12 juin 2007 2 12 /06 /juin /2007 16:26
C'est toujours Casy Rivière qui parle :

C'est ma tournée...

Je voyais qu'il était peiné, obsédé par ma solitude, par la solitude du prêtre. Il voulait faire quelque chose pour m'enlever un peu de poids de cette solitude. Un jour, il me téléphona pour me dire qu'il voulait me prendre dans une de ses tournées, pour me distraire un peu, entre deux dimanches. Effectivement, il arriva un soir avec son équipe. Il partait vers la Méditerranée. Je l'ai suivi. J'allai avec eux. J'ai pris quelques jours de vacances. Et là, j'ai partagé sa vie et la vie de ses copains pendant 4 ou 5 jours. J'ai vu, j'ai regardé. J'ai vu, j'ai entendu. Il était avec ses copains d'une bonté aussi... d'une simplicité extraordinaire, s'inquiétant de tout, de leur vie matérielle, de tout, de tout... Pour moi aussi, me comblant de toutes les prévenances, voulant que je sois content, que je sois heureux. Et... je me souviens, c'était à Béziers ou à Narbonne, je ne sais plus, pendant l'entr'acte, les journalistes avaient l'habitude de venir le voir pour l'interviewer, et j'écoutais, là... Il m'avait gardé dans sa loge avec lui. Un journaliste lui demande à moment donné : "Et la foi, monsieur Brel, c'est vrai que vous avez la foi ?" Alors, se tournant vers moi, il dit en me montrant avec la main : "Oh, ça, je n'en sais rien. Tenez, j'ai justement ce soir avec moi mon aumônier particulier ; demandez-le lui, il vous en dira plus que moi." Et justement, j'ai vu là qu'il me liait vraiment à la Foi. C'était le prêtre qui l'intéressait en moi ; c'était le prêtre un peu attentif, un peu auditif, un peu compréhensif.
Il faisait tout pour m'enlever à la solitude. C'est pour ça qu'il était content de m'emmener avec lui dans ses tournées. De ses tournées, j'en garde un souvenir lumineux.

L'emmerdeur.
Une autre fois, le téléphone sonna dans la soirée chez moi. Il me donna rendez-vous le lendemain à Montpellier où il tournait "l'Emmerdeur". Il me dit : "Tu n'as qu'à prendre tel train, et je serai à la gare." En effet, il était à la gare, et j'ai assisté à une partie de l'enregistrement de "l'Emmerdeur." Je l'ai vu justement avec ses copains, ses confrères. J'ai mangé avec eux. Il y avait là Molinaro, Mme Molinaro, Lino Ventura que j'ai trouvé très sympathique, qui a été vraiment très gentil avec moi aussi et qui était -il en avait parlé à Brel qui me l'a dit- étonné que Brel ait une telle familiarité avec un prêtre. Voilà.

"Même qu'il donnerait sa chemise à des paures gens heureux..."
Un soir, je m'étais aperçu, au moment d'aller se coucher, qu'il avait sa voiture remplie d'objets hétéroclites. Et au fond, il y avait un gros paquet de chemises, de chemises qui avaient été portées. Et comme je lui demandai pourquoi il avait tant de chemises, il me dit qu'il changeait de chemise pour chanter bien sûr tous les soirs, et qu'il en achetait beaucoup parce qu'il n'avait pas le temps matériel de les faire laver, de les faire préparer. "Et ces chemises, qu'est-ce que tu en fais ?" "Boh, me dit-il, tu sais, on les jette à mesure du chemin, à moment donné de la rout
e." Je lui répondis que c'était un peu dommage, qu'il y avait beaucoup de gens qui auraient été heureux de porter des chemises, surtout des chemises qui avaient été portées par Brel. Il me laissa le paquet, je fis faire une lessive, et j'ai distribué des chemises de Brel à beaucoup de jeunes de chez moi, qui sont encore heureux de les porter.

Mourir, la belle affaire !
Il était obsédé par la mort, mais enfin, pas... ça ne le rendait pas malade, je veux dire. Il était obsédé intellectuellement par la mort. Des îles où il vivait là-bas, il m'envoyait quelques mots, quelques lettres que j'ai encore bien sûr. Et il me disait de penser à l'heure de sa mort. Et la dernière que j'ai reçue, ça me touche maintenant beaucoup d'y repenser, de la relire, de la revoir beaucoup, il me disait : "Je pense rentrer en France bientôt pour des examens médicaux. Si je viens à Paris, bien sûr, je fais un saut jusque chez toi." (1)

Sans le comprendre, Jacques Brel a eu trois filles : Chantal, France et Isabelle.
Mon père, lui au moins, a eu trois fils, Bernard, Jean-Pierre et Joël, sans le comprendre non plus.


(1) J'ai tenu à conserver le langage parlé des propos de l'abbé Casy Rivière.

(A suivre.)

Joël Fauré

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Brèves :

Qui a vécu de 1931 à 1976 au 7, rue des Faussets à Bordeaux ?

Je savais que tôt ou tard, mes pas me méneraient dans le vieux Bordeaux, au 7, rue des Faussets. Ce fut chose faite hier. Je savais que la forte odeur faite de soufre, d'encens, cette forte odeur âcre et enivrante d'interdit et de stupre affleurerait à mes narines pelliculées. Le fétichiste revendiqué que je suis ne pouvait pas faire autrement que d'aller toucher de près un mystère, dans "La Belle Endormie". Et ce mystère portait un nom : Pierre Molinier.
Pierre Molinier ?
"Pierre Molinier. Peintre né en 1900. La femme. La peinture. Le pistolet. D.C.D en 1976. ICI. La commune libre de Saint-Pierre en Vieux Bordeaux" dit la plaque apposée sur la maison.
J'ai fait celui qui ne connaissait pas Pierre Molinier. Edifiant.
Les deux petites serveuses de la brasserie proche, place Saint-Pierre (!) : "Pierre Molinier ? Connais pas. Z'avez qu'à regarder sur Internet."
Le patron du restaurant en face : "Vous êtes de la famille ?"
Le sympathique couple qui vit juste en vis-à-vis du "mythique" logis : "On n'a pas approfondi."

