28 avril 2007 6 28 /04 /avril /2007 15:07

En 89 (19), mon parcours me vit -ou plutôt m'entendit- dans les studios d'Europe 2, dont les premières ondes berçaient Toulouse.

"Les lumières de la ville ont des reflets de saxo tranquille... Europe 2, ça brille..."

"Ma nouvelle adresse est une radio.... Nouvelle adresse...  Europe 2, c'est beau." disaient les "jingles" que l'on se refusait à appeler "sonals".

J'étais alors affecté au "remplissage" des décrochages régionaux.

A côté des infos sérieuses et de la météo, j'avais imaginé de meubler l'antenne avec des canulars téléphoniques...

Voici ce que j'ai retrouvé dans mes archine sonores.

 

" - Allo, le magasin "Chat Botté" ?

- Oui, c'est ça, monsieur.

- Oui, bonjour. Je voudrais offrir une paire de bottes à ma femme. Est-ce que vous avez le 35, s'il vous plaît ?

- Non. Nous sommes un magasin de laines, monsieur.

- Ah ! excusez-moi. Je suis vraiment navré. Mais vous n'avez donc pas...

- Non. Nous faisons une laine qui s'appelle "Chat Botté". C'est la raison sociale. Voilà.

- Ah, je pensais que vous aviez des chaussures...

- Non. Non. Non. Nous vendons de la laine pour tricoter.

- Ah ! Vous ne vendez pas de bottes, donc ? Vous n'avez vraiment pas...

- Non, non. Pas du tout.

- Bon, mais écoutez, alors, tant pis, je vais prendre un autre pointure, quoi, c'est pas un problème, ça...

- Je vous explique, monsieur, que nous ne vendons que de la laine à tricoter.

- Ah ! D'accord, vous n'avez pas donc... de chaussures? Parce qu'on m'a dit : "Tu pourras trouver des..."

- C'est un eplaisanterie, je pense.

- Ecoutez, non. On m'a donné votre adresse.

- Non, c'est une erreur.  Nous ne vendons que de la laine à tricoter, c'est clair ?

- Vous êtes sur l'antenne d'Europe 2 Toulouse.

- Ah, bon ! C'est une plaisanterie. Il faut le prendre en riant ? Alors, je le prends en riant."

 

Propos recueillis par Joël Fauré

 

Ces propos "laineux" (pourquoi tant de laine ?) sont impressionnés sur une bande magnétique que je tiens bien entendu (à bon entendeur, salut !) à la disposition des incrédules.

 

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26 avril 2007 4 26 /04 /avril /2007 13:19
DES MATIERES BIEN TRAITEES

Il y aura un avant et un après JS.
Jean Streff, auteur du référentiel "Masochisme au cinéma" (Veyrier, 1978), livre ici un essai passionnant sur les fétichismes.
Nos marottes -les bottes- y sont dignement représentées et "A Propos de Bottes" y cité dans les sources multiples auxquelles l'auteur assoiffé a puisé.

