24 mai 2010 1 24 /05 /mai /2010 12:51

Céline Bernat dans « Frida » au Théâtre du Pavé./Photo DR

Céline Bernat "est" Frida Kahlo (Photo DR) 

 

ET PUIS IL Y A FRIDA…

 

Si les pages (pas toujours) roses du « Petit Larousse Illustré » l’ignorent, « Le Petit Robert » a bien pris les mesures. Et de Frida Kahlo (« Frida a le même nombre de lettres que moi et les mêmes initiales » a écrit Franz Kafka) n’a pas omis de donner son entrée, sa notice. Noticia : nouvelle en espagnol.

Mais qui était donc Frida Kahlo (1904 -1957) pour avoir suscité, susciter, n’en avoir pas fini de susciter un maelstrom, un vortex, un geyser, un tel jaillissement d’idées chaudes ?

Faisons court. Frida était belle comme un soleil dans une chanson de Brel et fracassée comme une héroïne de Zola.

Sa vie, brève, dense, riche a tant d’entrées qu’elle peut nourrir et abreuver, pour tout l’art du monde, les créateurs et regardeurs que nous sommes.

Née au Mexique, pays de gringos et de pistoleros, voici un jeune siècle, Magdalena Carmen Frida Kahlo Calderon doit d’être parvenue jusqu’à nous, iconesque, par son carnet de santé, sa carte politique, et surtout ses tableaux de peintre autodidacte qui a refusé, en femme libre, la récupération par une quelconque école, une clanesque mouvance, son seul mouvement étant le sien, « mouvement » au sens propre qu’elle pouvait encore accomplir, si l’on sait qu’elle vécut 47 ans durant sous le joug de la souffrance d’un corps charcuté « à la Bacon ».

De la souffrance, mais point de la solitude et de l’action.  Ses amis, ses amours, ses emmerdes en sont garants.

Ses amis : Breton et Trotski. Ses amours : Diego Rivera. Ses emmerdes : poliomyélite à 10 ans, horrible accident à 20 d’où elle réchappa, transpercée et gibier médical jusqu’à la ramasse, jusqu’à la tombe.

Excusez du peu et du court.

A celles et ceux qui veulent en savoir plus sur la dame rouge, des moyens modernes, qui n’en sont pas avares, les renseigneront et rempliront les cases.

 

Passionnée par cette pasionaria, la jeune et jolie comédienne Céline Bernat, élève de Gérard Pollet, s’est emparée de cette vie pleine à-bras-le-corps pour en restituer sur les planches les attraits et les affects. Ce pari était risqué ; rien, dans le domaine, n’ayant été accompli jusqu’ici.

Qu’il soit écrit sans plus attendre que Céline Bernat possède l’humanité, l'hispanité et le talent pour ETRE Frida Kahlo, un peu plus d’heure, un peu plus d’une heure seulement, mais avec de tels muscles moteurs qu’elle laisse le public estourbi.

 

Incontestablement, la comédienne maîtrise son sujet et s’est inscrite dans une mise en scène épurée et astucieuse de Stéphane Battle.

La grande force de cette création repose, outre l’époustouflante prestation scénique, sur un texte elliptique, un liant écrit par Céline, charpenté par la correspondance de Frida Kahlo, où jamais les mots n’ont la tiédeur des « normopathes ».

A écouter la comédienne du « Grenier de Toulouse », on « voit ». Car, passé le cap imbécile de se dire : « A quel moment va-t-elle peindre ? » - son essence - ; et défrustré  de ne rien voir - pas même, sur le plateau, un chevalet où une toile attendrait d’être achevée, ou la projection d’une diapositive sur les draps blancs de son lit de souffrance - admirable trouvaille qui mériterait dix lignes (foetus, linceul, Saint-Suaire, évasion, ascension, grimper aux rideaux, accroché aux branches…) - ; passé ce cap donc, il se suffit à lui-même, dans les changements à vue de donner à voir bien plus qu’en galerie et en cimaises.