Et vous, vous voulez en savoir plus sur Pierre Molinier ? "Z'avez qu'à regarder sur Internet"


Raoul Jefe


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10 juin 2007 7 10 /06 /juin /2007 16:04
A la mémoire de Casy Rivière et René Trémolières,
curés iconoclastes dont l'Eglise aurait bien besoin aujourd'hui.
"Six pieds sous terre, je les aime encore..."

Casy Rivière, ce curé que Brel aimait bien.
Casy Rivière, ses lieux, ses personnages. Dans l'Ariège, à Paris, à Rome. Epistolier de Claudel, amphitryon de Delteil, dédicataire de Montherlant (La ville dont le prince est un enfant.) Attablé près de Sartre à la Coupole, reçu par Paul VI à Castelgondolfo, "apostrophé" par Brel au Lafayette. Chercher des points communs serait tomber dans des lieux qui n'en seraient pas moins. Pour cet instituteur laïc, né à Saint-Girons en 1905, une insatiable quête va s'amorcer. Elle le conduira à la recherche d'un Graal bienfaisant. Elle le verra cheminant aux côtés des grands hommes de son siècle. Eperdument amoureux du verbe, il fera d'abord décliner "Rosa la rose" aux descendants des comtes de Foix. Mais il y a probablement trop de doutes dans l'apostolat éducatif qui modèle "les Jules et les Prosper qui seront la France de demain." Comme il avait choisi ses doutes, il choisira la foi. L'Eglise. Catholique et apostolique. Et le verbe se fit "chair". Un livre en aura été l'un des révélateurs : "Aux fontaines du désir". Montherlant. Le modeste instituteur, devenu et ordonné prêtre, lui adressera une première lettre, pour conforter sa nouvelle identité sacerdotale. Montherlant lui répondra. Suivront d'autres feuillets échangés, d'autres noms suggérés, d'autres amitiés : Francis Jammes, Jean Guitton, François Mauriac, Marie Noël, Joseph Kessel... La déconcertante audace avec laquelle l'abbé s'adresse à ceux qu'il aime n'a d'égale que sa simplicité. Et intégrité. "Il ne faut pas rencontrer les auteurs ; l'oeuvre de l'homme est plus grande que l'homme." lui soufflera Jean Guitton. Casy ne l'écouta pas et il eut raison. Casy s'enrichira et se parfumera l'âme au gré des rencontres. "Je crois que nous méritons tous nos rencontres, qu'elles sont accordées à nos destins. Et aucun destin n'en rencontre impunément un autre."
Vint celle avec Brel.
Casy Rivière a rencontré Jacques Brel à Toulouse. A moins que ce ne soit le contraire. A l'époque où Brel se pressait d'aller vers les hommes essentiels. Quintessenciels. Brel et Rivière s'apprécient. Ils se reverront souvent. Avec Dieu comme témoin. Jacques dit : "Dites, si c'était vrai ?" ou "Dieu, ce sont les hommes, et un jour, ils sauront."
Casy signale à Jacques des mots, des vers, des textes que ce dernier déclame dans le presbytère de Labastide-de-Besplas. Ils font tintinnabuler leurs "maux" dans une "vocabulairerie" suprême. En cultivateurs non-mécanisés de l'amitié, ils s'amusent à s'échanger des formules définitives.
Deux ans avant sa mort -en août 1987- Casy Rivière m'invitait dans le beau grenier de ses souvenirs. M'invitait parce que je lui avais dit avec assez de sincérité beaucoup aimer Brel, et très bien le connaître.

Mon oncle.
Mon oncle, du côté de ma mère, est curé lui aussi... presque à Rome. En fait, mieux qu'à Rome, à Saint-Rome, dans l'Aveyron. C'est drôle, hein ? "Mon oncle", le film de Jacques Tati, vous connaissez ? Et pas "Tatie" de Jacques Mononcle. Ou "Tatie Danielle" de Jacques Tati. Ou "
Ma tante" d'Etienne Chatillez. Ou bien encore "Mon oncle Benjamin" d'Edouard Molinaro, avec Jacques Brel. "Thomas, mon thé t-a-t-il ôté ta toux ? Oui, tonton, ton thé m'a ôté ma toux." "Si ton tonton tond ton tonton, ton tonton sera tondu."

