26 mars 2010 5 26 /03 /mars /2010 18:01

"[Ils] trouvent indécent
De ne pas mourir au printemps
Quand on aime le lilas
Ah !  Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah ! Ah !"

Jacques Brel, "Tango Funèbre"

Cher Jacques,

J'ai enfin appris ton départ pour "Elles Blanches".

N'aurais-tu pas pu nous prévenir ? Ici, Maria et moi nous sommes fait un mauvais sang d'encre depuis que tu es parti. D'aucuns nous ont dit que tu t'étais aventuré trop haut dans les nuages avec "Jojo", ton petit avion, et que tu as irréversiblement crevé la toile grise qu'un machiniste du Bon Dieu aurait trop tendue.

Je t'avais bien dit qu'un jour, tu te casserais la pipe...

Ton ami, le bon curé Casy, m'a beaucoup parlé de toi. Il paraît que tu l'as réclamé avant de passer l'onde noire. Et tu l'as appelé si fort qu'il t'a rejoint dans l'Eternité. Souvent, je vous entends pleuvoir de joie tous les deux et je vous imagine effeuiller l'aile d'un ange...

Je me suis permis d'ouvrir toutes les fenêtres de ta grande maison pour mieux y faire pénétrer  la bonne odeur de terre mouillée et de feuilles séchées. Dans la cuisine, ça sent un peu la soupe froide, mais sur le bahut trône une bonbonnière bien garnie. Dans le salon, la télévision n'arrête pas de parler de toi. Elle dit que tu te fends la gueule avec Vasco de Gama, tandis que la vieille pendule d'argent ne retarde plus que d'une heure, une heure seulement.

Au bout du long corridor, la chambre s'ensommeille sous la torpeur des habitudes. Les trois berceaux de la joie sont au grenier. Seul reste le lit de la puissance. Le grand lit que la bonne servante Maria va souvent tendre de draps. Une brave femme, Maria !

Je suis descendu l'autre jour à la cave. De bons vins de Bourgogne et d'Arbois vieillissent doucement... Quant au jardin, il est fleuri toute l'année et il n'est jamais plus beau que lorsqu'il embaume le lilas. J'ai dépoté les chrysanthèmes et les ai transplantés près du bassin.

Gérard, Juliette, Isabelle et les autres passent souvent te voir. Nous leur disons que tu t'es absenté. Il va falloir cesser de jouer la comédie.

Tout le monde va bien et t'embrasse.

 

Le Jardinier.

 

P.S. : Ah, oui, j'oubliais : le petit chat est mort.

 

Prochainement : le représentant en robotique.

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25 mars 2010 4 25 /03 /mars /2010 17:17

"Mais ces deux déchirés
Superbes de chagrin
Abandonnent aux chiens
L'exploit de les juger
[...]
Tout encastrés qu'ils sont
Ils n'entendent plus rien
Que les sanglots de l'autre"

Jacques Brel, "Orly"


