7 mai 2007 1 07 /05 /mai /2007 12:01
Betty laissa le pigeonnier aux bons soins de ses parents, boucla une valise, empoigna le récepteur-radio. Elle enfourna le tout dans sa voiture et se rendit seule à la clinique où elle était attendue. Oui, elle aurait pu être entourée par une cour compatissante ou ironique. Oui, elle aurait pu prendre un taxi. Mais elle préferait garder une sorte d'autonomie. Au bureau des admissions, elle ne fut plus qu'un quidam numéroté, vertement encarté. Elle répondit : "Mes parents" lorsqu'on lui demanda qu'elles étaient les personnes à prévenir en cas de... en cas de quoi, au juste ?
Une infirmière vint la chercher et la conduisit dans sa chambre.

Betty avait quarante-deux ans. Voici deux fois un printemps qu'elle était entrée en quarantaine. Debout devant le miroir de la salle de bains, attenante à sa chambrette, elle fixait son visage. Ses yeux s'étaient rendus, tant ils étaient cernés. Là, dessous, le peau est si fine qu'elle creuse des avens qu'un brin d'herbe saurait percer. Elle avait besoin de voir pour penser. Et pourtant : "Surtout ne pas penser." Elle s'allongea sur son lit et ouvrit un livre. Elle en avait apporté trois, choisis avec un arbitraire thérapeutique dans la bibliothèque du pigeonnier. Un classique -avec lequel on n'est jamais déçu-, un Russe (Betty éprouvait une tendresse émue pour les auteurs de l'Oural), et un Sade. D'emblée, la lecture lui fit du bien, bien qu'elle entrât de plain pied dans la description désolée des toutes premières pages du "Capitaine Fracasse" de Théophile Gauthier. Quel style ! Quel lyrisme !

Oui, Betty lisait. On vint frapper à sa porte. Une blouse blanche d'où émergeait un visage doux s'avançait, porteuse d'un petit boîtier à casiers bleu pâle. L'infirmière en extirpa des comprimés et des gelules qu'elle tendit, comme des panacées ou comme des graines qu'on va lancer aux pigeons.
" - Vos médicaments du soir." dit Blouse Blanche. Ca va ?
- Ca va... rie." répondit Betty qui trouvait l'infirmière assez jolie. Elle ne savait si elle pourrait conserver une distance hygiénique avec le personnel médical ou bien si son naturel reprendrait le dessus.
Le corps, le coeur, la tête, la confrontation qui crée l'érotisation allaient-ils avoir raison de quelques nuages trop gris, arrivés trop vite, et bientôt chassés par un vent d'autan, d'autant plus puissant qu'il est, dit-on, celui des fous ? L'idée qui veut que les fous le soient moins que celles et ceux qui les soignent fait long feu. Elle ne sut comment se conduire face à cette jeune femme frêle, payée par contrat, qui savait tout d'elle -elle avait bien jeté un oeil sur le dossier médical-, tenue au secret mais forte d'un savoir à sens unique.
Avalé les petits sécables, elle n'échangea finalement que deux phrases conventionnelles et aimables avec l'infirmière de nuit. Elle ferma le livre, lui redonna son épaisseur originelle afin qu'intrigues et héros se recueillent, pour de nouveau mieux surprendre et étonner à la réouverture, et alluma la radio. "Vous écoutez France Inter, il est minuit passé de trois minutes, vous avez maintenant rendez-vous avec "Postier de Nuit." Toutes oreilles dressées, Betty écoutait cette émission amie de longue date, avec qui elle faisait corps, avec qui elle s'évanouissait dans le sommeil, après avoir vagabondé, couru sur des landes de légende, glissé des bottes de sept lieues, sautant du Parnasse à Rome, de la Montagne Pelée au petit tertre du fond du jardin. Et puis elle s'endormit.

"Quand on a peur de la grenouille, il faut aller voir la grenouille." La petite phrase colorée verte et amusante tintait dans la tête de Betty. Elle allait beaucoup mieux, se demandait même comment elle avait pu connaître ces méandres inquiets, s'en voulait beaucoup de n'avoir pu combattre. Manque de volonté ? Tous ces fainéants qui vont chez les psys méritaient des coups de pied au cul ! Durant son séjour en psychiatrie, elle avait beaucoup écrit. Elle avait envoyé une ébauche de manuscrit, qu'elle avait intitulé "Le pigeonnier" à une connaissance de la petite République des Lettres, afin que cette dernière lui donnât son avis. De toute manière, Betty n'en ferait qu'à sa tête. "Si vous me dites que c'est bon, je serais heureuse et je continuerai. Si vous me dites que c'est mauvais, ça me rendra sombre et triste mais je continuerai quand même. De toute façon, les lettres ne se regroupent pas en République, ou en Royaume, ou en Ecole, ou en Chapelle, ou en Secte. Les lettres ne se laissent pas dompter facilement et habitent en hameaux, pas en villages.
Betty avait aussi écrit à l'émission "Postier de Nuit." La lettre devait avoir plu : elle était invitée à participer à un prochain plateau sur les amours différentes...

