22 mai 2007 2 22 /05 /mai /2007 16:54
"Il n'en est pas question. Tu n'achèteras pas un ordinateur. Tu as vu combien ça coûte ? Tu veux qu'on nous prenne la maison ?"
Nous sommes à la fin des années quatre ving-dix, et madame ma mère vitupère. Non au computer.
Alors que s'installe sa prolétarisation, dans la maison grise, je ravale mon ambition et rumine mes humeurs sombres. Toc, toc !
Les ordinateurs, dans les vitrines !
J'ai appris à bien lècher.

Et puis maman est morte. Je l'ai veillée. Je l'ai haïe et aimée, aimée et haïe, la femme de ma vie.
Elle avait avec l'argent un gros rapport de force. Peur, terreur, frayeur de manquer.
Elle a placé très haut les vertus du travail, de l'honneur, du courage.
Elle avait les défauts de ses qualités.
Excessive.
J'en suis fier. J'en suis fils.

Ma bonne maman, "Vé", Marthou, des amis m'ont vu esseulé, désemparé.
Ils m'ont offert un ordinateur, déjà obsolète pour eux, et tout neuf pour moi.

Et le temps a filé.
Les ordinateurs sont devenus comme les calculatrices hier, les machines à laver avant hier, le savon jadis. Finies la bougie et la marine à voile. L'électricité est inventée, maman !

Aujourd'hui, comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, je suis allé m'acheter un ordinateur. Mon premier !
J'étais à la fois excité et coupable.
Je t'ai entendu dire : "Mais tu es fou, pauvre petit ! Mille deux cent vingt-six euros ! Huit mille francs ! Presque un million ! Ne le jette pas par la fenêtre, l'argent !" Mais y'a plus de fenêtre, maman. La maison a été vendue.
Alors, je t'ai vu te raviser, et admettre que je n'achetais là qu'une indispensable fenêtre ouverte sur le Monde. C'est un achat utile.
Je me suis dit : "Finalement, je ne fais rien d'autre que d'acheter une grosse machine à écrire et à savoir."
J'irai te consulter, Marthou. Avec ta sueur, maman, tes sentiments et les miens, que nous n'avons jamais pu exprimer.
Et pourtant, nous nous sommes tellement haï, et tellement aimé, maman.
Cet ordinateur, je lui donne ton nom.
Il est baptisé. Marthou. Vé.
A toujours.

Joël Fauré

Cet ordinateur qui vous permet, amis, de me suivre dans mes déambulations -tu vois maman, j'ai poussé le vice jusqu'à créer un "blog" érotique et littéraire- a été baptisé "Ordinateur Marthe Fauré" et inauguré le vendredi 2 mars 2007, en présence de B.T., rencontre providentielle.

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PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN :
LA MISE EN SCENE  "DOMINATION / soumission" DE BASE IDEALE SELON MAITRE JANUS.
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20 mai 2007 7 20 /05 /mai /2007 11:07

LES CONFESSIONS D'UN RETIRE-BOTTES
(Cliché JF)
img037.jpg

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20 mai 2007 7 20 /05 /mai /2007 10:24
- Choisir un titre.
- FAIRE LE PLAN DU LIVRE

- PUBLIER son acte de naissance.
- NAITRE avec un phimosis.
- Se faire CHARCUTER par un médecin véreux (court chapitre qui pourrait aussi s'intituler "Triste sire concis")
- DEVOUVRIR le plaisir solitaire dans un lit-cage.
- Se SOUVENIR qu'on a fouetté des cochons d'Inde au stade sadique-anal.
- TRAVAILLER dans une fabrique de bottes.
- PASSER son enfance avec une dompteuse de fauves.
- AVOIR PEUR de danser.
- AVOIR PEUR des filles.
- ALLER aux putes.
- ALLER avec les travelos.
- ACHETER "UNION" en cachette.
- SE FAIRE FABRIQUER sur mesure une paire de cuissardes.
- REFOULER des idées sexuelles contre-nature.
- AVOIR PEUR du SIDA.
- RELIRE le livre de Vanessa DURIES.
- PASSER une annonce dans "Libé".
- ALLER a CARCASSONNE faire le tapin sur les boulevards.
- ACHETER un fouet dans un vide-grenier.
- FOUETTER un homme dans un hôtel "Formule 1" près d'un aéroport.
- Se FAIRE SUCER par un politique influent.
- FOUETTER une star de la chanson.
- MENTIR.
- MONTER à Paris et descendre à l'hôtel.
- APPELER une avocate "MAITRESSE".
- DESSINER de mémoire le logo de "La voix de son maître."
- FAIRE LA QUEUE durant trois quarts-d'heure devant un cinéma d'art et d'essai le jour de la fête du cinéma pour voir "Les 120 jours de Sodome" de Pasolini.
- APPRENDRE à observer le silence.
- Ne pas S'IMPATIENTER à l'immobilité.
- SOUFFRIR de TOC.
- SUPPORTER la douleur.
- TELEPHONER à Jeanne de BERG.
- PASSER une annonce dans "SWING".
- ACHETER la revue "DEMONIA" et la JETER.
- ENTRETENIR avec sa mère un rapport amour/haine.
- AVOIR PEUR de "faire un AVC".
- CREER un BLOG littéraire et érotique
- RENCONTRER la mère et la soeur de Vanessa Duriès.
- AMORCER une Thérapie comportementale et Cognitive.
- VIVRE.
- MOURIR.