Cher Jacques,

Nom de Dieu que c'est triste, Orly le dimanche, surtout avec Bécaud quand il s'époumonne à nous faire croire que "la solitude, ça n'existe pas" ! Quelle odieuse contrevérité : la solitude, je la fais croiser tous les jours, et surtout le dimanche. D'ailleurs, je hais les dimanches. Et je hais les aéroports. Et je n'aime plus Bécaud. Et personne ne m'aime. Et je pense à ce couple superbe dont vous décrivez la cassure parce que l'un des deux est en partance. Alors, ils pleurent. Je veux dire tous les deux. Pour moi, Jacques, si un jour vous m'incluez dans l'une de vos chroniques chantées, vous n'aurez pas à préciser la longueur du pronom. Je pleure au singulier. Je pleure de n'avoir pas à pleurer de joie comme ces deux là le feront quand ils se retrouveront. Parce qu'ils se retrouveront. Moi, je vois le temps qui s'égrène et érode la force d'espérer. La solitude ronge le pouvoir de séduction, affaiblit les énergies et enlaidit prématurément : la peau devient jachère sans le frottement amoureux. J'ai oublié sur mon front le poids de la caresse d'une aile qui viendrait s'y déposer...
J'ai perdu celle que j'aimais et chez qui j'avais déposé mon coeur. Ma belle hôtesse s'est envolée il y a bien longtemps. Elle est montée trop confiante dans un avion trop blanc... Moi, je n'avais pas grand chose à faire : de loin, surveiller sa route, veiller à ce qu'il ne quitte pas son couloir de navigation. Bonne latitude, bonne longitude, bonne position pour notre amour.
Mon amour, qui était aux cieux, pourquoi sa volonté n'a pas été faite ? Et pourquoi, dans ce pays imbécile où elle allait poser le pied, un gros avion aveugle est venu percuter le sien ? On ne m'a ramené qu'une mèche de ses cheveux et qu'un peu de poussière de son coeur. Le mien battait encore, mais était grièvement blessé.
Nom de Dieu que c'est triste, Orly, le dimanche quand on vous apprend ça !
Mon métier aujourd'hui me paraîtrait bien dérisoire si je n'avais pour rappel à l'ordre tous ces couples qui se tiennent par les yeux devant la porte d'embarquement. Je n'ose rien pour eux. Je les vois fragiles du haut de ma tour "d'y voir".
J'ai oublié de vous le préciser : je suis un bien triste contrôleur aérien...

Désorienté,
l'Aiguilleur du Ciel.

Demain : le jardinier.

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24 mars 2010 3 24 /03 /mars /2010 17:49

"Je ne rentre plus nulle part

Je m'habille de nos rêves."

Jacques Brel, "Jojo"

Salut Jacques,

Quand je t'ai vu partir, la dernière fois, tout habillé de raide dans ton costume de bois, j'ai le souvenir de m'être dit : "Cette fois, c'est la Faucheuse qui l'a fringué". Tu quittais là tes oripeaux empesés d'amis donnés à donner à des amis empressés...
A l'époque, j'avais encore l'atelier de couture, le petit salon d'essayage, et mes deux dernières ouvrières. L'une d'elles s'est souvenue d'avoir surpiqué bon nombre de manteaux de velours dont tu vêtissais les pauvres et les malandrins, et l'autre, d'avoir taillé dans les étoiles des toiles dans lesquelles les marins se mouchaient...
Et puis, un souvenir en appelant un autre, nous avons évoqué les crinolines et les gibus, dessinés pour un Bruxelles de la Belle Epoque qui n'en finissait pas de bruxeller ; les petits bustiers noirs où s'engonçaient tes bigotes, et les grands chapeaux des bergers, mais aussi les habits de lumière, le peignoir rayé de la "dernière" à l'Olympia, les multitudes d'uniformes, les soutanes, les vareuses, les tuniques et les robes de bal... Tout est aujourd'hui dans les penderies du temps, protégé par anti-mythe. Tant pis pour les amis empressés...
Je me souviens -non sans douleur- de tes harems de femmes qu'il fallait habiller sur mesure afin qu'elles dépassent les cadres des souverains poncifs de trois minutes : femmes altières, de cuir, que l'on gantait jusqu'aux coudes, que l'on bottait jusqu'aux cuisses et qui nous fouettaient à coups de billets de cinq cents francs ; femmes douces, de coton, que l'on noyait dans l'or et la dentelle, et qui s'envolaient quand même, en semant des baisers et en chantant à tue-tête : "Ne me quitte pas... Ne me quitte pas..."
Je garde aussi en mémoire l'image de ces pauvres coeurs en haillons qui revenaient de la bataille, meurtris et fendus. Il fallait leur tricoter des fourreaux de laine avant qu'ils ne repartent guerroyer...
J'ai vendu mon atelier, j'ai licencié mes couturières (elles ont trouvé d'autres "patrons" !), mais j'ai gardé quelques échantillons des meilleurs cuir, des plus doux velours et des plus fines dentelles. Juste assez pour confectionner à ton intention ce que j'ai mis des années à mettre au point : la combinaison intersidérale pour atteindre l'inaccessible étoile...

Le Costumier.

Demain : l'aiguilleur du ciel.

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23 mars 2010 2 23 /03 /mars /2010 18:13

"Toi,
Toi si tu étais le Bon Dieu

Tu ne serais pas économe
De ciel bleu."


