1 juillet 2007 7 01 /07 /juillet /2007 18:15

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Edouard Caillau me donne son appréciation sous le regard sarcastique de Grand Jacques.

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Carte postale de Jacques Brel adressée à Edouard Caillau.

" -Edouard, je peux faire des photocopies de vos cartes postales ?
- Fais en ce que tu veux..."

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1 juillet 2007 7 01 /07 /juillet /2007 16:13
A la mémoire d'Edouard Caillau.

Canal.

Ce fameux canal perdu et pendu du "Plat Pays" semble être le même qui dans "Bruxelles" met le moral dans les chaussettes : "Y'avait mon grand-père, y'avait ma grand-mère... Ils étaient gais comme le canal, et on voudrait que j'ai le moral."
A Toulouse, j'en connais un autre qui doit "l'avoir mauvaise" : Pierre-Paul Riquet qui a creusé le Canal du Midi. La rigole nourricière de la Montagne, qui place le port de Cette à la portée des Copains d'abord, sur un rafiot affrété par Brassens. La statue de Riquet tourne le dos au canal...

Nouveau seuil critique.
Comment vous y prenez-vous pour lire mon livre ? Vous êtes parvenu ici, en ayant tout lu en amont ? Vous butinez un peu par ici, un peu par là ? Vous venez de l'ouvrir et vous tombez sur ces phrases ? Vous incitent-elles à aller plus avant ? Vous avez lu l'incipit et la quatre de couverture et vous l'avez reposé ?

Edouard Caillau.
Passage 44, boulevard du jardin Botanique à Bruxelles. La Fondation Brel a pignon sur galerie. J'y accomplis mon stage de gratte-papier. Je loge dans un kot, avenue Chazal, tout près de la place Dailly. Pour me rendre à la Fondation, je prends le tram. Juillet rutile sur la Grand'Place. Chez les Brel, Rosa, la si bonne, la si fidèle Rosa, veille à tout. Aujourd'hui, elle revient, radieuse : elle vient de dénicher un disque rare de Brel. Brel raconte l'histoire de "Babar", de Jean et Laurent de Brunhoff  et celle de "Pierre et le loup" de Prokofiev. Jean-Marie classe, range, répertorie. Madame Brel se fâche après ses petits-enfants, qu'elle trouve turbulents. Aujourd'hui, c'est l'anniversaire de France. Nous lui offrons un abonnement à "Femme actuelle".  Et puis il y a le bon Edouard. Edouard Caillau, natif de Biarritz, adopté de Bruxelles, humoriste doublé d'un excellent caricaturiste, est un bon vivant. Il a été très souvent aux côtés de Brel, à l'Olympia, dans la distribution de certains de ses films. Un ami, quoi, qui, lui aussi, connaissait très bien Jacques Brel. Edouard, malgré sa santé devenue précaire, passe beaucoup de temps à la Fondation. Il me prend en amitié. Il ne se déplace jamais sans une liasse de photos où l'on peut voir de grandes pointures du music-hall. Il n'a pas perdu son sens de l'humour. Je l'ai vu planté devant l'entrée de la Fondation, parodier Brel et inviter les passants : "Venez danser, copain, copain, copain... allez venez danser..."
Un beau matin, Edouard arrive et me montre des cartes postales que Jacques lui a envoyées. Je lui dis que ça me ferait plaisir de les photocopier. Il me dit : "Fais en ce que tu veux.."
Brel, citoyen du monde, écrit du Brésil, en novembre 67 : Bonjour Mon tendre ! Je t'embrasse de bien loin mais tu me manques fort. A bientôt. Brel."
Le 7 novembre 1973, il est à Gibraltar : "Tendre ami Bonjour ! Tu vois, même à la voile, ça avance. La vie est belle encore une fois. Je t'embrasse très fort. Le Vieux Brel."
De Saint-Austell, en Cornouailles, en 1974, il regrette : "Bonjour Tendre Edouard. Tu sais,  je suis passé par Bruxelles et j'ai tenté sans succès de te voir. Je pense souvent à toi et t'embrasse de loin. Sincèrement. Le vieux Brel."
De Tunis (Bab El Khadra), il confesse : "Bonjour cher Edouard. J'espérais faire un saut mais j'ai les journalistes au cul. Alors, c'est la fuite... Mais on pense bien à toi. Tu embrasses les copains et à tout à l'heure. Jacques et le Doudou."
A l'issue de mon stage, Edouard m'offre un merveilleux cadeau. Son crayon sympathique nous a "croqués" tous les deux, sous le portrait sarcarstique du Grand Jacques, qui semble nous narguer. En légende, Edouard se fait dire : "Rapport à votre stage, on peut dire que vous êtes Ferré sur la question de Brel."

Rapport à votre stage...
Si Edouard est élogieux, France se montre d'une sévérité inattendue lorsqu'elle doit donner ses appréciations pour mon rapport de stage... A la question : "A-t-il rencontré des difficultés au cours du travail lui-même ou en ce qui concerne son rythme d'éxécution ?" elle répond : "Se disperse trop dans le travail de secrétariat. A mon avis, cet élève est plus doué pour le contact humain que pour le travail de secrétariat. Un peu trop tendance au bavardage."
A la proposition : "Vous pouvez, si vous le désirez, émettre d'autres observations.", elle émet : "Je regrette qu'il n'ait pas encore compris qu'il ne faut pas profiter de toutes les conversations "professionnelles" qui se déroulent à proximité de son bureau pour arrêter ce qu'il fait et désirer ajouter son petit "grain de sel".
Joël est-il vraiment à sa place dans le travail qu'il a choisi ? Un métier plus "basé" sur la communication me semblerait mieux correspondre à sa personnalité."
Inutile de vous dire que j'a été vexé comme un pou.

