8 juin 2007 5 08 /06 /juin /2007 18:10
Ce texte est dédié à René Cazelles.


Petit.
Quand j'étais petit, j'ai été gravement malade. La médecine m'a condamné. Le diagnostic est tombé : méningite cérébro-spinale. Les "ils " et les "on" pratiquent une ponction lombaire. Voleurs ! Ma mère file à Midi-Caoutchouc, place Esquirol, pour m'acheter un dernier jouet. C'est un curieux et surréaliste coq en matière plastique monté sur 4 roulettes multicolores.
A Lavaur (Tarn), Brel est l'invité des Grandes Fêtes Générales de Jour et de nuit, présidées par René Cazelles.
Brel chante le dimanche 2 septembre 1962, Place Pasteur, au Théâtre de verdure, devant plus de 2 000 personnes. Le prix des places va de 5 nouveaux francs à 12 nouveaux francs. Pour le gala, Brel a pris environ 6 000 nouveaux francs. En vedette américaine, il y a un plateau composé d'Isabelle Aubret, qui vient d'obtenir le prix Eurovision de la chanson, André Aubert, l'imitateur...
Avant d'entrer en scène, les premières notes de l'orchestre sont saluées par un tonnerre d'applaudissements. En coulisses, Cazelles dit à Brel : "C'est gagné d'avance." Brel répond : 
"Rien n'est  jamais gagné d'avance."
Cazelles affirme n'avoir pas vu Brel vomir.
Il s'est peut-être isolé pour le faire...
A l'hôpital Purpan, je réchappe de la maladie. Je suis inscrit sur la liste des sursitaires.
Viendront les premières peurs, les premières frayeurs, les premières terreurs.
Suivront les premiers TOC.

Etat des lieux civils

Vous croyez que si je demande un acte de décès de Jacques Brel à la mairie de Bobigny, ils vont me le délivrer ? Comment ? Si je suis de la famille ? Mais bien sûr, je suis le fils caché de Brel. Menteur !
Chut ! Vous ne pouvez pas vous taire ? Vous savez bien que j'ai très bien connu Jacques Brel.

Différentes façons de mourir.
- Jacques Brel est mort à l'âge de 49 ans le 9 octobre 1978, à l'hôpital franco-musulman de Bobigny, à 4 h 30 du matin, chambre 305.
- Le 9 octobre 1978, à 4 h 30 du matin, chambre 305, à l'hôpital franco-musulman de Bobigny, est mort Jacques Brel. Il avait 49 ans.
- Chambre 305, 4 h 30 à l'hôpital franco-musulman de Bobigny, Jacques Brel, 49 ans, meurt.
- A l'hôpital franco-musulman de Bobigny, le 9 octobre 1978, Jacques Brel, âgé de 49 ans, est mort chambre 305, à 4 h 30 du matin.
- Il avait 49 ans. A 4 h 30 du matin, dans la chambre 305 de l'hôpital franco-musulman de Bobigny, le 9 octobre 1978,  Jacques Brel est décédé.

Les choses de la nuit.
Jean-Charles Aschéro travaille à France Inter. Toutes les nuits de dimanche à lundi, il anime une émission "Les choses de la nuit". Fervent admirateur de Brel, il a instauré une tradition : à l'heure de la mort du chanteur, il passe à l'antenne une chanson de lui.
J'aimais beaucoup son émission.
En 1996, Aschéro est "remercié" sans ménagement par la station embouteillée par une Eve d'Evangile selon saint-Bosch.
Je me sens orphelin d'âme et de coeur.
En juillet 1999, je passe une annonce dans Libé : "Recherche nostalgiques de l'émission de Jean-Charles Aschéro sur France Inter..."
Et c'est Jean-Charles Aschéro lui-même qui me répond ! : "Les revenons-y de l'extrême nostalgie sont toujours décevants"
Sur mon répondeur, je trouve un jour ce message : "Bonjour, vous ne me connaissez pas, je m'appelle François Rauber. Je réponds à votre annonce de Libé..." Comment, si je ne connais pas François Rauber ? Je ne connais que lui. Il a été l'accompagnateur de Brel, dans toutes les acceptions du terme, durant de longues années ; il a été de toutes les tournées, musicales, labiales, des grands ducs et des petits bouis-bouis.

(A suivre.)

Joël Fauré.





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7 juin 2007 4 07 /06 /juin /2007 18:02
Ce texte est dédié à Camille.
Brel l'aurait aimée.


