée de serpents et de plantes
Parmi les livres de Dutourd."
Quand à moi, qui suis resté toujours aussi fier, j'écris à Jean d'Ormesson ceci :
"LETTRE A MONSIEUR JEAN D'ORMESSON (de l'ACADEMIE FRANCAISE)
Ma lettre sera courte. Elle comporte 8 phrases.
1) J'ai lu quelque part que vous ne répondiez qu'aux femmes et aux fous.
2) Je suis fou.
3) Je vous admire.
4) J'écris.
5) Je vous envoie mes écrits.
6) Qu'en pensez-vous ? (Fond et forme)
7) J'ai un rêve : être publié.
8) Me répondrez-vous ?"
Je joins à mon envoi un manuscrit et un grand papier que m'a consacré "La Dépêche du Midi" sous la plume de Sylvie Roux : "Les TOC, c'est une vraie saloperie."
Moins de 48 heures après, j'ai un message de Jean d'Ormesson sur mon répondeur :
"Bonjour monsieur, c'est Jean d'Ormesson.
Merci de votre lettre et de votre manuscrit. Moi aussi, j'ai un TOC. C'est le même que Eric Satie, c'est le courrier. Je reçois 100 lettres par jour et des manuscrits par dizaines que je ne peux pas seulement lire. Vous me dites que vous voulez être publié, mais il n'y a qu'un moyen pour être publié : c'est d'envoyer des manuscrits à des maisons d'édition. Je ne suis pas éditeur. Je ne suis pas critique. Il m'a semblé que vos écrits, c'était très séduisant. J'en ai 80 ou 100 que je ne peux pas lire, malheureusement. J'essaierai de vous rappeler pour échanger quelques mots avec vous. Merci en tous cas et au revoir."

(A suivre.)

Joël Fauré

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24 juin 2007 7 24 /06 /juin /2007 16:09

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Photo DR



A perdre haleine
Je me suis toujours demandé si I3rel avait une bonne haleine. Parce que, c'est bien connu, son carburant à lui, en dehors de la tendresse, c'était la clope et la bibine. Peut-être suçait-il des dragées à la menthe ou à la réglisse ? D'autant plus que, d'après de ce que j'ai lu, les dents et le foie le gratifiaient, par ordre de survenue ou de surgissement, d'authentiques rages et crises...
Ce que j'en dis, moi, après tout, je m'en fous. Il vaut mieux avoir mauvaise bouche que mauvaise conscience.

Opinions.
Pourquoi le rosier serait-il de gauche et le pommier de droite ?
Brel se dit "socialisant". Jojo lui fait lire "France Observateur" qui deviendra "Le Nouvel Observateur". Ma mère me dit qu'il faut voter à droite "parce qu'on va à l'église et qu'il faut respecter les patrons qui nous font vivre." Ca se discute. Le temps a passé. Aujourd'huin, je ne sais plus où me situer. J'avoue qu'il m'arrive d'acheter "Le Nouvel Obs'" pour avoir des nouvelles d'où je suis et pour les petites annonces érotiques...

Référendum.
Mourir : oui.
Souffrir : non.
Vieillir : non exprimé.
Brel a choisi.

Si la photo est bonne...
Je téléphone à Cazelles, à Lavaur. Je lui dit que je suis en train d'écrire ce livre. Il me dit qu'il a retrouvé dans ses archives des documents qui pourraient sans doute m'intéresser. Au Comité des Fêtes de Lavaur, Cazelles a passé la main. Cazelles a constitué un dossier "Brel à Lavaur". Il en sort l'élégante brochure-programme des "Grandes Fêtes Générales de Lavaur 1962", et surtout, surtout, une photo.
Il est allé la faire retirer chez un ami photographe. Il ne sait plus très bien si c'est lui qui a pris le cliché à l'époque... Toujours est-il que, quand il tend le document à Cazelles, la nostalgie l'envahit et quelques larmes perlent dans ses yeux...
Sur la photo, Brel est debout, dehors, sur une estrade décorée d'une sorte de treillage, derrière un micro à pied. En fond, on voit la frise des toits de maisons, et des fenêtres qui doivent chanter leur chanson. Y avait-il quelqu'un, tapi derrière ? Ou des amants, là à s'aimer ? 
Chemise blanche, costume sobre, il a les bras tendus vers le bas, poings serrés. Il transpire. Quelle était la météo sur le Tarn, en ce mois de septembre 1962 ? (Tiens, il faudra que j'aille consulter les archives de "La Dépêche". Je suis certain qu'il a été pris quand il chantait : "Avec ses yeux mouillants, elle dit qu'elle partira, elle dit qu'elle me suivra, alors pour un instant, pour un instant seulement, alors, moi, je la crois, monsieur, pour un instant, pour un instant seulement..." ou alors "Au carrefour des amitiés, la douleur s'évanouit, broyée par nos mains serrées, voici..."

(A suivre)

Joël Fauré

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Brèves :

FAN DE LIO


Lio est là. Je la lie au lit. Eux, ils ont élu une loi qui dit qu'une vie ne se tue pas. La vie de Lio, c'est ça. Vas ! Vis ! Le jeu, les ris. Je lui dit "Ici, la loi, c'est moi." Lio dit : "Ce zig est fou. Il a un TIC ou un TOC ? Oui, c'est fou, cet ara a un mal qui tue.
"Tu as mal au dos ?" lui dis-je. "Non, j'ai l'ai le feu au cou." "Au cou ?"
Sus à ce con en rut.

Lio se vêt de peu. Lio nue, oh oui ! Lio ôte ses bas et va au lit, lit un peu. 
Lio a un pli de Luc. Il lui dit sa foi.
Ne me dis plus mot.
Lio rit du zob du zig. Un zip en bas, et y'a peu, y'a nib.
Lio rit du vit de Jef, du cul de Luc et du con de Léa.

"Tu vas par là ?"
C'est pas pis que ça.
Ici, Lio ose un oeil sur un mur.
En mai, c'est sûr, il y a un max de pep à la TV et sur la FM. Son CD est bon. Elle dit un lai sur un air gai. 
Zut ! sur le fil.
Toi, tu dis que tu vas à Dax en TGV. C'est Guy Lux qui l'a dit. 

