Jeudi 19 novembre 2009

Carrie Harvey et partenaire. Tournée Cirque Amar 2005. "Volez-vous jouer avec môa ?"
Photo Gilles Jeanjean.

Jules, Jean-Baptiste et Théodore


Afin de distraire un peu ma mélancolie, j'ai invité à ma table, pour rompre la mie, mes grands amis natifs toulousains Jules et Jean-Baptiste. Théodore, de Moulins, est venu nous rejoindre.

Jules, c'est le grand Léotard, lui qui, le premier, à sauté d'un trapèze à un autre trapèze, créant ainsi rien moins que le trapèze volant ; Jean-Baptiste, c'est Auriol, le premier qui, par son agilité mais aussi ses pitreries, a ouvert la voie de l'art clownesque. Pas plus, pas moins. "Tou-lou-sains !" ont envie de scander les cocardiers des quartiers des "Trois-Cocus", des "Sept-Deniers", de "La Vache", des "Amidonniers" et de "Soupetard". Je les entends d'ici...
L'art du cirque serait-il donc né dans la Ville Rose, et non comme l'indiquent les manuels sous l'impulsion de l'écuyer Philip Astley en Angleterre ? Théodore, c'est Théodore de Banville qui manie la plume avec un brio que je lui envie...
Ces grands hommes sont beaux, jeunes et fringants et, bien entendu, ils n'ont pas manqué de me dire : "Ca manque un peu de charme féminin, ici". Comme je m'y attendais, j'avais prévu mon coup et demandé à une belle "Madame Loyal" de ma connaissance de se prêter à un jeu : je lui ai demandé de se glisser dans une énorme pièce montée de choux, de crème et de ganache, spécialement conçue par le maître-chocolatier tou-lou-sain René Pillon.

Quand elle a surgi du gâteau-surprise, ce fut un petillement de joie, une effusion devant sa plastique cuissardée...

Avec un exquis accent britannique, elle a demandé : "Volez-vous jouer avec môa ?"

"Sautant comme un cabri", j'ai vu Jules littéralement s'éjecter de sa chaise et emporter "la botteresse".

Il n'est pas impossible qu'ils soient allés jouer "à la bête à deux dos".


Théodore se retourna vers nous deux, mais c'est à l'adresse d'Auriol qu'il déclama ces vers, sans aucun doute composés pour lui :


"Le clown sauta si haut, si haut

Qu'il creva le plafond de toiles

Au son du cor et du tambour,

Et le coeur dévoré d'amour

Alla rouler dans les étoiles. (1)

 

JF

(1) Théodore de Banville. "Odes funambulesques"

Il y a 150 ans, le 12 novembre 1859, au Cirque d'Hiver de Paris, un homme, français, toulousain, émule d'Icare, Jules Léotard pour ne pas le nommer, s'élançait d'un trapèze vers un autre trapèze, créant ainsi le trapèze volant.
Aujourd'hui,  grâce à des troupes de "volants" (Les "Flying..."), l'art s'est développé : porteurs et voltigeurs ont rivalisé d'audace, de courage, pour ne pas dire de témérité, pour exécuter, sur fond de roulement de tambour, doubles puis triples sauts périlleux avec "rattrapés" vivement recommandés par la déontologie de la profession ; l'usage du filet de protection, syndical (Qui ne connaît pas l'expression "travailler sans filet" ?) n'excluant pas le danger...
Le maillot collant que portent les trapézistes s'appelle... un "Léotard" !

A lire :
- "La course aux trapèzes". Pierre Lartigue. (1980). Epuisé. Réédition enrichie annoncée.
- "Le rêve de vol". Bernard Marck. Le Pérégrinateur Editeur. (2006). (Avec la modeste contribution de Joël Fauré !)

 

JULES LEOTARD (1838 - 1870) ALBUM DU GAULOIS 1859. Caricature de P. Hadol.
Photo Bibl. Nat. Paris.