J'ai vu des libraires très embêtés : ils ne savaient pas où poser le livre. Au rayon "Erotisme" ou au rayon "Faits de société" ? N'est-ce pas là le vrai pouvoir d'un livre : interroger, surprendre et étonner ?
J'ai observé une jeune Chinoise lire avidement quelques pages, debout, l'ouvrage en équilibre sur une tablette.
Je l'ai vu voisin de table de "Panique" de Lydia Flem, du "Crachat" de Martin Monestier et contemporain de "La mauvaise vie" de Frédéric Mitterrand.
Je l'ai remis à vue quand il était caché ; je l'ai remis de face quand il était sur la tranche.
J'ai vu une vendeuse s'absorber à sa lecture, après que je lui eût demandé de le consulter moi-même.
J'ai glissé entre les pages 356 et 357 un petit mot écrit à la main sur un ticket de caisse de bar (1 café : 1 € 40) :
"Au théâtre carpe Diem -à moins que ce ne soit dans un rêve-, je vous ai vue, glissée dans de hautes bottes de cuir noir. Je dois être fétichiste. Je suis devenu aussi fou que Maupassant. Il fat absolument que je vous retrouve. Sinon, j'en mourrai peut-être... Si vous vous reconnaissez (et même si vous ne vous reconnaissez pas) : suivait mon numéro de téléphone. Puis ma signature : Raoul Jefe.
J'ai remis le livre en rayon. Il avait rendez-vous avec le hasard...
A ce jour, je n'ai toujours pas eu de retour...
Le plus frustrant dans cet ouvrage, avouons-le d'emblée, est sans doute le manque d'illustrations, mais les fétichistes n'étant pas dépourvus d'imagination, ils sauront se créer leur propre musée iconopithèque.
Par le texte, Jean Streff se veut exhaustif, et il y parvient souvent. (On imagine aisément son bureau truffé de dossiers et de notes !)
Son savant découpage des contenus et des contenants -imaginez un cochon rose, avec tous ses morceaux découpés en pointillés dans un dictionnaire (dans un cochon, tout est bon.)- nous donne en sus des échantillons d'étoffes et de matières avec action immédiate sur nos sens désarimés.
Ce traité de l'a(ROME) à l'usage des jeunes générations fourmille d'informations, de la petite à la grande histoire. Y sont convoquées Jeanne d'Arc et Madonna, c'est dire l'oecuménisme du rendez-vous.
Les jeunes générations, fétichistes de la toile, de la souris et du portable, appelés dans le titre, sauront-ils, demain, découvrir que le cuir n'est pas seulement une faute de liaison "mal-t-à-propos", mais un subtil entremetteur entre le désir et le plaisir ?
Réponse dans deux mille ans après JS, s'il reste assez d'eau fraîche et d'amour pour vivre, deux fétiches parmi tant d'autres...

Joël Fauré

"Traité du fétichisme à l'usage des jeunes générations", Jean Streff (Editions Denoël), 544 p.

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Je me hasarderai bien à illustrer ces propos d'une image, mais au vu des premiers essais désastreux, je préfère m'abstenir.
J'ai convoqué un ami, né avec un ordinateur dans la tête, qui m'a parlé pixels, résolution d'images, etc...
Je préfère reporter à plus tard la publication d'images (pour éviter aussi tout risque de droits réservés, droits d'auteur, proriété intellectuelle, etc...)
Je donne priorité au texte.
Un grand merci aux trois premières grandes lectrices de ce blog : A. , O. et Caroline Lamarche...
et aux premiers lecteurs : Ph., et P.B.
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25 avril 2007 3 25 /04 /avril /2007 15:03
Lamarche à suivre. Caroline Lamarche, Belge et écrivain. Maso. Se voit en femelle du renard. Une renarde qui aurait été domestiquée, et tenue en laisse. Femme ouverte et femme au moins trois fois trouée. Son livre "Carnets d'une soumise de province" est un beau livre. Un livre qui pique, qui pince. Où ça fouette le fennec à plein nez. On savait les après-midis de Caroline curieuse transformés en nuit (La nuit l'après-midi, éditions de Minuit.) Ici, elle voue à son Maître un usage particulier et exclusif. Toute la gamme SM hard et soft se décline. Caroline et son dresseur sont des bourges cultivés et esthètes qui vont à l'encontre du titre. Fréquentent des musées d'Europe, rient devant une toile populaire (Schrek, le géant vert), mais aussi se vautrent dans des hôtels bon marché.
Ce qui rend le livre attachant, c'est l'humanité des deux bêtes de cirque. Lui est sans prénom, sans nom, issu semble-t-il d'un passé douloureux. Rien n'est caché au lecteur de ses troubles de l'humeur, ce qui a le pouvoir de désamorcer l'envie de dire : "Ce type est un malade ! Il devrait consulter." A un titre d'un film de Truffaut, il rajoute simplement un verbe. Ce qui nous donne : "L'homme qui aimait fouetter les femmes." Sinon, pas plus malade que les beaufs et les bobos qui exigent de bobonne une pipe après un match de foot et quelques Kronembourg.
Elle, Renarde donc, muselée. Et fière de l'être. Littéraire en diable. "Du mot retenu, tu es le maître ; du mot prononcé, tu es l'esclave." Ses carnets sont autant de figures de rhétorique. On sent l'index luisant de cyprine et de sperme qui alternent les touches du clavier et son cul vaseliné.
A priori, Caroline n'est pas fétichiste. Les bottes ne sont citées qu'une seule fois, page 168.
Le grand intérêt de ce livre n'est pas de ressembler ou d'approcher les histoires d'O, finalement très courues, ni de donner du milieu sadomasochiste une version toute noire ou toute blanche ; non, c'est de conclure habilement sur un détachement de la perversion.
Le crescendo SM qui veut que les doses finissent mal et conduisent à la mort est ici mis à mal.
"Caroline" retourne à son ordinateur et on peut très bien imaginer que son bourreau se range des renardes pour s'intéresser aux souris blanches ou aux chiennes qui ont souvent des instincts de cochonnes.