Jacques BREL, "Le Bon Dieu"

Monsieur Brel,

Votre dernière commande m'est bien parvenue.
Mais, encore une fois, vous me faites souffrir.
Je suis bien vieux maintenant, et si, hier, j'ai été un brillant alchismiste des couleurs, aujourd'hui, j'ai le sentiment d'être devenu un bien pâle scribouilleur.
Que diable ne m'avez-vous pas demandé, qu'ensemble pourtant nous avons réalisé : un gris plus gris que le gris qui pousse un canal au suicide, un noir mat qui incite un rouge vermillon à l'épouser, un bleu puissant capable d'éclabousser toute une ville, une teinte vin blanc avec laquelle vous vous avez repeint tous les coeurs dès le printemps, de la laine caca d'oie pour les tricots des dames patronnesses... Sans compter tous ces cieux que vous m'avez donnés à peindre, ces espaces à décorer, ces personnages à colorer ; la plus haute en couleurs étant peut-être Frida, tantôt blonde, tantôt brune, tantôt séductrice, tantôt destructrice...
J'oublie les camaïeux couleur des tours de Bruges à Gand, les centaines de milliers de fleurs multicolores, et aussi les quelques idées noires ébène, le joli blanc purificateur qui rend la mort moins désespérante aux naufragés, et encore les éléphants roses et les pensées moroses...
Je passe sur les faubourgs délavés, les enseignes ternies, les blasons à redorer, les sirènes écaillées...
Je ne m'étendrai pas plus sur le noir encre de Chine dont nous aspergions vos nuits, et le blanc laiteux des petits matins paumés, pas plus que sur le vert tendre de vos espoirs marbrés de veinules sépia...
Mais aujourd'hui, monsieur Brel, que me demandez-vous là : quatre tonnes de bleu ciel pour vous et votre ami Gauguin !
Hélas, mon laboratoire n'est plus encombré que de quelques pots poussiéreux de gris anthracite et de marron béton...
Les hommes nous ont tout sali, monsieur Brel, les hommes nous ont tout détruit.
Je n'ai plus goût à rien. J'ai perdu la notion du beau.
Je suis désolé de ne pouvoir, pour la première fois, vous satisfaire : je ne fabrique plus que de conventionnels albums à colorier...
Cordialement.
Votre dévoué,
Le marchand de couleurs.

Demain : le costumier.

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22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 17:38

               BREL, POSTE RESTANTE

"Mais le temps que s'allume
L'idée, sur le papier
Le temps de prendre une plume
Le temps de la tailler
Mais le temps de me dire
Comment vais-je l'écrire
Et le temps est venu
Où tu ne m'aimais plus"

Jacques BREL, "Chanson sans paroles"

Que l'on disserte aujourd'hui sur Brel, que l'on dissèque son oeuvre n'est pas gênant en soi. Ce qui l'est plus, c'est le caractère que revêt parfois cette manoeuvre. Si l'acte est dicté par une tension émotionnelle, il me semble posé est pardonné. Être sous le regard et l'appréciation des autres est l'un des statuts de l'homme populaire. Populaire, Brel le fut, certes, non pas comme une vedette adulée des masses -à ma connaissance, Brel n'a jamais lancé sa chemise en pâture au public- mais en tant que tribun. "Mes chansons me permettent d'exprimer certaines de mes indignations" se plaisait-il à dire. Il est très possible que le public ait trouvé en cet homme un "miroir familier" qui réflechissait certaines images et certains lieux communs...

Aborder des thèmes éternels, qu'il fut un des rares à savoir transcender était pour lui, au vu et au su de tout un chacun, vital. "Un jour, je pourrai m'arrêter de chanter, mais je ne m'arrêterai pas d'écrire." Il faut dire que les sources auxquelles cet assoiffé puisait son inspiration étaient intarissables : l'humain est démesurément grand et il en jaillit sans cesse du feu, de la sève, de l'eau et du sang et de la liqueur lacrymale et féconde. Lui, brave scribe, trempait sa plume dans l'encrier de sa sueur et écrivait...

En retour, il ne réclamait pas de réaction photo-sensible.