(A suivre...)

Raoul Jefe

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6 mai 2007 7 06 /05 /mai /2007 15:20

Cet épisode est dédié à A., première lectrice avérée et fidèle du "Pigeonnier."

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Betty entra dans une songerie dont elle était coutumière. Seule, ça ne la contrariait pas trop. "Le langage s'entend mais la pensée se voit." a écrit Saint-Augustin.

Elle pensait de plus en plus au théâtre, et ça se voyait comme le nez au milieu de la figure. A ce théâtre intime si proche de Beckett où son "En attendant Godot" offre une scène de Maître/esclave etonnante.

Elle se voyait animatrice d'une troupe, répétitrice de manège, menant les répétitions au fouet. Les comédiens sont de parfaits soumis. Au pigeonnier, le plateau se tenait prêt à recevoir des bouches ouvertes sur des cascades de mots d'auteur.

Comment appellerait-elle sa compagnie ? "Fais voir comment tu danses" ? "Ecoute s'il pleut..." ? Ou tout simplement son appellation d'origine : Le CIEL (Cercle des Instants et des Espaces Ludiques) ?

Oui, Betty écrivait. Ce qui la sauvait de l'abîme où la jetait parfois la chair trop crue et trop humide.Elle était allée au cinéma, elle était allée au théâtre, elle était allée au cirque, mais c'est dans les livres qu'elle avait fait ses plus belles rencontres, rencontré ses plus grandes émotions.

Cet homme qui était là, en face d'elle, attaché sur une croix, nu et presque glabre, elle l'avait vu la veille sur un plateau de télévision où, portant beau et superbe, il avait été particulièrement brillant sur un sujet qu'il maîtrisait à merveille : la peinture flamande. Ce qu'il aimait, après les rafales de fouet sur le dos et les fesses, c'était rien tant que Salomé se colle contre lui, cuir contre peau, et lui souffle des mots secrets à l'oreille. "Je vous ai aimé hier soir quand vous avez cloué le bec à ce paltoquet d'animateur... Il pensait que Bosch et Bruegel étaient des marques d'appareils ménagers..."

Betty caressa du plat de la main les blessures rougeoyantes qui striaient le dos de sa "victime". Aux pieds, elle avait mis pour la première fois les cuissardes rouge et noire : son client avait insisté pour qu'il en soit ainsi. Elle ne prêta aucune attention à une légère gêne sous la plante du pied gauche. Les bottes neuves ont besoin de rôdage, de se "faire" à la forme qui les reçoit.

"- Alors vous les avez donc reçues ?" demanda-t-il. Et la question paraissait lourde de sens et attendait une réponse argumentée.

" - Oui, et j'ai adopté la formule... Alors c'est vous qui..."

Le spécialiste crut comprendre le silence, l'absence de réaction, l'amusement à utiliser le dépareillé des bottes sans pousser plus avant la recherche d'explication. Il en fut tout excité.

"- Vous permettez que je retire votre cuissarde gauche ?" demanda-t-il.

Avec minutie, il débotta la belle, saisit la chaussure par l'empeigne, et lui imprima un mouvement saccadé de haut en bas. Un bristol ne tarda pas à sortir du tunnel. Il le tendit à Maîtresse Salomé. Elle lut : "Le rouge et le noir vous siéront à ravir. Mais le noir et le rouge ne devraient pas être en reste. Je les tiens à votre disposition. Faites moi un signe et vous retrouverez vos couleurs. Je vous admire."

Betty se mit à rire.

"- La boîte est dans le coffre de la voiture. Je vais la chercher." dit l'amateur de Bruegel l'Ancien.

 

C'est au réveil d'un matin sombre que Betty fut saisie d'un étrange état. Au milieu du petit jour qui perçait dès potron-minet la croisée, elle fut prise de panique devant ce qui ressemblait à de la fumée. La nuit avait été agitée, habitée par d'étranges soldats dans d'étranges décors, dans d'étranges situations. Sa tête était en feu, sa bouche plâtreuse. Son corps entier était endolori et lourd. Le lever serait pénible. Lorsque la fumée se fut dissipée, elle s'accorda à reconnaître qu'elle n'était que le fruit de son imagination. Mais une angoisse persistait, confuse, diffuse. Elle repassait en version originale des bouts de film de sa vie. L'esprit d'escalier lui fit voir des scènes effrayantes : des membres sectionnés, la panoplie de la petite sorcière, et le Diable en personne, endimanché comme quand on va conclure quelque chose d'important chez quelqu'un qu'on ne connaît pas, qu'on veut faire bonne impression, alors que, dans la vie de tous les jours, on sent le moisi et le rance et qu'on se saoule avec des raisins de la colère.

Betty se leva, se traîna jusqu'à la salle d'eau et s'apergea d'eau fraîche. Elle traîna, se fit diversion, voulut chasser les idées noires. Mais rien n'y fit. Le chocolat chaud n'était pas bon, le croissants immangeables, les oranges amères. La Terre allait s'écrouler. Betty décrocha le téléphone et prit rendez-vous avec le docteur M., psychiatre.