C'est quoi un artiste ?

Mon père disait à propos des artistes : "Ces gens-là, ils ne se font pas vieux. Ils font trop la bringue." Brel, mort jeune, lui a donné raison. "Ce qui compte dans une vie, c'est son intensité pas sa durée." "Tout est extrêmement dangereux pour la santé puisqu'il y a un phénomène d'usure." Alors, comment faut-il vivre ? Qui a les règles du jeu ? Mieux vaut-il mourir à 81 ans, en ayant toujours gueulé ou fait la gueule, ou à 49, en souriant, et en continuant à fumer 4 paquets de cigarettes par nuit, malgré un cancer du poumon ?
Moi, je crois qu'un artiste, c'est important.

L'homme qui vit et l'homme qui écrit.

Un écrivain est quelqu'un qui peut écrire des choses épouvantables auxquelles il n'adhère pas. Du genre : "J'ai placé ma mère dans une maison de retraite mais je ne sais plus laquelle." Ce qui en fait un être redoutable.

Vierzon.
J'ai vraiment voulu voir Vierzon. Ce que j'ai vu de Vierzon est moche. Il vaut mieux écouter la chanson.

Seul.
La chanson "Seul" est un petit chef-d'oeuvre de lucidité. Elle est réussie, tant sur la forme que sur le fond. Elle est bien charpentée. Elle illustre à merveille le cescendo/décrescendo cher à Brel. Elle est à rapprocher des mots d'Albert Cohen : "Chaque homme est seul, et tous se fichent de tous, et nos douleurs sont une île déserte." 

A propos de bottes.
Les bottes vont bien à Jacques Brel. Dans le film "Mon oncle Benjamin", il les porte haut, à la mousquetaire.
Dans "Montdragon", ses bottes d'écuyer fascinent son entourage. A l'église, du bout de sa cravache, il soulève les jupes d'une femme...
Les bottes sont esthétiques, fonctionnelles et sensuelles...
Moi, je me suis fait fabriquer sur mesure une paire de cuissardes, en cuir souple de veau, chez un bottier toulousain. Et j'ai aussi acheté un fouet, à la brocante, allées Jules-Guesde. Avait-il déjà servi ? Et pour qui, par qui, où et quand et pourquoi ? Je me suis auto-proclamé Père Noël, Père Fouettard, flibustier, égoutier, dompteur, oncle Benjamin, fétichiste, sado-maso...
Les tarses calés dans des bottes carénées comme des paquebots de croisière, je vous jure qu'on peut arpenter la Terre et devenir citoyen du Monde.

Seuil critique.

J'imagine déjà la critique du livre que vous avez entre les yeux :  Joël Fauré mélange des élements de sa propre biographie avec ceux de celle de Brel... Sans en avoir l'air, avec des textes brefs comme des chansons, il réussit à nous saisir... mais vraiment, sans que nous en prenions garde... Je repense à certaines critiques sur Brel au début de sa carrière : "Ce type ne fera jamais rien de bon : il ne fait que transpirer." "Quand à Monsieur Brel, je lui indique qu'il existe de très bons trains pour rentrer en Belgique."

(A suivre)

Joël Fauré

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6 juin 2007 3 06 /06 /juin /2007 17:06
L'éditeur a pris mon livre.
Vous aavez vu, l'éditeur a pris mon livre ! Vous l'avez entre les yeux. Dites, c'est Brel qui vous a attiré ? Sa photo est son nom sur la couverture, c'est ça ?
Je me trompe ?

Ecoute... Ecoute...
Marie-Madeleine a épousé mon frère Bernard, Emile Fauré le 27 juillet 1974. Marie-Madeleine aime Brel, le saucisson sec et mon frère. C'est mon frère qu'elle épouse. Elle veut me faire partager sa passion pour Jacques Brel. Elle insère une cassette dans un lecteur et me dit : "Ecoute... Ecoute...". Brel tonitrue sur un port de Hollande, s'emporte contre des notables, éructe, s'apitoie, sanglote, transpire...
Les Bourgeois  et  Amsterdam.
Je n'aime pas.