Casy Rivière :
"Je m'occupe beaucoup d'étudiants, et un soir, un étudiant me téléphona pour me dire que Brel venait le lendemain à Toulouse pour chanter, et qu'il serait heureux que je le rencontre. Il venait chanter au profit d'un sana d'étudiants. Je suis venu le lendemain. Brel, dès qu'il m'a vu, m'a dit : "On dit qu'il manque des prêtres et vous, vous avez le temps de venir d'écouter un chanteur ? Vous n'avez pas autre chose à faire ? Vous ne pouvez pas dire la messe pendant ce temps-là ?" Je lui répondis qu'on n'était pas à la messe à cinq heures du soir, à l'époque, que j'étais dans une toute petite paroisse. Et le taquinage a cessé et on a commencé à parler sérieusement. Mais ce n'est pas à ce moment-là que je l'ai vu longtemps. On a pris l'apéritif ensemble. Il m'a donné rendez-vous pour le spectacle. Je suis allé bien sûr au spectacle et, en sortant, tout bouleversé que j'étais par cette rencontre, j'ai été me coucher.
Soudain, on frappe très fort à ma porte.
" - Casy ?
- Oui ?
- Y'a Jacques Brel qui te fait dire qu'il ne veut pas aller manger s'il n'est pas avec le prêtre avec qui il n'a pas été gentil tout-à-l'heure. Il veut te revoir."
Brel m'a pris par le bras et il m'a dit :
"Je tenais à te revoir, à te demander pardon de t'avoir mal reçu tout-à-l'heure un petit peu, et puis je voudrais causer un peu avec toi."
Et nous sommes allés souper dans un restaurant des Minimes, très simple. Brel a mangé de très fort appétit. Il m'avait placé près de lui, à sa gauche. Pendant tout le repas, nous avons parlé très longuement. Il était 4 ou 5 heures du matin. On était encore au restaurant. A telle enseigne qu'à la fin, je lui ai dit :
"J'ai besoin d'être chez moi demain matin pour la messe." "T'en fais pas pour la messe, tu y seras, me dit-il, et si tu n'as personne pour t'amener, moi, je t'aménerai." Avec son chauffeur, il me ramena à Labastide, et quand j'arrivai, l'église était ouverte, allumée, l'autel fleuri et quelques personnes attendaient pour assister à la messe.

Y'a un truc...

Je lui avais fait un café assez fort pour qu'il ne s'endorme pas au volant au retour. Devant l'Eglise ouverte, quand on s'est séparés, moi pour dire la messe et lui pour partir, il me rappela et me dit :
"Quand tu vas faire ton "truc" tout-à-l'heure, pense un peu à moi, prie pour moi." Et quelques instants avant, en visitant l'église, il m'avait dit : "Sur ce truc-là... (Je lui avais montré mon autel qui est tout dépouillé, qui est tout simple, mais qui était très fleuri parce que c'était un jour de fête de la Sainte-Vierge) -il me dit : "Je ne crois pas à ce que tu vas faire, mais je sens que sur cet autel, il faut que tu fasses quelque chose.
J'avais trouvé ce mot très beau, et je peux vous assurer que quand j'ai fait ce "quelque chose", j'ai bien fortement et profondément pensé à lui."

(A suivre)

Joël Fauré


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Brèves

Photo-stimulus pour le fétichiste indécrottable que je suis dans "Le Journal du dimanche" de ce dimanche. La sculpturale Adriana Karembeu enfile ses bottes, et la légende dit "Abusez de moi." Mais je me suis incliné quand on sait qu'Adriana Karembeu offre son image au service de la Croix Rouge. Je suis prêt à oublier les jambes d'Adriana pour m'interesser au tronc de Robert, et y glisser un peu de sous pour la bonne cause.
Plus d'informations sur le site (très convivial)
robertsenchargera.com

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Toujours dans le même JDD, j'apprends (litote vu le plan média) que Schrek revient sur les écrans pour la troisième fois. Au delà de l'aspect commercial, j'avais adoré (comme Caroline Lamarche qui y fait allusion dans ses "Carnets d'une soumise de province") ce géant vert, crasseux mais tellement tendre et attachant et la version revue et corrigée des contes de fées.
Un nouveau personnage a fait son apparition dans l'opus 2. Il revient ici : c'est le chat Potté. (Je ne comprends toujours pas pourquoi "potté" et non "botté" -Je comprendrais mieux chat chapeauté- si quelqu'un peut m'expliquer...)
Antonio Banderas qui fait la voix du chat explique : "Il ne mesure que 25 cm de haut, mais il se comporte comme un tigre du Bengale ! Son chapeau, son épée et ses bottes évoquent bien sûr Zorro. Je suis fier de son accent andalou." Et plus loin : "Ma fille a bondi de joie quand je lui ai dit qu'il y aurait un film dévolu au Chat Potté."


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Encore dans le JDD, Bernard Pivot, dans son billet dominical ose un malicieux
"Houellebeigbeder". Il s'interroge : "Beigbeder ? pitre ou écrivain ?"  Il se répond : "De moins en moins pitre peut-être, de plus en plus écrivain." Le mieux est de se faire sa propre opinion, la confirmer ou la modifier. En tous cas, Fred Beig publie chez Grasset "Au secours pardon"



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9 juin 2007 6 09 /06 /juin /2007 16:43
A Frida et Margot.
Elles se reconnaîtront.

Encore une fois...
"Encore une fois dire "Je t'aime", encore un fois perdre le Nord. En effeuillant le chrysanthème qui est la marguerite des morts." (Brassens)
"Mais, qu'est-ce que j'aurais bien aimé encore une fois remplir d'étoiles un corps qui tremble et tomber mort, brûlé d'amour, le coeur en cendres." (Brel)
Ah ! et Oh ! Vous réécouter encore un fois...
Georges, Jacques... vous me manquez...

Au secours !

Nous sommes de plus en plus nombreux et il y a de moins en moins de place. On se déshumanise. Jacques, si tu voyais tous ces pendus par les pieds qui encombrent les rues, qui obstruent les sorties de secours, qui saturent les espaces vitaux...
Si tu voyais toutes ces marionnettes téléguidées par un boîtier soudé à l'oreille...
Au secours, Jacques, je voudrais te serrer la paluche, et puis je voudrais retourner dans le ventre de ma mère, et puis dans le sperme de mon père, et puis dans le néant.

Nouveau seuil critique.
Je sens que les gens ne vont pas aimer ce livre. On va lire quelque chose sur du papier glacé du genre : "Fauré se prend pour qui ? Les parallèles qu'il établit frisent l'indécence. Fauré fait une récupération déplacée de Brel qui va se retourner dans sa tombe. "Si vous m'aimez, fermez vos gueules" avait-il dit avant de mourir.
Oui, mais moi, j'ai très bien connu Jacques BreL.