Si Lio lit ça et que ça lui va, c'est anticonstitutionnellement que je ferais sauter tous les verrous, tous les carcans et tous les cosets qui nous contraignent.

Fin

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23 juin 2007 6 23 /06 /juin /2007 17:21
Mon père gisait...
Mon père termine de se décomposer dans sa tombe. J'irai sans doute le rejoindre. Peut-être serais-je à sa gauche ? Au fronton du caveau familial, il est gravé  "Famille Sans Fauré"  Famille sans Fauré ? Non, ce n'est pas la proposition d'exclusion. Un de mes aïeux était "sans".
Brel doit être en os. Je ne sais pas si le climat des Marquises agit sur les dépouilles. Je ne sais toujours pas s'il faut donner du crédit à la science ou à la religion. Vivre reste un mystère total. Ce qui, certains matins, à jeun de volonté (qui est une faculté et une énergie), me fait cruellement souffrir.

Inventaire.
Cher Jacques,

Je suis retourné dans le cinéma de Roubaix après tes adieux comme tu me l'as demandé... J'ai procédé à l'inventaire et j'ai tout récupéré. Tout était bien là : une guitare, une chope de bière, une pendule d'argent, une autre bière, un manteau de velours, un nez comme un melon, une statue, une valise dans chaque main, un canon, un trou dans la serrure, un petit chapeau, une petite auto, une nappe trop blanche, un accordéon rance, un point à l'envers : une mitraillette, un point à l'endroit : une trompette, une chambre sans berceau, un berceau, un divan de roi, un grand verre de grand'messe, un doigt de couvent, des perles de pluie, des bonbons, du buvard, du lilas, du fric, deux bouts d'aile, dix éléphants, vingt ans, cent kilos, trois cent trente-trois fois le temps de bâtir un roman et... une dernière bière...

Encore un seuil critique.
J'ai peur que ce livre ne marche pas. Dans mes cauchemars, je vois d'énormes marteaux qui pilonnent les invendus. Au moins pire, je le retrouve dans des solderies à bas prix. Dans mes meilleurs rêves, je le vois ceint d'un bandeau rouge, en édition de poche, en édition club... Je suis invité à la Librairie Privat ; c'est Marie-Louise Roubaud de "La Dépêche du Midi" qui m'interroge.

Maddly m'a dit.
Jacques Brel lui avait dit de dire : "Tu leur diras" à toutes celles et à tous ceux qui lui poseraient des questions sur un malaise aux Canaries, un bateau, un avion, une île, des rubans impressionnés de chansons inédites...
Maddly, sollicitée à deux reprises, a toujours accepté mes invitations. L'une pour l'inauguration de la salle Brel, l'autre pour une émission que j'animais alors sur une radio locale.
Vilipendée par certains, elle a été pourtant une présence rassurante, riante et aimante auprès du Brel finissant des années "Marquises". Leur rencontre se passe en Antigua, en Guadeloupe. Ils tournent ensemble une scène de "L'aventure, c'est l'aventure" de Claude Lelouch. Maddly et Jacques deviennent amis, amants. En 1973, ils embarquent sur le même bateau, l'Askoy, et entament un tour du Monde. Ils poseront le sac à Atuona, île d'Hiva-Oa, aux Iles Marquises.

Que reproche-t-on en fait à Maddly ? D'avoir été cheftaine des Clodettes de Claude François ? D'avoir tourné dans "La piscine" avec Delon ? D'avoir été dans l'ombre d'un grand homme, situation ô combien difficile ? De prétendre, Brel post-mortem, entrer en communication avec lui ?
Lors d'une émission radio, je lis à Maddly le passage d'un de ses livres, "Pour le jour qui revient." :
"Il était environ quatre heures du matin. Je me sentais revenir progressivement à un sommeil proche du réveil, un état particulier dans lequel la conscience est entière. C'est alors que je détectai la présence de Jacques Brel. J'aurais voulu exploser tellement j'étais bouleversée mais je savais que je devais me concentrer pour ne pas faire fondre la concrétion de sa volonté et, surtout, ajouter mon énergie à la sienne. Il posa sa main sur ma tête et approcha sa bouche de mon oreille.
Je me contenais. Surtout ne pas faire de mouvement brusque ! Je montai lentement une main jusqu'à ma tête pour toucher ce que j'y sentais posé. A ce moment-là, très précisement la forme, le volume des doigts qui me tenaient la tête furent en contact avec les miens. Je fus emplie d'une émotion telle qu'il m'est impossible de la décrire. Jacques Brel murmura : "Si je t'appelle, est-ce que tu viendras ?" Je m'entendis répondre "oui". J'avais reconnu sa voix."
("Pour le jour qui revient", Eva Peyret editeur, 1988, page 155.)
Et comme je faisais remarquer à Maddly que, peut-être, certains passages allaient faire douter certains, elle me répondit : "Ca, c'est leur problème..."

(A suivre)

Joël Fauré

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Brèves :

CA VOUS EN BOUCHE UN COIN !

"Si la vie s'était comportée mieux
Elle aurait divisé en deux
Les paires de gants, les paires de claque
Elle aurait sûrement partagé
Les coups du sort et les pavés
Les filles et les coups de matraque."
Maxime Le Forestier (Mon frère)

Si la vie s'était comportée mieux, elle m'aurait permis de faire ce que j'ai toujours eu envie de faire : artiste ou journaliste.
Si j'avais été journaliste, j'aurais bien aimé tenir une rubrique, que j'aurais intitulé "Ca vous en bouche un coin"... Oui, j'aurais bien vu ça dans un coin de page, un peu comme le succulent billet quotidien d'Alain Rémond dans "La Croix".