Mon Brel à moi.
Pourquoi n'ai-je prêté d'abord aucune attention à ce que disait ce type ?
Et pourquoi ensuite me suis-je arrêté au bout de ses phrases, jusqu'à les connaître presque toutes par coeur ?
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Mon Brel à moi, vous ne pourrez pas me le voler.
Il ne ressemble pas au vôtre ni à aucun autre.
Il est un peu ici et un peu là.
Vous pouvez me l'envier mais pas le copier.
Il est debout dans la salle à manger, devant le micro que lui tend ma mère.
Il est caché dans ma chambre, sous le lit.
Il a déboulé comme un fou avec de la bière, des bonbons, du buvard, un doigt de couvent, un grand verre de grand'messe, dix éléphants, cent kilos et trois cent trente-trois fois le temps de bâtir un roman.
Il est entré dans ma cage thoracique, tel un oiseau, un singe, un fauve. Un lion.
Il est couché du berceau de la joie au lit de la puissance.
Il est courbé sur mon front.
Il m'engueule parce que je suis trop lâche...

Mon père disait...
En 1977, pour mon petit Noël, Marie-Madeleine m'offre un électrophone. J'ai pris la mobylette et je suis allé à Saint-Sulpice acheter mon tout premier disque, un 33 tours... Il y avait "Les Bourgeois". Je les écoutais souvent. Déjà Jojo était là.
Ma mère riait. Mon père disait : "Tu commences à nous faire chier avec tes disques..."

J'ai vomi.
La veille de ma première communion, j'ai vraiment vomi. De peur. Une aube blanche, c'est aussi impressionnant qu'une robe noire de magistrat ou d'avocat.

La rue oubliée.
Ca doit être l'une des rues les plus inconnues de Toulouse. Paradoxalement, elle se trouve au coeur même de la ville, là où battent le pavé des foules de gens... Mais ici, personne ne passe. Il ne se trouve aucune enseigne attractive, aucun néon aguicheur, rien qui ne se mange, se boive, se lise, se sente... On n'y fait pas de cadeaux. Je crois même qu'il n'y a pas de boîte aux lettres... Pas de plaque, pas de pair ni d'impair. On pourrait s'y méprendre, à une lettre près, elle porte le nom du psychiatre suisse Hermann Rorshach (Prononcez ROR - SAX), inventeur de ce fameux test qui nous a tous traumatisés, avec ces planches de taches d'encre symétriques obtenues par pliage, où il était hypocrite de ne pas voir une araignée, une grenouille ou un sexe. Ici donc, il s'agit d'Ernest Roschach, archiviste de la ville que l'on a voulu -maladroitement- honorer. Et pourtant, il y a un donjon et une entrée des artistes... Alors, pas étonnant que Brel y ait été photographié lors d'un de ses passages dans la ville Prose, chère à Nougaro.
La photo, publiée dans "La Dépêche" du lundi 3 septembre 1962 est légendée : "Jacques Brel a donné à l'hôtel d'Assezat, samedi soir, un récital qui lui a valu des rappels enthousiastes. Voici le sympathique artiste surpris par notre photographe, dans la rue Roschach, avant d'être reçu amicalement au Donjon par M. GIBERT, président du Syndicat d'initiative." (Photo "La Dépêche". - Opérateur : J.-L. Jammet)
La photo est signée Jean-Louis Jammet. Je connaissais un peu Jean-Louis Jammet. Jean-Louis Jammet était photographe à "La Dépêche du Midi". Chaque fois que je le rencontrais, il me promettait de me confier les négatifs. "Je me souviens très bien de Brel." me disait-il. "J'ai fait les photos le jour de l'anniversaire de ma femme. La prochaine fois, promis, sans faute, je vous fait passer les négatifs."
Jean-Louis Jammet est mort, sans doute de trop d'anis, ne me laissant pas si négatif...

(A suivre)