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves:

"Animots"

J'ai un ami qui est "dompteur de mots". Il a belle allure avec des hautes bottes de cuir noir. Il fait entrer avec lui des mots dans la cage, et leur fait faire des choses extraordinaires. Il met les noms d'un côté, tient les verbes à distance avec son fouet, range les compléments dans un coin.
Un jour, il a mis le mot "sexe" dans le mot "bouche" et a demandé au verbe "sucer" d'intervenir.
Puis, il a dégrafé sa braguette, et a invité une spectatrice à entrer dans la cage...
Il voulait savoir si elle aimait les mots...


*

De la réincarnation de Philippe Delerm


"Le Journal du dimanche"
de ce jour offre à ses lecteurs un supplément pour se faire mousser : "Un été, des bières." Je l'ai parcouru avec plaisir et je compte bien le conserver au frais. D'autant plus que j'apprends, contrairement à une idée très répandue, que la bière ne fait pas grossir.
Mais ce qui a surtout étanché ma soif de connaissance, c'est l'éditorial de cet opuscule qui a été confié à... Philippe Delerm. Mais si, vous savez bien, le père de Vincent, celui de "La première gorgée de bière".
L'auteur de "La sieste assassinée" conclut son sous-bock comme suit : "En fait, je ne suis pas devenu un livre, mais une gorgée de bière. Une expérience digne des plus folles imaginations d'Alice au pays des merveilles." (...) La modestie des écrivains est toujours le reflet de leur immense orgueil. Tout va bien, donc. Mais je vous en supplie, ne dites pas "La petite gorgée" comme vous le faites presque toujours. Dites bien "la première". Car j'aime la deuxième aussi."

*
Le petit pénis

Et pour rester dans la sensualité, je ne saurais conclure ces brèves sans évoquer le papier d'une des premières lectrices de ce blog, Ondine Millot, de "Libération", qu'elle a tout entier consacré samedi  (Page "Vous") au clitoris, la petite fleur encore trop méconnue. J'aimerais tout recopier, tant tous les mots m'ont chaviré et donné envie de devenir fleuriste. Merci, Ondine.
Cet article a rappelé chez moi le souvenir d'une nouvelle de Charles Bukowski dans les "Contes de la folie ordinaire."Le petit ramoneur". Où un homme est réduit à la taille d'un godemiché par une femme un peu "sorcière"...
Un extrait ?
"Sarah m'a soulevé et m'a posé entre ses cuisses à peine écartées. Je me suis retrouvé nez à nez avec une forêt. J'ai bandé mes muscles, me doutant de la suite. (...) J'ai entendu Sarah gémir. Puis Sarah a commencé à me faire subir un va-et-vient très lent. (...) Coup sur coup, ma tête, le bout de mon crâne, butait contre le capitaine Clito, et là Sarah lâchait un grondement d'illuminée.
Sarah me faisait aller de plus en plus vite."

JF


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30 juin 2007 6 30 /06 /juin /2007 18:12

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Avec ce graphisme "à la Cocteau" croqué sur une table de bar Toulousain, l'ami Claude a voulu rendre hommage, entre de

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30 juin 2007 6 30 /06 /juin /2007 16:48
Justement, Nougaro
J'ai très peu connu Claude Nougaro. La première et la dernière fois que je l'ai vu, c'était en bas de chez moi, au coin de ma rue. Il était planté dans une sorte de pelisse miteuse, seul, en repérage d'une sensation de hasard. De celles qui se transmutent en mots. Je l'aborde, comme il se peut aborder quelqu'un qui est dans le dictionnaire. Claude ? Monsieur Nougaro ? Qu'ai-je bien pu dire ? Je ne sais plus. Il m'a repondu, avec son timbre de voix de collection. "On va boire un pot ?" Et nous nous sommes retrouvés dans un bar Africain rue des Couteliers. D'autres sont venus nous rejoindre. Il a commandé force libations. A l'homme sensible, j'ai demandé ce qu'était un homme sensible. "Je suis un homme sans cible." m'a-t-il répondu. Au chanteur, j'ai demandé ce qu'était un chanteur : "Nous ne faisons que répéter le mur du son."  J'ai oublié de lui rappeler ce que Brel disait de lui : "Moi je ne suis pas de mon époque. Je ne suis pas la 5e avenue, à New-York. Alors qu'un type comme Nougaro, c'est la 5e avenue à New-York." 
Lui confiant mes affres et mes tourments dûs aux TOC : "Ah oui ! Les TOC, c'est une incarcération mentale..."
Il me trace un dessin "à la Cocteau", sur un ticket de caisse... Ce sont deux visages qui se bécotent. "Je te roule un patin graphique". Puis, m'appliquant la paume de sa main à plat sur mon front, il me dit : "Je te transmets mes neurones."

Clara
Je me demande comment une chanson aussi ratée que "Clara" peut contenir dans sa chute une aussi belle pépite :
"Je suis mort à Paris
Que la mort me console
La mort est par ici
La mort est espagnole."

C'est bien une ville, l'hiver.
Si je suis jaloux de Philippe Delerm, je le suis aussi de Richard Borhinger. Je vais écrire comme lui :
"Pluie. Les flaques brillent. Des cornets de frite jonchent le sol. Bruxelles excelle. Pas le moral. Le blues. Oui, le blues. Vivre quand même. La vitrine embuée. Bien chaud dedans. Mes alcools, mes alcôves. Le sang accueille l'alcool. Ils coulent, se mêlent... La rivière étincelante luit de mille reflets d'or. La lippe d'une fille en cuir suce le bord humide de mes rivières... Elle boit mon sang qui ne saurait mentir..."
Ce que Borhinger a écrit, j'aurais pu l'écrire aussi. Pourquoi Richard a du succès et pas moi ? Pourtant, si je rencontre Borhinger dans un port, au bord d'un moment de sa vie ou au hasard, je lui dirai toute l'admiration que j'ai pour lui. Il partage avec Brel les mêmes quartiers chauds des nuits sans lune où les loups-garous mettent des masques de chats-huants. Peut-être lui dirais-je, sous mon masque de chouette-effraie, les mots de la chanson de Ferré : "Richard, ça va ?... Et, monsieur Richard, un dernier, pour la route."