Par Raoul Jefe
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Mardi 10 novembre 2009

Photo "Version fémina" - Auteur : X

A peine un peu

J'aime lorsque les choses sont suggérées. A peine un peu. A demi-mot. Sous-entendu. Au bas mot. A bas bruit. Les messes basses que je veux bien servir, mes lèvres trempées dans le calice. A peine un peu. La part congrue.
Je n'aime pas les républiques bananières, les parts léonines. Il ne sert à rien de tout avoir. Il ne sert à rien de tout savoir. Il est impossible de tout avoir. Il est impossible de tout savoir.
Laper sous le tablier du petit pont l'eau du ru.
Soupçonner sous la jupe des femmes la matrice.

Il me faut taire ce qu'on m'a caché.
Il me faut taire ce que je ne sais pas.
J'ai écouté beaucoup de chansons. Je n'ai pas cherché à comprendre tous les mots : "J'ai retiré ce radium de la pechblende... (...) Tes yeux sont mon Pérou, ma Golconde mes Indes..." (1) Il m'est arrivé d'avancer par sonorité. Un pied devant l'autre. Jusqu'au jour où "l'on meurt de hasard en allongeant le pas". (2)

A peine un peu. Effleurer. Caresser.

 

(1) Louis Aragon (Les yeux d'Elsa)

(2) Jacques Brel (La ville s'endormait)

JF

Par Raoul Jefe
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Vendredi 6 novembre 2009


Photo (détail) DDM

             "LE CHIRAC" SANS PEINE

Chirac : avec un nom qui commence comme ça, on est en droit de s'inquiéter si l'on ne va pas endosser quelque ennui, essuyer quelque échec ou si l'on ne va pas être dans le besoin. Mais il ne faut pas s'arrêter là. "Chilleurs-aux-bois" est bien l'un des plus beaux villages de la Beauce.

Jacques Chirac, maintenant qu'il n'est plus "aux affaires", et alors qu'on s'empresse de lui en avancer une, publie ses mémoires.

Ce que j'en sais, c'est ce qu'en savent beaucoup, de loin. Sa rencontre et ses épousailles avec Bernadette Chaudron de Courcel, son amour de la Corona et de la tête de veau vinaigrette, sa façon de faire tinter les syllabes finales (Il serait parfait dans le rôle de l'instituteur "Topaze", de mon grand ami Marcel Pagnol. Dictant : "Des moutons étaient en sureté dans un parc... Moutons. Moutonss... Etaient. Etai-eunnt.")...
Je découvre ce que l'ancien chef de l'Etat pense d'Edouard, de Valéry, de Nicolas et de François, mais c'est surtout la narration de son dépucelage qui motive ce billet. J'y accorde l'importance du frustré resté trop longtemps puceau, et donc, n'a pu devenir Président de la République. Bibi. Sans chichis.

Jacques Chirac a 18 ans. Il est marin et se trouve en Alger : "Le Bosco me demande si je suis puceau. Je lui réponds que oui. "Alors, on va arranger ça, tu vas voir" me dit-il. C'était très gentil de sa part et il fallait bien le faire. [NDA : !] Il m'a amené dans les fameux quartiers de la casbah où nous avons passé la nuit entière. Quand au matin, je suis redescendu vers le port, dans l'odeur du crésyl sur les trottoirs, d'anisette et de produits coloniaux, je n'étais plus le même homme." (1)

Chirac : avec un nom qui se termine comme ça, on est en confiance ; ça fleure bon la France profonde, ça incarne l'identité nationale. Ric-Rac, l'affaire est dans le sac !


JF

(1) "Chaque pas doit être un but". Mémoires de Jacques Chirac. Editions Nil.

Par Raoul Jefe
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Mercredi 4 novembre 2009

Les mains de Claude Lévi-Strauss. Décembre 2004. Photo (Détail) Stéphan Gladieu.

