9 février 2008 6 09 /02 /février /2008 13:43
La  chroniqueuse : Vous n'allez pas me refaire le coup de la noce à laquelle nous ne sommes pas, hein ? Nous n'avons pas gardé les canards ensemble.

Le peseur d'eau :
Et justement ! Nous aurions dû. Vous, vous écriviez noir sur blanc ; moi, je cherchais à percer un mystère là où je vous ai fait croire que c'était un point de chute. Et pendant ce temps-là, les canards sont partis. Pas même une nef en vue. Les nefs ont mis les voiles. Ce ru est malade des nefs. Il ne reste qu'une imparfaite certitude.

La chroniqueuse : Ôtez-moi d'un doute : cette imparfaite certitude, hein, de vous à moi, entre nous soit dit en passant, c'est une incertitude ?

Le peseur d'eau :
Pardonnez-moi d'être agaçant : mon incapacité à dire, mon impuissance à faire me dictent de me taire.
(Ménager un silence.)
Il nous faut pourtant vérifier quel jour nous sommes. Je dois avoir sur moi un calendrier.
(Le peseur d'eau extirpe d'une de ses poches intérieures un paquet hétéroclite, une liasse de papiers de tous formats, de toutes couleurs, impressionnés de noticules, de texticules et de graphisme divers.
Un papier s'échappe du lot et choit à terre.
Tentant de faire diversion :)
N'y-a-t-il pas là qui s'avance sur le ru un bateau en papier avec une cargaison de trombones lie-de-vin ?

La chroniqueuse :
Non.
(Elle se penche pour ramasser le papier ; le peseur d'eau la retient par la manche.)

Le peseur d'eau : Eh ! Savez-vous quel saint nous sommes aujourd'hui ? (Il consulte un petit calendrier.) Sainte Reproduction Interdite ! C'est écrit là : reproduction interdite. Ah, mais non, suis-je bête ? C'est une mise en garde de l'imprimeur qui ne veut pas qu'on suive à la lettre le calendrier. On ne peut pas suivre le calendrier, personne ne me comprend. Je souffre. Je souffre d'une souffrance intense et silencieuse. Depuis longtemps. Je voulais avoir l'élégance de ne pas le signaler ; je suis tombé dans l'excès contraire.
(La chroniqueuse se penche pour ramasser le papier ; le peseur d'eau la retient par la manche.)
Je souffre. Je souffre d'une souffrance intense et silencieuse. Depuis longtemps. Je voulais avoir l'élégance de ne pas le signaler : je suis tombé dans l'excès contraire.
(La chroniqueuse regarde avec intérêt le peseur d'eau.)
J'aurais bien voulu vous y voir à ma place.

La chroniqueuse : Je comprends votre retenue. Et je comprends que vous ayez pu choisir des moyens détournés pour la maintenir. Je comprends aussi que vous n'y soyez pas parvenu. Laissez-moi regarder ce qui est écrit sur votre bout de papier.

(A suivre.)

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commentaires

théo 10/02/2008 12:26

Je m'étais gardé de 3 à 13 pour mon petit déj :-)
oui, oui, je sais il est tard pour un petit déj mais puisqu'il est trop tard pour les tartines et trop tôt pour l'agneau, disons que je moyen déj. Et que le moyen déj a donc la faculté de remplacer le petit en retard et de précéder le grand ponctuel !
J'aime "Flaque", cette pièce me ravit !

AURORA 10/02/2008 01:20

Mais quelle indiscrétion, cette chroniqueuse!
Si le peseur d'eau avait eu un portable, je parie qu'elle aurait vérifié jusqu'à ses SMS!

;-))

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