Du conflit fascination-répulsion naît le refoulement et l'angoisse. Tout ce qui fut attractif devint répulsif. Elle abhorait la quincaillerie SM et fils qui n'était qu'instruments diaboliques et encombrants. Morbides et macabres, ses cravaches ne l'avaient pas toujours fait miser sur le bon cheval. Ses hommes réduits à l'état d'ilotes n'étaient pas des hommes. Dans la salle d'attente du docteur M., elle se sentit de nouveau cernée par un incendie. Le papier peint l'oppressait ; les magazines épars dur la table, cornés, froissés, amputés, compacts n'étaient que pâte... Elle s'empara du premier de la pile. C'était le supplément illustré d'un grand quotidien conservateur destiné aux femmes. Elle fendit la tranche. De la mode aux recettes de cuisine, du courrier du coeur aux idées "tendance", tout était violent. Elle chercha l'ours ; quand elle l'eût débusqué, elle parut apaisée. Elle adorait mater les ours. Chassez le naturel, il revient au galop. Lorsque son tour arriva, elle était presque mieux. Elle ne savait pas trop ce qu'elle allait dire à Freud. Elle était trop folle pour partir et pas assez pour avoir envie de prendre le large.

" - C'est un épisode de dépression aigüe, majeur sévère. Vous ne pouvez pas rester comme ça. Je vous propose une hospitalisation de quelques jours. Vous avez besoin de repos." a dit le docteur M. "Je connais une très bonne clinique près de Toulouse. Vous verrez, vous serez bien."

(A suivre)

Raoul Jefe

 

 

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5 mai 2007 6 05 /05 /mai /2007 17:14

 Cet épisode est dédié à la mémoire de l'abbé R.T. Et à Dieu. Ils comprendront...

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Sous du papier de soie, elle glissa ses doigts. La pulpe de l'index et du majeur affleura un grain bien connu et apprécié. A pleine fleur, le cuir paraissait palpiter : des bottes cuissardes attendaient qu'on les tirât de leur sommeil.

Une curiosité était au rendez-vous. Lorsqu'elle les déploya, les fit tenir fièrement debout, grand fut son étonnement : les bottes étaient dépareillées ! Certes, elles étaient du même modèle, visiblement de la même pointure, mais l'une était noire et l'autre rouge !

Elle chercha une explication, un mot d'accompagnement, une lettre. Elle fouilla méticuleusement la boîte, en inspecta tous les coins et recoins. Rien. Elle s'assura qu'il n'y avait pas de double fond, tenta de découvrir un signe cabalistique en quelque endroit. Elle se souvint de l'intrigue du si beau texte d'Eric Rohmer "La symphonie en do majeur" où une jeune fille offrait à son fiancé un paquet-cadeau. Le fiancé jetait l'emballage sans s'être aperçu qu'il contenait un second cadeau, plus "signé".  S'ensuivait un écheveau de quiproquos qui reposaient sur des malentendus. Elle garda la boîte et le carton qu'elle rangea tout en haut d'un placard. Parfois, les objets se mettent à "parler" un jour ou l'autre...

Quel mystérieux admirateur, quel fétichiste jouait ainsi avec les couleurs ? Plus amusée et séduite qu'intriguée, elle se dit qu'après tout, elle jouerait le jeu. A cotôyer des originaux, elle serait originale. Une cuissarde noire et une cuissarde rouge, ça lui faisait une belle jambe...

Maîtresse Salomé écrivait : "Votre convocation est fixée pour samedi à treize heures. Je suis très regardante sur l'horaire. Je ne tolérerai aucun retard. Je suis à cheval sur le réglement. Soyez ponctuel. Ayez la politesse des rois. Je ne veux pas de minute de cordonnier. A la lettre. Vous entrerez dans le pigeonnier de plain-pied dans une pièce qui sera dans l'obscurité. Vous refermerez la porte derrière vous. Je serai assise à mon bureau. Je braquerai sur vous une lampe-torche. Vous retirerez vos chaussures. Vous vous déshabillerez entièrement. Je vous veux nu comme un ver, nu comme au premier jour, nu comme un ver au premier jour. Vous adopterez l'attitude suivante : tête baissée, yeux rivés à terre, mains derrière le dos. Nous n'échangerons aucun mot. Je m'approcherai de vous. Vous ne chercherez pas à savoir pour l'instant quelle tenue j'ai choisie aujourd'hui. Je resterai quelques instants dans votre dos, sans mot dire. Sur mon ordre, vous ferez volte-face. Vous vous mettrez à genoux, tête baissée. Je passerai autour de votre cou le collier des esclaves. Je ferai pleine lumière. Vous aurez ainsi tout le loisir de me découvrir. Je vous offrirai un regard permis. Je serai en petites bottes. Vous vous allongerez sur le dos. Je ferai le tour du propriétaire. J'appliquerai ma semelle sur votre torse, puis sur votre visage, sur vos lèvres. Vous poserez un baiser. Vous vous remettrez debout. J'appliquerai un bandeau sur vos yeux. Je ferai un essai de flagellation à la cravache. J'administrerai sur le globe. Je donnerai sur le charnu des fesses cinq coups espacés que vous ne compterez pas, cinq coups espacés que vous compterez, cinq coups soutenus que vous ne compterez pas, cinq coups soutenus que vous compterez. A chaque coup, vous me remercierez par mon titre : "Maîtresse".