Tenter de rédiger un chapitre :

Acheter un fouet dans un vide-grenier.

Je l'ai acheté à un Anglais (A-t-il connu Sir Stéphen ?) dans une brocante, allées Jules-Guesde. Il était sur un étal, au milieu de gants de boxe, voisinant avec des bottes de cheval, des ballons de cuir, des chevilles de golf, des pusching-ball ; jouxtant une valise, un chapeau-claque-melon, un nécessaire pour homme.
J'ai commencé par demander combien valait la valise, le chapeau, puis le fouet. Le fouet : 15 euros. 100 francs, donc. Ce ne fut pas un achat pulsionnel. J'ai réfléchi. C'était un mignon joli petit fouet tressé à mèche courte. Il avait dû servir. Mais à qui et pour quoi ? Ce serait une seconde main. Je suis allé au distributeur de billets de banque. J'ai retiré 20 euros, et je suis revenu chez le marchand. J'ai dit : "Je prends, c'est pour fouetter mon psychiatre et mon chef de service." Il n'a pas eu de réaction. L'humour anglais, of course. Pince-sans-rire. Britisch. Humble sujet de sa grâcieuse majesté. La Perfide Albion. Je suis rentré chez moi et j'ai commencé à lui donner une seconde vie, en l'étrennant avec mon dos.


Raoul Jefe
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19 mai 2007 6 19 /05 /mai /2007 11:36
B : Avant de m'en aller, j'aimerais te confier un secret. Enfin, c'est pas tout à fait un secret, c'est plutôt une recette de grand-mère. Mais, toi qui a la main verte et qui rêve d'un jardin, je pense que ce que je vais te dire va t'intéresser. Pour te débarrasser des limaces qui viendront transformer tes salades en dentelles, voici ce qu'il faut faire. Tu prends une soucoupe. Tu y verses un peu de bière. Tu recouvres la soucoupe d'une tuile canal. Les limaces viendront boire la bière. Une fois ivres, elles s'arrêteront sur la tuile pour décuver. Il ne te restera plus qu'à retourner la tuile et évacuer les limaces. Et hop ! Le tour est joué.
A : Tu m'en diras tant. C'est astucieux.

A : Comment tu te sens ?
B : Je respire encore. Je bouge encore un peu. Je me sens serein. J'ai même envie de plaisanter... Tu te souviens quand j'ai offert une paire de bottes à talons-aiguille à Betty ? Nous sommes allés nous balader. Elle a marché dans la grille d'une bouche d'aération et son talon-aiguille s'est coincé dans un petit trou, et elle est restée bloquée... (Rires.)
A : (Irrésistiblement, se met à rire aussi.)
B : (Toujours riant, presque euphorique.) Tiens, je te sens prêt à faire une expérience. Tu veux ?
A : Va pour l'expérience !
B : Alors. Reste bien assis. Voilà, comme ça. Recule-toi un peu. Lève ton pied droit et fais lui faire des cercles dans le sens des aiguilles d'une montre. C'est ça, comme ça. N'arrête pas de faire des cercles, et avec ta main droite, dessine le chiffre six dans les airs.  (Rires redoublés.) Ton pied change de direction. Impossible de le gouverner. C'est fort, hein ?
(Le téléphone portable de B sonne.
B répond.)
B : Tu es où ? Attends, ne bouge pas. J'arrive. C'est à deux pas. (Il raccroche.)
C'est Betty. Elle est dans le quartier. Attends moi. Je ne peux pas faire autrement que d'aller la chercher.
A : Elle est au courant ?
B : Non, pas un mot.
(Il s'en va.)
A : Quel personnage ! Alors, voyons... Je lève mon pied droit et je lui fait faire des cercles dans le sens des aiguilles d'une montre. Bon. Avec la main droite, je dessine le chiffre six dans les airs... Non, mais c'est fou, ça... C'est fou... Je recommence...
(On entend un grand choc, genre coup de frein brusque, accrochages, bris, etc...
Musique.
La chanson "Le Fiacre" (paroles et musique : Léon Xanrof) d'Yvette Guilbert serait tout à fait appropriée.

