19 avril 2010 1 19 /04 /avril /2010 15:51

"Ami, remplis mon verre

Encore un et je vas

Encore un et je vais

Non, je ne pleure pas

Je chante et je suis gai

Mais j'ai mal d'être moi."

 

Jacques Brel, "L'ivrogne"

 

Cher Jacques,

 

Eh oui, la dernière bière, c'était bien la tournée du dragon ! Il a une ardoise chez nous. Son entêtement le perdra.

Mais laissons-là les embuscades et parlons de toi. A l'instant même où j'écris cette lettre, alors qu'au dehors souffle un vent furieux, des amis sont accoudés au zinc. Il ne se passe pas une semaine sans que référence soit faite à vos histoires anciennes qui touchaient le bout de la nuit et allaient jusqu'au fond des chopes. Et comme un leitmotiv court sur les lèvres ton nom : "Ah ! Si Brel voyait ça !..." Pendant que dans le juke-box défile une chanson à la mode... T'en souviens-tu, Jacques, lorsque, dans les grisants effluves du houblon, dans la chaleur des hommes, tu racontais au milieu d'un grand rire tes alcools et tes alcôves. Tu prétendais pouvoir refaire le monde avec des matériaux plus nobles que l'intolérance et la sottise. Disant cela, billet facile, tu commandais à boire pour tout ce qui bougeait. Et nous tous, nous levions nos verres à la santé des lendemains radieux. Alors, tout y passait car tout était permis : les femmes, l'argent, les femmes, les "grooooosses blaaaaaagues", les femmes, le whisky à tes initiales, les femmes, Voltaire, Cervantès, Dutourd, les femmes et même le roi !

Ce n'est que tard dans la nuit, lorsque je posais le volet et ôtais le bec-de-cane, que tu sortais avec la galerie sur le pavé mouillé pour narguer messieurs les ronds-de-cuir et saluer les belles de nuit.

Ce soir, en t'écrivant, je repense à tout ça. En face de moi, dans le juke-box, s'égrène une chanson de toi. C'est "Ne me quitte pas"... De mon arrière-boutique, j'ai pu voir qui a programmé l'appareil. C'est un tout jeune homme. Dix-sept, dix-huit ans peut-être... Il est allé se rassoir, la tête entre ses mains, devant un whisky, tu sais, celui illustré de tes intitiales...

Dehors, il fait nuit, le vent s'est arrêté et il commence à pleuvoir...

 

Le Tavernier.

 

Demain : le suivant.

 

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commentaires

Alba 20/04/2010 13:32


Moi, j'étais tout Brassens...
Ce refrain là ?
Découverte de BREL
Une nuit d'adolescence
En tourmente .......


le Bas des Dames 20/04/2010 11:57


Ce pauvre garçon devant son whisky...

Et elle l'a quitté quand-même, bien sûr.
On n'a pas assez dit que les arguments développés dans cette chanson sont voués à l'échec !
Il devait bien rire sous cape, tiens, des fois, JB.

Amitiés,
Amandier


jeanne 20/04/2010 07:28


"mais j'ai mal d'être moi"
quelle phrase !!!
bises bises


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