25 mai 2007 5 25 /05 /mai /2007 17:08
"Le mime, c'est l'art de la concentration silencieuse. C'est l'art de jouer sans dire un mot."
La phrase, attribuée à Charlie Chaplin, sied à merveille à cette jeune comédienne douée, dont la prestation, sous les frondaisons du parc de Ramonville (à la réputation maintenant bien assise d'une ville vouée au théâtre de rue.) tient de la performance.
Seulement quelques mots dans le journal, agrémentés d'une photo, m'avaient permis de flairer un spectacle insolite. Les mots choisis de l'argument : "La cage est un conte féerique, une fantaisie à l'air libre, une fable à géométrie variable.
Silence et immobilité : un personnage mi femme - mi félin dans une cage au centre des spectateurs.
Surprise et instants magiques : regards échangés sans retenue, sans arrière-pensée, droit au but.
Un spectateur entre dans la cage : liens crées au coeur de la respiration, de la sensation, de l'émotion qui chavirent.
Voyage au centre de l'être humain."
auguraient du meilleur.
Et puis, j'étais en "plein dans les cages" avec la rédaction du livre sur la dompteuse Jeannette Mac-Donald.
Et puis, si sur ce blog, on ne sait pas encore "l'horrible perversion" sadomasochiste qui m'habite, c'est qu'on n'a pas les fesses en face du fouet.
Et puis si, ici encore, on n'a pas compris la réalité de la pathologie de l'auteur de ces lignes (les troubles obsessionnels compulsifs), je rends mon tablier.
Je ne veux absolument pas faire une récupération malsaine à des fins de prosélytisme. Or, il se trouve que le travail de Delphine Mélèse m'a bouleversé.
Son jeu subtil et périlleux la place sur le droit chemin de l'improvisation, sans le gênant défaut de la langue en pareil cas, qui peut se faire verbiage, et déboucher sur le meilleur comme sur le pire.
Ici, tout est dans la gamme d'émotions fortes mais muettes. Voici vraiment, à mon avis, l'un des rares spectacles vivants où le cinéma pourrait avoir sa place, tant les gros plans ne seraient pas superflus.
Mais les seules caméras qui tournent, ce sont les regards des spectateurs agglutinés autour de cette fameuse cage d'un zoo improbable.
Certains pensent à "La planète des singes".
D'autres se souviennent que le journaliste Georges de Caunes avait fait l'expérience de se laisser enfermer dans une cage.
On se dit que c'est peut-être du nouveau cirque, et qu'un dompteur va débouler, le fouet à la main.
On pense aussi à Kafka, à "La métamorphose".
J'ai même entendu quelqu'un dire : "Là-bas, y'a un mec dans une cage..." (sic)
Interrogé, le public se fait libre voyeur de cette femme qui, pour l'instant est assoupie dans sa cage ; une vraie femme de la race des humains devenue bête de foire. Mais pourquoi ?
Certains pensent aux exhibitions foraines du début du siècle dernier. La femme à barbe, la lilliputienne...
Mais dans le cas qui nous intéresse, rien de tout cela. La femme est jolie, sans autre curiosité que d'être enfermée. Alors ?
J'ai soufflé dans l'oreille de ma compagne que ce spectacle allait forcément être bon, puisqu'il permettait  toutes les déclinaisons du questionnement sur la condition humaine.
Et je ne me suis pas trompé.
Ce sont les enfants, plus spontanés, qui ont manifesté d'abord de la curiosité face à cette "bête humaine" suscitant pitié, peur, mystère comme dans les meilleurs contes de fées.
Le but premier de la manoeuvre étant de redonner la liberté à ce spécimen.
S'instaure alors, avec la femme sortie de sa léthargie, un contact ténu avec le hasard.
Les regards se croisent, se soutiennent, se fuient ; les gestes se dérobent puis s'affirment ; le visage s'apeure, s'émeut, sourit... la pensée travaille...  le corps entier reste à domestiquer, à apprivoiser.
Tout est possible. Le meilleur étant de sortir de la cage, de l'enfermement, et, grâce à de la solidarité, de la compréhension, de l'empathie, de l'amour, de partager 50 minutes durant une expérience de vie unique.
Pari réussi pour la comédienne Delphine Mélèse.