       Cent ans de tropitude

Je ne vais pas y aller de mon clairon, que j'emboucherai trop mal, pour le concert donné en hommage à Claude Lévi-Strauss. Il n'était pour moi, hier, à la même heure, je l'avoue en toute humilité, qu'un nom, grand assurément, mais dont j'aurais eu du mal à dire quel homme il identifiait. Je connaissais un peu mieux celui qui s'était assis sur le même fauteuil, le 29e, à l'Académie Française : Henry de Montherlant.
Sa longue vie et ce qu'il en fit me sont donc parvenus en troupeau serré aujourd'hui, par transmission livresque.
"L" plus que "S" dans mon parcours scolaire, je retiens de ce jeune centenaire -car le temps qu'il fait aujourd'hui, désordonné et pathogène, va paradoxalement en accorder beaucoup plus (du temps), aux génies comme aux médiocres- qu'il a trouvé une "grille de lecture" de quelque chose d'assez important : l'homme.
Les mots que je lis sur Lévi-Strauss sont couillus : géant, monument, référence, maître à penser, le plus grand anthropologue...
Anthropologue, je m'amuse à l'être quelquefois quand j'observe les gens. Et parce que j'ai compris le sens du mot.
Mais je bute sur "structuralisme", et j'ai beau faire appel à quelqu'un dont le nom plaît au fétichiste, Ferdinand de Saussure, un maître en la matière, le "monstre" va rejoindre les mots "paradigme", "artefact", "spécieux", cent fois consultés dans le dictionnaire, cent fois impénétrables.  Pour ce qui est de "tropisme", ça y est ! C'est rentré ! "C'est un truc qui pousse à faire quelque chose". La réaction émue après la mort de Claude Lévi-Strauss par exemple, en est un.

Où d'autre que dans ce "Journal Extime" aurai-je pu dire ces lacunes ?
"Quand je me regarde, je me désole. Quand je me compare, je me console." Avouer son inculture, ses incertitudes, est-ce peut-être là un acte de bravoure ?

 

JF

Par Raoul Jefe
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Lundi 2 novembre 2009

En complément idoine à ma page d'hier, retrouvée dans mes jeunes et vieux papiers, et comme annoncé, voici la critique, rédigée par votre serviteur, du film de Patrice Leconte "Le Mari de la coiffeuse", sorti sur les écrans en 1990.
Tout aussi idoines, et en sus, deux photos-cadeaux de Béa, la coiffeuse. 

                                                    AFFECTION DU CHEVEU
                                         
                                    "LE MARI DE LA COIFFEUSE :
                         LES AMOURS CAPILLAIRES DE LECONTE"

Dans sa dernière création, "Le mari de la coiffeuse", Patrice Leconte se livre à un étonnant travail de psychanalyste. Enfant, il découvre le fonctionnement de sa sensualité, révélé par sa coiffeuse. Au milieu des odeurs de laques et de lotions, le parfum de la barbière est aussi envoûtant que la naissance de sa gorge est vertigineuse. Olfactif et épidermique. Charnel, diront les adeptes du plaisir du même nom...
Un "traumatisme" s'implante, porteur du fantasme qui gérera sa vie. Car une réalité s'impose : plus tard, il épousera une coiffeuse ! Un rendez-vous chez Freud, SVP.
Ce parcours égoïste ne rencontrera en fait aucun écueil. Il s'unit avec une belle artiste capillaire, archétype du corps de métier convoité. S'asseyant ainsi au plus moelleux du fauteuil du salon (de coiffure) et sur l'irrépressible besoin assouvi. Dès lors, il n'aura de cesse de vivre sa passion exclusive (juste avant les danses arabes) avec celle qui se prête de bonne grâce aux scénarios les plus subtils et les plus ludiques. Au rythme d'une vie de coq en pâte, sans autre statut que celui d'être LE mari de la coiffeuse, il sera toujours à ses côtés, parfois pris à témoin par tout un lot de clients-échantillons, barbus hésitants, têtes à claques glabres, piteux et pittoresques en veine d'absolution.
Superbe dans le rôle de "la femme du mari de la coiffeuse", Anna Galiéna laisse suinter son érotisme, aux côtés de Jean Rochefort (désormais sociétaire de la pension Leconte) jusqu'aux acmés les plus pervers. (Ah ! les beuveries à l'eau de Cologne ! Ah ! la vue plongeante, sous la pluie, sur la boutique qui abrite leur étreinte !)
A ce bonheur ouaté et pommadé il y aura pourtant une issue fatale, délibérée, à la mesure de la passion échevelée. COUPEZ !