Ca vous en bouche un coin :

"Sans oublier Joël"

Je me souviens qu'enfant, déjà surnuméraire il faut croire, je lisais avec humiliation les quelques lettres reçues par mes parents et les trois mots qui les clôturaient : "Sans oublier Joël".
Oh, bien sûr, il n'en recevaient pas des tonnes, mais suffisamment pour que la formule imprime à tout jamais un irréparable traumatisme.
Tout à la fin des voeux et des longues phrases dédiés aux uns et aux autres, à propos de leurs travaux, leurs qualités, leurs capacités, tombaient ces insidieux "Sans oublier Joël". Autrement dit, l'antiphrase, "puisqu'on peut pas faire autrement, hein ?", le petit bonbon acidulé et poivré, tout préparé pour le petit retardataire tardillon.
Voilà, à mon avis, ce qui explique pourquoi je suis devenu auteur très dramatique : pour oublier d'oublier.
JF

*

"Alors, vos impressions ?"

Parmi toutes les propositions de spectacles qui vous seront faites, ce sera bien le Diable si vous n'en trouvez pas une qui répondra à vos attentes, qui vous touchera... Il y en a d'autres qui vous laisseront incolores, déçus, franchement mal à l'aise ou mécontents...
Le plus dur, ensuite, sera d'émettre un avis "à chaud", à l'issue des représentations, où la jolie fille en crinoline de tout à l'heure se retrouve en jeans-baskets, sous l'amicale pression de l'entourage. A mon avis, il ne faut pas voir les artistes après le spectacle. On a tout le loisir de leur dire qu'on les aime après "après".
Si toutefois vous ne pouvez pas vous y dérober, vous pourrez vous inspirer de certains critiques patentés qui ont leur parade.
Petit florilège.
"Effectivement, j'ai vu cette pièce. Mais il faut dire que je l'ai vue dans de très mauvaises conditions : le rideau était levé !"
Ou encore : "Si vous faites en sorte d'arriver bien après le début et si vous prenez la précaution de partir bien avant la fin, vous aurez l'impression de ne pas trop vous être ennuyé."
Et puis : "Je n'ai que deux mots à vous dire : bras, veau !"
Et enfin : "Si j'avais su que c'était aussi bête, j'y aurais amené les enfants."
Rosse, cynique, ironique, franc, direct, ému, faux-derche, béni oui-oui, comédien, directeur (de conscience !), vous ferez comme bon vous semble.
Vous pourrez aussi adopter le silence.
"Rien ne rehausse plus l'autorité que le silence. Le silence est la splendeur des forts et le refuge des faibles."
JF
P.S. : Merci aux auteurs de ces bons mots et morceaux choisis. Parmi ceux-ci, Cocteau et de Gaulle. Ce n'est pas rien !

*

"DE L'UTILISATION DE "A" ET DE "DE"

Celles et ceux qui ont choisi la démarche d'écrire, je veux parler des auteurs un peu scrupuleux et honnêtes, voient parfois leur vie polluée par de menus détails qui seraient d'insignifiantes broutilles sans le souci du beau, du bien faire, du rendu de qualité.
Par exemple, moi qui, par le passé, ai écrit une ou deux phrases dont je suis à peu près satisfait, c'est le choix des prépositions "à" et "de" dans la composition des textes qui donne lieu à d'affreux affrontements intérieurs. Ainsi, vous ferai-je participer à mes doutes : faut-il dire  :"Je continue à l'aimer." ou bien : "Je continue de l'aimer."etc...
Vous l'avouerais-je ? Je connais des périodes de sécheresse préoccupantes. Et je suis sûr que je ne suis pas le seul. Vous pourriez me dire : "Vous n'avez qu'à aller vous aérer et cultiver votre jardin." Et vous n'auriez pas tort.
Savez-vous que Courteline est resté bloqué deux ans sur une réplique ? Que Brassens a eu du mal à terminer sa chanson "Supplique pour être enterré sur la plage de Sète" parce qu'un mot - pédalo - l'indisposait ?
Non, écrire n'est pas une sinécure.
Et pourtant, que de joies écrire donne.
Ces faiblesses avouées, continuerez vous "à" me lire ou "de" me lire ?
JF




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22 juin 2007 5 22 /06 /juin /2007 19:49
A celle ou celui qui a dit :
"Quand je pense à la mort de Brel,
je pleure de vraies larmes :
il meurt trop bien."

Trémolières.

Vous vous rendez compte, du côté de ma mère, je m'appelle Trémolières... Pas : Molière.... Non, non : Trémolières...
Vous croyez que ce livre aura du succès ?
"Le hasard, les circonstances, la chance ou la malchance peuvent toujours donner en littérature un succès inespéré ou un échec immérité." m'a un jour écrit mon oncle, l'abbé René Trémolières...

Les femmes.
Il y a à Toulouse, juste à l'angle de la rue Pharaon et de la place des Carmes, une femme résignée qui attend...
Je vous vois venir avec vos gros sabots et vos grandes bottes...
Elle est toute blanche et chaussée de roses... Elle a les mains jointes sur sa poitrine et les yeux baissés sur les pavés gluants de nos crasses. Elle semble vouloir ne pas voir les passants.

Femmes secrètes, femmes interdites, femmes défendues, femmes des autres et femmes pour tous : qu'elles s'appellent Hélène, Christine, Marie-Jeanne, Elisabeth, Sylvie ou Camille...
Brel a cherché après Titine, a attendu Madeleine et c'est Mathilde qui est revenue...
La femme de Toulouse attend...
Miche, Maddly et France parlent encore de Brel.

Esquirol (Jean Etienne Dominique) médecin français (Toulouse, 1771 - Paris, 1840). Un des fondateurs de la clinique et de la nosographie psychiatriques. Il est à l'origine de la mise en place en France des Institutions psychiatriques.

J'aime la nuit...
J'aime ses senteurs,  ses silences, ses refuges.
Je crois aussi que Brel devait être un noctambule très heureux, à la sortie de ses tours de chant, de champ, de chauffe ; lorsque, après s'être beaucoup donné, il humait l'air enténébré devant le théâtre... avant d'aller boire une tisane... au houblon.