Lege, quaeso.
C'est une citation latine qui veut dire : "Lisez, je vous prie."... Depuis qu'on ne sert plus la messe en latin, on la sert en grec... ou en anglais. La si belle langue Française se paupérise. Certains même se parlent et s'écrivent comme ça :
wwwwwwwwwwww.wwwwwwwww _wwwwww.wwwwwwwww-wwwww @wwwww PS : www

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves:

Z

Ne marchez pas sur les pelouses. Ne parlez pas au conducteur. Ne vous penchez pas par la fenêtre. Ne fumez pas. Ne buvez pas. Ne bougez pas. Ne bougez plus. Ne pensez pas. Ne mangez pas trop salé, trop sucré, trop gras.
Et puis, zut ! Quand on a eu des TOC toute la journée, la charcutaille arrosée de 50 centilitres de vin rosé, moi, ça m'annule un peu la tête... et ça m'aide un peu à avancer. Brel que j'ai très bien connu, m'a dit un jour : "Je vois déjà tout ça, et l'on a le brave culot d'oser me demander de ne plus boire que de l'eau, de ne plus trousser les filles, de mettre de l'argent de côté, d'aimer le filet de maquereau et de crier vive le roi. Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !" De toute façon, vivre est artifice...
Voici pourquoi je suis tombé d'accord avec un type que je ne connais absolument pas, mais que m'a fait découvrir mon journal préféré aujourd'hui. Il s'appelle Antoine Sénanque. Il est neurologue et écrivain. Dans son "Journal de la semaine", il écrit :
"Je crains beaucoup plus le cancer social et ses métastases d'interdiction que le carcinome bronchique." et un peu plus loin : "NB : Je suis aussi assez favorable à l'alcool et aux nourritures grasses."

*

Plan B

C'était aujourd'hui l'ouverture de la ligne B du métro toulousain. A l'heure où nous imprimons, on peut déjà parler de succès populaire.
J'ai regardé sur TLT les discours des élus, en plein cagnard. Fallait-il voir une allusion politique lorsque le Président du Conseil Général (à gauche sur la photo) a ironisé devant le Super ministre de l'environnement, de l'écologie, des transports : "Où sont les ombrelles et les éventails ?"
Et puis, je suis à mon tout descendu dans la rue.
Station "Jeanne d'Arc", Sophie Calle a fait du bon travail. Mon message était bien là... Pour l'instant, "la fille aux hautes bottes" ne s'est pas manifestée (Voir "brèves" précédentes.)
Nougaro a "sa" station aux "Minimes", où il est né ;  les "Trois cocus" aussi...
J'ai "sali" l'une des rames entre "Jeanne d'Arc" et "Les Carmes". Cette station est magnifique. Imaginez une immense voûte, faites de feuillets A4, gribouillés, annotés, brûlés... On doit ce travail à Jean-Paul Marcheschi.
J'ai vu l'oeuvre de Bernar Venet, station "Barrière de Paris" qui s'érige tout en hauteur et qui me fait penser à deux parenthèses collées. M'est avis que le "monument" va susciter polémique.
Par contre, je n'ai vu que "sur le papier" la proposition de Jean-Pierre Bertrand, station "Ramonville." Il s'est amusé à réécrire l'alphabet pour les bossus des maths. Ce qui nous donne pour Ramonville :
18, 1, 13, 15, 14, 22, 9, 12, 12, 5

17, 5, 12, 12, 5    8, 15, 18, 18, 5, 21, 18

10 - 6






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29 juin 2007 5 29 /06 /juin /2007 21:45
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Photo Jean Bars - Rennes

FESTIVAL NATIONAL DE VARIETES
ET MUSIC-HALL
RENNES - NOVEMBRE 1963
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29 juin 2007 5 29 /06 /juin /2007 19:40
Du flamand à l'occitan.
Chacun s'exprime en son patois...
De l'archange Saint-Michel terrassant le dragon à la croix du Languedoc, quatre branches et douze boules, nous vivons les choses pareillement mais nous ne les exprimons pas de la même manière. Laissons de côté les querelles intestines entre flamands et wallons, pour nous attarder, en France, sur la langue d'Oc et la langue d'Oil.
Mon père, Fernand, était plus à l'aise lorsqu'il parlait en occitan. Il disait "escaraougner" le Français, c'est-à-dire le malmener. J'ai encore dans l'oreille les dialogues de la vie courante en patois local qui, naturellement, régissait les échanges.
Ce que je retiens, entre autres, ce sont les verbes que me prêtait volontiers mon père. Il me disait : "Tu vois bien que tu mascagnes..." ou bien : "Qu'est-ce que tu tchaoupines ?"  ou encore : "Qu'est-ce que tu rembailles ?". Du coup, je me taisais et ne faisais plus rien.
Mascagner : s'appliquer maladroitement à un travail, faire des efforts sans résultat.
Tchaoupiner  : toucher quelque chose maladroitement.
Rambailler : mettre en désordre.
Ma mère, elle, préférait me dire -en Français dans le texte- : "Toi, si tu fais quelque chose de bon dans ta vie, j'irai le dire loin." Elle n'a pas eu à se déplacer.
En Belgique, j'aime les mots "septante, octante et nonante" pour soixante-dix, quatre-vingts et quatre-vingt-dix.
En Belgique, pour signifier que quelque chose est joyeux, on dit : "C'est gai, hein ?" Nous, en France, quand on dit "gai", la langue se mord la langue...
"En schuurt het zand over mijn land mijn platte land, mijn Vlaanderenland"

Le Monde des Lettres n'est pas une République.
Pas plus un royaume.
C'est une succession de hameaux.
Brel ne se sent bien qu'à la campagne. Il aurait souhaité écrire des romans -et y aurait sans aucun doute excellé ou, en tous cas, des nouvelles qui auraient été des amplifications de certaines de ses chansons-.