JF

Béa bio, écolo, politiquement correct. Photo DR.
Béa. "L'image" Photo DR.
Par Raoul Jefe
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Dimanche 1 novembre 2009

"La Dépêche du Midi". 8 mai 2009

Le pari de la coiffeuse

Je me faisais des cheveux. A mes tempes, certains amorçaient une blancheur. Mais "tête de sage blanchit à tout âge". Un peigne était plus devenu la ligne compartimentée à remplir, "en lettres capitales", dans les documents administratifs, que l'objet en corne d'auroch.
L'augure de me rendre dans un "salon d'abattage" (où trois clic-clac de ciseaux -même avec en tête cette jolie trouvaille "à la Prévert" : "si on coupe l'"o" aux oiseaux, on a des ciseaux"- auraient moisssonné les épis en bataille et éteint les pétards coiffants) ne m'attrayait pas plus que ça.

C'est alors que, l'index humecté, feuilletant mon journal, je suis tombé sur un article qui disait ceci :  en surtitre : "Le concept est osé. Un salon de coiffure pour hommes, sensuel et relax, vient d'ouvrir." En titre : Béa, la coiffeuse qui décoiffe". "Quel homme n'a jamais rêvé, les yeux fermés pendant le shampooing, d'une coiffeuse de charme en train de lui masser le cuir chevelu. On se souvient de Jean Rochefort tombant amoureux de sa schampouineuse dans le film "Le Mari de la coiffeuse". C'est sans doute pour répondre à ce doux fantasme que Béa, figaro de formation, a décidé de mettre un peu de piment et de sensualité dans son métier." Plus loin, je lis "LE MOT", clair objet de mon désir, ici clairement encensé : "Béa, revêtue d'un mini-kilt au ras des porte-jarretelles, de cuissardes s'arrêtant au dessus du genou et d'un chemiser noir transparent, accueille avec un mutin sourire."
CUISSARDES. Le mot donc. Le mot tinte à mes tympans comme l'Angélus au vertueux Novice. Il n'en fallait pas plus pour que, ciseaux en mains, barbier improvisé, de l'article je fis une coupe au carré.
J'ai contacté Béa. Il fallait bien que j'aille me faire couper les cheveux !
J'en étais resté à l'idée que seuls les hommes, souvent immatures, pouvaient "présenter" un fétichisme.
J'ai rencontré Béa. Elle m'a démontré le contraire. Son attachement à l'objet-cuissarde est réel, et elle le vit au quotidien. "Je ne porte que des cuissardes, même aux réunions de parents d'élèves" ponctue-t-elle de sa voix douce.
Géraldine Dormoy, chef de rubrique au magazine "L'Express" écrit très justement sur son blog : "Chausser des cuissardes est un acte étrange. (...) C'est aussi une affaire de sensation. (...) C'est chaud, enveloppant, incroyablement agréable à porter." Tout est dit.
Outre le fait que Béatrice est une excellente coiffeuse dûment diplômée, son naturel désamorçe d'emblée, par je ne sais quelle alchimie rare, tout geste déplacé de celui qui la prendrait pour celle qu'elle n'est pas. Il faut du tact, du doigté, de la finesse, et sans doute de l'audace pour avoir choisi ce créneau inexploité de la coiffure coquine.
La coiffeuse a gagné son pari.