Cher Jacques,
Je me trouvai récemment dans une ces idiotes salles d'attente, avec, cela va de soit, les indispensables affiches démagogiques sur les murs, les fauteuils de mauvais goût, les plantes vertes dans leurs bacs à arrosage automatique, et l'incontournable table basse surchargée de revue et de magazines. La pièce était comble et ne désemplissait pas. Il faut dire que, derrière cette antichambre, l'officiant était du genre plutôt compétent.... J'étais là depuis plus d'une demi-heure, patient dont la patience s'effritait. J'ai feuilleté un magazine qui parlait de toi. Alors j'ai lu. Tu répondais au journaliste : "J'aime bien les gars qui disent : "oh, ça me fait mal..." c'est pas tout à fait de la faiblesse, c'est peut-être de la sensibilité... enfin, de la tendresse ou de la chaleur..." J'ai relevé les yeux du magazine : une blouse blanche passait. "En réalité, ce sont des hommes qui ont mal aux autres..." La blouse blanche, poliment, a lancé : "A qui le tour ?" (Ce qui équivaut à dire : "Au suivant !")
Le suivant était une suivante. Une femme qui portait sur le visage les stigmates d'une profonde meurtrissure. J'ai eu mal à elle... Elle s'est engouffrée dans le chambranle de la porte qui l'a avalée..
J'ai horreur des salles d'attente. On attend toujours trop longtemps. Et l'attente, si elle n'est pas meublée, quand elle devient nerveuse, ouvre les vannes à toutes sortes de pensées qui se télescopent dans les méandres de l'esprit, tandis que le corps s'enlise dans une macération gluante. Pour peu qu'en face et autour de vous d'autres personnes attendent aussi (sans mot dire comme c'est souvent le cas), se regardent en chiens de faïence fragile, s'épient, se commentent, tout devient vite assez insupportable.
Mais ce qui est encore plus éprouvant, c'est d'être intégré dans le défilé de suivants et de suivis, focalisés vers un but unique et commun. Avec, à la clef, un morceau de vie à vivre forcément du mauvais côté du bureau, de la porte, du guichet...
J'allai replonger dans ma lecture quand l'infirmière a réapparu. C'était mon tour. Je me suis extirpé à grand peine de ce fauteuil trop profond, et je l'ai docilement suivie.
Parvenu à ma destination, j'ai dit bonjour à mon vis-à-vis : il m'a souri, m'a invité à m'asseoir et il m'a dit : "Le dragon s'approche de votre second poumon..."

Brel (Jacques), Bruxelles 1929 - Bobigny 1978, chanteur belge. Egalement parolier et compositeur, il se rendit célèbre pour la qualité de ses textes poétiques (Le Plat Pays), passionnés (Ne me quitte pas)
ou satiriques (Les Bourgeois)

Il y a à Toulouse, à l'angle de la rue Pharaon et de la place des Carmes, une femme résignée qui attend. Elle est toute blanche et chaussée de roses. De ses mains, elle se protège les poumons...
Tellement de risques...

(A suivre.)

Joël Fauré.

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Brèves :

Lu, vu, entendu, perçu, retenu, remarqué, à replacer...

C'est comme ça. Une phrase qui sonne bien. C'est un de mes contemporains qui me l'a offerte. Une phrase comme ça. Le genre de phrases-pépites, de phrases-cadeaux qui jaillissent comme des jets d'eau : "Il faut de l'esprit pour parler et de l'intelligence pour comprendre."
Voilà. C'est dit... ça scotche...
Et je l'adapterai : "Il faut de l'esprit pour écrire et de l'intelligence pour lire."

*

"IMPOSTURE"

Ce film, de Patrick Bouchitay, avec l'auteur et Laetitia Chardonnet, est passé inapercçu lors de sa sortie en salles, le 25 mai 2005. Je tenais à lui rendre justice.

Le film aurait pu s'appeler "USURPATION". Mais tout ça, hein, on est bien d'accord, c'est une question de mots... Et les mots, en littérature, ça en est l'essence même. Telle habile combinaison donnera un texte remarquable ; tel agencement fiévreux un désastre illisible.
"Le hasard, les circonstances, la chance ou la malchance peuvent toujours donner en littérature un succès inespéré ou un échec immérité."
Les deux objets de ce long-métrage sont deux livres. Dire qu'ils ont été écrits à quatre mains ne serait pas entièrement faux.
Serge Pommier est un critique littéraire réputé - et un auteur contrarié - qui fait courir sa plume dans "La Nouvelle Revue."  A ses lèvres, à presque chaque plan, il porte un verre d'alcool ou une cigarette. Il est aussi professeur de littérature du XXe à l'Université.
Jeanne est l'une de ses élèves. Timorée, introvertie, et terriblement habitée d'un talent latent qui attend d'éclater... Elle confie le manuscrit de son texte "Le Journal d'une folle" à son maître, avec cette fébrilité qu'ont les créateurs tout juste sortis de l'oeuf, et qui attendent un mot, un avis, une réponse à ce "qu'en pensez-vous ?" lancé comme un dé.
Pommier, qui se la joue quand même un peu, promet de lire... s'il en a le temps. Il en a.
Littéralement subjugué par l'ouvrage, il décide sans vergogne de se l'approprier.
Pour ce faire, il faut soustraire Jeanne au circuit de la vie. Il l'enlève et la séquestre dans la cave de sa maison de campagne isolée. Grosses chaînes et menottes achetées au rayon sado-maso d'un sex-shop assujettiront Jeanne à un immobilisme castrateur pendant que son bourreau fait un triomphe avec le livre, sorti et salué par tous comme un chef-d'oeuvre.
Mais les lendemains déchantent. La suite euphorique du succès qu'on le presse de hâter, il ne peut la mener qu'avec sa prisonnière. Son nègre. Qui s'enferme dans un mutisme protecteur. Et puis la femme qui écrit ce qu'elle vit rattrape la femme qui vit sans écrire.
Pommier apporte un ordinateur dans la cave, puis détache les chaînes. Jeanne est presque heureuse. Pommier cite Balzac : "Le malheur est un tremplin pour les forts et un abîme pour les faibles." et se cite lui-même : "J'ai su lui enseigner ce que j'ai appris d'elle." La vapeur se renverse. Sado-Maso devient Maso-Sado.
Quand Jeanne parvient à fausser compagnie à son geôlier, les jeux sont faits et les récompenses promises à celle qui les mérite...
"Imposture" est librement adapté du roman de l'espagnol José Angel Manas (tilde sur le n) : "Je suis un écrivain frustré."