Deux phrases complémentaires et contradictoires.

"Il est extrêmement mal élevé, quand on est blessé, de la faire savoir."
"Nous avons des fonctions tellement exhibitionnistes que notre fonction n'est tolérable que dans la mesure où l'on ne peut pas se taire."


Les risques du métier.

Vous avez vu ce film d'André Cayatte ? Brel campe très finement un instituteur injustement accusé de viol par l'une de ses élèves.
Lors de la reconstitution, les enquêteurs demandent à Brel de refaire une scène.
Brel dit : "Non, monsieur le commissaire, je suis instituteur, je ne suis pas comédien."
Il a raison et il a tort. Le faux est un moment du vrai. Est-ce le "mentir vrai" ou le "Paradoxe du Comédien" de Diderot ? Dans la vie en vrai, le commissaire n'est pas commissaire ; Brel n'est pas instituteur. Par contre, c'est un excellent comédien. Et menteur.
Et moi, je suis le fils caché de Jacques Brel.

Aqui Radio Andorra

Mon père fait suivre ce qu'il appelle "le petit poste" partout, dans la cuisine, le jardin, quand il plante les patates. Il écoute "les chansons à la demande". parmi celles-ci, il doit bien y en avoir quelques unes de Brel. Mais, mon père, son idole, c'est Tino Rossi. Moi, j'ai longtemps gardé en mémoire cette mélodie, ce jingle, ce sonal qui disait : "Nana nana nanana." Oui, j'écoutais sans comprendre ce sybillin "akiradioendora". Plus tard, j'ai appris qu'on avait demandé à une petite bergère des Pyrénees de s'installer devant un gros micro carré et de dire : "Aqui Radio Andorra". Ici Radio Andorre. C'est un peu comme le logo des supermarchés Carrefour. Je ne sais pas vous mais moi, j'ai mis du temps avant de me me rendre compte qu'au milieu des deux "flèches", la rouge et la bleue, se découpait sur fond blanc le "C" de Carrefour.

Les prénoms de femmes.

Je suis presque sûr que Brel a dû avoir des emmerdements avec une certaine Frida, quand il a chanté : "Avec Frida la blonde quand elle devient Margot"

(A suivre...)


Joël Fauré



Brèves

J'ai lu un très beau texte de Camille Laurens dans Libé d'aujourd'hui. Elle y parle de la fascination du train. C'est à propos de la mise en service du TGV Paris/Strasbourg. Pour une fois que les trains qui vont vers l'Allemagne ne font pas froid dans le dos...
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Demain, législatives. "Lé-gis-la-tives : je trouve le mot mou, écrasé, longuet. (Essayez de le prononcer à voix haute, vous verrez" Alors que "Présidentielles", ça en impose...
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Le prix du Livre Inter a été attribué à François Vallejo pour "Ouest" publié chez Viviane Hamy.
Deux choses :
 - Un type qui porte le même nom que le psychiatre qui a soigné ma mère ne doit pas être entièrement mauvais.
- Le prix Inter a été dévoilé dans le journal de 8 heures de lundi. Vous n'êtes pas obligés de me croire, mais à 7 h 50 en buvant mon chocolat, je me suis dit :"Je suis sûr que c'est "Ouest" qui va l'emporter"
J'avais aussi un petit faible pour "l'éclatement de la durite" de Rollin

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8 juin 2007 5 08 /06 /juin /2007 18:10
Ce texte est dédié à René Cazelles.


Petit.
Quand j'étais petit, j'ai été gravement malade. La médecine m'a condamné. Le diagnostic est tombé : méningite cérébro-spinale. Les "ils " et les "on" pratiquent une ponction lombaire. Voleurs ! Ma mère file à Midi-Caoutchouc, place Esquirol, pour m'acheter un dernier jouet. C'est un curieux et surréaliste coq en matière plastique monté sur 4 roulettes multicolores.
A Lavaur (Tarn), Brel est l'invité des Grandes Fêtes Générales de Jour et de nuit, présidées par René Cazelles.
Brel chante le dimanche 2 septembre 1962, Place Pasteur, au Théâtre de verdure, devant plus de 2 000 personnes. Le prix des places va de 5 nouveaux francs à 12 nouveaux francs. Pour le gala, Brel a pris environ 6 000 nouveaux francs. En vedette américaine, il y a un plateau composé d'Isabelle Aubret, qui vient d'obtenir le prix Eurovision de la chanson, André Aubert, l'imitateur...
Avant d'entrer en scène, les premières notes de l'orchestre sont saluées par un tonnerre d'applaudissements. En coulisses, Cazelles dit à Brel : "C'est gagné d'avance." Brel répond : 
"Rien n'est  jamais gagné d'avance."
Cazelles affirme n'avoir pas vu Brel vomir.
Il s'est peut-être isolé pour le faire...
A l'hôpital Purpan, je réchappe de la maladie. Je suis inscrit sur la liste des sursitaires.
Viendront les premières peurs, les premières frayeurs, les premières terreurs.
Suivront les premiers TOC.

Etat des lieux civils

Vous croyez que si je demande un acte de décès de Jacques Brel à la mairie de Bobigny, ils vont me le délivrer ? Comment ? Si je suis de la famille ? Mais bien sûr, je suis le fils caché de Brel. Menteur !
Chut ! Vous ne pouvez pas vous taire ? Vous savez bien que j'ai très bien connu Jacques Brel.