Joël Fauré




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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 20:14
J'ai très bien connu Jacques Brel.
Ce qui me donne toute liberté d'écrire ces lignes.
J'ai très bien connu Jacques Brel.
C'est un ami personnel de longue date.
J'ai passé avec lui des heures formidables et torrentielles, des secondes chair-de-poule, des jours inoubliables.
Des nuits ? N'en parlons pas.
J'ai très bien connu Jacques Brel.
Quand il est mort, le 9 octobre 1978,  j'avais 16 ans et lui 49.
J'ai des révélations à faire...
J'ai très bien connu Jacques Brel.
Quand il est mort, j'ai été bouleversé, atterré, malheureux. Et seul.
Je le suis resté.
J'ai très bien connu Jacques Brel.
Aujourd'hui qu'il a presque trente ans de tombeau, on va tous planter des chrysanthèmes en même temps.
Je sais qu'il n'aimerait pas beaucoup mais, moi, j'ai très bien connu Jacques Brel.
Je peux bien vous l'avouer aujourd'hui : le "Joël" de la chanson "Madeleine", c'est moi.
Vous ne me croyez pas ?
Vous avez sans doute raison.
Et pourtant...
J'ai très bien connu Jacques Brel.
Surtout depuis septante-huit.
J'étais apprenti cuisinier alors. Le 10 octobre, place Esquirol à Toulouse, il était une heure après-midi. Je suis furtivement passé devant un café. Une télévision était allumée. Oui, il était une heure après midi et c'est important. C'était l'heure du journal télévisé. J'ai simplement eu le temps de voir, moi, le passant, Brel en noir et blanc dans le tube. Au même instant, ailleurs que là, j'ignore que ma mère, Marthe, Madeleine, Mathilde Trémolières, à la campagne, près de la forêt de Buzet-sur-Tarn, dans la maison, dans la salle à manger, a branché un magnétophone et enregistre. Elle ne sait pas trop s'en servir. Et le micro capte tout ce que dit la télé, mais aussi tout ce qu'elle dit, elle. A un moment, elle dit : "S'il était là, il serait à ses pièces, le pauvre enfant." Mais loin de ma maman, dans ma tête, je me suis dit : "S'ils le passent comme ça, à cette heure-là, c'est qu'il doit être mort, Brel." Je suis monté dans un autobus. J'ai dit à un copain, arpète lui aussi : "J'en suis pas sûr, mais je crois que Brel est mort." Une dame m'a entendu. Elle m'a dit : "Oui, il est mort."
Si pour Philippe Delerm, la mort de Brel est "une autoroute à trois voies avec un gros camion Antar sur la file de droite", pour moi, c'est un café, un autobus et la place Esquirol à Toulouse.
J'ai très bien connu Jacques Brel.


(A suivre.)

Joël Fauré


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4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 20:30
L 'équipe  d' "A propos de bottes" (Laure O'Jef, Raoul Jefe, Joël Fauré et Maître Janus) est heureuse d'ouvrir son espace à Annie GRUYER*


Au pays de l'Ovalie, je ne me permettrai pas de botter en touche ni même de tourner les talons.
Bien dans mes baskets, je l'avoue humblement : les bottes ne représentent nullement pour moi un objet d'affection, encore moins une tenue de soirée ou de levée de soleil...
Mais c'est droite dans mes bottes imaginaires que je prends volontiers la plume pour évoquer le non-port de bottes, obligatoire.
Je rassure le lecteur, je porte bien, par contre, le casque pour me protéger des aléas de l'existence.
Vous me dites "cuir", je réponds celui des gants que je serre fermement au plus fort de la tempête, quand les jambes dures, j'entame la dernière ascension du col... Et oui, celui de la Madeleine, sans Proust , du  Galibier, fort raide, du Lautaret, fort tendre, du Ventoux, fort sec, de l'Izoard, fort bosselé et aride, du Soulor, fort mou, de l'Aubisque, fort long, de l'Hautacam, fort endurant...
Ma foi, ils m'ont tous résistés mais je les ai eus à l'endurance et atteint leurs bouts sans coup férir, patiemment, délicatement, amoureusement, ne doutant pas de la récompense suprême en atteignant leur sommet. Mes cuissards s'en souviennent encore, parfois bien usés ; en témoigne la peau de chamois (artificiel, promis, pour les amis de l'ancienne icône platinée des années 1960 qui préfère désormais les chiens aux hommes.)
On n'imagine pas toute la sueur versée, tombant juste au milieu du sillon des muscles du mollet redondant et saillant en plein effort. Pas plus le lancinant cliquetis du roulement à billes bien huilé de la chaîne, la seule à laquelle j'admets être attachée. Et que dire du mouvement répétitif et assené des pédales... sacrées pédales
Quand aux deux belles roues, on dit souvent qu'elles sont souvent prises, sucées avant d'être lâchées, toujours dans le final. Je confirme. Mais la pompe est là pour les cajoler, les regonfler en cas de relâchement.
Ah J'oubliais la selle. Ah ! Celle-là, elle met du piment à l'affaire mais offre toujours au guerrier le repos avant qu'il ne reparte en danseuse faire son malin dans les lacets.
Mais voilà l'arrivée qui pointe : un dernier coup de rein, la cuisse au bord de l'explosion et je touche enfin mon sommet, classé 1ère catégorie, parfois même "hors catégorie", distinction suprême.
J'embrasse ma foule imaginaire à la manière d'un Bobet, d'un Coppi, d'un Indurain ou d'un Virenque, passés bien plus glorieusement que moi par ces cimes majestueuses.
Enfin, je peux descendre de ma machine que je caresse, le gant ôté, en la remerciant de m'avoir accompagnée dans ces moments si intenses. Loin de Paris et du modernisme, je m'offre encore avec ma bicyclette ces épopées épiques qui manquent à nos quotidiens trop confortables.

