22 mars 2010 1 22 /03 /mars /2010 17:38

               BREL, POSTE RESTANTE

"Mais le temps que s'allume
L'idée, sur le papier
Le temps de prendre une plume
Le temps de la tailler
Mais le temps de me dire
Comment vais-je l'écrire
Et le temps est venu
Où tu ne m'aimais plus"

Jacques BREL, "Chanson sans paroles"

Que l'on disserte aujourd'hui sur Brel, que l'on dissèque son oeuvre n'est pas gênant en soi. Ce qui l'est plus, c'est le caractère que revêt parfois cette manoeuvre. Si l'acte est dicté par une tension émotionnelle, il me semble posé est pardonné. Être sous le regard et l'appréciation des autres est l'un des statuts de l'homme populaire. Populaire, Brel le fut, certes, non pas comme une vedette adulée des masses -à ma connaissance, Brel n'a jamais lancé sa chemise en pâture au public- mais en tant que tribun. "Mes chansons me permettent d'exprimer certaines de mes indignations" se plaisait-il à dire. Il est très possible que le public ait trouvé en cet homme un "miroir familier" qui réflechissait certaines images et certains lieux communs...

Aborder des thèmes éternels, qu'il fut un des rares à savoir transcender était pour lui, au vu et au su de tout un chacun, vital. "Un jour, je pourrai m'arrêter de chanter, mais je ne m'arrêterai pas d'écrire." Il faut dire que les sources auxquelles cet assoiffé puisait son inspiration étaient intarissables : l'humain est démesurément grand et il en jaillit sans cesse du feu, de la sève, de l'eau et du sang et de la liqueur lacrymale et féconde. Lui, brave scribe, trempait sa plume dans l'encrier de sa sueur et écrivait...

En retour, il ne réclamait pas de réaction photo-sensible.

Brel fut avant tout un maçon instinctif façonnant sans cordeau ni fil à plomb des monuments intemporels dédiés aux choses de la vie.

Combien brûlent de lui dire aujourd'hui "Vous aviez raison" ou "Vous aviez tort", ou encore "Votre cathédrale de tendresse, elle tient toujours debout" ou  "Tous les matins, nous passons devant votre maison avec des tas de fenêtres" ?
J'ai donc tenté d'imaginer une correspondance fictive émanant d'êtres qui auraient ressenti la nécessité, sous le joug d'un souvenir personnel ou sous l'impulsion d'un mouvement de poésie, d'écrire à un homme tel Jacques Brel.

Joël Fauré

Demain : le marchand de couleurs.

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21 mars 2010 7 21 /03 /mars /2010 20:55
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                                                      Numéro 1 (number one ?) de "Be"

            To be or not to be ?


"Le Journal du dimanche"
de ce dimanche a conforté en moi plusieurs bonnes raisons d'être attaché à cet hebdomadaire. Je le lis surtout et avant tout pour la chronique de Bernard Pivot, depuis que ce renégat a laissé la télévision se dépeindre sans lui (Il traite aujourd'hui d'un livre qui m'agrée assez : une l'histoire de l'obésité "Les métamorphoses du gras" de Georges Vigarello (Seuil).
Le "JDD" m'apporte régulièrement des articles de fond, intelligents et bien écrits. Ce jour encore, et sur deux pages, il relate le dénouement-acquittement de l'affaire Viguier (J'y reviendrai pour avoir passionnément "suivi" cette affaire, avec mon intime conviction que Jacques Viguier est innocent, et avant que l'opportuniste Yasmina Reza, venue aux assises d'Albi comme à Guignol ne se gargarise en coulures éditoriales... C'eût été Agatha Christie, passe encore et pouce !).
Mais je digresse. Alors que je n'ai pas le temps. Alors que nous n'avons pas le temps. Alors que les femmes de 20 à 35 ans n'ont pas le temps. Je lis : "Elles veulent tout, tout de suite". "Ces femmes actives", serai-je tenté de rajouter.
C'est le même JDD qui me l'apprend, qui me place sous les yeux un visuel me "proposant la botte". "On attend les bébés 9 mois, alors pour la paire de bottes, ce sera tout de suite !" "Tout de suite" stabiloté. Ce visuel vante les mérites d'un nouveau magazine féminin qui répond au nom de "Be" (Je suppose qu'il faut le prononer [Bi]) non pas dans son acception sexuelle -quoique, allez donc savoir avec les néo-concepteurs-, mais dans le sens britannique du verbe "to be", c'est à dire "être". Ce qui n'est pas mal et préférable au verbe avoir "have".
Le JDD ne fait pas mystère, dans un rédactionnel page médias, que le dernier né de la presse féminine est lancé par le groupe Lagardère Active, dont il est l'un des fleurons.
Vous serez, si vous le souhaitez, plus ample informé sur "Be" et ses déclinaisons autres que le papier en faisant ce qu'il faut là où il faut ; je vous fais confiance.
J'en viens enfin à ce qui motive cette présente livraison et qui a intercepté ma testostérone de fétichiste : le choix de l'argument de vente, du coeur de cible, du taux de pénétration : LA botte, LA cuissarde. Cet obscur objet du désir est véritablement en train de sortir de son purgatoire -elle en est à mi-tige- ; de voir le jour et le soleil lui donner l'éclat et l'esprit des primevères, alors qu'elle avait, pauvre fleur du bitume, le teint ténébreux et la réputation d'un oeillet.
L'agence publicitaire a demandé à plusieurs femmes -le trio-quota black, blanc, beur est respecté- de s'asseoir sur un canapé, et épanouies d'entourer l'une d'elles qui vient d'acquérir et d'enfiler, jambe tendue (faut-il y voir un symbole ?) une superbe paire de cuissardes.
Pouvoir et vouloir d'achat semblent mis de côté, franglais arboré toutes voiles dehors, le newspaper est shoe's addict. To buy or not to buy ? That is the question. N'est-ce pas, mon vieux Will ?