JF

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21 juin 2007 4 21 /06 /juin /2007 17:10
A Rosa
avec mon souvenir ému.

450 disques de Brel sous mon lit.
1988. Brel a dix ans de tombeau. Pour "marquer le coup", la Fondation lance, avec le soutien des grands magasins Prisunic, une opération de récoltes de fonds au bénéfice de la recherche contre le cancer. Elle fait presser un disque, 33 tours, gravé sur une seule face, hors commerce, collector dirait-on aujourd'hui. Il est remis aux - toujours généreux - donateurs, contre la somme minimum de 70 francs, c'est-à-dire environ 10 de nos euros actuels. La diffusion se fait via le réseau de magasins Prisunic, qui met à la disposition de la Fondation un espace et un stand. Des bonnes âmes généreuses et bénévoles sont sollicitées pour animer ces points de rencontre. J'en suis.
Lorsque l'opération touche à sa fin, 450 disques n'ont pas été écoulés. On me demande de les récupérer et de les ramener chez moi, en attendant de les rapatrier à Bruxelles.
Ils trouvent place dans ma chambre, sous le lit. Le temps passe. Ma mère fulmine : "Et ces disques, qu'est-ce que tu comptes en faire ? Ils m'empêchent de passer la serpillère..."
Un beau jour, je flâne dans les allées d'un hangar à tout faire de province, où se tient une "bourse toutes collections." Sur les tréteaux d'un disquaire, dans ces bacs de plastique récipients de nostalgies, j'actionne de l'index des pochettes de galettes de vinyle et je tombe sur un exemplaire du disque anti-cancéreux. Je lance au vendeur un impudique : "C'est combien ?"  Il me répond : "150 francs", et s'empresse de rajouter, pour justifier la cherté du produit : "Celui-là, il est très rare. Vous ne le trouverez pas partout !" Je n'ai rien dit. J'ai reposé le microsillon. Je n'ai pas parlé de la serpillère de ma mère...

450 X 150 = 67 500
Je suis détenteur de 67 500 francs de droits d'auteur de Jacques Brel, coupés en rondelles sous mon lit. J'ai toujours été effrayé par l'argent que je n'ai jamais eu, et plus encore par celui que je pourrai avoir. J'ai de l'argent de côté, mais pas du bon côté... Pour moi, les disques de Brel sont plus une bombe qui va exploser entre mes mains qu'une entrave à faire le ménage... La petite musique de chambre me dicte d'appeler la Fondation. Rosa, la si fidèle, la si discrète Rosa, qui sait tout des Brel sans jamais rien en dire, tempère mes craintes.
Un ami sûr de la Fondation, vivant dans le Sud de la France, se propose de venir récupérer "la came, le matos, le magot" et de me rendre la liberté d'être seulement riche de mes rêves. S'il l'a vu, de là-haut ou d'en bas, Brel, que j'ai très bien connu, a dû être fier de moi. Lorsque cet ami sûr de la Fondation vient me délester du pactole, je suis absent. Ma mère, cartésienne, une serpillère à la main, lui fait signer un papier. "Je reconnais avoir reçu 450 disques..."
Je suis un peu furieux de cette décharge qu'elle lui impose. Je le suis moins de la belle lettre, offerte en photocopie, que Brel a adressé à l'ami sûr, en réponse à une autre :
"Atuona, le 12/1/78
Cher Monsieur,
Je vous remercie pour votre lettre et suis heureux de savoir que, de loin, j'ai pu quelquefois avoir la chance d'être pour vous comme un vieux frère.
Me voilà bien usé mais plus que jamais, je ne veux croire qu'aux hommes.
Sincérement.
J. Brel."

Le vin me fait chanter.
Les 12° du vin rosé m'élèvent 12 cm au dessus du sol. J'ai les jambes légères et du coton dans la tête. Dans la cuisine, ma mère finit de laver la vaisselle. Dans la salle à manger, mon père lit les annonces nécrologiques de "La Dépêche du Midi." Dans ma chambre, je mets un disque de Brel et, face au miroir, couvrant sa voix, je gesticule en chantant...
Le lendemain matin, je suis enfoncé de 12 cm.

(A suivre...)

Joël Fauré

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Brèves :


FONDS DE CALLE

Fin juin, la ligne B du métro toulousain dessinera une croix de Saint-André sur la bonne ville rose, ce qui ne veut absolument pas dire qu'elle sera rayée de la carte, bien au contraire.
Ce n'est pas parce qu'elle a bien failli l'être par AZF qu'elle veut s'amuser à recommencer. Elle prétend même au titre de ville-phare pour la culture à l'horizon 2013.
435 000 habitants au dernier relevé de compteur, sans compter la petite et la grande couronne, 3 300 habitants au km² (Source : Wikipédia), ça en fait des "feux" comme on disait autrefois quand on voulait compter les gens, et des âmes esseulées.
Mon quotidien régional préféré m'apprend que le "un pour cent culturel" de la station "Jeanne d'Arc" a été confié à Sophie Calle. Quand on connaît la dame, et qu'on l'aime, on ne peut que se réjouir. Et être pratiquement sûr que mièvrerie il n'y aura pas.
L'artiste a imaginé une installation interactive composée d'écrans où défileront des messages du genre "Messages personnels" et "Transports amoureux" de "Libé."
Un site internet est d'ores et déjà ouvert pour recueillir les premières bouteilles à la mer.
www.transport-amoureux.vu
Ce jour, j'ai déposé le message suivant, qui a semble-t-il été validé par le Dieu Internet :
"Au théâtre "Carpe Diem" - à moins que ce ne soit dans cette rame -, je vous ai vue, glissée dans de hautes bottes de cuir noir. Je dois être fétichiste. Je suis devenu aussi fou que Maupassant. Il faut absolument que je vous retrouve, sinon, j'en mourrais peut-être. Si vous vous reconnaissez, et même si vous ne vous reconnaissez pas :..." Suivait mon adresse électronique.
La ligne B "ouvre" le 30 juin. Vous croyez qu'à cette époque j'ai quelque chance de retrouver "la fille aux hautes bottes" ?