Joël Fauré

PS : Si le fétichiste que je suis peut se permettre une suggestion, je verrais bien Delphine Mélèse porter, sous son manteau de vison, des bottes-cuissardes. Il me semble que cela ajouterait au jeu (déjà excellent) une autre dimension.
Organisateurs de spectacles, n'hésitez pas en "encager" Delphine Mélèse, de la Compagnie "Les p'tites marguerites".

Contact :

lesptitesmarguerites@free.fr
0033 (0) 871 10 79 55
0033 (0) 607 14 55 93







Repost 0
24 mai 2007 4 24 /05 /mai /2007 21:27
Aujourd'hui, Raoul Jefe fera une IMPASSE sur son blog ; elle est venue, elle était jolie, on a marché, on a mangé. Il faisait beau et chaud. La sueur a dégouliné de nos visages, pas seulement à cause de cela... Pourtant, elle ne veut ni de fouet, ni de cuissardes, ni de masque. Avec elle, la vie n'est pas un  théâtre,c'est une REALITE. Demain, elle repart et je redeviens comédien. Ai-je vraiment besoin de feindre? Je ne sais pas faire autrement, sans elle. Alors,de bottes chaussé, d'un faux fouet cinglant le néant, j'essaierai d'être, en attendant... Raoul JEFE, impasse en prose.
                               
Repost 0
23 mai 2007 3 23 /05 /mai /2007 20:24
Personnages :

D : dominant(e)
d : dominé(e)

PREMIER ACTE
LES PETITES BOTTES

Le plateau est dans la pénombre.
Une clochette est agitée.
d entre sur le plateau.
D est vêtu de noir et blanc. Il est chaussé de "petites bottes", genre bottes d'équitation.
D braque une lampe-torche sur d.
d est entièrement nu.
D fait "pleine lumière".
d se présente debout, tête baissée, les yeux rivés à terre, les mains croisées derrière le dos.
D demande à d de s'avancer de deux pas.
Puis de s'agenouiller, la tête entre les bottes, les paumes des mains entourant les talons, les fesses relevées.
En position de "muezzin".
D demande à d de se mettre debout.
D se place dans le dos de d.
D demande à d d'observer le silence.
(Ménager une attente, excitante.)
D "explore" le corps de d (caresse, tâte, palpe...)
D demande à d de s'allonger sur le dos, jambes serrées, les bras le long du corps.
D appose la semelle de sa botte sur le torse, puis, délicatement sur le visage de d.
D demande à d de lever le bras droit. Il noue autour du poignet un lien de cuir.
Même jeu avec le poignet gauche.
D demande à d de lever la jambe droite. Il noue un lien de cuir autour du mollet.
Même jeu avec le mollet gauche.
D demande à d de s'agenouiller, torse levé.
D passe un collier de cuir autour du cou de d.
D bande les yeux de d et lui demande de se mettre debout.
D reste un instant dans le dos de d.
D demande à d d'observer le silence.
D fait des "essais" de flagellation : 5 coups espacés non-comptés, 5 coups espacés comptés, 5 coups soutenus non-comptés, 5 coups soutenus comptés.
D enlève le bandeau et lui demande de reprendre la position du "muezzin".
D donne un dé à d et lui demande de le lancer.
D donne à d le nombre de coups (cravache, martinet, fouet...) indiqué par le dé.
D demande à d de lui retirer les bottes, et de les agiter de bas en haut : il en tombe une pluie de confetti...