JF

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Une autre déclinaison de la campagne publicitaire.
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14 mars 2010 7 14 /03 /mars /2010 20:59

img562.jpgEn 1965, à BOBINO. Jean Ferrat et sa compagne Christine Sèvres, encadrés par Louis Aragon et Elsa Triolet. Photo DR.
                Jean des vils
 
           et Jean des chants
S'il a chanté la mort, c'était celle, privative, donnée au nom de quelques uniformes liberticides.
S'il a chanté l'âme, c'était le plus souvent celle des canons.
S'il a chanté la nature, c'était celle qu'il sentait déjà en péril.
S'il a chanté l'amour, c'était pour dire qu'il faisait perdre la raison.
Et pourtant, il avait réussi la prouesse de vous envelopper tous ces pessimismes dans du papier de soie et de vous les offrir les mains tendues, du velours dans la voix.
Jean Ferrat (Jean Tenenbaum à l'état-civil (Vaucresson (Hauts-de-Seine), 26 décembre 1930 -Antraigues-sur-Volane (Ardèche) 13 mars 2010) a été cueilli par la Camarde la veille d'une consultation électorale. Il y aurait bien quelque chose à dire...
Lui avait élu un idéal humain si simple qu'il en paraissait irréalisable.
Il faut croire qu'il nous faut des poux dans la tête pour avancer et de la laine sur le dos pour se "la brouter".
Il serait facile de reprendre les mots qu'il a si bien su se faire toucher entre eux pour nous toucher, à nous. Et évoquer le parcours et la carrière d'un homme que tous, comme un seul, saluent au même diapason. Je laisse ce soin aux gazettes qui l'ont copieusement fait aujourd'hui, et le feront demain.
Je ne retiendrais ici, alors que mille mots affleurent à mes lèvres -reprenez ses textes de chansons ; ce mot "lèvres" revient souvent- que deux noms : Christine Sèvres et Louis Aragon.
Christine Sèvres, sa compagne affectionnée, et Louis Aragon, son "égénie".
Eux trois nous manquent comme manquent les globules rouges.

JF

PS au technicien saissant et saisisseur de ce blog  :  Fais en sorte de publier ça le plus tot possible. Je sais, c'est baclé et nul à chier mais je l'ai pondu très vite alors que je suis malade à en crever bientôt. Mais je ne pouvais pas laisser partit Ferrat comme ça.

Pas de "blème" pour la photo ?

Surtout, pas de connerie, ne publie pas ce PS sur le blog.

Bye.
Jo.

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13 mars 2010 6 13 /03 /mars /2010 21:06

Jean Ferrat

La montagne ne sera plus aussi belle

Si j'ai du mal à trouver les touches de mon clavier, c'est parce que Jean Ferrat est mort aujourd'hui, et que je pleure.
"Ma France", "Sa France" tourne en boucle dans mon lecteur de voix. Son velours va manquer au rugueux de la planète, qu'il quitte peut-être à temps.
Demain, il s'abstiendra d'aller voter aux "Provinciales". Il fera partie du plus grand parti politique de notre pays.
Salut mon ami, mon camarade, mon frère.

