16 mai 2007 3 16 /05 /mai /2007 20:19

par Laure O'Jef

Rencontrer Maître Janus ne relève pas de la gageure.

Il n'est pas cet être de papier et de pixel pour celles et ceux qui s'arrêtent vite et ne creusent pas profond.

Il est vivant. Il bouge, il respire.
Il a un coeur qui bat et une tête qui pense. Assurément, du sang coule dans ses veines quand on le voit rougir.
Maître Janus me reçoit dans sa boîte d'allumettes (grand modèle) dans un vieil immeuble du centre-ville d'une rue imprononçable d'une ville importante du Sud de la France.
Ca ne paye pas de mine.
"C'est la maison natale du paléontologiste Henri Douvillé. Un jour, peut-être, on apposera une plaque. Pas pour lui. Pour moi. "Ici a vecu Maître Janus."
Magalo, le personnage ? A peine. On s'aperçoit vite qu'il joue à l'être.
"Asseyez-vous où vous pouvez." ironise mon hôte. "Par où on commence ? Dites-moi, c'est pour un blog littéraire ou un blog érotique ?"
"Vous savez, si je n'avais pas été autant terrorisé par les femmes, je ne serais pas devenu ce que je suis devenu."
On le dit excellent dominateur. En fait, avant de trouver sa véritable identité sexuelle, il a dû se confronter à pas mal de tourments. Il était attiré par les lieux de culte sadomasochistes, mais n'osait pas entrer. Ou alors il entrait mais restait au dernier rang. 
Il se dit avant tout fétichiste. Les bottes et les cuissardes le fascinent, comme serait fasciné un enfant.
Il est facile de vérifier qu'il est plus sensuel que sexuel.
Sa voix, douce et posée ; son choix des mots, ce ton un peu précieux détonent avec son physique de rugbyman.
S'il a réussi à être un électron libre dans ce milieu qui interroge, ce n'est pas sans s'être posé bien des questions. Pour être en paix avec sa conscience, et en harmonie avec son corps, il a dû s'inventer des compromis. Et surtout un univers particulier (Voie encadré) où celles et ceux qui l'ont visité sont revenus radieux.
Sur la sexualité, il a son mot à dire. "Il faut en finir avec cette hypocrisie induite par le sexe." 
Les frustrations, l'ignorance, les non-dits, les interdits, les tabous ont fabriqué trop de névroses.
"Le jeu social est un jeu érotique." se plait-il à dire. "Alors, arrêtons de nous voiler la face et de nous cacher derrière notre petit doigt."
Pendant longtemps, Janus a vécu sa sexualité en classe clandestine. Il oscillait des deux côtés du fouet, ne sachant s'il prenait plus de plaisir à recevoir la lanière ou tenir le manche. 
"Un soir, j'ai reçu sans déplaisir 103 coups de fouet. Je me disais que je n'étais pas normal, mais que je n'y pouvais rien, et n'en parlais à personne. Et si , parfois, j'aime fouetter, ce n'est pas pour me venger d'une quelconque maldonne, contrairement à ce qui est souvent écrit, mais bien parce que je sais qu'il y a du plaisir de l'autre côté."
Protéiforme, il l'est assurément. Ce n'est pas pour rien qu'il s'est octroyé le pseudonyme de Janus, ce Dieu à deux têtes. Dominant et dominé, son jeu accorde une grande importance au renversement des rôles, à l'alternance, donc à l'égalité.
Aujourd'hui, le projet -plus que le rêve- qu'il caresse est de rendre la liberté à chacune et chacun.
Rencontrer Maître Janus ne relève pas de la gageure.

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16 mai 2007 3 16 /05 /mai /2007 20:14

Les surprises d'Internet, les aléas du direct, les actes manqués... Le papier consacré à Maître Janus aurait-il éte censuré par Anasthasie et ses gros ciseaux ? Bis répétita placent.

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16 mai 2007 3 16 /05 /mai /2007 19:32

