16 décembre 2007 7 16 /12 /décembre /2007 13:59
"Des odeurs de cuirs mouillés
et de bielles tièdes

Qu'il me serait doux de revenir au temps où les autos étaient pour moi de drôles d'oiseaux rares : la Traction avant de mon oncle, qui nous conduisait à Vêpres ou à confesse ; la Deux Chevaux de mes frères, relique des états sacerdortaux de mon abbé d'oncle, où leur Renault huit, douze qui nous emmenait en expédition dans le tout premier supermarché de la région ; qu'il me serait doux de retrouver leurs odeurs de cuirs mouillés et de bielles tièdes.

Tout commence tout petit : on ne voulut pas me confier le volant du tracteur familial, privilège réservé aux aînés ; on poursuit en ne sachant pas monter les gadgets de "Pif" ; on termine avec un TOC sévère qui vous empêche de regarder la jauge d'huile... Mais, malgré tout, on arrive à passer (et obtenir) son permis de conduire.
La voiture devient un instrument échappatoire, et seulement un instrument échappatoire, qui relie un point A à un point B. 
J'ai toujours eu des guimbardes claudicantes, nécessitant autant d'huile que d'essence. Je n'ai jamais frimé grâce à mes chromes.
Fumantes, piaffantes, usées jusqu'à la corde, mes automobiles m'ont protégé de la taxation sur les grosses cylindrées mais m'ont souvent conduit à la porte du garage.
Je savais que les TOC verraient dans une voiture de quoi faire amplement leur lit. Pour un névrosé obsessionnel, outre le fait qu'elle soit un gouffre financer, la voiture surmultiplie les sources de désagréments.
Ma mère disait que "j'avais toujours le cul sur la voiture". Il est vrai que cet habitacle me paraissait hospitalier ; j'étais enfin chez moi, libre, détendu.
Pour tromper l'ennui, j'avais mis au point deux sortes d'itinéraires. Le premier était rural, le second urbain.
Pour le premier, je disais : "Je vais faire un tournant" ou "un tourniquet". Et je roulais à l'aventure dans la campagne, en chantonnant le plus souvent et en m'inventant des autos-interviews.
Le second me conduisait en ville, le soir venu.
Pour tenter d'apaiser mes angoisses abyssales, j'ai vécu ces déambulations nocturnes comme autant de chemins de croix.
De quoi était-il question ?
D'une quête douloureuse d'affection et d'âme soeur.
Sur l'usure des gommes et l'explication d'un kilométrage, questionnez-moi.
Mes pneus n'ont pas fait crisser le gravier des parkings de boîtes de nuit. Ils me ramenaient toujours vers les lieux de rencontres faciles et inopinées. Le coeur battant, la peur chevillée au ventre, j'entrai dans ce que je savais être une spirale ; j'allai au-devant d'un sexe qui me tournait le dos.
Sur un plan-guide de la ville, j'ai mis en évidence, avec un marqueur moderne, le circuit jalonné par les "Pharmaciennes" et les "Chevaliers d'Eon", de la rue de la Verge d'Or au cours de l'Orbite : un quartier cerné, transformé en souricière où les obsessions-compulsions avaient pris le volant. J'étais contraint de faire la navette devant des murs, des trottoirs et des bottes...
Voiture folle. Douleur au compteur.
J'ai roulé, roulé, roulé dans la ville... J'ai tourné, tourné, tourné... Un TOC grandeur nature...

De la rue de la verge d'or
au cours de l'orbite"

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