Joël Fauré

CAROLINE LAMARCHE :

Caroline Lamarche est née le 3 mars 1955 à Liège. Ses ancêtres sont fabricants de fer et de tabac. Petite enfance dans le Nord de l'Espagne. La suite, jusqu'au bac, en région parisienne. Vacances à Beaufays (environs de Liège), au milieu d'une kyrielle de cousins. La faculté de Philologie romane la voit passer comme un zombie studieux. Insomnies redoutables. Refus d'écrire. Un "journal de rêves" tenu secret. Epouse un homme aventureux, qui l'emmène en Afrique. Enseigne le Français en Anglais à de petits Biafrais. retour en Belgique. Travaille comme secrétaire bilingue (Anglais, Espagnol). Naissance en 81 et 83 de deux filles. Se met à écrire au début des années 90. Fin des insomnies. A partir de 1995, créations diverses : romans, nouvelles, poèmes, fictions radiophonques.

Pour "A propos de bottes", Caroline Lamarche a écrit un texte inédit que je vous offre en partage :

Souvenirs d'enfance

J'avais des bottes blanches
La terre était boueuse
Cette terre que, du ciel,
On voit bleue.

Le Carnaval des animaux

La dentiste en cuissardes
Piètine ses instruments
Réclamant
Sa musique préférée.

Repas de fête

Mes bottines en chevreau
Découpées
Nous les mangerons à Pâques
Les cierges pleureront.

Logis de nuit

Bottes ô bottes
Claquant aux nuits obscures
Le corps faiblit, se rend
Le fleuve, plus bas scintille.

Caroline Lamarche

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Dernier ouvrage paru : "Karl et Lola" (Gallimard)
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24 avril 2007 2 24 /04 /avril /2007 16:13

Le quotidien Libération avait la réputation d'être le journal des "pédés et des camés". Je n'étais ni l'un ni l'autre mais j'aimais la chose imprimée ; j'aimais sa maquette, son graphisme, sa charte typographique, ses formules et ses photos prises sous un angle inattendu.

Quand ai-je "découvert" Libé dans ma cambrousse ? En 83 ? 84 ? Quoi qu'il en soit, en 85, un désir était devenu un besoin, et les colonnes de Libé daté samedi 19 et dimanche 20 octobre accueillirent ma première petite annonce en poste restante : JEUNE ET BEL ANIMAL (mâle) de cirque recherche jeune (max. 30 ans) et jolie dompteuse bien dans ses cuissardes pour monter numéro. Envoyez programme à M. Faure. PR 9 rue Lafayette, 31000 Toulouse RP.

Il faut que je vous dise que j'ai commencé à travailler dans une fabrique de bottes, et que j'ai passé toute mon enfance (et une partie de mon adolescence) dans un zoo avec une dompteuse, et, à 10 ans, en jouant, je suis tombé le nez à terre, entre les bottes de ma petite camarade. Ce fut le premier émoi. Ca explique bien des choses.

Après, on viendra nous dire que les fétichistes sont des abstraits qui accordent plus d'importance aux choses qu'aux êtres...

Le pilchard aux oignons, moi, je trouve ça bon.

Il y en a qui disent que "ça leur reproche", et qu'ils rôtent du pilchard toute la journée.