par Laure O'Jef

Rencontrer Maître Janus ne tient pas de la gageure.
Il n'est pas cet être de papier et de pixel pour celles et ceux qui s'arrêtent vite et ne creusent pas profond.
Il est vivant. Il bouge, il respire.
Il a un coeur qui bat et une tête qui pense. Assurément, du sang coule dans ses veines quand on le voit rougir.
Maître Janus me reçoit dans sa boîte d'allumettes (grand modèle) dans un vieil immeuble du centre-ville d'une rue imprononçable d'une ville importante du Sud de la France.
Ca paye pas de mine.
"C'est la maison natale du paléontologiste Henri Douvillé. Un jour peut-être, on apposera une plaque. Pas pour lui. Pour moi. "Ici a vécu Maître Janus."
Mégalo, le personnage ? A peine. On s'aperçoit très vite qu'il joue à être.
"Asseyez-vous où vous pouvez." ironise mon hôte.
"Par où on commence ? Dites-moi, c'est pour un blog littéraire ou un blog érotique ? 
Vous savez, si je n'avais pas été autant terrorisé par les femmes, je ne serai pas devenu ce que je suis devenu."
On le dit excellent dominateur. En fait, avant de trouver sa véritable identité sexuelle, il a dû se confronter à pas mal de tourments. Il était attiré par les lieux de culte sadomasochistes, mais n'osait pa
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15 mai 2007 2 15 /05 /mai /2007 16:14

Ce texte est dédié à Camille.

Elle se reconnaîtra.
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ELLE
: Six, sept, huit, neuf, dix.
LUI : Dix ?
ELLE : C'est ce qui est écrit.
LUI : Ah oui ! J'avais oublié...
ELLE : Comme de coucher ? Redis moi les mots : couché. Couché... COU - CHE. Mademoiselle, voulez-vous coucher avec moi ? Alors, couché ! Sans moi cette fois.
LUI : Couché ?
ELLE : Couché. Allongé. Etalé. Etiré. Gisant.
LUI s'allonge. A plat dos. Jambes écartées. Les bras le long du corps.
ELLE fait "le tour du propriétaire". Effleure de la semelle de sa cuissarde le visage, pose la même semelle sur la poitrine pour mieux "posséder son trophée"...
LUI : Tu prends ton pied ?
ELLE : Hum... Peut-être...
LUI : Que te manque-t-il ?
ELLE : De m'attacher un peu à toi... A moins que ce ne soit le contraire. Il faudrait s'unir avec les liens sacrés du...
LUI : Il y a bien les anneaux...
ELLE : Et la chaîne... Et le collier...
LUI : C'est toi qui m'a enchaîné la première. Tu t'en souviens ?
ELLE : Un peu... Mais j'ai failli oublier. On pourrait recommencer ?
Elle se saisit d'un collier et d'une chaîne.
ELLE : A genoux !
LUI se met à genoux, torse levé.
ELLE lui passe le collier autour du cou et le tient "en laisse".
ELLE : C'était ainsi, une nuit d'été, bleutée et parfumée, à la campagne, dans une paririe... "Là où la chèvre est attachée, il faut qu'elle broute" m'as-tu-dit.
LUI : J'ai dit : "L'herbe est toujours plus verte de l'autre côté de la barrière. The grass is always green in over side. Jait dit aussi : "Changement d'herbage réjouit les veaux."
ELLE : Alors, que veux-tu ?
LUI : La liberté.
ELLE : Laquelle ?
LUI : La mienne.
ELLE : Et moi ?
LUI : Toi ?
ELLE : Moi.
LUI : La nôtre. Détache-moi... Détache-moi... Par pitié, détache-moi.
ELLE : Et tu ne t'échapperas pas ? Tu ne t'échapperas plus ?
LUI : Je ne crois pas.
ELLE : Il faudra être sage.
ELLE tire sur la laisse.
LUI : Oui.
ELLE : Docile.
Elle tire sur la laisse.
LUI :
Oui.
ELLE : Attentionné.
ELLE tire sur la laisse.
LUI : Oui.
ELLE : Obéissant.
ELLE tire sur la laisse.
LUI : Obéissant ?
ELLE : Oui, obéissant.
ELLE tire plus fort sur la laisse.
LUI : Oui, obéissant.
ELLE : Dis moi une phrase qui me fasse plaisir.
LUI : Tu es belle.
ELLE : Et puis ?
LUI : Je t'aime.
ELLE : Que dis-tu ?
LUI : Je t'aime.
ELLE le détache et laisse tomber la chaîne au sol.
LUI se relève lentement. Ils restent tous deux face à face.
Un long instant.
Sans oser se toucher.
LUI tend une main vers ELLE. Paume ouverte, pour caresser la joue, puis se rétracte, lentement.
ELLE tend une main vers LUI. Paume ouverte, pour caresser la joue, puis se rétracte, lentement.
LUI : Nous ne sommes pas à égalité de chance.
ELLE s'asseoit et lui tend ses jambes. LUI, délicatement, lui retire ses bottes-cuissardes.
Ils se remettent debout, face à face.
Un long instant.

Silencieux. Les yeux dans les yeux.
Sans oser se toucher.
LUI tend une main vers ELLE. Paume ouverte, pour caresser la joue, puis se rétracte lentement.
ELLE tend une main vers LUI. Paume ouverte, pour caresser la joue, puis se rétracte lentement.
Enfin, ils tombent dans les bras l'un de l'autre et s'étreignent.

