14 juin 2008 6 14 /06 /juin /2008 13:20

"L'homme qui vit et
l'homme qui écrit."

Ma soif de vouloir encore mieux connaître Jacques Brel me donna des ailes pour contacter et approcher l'abbé Casy Rivière -instituteur laïc converti à 30 ans- qui fut un familier du chanteur. Il achevait une vie intense, dans une maison de retraite à Toulouse. Cet homme bon, chaleureux, avait aussi été l'ami de Claudel, Montherlant (qui lui a dédié "La ville dont le prince est un enfant"), Guitton, Kessel et Mauriac. Oui, je serrais la main de cet homme qui avait serré la leur. J'étais passablement bien parrainé. L'abbé Rivière est devenu mon ami. Je retiens de lui, entre autres bonheurs distillés, plusieurs belles phrases : "Il ne faut pas rencontrer les auteurs. L'oeuvre de l'homme est plus grande que l'homme. Mais moi, je n'en fis rien, et je rencontrai..." La seconde : "Aucun destin n'en rencontre impunément un autre."

Et voici que, plus tard, alors que, timidement, maladroitement, je sors mes textes, écrits sous le joug de la vie, je reproduis le scénario de la rencontre.
Tant qu'ils restent dans des tiroirs, ils ne voisinent qu'avec des cellules miscroscopiques ; mais dès qu'ils prennent l'air -Que la démarche est hasardeuse !- ils tombent sous les yeux et entre les mains d'êtres pensants et jugeant.
Je n'étais en rien prédisposé à écrire pour le théâtre. Pourquoi donc Thalie est-elle venue me visiter alors que j'étais plus habitué à l'envahissante présence de la fée Carabosse ? Je ne sais pas.
Ce que je sais avec plus de netteté, c'est qu'ensuite je me suis approché de mes contemporains et leur ai fait partager mes doutes, jetés sur le papier.
Ils ont aimé ce partage et me l'on fait savoir. Comme d'habitude, avec mes silences gênés et maladroits, j'ai bredouillé en rougissant quelque chose dont je ne me souviens plus.
Tout a commencé avec mes collègues de travail qui ont monté l'une de mes pièces.
Et puis après, très vite, des portes se sont ouvertes, dans des pièces où il y avait d'autres portes qui ouvraient sur des pièces où il y avait des gens qui en connaissaient d'autres...
Mais je ne suis pas du "sérail".

Février 2000 : "Orbe, le personnage tout rouge", une curiosité inclassable est en cours de répétition. Des comédiennes et des comédiens mouillent la chemise et défendent mes mots. Comment ne pas en éprouver de la joie ?
Et eux du courage, celui d'avoir capturé et domestiqué le sauvage que je suis.
L'homme qui vit et l'homme qui écrit a besoin des autres.
C'est le grand mystère de l'échange...

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commentaires

AURORA 16/06/2008 00:40

.."Vos" productions...
I beg your pardon...

AURORA 16/06/2008 00:39

Je ne sais si "le théâtre était fait pour vous" ou si "vous étiez fait pour le théâtre"...
Une chose est sûre, c'est que les planches sont le lieu où "l'homme qui vit et qui écrit" a le plus de probabilité de rencontrer...son texte.
Dépossédé parfois dans un premier temps par la mise en scène, par la "prise en jeu" des acteurs, voici qu'ensuite ses mots lui sont rendus vivants, d'une vie à laquelle il ne songeait peut-être même pas à aspirer.
Mais cette vie-là est particulièrement seyante à vous productions, c'est un fait.

Joël Fauré 15/06/2008 14:30

Théo, on a besoin de se fabriquer des contre-univers, pour lutter contre le laid, l'injuste, le bête...
On a besoin de théo qui lit et qui dit...

théo 15/06/2008 12:50

L'homme qui vit et qui écrit a besoin des autres.
Et la réciproque est juste, plus que jamais, nous avons besoin d'hommes qui vivent, écrivent, créent, jouent le monde. Je ne sais pas si c'est pour pouvoir mieux y vivre, le regarder autrement ou pour ne pas oublier qu'on a juste besoin les uns des autres. Se rassembler autour de mots et d'images autres, pour ne pas que notre monde sensible s'éteigne.
On a besoin de l'homme qui vit et qui écrit.
je vous embrasse, Joël :-)

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