Mon père prend une feuille de La Dépêche d'avant le changement de format, et en tapisse le fond d'un cageot. Que va-t-il y déposer ? Des oignons. Il passe beaucoup de temps au jardin. Il ne veut pas que je l'aide. Il dit que je ne sais pas. Surtout ne pas lui dire que j'ai passé une petite annonce dans Libé.

Libé daté du samedi 8 et dimanche 9 octobre 1988 accueillit ma deuxième petite annonce : FETICHISTE, adorateur des bottes-cuissardes recherche dominatrice bottée jusqu'aux cuisses, gantée jusqu'aux coudes, une cravache à la main. Etudie tout autre fantasme de maîtresse bardée de cuir.

Ce samedi, ma mère pleure dans sa cuisine en épluchant trop d'oignons. Elle les coupe en dés dans un plat. Sel, huile et vinaigre s'ensuivent. Et dessus ? Du pilchard. Pilchards d'Unico sur son lit d'oignons des Champs-Grands.

Ma mère passe beaucoup de temps dans la cuisine. Elle ne veut pas que je l'aide. Elle dit : "Ne fais pas... Tu sais pas..." Surtout ne pas lui dire que j'ai passé une autre petite annonce dans Libé.

Libé cesse de publier ses annonces "chéries" le samedi. Il ne les publiera pas non plus un autre jour. Je le déplore.

Reste La Dépêche sur laquelle je me rabats.

Le 28 novembre 1995, le titre Toulousain compose, sous la rubrique "rencontres" : J.H. esthète, aimant Brel, Brassens, les mots et la sensualité des bottes de cuir dépassant le genou, rech. J.F. alter égo. - Ecrire : X-16463 "Dépêche", 31095 Toulouse Cedex.

Voici ma quête, mes bouteilles d'encre à la mer.

Et maintenant, je vous entends d'ici ; vous avez une question qui vous brûle les lèvres :

"Qu'est-ce qu'on va bien pouvoir manger, samedi, à midi ?"

Joël Fauré

Ce texte est dédié à O. (Une femme sans histoire) de Libé

Elle se reconnaîtra.

 

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23 avril 2007 1 23 /04 /avril /2007 16:39

C'était le samedi. Je chopais Libé sur le tourniquet de la marchande, comme on décroche un pompon au manège. N'était le lieu, j'aurais bien humé à plein nez le papier à l'encre séchée de peu dans les fourgons des Nouvelles Messageries de Presse, et caressé la chair de poule en bas de page.

Mais ma mère m'attendait dans la voiture, et elle allait me lancer son "Dépêche-toi, il faut encore passer à Unico."

Du coup, je zappais sur la une du Fig-Mag et de L'Huma. Le journal au losange rouge se retrouvait voisin de "La Dépêche du Midi", et nous filions chez l'épicier acheter des pilchards.

J'étais alors un gros garçon joufflu de la campagne, bon rougeaud roteur d'ail, bon puceau qui demandait à ne plus l'être -mais ça tardait, et l'offre et la demande ont des caprices-.

Pendant que mon père lisait les annonces nécrologiques de "La Dépêche du Midi", histoire de savoir si des classards n'avaient pas passé l'arme à gauche, moi, je plongeai tout habillé dans le marigot des annonces "chéries" de Libé.

Alors s'allumaient les lampions d'une fête clandestine. Ce que je guettais, surtout, au milieu du casting de fascinants personnages, et de baroques décors, c'était, dans le magasin des accessoires, les dix lettres du mot magique :

C, U, I, S, S, A, R, D, E, S.

A travers les trous de la palissade, je hasardai un oeil sur les terrains de jeux interdits. La lecture secrète me laissait écartelé entre la fascination et la répulsion. J'étais coupable de mauvaises lectures et de mauvaises pensées. Pourtant, d'autres y pensaient aussi, puisque étaient imprimés, là, les mots exacts qui reflétaient mes désirs.

J'ai appris qu'un désir peut se différer. Pas un besoin.