JF

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A lire demain sur cet écran, la critique du film "Le Mari de la coiffeuse" de Patrice Leconte, que j'avais rédigée à l'époque (1990), au lever du fauteuil de cinéma/salon !

Par Raoul Jefe
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Lundi 26 octobre 2009

"La Défense" vue depuis le 11e étage de "la Tour Bleue" de Puteaux. 1991.
Photo-panorama JF.

Jean qui rit
et Jean qui pleure

          
S
i j'étais Jean Sarkozy, je me sentirais soulagé d'avoir abandonné l'idée, sous la pression de la vox populi, de diriger l'EPAD. Et ce pour de multiples raisons. D'abord, EPAD (Etablissement Pour l'Aménagement de la Défense) rime trop avec MAPAD (Maison d'Accueil pour Personnes Agées Dépendantes).

Ensuite, il faut savoir que ce qui est devenu un conglomérat de forces vives, de flux tendus, de capitaux entassés dans des gratte-ciels, poussés comme des champignons, n'était naguère (mais vraiment guère, les années 70) que terre maraîchère et agricole, puis bidonvilles et "bleus" de Nanterre entre les lacets de la Seine.
Enfin, Jean-sans-Terre devrait se dire qu'il a échappé à gérer les activités des gens du lieu, interlopes si l'on veut bien prendre connaissance de leurs noms. En effet, dans ce fief qu'il briguait, se cristallisent putéoliennes, habitantes de Puteaux ; clodoaldiennes, habitantes de Saint-Cloud et réginaburgiennes, habitantes de Bourg-la-Reine, le tout sous l'appellation contrôlée altoséquanaises.
Si j'étais Jean Sarkozy, je serais bien aise d'avoir fui cette faune. Et d'être redevenu un nanterrien de base.

JF
 Terminus "Arche de la Defense". "Tout le monde descend". 14 juin 1991. Photo JF.

Par Raoul Jefe
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Vendredi 23 octobre 2009

L'homme qui a planté des arbres

2007. Les chênes de Lucien ont quinze ans. Le format et le "formatage" de "La Dépêche" ont changé. Nous aussi. Les "rédacteurs-localiers" ont appris à être masochistes : leurs "papiers" ne doivent pas dépasser un quota de "signes ou espaces". La chênaie de Lucien s'en soucie peu. Elle se déploie. Allez-donc la survoler grâce à Google Earth. Bonne nouvelle : elle n'a pas souffert de la tempête du 24 janvier 2009. Plus loin, partout, il se passe des choses... Des choses.

"Mon vieux Lucien" (Est-ce sur ses paroles que la môme Piaf s'est un jour "plantée" sur scène ? Le trou.), entendez-vous le bruit du Monde ? Sauf Apocalypse, on se retrouve dans trois ans. Une autre échéance nous attend en 2012 : "Pourvu que nous vienne un homme / Aux portes de la Cité / Que l'amour soit son royaume / Et l'espoir son invité / Et qu'il soit pareil aux arbres / Que mon père avait plantés / Fiers et nobles comme soir d'été" (Jacques Brel. "L'Homme dans la cité".)

Coupure de "Dépêche du Midi", édition Nord-Est du 23 octobre 2007.