Différentes façons de mourir.
- Jacques Brel est mort à l'âge de 49 ans le 9 octobre 1978, à l'hôpital franco-musulman de Bobigny, à 4 h 30 du matin, chambre 305.
- Le 9 octobre 1978, à 4 h 30 du matin, chambre 305, à l'hôpital franco-musulman de Bobigny, est mort Jacques Brel. Il avait 49 ans.
- Chambre 305, 4 h 30 à l'hôpital franco-musulman de Bobigny, Jacques Brel, 49 ans, meurt.
- A l'hôpital franco-musulman de Bobigny, le 9 octobre 1978, Jacques Brel, âgé de 49 ans, est mort chambre 305, à 4 h 30 du matin.
- Il avait 49 ans. A 4 h 30 du matin, dans la chambre 305 de l'hôpital franco-musulman de Bobigny, le 9 octobre 1978,  Jacques Brel est décédé.

Les choses de la nuit.
Jean-Charles Aschéro travaille à France Inter. Toutes les nuits de dimanche à lundi, il anime une émission "Les choses de la nuit". Fervent admirateur de Brel, il a instauré une tradition : à l'heure de la mort du chanteur, il passe à l'antenne une chanson de lui.
J'aimais beaucoup son émission.
En 1996, Aschéro est "remercié" sans ménagement par la station embouteillée par une Eve d'Evangile selon saint-Bosch.
Je me sens orphelin d'âme et de coeur.
En juillet 1999, je passe une annonce dans Libé : "Recherche nostalgiques de l'émission de Jean-Charles Aschéro sur France Inter..."
Et c'est Jean-Charles Aschéro lui-même qui me répond ! : "Les revenons-y de l'extrême nostalgie sont toujours décevants"
Sur mon répondeur, je trouve un jour ce message : "Bonjour, vous ne me connaissez pas, je m'appelle François Rauber. Je réponds à votre annonce de Libé..." Comment, si je ne connais pas François Rauber ? Je ne connais que lui. Il a été l'accompagnateur de Brel, dans toutes les acceptions du terme, durant de longues années ; il a été de toutes les tournées, musicales, labiales, des grands ducs et des petits bouis-bouis.

(A suivre.)

Joël Fauré.





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7 juin 2007 4 07 /06 /juin /2007 18:02
Ce texte est dédié à Camille.
Brel l'aurait aimée.


C'est quoi un artiste ?

Mon père disait à propos des artistes : "Ces gens-là, ils ne se font pas vieux. Ils font trop la bringue." Brel, mort jeune, lui a donné raison. "Ce qui compte dans une vie, c'est son intensité pas sa durée." "Tout est extrêmement dangereux pour la santé puisqu'il y a un phénomène d'usure." Alors, comment faut-il vivre ? Qui a les règles du jeu ? Mieux vaut-il mourir à 81 ans, en ayant toujours gueulé ou fait la gueule, ou à 49, en souriant, et en continuant à fumer 4 paquets de cigarettes par nuit, malgré un cancer du poumon ?
Moi, je crois qu'un artiste, c'est important.

L'homme qui vit et l'homme qui écrit.

Un écrivain est quelqu'un qui peut écrire des choses épouvantables auxquelles il n'adhère pas. Du genre : "J'ai placé ma mère dans une maison de retraite mais je ne sais plus laquelle." Ce qui en fait un être redoutable.

Vierzon.
J'ai vraiment voulu voir Vierzon. Ce que j'ai vu de Vierzon est moche. Il vaut mieux écouter la chanson.

Seul.
La chanson "Seul" est un petit chef-d'oeuvre de lucidité. Elle est réussie, tant sur la forme que sur le fond. Elle est bien charpentée. Elle illustre à merveille le cescendo/décrescendo cher à Brel. Elle est à rapprocher des mots d'Albert Cohen : "Chaque homme est seul, et tous se fichent de tous, et nos douleurs sont une île déserte." 

A propos de bottes.
Les bottes vont bien à Jacques Brel. Dans le film "Mon oncle Benjamin", il les porte haut, à la mousquetaire.
Dans "Montdragon", ses bottes d'écuyer fascinent son entourage. A l'église, du bout de sa cravache, il soulève les jupes d'une femme...
Les bottes sont esthétiques, fonctionnelles et sensuelles...
Moi, je me suis fait fabriquer sur mesure une paire de cuissardes, en cuir souple de veau, chez un bottier toulousain. Et j'ai aussi acheté un fouet, à la brocante, allées Jules-Guesde. Avait-il déjà servi ? Et pour qui, par qui, où et quand et pourquoi ? Je me suis auto-proclamé Père Noël, Père Fouettard, flibustier, égoutier, dompteur, oncle Benjamin, fétichiste, sado-maso...
Les tarses calés dans des bottes carénées comme des paquebots de croisière, je vous jure qu'on peut arpenter la Terre et devenir citoyen du Monde.

Seuil critique.

J'imagine déjà la critique du livre que vous avez entre les yeux :  Joël Fauré mélange des élements de sa propre biographie avec ceux de celle de Brel... Sans en avoir l'air, avec des textes brefs comme des chansons, il réussit à nous saisir... mais vraiment, sans que nous en prenions garde... Je repense à certaines critiques sur Brel au début de sa carrière : "Ce type ne fera jamais rien de bon : il ne fait que transpirer." "Quand à Monsieur Brel, je lui indique qu'il existe de très bons trains pour rentrer en Belgique."

(A suivre)

Joël Fauré

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6 juin 2007 3 06 /06 /juin /2007 17:06
L'éditeur a pris mon livre.
Vous aavez vu, l'éditeur a pris mon livre ! Vous l'avez entre les yeux. Dites, c'est Brel qui vous a attiré ? Sa photo est son nom sur la couverture, c'est ça ?
Je me trompe ?