Bonnes et mauvaises nouvelles de Bretagne.
Nostalgique de mes années Bretonnes, je m'abonne à "Ouest-France". J'ai gardé quelques bandeaux d'expédition du journal, logo rouge, adresse noire sur fond kraft et de nombreux exemplaires du journal. "Fiston" est devenu peseur de lait. Il va de ferme en ferme vérifier la lactation des vaches, avant qu'elles ne sombrent dans la folie.
Ludovique Lefrêne, qui a appris que j'étais devenu fou avant les vaches, entretient sa belle relation épistolaire, et m'écrit pour me consoler : "Je fais le souhait que le petit garçon qui sommeille en vous, avec sa tendresse et sa sensibilité, s'impose pour toujours. Quand au petit garçon effrayé qui bouscule et complique la vie de l'homme que vous êtes, que le vent fort qui souffle en Bretagne l'emporte pour toujours."  Ludovique m'adresse de jolies enveloppes colorées, toujours ornées d'un timbre de collection, décorées avec goût avec des collages merveilleux. Un très beau jour, je reçois une belle enveloppe rouge, qui est la couleur des cardinaux et de la passion. Collée en façade, une photo de Brel découpée dans la presse. De sa bouche, Ludovique fait partir une bulle qui contient mon adresse. A l'intérieur, je trouve une photo véritable de Brel. Ludovique, de son porte-plume bleu, m'écrit : "Je joins à cette lettre, à votre intention, cette photo de Brel, que j'avais achetée après son si bon spectacle, auquel j'avais tenu à assister à Rennes. J'étais assise juste derrière Pierre Nougaro, père de votre voisin Toulousain Claude. Hélène Nougaro était, à ce moment-là, élève dans le même lycée Rennais que moi...
Puis j'ai revu Brel plus tard, lors de sa tournée d'adieux.
J'exagère un peu. Cette photo n'est guère présentable car, comme elle s'est trouvée rangée dans le tiroir des photos de famille, qui était archi-bondé, elle a souffert, malmenée lors d'une fermeture de celui-ci."
Ludovique exagère quand elle dit qu'elle exagère : la photo est seulement un peu froissée et, si elle donne à Brel un visage chiffonné et quelques plis sur son costume, l'émotion, l'énergie de l'interprète sont bien là.

Les facteurs feraient bien de ne pas s'arrêter quand ils apportent de mauvaises nouvelles. Ou bien les chiens, qui ont de l'intuition, devraient laisser les mollets tranquilles et croquer les plis fâcheux. En voici un. Fiston est mort. Une maladie foudroyante vient de l'emporter dans l'Achéron, mais pas dans le Styx, ce fleuve qui fait sept fois le tour de l'Enfer. Fiston est mort de la maladie du Légionnaire, lui qui ne l'a jamais été.

(A suivre.)

Joël Fauré.

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Brèves :

LE PIGEON

J'avais trop en mémoire le livre de Patrick Süskind qui m'avait marqué au fer rouge.
Et pourtant, rien à faire, tous les jours, dans ce gros machin public en construction, où j'essaie de gagner ma vie, à la pause-café, derrière une énorme baie vitrée, en vis-à-vis des distributeurs de planètes "Mars" et de constellations "Lion", je ne pouvais m'empêcher de le voir. Il était là. Le cadavre.
Un pigeon commun des villes, mort et tombé là, sur les dalles grises...
Impossible de ne pas le voir. C'est un passage obligé pour les usagers et les employés du lieu. La mort en vitrine. Comme une belle pute.
Au début, on d'est dit : "Quand même, y pourraient au moins l'enlever... " Mais bon, on  ne meurt pas toujours dans des endroits commodes. Alors il est resté là, le pigeon. Un jour, deux jours... un mois, deux mois, six mois..." Et puis, on a fini par s'y habituer... Finalement, on s'habitue à tout, même à la mort.
Nous avons assisté à sa décomposition. Chaque jour, en sirotant mon café court, je m'interdisais d'écrire... je ne sais pas, moi... une nouvelle, une allégorie sur le thème de la mort, avec des passerelles entre les pigeons et les hommes.
Je méditais sur cette dépouille que TF1 n'est jamais venu filmer ; sur laquelle, jamais, je n'ai vu une pigeonne s'incliner.
On est bien peu de choses.
Aujourd'hui, il est réduit à l'état de squelette.
Je n'ai pas pu m'empêcher de lui écrire, faute d'une épitaphe, ces quelques mots... même pas des vers...

*

DEVOS A LA RESCOUSSE

Un ami me paraîssait bien morose (j'aime bien employer ce mot "rose", depuis qu'Aurora et Théo m'ont dissuadé de bleuir) cet après-midi.
N'écoutant que mon instinct, gonflant mon ventre (sans trop de mal, je bedonne et c'est une mauvaise graisse.), j'ai retrouvé l'imitation de Raymond Devos que j'avais mise au point et qui a déridé mes semblables avant que je devienne fou.
"Un type est devant un sex-shop. Il dit : "Enlevez-moi toute cette saloperie !"Le gérant, n'y tenant plus, sort de sa boutique et dit : "Mais enfin, monsieur, calmez-vous, vous allez me faire perdre des clients. Si vous n'aimez pas, passez votre chemin."
Et le type de reprendre  : "Enlevez-moi toute cette saloperie de buée, je n'y vois rien."
Et voilà comment mon ami s'est fendu d'un bon rire.
Qui a dit "La chair est triste et j'ai lu tous les livres" ?