JF

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8 mars 2010 1 08 /03 /mars /2010 16:24
9782021022483



                        SEVERE  MENT

Que ce soit dans la fiction ou la réalité, quand trois mastodontes de la condition humaine, l’argent, le sexe et la mort, se retrouvent en cohabitation serrée, tout peut arriver.

Ce sont ces ingrédients qu’a utilisé Régis Jauffret ("Lacrimosa", "Asiles de fous") dans sa dernière livraison livresque.

Nous sommes donc dans la littérature. Mais nous sommes aussi dans l’explicite. Les faits, tombés comme une dépêche de l’AFP : "Le banquier français Edouard Stern a été tué de quatre balles le 28 février 2005, à son domicile genevois lors de pratiques sadomasochistes. Sa maîtresse Cécile B., interpellée après les faits, est rapidement passée aux aveux. "Un million de dollars, c’est cher payé pour une pute" avait lancé Edouard Stern, peu avant d’ être tué, selon les déclarations de l’accusée, rapportées par ses avocats. Ce sont ces mots, a-t-elle affirmé qui l’ont poussée à tirer sur son amant, revêtu d’une combinaison en latex, cagoulé et chargé de liens."

Après "Le pull-over rouge", "La combinaison rose". La laine pour le premier ; le latex pour la seconde. Il y a de la matière.

Il y a de la matière pour un romancier qui, par ailleurs, a couvert le procès Stern pour le "Nouvel Observateur". Mais il s’en est échappé. "Je suis romancier, je mens comme un meurtrier" explique-t-il dans un nécessaire préambule.

Aussi le livre peut se lire sans référentiel. S’il fait vibrer les languettes du mécanisme qui est en chacun de nous, de la transgression et du voyeurisme, les véritables protagonistes sont gommés au bénéfice d’un texte habilement charpenté, avec des glissements imperceptibles, "joué" devant nous "à la Sarraute" : Lui. Il. Elle. Personnage 1. Personnage 2. A peine s'invente-t-elle un "Betty" de circonstance.

Lui : Bentley et Holster. Elle : Champagne et Lexomil. Assez pour faire parler le soufre.

Lui : richissime "dont chaque jour le personnel change les draps", "aux chaussures italiennes bâties autour des répliques en plâtre de [ses] pieds afin de ne pas les épuiser en séances d’essayage" , passionné par les femmes et surtout les armes ; ce dernier violon d’Ingres pouvant laisser penser qu’il a tendu le bâton pour se faire battre.

Elle : Mal née (Une mauvaise idée de papa"), devenue "secrétaire sexuelle "de "Lui", avec la bénédiction de son mari qui ferme les yeux, second couteau dans cette affaire...

Eux : Jouant avec les billets de banque comme avec des billets de "Monopoly", billets "... pareils à la paille dont on bourre la caisse pour transporter un objet précieux."
Mais "Elle" surtout en narratrice de toute cette histoire. De son délit flagrant qu’elle rend passionnel ou vengeur : "Si on jugeait les victimes, on les condamnerait souvent à des sanctions plus lourdes que leurs assassins". Jauffret ne donne la parole qu’à la défense. Si bien qu’on assiste tout du long le bourreau, du meurtre à la fuite puis à la reddition. La fuite en avion jusqu’en Australie, loin, "Je partais loin. Les meurtrières s’en vont. Les fuseaux horaires permettent de remonter le temps. De retrouver l’instant où rien n’a encore eu lieu, dans un pays où le crime ne sera pas commis". Cette fuite qui fait l’épine dorsale du roman, un "fly movie" où dans le mélange alcool / anxiolytique (ça potentialise) et près d’un passager obèse qui la fait valoir, elle se raconte : elle voulait un enfant de "Lui":
"Ma soeur m’avait conseillé de percer avec une aiguille les préservatifs à travers l’étui. Dans le cas où il s’abstiendrait trop longtemps de me pénétrer par la voie vulvaire, son sperme se diluerait dans ma bouche avant que je m’insémine du bout des doigts."

Amours avortés, amours à rebours, jeux sexuels, l’argent du sexe et le sexe de l’argent, tout y passe. Jusqu’à la phrase assassine, cet argent promis : "Un million de dollars, c’est cher payé pour une pute." Mais comme elle aura été une piètre meurtrière, elle sera une pleutre fuyarde. Parvenue à Sidney, elle retourne sur les lieux du crime. L’assassin y revient toujours. Elle se rend.

Qu’ont en commun une maîtresse (dans toutes les acceptions du terme), une dépression nerveuse et une peine ? Elles peuvent être sévères toutes les trois.