Je repliais Libé dans la chambre, et j'allais dans la cuisine résoudre les mots croisés du Pèlerin, pendant que ma mère préparait ses pilchards aux oignons.

Mais comment réfréner le galop de mon imagination et juguler le flux cérébral de mes fantômes en suaires blancs et cuissardes noires ?

Sur la route qui conduit à Saint-Supplice, je pensais cuissardes.

Dans mon lit, au coucher, au réveil, et parfois entre le sdeux, je pensais cuissardes.

Devant la télé allumée et une émission de variétés, je pensais cuissardes (je me disais qu'une jeunesse nouvelle, aux cuisses chantantes, allait bien en porter.)

A la fête foraine, devant l'estrade que je frôle ; où le bal, tout-à-l'heure, rejouira, je pensais cuissardes. (il y aura bien une danseuse qui, dans le car de l'orchestre, en enfilera une paire.)

A la fin du mois d'août, devant les vitrines des "chaussureries", je pensais cuissardes.

Bref, je me découvrai fétichiste monomaniaque obsessionnel. Il aurait été vain de le nier.

"Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s'attache à notre âme et la force d'aimer ?"

Germèrent alors dans mon imagination ces texticules malmenés par la langue, tarifés à la lettre, à l'espace, donc férocement tronqués, comme la femme sciée en deux au cirque Amar.

Part. rech. BCBG ht niv. soc. cult. max. blde jne shte et. sup. div. dom. min. pr dial. ds bi ss enf. svp npn fum. hum. si aff. raff. tts rég. tb rép. ass. rel. dur. gd yx bl. phot. disc. disp. lib. sér. sinc. aim. nat. an. voy. auth. harm. s/s tt rap. équil. qual. exp. dist. éleg. ouv. ssuel id. soum. we prof. lib. mar. div. sado maso SM EA JH JF H F A B C D E F G H I J K L M N O P Q R S T U V W X Y Z

Ainsi, tout est possible. Comme dans la vie.

(A suivre...)

 

Joël Fauré

Ce texte est dédié à O (une femme sans histoire) de Libé.

Elle se reconnaîtra.

 

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21 avril 2007 6 21 /04 /avril /2007 21:00

INCIPIT (Prononcez comme vous voulez.) : (mot lat. il commence) Litt. Premiers mots d'un ouvrage (Notice du dictionnaire.)

Raoul Jefe et moi sommes heureux d'inaugurer sur cet égoblog une formule qui a déjà fait florès dans le fanzine "A propos de bottes."

Ouvrons un livre. Lisons la première phrase. Puis la seconde s'il le faut. Dès que nous aurons trouvé les six lettres du mots "bottes", nous nous arrêterons inexorablement, y compris en pleine phrase.

Belle incitation à la lecture, non ?

Nota Bene : nous ne tenons pas compte des lettres portant un accent.

Aujourd'hui :

"LE MYSTERE DE LA CHAMBRE JAUNE" de Gaston Leroux

Ce n'est pas sans une certaine émotion que je commence à raconter ici les aventures extraordinaires de Joseph Rouletabille. Celui-ci, jusqu'à ce jour, s'y était si formellement oppos/

 Nous dédions cette "première" à A.

Elle se reconnaîtra.

 

 

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20 avril 2007 5 20 /04 /avril /2007 20:43

img006.jpgIl fallait bien que ça arrive un jour.

Il fallait bien que je me heurte, avant bouclage de cet édito, à un problème de taille : le sexe voulait parler en même temps que le cerveau !

Et la pensée, prisonnière et métastasée, en était toute bouleversée.

Entre le nerf et le micobe, pour quelle atteinte fatale croyez-vous qu'elle opta ?

Gagné ! Pour le microbe. Moins de peine à supporter la douleur.

Et nous allâmes nous masturber.

15 secondes de plaisir et d'infidélité pour 45 ans de dévotion à la Vierge Marie !

Alors coulèrent des larmes rentrées, mais pas là où il le fallait.

Des cristaux et des paillettes d'argent face à un mystère rouge.

Contaminé je fus.

Et les belles images que me montait une -ma ?- mère jouèrent sur un double tableau : il ne fallait surtout pas toucher les bottes de la sainte, et pourtant, il fallait l'honorer.