Brel fut avant tout un maçon instinctif façonnant sans cordeau ni fil à plomb des monuments intemporels dédiés aux choses de la vie.

Combien brûlent de lui dire aujourd'hui "Vous aviez raison" ou "Vous aviez tort", ou encore "Votre cathédrale de tendresse, elle tient toujours debout" ou  "Tous les matins, nous passons devant votre maison avec des tas de fenêtres" ?
J'ai donc tenté d'imaginer une correspondance fictive émanant d'êtres qui auraient ressenti la nécessité, sous le joug d'un souvenir personnel ou sous l'impulsion d'un mouvement de poésie, d'écrire à un homme tel Jacques Brel.

Joël Fauré

Demain : le marchand de couleurs.

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 20:55
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                                                      Numéro 1 (number one ?) de "Be"

            To be or not to be ?


"Le Journal du dimanche"
de ce dimanche a conforté en moi plusieurs bonnes raisons d'être attaché à cet hebdomadaire. Je le lis surtout et avant tout pour la chronique de Bernard Pivot, depuis que ce renégat a laissé la télévision se dépeindre sans lui (Il traite aujourd'hui d'un livre qui m'agrée assez : une l'histoire de l'obésité "Les métamorphoses du gras" de Georges Vigarello (Seuil).
Le "JDD" m'apporte régulièrement des articles de fond, intelligents et bien écrits. Ce jour encore, et sur deux pages, il relate le dénouement-acquittement de l'affaire Viguier (J'y reviendrai pour avoir passionnément "suivi" cette affaire, avec mon intime conviction que Jacques Viguier est innocent, et avant que l'opportuniste Yasmina Reza, venue aux assises d'Albi comme à Guignol ne se gargarise en coulures éditoriales... C'eût été Agatha Christie, passe encore et pouce !).
Mais je digresse. Alors que je n'ai pas le temps. Alors que nous n'avons pas le temps. Alors que les femmes de 20 à 35 ans n'ont pas le temps. Je lis : "Elles veulent tout, tout de suite". "Ces femmes actives", serai-je tenté de rajouter.
C'est le même JDD qui me l'apprend, qui me place sous les yeux un visuel me "proposant la botte". "On attend les bébés 9 mois, alors pour la paire de bottes, ce sera tout de suite !" "Tout de suite" stabiloté. Ce visuel vante les mérites d'un nouveau magazine féminin qui répond au nom de "Be" (Je suppose qu'il faut le prononer [Bi]) non pas dans son acception sexuelle -quoique, allez donc savoir avec les néo-concepteurs-, mais dans le sens britannique du verbe "to be", c'est à dire "être". Ce qui n'est pas mal et préférable au verbe avoir "have".
Le JDD ne fait pas mystère, dans un rédactionnel page médias, que le dernier né de la presse féminine est lancé par le groupe Lagardère Active, dont il est l'un des fleurons.
Vous serez, si vous le souhaitez, plus ample informé sur "Be" et ses déclinaisons autres que le papier en faisant ce qu'il faut là où il faut ; je vous fais confiance.
J'en viens enfin à ce qui motive cette présente livraison et qui a intercepté ma testostérone de fétichiste : le choix de l'argument de vente, du coeur de cible, du taux de pénétration : LA botte, LA cuissarde. Cet obscur objet du désir est véritablement en train de sortir de son purgatoire -elle en est à mi-tige- ; de voir le jour et le soleil lui donner l'éclat et l'esprit des primevères, alors qu'elle avait, pauvre fleur du bitume, le teint ténébreux et la réputation d'un oeillet.
L'agence publicitaire a demandé à plusieurs femmes -le trio-quota black, blanc, beur est respecté- de s'asseoir sur un canapé, et épanouies d'entourer l'une d'elles qui vient d'acquérir et d'enfiler, jambe tendue (faut-il y voir un symbole ?) une superbe paire de cuissardes.
Pouvoir et vouloir d'achat semblent mis de côté, franglais arboré toutes voiles dehors, le newspaper est shoe's addict. To buy or not to buy ? That is the question. N'est-ce pas, mon vieux Will ?