Céline Bernat joue sur tous les « tableaux », se farde et se défarde, se pare et se dépare, se change et s’échange jusqu’à une nudité que l’on souhaiterait encore plus totale…

Performance donc, que cette « Frida », qui a donné au mot « résilience » toute son acuité. Il est prouvé ici que les vilains petits canards se transforment en très beaux cygnes (signes ?). Et leurs chants ont la mélodie du triomphe de l’élan vital sur la pulsion de mort.

« Viva la vida ! »

 

Joël Fauré

 

"Frida"

De et avec Céline Bernat. Mise en scène Stéphane Battle.

Théâtre du Pavé. 34, rue Maran. Toulouse.

05.62.26.43.66

Jusqu'au 29 mai. Relâche le lundi. 

 www.theatredupave.org

 

A lire : "Frida", la biographie très fouillée de Hayden Herrera, au "Livre de Poche" 14573)

 - J.M.G Le Clézio a écrit un très honnête et lisible "Diego et Frida" (Folio 2746)

 - "Frida Kahlo par Frida Kahlo", la correspondance dont s'est inspirée Céline Bernat, (choix, prologue et notes de Raquel Tibol ; Points 2096)

 

A voir : le film (très réussi) "Frida" de Julie Taymor avec Salma Hayek .

 

A écouter, en podcast ( à partir de mercredi 26) : "Les feux de la rampe" de Pierre Bruel sur Radio Présence, avec Gérard Pollet et Joël Fauré. 

 www.radiopresence.com/emissions/Feux.htm

 

 

 

"La colonne brisée", Frida Kahlo, 1944

 

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commentaires

Joël Fauré 31/05/2010 15:43


Clara : Plus d'un demi siècle après la fin de son parcours de souffrances, mais aussi de pleine vie, cette femme en remontre à beaucoup...
Pour ce qui est du théâtre, les guichets sont ouverts...
Asticot... Asticot... Sentirait-on l'influence du Père Hugo, et dans son "Ruy Blas" du "ver de terre amoureux d'une étoile" qu'on n'en serait pas autrement étonné.
Bise de colosse aux pieds d'argile.


Clara 28/05/2010 20:28


Joël, cette femme n'en est pas une. Tu nous ramènes, avec nos petites misères, plus bas que terre.Ma terre d'asile à moi...pfff arrête de ma montrer ma médiocrité, ma petitesse et ma faiblesse par
de tels exemples.(;))Ou alors fournis les coups de pied au cul qui vont de pair...
Tu me fais bien regretter de ne pas t'accompagner au théatre.
Et de n'être pas une héroïne, une muse..ou simplement heureuse...
Bise d'asticot.


Joël Fauré 27/05/2010 09:51


Jeanne : Le renoncement aurait hâté sa perte. Elle a choisi la lutte.
Bises, toi...

Diego : De nada.

Alba : De ses larmes salées sont nées le sucre de sa vie ; sa vie : un fruit. Je vous embrasse. Vos commentaires me sont chers.

Brume : Bienvenue ici. Cette terre est la vôtre. Terre, terrain et terreau pour une polyculture...

Amandier : Si vous êtes "percuté" par Frida comme je l'ai été, alors, vous serez diablement parrainé, vous qui avez déjà l'honneur de l'être par Tonton Georges...

Aurora : Colosse aux pieds d'argile. Mais ce n'est pas vous faire offense de dire que vous avez "quelque chose" de Frida...
Vous savez ce que je vous dois...


AURORA 26/05/2010 05:27


une femme brisée mais une femme complète...


le Bas des Dames 26/05/2010 00:14


Encore de très belles lignes chez vous, Joël.
Je ne connaissais pas cette Frida là, et puis me voilà parti, dès que j'en aurai fini ici, sur des gougueules pour en savoir un peu plus...
Merci pour nous, pour elle et pour cette pièce que vous donnez envie de voir.
Amandier


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