ARG EN CONTANT

J'ai eu un frisson d'émotion dans le creux des reins à la lecture du "Figaro littéraire" de ce jour. Alain Robbe-Grillet, le châtelain Normand, l'homme à l'habit bientôt vert, un de ceux à qui je fais toute ma place ici, avec son épouse Jeanne de Berg, va publier fin septembre (d'ici là, j'aurais retrouvé "la fille aux hautes bottes") un texte érotique. "Un roman sentimental" paraîtra chez Fayard. Pour appâter les êtres de chair et de papier que nous sommes, le "Figaro" écrit en italique et entre guillemets que le livre sera d'"un érotisme torride" et évoquera "les manifestations du réveil de l'irrépressible plaisir..."

L'art de décaler les sons

Comme c'est curieux. Ces jours derniers, je ne sais pourquoi, j'ai pensé très fort à Raymond Devos, avec le triste constat que cet orfèvre des mots me paraîssait un peu vite oublié.
Et puis je viens d'avoir un sursaut de plaisir, en lisant aujourd'hui, sous la plume d'Alain Decaux (toujours dans le "Figaro", on ne pourra pas m'accuser de rouler pour "Libé".) :
Raymond Devos : l'esprit est toujours là...
Emotion d'abord :
"J'ai vu Raymond Devos sur son lit de mort, dans sa maison de Saint-Rémy-lès-Chevreuse. Les pompes funèbres l'avaient maquillé : il ne se ressemblait pas. Malgré ma peine, je me suis dit que, sur ce thème, il aurait sur le champ fait du Devos."
Plaisir cérébral et zygomatique ensuite :
"- Avez-vous le journal d'hier ?
- Ah non ! Mais je peux vous le donner demain.
- Comment cela ?
- Parce que j'ai celui d'aujourd'hui.
- Et alors ?
- Si je vous le donne demain, il sera d'hier."

Envie de courir dans une librairie enfin, après avoir savouré la contrepèterie :
"Revons de mots"
de Raymond Devos.
Le Cherche Midi, 304 p., 17 €

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20 juin 2007 3 20 /06 /juin /2007 22:00
Willem, qui a été un des premiers à saluer "A propos de bottes", alors que ces propos ne reposaient que sur un clandestin fanzine, ne nous en voudra certainement pas de reproduire son trait paru dans Libé d'hier-aujourd'hui comme on dit dans les rédactions qui ne soucient pas de l'horloge... 
Chacun reconnaîtra F.F., N.S. et J.-L.B.
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20 juin 2007 3 20 /06 /juin /2007 21:33

Un problème technique nous oblige à reporter à demain la publication du 15e épisode de "J'AI TRES BIEN CONNU JACQUES BREL"


Brèves :

"A PROPOS DE TONGS"

Demain, premier jour de l'été. Eté. Participe passé du verbe  d'état "être". On devrait pouvoir dire "étant". 
"L'Etant". Participe pressant. Ou pressé.
Mais pas de sémantique. "Les cahiers au feu et les maîtres et maîtresses au beau milieu."
Mon Dieu que les pieds de femme sont jolis ! Qu'ils soient Egyptiens (le gros orteil est plus long que les autres.), Grecs (c'est le deuxième orteil qui est plus avancé.), ongles laqués, talons ensanglantés par ces fichues chaussures neuves à sangles, ils feront trempette dans la mer de Chine (N'est-ce pas, Zita ?) ou dans une bassine d'eau salée, le soir, à la fraîche. 
Et ce sera si bon...
Le fétichiste des cuissardes que je suis est un fétichiste 'raisonné". (Du moins, j'ai la faiblesse de le croire.)
Aussi, je ne débaptiserai pas l'enseigne de mon blog pour le renommer "A propos de tongs", mais j'attendrai sagement l'automne et l'arrivée des nouvelles collections.
J'ai acheté à ma dulcinée une paire... de nu-pieds en prévision des beaux jours.
Sur la boîte (utile, une boîte pour ranger ces petits "riens" à la Prévert), j'ai écrit :
"Ceci, ces va-nu-pieds spartiates pour te prouver que je suis un fétichiste "raisonné" ;
Attendu que tes jolis petons prendront l'air et verront l'herbette du "Champ du Signe" et des "Beaux Ares" ;
Le Tribunal de l'Eté,
Par ces motifs,
Et afin que nul n'en ignore
Condamne
les bottes et les cuissardes à être pendues.
Dans la penderie."

JF

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20 juin 2007 3 20 /06 /juin /2007 20:52

I et 3 ne font pas 4. Ni 13. Mais I3 comme le I3 de I3rel.

Faisons un rêve...

"Le plus court chemin d'un point à un autre, ce n'est pas la ligne droite ; c'est le rêve." (Entendu dans un film.)
La maison de Buzet est un navire qui, la nuit, s'enfonce dans le sol et vogue sur des ondes magiques, et, au petit matin, regagne sa place isolée, à l'orée de la forêt.

Dans le même bateau.
France, la fille de Brel, et Maddly Bamy, sa compagne, sont fâchées. Elles avaient embarqué avec Brel sur l'Askoy, un voilier. A bord, la cohabitation se passe mal. Le capitaine demande à l'une des femmes de débarquer... Alors, forcément...

Méningite.
Réactions méningées.

Je suis né le 5 octobre 19.., dans cette bonne ville de Toulouse, où l'on trouve, comme dans toutes les villes du Sud de la France, un peu de soleil, beaucoup de lumière et deux ou trois monuments romains.
Après avoir été agriculteur, mon père travaillait dans une manufacture de caoutchouc et de bottes.