Joël Fauré


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EN MARGE

"A propos de bottes".


L’affaire Stern avait éveillé en moi les stimuli du fétichiste revendiqué de la cuissarde. Je n’appellerai pas Cécile Brossard dans sa prison (Elle purge une peine de 8 ans) pour lui demander si elle portait des bottes ou des cuissardes le jour du drame.

"Libération" écrit, le 10 juin 2009, sous la plume de Renaud Lecadre, et le titre "La combinaison perdante du banquier" : "Circonstance particulière : l’homme était revêtu d’une combinaison intégrale en latex, nonobstant trois trous pour les yeux et la bouche ; la femme de cuissardes et d’un collant pourvu d’un orifice pubien."

Régis Jauffret, sur les 161 pages de son "Sévère" utilise trois fois le mot "bottes", jamais le mot "cuissardes". Il faudra que je lui écrive, peut-être..

Il faut attendre la page 112 : "Les talons de mes bottes râpaient la moquette".

Page 129 : "Il ne me résistait plus, je sentais son besoin de ramper, d’essayer de s’accrocher à mes jambes chaque fois qu’il recevait un coup de botte".

Page 155 :  "J’ai remis mes bottes à talons".


JF

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2 mars 2010 2 02 /03 /mars /2010 16:28

img559La vache. Photo JF.

           ON VA VOIR LES VACHES ?

I
"Il y avait des vaches, des veaux et des taureaux / Une vache qui mâche, c'est beau" chantait mon grand ami Charles Trenet que j'ai très bien connu quoi qu'en disent les mauvaises langues. Et j'entends encore Mireille, depuis son petit convervatoire feutré, lui répondre : "Il ne faut pas que je vous cache / Que j'eus toujours la sainte horreur des vaches". A faire et parler salon, parlons de celui de l'Agriculture, "la plus grande ferme du monde" qui s'est ouvert -les patins ne sont pas indispensables- avant avant hier Porte de Versailles à Paris.

Les paysans, on le sait, ne sont pas à la fête. Qu'ils soient céréaliers ou éleveurs, leur grain et leur lait, au nom d' "énigmatiques transformations", les bernent comme dindons de la farce.

Il faut bien se résoudre à parler de politique, agricole commune s'entend (PAC), car il est bien fini le temps des petites exploitations à deux bêtes et trois sillons. Aujourd'hui, les gens de la terre sont tous devenus des chefs d'entreprise, soumis aux règles du marché.

Leurs "Salers" sont dérisoires et leurs "Aubrac" ric-rac.

Je me suis surpris à penser qu'il était heureux que le président de la République en vigueur, qui est tacitement le Chef des Armées, ne le soit pas des emblavures. Le président n'aime pas la campagne. Il le dit ouvertement. Ou le fait dire. "Pur citadin, le chef de l'Etat est étranger au monde rural" écrit Antoine Guiral,  dans "Libération" de samedi, sous le titre "Sarkozy, président hors-champ", avant de poursuivre et de faire parler Jean-Michel Lemetayer, le bien nommé président de la FNSEA : "Le président Sarkozy a beaucoup de difficultés avec la campagne, avec le monde paysan". Les paysans le lui rendent bien, qui refusent de lui serrer la paluche et lui font tenir des propos déjà entrés dans l'Histoire : "Kasstoipovcon", traduction phonétique de "Casse-toi, pauvre con !"

Que faut-il faire pour réconcilier les deux présidents ? Un G2 sur la pelouse de Reuilly serait un début de compromis.

Que ne faut-il pas faire pour ne pas titrer "Mors aux vaches" (Mais pas celles qu'on croit) tout en voulant en faire l'éloge, avec tout ce qui gravite autour d'elles : les mouches, les trains et la même accusation que "l'effet papillon" : leurs pets que les "climatopessimistes" stigmatisent comme réchauds de banquise ?

Que ne faut-il pas faire pour placer habilement sur un blog de plouc un sketch de Raymond Devos, que je n'ai pas très bien connu, que je n'ai croisé que deux fois sans oser l'aborder [NDLR : Menteur !] ? Ce sketch, le voici.

 


"Vous avez vu ce qu'il s'est passé à la dernière conférence des neuf ministres agricoles ?
Les neuf ministres étaient dans la salle.
Ils discutaient du prix du porc.
Il y a un paysan mécontent qui a fait rentrer neuf veaux.
Une confusion !
On ne savait plus qui était qui !
A la fin de la conférence, le paysan a remporté ses veaux.
Dans la mêlée générale, il n'en a remporté que huit.
Il a emmené un ministre avec.
On ne dit pas lequel, hein.
Il n'y a que sur le marché qu'ils s'en sont aperçus.
Au moment de vendre les veaux, il y en avait un qui était invendable.
Car un ministre, ça ne se vend pas.
Ca s'achète parfois..."