JF

img574.jpg

Une autre déclinaison de la campagne publicitaire.
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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 20:59

img562.jpgEn 1965, à BOBINO. Jean Ferrat et sa compagne Christine Sèvres, encadrés par Louis Aragon et Elsa Triolet. Photo DR.
                Jean des vils
 
           et Jean des chants
S'il a chanté la mort, c'était celle, privative, donnée au nom de quelques uniformes liberticides.
S'il a chanté l'âme, c'était le plus souvent celle des canons.
S'il a chanté la nature, c'était celle qu'il sentait déjà en péril.
S'il a chanté l'amour, c'était pour dire qu'il faisait perdre la raison.
Et pourtant, il avait réussi la prouesse de vous envelopper tous ces pessimismes dans du papier de soie et de vous les offrir les mains tendues, du velours dans la voix.
Jean Ferrat (Jean Tenenbaum à l'état-civil (Vaucresson (Hauts-de-Seine), 26 décembre 1930 -Antraigues-sur-Volane (Ardèche) 13 mars 2010) a été cueilli par la Camarde la veille d'une consultation électorale. Il y aurait bien quelque chose à dire...
Lui avait élu un idéal humain si simple qu'il en paraissait irréalisable.
Il faut croire qu'il nous faut des poux dans la tête pour avancer et de la laine sur le dos pour se "la brouter".
Il serait facile de reprendre les mots qu'il a si bien su se faire toucher entre eux pour nous toucher, à nous. Et évoquer le parcours et la carrière d'un homme que tous, comme un seul, saluent au même diapason. Je laisse ce soin aux gazettes qui l'ont copieusement fait aujourd'hui, et le feront demain.
Je ne retiendrais ici, alors que mille mots affleurent à mes lèvres -reprenez ses textes de chansons ; ce mot "lèvres" revient souvent- que deux noms : Christine Sèvres et Louis Aragon.
Christine Sèvres, sa compagne affectionnée, et Louis Aragon, son "égénie".
Eux trois nous manquent comme manquent les globules rouges.

JF

PS au technicien saissant et saisisseur de ce blog  :  Fais en sorte de publier ça le plus tot possible. Je sais, c'est baclé et nul à chier mais je l'ai pondu très vite alors que je suis malade à en crever bientôt. Mais je ne pouvais pas laisser partit Ferrat comme ça.

Pas de "blème" pour la photo ?

Surtout, pas de connerie, ne publie pas ce PS sur le blog.

Bye.
Jo.

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 21:06

Jean Ferrat

La montagne ne sera plus aussi belle

Si j'ai du mal à trouver les touches de mon clavier, c'est parce que Jean Ferrat est mort aujourd'hui, et que je pleure.
"Ma France", "Sa France" tourne en boucle dans mon lecteur de voix. Son velours va manquer au rugueux de la planète, qu'il quitte peut-être à temps.
Demain, il s'abstiendra d'aller voter aux "Provinciales". Il fera partie du plus grand parti politique de notre pays.
Salut mon ami, mon camarade, mon frère.

JF

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 16:24
9782021022483



                        SEVERE  MENT

Que ce soit dans la fiction ou la réalité, quand trois mastodontes de la condition humaine, l’argent, le sexe et la mort, se retrouvent en cohabitation serrée, tout peut arriver.

Ce sont ces ingrédients qu’a utilisé Régis Jauffret ("Lacrimosa", "Asiles de fous") dans sa dernière livraison livresque.

Nous sommes donc dans la littérature. Mais nous sommes aussi dans l’explicite. Les faits, tombés comme une dépêche de l’AFP : "Le banquier français Edouard Stern a été tué de quatre balles le 28 février 2005, à son domicile genevois lors de pratiques sadomasochistes. Sa maîtresse Cécile B., interpellée après les faits, est rapidement passée aux aveux. "Un million de dollars, c’est cher payé pour une pute" avait lancé Edouard Stern, peu avant d’ être tué, selon les déclarations de l’accusée, rapportées par ses avocats. Ce sont ces mots, a-t-elle affirmé qui l’ont poussée à tirer sur son amant, revêtu d’une combinaison en latex, cagoulé et chargé de liens."