* Co-auteur du "Livre Noir de la Psychanalyse" (Editions des Arènes) -maintenant disponible en livre de poche- Annie Gruyer  nous offre ici, avec un lyrisme sensuel et érotique, la belle démonstration d'une chevauchée fantastique et complice avec "La Petite Reine".

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PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN :
"J'AI TRES BIEN CONNU JACQUES BREL"

(Confessions inédites et vérifiables de Joël Fauré.)


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3 juin 2007 7 03 /06 /juin /2007 16:40
Je dédie ce texte  à Camille et Aurora et je leur pose la question :  "Ce blog doit-il être littéraire et érotique" ou "érotique et littéraire" ?  Je suis un pacifiste et je tiendrai  compte de toutes les sensibilités. Il doit bien exister un moyen de trouver un conpromis.

Même s'il lâche, vers la fin, le mot  "d'obsessionnel", on sent chez Pierre Bayard, professeur et psychanaliste  -j'aime bien les professions qui commencent par un  "p"- la prestance du premier de la classe.
Impeccable, sûr de lui, tiré à quatre épingles, les doigts savants de ce qu'ils  vont dire -très bien le système de lecture de Proust, illustrés par cadres digitaux, inflorescences, en faisant fi des virgules et des points-virgules (Hourrah !  J'y avais pensé moi aussi. !)-.
Il est interrogé par un apparemment copain de banc de fac qui le tutoie.
Première question : "Qu'entends-tu par non-lecture ?"
Pierre  Bayard parle du livre en tant qu'objet mobile, des erreurs policières, prétend qu'Agatha Christie s'est trompée en écrivant "Le meurtre de Roger Ackroyd". Rien de moins  que ça, elle s'est juste trompée d'assassin ! J'ai lu le bouquin. Alors, j'ai  été floué ?
J'angoisse un peu. Et puis je décroche...
La longue tirade de Pierre Bayard  est pédante : ça ressemble à un long tunnel sans fin. Je ne comprends rien.

Près de moi, une dame sort un carnet de croquis et se met à croquer les gens du premier rang.
Bon trait.
J'ose lui dire : "Bonsoir, votre trait est magnifique ; puis-je  oser vous demander de croquer de dos de la jeune femme devant moi ?" Je ne vois  pas son visage, mais je suis subjugué par sa longue chevelure, qui me semble, d'emblée, "peignable".
" - Je ne peux pas, elle est trop près." elle me répond, la dessinatrice.
Retour à l'entretien. Je raccroche. Pierre Bayard, pince-sans-rire, fait l'humour. Ainsi, c'est comme ça qu'il faut le voir : drôle.
Il fustige les journalistes qui, bêtes, "sortent des phrases hors de leur contexte."
Des gens cultivés se mettent à poser des questions.
Un micro HF circule. Je m'en saisis.
" - Avez-vous pu cerner le contour, le profil de vos lecteurs ?" je demande.
" - Le titre est déclencheur. Il déculpabilise. Le livre se trouve en supermarché."
" - Sous cellophane, alors ?" que je dis.
" - Oui, c'est pas plus mal."

Joël Fauré

Pierre Bayard était invité par la librairie "Ombres Blanches" le 15 mars 2007.
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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 20:11
Lettre à Jean-Paul DUBOIS... pour "Hommes entre eux" (Editions de l'Olivier)