J'ôterai votre bandeau. Vous lancerez un dé : le hasard désignera le nombre de coups que vous recevrez encore. Vous retirerez mes petites bottes. Vous me laverez les pieds. J'enfilerai mes cuissardes -il se peut qu'elles soient de couleurs différentes- et saisirai un fouet. Vous vous coucherez sur le ventre et nous renouvelerons l'opération flagellation. J'achèverai cette séquence par une pluie de coups en rafales jusqu'au signal convenu. Et c'est là que se mesurera notre confiance. Le jour où je continuerai à frapper quand même, il faudra appeler la police. Ce serait de la violence conjugale. Et je hais la violence."

Le jeune prêtre fit une génuflexion devant Maîtresse Madone Mater Dolorosa Piéta Salomé. Ponce Pilate. Il lui laverait bien les pieds, ainsi que l'ont fait les apôtres. Il a mis toute sa foi, toute sa ferveur, toute sa chair -faible et triste et il a lu tous les livres- au service du Maître-Autel. Un bas-relief du panneau de la chaire de vérité a été mutilé à la Révolution. C'est pour ça que Maîtresse sermone le vicaire qui n'est pas dans le ton. L'ardente prière jaculatoire juste avant l'introït n'y aura rien fait. Il doit expier ses fautes. Il est crucifié sur la Croix de Saint-André, le bassin drapé, mais les cuisses et le dos offerts. Les poignets et les mollets sont maintenus par des liens de cuir multicolores. Il a confessé Betty qui lui a dit que Maîtresse Salomé adorerait le fouetter. Chaque cinglement venait s'imprimer sur le corps-écritoire ; de belles enluminures n'étaient autre que le fil rouge de la scène. Salomé alternait les coups et les caresses de la main. Le trop et le peu gâtent le jeu. Elle se plaquait contre le substitut du Christ, approchait sa bouche de son oreille, et lui sussurait : "Encore ? C'est bien ?" Mais le novice fraîchement émoulu du Grand Séminaire se mortifiait : "Ce n'est pas un pêché, au moins, ce n'est pas un pêché ? Je prends la ferme résolution de faire pénitence..."

" - Mais non, répondait Betty, se faire fouetter, c'est très bon pour la circulation sanguine."

Ite misa est. La messe est dite. Allez dans la paix du Christ. Le prêtre parti, Betty pesta par principe : elle avait tout simplement oublié de lui demander l'heure de la veillée Pascale, ce vendredi à venir. Ici, à la campagne, de nos jours, face à la désaffection des cures, il faut viser juste pour trouver une bonne Eglise ouverte et un officiant à l'intérieur. Le monde devient païen. Les fêtes latines deviennent de plus en plus grecques, et la réduction du temps de travail laisse les gens de peu noyés dans trop de vide.

Et dire que demain, il faut aller voter...

(A suivre)

Raoul Jefe

 

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4 mai 2007 5 04 /05 /mai /2007 14:38
Cet épisode est dédié à la mémoire, aux choix, au parcours et au destin de Vanessa Duriès (auteure du "Lien").
Cet épisode est aussi dédié à E. et H., mère et soeur de Vanessa, à qui j'exprime toute mon affection et toute ma gratitude, car elles m'aident à mieux comprendre le SM.
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Betty ne tira pas de plans sur la comète ; au crayon tendre, elle ébaucha ceux de son futur palais. Elle se devait de rester réaliste si elle voulait durer. Le stock de phantasmes était impressionnant. Lorsqu'il serait en alerte, elle aviserait.
Elle avait fait un découpage pertinent de l'espace. Au rez-de-chaussée, elle installerait son bureau, sa bibliothèque et un coin convivial pour s'asseoir et parler. Au premier, elle conférerait une salle d'évolution qui serait à la fois un cirque, un théâtre, une arène, un plateau ; il y aurait des gradins et des loges, des coulisses et des rideaux de scène, de quoi se laver aussi, pisser et chier itou fissa recta basta ric rac l'affaire est dans le sac. Et toc !
La polyvalence qu'offriraient ces mètres carrés et ces mètres cubes, la superficie et le volume, la modulation et la combinaison qui se pourraient organiser là excitaient Betty. Dans la partie haute, juste sous le toit, elle voyait une alcôve, un lit douillet, intime, une tour d'ivoire. Gravir les dégrés et grimper là serait une récompense suprême, la dragée haute pour les invités de marque.
En bas, elle serait Betty ; en haut, elle serait Maîtresse Salomé, et dans la partie plus haute, de nouveau Betty.
Il suffirait de redescendre pour recommencer le cycle.