D confie à d la clef d'une mallette, et lui demande de l'ouvrir.
A l'intérieur, il y a une paire de grandes bottes cuissardes.
D demande à d de se retirer et de faire une pause, le temps de chausser les "grandes bottes".
D demande à d de revenir sur le plateau à l'appel de la clochette.

ACTE II
LES GRANDES BOTTES


D a enfilé ses "grandes bottes".
Même jeu qu'au premier acte.
Puis :
D remet à d un mouchoir et lui demande de le serrer dans la main.
D fouette d jusqu'au "signal" : lorsque le mouchoir est lâché.


Module 1 :
"Les oeufs"
(Allégorie du choix, du doute et de l'erreur.)
A donne à d à choisir entre deux oeufs. L'un est cru, l'autre cuit.
D demande à d de se casser un oeuf sur la tête.
A l'acte II, D demande à d de se casser sur la tête l'oeuf restant.

Module 2 :
"Les tubes"
ou "Sucré-salé"
D bande les yeux de d.
D place au sol un tube de lait concentré.
D guide d et lui demande d'emboucher le tube.
D appuie de sa botte sur le tube.
(Le tube peut être de mayonnaise, de crème d'anchois, de sauce tomate, de crème de marron...)


Module 3 :
"Bottes à lier"
Divers liens de cuir de couleur sont noués le long des tiges des cuissardes.
D demande à de les délier.

D'autres "modules" peuvent bien entendu venir se greffer sur le scénario de base dès l'instant qu'il y a du consentement, de la confiance, du respect, de la sensualité et surtout... beaucoup d'amour.

Maître Janus

Repost 0
23 mai 2007 3 23 /05 /mai /2007 19:35
Repost 0
22 mai 2007 2 22 /05 /mai /2007 16:54
"Il n'en est pas question. Tu n'achèteras pas un ordinateur. Tu as vu combien ça coûte ? Tu veux qu'on nous prenne la maison ?"
Nous sommes à la fin des années quatre ving-dix, et madame ma mère vitupère. Non au computer.
Alors que s'installe sa prolétarisation, dans la maison grise, je ravale mon ambition et rumine mes humeurs sombres. Toc, toc !
Les ordinateurs, dans les vitrines !
J'ai appris à bien lècher.

Et puis maman est morte. Je l'ai veillée. Je l'ai haïe et aimée, aimée et haïe, la femme de ma vie.
Elle avait avec l'argent un gros rapport de force. Peur, terreur, frayeur de manquer.
Elle a placé très haut les vertus du travail, de l'honneur, du courage.
Elle avait les défauts de ses qualités.
Excessive.
J'en suis fier. J'en suis fils.

Ma bonne maman, "Vé", Marthou, des amis m'ont vu esseulé, désemparé.
Ils m'ont offert un ordinateur, déjà obsolète pour eux, et tout neuf pour moi.

Et le temps a filé.
Les ordinateurs sont devenus comme les calculatrices hier, les machines à laver avant hier, le savon jadis. Finies la bougie et la marine à voile. L'électricité est inventée, maman !

Aujourd'hui, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, je suis allé m'acheter un ordinateur. Mon premier !
J'étais à la fois excité et coupable.
Je t'ai entendu dire : "Mais tu es fou, pauvre petit ! Mille deux cent vingt-six euros ! Huit mille francs ! Presque un million ! Ne le jette pas par la fenêtre, l'argent !" Mais y'a plus de fenêtre, maman. La maison a été vendue.
Alors, je t'ai vu te raviser, et admettre que je n'achetais là qu'une indispensable fenêtre ouverte sur le Monde. C'est un achat utile.
Je me suis dit : "Finalement, je ne fais rien d'autre que d'acheter une grosse machine à écrire et à savoir."
J'irai te consulter, Marthou. Avec ta sueur, maman, tes sentiments et les miens, que nous n'avons jamais pu exprimer.
Et pourtant, nous nous sommes tellement haï, et tellement aimé, maman.
Cet ordinateur, je lui donne ton nom.
Il est baptisé. Marthou. Vé.
A toujours.