RD et JF

 


 

img560Une photo récente de vaches et.... de Joël Fauré. Photo DR.

 

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26 février 2010 5 26 /02 /février /2010 17:46

                      COMME UN TABLEAU FAUVE

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"La Dépêche du Midi" (Edition Nord-Est) 26 février 2009

Sur la couverture, une affiche du cirque Amar claironne la venue de Jeannette Mac Donald et ses dix lions. Joël Fauré a choisi cette illustration pour un ouvrage qu'il va publier, cette année. Il s'intitule "Comme un tableau fauve" avec en sous-titre "La vie extraordinaire de Jeannette Mac Donald et un peu de la mienne".
Car la route de l'auteur buzétois a croisé celle de la grande dompteuse en 1973 lorsque le directeur du zoo de Buzet-sur-Tarn a accueilli Jeannette et sa petite ménagerie avec tout de même cinq lions, des singes et 35 chiens. Joël avait 11ans, des rêves de l'enfant de "Cinéma Paradiso" et Jeannette, 55 ans, fatiguée par l'errance avec ses enfants-animaux et échouée à Buzet qui sera sa dernière étape pendant 24 ans avant que ne brûle sa caravane et qu'elle décède en 1999 dans une maison de retraite à Grenade-sur-Garonne.

LA PLUS GRANDE DOMPTEUSE DE FAUVES

 

Avec un brin de malice, Joël Fauré prévient le lecteur qu'il ne s'agit pas d'un livre sur Jeannette Mac Donald qu'il considère comme un personnage de fiction tant l'itinéraire de cette femme paraît fabuleux. Pourtant l'auteur, maniaque comme peut l'être quelqu'un qui souffre de TOC (troubles obsessionnels compulsifs) n'a pas compté ses heures pour retrouver des bribes de la vie et de l'époustouflante carrière de Jeannette Mac Donald.

Dans la première partie de l'ouvrage, Joël Fauré évoque les premiers pas de cette enfant de la balle, fille et petite-fille de dompteur qui sera une enfant-actrice, notamment auprès de Maurice Chevalier, débutera en piste à l'âge de 15 ans comme charmeuse de serpents avant d'être la seule femme au monde à présenter un groupe de dix lions.

Ce n'est pas l'itinéraire d'un enfant gâté car Jeannette, vedette du cirque Amar, verra sa vie basculer en 1967 à Alger lorsque brûle son cirque, la laissant dans la rue avec huit lions, deux ours, une éléphante, une hyène, etc.

 

LE DERNIER VOYAGE EN FORET DE BUZET

 

La deuxième partie du livre est plus intéressante parce qu'elle est écrite par un témoin direct du parcours semé d'embûches de la directrice du zoo de Buzet. Joël Fauré, en chroniqueur soucieux de décrire serré, n'ébarbe rien de la vie difficile de l'ancienne gloire des pistes de cirque, faisant les poubelles, vendant de la ferraille pour nourrir ses animaux, croisant le fer avec Brigitte Bardot qui s'était émue de ce qu'elle considérait comme un "mouroir".

L'ouvrage devrait être abondamment illustré par des dizaines de photos, de fac-similé de lettres, d'articles, d'affiches.

Parmi ces documents : une photo de Jeannette avec le grand dompteur Frédéric Edelstein, prise en mars 1999 lors de la venue du cirque Pinder à Toulouse. C'était quelques semaines avant la mort de l'amie des bêtes.

Jeanne Corfdir dite Jeannette Mac Donald repose à Bessières dans le caveau familial d'un ami qui a tenu à l'ouvrir à cette grande dame qui était sans famille. Aujourd'hui, Joël Fauré écrit plus qu'une épitaphe.

 

Henri Beulay

Le texte est chez l'imprimeur. Nous travaillons pour faire de cet ouvrage un bel objet, mais avant tout, la trace d'un destin exceptionnel. La presse (et en particulier "La Dépêche du Midi") qui a toujours aidé et soutenu Jeannette n'est pas amnésique et nous fait l'honneur, aujourd'hui, par la plume d'Henri Beulay, de "couvrir" l'annonce de publication de ce texte, que les fidèles de ce blog ont déja pu lire en intégralité.
Que soient remerciés celles et ceux qui sont venus, qui viendront découvrir ; celles et ceux qui reviendront redécouvrir sur le papier, au delà du "Cercle Enchanté", une histoire extraordinaire, mais aussi butiner l'humilité d'une grande leçon de vie.