Cher monsieur,

J'éprouve l'irrépressible besoin, une fois un livre terminé, d'entrer en relation avec les auteurs qui m'ont surpris, ému, bousculé, touché, percuté...
Ainsi Caroline Lamarche, Nina Bourraoui, Joël Egloff dernièrement, comme Jean-Pierre Chabrol et Jean d'Ormesson hier, ont-ils "fait les frais" de ma manie.
Je suis heureux que certains soient devenus autre chose que des silhouettes de papier : des amis.
Ainsi, vous, Jean-Paul Dubois...
J'avais beaucoup entendu parler de vous et n'avais rien lu. On ne se refait pas. Je n'avais pas d'ondes. Vos livres ne clignotaient pas, ne m'appelaient pas.
Et puis, j'ai lu un, deux bons papiers sur votre petit dernier.
Sur la table de la librairie, "Hommes entre eux" m'a murmuré.
Alors, je l'ai ouvert et lu l'incipit. Et le premier chapitre.
Et j'ai été gagné par cet appétit qui fait qu'on ramène des ouvrages chez soi, pour les dévorer à l'abri des blizzards.
Au bout du deuxième chapitre, qui m'avait brossé les portraits des deux hommes, mon obsession a été la suivante : pourvu qu'il ne fasse pas apparaître "in vivo" LA femme dans ses lignes.
C'est justement son absence, cruelle, qui la rend plus précieuse, plus désirée (Personnellement, je suis tombé amoureux d'elle.)
A mon humble avis, vous avez réussi le tour de force de célébrer LA femme, sans jamais la faire apparaître.
Alors, après, comment vous dire l'envie d'approcher l'auteur, surtout quand elle est renforcée par une bonne émission sur France Inter. Vous devisez en marchant avec une journaliste. Etait-elle jolie ?
"Je veux connaître un maximum de gens, de situations." disiez-vous entre autres. Or donc, vous contacter ?
Je vous sais Toulousain, et je pense aux pages blanches... de l'annuaire.
Inutile de cacher la petite fierté de vivre dans les mêmes km². Inutile de vous dire que la manoeuvre d'approche m'est spontanément apparue plus aisée.
Un Jean-Paul Dubois dans l'annuaire. J'appelle.
" - Pardonnez-moi pour cette question, mais êtes-vous Jean-Paul Dubois l'écrivain ?
- Non, je suis le Jean-Paul dubois le lecteur..."
S'est alors instauré avec mon interlocuteur, ma foi fort affable, un dialogue très agréable. Il vous connaît. Il m'a dit qu'il lui arrivait de recevoir votre courrier, il m'a dit...
Et maintenant ?
Me présenter ?
Vous dire que, comme Paul Hasselbank, je suis valétudinaire, pour faire vibrer votre fibre caritative ?
Vous dire que je serais heureux de partager un instant avec vous, autour de quelque chose de rond, un verre, une tasse, des yeux ronds comme des soucoupes ?
Surtout ne pas vous dire que j'écris.
Surtout ne pas vous dire que votre adresse m'a été transmise par la bibliothéquaire de l'Ordre des Avocats de Toulouse, auprès desquels vous avez fait sensation.
Je m'appelle Joël Fauré, (...)
Je vous dit  ici toute mon envie d'écrire : "A bientôt ?"
Cordialement,

Joël Fauré
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31 mai 2007 4 31 /05 /mai /2007 17:15
Dernièrement, j'ai été contacté par une équipe de chercheurs qui m'a proposé une expérience extraordinaire, que j'ai acceptée du reste. Il s'agissait de me miniaturiser et de m'inoculer dans le sang du génial humoriste Raymond Devos.
Vous mesurez l'honneur ? Pouvoir circuler librement dans le sang de Devos ! Librement étant un bien grand mot puisque j'étais à peine sorti de la seringue que j'ai entendu quelqu'un qui criait : Fermez l'aorte, s'il vous plaît."
Puis, j'ai été intercepté par une patrouille. Le chef m'a dit : "Nous sommes chargés de répérer les corps étrangers."
J'ai dit : "Ah, c'est vous les anticorps ?"
Ils m'ont dit : "Non, nous, nous sommes les gardes du corps des anticorps."
J'ai dit : "Pourquoi ne sont-ce pas les anticorps qui répèrent les corps étrangers ?"
Ils m'ont dit : "Parce qu'ils sont contre."
Et ils m'ont dit : "Bon, allez, vous n'avez pas l'air bien méchant. Vous pouvez circuler."
Et puis soudain, alors que je me trouvais dans une artère principale, j'ai été pris dans un grand encombrement. Un mauvais conducteur faisait obstruction. Il y a eu un grand carambolage, et puis un accident. Un accident de la circulation.
Et puis soudain encore, j'ai été aspiré, comme par un trou d'air. Je me suis dit : "Devos se taille ou quoi ?"
Et non ! Non ! Devos était en train de donner son sang ! Quel altruisme ! Quelle générosité !
Et je me suis retrouvé très éprouvé dans une éprouvette de sang que Devos venait de donner !
Les chercheurs ont fait des analyses. Ils ont dit : "Ses résultats sanguins sont riches. Il y a tout pour faire un artiste. Bon sang ne saurait mentir."
" - Et maintenant, m'ont-ils demandé, est-ce que vous acceptez qu'on vous glisse dans un sandwich de Devos ?"
J'ai dit : "Et pour quoi faire ?"
Ils m'ont répondu : "Maintenant, on veut savoir ce qu'il a dans les tripes."