Betty aimait l'argent, la liberté. Betty avait peur du sida et des maladies sexuellement transmissibles.
Elle avait domestiqué le nerf et le microbe.
Elle avait appris à calmer les emballements de son coeur quand elle enfilait ses cuissardes.
Elle était devenue une grande dame du sado-maso le jour où elle le pratiqua avec le discernement qu'il se doit.
Elle avait inclus dans le cadre réservé à cet effet -si vous dépassez les doses prescrites, que va-t-il arriver ?- le crescendo décrescendo des accès au plaisir, donc à la mort.
C'était un flirt permanent avec l'abîme, une mise en danger qui la fédérait.
Le nerf et le microbe se faisaient la guerre sans relâche. Et combien de ses petits soumis-soldats lui disaient leur rage de vaincre, malgré le feu de la mitraille ? Leurs têtes disaient "non", leurs queues gonflées, leurs culs serrés, leurs yeux décillés "oui".
L'eau, le sang, les larmes, l'urine et le sperme charriaient des maladies encore sans nom. Tous les trous étaient calés par des sabres au clair ; des membres endoloris, des corps échangés, meurtris, souillés, persistaient à dire : "Vous passerez me prendre ?"
Le psychiatre, le prêtre et le magistrat qui sonnaient à la porte de Betty, dans leurs tenues indécentes, avec leurs grotesques goupillon, balance et caducée, étaient trop confrontés au choix, au doute et à l'erreur. Betty les aidait à passer quand même, à accepter cette usure.
Quand on lui faisait remarquer qu'elle était psychologue, elle disait qu'elle avait des recettes et des méthodes, et qu'elle les appliquait, un point, c'est tout. Elle n'était pas gourou. Elle n'ouvrirait pas une secte.

"Mais enfin, comment, toi, ma petite Betty, peux-tu faire des saletés pareilles ? Je t'assure, quand j'ai vu les photos, j'ai eu envie de vomir. Qu'est-ce qui t'a pris ? De qui tu tiens ? J'aimerais comprendre."
La maîtresse se faisait vertement rabrouer par sa mère. La scène était cocasse.
Betty se réveilla, un goût amer dans la bouche, de grises pensées dans la tête. Ah, non ! Ca n'allait pas recommencer? Ces fronts qui se plissent, ces index qui se brandissent, deux mille ans où la petite histoire rejoint la grande, retombe sur les frêles épaules d'une femme, repasse à chaque repas les plats de lentilles et ressert le vin des noces avarié.
Betty se sait sujette aux changements d'humeur. L'alternance ne la surprend plus comme autrefois où elle se posait la question de savoir si elle n'était pas deux, ou trois ? Au détour d'un quart d'heure, ce qui la brûlait tout-à-l'heure n'était que cendres salissantes. Des flammes allaient de nouveau surgir, et sa force serait d'allumer des contre-feux.

Mais les flammes de l'enfer n'éclairent-elles pas le paradis ? Le vice la vertu ? "Et toi, maman, qu'est-ce qui t'a pris de me faire lire "Le rosier de Madame Husson" de Maupassant ?" Il lui arrivait de rougir encore quelquefois.

Ce que maîtresse enlevait d'abord à ses esclaves, c'était la montre. C'était à un voyage intemporel qu'elle invitait où nul bagage ne devait scier les phalanges et les poignets. Elle délestait du poids des apparences et des habitudes les impétrants acceptés dans son univers. L'homme qu'elle aura devant elle, elle le voudra prêt et nu sur l'embarcadère. Il est là pour ça. Pour qu'il accède au belvédère. Elle lui fera la courte-échelle. Il a laissé ses accessoires et ses marqueurs sociaux au vestiaire.

Elle se cala dans son fauteuil et se mit en condition. Dans un quart d'heure, elle jouera les viragos. Elle alluma une cigarette, dénoua ses cheveux, prit conscience de ce qu'elle avait aux pieds, ouvrit son agenda ; elle allait commencer ses "trois-huit". Le C.I.E.L était maintenant au pigeonnier.

Rex aboya. Au bout du chemin herbeux, un fourgon de livraison stationnait. Le livreur avait cru bon de laisser le goudron plus rassurant de la départementale aux essieux. Un gamin dégingandé et boutonneux s'approcha, machouillant un chewinn-gum à s'en déformer les mâchoires.
" - Un colis pour vous, Madame..."
Elle signa un papier ; il lui tendit un carton.
Betty le posa sur la table. Elle fit sauter les deux agrafes qui assujetissaient son impatience et deux rabats ondulés. Elle plongea sa main dans une mer d'écumes, de copeaux blancs, légers mais crissants, presque insaisissables. Petite, c'était dans la lessive qu'elle allait pêcher des porte-savonnettes cadeaux Bonux.
Bonne pioche ! Une boîte rouge gisait par trente centimètres de fond ; elle renfloua le bâtiment. C'était une boîte oblongue, chapeautée d'un couvercle posé, facile à ôter. Elle le fit avec excitation.