Ecoute... Ecoute...
Marie-Madeleine a épousé mon frère Bernard, Emile Fauré le 27 juillet 1974. Marie-Madeleine aime Brel, le saucisson sec et mon frère. C'est mon frère qu'elle épouse. Elle veut me faire partager sa passion pour Jacques Brel. Elle insère une cassette dans un lecteur et me dit : "Ecoute... Ecoute...". Brel tonitrue sur un port de Hollande, s'emporte contre des notables, éructe, s'apitoie, sanglote, transpire...
Les Bourgeois  et  Amsterdam.
Je n'aime pas.

Mon Brel à moi.
Pourquoi n'ai-je prêté d'abord aucune attention à ce que disait ce type ?
Et pourquoi ensuite me suis-je arrêté au bout de ses phrases, jusqu'à les connaître presque toutes par coeur ?
Qu'est-ce qui s'est passé ?
Mon Brel à moi, vous ne pourrez pas me le voler.
Il ne ressemble pas au vôtre ni à aucun autre.
Il est un peu ici et un peu là.
Vous pouvez me l'envier mais pas le copier.
Il est debout dans la salle à manger, devant le micro que lui tend ma mère.
Il est caché dans ma chambre, sous le lit.
Il a déboulé comme un fou avec de la bière, des bonbons, du buvard, un doigt de couvent, un grand verre de grand'messe, dix éléphants, cent kilos et trois cent trente-trois fois le temps de bâtir un roman.
Il est entré dans ma cage thoracique, tel un oiseau, un singe, un fauve. Un lion.
Il est couché du berceau de la joie au lit de la puissance.
Il est courbé sur mon front.
Il m'engueule parce que je suis trop lâche...

Mon père disait...
En 1977, pour mon petit Noël, Marie-Madeleine m'offre un électrophone. J'ai pris la mobylette et je suis allé à Saint-Sulpice acheter mon tout premier disque, un 33 tours... Il y avait "Les Bourgeois". Je les écoutais souvent. Déjà Jojo était là.
Ma mère riait. Mon père disait : "Tu commences à nous faire chier avec tes disques..."

J'ai vomi.
La veille de ma première communion, j'ai vraiment vomi. De peur. Une aube blanche, c'est aussi impressionnant qu'une robe noire de magistrat ou d'avocat.

La rue oubliée.
Ca doit être l'une des rues les plus inconnues de Toulouse. Paradoxalement, elle se trouve au coeur même de la ville, là où battent le pavé des foules de gens... Mais ici, personne ne passe. Il ne se trouve aucune enseigne attractive, aucun néon aguicheur, rien qui ne se mange, se boive, se lise, se sente... On n'y fait pas de cadeaux. Je crois même qu'il n'y a pas de boîte aux lettres... Pas de plaque, pas de pair ni d'impair. On pourrait s'y méprendre, à une lettre près, elle porte le nom du psychiatre suisse Hermann Rorshach (Prononcez ROR - SAX), inventeur de ce fameux test qui nous a tous traumatisés, avec ces planches de taches d'encre symétriques obtenues par pliage, où il était hypocrite de ne pas voir une araignée, une grenouille ou un sexe. Ici donc, il s'agit d'Ernest Roschach, archiviste de la ville que l'on a voulu -maladroitement- honorer. Et pourtant, il y a un donjon et une entrée des artistes... Alors, pas étonnant que Brel y ait été photographié lors d'un de ses passages dans la ville Prose, chère à Nougaro.
La photo, publiée dans "La Dépêche" du lundi 3 septembre 1962 est légendée : "Jacques Brel a donné à l'hôtel d'Assezat, samedi soir, un récital qui lui a valu des rappels enthousiastes. Voici le sympathique artiste surpris par notre photographe, dans la rue Roschach, avant d'être reçu amicalement au Donjon par M. GIBERT, président du Syndicat d'initiative." (Photo "La Dépêche". - Opérateur : J.-L. Jammet)
La photo est signée Jean-Louis Jammet. Je connaissais un peu Jean-Louis Jammet. Jean-Louis Jammet était photographe à "La Dépêche du Midi". Chaque fois que je le rencontrais, il me promettait de me confier les négatifs. "Je me souviens très bien de Brel." me disait-il. "J'ai fait les photos le jour de l'anniversaire de ma femme. La prochaine fois, promis, sans faute, je vous fait passer les négatifs."
Jean-Louis Jammet est mort, sans doute de trop d'anis, ne me laissant pas si négatif...

(A suivre)