*

ITINERAIRE D'UN GENIE MALMENE

10 : c'est le nombre de fois que j'ai vu "Itinéraire d'un enfant gâté" de Claude Lelouch dans une vraie salle de cinéma, au temps où il en restait quelques unes, et ce n'était pas compulsif.
Claude Lelouch m'a toujours beaucoup impressionné par ses facultés à être un regard perçant sur la vie. On a dit de cet homme pis que pendre, et si "Un homme et une femme" l'ont à jamais "chabadadisé", ses autres pellicules, navets, flops et bides n'ont pas entamé ses convictions profondes. J'aime chez cet homme ses rapports au temps, aux hasards et aux circonstances, sa façon de tenir la caméra, ses amis (dont Brel), ses femmes, ses maîtresses... J'ai aussi adoré "Il y a des jours et des lunes" tombé dans les oubliettes.
Et aujourd'hui, j'en viens à me demander pourquoi ce génie malmené a été réduit à utiliser un stratagème pour proposer son nouveau film. Il a donc sorti "Roman de gare" sous le pseudonyme d'Hervé Picard...
Je n'ai pas vu ce film, je ne peux rien en dire, mais si je m'appelais Claude Lelouch et si j'en avais les moyens, je deviendrais mysanthrope pour de bon.

JF


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28 juin 2007 4 28 /06 /juin /2007 19:39
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Fiche d'archives du "Figaro"... à propos de Brel (Détail)
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28 juin 2007 4 28 /06 /juin /2007 17:32
Photocopieur ou photocopieuse ?
Si mon livre, je veux parler de celui-là, que vous tenez entre les mains, n'avait pas été "pris" par un éditeur, composé, ajusté en pages bien rectilignes, imprimé, relié, massicoté, transporté, diffusé, empilé, je crois que j'aurais continué à faire ce que j'ai toujours fait avec mes écrits, depuis que personne n'en veut : j'aurais continué à photocopier mes feuillets A4, 21 par 29,7 cm, 80 grammes au mètre carré sur cette merveilleuse invention qu'est la machine à photocopier... 
Le photocopieur... La photocopieuse...
Comment doit-on dire exactement ? Je n'ai jamais su s'il fallait dire "un" photocopieur ou "une" photocopieuse. Il est vrai que l'on n'a jamais vu l'engin dans le plus simple appareil...

Les fiches d'archives du Figaro.

C'est un document étonnant. Une mine. Une somme. Ce sont les fiches d'archives du "Figaro" consacrées à Jacques Brel. Je les avais obtenues du journal, suite à une lettre que j'avais adressée, demandeuse de coupures de presse. Ecrites à la main, renseignées au jour le jour, elles attestent du temps pas si lointain où les bureaux des rédactions n'étaient pas équipées d'ordinateurs.
Elle se présentent impeccablement tenues, en diverses rubriques qui permettent un repérage immédiat : date, colonne, page, éditions, sujet et auteur.
On peut lire :
Au 29/4/61 : serait heureux si vous l'aidiez à retrouver sa voiture volée à Paris.
Le 16/1/64 : A perdu volontairement 60 anciens millions de francs en prêtant son concours à des galas de bienfaisance.
Le 9/12/64 : Va faire ses débuts d'acteur dans la Métamorphose des Cloportes.
Le 5/11/65 : quand il chante le public russe pleure sans comprendre.
Le 9/11/66 : A consacré son dernier dîner parisien à F. Mitterrand.
Le 16/1/67 : menacé d'un attentat à la grenade.
Le 18/9/71 : Interprètera un pilote de guerre ds L'Equipage" film Ed. Molinaro.
Le 11/2/75 : rumeurs inquiétantes sur sa santé.
Le 22/2/75 : serait hospitalisé sous un nom d'emprunt à la Guadeloupe.
Le 10/10/78 : est mort hier. Brel, un Céline de la poésie.

Tango.
"Le tango est une pensée triste qui se danse."  Figure lascive, longtemps interdite par la papauté, Brel a utilisé cette danse dans plusieurs de ses chansons : "Tango funèbre", "Rosa"...
Toulouse et Buenos Aires se disputent le cadavre de Carlos Gardel, le père incontesté de ces pas croisés et comptés...
Brel et moi partageons le même complexe : dès qu'il s'agit de jouer les ours savants et de se déhancher sur des rythmes de nos latitudes ou tropicaux, nous aimerions devenir des lapins et détaler dans la nature...

Sans pompes.
Si j'en crois ce qu'écrit Maddly dans un de ses livres ("Pour le jour qui revient", page 34) , Brel a été enterré sans chaussures. (Est-ce invérifiable ?)
Par contre, il se dit que les ongles de Napoléon continuaient de pousser après sa mort, perçant le cuir de ses bottes. (Est-ce vérifiable ?) Est-ce -pour rejoindre et pardodier Nougaro- "la Corse en lui qui pousse un peu sa corne" ?

(A suivre)

Joël Fauré

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Brèves :


FONDS DE CALLE (Suite)