Joël Fauré

Cet ordinateur qui vous permet, amis, de me suivre dans mes déambulations -tu vois maman, j'ai poussé le vice jusqu'à créer un "blog" érotique et littéraire- a été baptisé "Ordinateur Marthe Fauré" et inauguré le vendredi 2 mars 2007, en présence de B.T., rencontre providentielle.

______

PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN :
LA MISE EN SCENE  "DOMINATION / soumission" DE BASE IDEALE SELON MAITRE JANUS.
Repost 0
20 mai 2007 7 20 /05 /mai /2007 11:07

LES CONFESSIONS D'UN RETIRE-BOTTES
(Cliché JF)
img037.jpg

Repost 0
20 mai 2007 7 20 /05 /mai /2007 10:24
- Choisir un titre.
- FAIRE LE PLAN DU LIVRE

- PUBLIER son acte de naissance.
- NAITRE avec un phimosis.
- Se faire CHARCUTER par un médecin véreux (court chapitre qui pourrait aussi s'intituler "Triste sire concis")
- DEVOUVRIR le plaisir solitaire dans un lit-cage.
- Se SOUVENIR qu'on a fouetté des cochons d'Inde au stade sadique-anal.
- TRAVAILLER dans une fabrique de bottes.
- PASSER son enfance avec une dompteuse de fauves.
- AVOIR PEUR de danser.
- AVOIR PEUR des filles.
- ALLER aux putes.
- ALLER avec les travelos.
- ACHETER "UNION" en cachette.
- SE FAIRE FABRIQUER sur mesure une paire de cuissardes.
- REFOULER des idées sexuelles contre-nature.
- AVOIR PEUR du SIDA.
- RELIRE le livre de Vanessa DURIES.
- PASSER une annonce dans "Libé".
- ALLER a CARCASSONNE faire le tapin sur les boulevards.
- ACHETER un fouet dans un vide-grenier.
- FOUETTER un homme dans un hôtel "Formule 1" près d'un aéroport.
- Se FAIRE SUCER par un politique influent.
- FOUETTER une star de la chanson.
- MENTIR.
- MONTER à Paris et descendre à l'hôtel.
- APPELER une avocate "MAITRESSE".
- DESSINER de mémoire le logo de "La voix de son maître."
- FAIRE LA QUEUE durant trois quarts-d'heure devant un cinéma d'art et d'essai le jour de la fête du cinéma pour voir "Les 120 jours de Sodome" de Pasolini.
- APPRENDRE à observer le silence.
- Ne pas S'IMPATIENTER à l'immobilité.
- SOUFFRIR de TOC.
- SUPPORTER la douleur.
- TELEPHONER à Jeanne de BERG.
- PASSER une annonce dans "SWING".
- ACHETER la revue "DEMONIA" et la JETER.
- ENTRETENIR avec sa mère un rapport amour/haine.
- AVOIR PEUR de "faire un AVC".
- CREER un BLOG littéraire et érotique
- RENCONTRER la mère et la soeur de Vanessa Duriès.
- AMORCER une Thérapie comportementale et Cognitive.
- VIVRE.
- MOURIR.

Tenter de rédiger un chapitre :

Acheter un fouet dans un vide-grenier.