L'expérience n'a pas pu se faire : Devos n'a pas pris son dernier repas...

Joël Fauré
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30 mai 2007 3 30 /05 /mai /2007 20:44
LE MARATHON DES MOTS

Je n'aime pas trop ces "gros machins" démagos, mais là, il se trouve que je vais jouer le jeu et traîner ma vieille carcasse ici et là.
Et puis, pour peu que l'on possède une tribune et hop ! ça y est, on ne sent plus. 
On laisse aller le sang de son coeur et l'humeur de sa bile.
Cette année, je trouve que le visuel semble dire :
"Eh, vous avez vu, au "Marathon des mots, on a le bras long."

Illustration : Emilie Peinchaud
img043.jpg
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30 mai 2007 3 30 /05 /mai /2007 19:10
L'occasion -en or- m'est donnée de légitimer l'existence de ce blog, et surtout sa "ligne éditoriale" : littéraire et érotique ! A la lecture des premiers éditos, on le sait, je suis fétichiste avéré et littéraire épidermique.
Longtemps je me suis cherché une identité sans pouvoir me réaliser. Il me semble que cette "tribune" m'aide à y voir un peu plus clair, et tant pis si j'écris dans le désert, ou pour des inconnu(e)s du hasard (Merci à Angelique et à Théo.) ou encore pour des "happy few"  (Camille, Ondine, Phil. C. et surtout Aurora, fidèle de la première heure, qui m'a donné envie de poser les mots sur la neige d'un ordinateur.)
Or donc, occasion aujourd'hui m'est donnée de mélanger le suc littéraire et érotique, en plein mitan écartelé entre le vice et la vertu, grâce à Jardin père et fils (Pascal et Alexandre.)
J.F.

Pascal Jardin, romancier, dialoguiste, a laissé une oeuvre attachante. Ce touche-à-tout de talent a d'abord été touché dans sa prime enfance par les bottes de sa gouvernante. Il raconte cet épisode dans "La guerre à neuf ans". (Les Cahiers Rouges - Grasset)

Florence est restée ma référence sensuelle. Si elle n'a pas réussi à me façonner aux goûts et aux jeux de la douleur, elle a imprimé tout au fond de moi une fascination sexuelle formidable pour les bottes. Mon premier désir d'homme fut provoqué par cette rousse charnue, bottée haut, fin, cambré, et je sais que, si demain je rencontre une fille à mon goût qui porte des bottes, il y aura quelque chose en moi qui battra plus vite. Pas seulement dans mon ventre, mais aussi dans mon coeur.
A titre de symbole et de schéma, je dirai que, peu de  temps après notre mariage, ma première femme commença à refuser de porter des bottes pour me plaire. Ce fut le début pour moi d'un processus d'échec irréversible. J'étais incapable de séduire un être qui partageait ma vie et de l'amener réellement à admettre un goût, plus qu'un goût pour moi, un moyen, une approche, un passage. Cela signifiait en fin de compte que j'étais impuissant à la faire sortir d'elle-même pour la mener jusqu'à moi.
Il n'y a pas de détail dans l'alchimie qui porte un être vers un autre. Porter des bottes, pour elle, c'était être réduite à l'idée de ne me plaire que sous une certaine apparence. Mon travers la plaçait dans un porte-à-faux qui la dépossédait d'elle-même. Elle ne se retrouvait plus en face de moi. Elle se sentait objet. Et moi, de mon côté, je ne parvenais pas à comprendre que l'on refuse un geste.
De gestes refusés en gestes refusés, nous nous sommes acheminés vers une immobilité qui s'avéra être un jour une paralysie. Et quand je divorçai, je ne ressentis rien. On venait de m'amputer d'un membre déjà mort.
Ma seconde femme m'apporta les bottes, la liberté de mouvement et de pensée. La liberté tout court. Elle dissipa mes fantasmes comme le vent chasse la fumée, tout en les entretenant sous un feu de cendres qui ne s'éteint jamais. Avec elle, j'ai trouvé ma guerre sainte. Nous nous démolissons, nous nous reconstruisons. Pas côte à côte, mais face à face, sans tendresse, front contre front comme des taureaux.