Joël Fauré

Je dédie ce texte, que j'ai souhaité bref, dense et percutant, à la mémoire de mes parents.
S'ils ont connu une vie difficile, ils sont eu une belle mort.
Merci à V.J.
Elle saura pourquoi.
J.F

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PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN  :
PROJET D'ECRITURE D'UN LIVRE EROTIQUE




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18 mai 2007 5 18 /05 /mai /2007 16:09

A : Comment tu te sens ?
B : Bien. Je vais fermer les yeux et je vais te tenir la main.
A : Tu vas fermer les yeux et je vais te tenir la main. A quoi tu penses ?
B : A un lopin de terre, à l'orée d'une forêt. A un jardin. A ma mère. Au vent qui se lève et siffle dans un corridor. A un visage de femme. A des visages de femmes. Les visages de femme m'ont toujours beaucoup ému. A des larmes, à du chagrin. A des coups de fouet. Ceux que j'ai reçus. Ceux que j'ai donnés.
A : De ce côté-là, tu ne regrettes rien ?
B : Si. Le nombre.
A : Il y en avait trop ?
B : Non, jamais assez. Sers moi à boire.
(Bruit de liquide.)
Quelle heure as-tu ?
A : Quinze heures passées.
B : Qu'est-ce qu'elle fout, la Camarde ?
A : On ne peut pas dire qu'elle ait la politesse des rois.
B : Je dois avoir des choses très importantes à te dire, mais là, tout de suite, elles ne viennent pas. Il n'y a pas assez de toute une vie pour tout se dire... Non, vraiment, j'ai beau me creuser la tête, ça ne vient pas... Ca viendra quand je ne chercherai plus. Oh ! Bien sur, je pourrai te dire des mièvreries. Des mièvreries. J'ai toujours beaucoup aimé ce mot. Miè-vre-rie. Il suffit de l'employer dans une phrase pour qu'elle ne le soit plus, mièvre. Tiens, c'est pas mal, ça... Tu veux bien le noter ?
A : S'il n'y a que ça pour te faire plaisir...
B : Oui, je ne vois rien d'autre pour l'instant.
A : Tu as des regrets ?
B : Oui. Celui de ne pas être allé à l'essentiel, de m'être laissé pièger par des conneries, d'avoir été trop superficiel.
A : Tu as des ennemis ?
B : Bien sûr. C'est plutôt bon signe. Quand on prend position, on a forcément des ennemis.
A : Des menaces ?
B : Bien sûr. Mais ce qui est ennuyeux, vois-tu, ce ne sont pas les menaces. C'est l'attente qu'elles provoquent. La menace est plus douloureuse que le passage à l'acte, surtout quand il ne vient pas.
A : Qu'est-ce que tu voudrais qu'on grave sur ta tombe, en épitaphe ?
B : Cet homme est passé à côté de sa vie. Et nous sommes passés à côté de cet homme.
A : Et...
B : Et ?
A : Qu'est-ce que tu voudrais qu'on dise de toi ?
B : C'est une bonne question.
A : Et tu me remercies de l'avoir posée ?
B : Tu veux que j'y réponde ?
A : Je crois que ça m'aiderait pas mal.
B : Je n'aimerais pas qu'on dise : "Il était gentil." Ou : "Ce sont les meilleurs qui partent les premiers." Ou bien encore : "Il ne laissait personne indifférent." Et surtout pas : "Il était inclassable." A force de parler des inclassables, on finit par les classer. Au rayon des inclassables ! Non, ce que j'aimerais qu'on dise, c'est : "C'était quelqu'un de rare." Tu y veilleras ?
A : Je ferai en sorte. Ce sera peut-être plus dur avec les gens qui prétendront t'avoir bien connu. Il sera difficile de leur couper la parole.
B : En attendant, sers-moi à boire.
(Bruit de liquide.)