(A suivre)

Raoul Jefe

Qu' y-a-t-il dans cette boîte ?
Vous le saurez en suivant les aventures du "Pigeonnier" prochainement sur ce blog.
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3 mai 2007 4 03 /05 /mai /2007 13:02
Le contrôle silencieux que Salomé exerçait sur ses objets et ses sujets nécessitait une parfaite maîtrise.
Mais elle se sentait vidée et épuisée des voyages dans l'imaginaire qu'elle proposait à ses hôtes.
Il fallait les ramener sur Terre quand on était allé très haut.

Longtemps elle s'était refusée à toute investigation du côté de l'anus. Longtemps le mot "cul" ne put ni entrer ni sortir de sa bouche ; c'était le sale, le sacré, l'intouchable. Semblable traitement fut appliqué aux matières fécales, qu'il faut bien se résoudre à appeler, par commodité sonore "merde".
Maîtresse Salomé intégra ces deux mots dans son vocabulaire, et dès qu'elle leur eût donné de la poésie, qu'elle s'accordât à reconnaître qu'ils étaient essence de vie, elle fut libérée de partout, libéra les autres et alla dans un sex-shop acheter un gode-ceinture.

Maîtresse Salomé aime s'harnacher du gode-ceinture. Lorsque ses trompes de Fallope se muent en ce substitut phallique, est-elle émue jusqu'aux ovaires ? Oui.
En classe de seconde littéraire, elle se souvient que ses oreilles ont été meurtries par ce distique proféré par une jouvencelle délurée : "J'ai quelque chose de pointu qui me rentre dans le cul."
Aujourd'hui, les muqueuses du séant, après l'avoir révulsée, l'intéressèrent assez pour chercher à les émouvoir parfois.
Droite dans ses bottes, elle adore percer les hommes par cette intimité-là ; elle s'enfonce et revient, tire sa révérence et rend son tablier, file à l'Anglaise et répète à l'Italienne.
Ses coups de reins ne sont légendaires que pour elle ; qu'elle perfore, qu'elle pistonne, qu'elle empale ou qu'elle sodomise, qu'elle encule, aucune trivialité mais une force qui va, cosmique, astrale, subjuguée.

Alors qu'elle se promenait à la campagne, Betty était tombée amoureuse d'un pigeonnier. Ses élucubrations au sujet du SM avaient trouvé un port, et surtout un phare. Ce qu'on appelle, dans le jargon, un "donjon". Ses rêves fous, ses extravagances avaient cristallisé la peur, la différence, alterné l'attrait et le rejet, substitué la défiance, chassé les scrupules, imposé sa loi.
Dès l'instant qu'on ne touche pas aux enfants...
Elle nourrissait une fascination sans frein pour Asmodée, démon de profession, qui avait le pouvoir de soulever le toit des maisons pour voir ce qui s'y passait. Lors de déplacements, de voyages, ou même tout simplement dans son cadre habituel, quand elle levait les yeux vers des fenêtres, un vertige plus ou moins angoissé la saisissait ; et alors, elle échafaudait des scénarios, faisait des inventaires et des états des lieux.
Salons, halls, vestibules, caves, greniers, combles, mansardes, buanderies, souillardes, salles, ateliers, laboratoires, entrepôts, couloirs, corridors, salles à manger, chambres à coucher, salles à baiser...
Elle se grisait de lieux communs pour une raison peu commune. Elle se refusait à admettre : "Là-haut, je verrai bien un donjon SM." Elle chassait l'idée intruse qui revenait. Elle voyait des salles de torture partout, des croix de Saint-André, des cachots, des instruments de bourreaux, une guillotine. Ce trouble qui l'anima lui fit un temps tourment, lui donna la fièvre. Elle consulta un psychiatre. Ce dernier lui dit : "Quand on peur de la grenouille, il faut aller voir la grenouille."

Ce pigeonnier arriva donc à point nommé dans sa vie. Il était à vendre. Il était pour ainsi dire vendu. Mon Dieu qu'il était joli, le pigeonnier de Maîtresse Salomé ! Il s'était invité il y a longtemps sur une terrasse de bromes et de fleurs sauvages, à un écart raisonnable d'un corps de ferme, isolé sans l'être, relié à une route carrossable par un chemin herbeux à l'époque où les volatiles domestiques servaient à tout et finissaient avec des petits pois.
C'était un pigeonnier dit "à toit de mulet". Il s'érigeait du sol, bâti parti, surgi de la terre comme une taupinière ; il s'ingéniait à n'être pas terne mais mystérieux, orbe partout fors la petite porte qui y donnait accès, où un homme de haute stature ne rentrait pas sans courber la tête. Il avait gardé sa ceinture de faïence près du faîte, ce qui lui donnait un cachet élégant et majestueux.
Betty avait de quoi être contente. Lorsqu'elle cesserait ses activités, elle en ferait un boudoir pour prendre le thé.