Impossible à faire.

Le jeu social est un jeu érotique.

Je suis parti jouer.

Il fallait bien que ça arrive un jour.

 

Joël Fauré

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20 avril 2007 5 20 /04 /avril /2007 05:24

L'édito du jour est en gésine.

 

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19 avril 2007 4 19 /04 /avril /2007 16:24

Nous n'en aurons jamais fini avec cette envie de vouloir un éditorial parfait.

Fétichiste en diable, j'ai un jour découpé, à seule fin de conservation et de collectionnite aigüe -manoeuvre puérile et immature ?- dans un illustré sur papier glacé, une jolie créature en bottes cuissardes.

A l'époque, l'amour n'était que des idéaux de chanson et les femmes des silhouettes de papier...

Puis, j'ai glissé les vignettes obtenues dans une enveloppe, que j'ai ensuite remisé avec mon nécessaire à courrier.

Ayant à donner de mes nouvelles à mes parents, j'ai pris la première enveloppe venue, sans en vérifier le contenu -elles sont en général vendues vierges-.

Grande fut la surprise des destinataires quand ils s'aperçurent que là, dans les plis, dormait une amazone qui n'était pas une sainte qui ne portait que des sabots.

Comme ils me le firent remarquer, je fus désagrégé de honte.

 

A partir de là, j'ai eu la crainte de glisser par erreur un document pornographique dans une enveloppe du Ministère qui m'emploie, et j'ai développé des Troubles Obsessionnels compulsifs très invalidants.

La création du fanzine "A propos de Bottes", et aujourd'hui son petit frère blog a permis de réparer, d'assumer, de déculpabiliser et d'abolir cette torture.

Cet "egoblog" se pose plus en gérant de stimuli qu'en forceps de l'habitus.

Voilà pourquoi, à ma ligne éditoriale, je rajoute "Psychologie"
J'espère ne pas perdre trop de lecteurs.

Voici le lien.

L'éditorial est presque parfait.

Joël Fauré

PS : Merci à Aurora qui aimg015.jpg été le vrai déclencheur de cet espace.

 

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17 avril 2007 2 17 /04 /avril /2007 16:13

Quelle meilleure référence en matière érotique et littéraire que Jeanne de Berg ?

Invitée des plateaux d'Apostrophes de Bernard Pivot, de quel auteur majeur est-elle l'épouse, qui se dissimule sans le faire derrière une voilette de tulle ? Alain Robbe-Grillet.

Jeanne de Berg alias Catherine Robbe-Grillet a sublimé le fétichisme dans "Cérémonies de femmes" (Grasset) et porté haut la bannière des sens et le hauban des sensations.

Dans ma tête, c'est une légende.

Et c'est bien de légender ses phantasmes...

Un jour, j'ai décroché mon télephone et interrogé les Renseignements.

Comme je m'étonnai de pouvoir la joindre aussi facilement, elle me dit simplement : "Vous tombez bien."

C'est aussi facile que ça, la vie ?

Deux jours plus tard, je lui adressai cette lettre :

Chère Catherine,

C'était le 18 juillet dernier. Je venais de terminer la lecture de "Entretien avec Jeanne de Berg". J'ai appelé le 12 et j'ai demandé votre numéro. On me l'a donné. je vous ai appelé. Comme j'étais ému et surpris de vous parler, vous m'avez dit simplement : "Vous tombez bien !" Ce sont vos propres mots.

Vous étiez, je crois, entre deux valises.

Nous avons abordé sans ambage le domaine du SM. je vous ai dit que, pendant longtemps, j'ai vécu cet attrait avec beaucoup de tourment.

Du refoulement est né l'angoisse.

Aujourd'hui, à 40 ans -le 5 octobre-, j'ai enfin déblayé devant ma porte et déculpabilisé vis-à-vis de cette sexualité "différente". Mais je n'en sors pas indemne : je souffre de troubles obsessionnels compulsifs qui, s'ils sont en partie maîtrisés aujourd'hui, n'en demeurent pas moins grands faiseurs de dégâts.