Joël Fauré, amoureux de la campagne buzetoise, nous livre sa visite à Lucien Sigaudès après son rendez-vous quinquennal pour évaluer la croissance de la chênaie : 3 ha de chênes rouges plantés sur sa propriété des "Bardis" en 1992.
"Nous nous étions donnés rendez-vous dans ces colonnes tous les cinq ans. Voici 2007 et plus que jamais fidèle à ce rendez-vous d'amour.
Il ne faut pas beaucoup insister pour que Lucien troque ses chaussons pour ses bottes. "Pour aller là où on va, il faut au moins ça." La chênaie, si elle n'a pas atteint sa majorité, a atteint sa maturité. Les houppiers se trémoussent sous un léger vent d'octobre, les encollements sortent de la bonne terre assouplie sous le feutrage de premières feuilles...
L'homme qui plante des arbres prend toute son essence. Il est le détenteur de codes et de méthodes pour garder la main verte. Il y a beau temps que Lucien s'est préparé au "Grenelle de l'Environnement", quand il a entendu dire que l'oxygène était menacé.Alors, il a greffé son organe : un poumon vert. Tandis que des élus se chamaillent, se rallient, de conférences en congrés, pour sauver cette petite planète à peine plus grosse qu'un gland, à bien y regarder... existe-t-il quelqu'un de très important asez raisonnable et réaliste pour dire ce qu'il faut faire ? Et si ce quelqu'un d'important s'appelait l'homme tout simplement ? Peut-être Lucien lucide passeur entre ce qu'il connaît et ce qu'il aura à connaître.
La chênaie de Lucien rythme le cours de la vie : les chouettes sont encore chouettes ; des pluies divines viennent faire luire les limbes lobées et les petits-enfants séculaires de Lucien découperont dans "La Dépêche" cet article folioté. Rendez-vous en 2012".
Voir "La Dépêche" du 2 janvier 1992, 4 janvier 1997 et 5 septembre 2002.

Lucien, auprès de ses arbres. Octobre 2007. Photo JF.

Par Raoul Jefe
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Jeudi 22 octobre 2009

L'homme qui a planté des arbres

2002. Les chênes de Lucien ont dix ans ! La maquette de "La Dépêche" a changé. Nous aussi.

Il s'est passé dans le monde des évènements historiques. Un monde en mutations se dessine.

C'est ici que nous venons nous ressourcer, comme nous nous l'étions promis.

Réponse au petit jeu proposé hier : c'est Chateaubriand qui a dit : "Les forêts précédent les peuples, les déserts les suivent".
A demain... Autant dire dans cinq ans.


Coupure de "La Dépêche du Midi", édition Nord-Est, 5 septembre 2002

"A l'aube de l'an 1992, Joël Fauré qui n'avait pas encore brûlé les planches de théâtre avec la sève des troubles obsessionnels, s'était penché avec des yeux énamourés sur l'initiative de Lucien Sigaudès qui avait planté 3 000 arbustes sur 3 hectares d'un terrain au lieu-dit "Les Bardis".
Joël Fauré rendait hommage à Lucien, paysan-poète : "Il ressemble un peu à un arbre : quand il déplie sa haute stature, il a la sveltesse du peuplier et la force tranquille du chêne. Et le bois travaille Lucien qui l'a travaillé, en bon menuisier, toute sa vie durant."
Notre chroniqueur sylvestre avait rendu à nouveau visite à Lucien "libre en chênaie" au début de l'année 1997. Et il notait : "Si la chênaie n'est pas encore futaie, elle reste à découvrir... Lucien est heureux. Ses feuilletés qui vont croissant le comblent d'aise."
Revoilà Joël Fauré, au sommet de sa forme et aux pieds des chênes qui nous livre ces observations :
"Pour que les doigts parviennent à faire le tour des troncs, il faut avoir de longues mains... Les plants que Lucien avait délicatement posés, ce sont des I majuscule coiffés de points fantaisie, qui moussent et qui moutonnent vers le ciel... "Pas un enfant des chaumières qui glane sur les bruyères le bois tombé des forêts" en vue mais des petits grimpants plus vite qu'hier, s'accrochant aux branches où le vent susurre des mélodies à la mode.
Pour l'instant, pas de sente ni de champignonnière. Au mieux quelque trace de sauvagine. Et peut-être, sur un tapis de feuilles, des promesses de rendez-vous tendre ey d'amours passagères entre coquins de garenne.
Sur les bords de Garonne, les saules pleureurs ont pleuré toutes les larmes de leur corps. Le 21 septembre (1), les chênes de Lucien ont frémi de toutes leurs feuilles...
Mais Lucien, philosophe et sage, rassure. Il ne souhaite que des bons voeux, et des jonchées de feuilles pour des mariages heureux.
Un vibrato ondule alors la terre qui s'assouplit sous le pied du promeneur : "le bonheur est dans le pré, cours-y- vite, il va filer."