Noir. Rideau.

Raoul Jefe

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PROCHAINEMENT SUR CET ECRAN :
LE PORTRAIT DE MAITRE JANUS

par Laure O'Jef













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14 mai 2007 1 14 /05 /mai /2007 15:59

J'ai fait des recherches archéologiques dans mes archives et réussi à exhumer un document -c'est un texte "de jeunesse"- qui s'avère être l'ébauche de ma pièce "A propos de bottes". Pour la genèse, le voici :

ELLE est debout, sur un tapis rond. Superbe de beauté. Grande. Longue chevelure brune qui ruissselle jusqu'au creux des reins. Yeux clairs et très expressifs.

Entièrement vêtue de noir et blanc : chemise blanche, gants noirs, pantalon de toile blanc glissé dans de longues bottes-cuissardes noires. La main gauche sur sa hanche. La main droite enserre une rose à longue tige qui tapote impatiemment sa cuissarde.

Manifestement, elle attend quelqu'un.

LUI apparaît de la coulisse. Entièrement vêtu de blanc et noir : chemise noire, pantalon blanc. Nus pieds. Il a l'air penaud. Honteux. Tête baissée. Yeux rivés à terre. Mains derrière le dos.

Il s'immobilise à quelques pas d'ELLE, sur un tapis long.

ELLE : C'est maintenant que tu reviens ?

LUI : Je...

ELLE : Approche !

(LUI fait quelques pas.)

LUI : Je...

ELLE : Approche !

(LUI fait un pas.)

ELLE : A genoux !

(LUI s'agenouille. Avec déférence. Front posé au sol. Mains entourant les talons des cuissardes. Il relève la tête. Implorant. Pour toute réponse, elle lui tend une peau de chamois.)

 ELLE :Tu sais ce qu'il te reste à faire. Fais les briller. Je veux que l'on puisse s'y mirer.

(LUI entreprend de faire reluire les cuissardes. Il frotte le talon, l'empeigne. Avec application. Il remonte la tige : mollet, jambe, genou, cuisse. De temps à autre, il caresse le cuir. Il s'y regarde comme dans un miroir. Parvenu tout en haut des cuissardes, il pose ses lèvres sur le haut des cuisses. Enhardi, il s'aventure un peu plus, s'approche lentement du pli de l'aine.

A ce moment, ELLE rabat sa main gantée sur l'endroit interdit, sur le jardin défendu.

ELLE : Non.

LUI : Mais...

ELLE : Debout !

LUI : Mais...

ELLE : J'ai dit : "debout" !

(LUI obéit. Il se lève. Face à ELLE. Mains croisées. 

Ils échangent un regard d'une grande intensité.

Flottement.)

ELLE : Un pas en arrière !

(Elle pointe sa rose sur la poitrine pour le faire reculer.)

ELLE : Demi-tour !

(LUI fait volte-face.)

ELLE : Ne te retourne pas.

LUI : Mais enfin, qu'est ce-que...

ELLE : Ne te retourne pas. Ferme les yeux.

(LUI ronge son frein. Il réprime l'envie de se retourner.

ELLE ne bouge pas, entretient une attente excitante. Sans mot dire. Pour mieux ménager son effet.

De longues, de lourdes secondes s'égrènent...

Une attente insoutenable...)

ELLE : Pourquoi es-tu parti ?

LUI : Je n'étais pas parti...

ELLE : Pourquoi t'es-tu attardé ?

LUI : Il y avait...

ELLE : Quoi ?

LUI : Il y avait...

ELLE : Qui ?

LUI : ...

ELLE : On ne badine pas avec l'amour.

(Pour ponctuer sa phrase, elle applique un coup de rose sur le postérieur.

LUI frémit de tout son corps, sans crier pourtant.)

LUI : Il y avait longtemps.

ELLE : Je sais. Ferme les yeux.

LUI : Je...

(Elle fouette maintenant avec une régularité de métronome. 1,2,3,4,5. Les premiers coups espacés, savamment administrés. Puis à toute volée. 6,7,8,9,10.

Les pétales de la rose tombent à terre en pluie.

 

(A suivre.)

 

Raoul Jefe

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13 mai 2007 7 13 /05 /mai /2007 16:35

Je dédie ce dernier épisode aux trois lectrices "affirmées" du "Pigeonnier" : A., B. et O.

Qu'elles soient ici chaleureusement remerciées.

Je salue les inconnu(e)s du hasard qui ont peut-être parcouru ces lignes.