Petite piqûre de rappel : la ligne B du métro toulousain sera opérationnelle samedi 30 juin. De nombreuses animations sont prévues dans toutes les stations, et une belle et riche idée viendra couronner la soirée "escalator-portes palières-coucou, c'est moi, fais ta photo sur ton portable" : un concert en plein air donné "seulement" par l'Orchestre National du Capitole, sur la place du même nom.
Les moins oublieux d'entre vous se souviennent que j'ai donné un petit coup de projecteur sur la station "Jeanne d'Arc" dans mes "brèves" du 21 juin.
Sophie Calle a installé sa contribution artistique : de quoi faire écran à nos petites indifférences et à nos  grands hasards et circonstances. "Transports amoureux" et "messages personnels" défileront de manière moderne et pixelisée pour que l'attente et la "station debout" soient moins pénibles, surtout si Cupidon et ses flèches se décide à prendre le métro.
Pour rappel encore, j'avais donc déposé au portail qui acceuille les messages (www.transport-amoureux.vu) ceci :
"Au théâtre Carpe Diem -à moins que ce ne soit dans cette rame-,  je vous ai vue, glissée dans de hautes bottes de cuir noir. Je dois être fétichiste. Je suis devenu aussi fou que Maupassant. Il faut absolument que je vous retrouve. Sinon, j'en mourrais peut-être. Si vous vous reconnaissez -et même si vous ne vous reconnaisssez pas- :..." Suit mon adresse électronique.
J'ai eu le bonheur d'avoir confirmation que "mon message a bien été accepté. Il sera diffusé du 24/06/2007 au 01/07/2007.
Pour les adeptes de détail, je reprendrai les termes du site où vous pouvez, vous aussi, laisser votre message (par exemple si vous êtes "la fille aux hautes bottes noires" que je recherche.) :
"Pour démarrer le site, des messages ont été empruntés à la rubrique des petites annonces de diverses publications (principalement à celle du quotidien Libération).
Ils apparaissent en vert.
Les textes envoyés dès la mise en service de la messagerie apparaîtront en rose.
Vous m'en voyez tout rose de confusion...
Vous croyez que j'ai quelque chance de retrouver "la fille aux hautes bottes" ?

*

Comment faut-il s'y prendre ?

Pour me rendre à mon tavail, je suis tenu de longer une rue où, tous les trois mètres, un SDF, avec même gestuelle et même langage automatiques, me réclame un peu de sous. Parfois, je donne, mais je ne peux donner à tout le monde, sinon je vais me retrouver à leur place (et on sait, si on lit ces lignes, que la chose aurait très bien pu m'arriver...) Bon, ceci dit, on ne peut pas porter la misère du monde.
Quand je ne donne pas de manière sonnante et trébuchante, je me fais un point d'honneur à donner un grand sourire, accompagné d'un hochement de tête, que j'agrémente d'un "Bonne journée". C'est le moins...
C'est ce que j'ai fait ce matin-même.
J'avais fait à peine trois pas que j'ai entendu derrière moi mon sourire et mon "Bonne journée" accueillis par un sonore  "Connard" !
Il y a quelques semaines, j'avais voulu prendre le temps de m'arrêter et d'engager la conversation avec un clochard. J'ai voulu lui demander : "Et vous n'aimeriez pas travailler ?" Il l'a très mal pris... s'est renfrogné et m'a invité à "foutre le camp."
Tout est question d'interprétation, peut-être ?
Je ne sais plus comment m'y prendre... J'en viens même à me demander si je vais pas prendre ma carte à l'UMP... Vous savez : génération gagnant, triomphe de l'argent-roi, etc... Dites moi qu'il ne faut pas le faire...

*

J'aime bien le jeudi : c'est le jour des suppléments littéraires dans les journaux.

Il vous est interdit de ne pas jeter un oeil sur le supplément "Livres" encarté dans Libé aujourd'hui. Si vous n'êtes pas séduit par maquette, textes et photos, je désespère de vous. "Rencontrer des personnages." "Tomber amoureux d'un écrivain." "Apprendre à parler à une pierre." "Voyager sans pa
rtir." Et "s'émouvoir d'histoires de cul." Vous aurez droit au chapitre que vous voudrez.
Et pour ne pas paraître trop sectaire ("L'art est-il de droite ou de gauche" m'a demandé ce matin mon marchand de journaux), feuilletez donc aussi "Le Figaro Littéraire" où l'on se souvient du génial Vauban (Quand j'ai fait "mes classes" dans le 32e régiment de génie de Khel, on nous faisait chanter : "Héritiers de Vauban / Nous sommes les sapeurs / On dit de nous souvent / Que nous avons du coeur."), Vauban à qui l'on ne doit que quelques villes, et quelques ponts ! (La gravure qui le représente chaussé de bottes "à chaudron" ergotées d'un éperon de fer ne me déplaît pas.)
Deux pages plus loin, j'ai photocopié quelques lignes qui tiennent sur 15 cm, mais qui m'ont passionné.
Il est question du fameux "syndrome de Stendhal" ou "syndrome du voyageur".
Tout a commencé à cause de l'auteur du "Rouge et du noir", au cours d'un voyage en Italie :
"En sortant de Santa Croce, j'avais un battement de coeur ; la vie était épuisée chez moi, je marchais avec la crainte de tomber." Stendhal s'assoira alors sur un banc, lira un poème pour se remettre ; cet esthète avait été submergé par une trop forte émotion et une concentration de beautés.
Et le phénomène s'est reproduit pour d'autres "âmes sensibles" qui le savent, mais ne peuvent s'abstenir de s'imprégner de beauté. Une psychiatre florentine, Graziella Magherini, s'est même penchée avec sérieux sur ces cas.
J'avais très envie d'en savoir un peu plus sur le phénomène. Voici chose faite avec "Le syndrome du voyageur" de Stendhal, Magellan et Cie, 50 pages, 6 €.


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27 juin 2007 3 27 /06 /juin /2007 17:12
A Patrick Bardet et Roger Borlant
qui ont redonné vie à Goudouli et Calas
de magistrale manière.


De quelques statues Toulousaines qui pourraient bien être Bruxelloises.