(1) Jour de l'explosion de l'usine AZF à Toulouse.

Lucien, à l'orée de sa chênaie. Août 2002. Photo JF.
Par Raoul Jefe
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Mercredi 21 octobre 2009

L'homme qui a planté des arbres

1997. Merci d'être là, fidèles au rendez-vous. Le moral est bon ? Les troupes sont fraîches ?
Les chênes de Lucien ont cinq ans. La typographie de "La Dépêche" a changé. Nous aussi. Il se passe des métamorphoses lentes et silencieuses.
Qui a écrit : "Les forêts précèdent les peuples, les déserts les suivent" ?

1) Darwin

2) Bossuet

3) Chateaubriand

4) Lucien


Réponse demain... ou dans cinq ans !


Coupure de "La Dépêche du Midi", édition Nord-Est, du 4 janvier 1997.

"Les chênes rouges de Lucien ont 5 ans. Pour les avoir salués dans ces mêmes colonnes et dès leur naissance, à leur juste -petite- mesure (1), il était normal que l'on s'intéressât à leur évolution. Le quinquennat des arbres, c'est aussi celui de la vie. Aujourd'hui, si la chênaie n'est pas encore assez "futaie", elle reste tout de même à découvrir.
Lucien est heureux. Ses "feuilletés" qui vont croissant le comblent d'aise. Ne les a-t-il pas aimés, bichonnés, aidés à fourbir leur armes, individuellement arrosés pour que, de modestes surgeons en jauge, ils deviennent adolescents ? Si.
Lorsqu'on emprunte le chemin creux, fraîchement rebitumé, qui conduit à son exploitation des "Bardis", le coeur bat la chamade à l'idée de retrouver ses chers amis les arbres, de saison en saison plus hauts, plus forts.
Passé le pont de pierre, que des enfants, naguère, avaient transformé en port de construction de châteaux de glaise, la vue d'ensemble est surprenante, parce que renouvelée.
La chênaie ne manque pas de charme, à l'aune des tons donnés par l'automne ou sous les verts veloutés du printemps.
Les arbrisseaux poussent.
Avec quoi voisinent à présent leurs racines ? Quelque astragale de wisigoth ? Quelques fragments de poteries antiques ?
Pendant cinq ans, pendant que le système radiculaire fouillait la marne, des choses se passaient en surface : le président François Mitterrand passait l'onde noire ; les impôts augmentaient ; les salaires se gelaient ; les vaches devenaient folles ; l'amiante de l'école dangereuse ; les téléphones de plus en plus portables ; leurs numéros s'encombraient de deux chiffres.
Lucien remplit ses fonctions de directeur de conscience en homme de l'arbre avisé. Ses petites presque fresques, ses -pour l'instant- bas-reliefs, sont mis en garde comme des végétaux convoités contre les fabricants d'allumettes et de cure-dents et les sangliers trop ongulés.
Quand les bourgeons se seront encore une fois déboutonnés ; quand on aura inventé la poudre de gland pour soigner les maux d'en dessous la ceinture ; quand les "scies" ne seront plus que des chansons, il restera toujours l'écho d'un vibrato ondulant la terre, celui de l'aïeul à la main verte qui n'a jamais planté ses semblables mais pour ses semblables.

(1) Voir "La Dépêche", édition Nord-Est, du 2 janvier 1992.

JF

Lucien, en sa chênaie "arbore" la coupure de presse de "La Dépêche du Midi" du 2 janvier 1992 où il est est fait état... de la naissance de la chênaie de Lucien. Décembre 1996.
Photo JF.

Par Raoul Jefe
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