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Elle avait lu quelques pages lorsqu'elle sentit une présence devant elle. L'homme debout souriait. Un sourire qui voulait dire : "C'est vous, je vous reconnais." Elle posa son ouvrage, rendit le sourire invitant à prendre place. Il s'assit. Son physique lui permettait de sortir, car Betty s'attendait à pire. Le visage était sympathique. Elle se surprit à n'accorder plus d'importance au reste, la couleur des yeux et des cheveux ; leur absence, les grammes fluctuant des joues et du ventre, et la répartition de la graisse et du muscle. En face d'elle, il y avait quelqu'un qui allait parler.

Il parla.

Un charme opérait. Il s'appelait Pierre. Rien en lui ne trahissait la subtile excitation provoquée par la mise en scène savante : le dessous de la ceinture escamoté sous la table. La suggestion était grisante. C'était un test ? Un jeu ? Qu'est-ce qu'on gagne ? Bien sûr qu'elle les portait. C'était évident. Si elle ne les portait pas, ce ne serait pas de la déception, ce serait du sabotage. Mais il acceptait le caprice, l'art de donner sans avoir l'air de le faire, la découverte, la surprise sue, la trouvaille, le secret de Polichinelle, le cadeau commandé à Noël encore sous le papier. Mais non, il ne roulerait pas sous la table, comme un chien affamé qui renifle un os. Il savait se tenir. Il savait juguler ses penchants. Il ne se hasarda même pas à miser sur la couleur, si le bout était rond, carré, pointu ; si le talon était plat, biseauté ou à aiguille... C'était bien assez qu'elle fût là, jolie femme fraîche pour l'insolite, pas malsaine, ouverte à tout. Elle était autre chose qu'une paire de cuissardes.

Qui des deux était le plus fort ? Elle, avec sa soi-disant face cachée ? Lui, avec des déductions ? Assurément tous les deux étaient fortiches.

L'un et autre ne se bornaient pas à plaire et être plue que sous une seule apparence.

Pierre commanda deux cafés.

Ils parlèrent longtemps. Pierre régla les consommations. Quand Betty se déplia enfin et quitta la table, elle offrit à son spectateur la récompense suprême : les longues cuissardes noires-jais brillaient d'un vif éclat et ne lui donnaient pas mauvais genre. Elles lui conféraient même un port princier ; le cuir, au cou de pied, se fronçait joliment, et le talon ni trop haut ni trop bas ne disait rien de l'importance que d'aucuns accordent aux bottes. Tout en haut, la tige finissait d'enserrer les cuisses, comme un anneau de Saturne.

En fait, ce n'était pas Betty qui portait les cuissardes ; c'étaient les cuissardes qui portaient Betty.

Sans conteste, Betty désirait cet homme providentiel. Elle voulait le chevaucher et jamais ses bottes ne la démangèrent à ce point. Elle proposa de poursuivre les roucoulades au Pigeonnier.

Lorsqu'ils y furent, ils grimpèrent dans l'alcôve. Quelque chose était différent. Bien sûr, comme alibi, elle garda ses bottes. Pierre les caressa, puis, dépassant la frontière, aborda le sol d'un île nouvelle.

Les rencontres de Betty et de Pierre se firent plus assidues sous le toit du Pigeonnier. Ils se découvrirent des centres d'intérêt communs comme la littérature ou la nature. Ils se découvrirent atteint du même mal cruel et insidieux : le trouble obsessionnel compulsif.

Il y eut des bottes. Des montagnes de bottes.

Betty écrivait : "Aujourd'hui, Pierre m'a fait livrer six paires de bottes cuissardes. Il est vraiment fou. Qu'est-ce-que je vais faire de tout ça ? Les mettre ou les porter ? Non, ce n'est pas pareil. J'ai des bottes que je mets mais qui ne marchent plus du tout. Elles se sont arrêtées. Impossible de les remonter. Ces mécaniques sont capricieuses. Je reçois de plus en plus de lettres de femmes qui me demandent des conseils quand au choix de leurs bottes. Certaines ont les mollets plus grands que leurs yeux, et leurs jambes plus courte que leur vue. Quand elles essaient des modèles dans la boutique, elles n'ont cure du vertige inaugural, puis s'étonnent que leur démarche est disgâcieuse. Elles ne sont pas faites pour porter ça.

Parmi la livraison, j'ai choisi une paire de "noires" à talon aiguille. La cambrure est bonne. Je prends mon pied. Tant qu'il y aura des étoiles sous la voûte plantaire, je marcherai le coeur heureux, la tête libre.