Je l'ai acheté à un Anglais (A-t-il connu Sir Stéphen ?) dans une brocante, allées Jules-Guesde. Il était sur un étal, au milieu de gants de boxe, voisinant avec des bottes de cheval, des ballons de cuir, des chevilles de golf, des pusching-ball ; jouxtant une valise, un chapeau-claque-melon, un nécessaire pour homme.
J'ai commencé par demander combien valait la valise, le chapeau, puis le fouet. Le fouet : 15 euros. 100 francs, donc. Ce ne fut pas un achat pulsionnel. J'ai réfléchi. C'était un mignon joli petit fouet tressé à mèche courte. Il avait dû servir. Mais à qui et pour quoi ? Ce serait une seconde main. Je suis allé au distributeur de billets de banque. J'ai retiré 20 euros, et je suis revenu chez le marchand. J'ai dit : "Je prends, c'est pour fouetter mon psychiatre et mon chef de service." Il n'a pas eu de réaction. L'humour anglais, of course. Pince-sans-rire. Britisch. Humble sujet de sa grâcieuse majesté. La Perfide Albion. Je suis rentré chez moi et j'ai commencé à lui donner une seconde vie, en l'étrennant avec mon dos.


Raoul Jefe
Repost 0
19 mai 2007 6 19 /05 /mai /2007 11:36
B : Avant de m'en aller, j'aimerais te confier un secret. Enfin, c'est pas tout à fait un secret, c'est plutôt une recette de grand-mère. Mais, toi qui a la main verte et qui rêve d'un jardin, je pense que ce que je vais te dire va t'intéresser. Pour te débarrasser des limaces qui viendront transformer tes salades en dentelles, voici ce qu'il faut faire. Tu prends une soucoupe. Tu y verses un peu de bière. Tu recouvres la soucoupe d'une tuile canal. Les limaces viendront boire la bière. Une fois ivres, elles s'arrêteront sur la tuile pour décuver. Il ne te restera plus qu'à retourner la tuile et évacuer les limaces. Et hop ! Le tour est joué.
A : Tu m'en diras tant. C'est astucieux.

A : Comment tu te sens ?
B : Je respire encore. Je bouge encore un peu. Je me sens serein. J'ai même envie de plaisanter... Tu te souviens quand j'ai offert une paire de bottes à talons-aiguille à Betty ? Nous sommes allés nous balader. Elle a marché dans la grille d'une bouche d'aération et son talon-aiguille s'est coincé dans un petit trou, et elle est restée bloquée... (Rires.)
A : (Irrésistiblement, se met à rire aussi.)
B : (Toujours riant, presque euphorique.) Tiens, je te sens prêt à faire une expérience. Tu veux ?
A : Va pour l'expérience !
B : Alors. Reste bien assis. Voilà, comme ça. Recule-toi un peu. Lève ton pied droit et fais lui faire des cercles dans le sens des aiguilles d'une montre. C'est ça, comme ça. N'arrête pas de faire des cercles, et avec ta main droite, dessine le chiffre six dans les airs.  (Rires redoublés.) Ton pied change de direction. Impossible de le gouverner. C'est fort, hein ?
(Le téléphone portable de B sonne.
B répond.)
B : Tu es où ? Attends, ne bouge pas. J'arrive. C'est à deux pas. (Il raccroche.)
C'est Betty. Elle est dans le quartier. Attends moi. Je ne peux pas faire autrement que d'aller la chercher.
A : Elle est au courant ?
B : Non, pas un mot.
(Il s'en va.)
A : Quel personnage ! Alors, voyons... Je lève mon pied droit et je lui fait faire des cercles dans le sens des aiguilles d'une montre. Bon. Avec la main droite, je dessine le chiffre six dans les airs... Non, mais c'est fou, ça... C'est fou... Je recommence...
(On entend un grand choc, genre coup de frein brusque, accrochages, bris, etc...
Musique.
La chanson "Le Fiacre" (paroles et musique : Léon Xanrof) d'Yvette Guilbert serait tout à fait appropriée.