Toulouse est un port.
Si on construit un petit bateau en papier et qu'on le met à flot Port de la Daurade, il voguera jusqu'à Bordeaux. Le Château d'Eau est un phare. Au pied du mur du musée des Augustins, sous la gouttière, il y a des bêtes effrayantes, qui ont la bouche ouverte en permanence ; elles semblent avoir la dalle ; en fait, elles dégueulent les eaux de pluie... Personne ne semble vraiment s'en soucier...

Avec I3rel, c'est bien commode. Il suffit de reprendre ses phrases pour construire des textes. Difficile d'y échapper. Permettez-moi de ne pas éviter de tomber dans le piège et de choisir cette facilité. Parler de Brel sans employer certains mots relève de l'exercice de style.

1978 : l'année de la disparition de Jacques Brel.
L'année où nous avons connu 3 papes.
Depuis, en bientôt 30 ans, nous n'en avons connu que 2.
Le trop et le peu gâtent le jeu.

Ecrire.
Ecrire, c'est pas bien difficile. Tous les mots sont dans le dictionnaire.
Ecrire est une activité de coucou qui consiste à remarquer, retenir et replacer des mots.
Je vais essayer d'écrire une chanson :

"Toi, tu répares les voitur'
Toi, tu grimpes sur les toitur'
Et toi tu construis un mur
La la la la la la la la
La la la la la la la la..."

Bon , je reconnais, finalement, c'est pas si facile...

Je suis jaloux de Philippe Delerm.
Pourquoi Philippe Delerm a du succès et pas moi ? Ce qu'il a écrit sur Brel dans "La première gorgée de bière", j'aurais pu l'écrire moi aussi. Je suppose que Philippe Delerm n'a pas trop de mal à payer son loyer, ses factures, ses assurances... Moi, si. Je suis jaloux. Par contre, si je le rencontre un jour, par exemple dans une foire aux livres et aux cucurbitacées, je crois que lui dirai quand même : "J'aime beaucoup ce que vous faites." Parce que... On sait jamais... Dans notre pays, on doit compter 30 millions d'hypocrites et 30 millions d'égoïstes, qui permutent leurs rôles, quand ils ne cumulent pas.
Par contre, vous croyez que je pourrais lui avouer ce que j'ai fait de son livre  "La première gorgée..." ? J'ai surligné le mot "on" chaque fois qu'il apparaissait dans les pages...
On en trouve beaucoup : ...
Ca m'a rappelé une histoire que m'a raconté ma mère. Al 'école, elle avait écrit une rédaction. Ca commençait comme ça : "On tue le cochon... On fait ceci... On fait cela... On... On... On... On...On... On... Ca faisait joli sur la feuille, tous ces ronds...

A Toulouse, nous avons le sens de l'allitération. N'avons-nous pas le Pont Pompidou ?

(A suivre...)

Joël Fauré.

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19 juin 2007 2 19 /06 /juin /2007 18:04
Cher Jacques,
Je viens de vivre une bien singulière aventure. De celles dont tu es friand, et dont on fait des films ou des chansons... Laisse-moi donc te la conter, tant elle m'obsède comme une comptine lancinante. "Ainsi font, font, font..." Tu le sais, j'ai quitté Paris pour m'installer dans ce village dont tu as pu lire le nom sur le tampon de la poste. Un de ces villages où il ne se passe jamais rien. J'habite sous les toits, dans une grande maison avec des tas de fenêtres, une maison sage posée sur une place, tout au bout d'une longue avenue qui conduit à la gare.
Ma fenêtre surplombe tout ça...
C'était avant-hier soir. Ecartant le rideau, j'ai lancé mes yeux tout au fond, sur la façade de la vieille gare. L'horloge accusait dix-"neuves" heures (c'est la nouveauté qui apporte parfois la certitude.) Un train arrivait... Puis, par un travelling arrière arrière du regard, j'ai remonté l'avenue qu'éclairaient par taches les réverbères. Il faisait sombre, le ciel était bas et chargé ; les hirondelles rasaient le sol. L'orage menaçait... "Ainsi font, font, font..." Et a nouveau, vue plongeante sur la gare : quelqu'un en sortait... D'ici, je ne pouvais distinguer qu'une ombre... L'ombre a emprunté l'avenue... Qui cela pouvait-il être ? Le train, ici, s'arrête si peu. Un fugueur repenti ? Il serait revenu par une nuit plus noire. Un libéré de prison qui a purgé sa peine ? Il aurait une démarche plus lente.
A la faveur du premier réverbère, j'ai vu. Et un éclair a cisaillé le ciel. J'ai vu : c'était une femme, jeune sans doute, aussi jeune que l'éloignement me permettait de le croire... Pour tout bagage, elle portait une valise à la main. Qui était-elle ? Le tonnerre a grondé, la grosse soupape qui obstruait le ciel allait bientôt s'actionner sous l'effet des pistons... "Ainsi font, font, font..."
Au deuxième réverbère, j'ai observé. Oui, la voyageuse était jeune, mais elle avait vieilli de cinq minutes. Et je crois aussi qu'elle était jolie. Aussi jolie que la lueur du réverbère voulait bien me le faire miroiter. Où allait-elle ? Elle n'était pourtant pas imprudente : ses bottes étaient bien trop hautes ; elle n'était pourtant pas dangereuse : son bagage était trop léger...
D'ici, le nez collé au carreau, j'ai essuyé un peu de buée, et, quelques réverbères plus loin, j'ai contemplé : elle était effectivement sublime de beauté. Grande, grâcieusement galbée, éclairée d'un visage harmonieusement habité, couronné d'une luxuriante chevelure brune...
C'est alors que le déluge est tombé. Et la longue chevelure a coulé en cascade jusqu'aux reins ; la pluie a ruisselé sur le doux visage en perles rares... Ainsi font les orages sur les jolies bergères d'entre chien et loup. "Ainsi font, font, font..."
La fille a ouvert plus grand le compas de ses jambes fuselées pour éviter les flaques.
J'ai repoussé le rideau.
Mais les rideaux sont aux fenêtres ce que les draps sont aux lits : des écrans fantasmagoriques pour ceux qui s'ennuient.
J'ai pris mon parapluie et j'ai dévalé l'escalier pour abriter la belle. Parvenu sur la place, il n'y avait plus personne. Plus personne sur cette putain de place, dans ce putain de village, avec ses maisons aux fenêtres fermées. La mienne sanglotait, fouettée par les rafales de pluie.
"Ainsi font, font, font... Trois petits tours et puis s'en vont."