Ce soir, il pleut sur le toit du Pigeonnier et Pierre vient me rejoindre dans l'alcôve. Il porte un bouquet de bottes à la main... Nous descendons dans le jardin secret.

J'ai fait pivoter ma vie autour des bottes. Je m'y suis vissée dedans. Mais je laisse maintenant les chiens sans laisse ; je laisse le dressage aux clubs canins.

J'ai mon toutou à moi, mon nounours. Il me donne beaucoup d'amour.

Aujourd'hui, dans cette librairie où je décicace mon livre, je mesure le chemin parcouru. A pied le plus souvent. Et chaussée de bonnes bottes."

FIN

Raoul Jefe

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12 mai 2007 6 12 /05 /mai /2007 15:55

Je dédie cet épisode à B.

Elle est providentielle, à la définition près du dictionnaire.

Elle se reconnaîtra.

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La réalité, toute nue et toute crue, se charge de retourner comme un gant les égarés du rêve. Betty se souvient avoir lu, aimé et retenu une phrase de René Char : "La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil." Aujourd'hui, elle est certaine de ne pas l'avoir totalement saisie, de l'avoir souvent reprise sans la comprendre. Comment faut-il vivre alors ? Lucide ? Blessé ? Bronzé ?

Aux cieux de ses divers lits, de Maîtresse, d'élève, de patiente, Salomé-Betty n'est rien d'autre qu'une pâle émule de Janus, ce Dieu à deux têtes, qui surveille aux portes les entrées et les sorties. Le Donjon de Janus, voilà qui sonne aussi bien que le C.I.E.L.

Dans l'une de ses boîtes, Betty trouva le message suivant : "Au théâtre Carpe Diem -à moins que ce ne soit dans un rêve-, je vous ai vue, glissée dans de hautes bottes de cuir noir. Je dois être fétichiste. Je suis devenu aussi fou que Maupassant. Il faut absolument que je vous retrouve, sinon, j'en mourrai peut-être." Suivait un numéro de téléphone qui invitait à prendre contact. Les mots lui plurent et l'amusèrent. Elle décrocha le téléphone et sonna l'agonisant sursitaire. "Encore un déviant, mais au moins un littéraire." pensa-t-elle. Elle tomba sur un répondeur-enregistreur. Le message de réception était avenant ; la voix, belle, racée, sensuelle. "Bonjour. rappelez-moi, nous parlerons de Maupassant." laissa-t-elle juste avant ses propres coordonnées téléphoniques.

Le fétichiste rappela dans la soirée. En direct. Plus de répondant que de répondeur. Un dialogue s'engagea. Il conta fleurette et cuir pleine fleur. Du charme. Il déclina ses marottes : jours en pluie et femmes en bottes. Ils se donnèrent rendez-vous dans un café. Elle arriva première. Elle s'était glissée avec volupté dans des cuissardes qui feraient leur petit effet. Elle commanda un café. Elle s'était installée dans une encoignure, sur la banquette, de telle façon qu'en tous angles de vision, on ne pouvait voir ce qu'elle avait aux pieds. Comme les speakrines de la télévision de papa, c'était une femme-tronc. Une actrice qui aurait dit au cadreur : "Vous me coupez ici, à la chatte." Le visiteur exclusif n'aurait pas la primeur de voir le trop brillant objet du désir. Il verrait le contenu avant le contenant. Tout était possible. Et même si, par cruauté, elle avait mis des tongs. Betty croisa ses jambes sous la table. Elle fit crisser le cuir qui soupira d'aise. Elle déchira le tube de papier qui contenait le sucre et le versa dans la tasse grège, ornée du sigle Bordeaux d'un célèbre torréfacteur. Elle saisit la petite cuillère, l'immergea dans le breuvage et remua pour en dissiper l'amertume. Chaque fois qu'elle faisait ce geste, elle ne pouvait s'empêcher de penser à cette phrase : "Dieu, c'est comme du sucre dans un café : il est là mais on ne le voit pas, et plus on le cherche, moins on le trouve." Elle approcha les lèvres de la tasse des siennes et but une gorgée. C'est une opération plus extatique qu'il n'y paraît. Les doigts pour l'anse ; les commissures des lèvres pour le passage du grès ; la bouche pour l'accueil du liquide ; les ailes du nez pour l'arôme, et toute la tête au dessus pour être très bien. Mais aussi pour s'en vouloir à en mourir d'être arrivée longtemps après Proust, ce délicat valétudinaire qui a su si bien décrire les sensations que lui procurèrent une madeleine trempée dans un tilleul. Pour Betty, de son café sortait une maison en orée de forêt, un chemin herbeux où les flaques marron faisaient comme des grains de beauté, un fossé d'où jaillissait une cascade, un arrêt d'autocar et un autocar qui conduisait au collège, trois marches pour accéder à la salle d'études ; tous de gros morceaux qui s'arrangeaient pour passer à travers le filtre, , et aussi, accessoirement, insidieusement, une toute petite paire de bottes rouges en caoutchouc qui faisait flic-flac dans l'eau -elle devait avoir dix ans à peine- dans lesquelles elle se sentait Reine du Monde. Elle reposa la tasse vide sur la sous-tasse. Elle repoussa en arrière ses mèches caramel. Elle consulta sa montre. Elle sortit de son sac une édition de poche de nouvelles de "de Maupassant". Il y avait "La chevelure". Relire le texte ne lui paraissait pas inutile.