Joël Fauré

Je dédie ce texte, que j'ai souhaité bref, dense et percutant, à la mémoire de mes parents.
S'ils ont connu une vie difficile, ils sont eu une belle mort.
Merci à V.J.
Elle saura pourquoi.
J.F

-----
PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN  :
PROJET D'ECRITURE D'UN LIVRE EROTIQUE




Repost 0
18 mai 2007 5 18 /05 /mai /2007 16:09

A : Comment tu te sens ?
B : Bien. Je vais fermer les yeux et je vais te tenir la main.
A : Tu vas fermer les yeux et je vais te tenir la main. A quoi tu penses ?
B : A un lopin de terre, à l'orée d'une forêt. A un jardin. A ma mère. Au vent qui se lève et siffle dans un corridor. A un visage de femme. A des visages de femmes. Les visages de femme m'ont toujours beaucoup ému. A des larmes, à du chagrin. A des coups de fouet. Ceux que j'ai reçus. Ceux que j'ai donnés.
A : De ce côté-là, tu ne regrettes rien ?
B : Si. Le nombre.
A : Il y en avait trop ?
B : Non, jamais assez. Sers moi à boire.
(Bruit de liquide.)
Quelle heure as-tu ?
A : Quinze heures passées.
B : Qu'est-ce qu'elle fout, la Camarde ?
A : On ne peut pas dire qu'elle ait la politesse des rois.
B : Je dois avoir des choses très importantes à te dire, mais là, tout de suite, elles ne viennent pas. Il n'y a pas assez de toute une vie pour tout se dire... Non, vraiment, j'ai beau me creuser la tête, ça ne vient pas... Ca viendra quand je ne chercherai plus. Oh ! Bien sur, je pourrai te dire des mièvreries. Des mièvreries. J'ai toujours beaucoup aimé ce mot. Miè-vre-rie. Il suffit de l'employer dans une phrase pour qu'elle ne le soit plus, mièvre. Tiens, c'est pas mal, ça... Tu veux bien le noter ?
A : S'il n'y a que ça pour te faire plaisir...
B : Oui, je ne vois rien d'autre pour l'instant.
A : Tu as des regrets ?
B : Oui. Celui de ne pas être allé à l'essentiel, de m'être laissé pièger par des conneries, d'avoir été trop superficiel.
A : Tu as des ennemis ?
B : Bien sûr. C'est plutôt bon signe. Quand on prend position, on a forcément des ennemis.
A : Des menaces ?
B : Bien sûr. Mais ce qui est ennuyeux, vois-tu, ce ne sont pas les menaces. C'est l'attente qu'elles provoquent. La menace est plus douloureuse que le passage à l'acte, surtout quand il ne vient pas.
A : Qu'est-ce que tu voudrais qu'on grave sur ta tombe, en épitaphe ?
B : Cet homme est passé à côté de sa vie. Et nous sommes passés à côté de cet homme.
A : Et...
B : Et ?
A : Qu'est-ce que tu voudrais qu'on dise de toi ?
B : C'est une bonne question.
A : Et tu me remercies de l'avoir posée ?
B : Tu veux que j'y réponde ?
A : Je crois que ça m'aiderait pas mal.
B : Je n'aimerais pas qu'on dise : "Il était gentil." Ou : "Ce sont les meilleurs qui partent les premiers." Ou bien encore : "Il ne laissait personne indifférent." Et surtout pas : "Il était inclassable." A force de parler des inclassables, on finit par les classer. Au rayon des inclassables ! Non, ce que j'aimerais qu'on dise, c'est : "C'était quelqu'un de rare." Tu y veilleras ?
A : Je ferai en sorte. Ce sera peut-être plus dur avec les gens qui prétendront t'avoir bien connu. Il sera difficile de leur couper la parole.
B : En attendant, sers-moi à boire.
(Bruit de liquide.)

(A suivre.)