(A suivre.)

Raoul Jefe

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17 mai 2007 4 17 /05 /mai /2007 11:30
Pièce radiophonique qui peut être adaptée pour le plateau.
Personnages :
A : un homme
B : un homme
A : Tu es vraiment sûr de ça ?
B : Ecoute, tu me connais. Je n'ai pas l'habitude de te faire déplacer pour rien.
A : Non, mais ça me paraît tellement surréaliste. Tu te rends compte ? Tu m'appelles, tu me dis : "Viens me voir. Je voudrais vivre mes derniers instants avec toi. La mort doit passer me prendre à quinze heures." Je te jure, j'ai cru un moment que tu étais devenu fou.
B : Non, au contraire. Je n'ai jamais été aussi lucide. Par le passé, je t'ai fait des propositions bien plus saugrenues, et tu n'as pas bronché.
A : Je te connais. Je sais que tu es...
B : Et bien, dis le, un peu spécial ?
A : J'ai fini par te cerner. Je sais comment tu fonctionnes.
B : Sers moi à boire.
(Bruit de liquide.)
B : Ah ! Ca se place bien.
A : Tu as mangé ?
B : J'ai bâfré, tu veux dire. Tant pis pour les thanatopracteurs. De toute façon, ils sont bien payés.
A : Les quoi ?
B : Les thanatopracteurs. Tu ne sais pas ce que c'est ?
A : Je compte sur toi pour me le dire.
B : Ce sont ceux qui rendent les morts beaux. Des maquilleurs, si tu veux...
A : Et, dis-moi, tu sais de quoi tu vas mourir ?
B : Comment ça ?
A : Qu'est-ce qui va flancher d'abord ? Le coeur ? La tête ?
B : J'en sais trop rien. A mon avis, c'est le coeur. Le coeur, c'est une pompe, et seulement une pompe. Le cerveau, lui, est un petit malin.
A : Tu crois que quand on meurt on s'étouffe ?
B : Ma mère me posait la même question. Ca l'effrayait. De toute façon, la mort n'arrive jamais quand on est au plus mal. Elle arrive au mieux du bien.
A : Je reconnais là ta manie de t'emberlificoter avec des mots. Tu sais, ça n'a pas été toujours facile de te suivre. Tu étais insaisissable.
B : Tu peux parler. Si tu crois que toi, tu avais bon caractère?
A : Tu parles de moi au passé. Je ne suis pas mort, moi. Tu es vraiment trouble-fête.
B : Tu viens de me dire que tu savais comment je fonctionnais.
A : Oui, mais là, tu me cherches.
B : Tu es susceptible. Un seul mot te blesse.
A : On se fâche tout de suite ou on attend encore un peu ?
B : Je te laisse une petite chance. Bon, on va passer aux choses sérieuses. Le boulot et l'argent. Pour le boulot, j'ai écrit plusieurs chroniques d'avance. Fais-moi plaisir. Fais les paraître dans les éditions des jours qui viennent. Pour la nécro, tu feras comme bon te semble. Elle est prête, elle est au rayon des viandes froides. Pour l'argent, je me rends compte que j'ai bien fait de me faire placer sous tutelle.
A : Voilà justement une chose que je n'ai jamais comprise. Pourquoi t'es-tu fait placer sous tutelle ?
B : Tu peux pas savoir le confort que ça apporte. Plus de terreur d'ouvrir les lettres de relance. De toute façon, à la fin, je n'ouvrais plus rien. Plus de pénalités de retard, de derniers avis avant poursuite, de saisies sur tiers-détenteur, de menaces de toutes sortes, et j'en passe et des meilleures. Tu le sais, si les lettres sont des amies fidèles, je suis toujours en froid avec les chiffres. Et le passage à l'euro n'a rien arrangé. Je préfère le verbe être au verbe avoir. On m'a reproché de me "découvrir" par respect pour ceux que j'aime. Bon, c'est vrai, ça m'a joué des tours. Mais au moins, j'ai un comptable personnel agréé et payé par le gouvernement.