Ce serait meubler l'attente avec à-propos.

(A suivre)

Raoul Jefe

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10 mai 2007 4 10 /05 /mai /2007 12:20
Maîtresse de céans en tenue d'apparat, Betty n'était pas encore devenue Betty partout, à tous les degrés du Pigeonnier. Au milieu de la demeure, elle sentait naître des envies, des désirs et des besoins. Il suffisait qu'elle tombât sur une image suggestive pour que, de nouveau, Sade et Masoch, le Marquis et le Baron, vinssent la relancer dans l'aristocratie. Alors se produisait cet écartèlement qui la rendait schizophrène. Reine des derniers salons où l'on suce, elle avait des soudaines démangeaisons de l'entrecuisse et des envies d'orgasmes à hurler.

Alors, elle pensait à sa mère.
Alors, elle pensait à son père.
Elle se souvint du temps où la sexualité ne la tourmentait pas puisqu'elle était absente de ses pensées. Elle était heureuse et insouciante avec ses poupées, le berlingot de toutes les couleurs, Belle et sébastien à la télévision et Skippy le kangourou. Heureuse et émerveillée la veille de Noël, le jour des vendanges, la semaine où elle savait qu'au bout, elle partirait en famille dans l'Aveyron. Rien ne filtrait des choses tarabiscotées des histoires de cul, qui font mal, si mal, si mal, toujours, toujours, ou si bien, si bien, tellement bien, et encore, c'est rien de le dire ou de l'écrire... Ce sont des choses qui se vivent. S'expliquent à peine. Avec peine.

Pôle Est. Pôle Ouest. C'est la guerre froide. Au thérapeute qui la suit, en qui elle a toute confiance, quand il lui demande : "Comment ça va ?'", elle répond invariablement ; "Ca va...rie." C'est résumer la situation. Comment résoudre la quadrature du cercle vertueux quand on n'a qu'une seule envie, c'est de couper aux cours de math, comme la sécante. Betty cherche un sens à sa vie. Betty se cherche. Exigeante et excessive, elle voudrait fuir. Mais où ? Elle reprend la plume. Elle écrit. Elle est heureuse d'avoir écrit. Elle arpente les allées des librairies. Elle fend quelques tranches de papier frais, lit quelques lignes, se dit que beaucoup écrivent beaucoup plus mal qu'elle, et arrivent à publier. Ils couchent ? Des mots sur le papier, bien entendu. Ils noircissent des écrans blancs 17 pouces ou des A 4 cerfs-volants. Elle se demande qu'elles sont les articulations qui la font le plus souffrir, celles de ses idées, sous le chapeau de ses névroses ; celles de ses genoux, sous le cuir des cuissardes ; celles de ses doigts qui alignent des mots pour faire nombre. Qui entre en elle en priorité ?

Betty écrivait : "Je confiai un mouchoir dans la main d'un homme et me mettais à le fouetter. En rafales. J'y prenais plaisir. Je savais que je pouvais y aller tout mon soul, à bras raccourcis, car le signal d'arrêt dont nous avions convenu était sans appel, visuel et définitif. Lorsqu'il lâcherait le mouchoir, je lâcherai le fouet. Je flagelleais en toute confiance, tout en gardant le contrôle de la situation.
A plusieurs reprises, je vis mon cinglé serrer très fort le mouchoir, mais il ne l'abandonna pas. J'avais donc du crédit. Je pivotai dans mes cuissardes, comme un jacquemart, et faisait amplement aller et venir la lanière sur le dos et les fesses. Le jeu a ses codes, ses règles, ses limites. Tout de suite après une zébrure, la demande de grâce me parvint distinctement : je vis le mouchoir tourbillonner comme une feuille morte et choir sur la moquette. Je cessai aussitôt de battre. J'étais moins déséquilibrée qu'une épouse possessive qui, sous des aspects engageants, fait vivre à son mari une vie d'enfer avec de copieux assaisonnements verbaux.