Raoul Jefe

Repost 0
17 mai 2007 4 17 /05 /mai /2007 11:30
Pièce radiophonique qui peut être adaptée pour le plateau.
Personnages :
A : un homme
B : un homme
A : Tu es vraiment sûr de ça ?
B : Ecoute, tu me connais. Je n'ai pas l'habitude de te faire déplacer pour rien.
A : Non, mais ça me paraît tellement surréaliste. Tu te rends compte ? Tu m'appelles, tu me dis : "Viens me voir. Je voudrais vivre mes derniers instants avec toi. La mort doit passer me prendre à quinze heures." Je te jure, j'ai cru un moment que tu étais devenu fou.
B : Non, au contraire. Je n'ai jamais été aussi lucide. Par le passé, je t'ai fait des propositions bien plus saugrenues, et tu n'as pas bronché.
A : Je te connais. Je sais que tu es...
B : Et bien, dis le, un peu spécial ?
A : J'ai fini par te cerner. Je sais comment tu fonctionnes.
B : Sers moi à boire.
(Bruit de liquide.)
B : Ah ! Ca se place bien.
A : Tu as mangé ?
B : J'ai bâfré, tu veux dire. Tant pis pour les thanatopracteurs. De toute façon, ils sont bien payés.
A : Les quoi ?
B : Les thanatopracteurs. Tu ne sais pas ce que c'est ?
A : Je compte sur toi pour me le dire.
B : Ce sont ceux qui rendent les morts beaux. Des maquilleurs, si tu veux...
A : Et, dis-moi, tu sais de quoi tu vas mourir ?
B : Comment ça ?
A : Qu'est-ce qui va flancher d'abord ? Le coeur ? La tête ?
B : J'en sais trop rien. A mon avis, c'est le coeur. Le coeur, c'est une pompe, et seulement une pompe. Le cerveau, lui, est un petit malin.
A : Tu crois que quand on meurt on s'étouffe ?
B : Ma mère me posait la même question. Ca l'effrayait. De toute façon, la mort n'arrive jamais quand on est au plus mal. Elle arrive au mieux du bien.
A : Je reconnais là ta manie de t'emberlificoter avec des mots. Tu sais, ça n'a pas été toujours facile de te suivre. Tu étais insaisissable.
B : Tu peux parler. Si tu crois que toi, tu avais bon caractère?
A : Tu parles de moi au passé. Je ne suis pas mort, moi. Tu es vraiment trouble-fête.
B : Tu viens de me dire que tu savais comment je fonctionnais.
A : Oui, mais là, tu me cherches.
B : Tu es susceptible. Un seul mot te blesse.
A : On se fâche tout de suite ou on attend encore un peu ?
B : Je te laisse une petite chance. Bon, on va passer aux choses sérieuses. Le boulot et l'argent. Pour le boulot, j'ai écrit plusieurs chroniques d'avance. Fais-moi plaisir. Fais les paraître dans les éditions des jours qui viennent. Pour la nécro, tu feras comme bon te semble. Elle est prête, elle est au rayon des viandes froides. Pour l'argent, je me rends compte que j'ai bien fait de me faire placer sous tutelle.
A : Voilà justement une chose que je n'ai jamais comprise. Pourquoi t'es-tu fait placer sous tutelle ?
B : Tu peux pas savoir le confort que ça apporte. Plus de terreur d'ouvrir les lettres de relance. De toute façon, à la fin, je n'ouvrais plus rien. Plus de pénalités de retard, de derniers avis avant poursuite, de saisies sur tiers-détenteur, de menaces de toutes sortes, et j'en passe et des meilleures. Tu le sais, si les lettres sont des amies fidèles, je suis toujours en froid avec les chiffres. Et le passage à l'euro n'a rien arrangé. Je préfère le verbe être au verbe avoir. On m'a reproché de me "découvrir" par respect pour ceux que j'aime. Bon, c'est vrai, ça m'a joué des tours. Mais au moins, j'ai un comptable personnel agréé et payé par le gouvernement.
A : Tu oublies de dire que tu ne peux pas voter.