JF

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23 février 2010 2 23 /02 /février /2010 17:29

img556                                                Flyer "Compagnie Victoria Régia"

                         LE BAISER DE LA VEUVE :

                       TOURNANTE ET RETOURNANTE

"Partout où l’on joue une de mes pièces, j’ai une maison" aime dire Israël Horovitz, dramaturge américain le plus joué en France (dixit "Wikipédia"). Qu’il sache qu’à Toulouse, Yvon Victor, de la Compagnie "Victoria Régia", vient de lui ériger un coquet pavillon, et que ses locataires sont bien sous tous rapports. Au concours d’architectes, il accède avec mention "très bien".

J’ai eu la chance de croiser le jovial visage d’Yvon Victor plusieurs fois au théâtre de Poche, et l’honneur de déjeuner à la même table qu’Israël Horovitz, que je tiens comme une réincarnation de Beckett. C’était en 1998, au festival de théâtre de Chatillon-sur-Chalaronne, où mon "parrain" de théâtre Jean-Paul Alègre m’avait invité. D’Horovitz, j’avais lu et apprécié "Le Premier", "Didascalies" et surtout "Le baiser de la veuve" placée dans mon "panthéon personnel" comme étant une de ces pièces  à atmosphère affectionnées, quelque part entre un Jack Kerouac "sur la route" et une peinture de "Hopper", "La station service", par exemple.

Tout ceci était amplement suffisant pour me faire asseoir face à la scène de la "Cave Poésie René Gouzenne", afin de tenir le quatrième mur de la maison Horovitz, à Massachusets-sur-Garonne et apprécier ce que fait du veuvage la comédienne Marine Collet, dans le triangle conflictuel où son auteur l’a placée. Aux angles isocèles, Grégory Felzines et Jean Gary. Alias Betty Stark, Bob dit "Le Bélier" et "Georges" dit "La Crevette".

Un critique sans sève pourrait dire de la pièce "Le baiser de la veuve" version Yvon Victor que, s’il existait une cérémonie de remise des tomates en caoutchouc, elle ne serait pas "nominée".

On le saura de suite : d’abord, la mise en scène est astucieuse. Ensuite, le texte est respecté. Enfin, le jeu d’acteur, réussi, est physiquement intellectuel ou intellectuellement physique, si l’on sait que cette sombre histoire convoque les thèmes de la mémoire, de la rivalité, des rapports de force et de la vengeance. Il est question de mort et de petite mort.

Nous sommes dans l’Amérique profonde, dans un atelier de recyclage de papier où bossent, luttent et chahutent "Le Bélier" et "La Crevette". Betty Starck revient "au pays". Un article dans la presse le dit. Bob et Georges en sont tout émoustillés. Bob prétend qu’elle lui a donné rancard. Georges ronge son frein.

Elle est jolie, elle sent bon, elle réfléchit ; elle a réussi sa vie ("Elle a fait 2 fois le tour du monde" ; "Elle fait de la critique. Elle donne des notes.") ; elle porte des bas noirs et des bottes noires à talons biseautés qui claquent. Ca compte.

Ils sentent la sueur, la graisse de leur presse à papier ; ils ont des pompes trouées et des "Marcel" de débardeurs auréolés de cambouis, un langage de faux marlous et quand ils s’expriment, c’est souvent avec leurs poings.

Trois fois elle dira : "Absolument" ; dix fois, ils diront : "Ca me la coupe".

Au départ, elle n’est pas venue pour se venger : elle est simplement venue au chevet de son frère aveugle, agonisant.

Ils se souviennent et ils évoquent. Et ils rêvent de "posséder poétiquement" cette femme devenue et restée belle, malgré son veuvage et surtout malgré le trauma, qui refait surface, dans le marigot des souvenances. "Devenue et restée" parce qu’ils l’ont connue avant. Sur les mêmes bancs du lycée. Et même que, oui, c’est bien clair maintenant, même que, le soir de la fête de fin d’année scolaire, après boire, ils ont abusé d’elle, sur la plage, tous tant qu’ils étaient."Le Bélier, la Crevette et les autres..." Et même qu’en cherchant bien, ils se souviennent de tout. "C’était qui le premier ?". "C’était qui qui maintenait les cuisses écartées ?".

Alors Betty va changer de registre. La femme-objet, la femme-jouet va se muer en femme-missile. Elle va ouvrir tout grand son corsage et agiter ses petits seins comme des grenades. La veuve noire deviendra succube. Il y aura guerre et dommages collatéraux chez les civils...