La femme qui vit et la femme qui écrit sont-elles la même ? Betty lisait, écrivait, fouettait, avait fouillé divers culs, savait la merde et le sperme du monde, avait fait cracher des lamas, plumé des pigeons, fait baver des crapauds, des escargots, de gros rougeauds à triple-menton roteurs d'ail, des cornus de la fanfare "bites, biroutes et compagnie", des majorets poilus aux gambettes, prestataires des fêtes votives, mounjetades, sardinades, cargolades, anchoïades... Oui, elle avait éclairé le trou du cul de bien du monde, avec des poils luisants encore crantés de crotte. Elle s'était aventuré là où papa-maman lui avaient dit de ne pas s'aventurer. Elle en était revenue toute rutilante du dépassement de soi avant de devenir anéantie d'humiliation.

(A suivre)

Raoul Jefe

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9 mai 2007 3 09 /05 /mai /2007 16:04

Je dédie cet épisode à la charmante voix que j'ai entendue au téléphone des Etablissements Jean Gaborit, et qui m'a gentiment renseigné sur mes marottes, les bottes.

Les établissements Jean Gaborit fabriquent des bottes, genouillères et cuissardes belles à tomber, à en pleurer.

www.jean-gaborit.com

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Le pigeonnier, découpé en tranches napolitaines, servait malgré tout de quartier général aux grandes manoeuvres de Betty. Sa remise en question passerait par cette demeure, jolie et adaptable. Il suffirait de bazarder une ferraille et une cuiraille qui empêchait trop souvent de voir la peau et son grain naturel, à toucher, à caresser, à aimer...

Betty se rapprocha de sa mère. "Tout est dans la tête" lui disait-elle. Et Rex, le brave chien, la regardait, en inclinant la tête, semblant approuver.

A ses amis proches, qui étaient au courant de sa remise en question, elle parlait un langage différent. Changeante, versatile, cyclothymique, elle eût bien sûr droit à ces adjectifs venus d'esprits chagrins, de connaissances qui allaient perdre un repère, ou, en plus trivial, une réponse à des instincts bestiaux.

Betty était debout, tout au bout de son champ de paradoxes et de contradictions. Sa culture, comme toutes les cultures, nécessite des soins constants. Elle était là, en hautes bottes, seuls attributs qu'elle gardait sans déplaisir, sans rejet.

L'été, la saison des chaussures ouvertes, des orteils et des talons dehors, touchait à sa fin. Betty y voyait l'occasion de se faire plaisir en achetant de nouveaux modèles de cuissardes. Ca l'aiderait à oublier le reste, tout le penchant qui n'est pas sensuel dans la relation à deux insolite. Marcher dans la rue avec des cuissardes aux pieds et un fouet dans la main, ça détonne, voire ça choque. Marcher avec seulement des cuissardes, c'est du très naturel. Depuis quelques saisons, les bottes hautes sont revenues dans l'air du temps. Leurs tiges s'épanouissent dans les vitrines. Elles fleurissent sur les jambes des filles, où elles jouent à frémir de la corolle à chaque pas nouveau. Le bel automne au ciel bleu clair, à l'air si doux, invite la marchande des quatre saisons à proposer la botte au chaland. Le reliquat de la période SM de Betty s'appelera botte cuissarde.

Dans les boutiques qu'elle visita, elle essaya divers modèles. Sur les gondoles des chausseurs, elle se fit chavirer les yeux à la vue de vertigineuses créations. "Je dois être plus fétichiste que sado maso" pensait Betty, pas mécontente de retrouver une véritable identité. En convoquant ses souvenirs d'enfance, elle se revoyait plus porteuse de bottes en Cendrillon, Petite Poucette ou Chatte Bottée qu'en Mère Fouettarde.

Au pigeonnier, les bottes et les cuissardes étaient tantôt debout dans un placard, tantôt couchées dans leurs boîtes. Elles avaient toutes été portées au moin une fois. Elle tenait plus particulièrement à une paire magnifique, qui n'avait jamais foulé le sol extérieur. La semelle était impeccable comme au premier jour sortie de la manufacture, non souillée. Elles ne "s'exprimaient" que sur des surfaces propres, tapis ou moquettes, en ces endroits où elles ne se verraient pas maculées. "Les cuissardes immaculées" étaient la fierté de Betty. "Je les garde propres" disait-elle. "Pour les soirs de gala".