Betty lut un peu la Bible pour imiter Asmodée. Un soir, en songe, elle prit le toit du pigeonnier et l'ouvrit, comme le couvercle d'une boîte. D'un seul regard, elle put apprécier le contenu ; il n'y avit qu'un seul tenant, une enfilade, un puits de jour, ouaté, feutré, beurré de colombine. Ce petit jouet l'excita ; sa tour de guet et sa tour de garde, sa cabane la ramenait au merveilleux pays de l'enfance. En vue écorchée, elle rêvait de son nouvel agencement harmonieux ; elle pensa à "La vie, mode d'emploi" de Georges Pérec, et son illustration sur "Le livre de Poche".

Comme Alphonse Daudet acheta son moulin, elle acheta le pigeonnier.
Maîtresse signa le sous-seing privé chez Maître N., notaire, détenteur des minutes de son père, de son grand-père et de son arrière grand-père, et demanda à un cousin maçon de venir installer une douche et un ou deux murs en épis selon ses goûts.

(A suivre)

Raoul Jefe
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2 mai 2007 3 02 /05 /mai /2007 15:41
Salomé comprit qu'il n'existe que trois sortes d'histoires : les histoires de coeur, les histoires de corps et les histoires de cul. Elle n'en privilégia aucune, laissa agir le temps mais n'eût plus peur d'aucune. La peau et les orifices, les siens et ceux des autres, pouvaient devenir le terrain sur lequel elle allait évoluer à l'aise, en Diane chasseresse ou en déesse de l'Olympe, en fée ou en sorcière, une pomme empoisonnée et une baguette magique dans ses mains gantées.

Instaurer une relation SM est assez facile. La maintenir est plus compliqué. Le phantasme est inoffensif. Le passage à l'acte peut être traumatisant. Pour celles et ceux qui, travaillés par cette tyrannie, refoulent et angoissent, c'est l'enfer.
L'éducation a tabouisé le sexe, les non-dits et les interdits ; stigmatisé des déviances, fabriqué des névroses.
La religion s'est chargée, du reste, de distribuer ces copieux restes d'authentique croix du Christ où il mourut cloué et fouetté.
Le pêché et la pénitence, le vice et la vertu sont copains comme cochon, et les flammes de l'enfer éclairent le paradis. Le jeu social est un jeu érotique.
Maîtresse Salomé passa une annonce dans des revues spécialisées. "Je vais recevoir des inquiets et des perturbés." pensa-t-elle, "mais s'il crachent au bassinet, c'est pour mieux se réparer. Je suis une pute. Et alors ? Madeleine, au catéchisme, telle qu'on me l'apprenait, qui était-elle d'autre ?"

Qui reçoit-on aujourd'hui ? Un fonctionnaire trop consciencieux dont la vie a été emposonnée par un scrupule élevé au rang d'obsession : craindre de glisser par erreur un document pornographique dans une enveloppe du Ministère qui l'emploie. Fermer l'enveloppe relevant alors de l'exploit surhumain, toute son énergie passée à ça.
Son trouble obsessionnel compulsif l'a aliéné, dépersonnalisé, tenté de le clochardiser.
Il vérifie, ouvre, ferme, rouvre, referme. Ce qu'il souhaite, c'est que Maîtresse Salomé l'oblige à fermer des enveloppes en toute liberté de mouvement et de pensée.

Maîtresse Salomé écrivait : "Je sais que je ne deviendrais jamais une vieille dominatrice. Je ne ferai pas "ça" toute ma vie. Je dois gérer cette carrière très vite, tout solder avant que je ne sois humiliée et tremblante. Je dois agir comme le footballeur ou le cycliste. Je me reconvertirai dans la plume. Je passerai de la plume au chapeau à la plume au derrière pour la placer là où elle tient le mieux : dans la main. J'aurai des choses à raconter..."

Assise à son bureau, Betty trouvait un peu de repos. La séance, achevée à grand peine, avait été décevante.
Il avait fallu ramer. Il avait été difficile de se séparer de cet échalas pas assez mûr pour le corps à corps.
Elle pensa intensément à ce qu'elle faisait. Jamais, au demeurant, elle ne versa dans le Grand'Guignolesque, et si, au cours de ses numéros de visuels, elle frisait parfois le ridicule, ce dernier ne tuait pas. Aucune indécence ne remontait ; ses sexes nus s'apparentaient au théâtre, à cette forme à la fois si pure et si crue qui restitue la vie, l'enjolive ou l'enlaidit, mais est impuissante à la traduire dans sa routinière banalité.

(A suivre.)

Raoul Jefe
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1 mai 2007 2 01 /05 /mai /2007 20:17

Maîtresse Salomé porta à sa bouche la fraise qu'elle venait de saisir dans le compotier.

Ses lèvres happèrent le fruit, l'engobèrent ; elle pinça la queue, mais ne la jeta pas. Elle la garda, la fit jouer entre ses doigts longs et graciles, comme une molette qui monte ou baisse le son de la radio.

Rex aboya ; le facteur venait de passer.

Maîtresse Salomé se donna du temps.

Elle n'aimait rien tant que le dépouillement du courrier, aux heures alanguies de ce qu'il restait de la matinée.