A : Tu oublies de dire que tu ne peux pas voter.
B : (Grand rire.) Arrête ! Tu vas me faire mourir de rire ! Il y a longtemps que je ne vais plus à Guignol. Sers-moi plutôt à boire.
(Bruit de liquide.)
B : Et puis, je vais te faire une confidence. Ma gérante de tutelle, elle est plutôt canon, et je l'ai dans la manche. Et elle est bonne. Et pas seulement pour les banalités. Les parties de jambes en l'air, les petites gâteries... Non, je veux te parler des spécialités.
A : Bon, ça va. J'ai compris.
B : Quelle heure est-il ?
A : Bientôt quinze heures.
B : Toujours rien.
A : Elle a dit "A quinze heures" ou "Vers quinze heures" ?
B : Je ne me souviens plus très bien. Tu sais, elle m'a paru très confuse. Comment te dire ? un peu speedée, comme on dit aujourd'hui, surbookée...
A : Elle a une jolie voix ?
B : Assez jolie, je dois dire, oui. Il te tarde de l'entendre ?
A : Non, je disais ça comme ça.
B : Oui, bien sûr. On dit tous ça. En fait, tu te renseignes, tu te prépares...
A : Tu sais...
B : Oui ?
A : non, rien.
(Un temps.)
A : Tu veux que je te suce ?
B : Non, de ce côté là, je suis sec. J'ai été sucé hier soir.
A : Qu'est-ce que je peux faire pour te faire plaisir ?
B : Rien de plus que ce que tu fais. Tu es la personne à qui j'ai pensé pour vivre mes derniers instants. Ca ne te suffit pas ?
A : Si. Je suis touché. Mais pourquoi moi ?
B : Je ne sais pas. La façon que tu as d'aborder la vie. Le son de ta voix. Ta douceur, ta folie, tes paradoxes... Tes faux scrupules, ton humour... Ton ouverture d'esprit... Ta peur de tout. Ta peur de rien...
A : Attends, tu te fous de moi, là ?
B : Mais non, je t'assure ! Il faut bien que tout se termine un jour. On le sait tous. Il se trouve que j'ai été pré-ve-nu. Et la première personne à qui j'ai pensé, c'est toi. Ne m'en demande pas plus. Tu penses que je me suis trompé, que tu n'es pas la bonne personne ? Tu te trompes. Ca ne se commande pas. Je t'ai téléphoné. Tu m'as dit : "Je viens". Et tu es venu. Tu es là. C'est bien, non ?
A : Oui, c'est bien... C'est bien. Ce que je n'arrive pas à comprendre, c'est que tu vas mourir alors que tu es bonne santé.
B : (Il se met en colère.) Mais non, je ne suis pas en bonne santé. Je n'ai jamais été en bonne santé. Justement, je donne le change. C'est ça, le drame. Je pourrai adhérer à une douzaine d'associations de patients. D'abord, j'ai eu une méningite, à seize mois. La médecine m'avait condamné.
A : Elle a fait de toi un beau sursitaire.
B : Tais-toi ! Et après, ça n'a pas cessé : névrose, cyphose, psoriais, phimosis, circoncision, hypertension...
A : Hypocondrie, tutti quanti...
B : Tu te crois drôle ?
A : Non, je suis très sérieux. Tiens, j'ai lu une information qui va te le prouver. Sais-tu que les personnes qui se lavent les dents quatre fois par semaine ont deux fois plus de risque de faire un accident vasculaire cérébral que celles qui ne se les lavent que trois fois ?
B : Et sais-tu que les cancereux sont des hypocondriaques qui ont trop bu et trop fumé pour oublier qu'ils étaient hypocondriaques ?
A : Un partout.