B : (Grand rire.) Arrête ! Tu vas me faire mourir de rire ! Il y a longtemps que je ne vais plus à Guignol. Sers-moi plutôt à boire.
(Bruit de liquide.)
B : Et puis, je vais te faire une confidence. Ma gérante de tutelle, elle est plutôt canon, et je l'ai dans la manche. Et elle est bonne. Et pas seulement pour les banalités. Les parties de jambes en l'air, les petites gâteries... Non, je veux te parler des spécialités.
A : Bon, ça va. J'ai compris.
B : Quelle heure est-il ?
A : Bientôt quinze heures.
B : Toujours rien.
A : Elle a dit "A quinze heures" ou "Vers quinze heures" ?
B : Je ne me souviens plus très bien. Tu sais, elle m'a paru très confuse. Comment te dire ? un peu speedée, comme on dit aujourd'hui, surbookée...
A : Elle a une jolie voix ?
B : Assez jolie, je dois dire, oui. Il te tarde de l'entendre ?
A : Non, je disais ça comme ça.
B : Oui, bien sûr. On dit tous ça. En fait, tu te renseignes, tu te prépares...
A : Tu sais...
B : Oui ?
A : non, rien.
(Un temps.)
A : Tu veux que je te suce ?
B : Non, de ce côté là, je suis sec. J'ai été sucé hier soir.
A : Qu'est-ce que je peux faire pour te faire plaisir ?
B : Rien de plus que ce que tu fais. Tu es la personne à qui j'ai pensé pour vivre mes derniers instants. Ca ne te suffit pas ?
A : Si. Je suis touché. Mais pourquoi moi ?
B : Je ne sais pas. La façon que tu as d'aborder la vie. Le son de ta voix. Ta douceur, ta folie, tes paradoxes... Tes faux scrupules, ton humour... Ton ouverture d'esprit... Ta peur de tout. Ta peur de rien...
A : Attends, tu te fous de moi, là ?
B : Mais non, je t'assure ! Il faut bien que tout se termine un jour. On le sait tous. Il se trouve que j'ai été pré-ve-nu. Et la première personne à qui j'ai pensé, c'est toi. Ne m'en demande pas plus. Tu penses que je me suis trompé, que tu n'es pas la bonne personne ? Tu te trompes. Ca ne se commande pas. Je t'ai téléphoné. Tu m'as dit : "Je viens". Et tu es venu. Tu es là. C'est bien, non ?
A : Oui, c'est bien... C'est bien. Ce que je n'arrive pas à comprendre, c'est que tu vas mourir alors que tu es bonne santé.
B : (Il se met en colère.) Mais non, je ne suis pas en bonne santé. Je n'ai jamais été en bonne santé. Justement, je donne le change. C'est ça, le drame. Je pourrai adhérer à une douzaine d'associations de patients. D'abord, j'ai eu une méningite, à seize mois. La médecine m'avait condamné.
A : Elle a fait de toi un beau sursitaire.
B : Tais-toi ! Et après, ça n'a pas cessé : névrose, cyphose, psoriais, phimosis, circoncision, hypertension...
A : Hypocondrie, tutti quanti...
B : Tu te crois drôle ?
A : Non, je suis très sérieux. Tiens, j'ai lu une information qui va te le prouver. Sais-tu que les personnes qui se lavent les dents quatre fois par semaine ont deux fois plus de risque de faire un accident vasculaire cérébral que celles qui ne se les lavent que trois fois ?
B : Et sais-tu que les cancereux sont des hypocondriaques qui ont trop bu et trop fumé pour oublier qu'ils étaient hypocondriaques ?
A : Un partout.

(A suivre.)

Raoul Jefe
Repost 0

Présentation

BIENVENUE

ESPACE LITTERAIRE ET EROTIQUE

Soyez les bienvenus sur cet "égoblog",
petit jardin virtuel.

N'oubliez pas, quand même, d'aller vous aérer.

"Vivre,
c'est passer d'un espace à un autre
en essayant le plus possible
de ne pas se cogner."

Georges PEREC



 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Recherche

Liens