... ET ALEXANDRE, RAYON EQUITATION

Alexandre Jardin (le fils de Pascal), après avoir écrit des romans à succès (Le zèbre, Fanfan..) qu'il qualifie lui-même de "bon garçon", a semble-t-il trouvé sa "veine" avec une écriture libérée de tous carcans, en publiant "Le roman des Jardin". (Grasset)
La presse, les autres ont remarqué ce tournant.
Au nom de la littérature et de l'érotisme encore, qu'il me soit beaucoup pardonné de reprendre in-extenso le chapitre du "Roman des Jardin" intitulé : "La cravache de Monsieur et Madame F."
J.F.

Pour des raisons hautement morales, l'Arquebuse tenait donc à recevoir chez elle les couples illégitimes. Vilipender l'adultère lui paraissait un manque indéniable de savoir-vivre. Elle regardait toute liaison -érotiquement valable- comme un acte de résistance contre l'affalement contemporain. Les entraves à l'amour, même minimes, la révulsaient. Lorsqu'on sollicitait son avis sur la question du mariage des prêtres catholiques (...) elle répondait invariablement avec la dernière indignation : "S'ils s'aiment entre eux, pourquoi s'opposer à leur union ?"
Or il arriva un événement qui m'en apprit plus long sur la folie des couples que toutes les confidences des Jardin. Nous possédions dans nos relations deux êtres fringants, très mariés et lustrés de culture, qui se trompaient l'un l'autre avec constance : leur mariage était une très ancienne habitude. M.F., diplomate patiné par les popos niaiseux d'ambassade, venait chez nous se requinquer en compagnie d'une rousse sévère ; tandis que de son côté Mme F. se consolait de temps à autre (...) de son rôle d'Ambassadrice potiche avec un coquet Mexicain. A chaque fois, l'Arquebuse prêtait au couple désassemblé notre fameux petit cabanon, charmante bâtisse érigée à cet effet au bout du jardin. Soucieuse du détail, orfèvre en tromperie, elle réservait au mari et à l'épouse les mêmes draps fleuris, comme pour les réunir dans leurs extases séparées.
Naturellement, ces culbutes illégales enchantaient les enfants de la famille. A dix ans, j'escaladais avec mes cousins le toit du cabanon en toute occasion et me postais au bord du Velux qui surplombait la literie. La première fois que j'espionnai M.F., il se déshabilla avec soin, sans manifester de hâte. Puis, déroutant tous nos pronostics, il sortit une paire de menottes (comme dans les séries policières), s'attacha lui-même à la tête de lit et pria -fort courtoisement- la rousse divine de lui administrer de virulents coups de cravache. A mon grand étonnement, je vis soudain le diplomate éprouver une vive et très visible satisfaction... Mes cousins et moi en restâmes ébaubis, comme des cornichons.
Quand vint le tour de Mme F., quelques semaines plus tard, nous étions tous au rendez-vous, juchés sur le toit du cabanon. Se produisit alors un événement tout à fait extraordinaire : Mme F. ôta methodiquement son tailleur, sortit des liens de cuir et somma le Mexicain de l'attacher au lit ; puis elle lui ordonna de la fouetter à la cravache ! Plus les coups cinglaient sa chair d'ambassadrice plus elle réclamait ces friandises inattendues, avec une insistance qui nous rappela aussitôt... celle de M.F. Mes cousins et moi, en demeurâmes estomaqués.
Comment était-il possible que M. et Mme F. partageassent les mêmes désirs, à l'insu de l'autre ? Que ne se fouettaient-ils pas en famille ? Ce détour compliqué pour obtenir les béatitudes identiques me fit bien saisir que les couples étaient des machines à ne pas se comprendre et à consommer du rêve. De toute évidence, M. et Mme F. avaient besoin de se raconter une fable adultère ; même si la cravache utilisée était de même facture.


Alexandre Jardin sera l'invité du "Marathon des mots" à Toulouse, le vendredi 15 juin à 14 h 30. Une lecture dans le noir et en langue des signes du "Roman des Jardin"  se fera, petite salle du TNT.



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