Après "Le pull-over rouge", "La combinaison rose". La laine pour le premier ; le latex pour la seconde. Il y a de la matière.

Il y a de la matière pour un romancier qui, par ailleurs, a couvert le procès Stern pour le "Nouvel Observateur". Mais il s’en est échappé. "Je suis romancier, je mens comme un meurtrier" explique-t-il dans un nécessaire préambule.

Aussi le livre peut se lire sans référentiel. S’il fait vibrer les languettes du mécanisme qui est en chacun de nous, de la transgression et du voyeurisme, les véritables protagonistes sont gommés au bénéfice d’un texte habilement charpenté, avec des glissements imperceptibles, "joué" devant nous "à la Sarraute" : Lui. Il. Elle. Personnage 1. Personnage 2. A peine s'invente-t-elle un "Betty" de circonstance.

Lui : Bentley et Holster. Elle : Champagne et Lexomil. Assez pour faire parler le soufre.

Lui : richissime "dont chaque jour le personnel change les draps", "aux chaussures italiennes bâties autour des répliques en plâtre de [ses] pieds afin de ne pas les épuiser en séances d’essayage" , passionné par les femmes et surtout les armes ; ce dernier violon d’Ingres pouvant laisser penser qu’il a tendu le bâton pour se faire battre.

Elle : Mal née (Une mauvaise idée de papa"), devenue "secrétaire sexuelle "de "Lui", avec la bénédiction de son mari qui ferme les yeux, second couteau dans cette affaire...

Eux : Jouant avec les billets de banque comme avec des billets de "Monopoly", billets "... pareils à la paille dont on bourre la caisse pour transporter un objet précieux."
Mais "Elle" surtout en narratrice de toute cette histoire. De son délit flagrant qu’elle rend passionnel ou vengeur : "Si on jugeait les victimes, on les condamnerait souvent à des sanctions plus lourdes que leurs assassins". Jauffret ne donne la parole qu’à la défense. Si bien qu’on assiste tout du long le bourreau, du meurtre à la fuite puis à la reddition. La fuite en avion jusqu’en Australie, loin, "Je partais loin. Les meurtrières s’en vont. Les fuseaux horaires permettent de remonter le temps. De retrouver l’instant où rien n’a encore eu lieu, dans un pays où le crime ne sera pas commis". Cette fuite qui fait l’épine dorsale du roman, un "fly movie" où dans le mélange alcool / anxiolytique (ça potentialise) et près d’un passager obèse qui la fait valoir, elle se raconte : elle voulait un enfant de "Lui":
"Ma soeur m’avait conseillé de percer avec une aiguille les préservatifs à travers l’étui. Dans le cas où il s’abstiendrait trop longtemps de me pénétrer par la voie vulvaire, son sperme se diluerait dans ma bouche avant que je m’insémine du bout des doigts."

Amours avortés, amours à rebours, jeux sexuels, l’argent du sexe et le sexe de l’argent, tout y passe. Jusqu’à la phrase assassine, cet argent promis : "Un million de dollars, c’est cher payé pour une pute." Mais comme elle aura été une piètre meurtrière, elle sera une pleutre fuyarde. Parvenue à Sidney, elle retourne sur les lieux du crime. L’assassin y revient toujours. Elle se rend.

Qu’ont en commun une maîtresse (dans toutes les acceptions du terme), une dépression nerveuse et une peine ? Elles peuvent être sévères toutes les trois.

Joël Fauré


-----
EN MARGE

"A propos de bottes".


L’affaire Stern avait éveillé en moi les stimuli du fétichiste revendiqué de la cuissarde. Je n’appellerai pas Cécile Brossard dans sa prison (Elle purge une peine de 8 ans) pour lui demander si elle portait des bottes ou des cuissardes le jour du drame.

"Libération" écrit, le 10 juin 2009, sous la plume de Renaud Lecadre, et le titre "La combinaison perdante du banquier" : "Circonstance particulière : l’homme était revêtu d’une combinaison intégrale en latex, nonobstant trois trous pour les yeux et la bouche ; la femme de cuissardes et d’un collant pourvu d’un orifice pubien."