Place du Salin à Toulouse, la statue du Jurisconsulte Jacques Cujas le représente en pied, un livre ouvert à la main, un pied posé sur un autre livre. Cujas ne devait pas plaisanter avec le droit Grec et Romain. Quand les avocats Toulousains sont en colère, ils vont bander les yeux de bronze de Cujas.
Square Wilson à Toulouse, la statue du poète Occitan Goudouli le représente assis sur un petit promontoire, un livre ouvert posé près de lui, ses doigts en guise de marque-page. A ses pieds, soumise et alanguie, il y a sa muse Leiris. Tout autour, il y a la flotte municipale en jets d'eau continus... Un gingko biloba, l'arbre aux quarante écus, dispense un ombrage parfois nauséabond...
Dans le presbytère de Labastide-de-Besplas, chez son ami Casy Rivière, Brel, bien vivant, saisit dans le bibliothèque un livre de Francis Jammes, et déclame du Francis Jammes. Casy lui dit : "Tu devrais mettre en musique des paroles de Jammes ; ça aiderait sa veuve..."
Brel n'est statufié nulle part. Et c'est beaucoup mieux ainsi... Souvenez-vous qu'il avait menacé : "J'aimerais tenir l'enfant de salaud qui a fait graver sous ma statue : il est mort comme un héros, il est mort comme on ne meurt plus."
Lorsque vous voyez une statue équestre, si le cheval a ses deux jambes avant en l'air, c'est que le personnage représenté est mort au combat.
Si une seule jambe est en l'air, il est mort des suites de ses blessures reçues au combat.
Si les quatre jambes sont au sol, il est mort de cause naturelle.
Venez-donc à Toulouse voir de vous-même la statue équestre de Jeanne d'Arc, sur la place du même nom...
Cas de conscience : si on vous demande de statufier Brel sur un cheval, que faites-vous ?

Vitrines.
A Toulouse, il y a une boutique qui me fait bien rire. En vitrine, des stylos sont à vendre : 200 €, 300 €...
C'est dingue ! Moi, je m'en fous, je n'aime et n'utilise que des stylos publicitaires.
A Toulouse, il y a une boutique qui me fait envie. En vitrine, un modèle de bottes-cuissardes très fines, très hautes est à emporter contre 290 €... Ca me fait rêver... Hommage à cette boutique, hommage aux femmes qui porteront ces bottes... (Ce n'est pas elles qui porteront ces bottes, ce sont ces bottes qui les porteront...), plaisir aux hommes qui les verront portées...
A Toulouse, il y a une boutique qui me rend marri : on y voit des robes de mariées...
A Toulouse, il y a une boutique qui me réconcilie avec la vie : celle du disquaire d'occasion du coin de ma rue. En vitrine, on y trouve des disques de Brel à partir de pas très cher...

Pourquoi ont-ils tué Calas ?

Calas n'a pas sa statue, mais il a sa maison. "L'affaire Calas" a "effrayé" la chronique au XVIIIe siècle. Jean Calas était un drapier Toulousain au 50 de la rue des Filatiers, protestant, accusé d'avoir tué son fils Marc-Antoine, qui voulait se convertir au catholicisme.
En fait, m'est avis que Marc-Antoine avait d'autres Saints à fouetter. Il passait beaucoup de son temps à flamber son argent au jeu, rue des Quatre-Billards. Son père fut donc jugé au chef d'assassinat et condamné à mort. Il a été supplicié, écratelé sur la roue, Place Saint-Georges, en 1762. Voltaire mit toute sa verve pour stigmatiser cette erreur judiciaire qui a traversé les siècles, ce qui contribua à la réhabilitation de Calas.
Brel, grand pourfendeur d'injustice aurait sans doute fait pareil. Du reste, dans le film"Les risques du métier", il y est fait allusion. L'histoire a la fâcheuse tendance à se renouveler.
"Quand à l'ami Jojo, il se prend pour Voltaire..."
Pour mieux défendre ce vrai-faux incroyant qu'était Brel ?

Hier soir...
ce salaud de Brel m'a encore fait chialer... Tout ça parce qu'il a pensé à écrire avant moi : "Je ne rentre plus nulle part, je m'habille de nos rêves... Orphelin jusqu'aux lèvres mais heureux de savoir que je te viens déjà..."

(A suivre)

Joël Fauré

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Brèves:

BOTTES A VENDRE, GRANDE POINTURE

1995. Alain Juppé est alors Premier Ministre. Son plan de réforme de la Sécurité Sociale est loin de faire l'unanimité. Grèves, manifestations et défiles grossissent dans les rues de France. Malgré l'agitation sociale, le Premier Ministre se veut inébranlable : "Je reste droit dans mes bottes." lance-t-il.
L'espression lui restera collée à la peau des talons.
Puis Juppé connaît une première traversée du désert. Dans son "numéro zéro", "A propos de Bottes" alors sous la forme d'un fanzine, rappelle le mot historique, et publie deux dessins de presse de même inspiration, l'un de Willem (Libé), l'autre de Jiho (La Dépêche du Midi) On y voit Juppé tombé à la renverse, cul par dessus tête, les bottes faisant office de chapeau ! Dans le numéro suivant, Willem honore "A propos de bottes" dans sa colonne très lue -et hélas aujourd'hui disparue- "Images" en ces termes : "Il y a un journal qui parle encore de Juppé. Mais c'est le nouveau fanzine fétichiste "A propos de bottes" et c'est à propos de... Droit dans mes bottes."
On connaît la suite : un parcours en pointillé pour cet homme, chouchou de Chirac, réputé froid, mouillé dans des affaires d'emplois fictifs, et même exilé outre-Manche. "considéré par tous comme une parfaite machine intellectuelle et par beaucoup comme un homme d'état en acier galvanisé, avec cette roideur gaullienne..." comme l'écrit Jean-Claude Souléry dans "La Dépêche du Dimanche."
Bref, on se réjouissait presque de le voir réhabilité, blanchi et de nouveau chaussé de belles bottes noires...
Et patatras... Il faut croire qu'il y a des gens maudits, malchanceux, à qui les bottes donnent mauvais genre.
Le maire de Bordeaux, promu numéro 2 du gouvernement Fillon 1, s'est vu battu à plate-couture aux Législatives par Michèle Delaunay, la candidate de l'opposition, une dermatologue au CHU de Bordeaux, peut-être spécialiste des cors aux pieds.
En découle la démission de Juppé, et le retour en force des fameuses bottes.
Du même Jean-Claude Souléry, dans "La Dépêche du dimanche" (24 juin 2007), on peut lire : Etonnamment navré de tous ceux qui pensaient qu'il [Alain Juppé] avait assoupli le cuir de ses bottes."
Et lire encore hier dans le portrait de "la Petite Poucette retirant les bottes de sept lieues de l'ogre Juppé" en quatre de couverture de Libé titré : "Juppé au débotté"

*

Y'A PAS D'AGE

Je vous parle d'un temps que les moins de 46 ans ne peuvent pas connaître.
Tous les espoirs sont permis aux quinquas en gésine. Maurane, que j'aime beaucoup, vient d'affirmer : "A 46 ans, je m'accepte enfin."