Mon cher Jacques,
"Voiture rouge, blouse blanche et bottes noires" Ce pourrait être le titre d'un livre ou d'une série télévisée à petit budget. Tu y es presque. Ce triptyque résume à merveille l'histoire que j'ai suscitée. Elle n'est pas tout à fait achevée, du fait que je la joue tout en l'écrivant, car je fais aussi partie de la distribution.
Parvenu non sans douleur à un carrefour crucial de l'intrigue, je me permets de venir te solliciter et quêter quelques conseils.
Mais auparavant, pour que tu saisisses bien le sens du film, faisons ensemble un petit retour en arrière et dressons le résumé des chapitres précédents.
Je... L'écrivain pleure de joie... Son premier livre est un succès. Dans cette librairie où il dédicace son ouvrage, une femme s'approche de lui... "J'aime beaucoup ce que vous écrivez." lui murmure-t-elle d'une voix fruitée. Je... Il relève les yeux vers l'inconnue. Elle est jeune, elle est jolie. Et ce qu'il remarque d'abord, c'est son visage souriant et tranquille sous la pluie d'une brune chevelure ébène.
C'est le choc.
Il est irradié par une multitude de sensations : un parfum, d'abord, enivrant, captivant, qu'il a l'impression de bien connaître depuis toujours sans doute, une blouse blanche sous le bras (il apprendra plus tard qu'elle est infirmière) et des bottes. Elle porte des bottes. Noires, belles et hautes. Elle est grande, grâcieusement galbée, un visage harmonieusement habité. Là, devant lui, l'image bien nette, l'héroïne de son roman, la "phemme" qui lui a expliqué toutes les autres "phemmes" - une "phemme", c'est trop compliqué pour ne s'écrire qu'avec un "f" - est incarnée...
Je... Il en tremble de tous ses membres. Elle, elle a remarqué l'effet produit. Elle a appris à le connaître à la lecture de son livre où elle s'est reconnue. Elle a lu, elle s'est reconnue, elle est venue. Et bien sûr, elle va en jouer pour le capturer...
Pourtant, je... Il parle. Il dit n'importe quoi mais il arrive quand même à l'inviter au restaurant pour le soir même. Bien sûr, elle accepte. C'est dans son jeu. Au dessert, ils se connaissent depuis un demi-siècle. Leur rencontre était écrite.
Et la passion s'installe, exclusive, possessive, sublime d'intensité. ELLE est la femme-égérie qui nourrit ses romans ; LUI devient servant-faire-valoir de sa superbe et presque insolente beauté. Ces deux-là se complètent le plus harmonieusement du monde, tous deux très à l'aise dans des rôles taillés à leur mesure. Elle s'évertue à le guérir de sa timidité maladive à l'égard des femmes, qui, très souvent, malgré elles, sont blessantes. C'est son apostolat d'infirmière : si bobo alors calin bisou...
Mais cela n'empêche pas qu'elle aussi domine, chapitre, menace, gendarme, punit... Moi... Lui, il supplie, il se prosterne jusqu'à devenir l'ombre de ses bottes.
Il lui en achète une collection : des noires, des rouges, des blanches, des bleues...
Je... Il lui offre une belle voiture. Rouge, confortable et sûre. Une belle voiture fambant neuve, des chromes luisants aux fauteuils de cuir, pour qu'elle puisse se véhiculer. Autant de cadeaux pour la garder. Mais elle, elle prend ça pour des cadeaux à s'échapper. Les bottes, c'est bien fait pour marcher ? Une voiture, pour voyager ? Alors un jour, elle s'est échappée. Elle a enfilé ses bottes. Noires, belles et hautes. Elle s'est engouffrée dans sa voiture. Rouge, confortable et sûre. Elle a quand même laissé la blouse blanche suspendue au perroquet. Elle est vraiment partie parce qu'un lèche-bottes lui a promis de les lui lècher que mieux que lui... que moi. Elle lui... Elle m'a juste dit : "Je vais voir, attends-moi là..."
Un peu de musique pendant que la voiture s'éloigne.
Arrêt sur image.
Coupez !

C'est donc vers toi, mon cher Jacques, que je me tourne à présent. Ton expérience va m'être utile.
Je me souviens d'un autre triptyque : tu as attendu Madeleine, tu as cherché après Titine, et c'est Mathilde qui est revenue.
Trois cas de figure se présentent à moi : dois-je l'attendre ? Faut-il la chercher ? Va-t-elle revenir ?
Je m'en remets à toi...

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves :


Aujourd'hui, je donne carte blanche à Camille, pour au moins trois raisons.
L'une d'elles est qu'elle a été une rencontre providentielle.

"J'ai ce désir,
Connais-tu ?
De toi à moi...
Tu me regardes, tu souris, tout commence.
Tu regardes, tu envies, tu commences,
Tu regardes, tu enfles, tu te gonfles,
Tes caresses, de toi, sur moi, tout le long...
Des rivières, de frissons, langoureux, de soupirs
De ce corps, qui te manque, tu l'appelles
                                       Il te répond et tout recommence.
De ton corps, sur mon corps,
Dessous, dessus,
Dedans, dehors, qui va qui vient
                                        Tu me retiens.
Ton regard...
Tu demandes, tu suggères, tu supplies, tu désires...
Venir, parcourir, entrer, sortir, entrer, rester, rester, rester, rester ; S'ATTARDER...
J'aime ton désir, je te désire, tu soupires,
J'entends, ton coeur,
Je sens, ton corps,
Qui s'apaise, qui respire, qui transpire
Jusqu'à ce que tout recommence,
Toi, qui viens, vers moi..."


"Caractères" de Camille
(inédit)

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