Joël Fauré




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5 juin 2007 2 05 /06 /juin /2007 20:14
J'ai très bien connu Jacques Brel.
Ce qui me donne toute liberté d'écrire ces lignes.
J'ai très bien connu Jacques Brel.
C'est un ami personnel de longue date.
J'ai passé avec lui des heures formidables et torrentielles, des secondes chair-de-poule, des jours inoubliables.
Des nuits ? N'en parlons pas.
J'ai très bien connu Jacques Brel.
Quand il est mort, le 9 octobre 1978,  j'avais 16 ans et lui 49.
J'ai des révélations à faire...
J'ai très bien connu Jacques Brel.
Quand il est mort, j'ai été bouleversé, atterré, malheureux. Et seul.
Je le suis resté.
J'ai très bien connu Jacques Brel.
Aujourd'hui qu'il a presque trente ans de tombeau, on va tous planter des chrysanthèmes en même temps.
Je sais qu'il n'aimerait pas beaucoup mais, moi, j'ai très bien connu Jacques Brel.
Je peux bien vous l'avouer aujourd'hui : le "Joël" de la chanson "Madeleine", c'est moi.
Vous ne me croyez pas ?
Vous avez sans doute raison.
Et pourtant...
J'ai très bien connu Jacques Brel.
Surtout depuis septante-huit.
J'étais apprenti cuisinier alors. Le 10 octobre, place Esquirol à Toulouse, il était une heure après-midi. Je suis furtivement passé devant un café. Une télévision était allumée. Oui, il était une heure après midi et c'est important. C'était l'heure du journal télévisé. J'ai simplement eu le temps de voir, moi, le passant, Brel en noir et blanc dans le tube. Au même instant, ailleurs que là, j'ignore que ma mère, Marthe, Madeleine, Mathilde Trémolières, à la campagne, près de la forêt de Buzet-sur-Tarn, dans la maison, dans la salle à manger, a branché un magnétophone et enregistre. Elle ne sait pas trop s'en servir. Et le micro capte tout ce que dit la télé, mais aussi tout ce qu'elle dit, elle. A un moment, elle dit : "S'il était là, il serait à ses pièces, le pauvre enfant." Mais loin de ma maman, dans ma tête, je me suis dit : "S'ils le passent comme ça, à cette heure-là, c'est qu'il doit être mort, Brel." Je suis monté dans un autobus. J'ai dit à un copain, arpète lui aussi : "J'en suis pas sûr, mais je crois que Brel est mort." Une dame m'a entendu. Elle m'a dit : "Oui, il est mort."
Si pour Philippe Delerm, la mort de Brel est "une autoroute à trois voies avec un gros camion Antar sur la file de droite", pour moi, c'est un café, un autobus et la place Esquirol à Toulouse.
J'ai très bien connu Jacques Brel.


(A suivre.)

Joël Fauré


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4 juin 2007 1 04 /06 /juin /2007 20:30
L 'équipe  d' "A propos de bottes" (Laure O'Jef, Raoul Jefe, Joël Fauré et Maître Janus) est heureuse d'ouvrir son espace à Annie GRUYER*


Au pays de l'Ovalie, je ne me permettrai pas de botter en touche ni même de tourner les talons.
Bien dans mes baskets, je l'avoue humblement : les bottes ne représentent nullement pour moi un objet d'affection, encore moins une tenue de soirée ou de levée de soleil...
Mais c'est droite dans mes bottes imaginaires que je prends volontiers la plume pour évoquer le non-port de bottes, obligatoire.
Je rassure le lecteur, je porte bien, par contre, le casque pour me protéger des aléas de l'existence.
Vous me dites "cuir", je réponds celui des gants que je serre fermement au plus fort de la tempête, quand les jambes dures, j'entame la dernière ascension du col... Et oui, celui de la Madeleine, sans Proust , du  Galibier, fort raide, du Lautaret, fort tendre, du Ventoux, fort sec, de l'Izoard, fort bosselé et aride, du Soulor, fort mou, de l'Aubisque, fort long, de l'Hautacam, fort endurant...
Ma foi, ils m'ont tous résistés mais je les ai eus à l'endurance et atteint leurs bouts sans coup férir, patiemment, délicatement, amoureusement, ne doutant pas de la récompense suprême en atteignant leur sommet. Mes cuissards s'en souviennent encore, parfois bien usés ; en témoigne la peau de chamois (artificiel, promis, pour les amis de l'ancienne icône platinée des années 1960 qui préfère désormais les chiens aux hommes.)
On n'imagine pas toute la sueur versée, tombant juste au milieu du sillon des muscles du mollet redondant et saillant en plein effort. Pas plus le lancinant cliquetis du roulement à billes bien huilé de la chaîne, la seule à laquelle j'admets être attachée. Et que dire du mouvement répétitif et assené des pédales... sacrées pédales
Quand aux deux belles roues, on dit souvent qu'elles sont souvent prises, sucées avant d'être lâchées, toujours dans le final. Je confirme. Mais la pompe est là pour les cajoler, les regonfler en cas de relâchement.
Ah J'oubliais la selle. Ah ! Celle-là, elle met du piment à l'affaire mais offre toujours au guerrier le repos avant qu'il ne reparte en danseuse faire son malin dans les lacets.
Mais voilà l'arrivée qui pointe : un dernier coup de rein, la cuisse au bord de l'explosion et je touche enfin mon sommet, classé 1ère catégorie, parfois même "hors catégorie", distinction suprême.
J'embrasse ma foule imaginaire à la manière d'un Bobet, d'un Coppi, d'un Indurain ou d'un Virenque, passés bien plus glorieusement que moi par ces cimes majestueuses.
Enfin, je peux descendre de ma machine que je caresse, le gant ôté, en la remerciant de m'avoir accompagnée dans ces moments si intenses. Loin de Paris et du modernisme, je m'offre encore avec ma bicyclette ces épopées épiques qui manquent à nos quotidiens trop confortables.

* Co-auteur du "Livre Noir de la Psychanalyse" (Editions des Arènes) -maintenant disponible en livre de poche- Annie Gruyer  nous offre ici, avec un lyrisme sensuel et érotique, la belle démonstration d'une chevauchée fantastique et complice avec "La Petite Reine".

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PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN :
"J'AI TRES BIEN CONNU JACQUES BREL"

(Confessions inédites et vérifiables de Joël Fauré.)


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3 juin 2007 7 03 /06 /juin /2007 16:40
Je dédie ce texte  à Camille et Aurora et je leur pose la question :  "Ce blog doit-il être littéraire et érotique" ou "érotique et littéraire" ?  Je suis un pacifiste et je tiendrai  compte de toutes les sensibilités. Il doit bien exister un moyen de trouver un conpromis.