(A suivre.)

Raoul Jefe
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16 mai 2007 3 16 /05 /mai /2007 20:19

par Laure O'Jef

Rencontrer Maître Janus ne relève pas de la gageure.

Il n'est pas cet être de papier et de pixel pour celles et ceux qui s'arrêtent vite et ne creusent pas profond.

Il est vivant. Il bouge, il respire.
Il a un coeur qui bat et une tête qui pense. Assurément, du sang coule dans ses veines quand on le voit rougir.
Maître Janus me reçoit dans sa boîte d'allumettes (grand modèle) dans un vieil immeuble du centre-ville d'une rue imprononçable d'une ville importante du Sud de la France.
Ca ne paye pas de mine.
"C'est la maison natale du paléontologiste Henri Douvillé. Un jour, peut-être, on apposera une plaque. Pas pour lui. Pour moi. "Ici a vecu Maître Janus."
Magalo, le personnage ? A peine. On s'aperçoit vite qu'il joue à l'être.
"Asseyez-vous où vous pouvez." ironise mon hôte. "Par où on commence ? Dites-moi, c'est pour un blog littéraire ou un blog érotique ?"
"Vous savez, si je n'avais pas été autant terrorisé par les femmes, je ne serais pas devenu ce que je suis devenu."
On le dit excellent dominateur. En fait, avant de trouver sa véritable identité sexuelle, il a dû se confronter à pas mal de tourments. Il était attiré par les lieux de culte sadomasochistes, mais n'osait pas entrer. Ou alors il entrait mais restait au dernier rang. 
Il se dit avant tout fétichiste. Les bottes et les cuissardes le fascinent, comme serait fasciné un enfant.
Il est facile de vérifier qu'il est plus sensuel que sexuel.
Sa voix, douce et posée ; son choix des mots, ce ton un peu précieux détonent avec son physique de rugbyman.
S'il a réussi à être un électron libre dans ce milieu qui interroge, ce n'est pas sans s'être posé bien des questions. Pour être en paix avec sa conscience, et en harmonie avec son corps, il a dû s'inventer des compromis. Et surtout un univers particulier (Voie encadré) où celles et ceux qui l'ont visité sont revenus radieux.
Sur la sexualité, il a son mot à dire. "Il faut en finir avec cette hypocrisie induite par le sexe." 
Les frustrations, l'ignorance, les non-dits, les interdits, les tabous ont fabriqué trop de névroses.
"Le jeu social est un jeu érotique." se plait-il à dire. "Alors, arrêtons de nous voiler la face et de nous cacher derrière notre petit doigt."
Pendant longtemps, Janus a vécu sa sexualité en classe clandestine. Il oscillait des deux côtés du fouet, ne sachant s'il prenait plus de plaisir à recevoir la lanière ou tenir le manche. 
"Un soir, j'ai reçu sans déplaisir 103 coups de fouet. Je me disais que je n'étais pas normal, mais que je n'y pouvais rien, et n'en parlais à personne. Et si , parfois, j'aime fouetter, ce n'est pas pour me venger d'une quelconque maldonne, contrairement à ce qui est souvent écrit, mais bien parce que je sais qu'il y a du plaisir de l'autre côté."
Protéiforme, il l'est assurément. Ce n'est pas pour rien qu'il s'est octroyé le pseudonyme de Janus, ce Dieu à deux têtes. Dominant et dominé, son jeu accorde une grande importance au renversement des rôles, à l'alternance, donc à l'égalité.
Aujourd'hui, le projet -plus que le rêve- qu'il caresse est de rendre la liberté à chacune et chacun.
Rencontrer Maître Janus ne relève pas de la gageure.

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16 mai 2007 3 16 /05 /mai /2007 20:14

Les surprises d'Internet, les aléas du direct, les actes manqués... Le papier consacré à Maître Janus aurait-il éte censuré par Anasthasie et ses gros ciseaux ? Bis répétita placent.

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16 mai 2007 3 16 /05 /mai /2007 19:32

par Laure O'Jef

Rencontrer Maître Janus ne tient pas de la gageure.
Il n'est pas cet être de papier et de pixel pour celles et ceux qui s'arrêtent vite et ne creusent pas profond.
Il est vivant. Il bouge, il respire.
Il a un coeur qui bat et une tête qui pense. Assurément, du sang coule dans ses veines quand on le voit rougir.
Maître Janus me reçoit dans sa boîte d'allumettes (grand modèle) dans un vieil immeuble du centre-ville d'une rue imprononçable d'une ville importante du Sud de la France.
Ca paye pas de mine.
"C'est la maison natale du paléontologiste Henri Douvillé. Un jour peut-être, on apposera une plaque. Pas pour lui. Pour moi. "Ici a vécu Maître Janus."
Mégalo, le personnage ? A peine. On s'aperçoit très vite qu'il joue à être.
"Asseyez-vous où vous pouvez." ironise mon hôte.
"Par où on commence ? Dites-moi, c'est pour un blog littéraire ou un blog érotique ? 
Vous savez, si je n'avais pas été autant terrorisé par les femmes, je ne serai pas devenu ce que je suis devenu."
On le dit excellent dominateur. En fait, avant de trouver sa véritable identité sexuelle, il a dû se confronter à pas mal de tourments. Il était attiré par les lieux de culte sadomasochistes, mais n'osait pa
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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 16:14

Ce texte est dédié à Camille.