Régis Jauffret, sur les 161 pages de son "Sévère" utilise trois fois le mot "bottes", jamais le mot "cuissardes". Il faudra que je lui écrive, peut-être..

Il faut attendre la page 112 : "Les talons de mes bottes râpaient la moquette".

Page 129 : "Il ne me résistait plus, je sentais son besoin de ramper, d’essayer de s’accrocher à mes jambes chaque fois qu’il recevait un coup de botte".

Page 155 :  "J’ai remis mes bottes à talons".


JF

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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 16:28

img559La vache. Photo JF.

           ON VA VOIR LES VACHES ?

I
"Il y avait des vaches, des veaux et des taureaux / Une vache qui mâche, c'est beau" chantait mon grand ami Charles Trenet que j'ai très bien connu quoi qu'en disent les mauvaises langues. Et j'entends encore Mireille, depuis son petit convervatoire feutré, lui répondre : "Il ne faut pas que je vous cache / Que j'eus toujours la sainte horreur des vaches". A faire et parler salon, parlons de celui de l'Agriculture, "la plus grande ferme du monde" qui s'est ouvert -les patins ne sont pas indispensables- avant avant hier Porte de Versailles à Paris.

Les paysans, on le sait, ne sont pas à la fête. Qu'ils soient céréaliers ou éleveurs, leur grain et leur lait, au nom d' "énigmatiques transformations", les bernent comme dindons de la farce.

Il faut bien se résoudre à parler de politique, agricole commune s'entend (PAC), car il est bien fini le temps des petites exploitations à deux bêtes et trois sillons. Aujourd'hui, les gens de la terre sont tous devenus des chefs d'entreprise, soumis aux règles du marché.

Leurs "Salers" sont dérisoires et leurs "Aubrac" ric-rac.

Je me suis surpris à penser qu'il était heureux que le président de la République en vigueur, qui est tacitement le Chef des Armées, ne le soit pas des emblavures. Le président n'aime pas la campagne. Il le dit ouvertement. Ou le fait dire. "Pur citadin, le chef de l'Etat est étranger au monde rural" écrit Antoine Guiral,  dans "Libération" de samedi, sous le titre "Sarkozy, président hors-champ", avant de poursuivre et de faire parler Jean-Michel Lemetayer, le bien nommé président de la FNSEA : "Le président Sarkozy a beaucoup de difficultés avec la campagne, avec le monde paysan". Les paysans le lui rendent bien, qui refusent de lui serrer la paluche et lui font tenir des propos déjà entrés dans l'Histoire : "Kasstoipovcon", traduction phonétique de "Casse-toi, pauvre con !"

Que faut-il faire pour réconcilier les deux présidents ? Un G2 sur la pelouse de Reuilly serait un début de compromis.

Que ne faut-il pas faire pour ne pas titrer "Mors aux vaches" (Mais pas celles qu'on croit) tout en voulant en faire l'éloge, avec tout ce qui gravite autour d'elles : les mouches, les trains et la même accusation que "l'effet papillon" : leurs pets que les "climatopessimistes" stigmatisent comme réchauds de banquise ?

Que ne faut-il pas faire pour placer habilement sur un blog de plouc un sketch de Raymond Devos, que je n'ai pas très bien connu, que je n'ai croisé que deux fois sans oser l'aborder [NDLR : Menteur !] ? Ce sketch, le voici.

 


"Vous avez vu ce qu'il s'est passé à la dernière conférence des neuf ministres agricoles ?
Les neuf ministres étaient dans la salle.
Ils discutaient du prix du porc.
Il y a un paysan mécontent qui a fait rentrer neuf veaux.
Une confusion !
On ne savait plus qui était qui !
A la fin de la conférence, le paysan a remporté ses veaux.
Dans la mêlée générale, il n'en a remporté que huit.
Il a emmené un ministre avec.
On ne dit pas lequel, hein.
Il n'y a que sur le marché qu'ils s'en sont aperçus.
Au moment de vendre les veaux, il y en avait un qui était invendable.
Car un ministre, ça ne se vend pas.
Ca s'achète parfois..."

RD et JF

 


 

img560Une photo récente de vaches et.... de Joël Fauré. Photo DR.

 

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