Lorsque le cercle vicieux de ses connaissances charnues se fut réduit à la part congrue, elle put vraiment prendre la mesure de qui était qui et qui voulait quoi. Finalement, elle constata qu'elle s'était constitué une patientèle de qualité. Les tordus ne l'étaient pas tant que ça. Elle en invita certains à venir lui lècher les bottes entre deux lampées de muscat. Celles qui eurent le plus de succès furent sans conteste les bottes immaculées. Elle en fit une spécialité exquise et confite d'une torride sensualité. A ces jeux de l'amour et du hasard, elle composa de fort alléchants menus. Assise dans un confortable fauteuil-crapaud, une jambe à l'équerre sur l'autre, elle s'amusait à oindre la semelle de lait concentré, de miel, de confiture, ou bien de crème d'anchois, de mayonnaise ou de moutarde. Les appétits sucrés-salés s'en trouvèrent aiguisés. Ces sensations nouvelles l'aidèrent à mettre en berne les étendards gothiques sado-maso hard. On vit du crêpe noir sur l'artillerie lourde qui n'était plus fourbie qu'en imagination...

(A suivre.)

Raoul Jefe

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8 mai 2007 2 08 /05 /mai /2007 19:24

Ce nouvel espace d'expression que je m'accorde -et j'ai longtemps fait de la "Résistance" face à cet outil moderne, subtil et dangereux, libérateur et tyran qu'est Internet- a pout vocation de donner à lire une production littéraire. J'aime les mots. J'ai la chance de pouvoir les partager et d'être rejoint par d'autres, que je remercie.

Vocation littéraire donc, mais pas seulement.

Une fois l'aspect purement égotiste et narcissique (que j'assume) déblayé, j'ai envie d'écrire que si j'aime avant tout les mots, j'ai aussi envie d'en faire les transmetteurs d'un parcours et d'une expérience de vie.

Or, il se trouve qu'après avoir été sous le joug de contraintes que je détaillerai, j'ai envie d'aller à l'essentiel.

Alors je dis : "Oui, il faut en finir avec cette hypocrisie induite par le sexe." Tout commence par une giclée de sperme et tout se termine par une poignée de cendres. Que celle ou celui qui n'est pas d'accord me contacte.

Oui, je suis différent. Oui, je suis tracassé par le sexe, par mon sexe. Oui, j'aime être fouetté. Oui, j'aime fouetter. Oui, les bottes et les cuissardes me font bander.

Les pratiques SM sont-elles condamnables ? J'ai été élevé dans un milieu conservateur, catholique. J'en ai gardé les valeurs de morale, d'ordre, de travail, mais tenté d'édulcorer la culpabilité qu'il induit. Et pourtant, je n'ai pas voté Sarkozy.

Aujourd'hui, à la lecture de la presse, j'ai été interpellé par une affaire qui est actuellement jugée par la cour d'assises de Paris.

C'est l'histoire d'un prêtre qui a fait voeu de chasteté mais que les élans naturels du corps ont rattrapé. Il est mort au cours d'une rencontre SM.

"La Dépêche du Midi", sous le titre : "réclusion pour le meurtrier sadomasochiste" écrit :

"L'enquête et les débats ont démontré que le prêtre, dépeint comme un boute-en-train assumant mal sa chasteté imposée par sa fonction aimait se faire attacher par ses amis. (...) L''accusé, qui dès l'instruction avait comparé la "pulsion" de l'étranglement à un "crash de disque dur" a raconté au procès avoir répondu aux "provocations" du prêtre.

Et "Libération", sous la plume d'Eric Favereau, rapporte de manière plus fouillée :

"Il faut s'habituer à l'ambiguïté des êtres." avait lâché au début de son réquisitoire l'avocat général  (...) "Il y a le jour, il y a la nuit, mais au même moment, il peut y avoir le jour et la nuit. Pendant près de deux heures, non sans talent, citant Sartre et Rimbaud, le magistrat a tenté de donner un sens à un crime dont il n'y a qu'une seule version : celle [du meurtrier] (...)

Des jeux sexuels ? (...) Reste que ce soir là, le 3 novembre 2004, après un repas un peu arrosé, cela a dérapé. Quand on accomplit une contrainte, quand on exerce une violence, n'y a-t-il pas une forme de contagion sur celui qui va les exercer ? s'est alors demandé l'avocat général, suggérant que les gestes de ligotage effectués par l'accusé avaient peut-être crée une envie de violence".

Ce premier billet est bâclé. Tant pis ! J'ai tellement de choses à dire. Je me console en me disant qu'un texte peut être amendé.

 

Joël Fauré

A lire :

- "La Dépêche du Midi" 8 mai 2007, page  8

- " Libération" 8 mai 2007, page 20

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