Même s'il lâche, vers la fin, le mot  "d'obsessionnel", on sent chez Pierre Bayard, professeur et psychanaliste  -j'aime bien les professions qui commencent par un  "p"- la prestance du premier de la classe.
Impeccable, sûr de lui, tiré à quatre épingles, les doigts savants de ce qu'ils  vont dire -très bien le système de lecture de Proust, illustrés par cadres digitaux, inflorescences, en faisant fi des virgules et des points-virgules (Hourrah !  J'y avais pensé moi aussi. !)-.
Il est interrogé par un apparemment copain de banc de fac qui le tutoie.
Première question : "Qu'entends-tu par non-lecture ?"
Pierre  Bayard parle du livre en tant qu'objet mobile, des erreurs policières, prétend qu'Agatha Christie s'est trompée en écrivant "Le meurtre de Roger Ackroyd". Rien de moins  que ça, elle s'est juste trompée d'assassin ! J'ai lu le bouquin. Alors, j'ai  été floué ?
J'angoisse un peu. Et puis je décroche...
La longue tirade de Pierre Bayard  est pédante : ça ressemble à un long tunnel sans fin. Je ne comprends rien.

Près de moi, une dame sort un carnet de croquis et se met à croquer les gens du premier rang.
Bon trait.
J'ose lui dire : "Bonsoir, votre trait est magnifique ; puis-je  oser vous demander de croquer de dos de la jeune femme devant moi ?" Je ne vois  pas son visage, mais je suis subjugué par sa longue chevelure, qui me semble, d'emblée, "peignable".
" - Je ne peux pas, elle est trop près." elle me répond, la dessinatrice.
Retour à l'entretien. Je raccroche. Pierre Bayard, pince-sans-rire, fait l'humour. Ainsi, c'est comme ça qu'il faut le voir : drôle.
Il fustige les journalistes qui, bêtes, "sortent des phrases hors de leur contexte."
Des gens cultivés se mettent à poser des questions.
Un micro HF circule. Je m'en saisis.
" - Avez-vous pu cerner le contour, le profil de vos lecteurs ?" je demande.
" - Le titre est déclencheur. Il déculpabilise. Le livre se trouve en supermarché."
" - Sous cellophane, alors ?" que je dis.
" - Oui, c'est pas plus mal."

Joël Fauré

Pierre Bayard était invité par la librairie "Ombres Blanches" le 15 mars 2007.
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2 juin 2007 6 02 /06 /juin /2007 20:11
Lettre à Jean-Paul DUBOIS... pour "Hommes entre eux" (Editions de l'Olivier)

Cher monsieur,

J'éprouve l'irrépressible besoin, une fois un livre terminé, d'entrer en relation avec les auteurs qui m'ont surpris, ému, bousculé, touché, percuté...
Ainsi Caroline Lamarche, Nina Bourraoui, Joël Egloff dernièrement, comme Jean-Pierre Chabrol et Jean d'Ormesson hier, ont-ils "fait les frais" de ma manie.
Je suis heureux que certains soient devenus autre chose que des silhouettes de papier : des amis.
Ainsi, vous, Jean-Paul Dubois...
J'avais beaucoup entendu parler de vous et n'avais rien lu. On ne se refait pas. Je n'avais pas d'ondes. Vos livres ne clignotaient pas, ne m'appelaient pas.
Et puis, j'ai lu un, deux bons papiers sur votre petit dernier.
Sur la table de la librairie, "Hommes entre eux" m'a murmuré.
Alors, je l'ai ouvert et lu l'incipit. Et le premier chapitre.
Et j'ai été gagné par cet appétit qui fait qu'on ramène des ouvrages chez soi, pour les dévorer à l'abri des blizzards.
Au bout du deuxième chapitre, qui m'avait brossé les portraits des deux hommes, mon obsession a été la suivante : pourvu qu'il ne fasse pas apparaître "in vivo" LA femme dans ses lignes.
C'est justement son absence, cruelle, qui la rend plus précieuse, plus désirée (Personnellement, je suis tombé amoureux d'elle.)
A mon humble avis, vous avez réussi le tour de force de célébrer LA femme, sans jamais la faire apparaître.
Alors, après, comment vous dire l'envie d'approcher l'auteur, surtout quand elle est renforcée par une bonne émission sur France Inter. Vous devisez en marchant avec une journaliste. Etait-elle jolie ?
"Je veux connaître un maximum de gens, de situations." disiez-vous entre autres. Or donc, vous contacter ?
Je vous sais Toulousain, et je pense aux pages blanches... de l'annuaire.
Inutile de cacher la petite fierté de vivre dans les mêmes km². Inutile de vous dire que la manoeuvre d'approche m'est spontanément apparue plus aisée.
Un Jean-Paul Dubois dans l'annuaire. J'appelle.
" - Pardonnez-moi pour cette question, mais êtes-vous Jean-Paul Dubois l'écrivain ?
- Non, je suis le Jean-Paul dubois le lecteur..."
S'est alors instauré avec mon interlocuteur, ma foi fort affable, un dialogue très agréable. Il vous connaît. Il m'a dit qu'il lui arrivait de recevoir votre courrier, il m'a dit...
Et maintenant ?
Me présenter ?
Vous dire que, comme Paul Hasselbank, je suis valétudinaire, pour faire vibrer votre fibre caritative ?
Vous dire que je serais heureux de partager un instant avec vous, autour de quelque chose de rond, un verre, une tasse, des yeux ronds comme des soucoupes ?
Surtout ne pas vous dire que j'écris.
Surtout ne pas vous dire que votre adresse m'a été transmise par la bibliothéquaire de l'Ordre des Avocats de Toulouse, auprès desquels vous avez fait sensation.
Je m'appelle Joël Fauré, (...)
Je vous dit  ici toute mon envie d'écrire : "A bientôt ?"
Cordialement,

Joël Fauré
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