Essayons d'y voir plus clair.

Je suis issu d'une famille où la sexualité était un sujet tabou, occultée par de nombreux non-dits et interdits. Une mère très possessive, un père insignifiant, et surtout un phimosis mal traité -et très tard- par un médecin véreux qui a pratiqué la circoncision à vif !

Le SM m'a d'abord attiré sous la forme de fétichisme des bottes et cuissardes de cuir. Je tairai les nombreuses obsessions et frustrations à thématique sexuelle, mais vous pourrez aisément les imaginer.

Je tairai de même la carence affective et la peur des femmes.

J'ai fait des tentatives SM, des deux côtés du fouet.

Littéraire -mais études interrompues à bac moins 3-, j'ai trouvé dans l'écriture le moyen de me cramponner.

Alors, quel est l'état des lieux aujourd'hui ?

Je viens à peine de couper le cordon ombilical, mais je mesure toute l'étendue des dégâts. Une vie sociale, affective et professionnelle complètement sinistrée.

Cependant, un sursaut d'orgueil me laisse penser qu'il est encore temps de redresser la situation.

Chère Catherine, je ne vous connais pas, mais par les reflets que j'ai de vous, je vous aime.

Je suis le "papa" de plusieurs pièces de théâtre et de quelques lignes tracées ici et là...

Le 18, nous avons parlé de théâtre.

J'ai évoqué cette photo mythique prise devant les éditions de Minuit où votre mari voisinne avec Beckett et Sarraute.

Nous avons parle de "Pour un oui pour un non." J'aime beaucoup. Vous aussi, je crois ?

Alors, pourquoi cette lettre ?

Vous avez bien d'autres chats à fouetter, mais je me fais plaisir.

Peut-être serai-je mort quand vous la recevrez ?

Qui peut savoir ?

Qui a les règles du jeu ?

Il me semble que la lente dégradation des moeurs ne vient pas des déviants, mais de la multitude de médiocres qui s'affadissent et se complaisent dans du sexe banalisé, mercantilisé.

La chair est devenue plus que triste.

Sans nos défauts d'esthète -ne faire l'amour, n'obtenir la jouissance que par les muqueuses de la tête-, nous serions passés à côté des Pauline Réage, Luis Bunuel, Vanessa Duriès et même Beckett !

Qu'est-ce que je veux prouver ? Rien. J'avais envie de vous écrire. Si vous me répondez, je serai content. Si vous ne me répondez pas, je serai malheureux, mais vous ai-je au moins posé une question ?

A l'affirmation : "Je vous trouve très belle." (et même de dos, dans le portrait si convoité de la couvrante de Libé), vous m'avez répondu : "J'ai été très belle." Eté : participe "pressé". Le temps court. Vous me dites voyager beaucoup : où êtes-vous ? Que faites-vous ?

(...)

Avec tous mes hommages, je vous prie de croire, chère Catherine, en l'expression sincère de mes admiratives salutations.

Joël Fauré

---

Je joignai à ce pli un article de presse qui m'était consacré.

Quelques jours plus tard, j'avais un message sur mon répondeur :

Message du ...  reçu dimanche 8 septembre 2002 à 21 h 50 :

"Et bien, j'espère que je suis bien sur la messagerie de Joël Fauré. C'est Jeanne de Berg à l'appareil. J'ai bien reçu votre courrier. Je voulais tout simplement vous en parler... et vous demander entre autres sur la photocopie de l'article que vous m'avez envoyé, si vous êtes le personnage à gauche ou le personnage à droite ? Euh... J'imagine que vous êtes plutôt celui de gauche : est-ce que je me trompe ?

Voilà... Vous pouvez me rappeler éventuellement, et bien au numéro que vous connaissez, à la campagne où je serai jusqu'à vendredi. Voilàimg014.jpg... Vous avez... Pour me trouver, le mieux, c'est d'appeler vers euh... vers 14 h 30, voilà. Ou alors le soir assez tard.

A bientôt peut-être...

---

Suis-je personnage à gauche ?

Ai-je rappelé Jeanne de Berg ?

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