 

Je décerne des lauriers personnels à Marine Collet -qui rejoint "l’abattage" d’une Sylvie Maury- tout en subtilité et en nuances, belle et belle en voix, et je ne lui dirais pas non si elle me propose de "chausser" le rôle de "la botteresse" dans ma pièce "L’Employé aux écritures", dont le texte est lisible sur ce blog.

 


Joël Fauré

 


"Le baiser de la veuve"
  d’Israël Horovitz est publié chez "Editions Théâtrales"


Marine Collet. Photo Patrick Moll.

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Dans les rues de Chatillon-sur-Chalaronne, de gauche à droite : Jean-Paul Alègre, Danièle Dumas (Rédactrice en Chef de "L'Avant-Scène Théâtre") et Israël Horovitz. 1998. Photo JF.

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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 17:36

img555.jpgPhoto Junko Kimura. GETTY IMAGES. AFP.

        PEINE PLANCHER


S
i j’arrive à me faire à l’idée qu’adolescent, je fus traumatisé, au moment de passer mon permis de conduire par cette équation à une inconnue : dans une automobile, il y a trois pédales et je n’ai que deux pieds, je reste stupéfait, près de trente après, alors que j’ai pas mal de route à mon compteur et de volant collé à mes mains, par ce qui arrive à cette Société aux deux anneaux entrelacés formant un "T", qui me paraît fort de café et gros comme du gros sel.
L
e dire est déjà "hénaurme" : la pédale de frein ne freine plus, celle d’accélération reste coincée. Pire que tous mes cauchemars réunis ! Le voir écrit tempère les angoissés : "Un dysfonctionnement de pédale d’accélérateur" et "une sensation d’inconfort de freinage". C’est ce qu’on peut lire dans les pleines pages des journaux que la Marque a dû payer sans crédit revolving pour s’expliquer, un peu comme si un dictionnaire se fendait d’un erratum -et ça c’est déjà vu- : "Une regrettable erreur a fait intervertir les légendes des champignons comestibles et des champignons mortels." "Les survivants auront rectifié d’eux-mêmes"  se donnant pour chute  à ceux qui pratiquent l’humour noir et ceux qui aiment rire jaune.

Depuis que l’on construit des automobiles, on n’a cessé d’apporter des améliorations et des améliorations aux améliorations, et il n’est qu’à voir le parc des "véhicules terrestres à moteur", leurs beaux atours et la large palette de ses concepteurs, de ses utilisateurs,  de ses adulateurs ; il n’est qu’à songer deux secondes au riche vocabulaire et à la symbolique forte de la bagnole, la tire, la caisse ; il n’est, sans aller chercher bien loin, qu’à se souvenir de l’invention de la roue pour être subitement rappelé à l’ordre dans son élan. Par l’essentiel. Savoir avancer. Savoir s’arrêter.

Ce n’est pas la société aux deux alliances qu’il faut ici incriminer, mais la Société avec un grand "S", celle-là même demandeuse de vitesse, de cadence, de production, d’accessoire.

Au détriment du principal. Je suis persuadé que les ingénieurs, savants et garants de leurs pédales, ont plutôt misé sur la courbe d’une calandre ou l’aérodynamique d’une aile.

Et moi, avec cette petite chronique de petit rapporteur, j’ai comme l’impression d’avoir un peu trop appuyé sur le champignon.

 
JF

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18 février 2010 4 18 /02 /février /2010 18:27

      

                                     PASCAL JARDIN :

             L’HOMME QUI AIMAIT LES (BOTTES DES) FEMMES 


Ici même, dans ma livraison du 30 mai 2007, j’écrivais :"Pascal Jardin, romancier, dialoguiste, a laissé une oeuvre attachante. Ce touche-à-tout de talent a d'abord été touché dans sa prime enfance par les bottes de sa gouvernante. Il raconte cet épisode dans "La guerre neuf ans". (Les Cahiers Rouges - Grasset) [...] [Avec Pascal Jardin] l'occasion -en or- m'est donnée de légitimer l'existence de ce blog, et surtout sa "ligne éditoriale" : littéraire et érotique ! A la lecture des premiers éditos, on le sait, je suis fétichiste avéré et littéraire épidermique.
Longtemps je me suis cherché une identité sans pouvoir me réaliser. Il me semble que cette "tribune" m'aide y voir un peu plus clair, et tant pis si j'écris dans le désert, ou pour des inconnu(e)s du hasard ou encore pour des "happy few. Or donc, occasion aujourd'hui m'est donnée de mélanger le suc littéraire et érotique, en plein mitan écartelé entre le vice et la vertu,
grâce à Jardin père... [...]"
Le 15 juin de la même année, je répercutais sur ce même écran ma rencontre avec Alexandre Jardin, le fils de Pascal, qui me confirma :

"Mon père ? Oui, c’était un fétichiste. Mais un fétichiste joyeux. Il déboulait à la maison avec plein de paires de bottes. C’était flamboyant."