Elle se reconnaîtra.
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ELLE
: Six, sept, huit, neuf, dix.
LUI : Dix ?
ELLE : C'est ce qui est écrit.
LUI : Ah oui ! J'avais oublié...
ELLE : Comme de coucher ? Redis moi les mots : couché. Couché... COU - CHE. Mademoiselle, voulez-vous coucher avec moi ? Alors, couché ! Sans moi cette fois.
LUI : Couché ?
ELLE : Couché. Allongé. Etalé. Etiré. Gisant.
LUI s'allonge. A plat dos. Jambes écartées. Les bras le long du corps.
ELLE fait "le tour du propriétaire". Effleure de la semelle de sa cuissarde le visage, pose la même semelle sur la poitrine pour mieux "posséder son trophée"...
LUI : Tu prends ton pied ?
ELLE : Hum... Peut-être...
LUI : Que te manque-t-il ?
ELLE : De m'attacher un peu à toi... A moins que ce ne soit le contraire. Il faudrait s'unir avec les liens sacrés du...
LUI : Il y a bien les anneaux...
ELLE : Et la chaîne... Et le collier...
LUI : C'est toi qui m'a enchaîné la première. Tu t'en souviens ?
ELLE : Un peu... Mais j'ai failli oublier. On pourrait recommencer ?
Elle se saisit d'un collier et d'une chaîne.
ELLE : A genoux !
LUI se met à genoux, torse levé.
ELLE lui passe le collier autour du cou et le tient "en laisse".
ELLE : C'était ainsi, une nuit d'été, bleutée et parfumée, à la campagne, dans une paririe... "Là où la chèvre est attachée, il faut qu'elle broute" m'as-tu-dit.
LUI : J'ai dit : "L'herbe est toujours plus verte de l'autre côté de la barrière. The grass is always green in over side. Jait dit aussi : "Changement d'herbage réjouit les veaux."
ELLE : Alors, que veux-tu ?
LUI : La liberté.
ELLE : Laquelle ?
LUI : La mienne.
ELLE : Et moi ?
LUI : Toi ?
ELLE : Moi.
LUI : La nôtre. Détache-moi... Détache-moi... Par pitié, détache-moi.
ELLE : Et tu ne t'échapperas pas ? Tu ne t'échapperas plus ?
LUI : Je ne crois pas.
ELLE : Il faudra être sage.
ELLE tire sur la laisse.
LUI : Oui.
ELLE : Docile.
Elle tire sur la laisse.
LUI :
Oui.
ELLE : Attentionné.
ELLE tire sur la laisse.
LUI : Oui.
ELLE : Obéissant.
ELLE tire sur la laisse.
LUI : Obéissant ?
ELLE : Oui, obéissant.
ELLE tire plus fort sur la laisse.
LUI : Oui, obéissant.
ELLE : Dis moi une phrase qui me fasse plaisir.
LUI : Tu es belle.
ELLE : Et puis ?
LUI : Je t'aime.
ELLE : Que dis-tu ?
LUI : Je t'aime.
ELLE le détache et laisse tomber la chaîne au sol.
LUI se relève lentement. Ils restent tous deux face à face.
Un long instant.
Sans oser se toucher.
LUI tend une main vers ELLE. Paume ouverte, pour caresser la joue, puis se rétracte, lentement.
ELLE tend une main vers LUI. Paume ouverte, pour caresser la joue, puis se rétracte, lentement.
LUI : Nous ne sommes pas à égalité de chance.
ELLE s'asseoit et lui tend ses jambes. LUI, délicatement, lui retire ses bottes-cuissardes.
Ils se remettent debout, face à face.
Un long instant.

Silencieux. Les yeux dans les yeux.
Sans oser se toucher.
LUI tend une main vers ELLE. Paume ouverte, pour caresser la joue, puis se rétracte lentement.
ELLE tend une main vers LUI. Paume ouverte, pour caresser la joue, puis se rétracte lentement.
Enfin, ils tombent dans les bras l'un de l'autre et s'étreignent.

Noir. Rideau.

Raoul Jefe

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PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN :
LE PORTRAIT DE MAITRE JANUS

par Laure O'Jef













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en essayant le plus possible
de ne pas se cogner."

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