*

UN PEU DE FINESSE ET DE DISCERNEMENT DANS CE MONDE DE BRUTES

Il y a des jours où, comme San-Antonio (Frédéric Dard), je suis fâché avec le genre humain, et puis il y a des jours comme aujourd'hui où le côtoyer me réconcilie avec lui ; où la lucidité, la réflexion compensent la pléthore de bêtise.

Un grand merci à Camille d'avoir écrit ça :
"J'ai un ami à Toulouse qui souffre de TOC, et qui m'a souvent dit : "Tu sais, Camille, j'ai bien failli être clochard." Sa scolarité s'est arrêtée à la troisième, sa famille ne l'a jamais compris, sa grande fatigue et ses blocages dûs aux TOC (impossibilité de toucher les choses, de ranger, de nettoyer, d'entreprendre sans de longs rituels ou des évitements) l'ont fait passer pour un "fainéant" et le "protégé" de sa mère car il est resté jusqu'à 30 ans à la maison ; sa grande timidité l'a empêché d'être à l'aise en compagnie des filles et à l'heure actuelle, il vit seul. Mais entre temps, il a fait connaître sa maladie et il s'est battu pour être reconnu comme quelqu'un de bien, ce qu'il est tout à fait d'ailleurs."

Un grand merci à Aurora d'avoir écrit ça :
(...) "La danse de Saint-Guy étant l'appellation populaire de la Chorée de Hutington, je ne me permettrai jamais de faire un texte frivole jouant sur le nom d'une telle maladie.
Une simple histoire de respect, quoi..."

Tout n'est pas pas vraiment foutu au royaume de France.

JF


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26 juin 2007 2 26 /06 /juin /2007 16:26
Emmanuel Berl
C'était le mari de Mireille, du "Petit Conservatoire de la Chanson". Un être délicieux et fragile. Journaliste, historien. Quelqu'un qui s'appelle presque Brel ne peut être qu'attachant. De Mireille, Brel chantera "Ce petit chemin.... qui sent la noisette..."

Premières peurs.
"Chaque seconde est une peur qui croque le coeur entre ses dents..."

Premières frayeurs.
"Il faut trembler jusqu'à sa mort devant les femmes..."

Premières terreurs.
"Lors de la projection de mon film (Far-West), je serai terrorisé...

Premiers TOC
A ma connaissance, Brel n'a pas souffert de TOC. Pas d'obsessions, pas de compulsions...
Moi, si.

Jean d'Ormesson.

C'est l'histoire de deux académiciens qui se rencontrent.
L'un demande à l'autre des nouvelles d'un troisième.
"Il radote." répond le premier.
"Ah bon, il va mieux alors ?" reprend le second.
Jean Dutourd, de l'Académie Française, a éreinté Brel, dans une critique de "L' Homme de la Mancha", la comédie musicale donnée au Théâtre des Champs-Elysées. Il y parle de "bouillie sonore"...
Brel, tel la mule du pape, s'en souviendra quelques années plus tard. "Mes chansons me permettent d'exprimer certaines de mes indignations." se plaisait-il à dire. Ce qui est très commode, c'est qu'elles offrent aussi la possibilité de régler des comptes.
Dans "Knokke-le-Zoute", il écrit :
"Je la veux folle comme un travelo
Découverte de vieux rideaux
Mais cependant évanescente
Elle m'attendrait depuis toujours
Cerclée de serpents et de plantes
Parmi les livres de Dutourd."
Quand à moi, qui suis resté toujours aussi fier, j'écris à Jean d'Ormesson ceci :
"LETTRE A MONSIEUR JEAN D'ORMESSON (de l'ACADEMIE FRANCAISE)
Ma lettre sera courte. Elle comporte 8 phrases.
1) J'ai lu quelque part que vous ne répondiez qu'aux femmes et aux fous.
2) Je suis fou.
3) Je vous admire.
4) J'écris.
5) Je vous envoie mes écrits.
6) Qu'en pensez-vous ? (Fond et forme)
7) J'ai un rêve : être publié.
8) Me répondrez-vous ?"
Je joins à mon envoi un manuscrit et un grand papier que m'a consacré "La Dépêche du Midi" sous la plume de Sylvie Roux : "Les TOC, c'est une vraie saloperie."
Moins de 48 heures après, j'ai un message de Jean d'Ormesson sur mon répondeur :
"Bonjour monsieur, c'est Jean d'Ormesson.
Merci de votre lettre et de votre manuscrit. Moi aussi, j'ai un TOC. C'est le même que Eric Satie, c'est le courrier. Je reçois 100 lettres par jour et des manuscrits par dizaines que je ne peux pas seulement lire. Vous me dites que vous voulez être publié, mais il n'y a qu'un moyen pour être publié : c'est d'envoyer des manuscrits à des maisons d'édition. Je ne suis pas éditeur. Je ne suis pas critique. Il m'a semblé que vos écrits, c'était très séduisant. J'en ai 80 ou 100 que je ne peux pas lire, malheureusement. J'essaierai de vous rappeler pour échanger quelques mots avec vous. Merci en tous cas et au revoir."

(A suivre.)

Joël Fauré

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