Or, voici qu’une biographie de Pascal Jardin, signée Fanny Chèze, vient de paraître chez Grasset.

J’ai dévoré ce texte passionnant, fruit d’un travail de recherches de cinq ans, argumenté, sans pathos ni mièvrerie. Car on imagine la moue faite par les petits marquis de la critique à l’évocation du nom de Jardin, grand-père, père, et fils confondus et emboîtés comme poupées gigognes. Il faut dire qu’il y a de quoi gloser, dès le départ, quand on sait que Jean jardin, le père de Pascal, (Me suivez-vous ?) a eu des "amitiés vichyssoises" et fut le secrétaire de Pierre Laval. C’est dit. C’est su. On ne s’attardera pas là-dessus.

Lorsqu’on aura relevé la phrase implacable et principale de l’ouvrage de Fanny Chèze : "Si l’on se réfère ses dernières oeuvres -magnifiques- il est évident que Pascal [1934 - 1980] serait devenu l’un des plus grands auteurs français." (Page 128), on pourra sympathiser avec ce ludion, "allergique la banalité [...] fasciné par l’intensité de la vie.

Qu’en fit-il de sa vie ? D’abord, il la vécut de guerre en guerre. La vraie, "la 39-45", la guerre sainte avec et contre les femmes (tout contre !),  contre la maladie et surtout contre lui-même.

Ce cancre empli de mots et de formules ne pouvait que passer par la case cinéma, là où il s’est véritablement forgé un nom, plus que dans la littérature où il s’est essayé pour finalement n’écrire que le même livre ou encore le théâtre d'où une sorte de consécration est venue post-mortem.

Il suffirait de citer des titres de films cultes qu’il dialogua (Nous avons du temps devant nous : "Le Vieux fusil", "La Veuve Couderc", "Le Chat"...", de lister les plus grands noms du cinéma, qu'il approcha -qu'il dompta ?- (Il nous reste un peu de temps, Monsieur le Bourreau ? Allégret, Granier-Deferre, Sautet, Signoret, Gabin, Delon, Deneuve, Girardot, Piccoli,  Noiret, Romy Schneider...) pour se parfaire une idée de la trace prégnante qu’il a laissée.

Dire Jardin, Pascal, c’est dire l’énorme potentiel de séduction et de sympathie qu’il dégageait.

Et j’y reviens, c’est dire le joyeux fétichiste des bottes qu’il était.

Sur 307 pages, le mot "bottes" est écrit 24 fois et le mot "cuissardes" 2 fois.

Le plus savoureux témoignage est peut-être celui de Michèle Mercier, cette "indomptable Angélique, Marquise des Anges", qui les porta si bien : "Il [Pascal Jardin] avait un talent fou, il était drôle, très drôle. Il était très gauche parfois devant les dames, c’était très amusant, sauf quand elles avaient des bottes. Je me souviens de la première fois qu’il m’a vue. Je lui ai dit "Qu’est-ce que j’ai qui va pas ?", "Non, rien du tout, c’est génial, c’est génial !" me répondit-il. Alors j’ai compris qu’il aimait bien les dames qui avaient de hauts talons et surtout des bottes. Il passait son temps à regarder les bottes, ça nous a amusés tout au long du tournage." (Page 119).

Cet être de jeu, de hasard (il signait des chèques en blanc et les cachait dans les cabines téléphoniques), de femmes ("Il trouve le quotidien bête à pleurer et aime d’avantage l’idée qu’il se fait de la femme que ce qu’elle est"), d’alcools et d’alcôves, de tabac (Il fumait jusqu’à trois paquets par jour) "n’était pas fait pour vivre. Il jouait à se suicider en permanence dans la plus parfaite extravagance".

Et pourtant, il faut lire "Pascal Jardin", la biographie de Fanny Chèze que l’on aime la vie ou qu’on la trouve moche. Il y a dans ces pages quelque chose qui ressemble à un mode d’emploi.

 
JF


" Pascal Jardin". Biographie. Fanny Chèze. Grasset. Janvier 2010.

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