Elle avait adopté pour la journée une tenue aimée : chemisier blanc à manches gigot, jean et cuissardes noires.

Blanc, bleu et noir : ça allait avec ses cheveux caramel.

Elle sortit de la maison, s'engagea dans la petite allée jusqu'à la boîte. Elle jeta le relief de la fraise dans un massif d'hortensias. Rex lui fit fête. Elle le gratifia de quelques câjoleries, et quelques tapes... Il apprécia.

Elle ouvrit la boîte. Elle évalua la livraison : une bonne dizaine de lettres et plis divers, tous formats, dominance blanc et beige. Elle fit glisser les enveloppes, et, dans sa tête, inconsciemment, se hiérarchisa la priorité d'en ouvrir une plutôt qu'une autre.

Elle regarda le ciel, qui lui offrit l'une de ses plus belles nuances bleu, puis la plaque apposée sur le portail : C.I.E.L. (Cercle des Instants et des Espaces Ludiques), Maîtresse Salomé.

 

C'est en faisant du rangement que Pauline eût la révélation et se convertit vraiment au sadomasochisme.

Elle avait lu, petite, dans les volumes de la bibliothèque rose qu'elle venait de retrouver, les romans de la Comtesse de Ségur née Rostopchine, et les mémorables fessées s'imprimèrent dans sa chair et jetèrent un trouble sournois dans sa jolie tête.

Au lycée, les garçons semblaient se bousculer sur une ligne imaginaire qu'elle avait tracée devant elle, qui partait de ses pieds et qui devait faire plus de trois mètres cinquante les jours où elle portait du patchouli et des bottines.

En file indienne. Mais jamais en troupe.

Quand elle comprit que le trou béant de son sexe ne la remplirait jamais de la joyeuseté imbécile des hommes, trop peu habiles à combler ses attentes, plus enclins à bouder son plaisir pour atteindre le leur, elle épousa la condition de dompteuse, et entra dans le plus grand cirque du monde.

Elle songea à mourir.

Elle se mit à écrire. Assez bien. Des poèmes d'abord, par trop naîfs mais utiles à l'expression d'une envie.

Du plaisir sec à la jouissance cérébrale, elle choisit bien vite ; elle opta pour la pénétration jusqu'au cerveau, avec un labour à travers ses entrailles et une escale dans le coeur, la gorge.

A ce niveau, elle savait qu'elle devrait jouer finement et être à la hauteur de ses exigences.

Elle serait ivre de vie ; elle écrirait.

Son intelligence lui permit d'élaborer une ligne de conduite.

Pauline deviendrait parfois Maîtresse Salomé.

Elle acheta son premier fouet dans une grande surface, au rayon des toutous.

 

(A suivre)

Raoul Jefe

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30 avril 2007 1 30 /04 /avril /2007 15:10
Avec "A propos de Bottes", j'ai voulu soulever un problème qui ressemble à ces croutes de peau que l'on soulève aussi parce que ça démange.
Je raconte l'histoire d'un homme fétichiste des bottes en cuir qui dépassent le genou.
Sa marotte, obsédante, gère son système de pensée jusqu'à l'assiéger.
Alternant fascination et répulsion, il analyse cliniquement l'anomalie.
Une femme viendra, le comprendra et l'aidera dans sa démarche.
Pour y voir plus clair.

La pièce "A propos de bottes" n'est pas éditée. L'immatriculation SACD est en cours. Bien entendu, elle ne demande qu'à vivre sur un plateau.
Un texte de théâtre est un squelette ; ce sont les acteurs qui lui donnent sa chair.
Lire le théâtre implique une discipline, une gysmastique cérébrale.
"A propos de bottes" ne déroge pas à la règle.
Toutefois, en voici un extrait, en amuse-bouche :

"Nous avons dansé jusqu'à l'écroulement. Je me suis senti aspiré par le bas. Elle, elle est restée debout. Hiératique. Je me suis enfoncé jusqu'au tronc. Elle m'a enjambé. Je n'étais plus qu'une aspérite du sol. Ses bottes étaient si brillantes que je m'y suis miré. J'ai vu ma gueule de chien sauvage, battu, apeuré et traqué.
J'ai vu mes rictus et mes yeux concupiscents. Je me suis effrayé. J'ai senti des bribes et des fantômes de mon passé pleuvoir sur moi en pluies acides.
Pourtant, j'ai tendu mes doigts pour caresser le très luisant objet de mon désir. Ce que j'avais ardemment souhaité, je le voyais, là, tout près, surfait. Spécieux. Mensonger.
J'étais là, las, épuisé de la trop longue attente, de la longue macération dans mon jus faisandé ; incapable d'agir.
A cet instant crucial, qui aurait dû être pour moi le couronnement, "l'abotissement" de plus de trente ans de hantise, de cohabitation forcée, je me suis senti sec, vidé, sans moteur ni énergie, exténué, profondément déçu.
A l'image de ces dépliants qui promettent la vue sur la mer, qui n'est rien d'autre qu'une bouche d'égout.
A grand mal, je me suis extirpé de la fange et je me suis enfui. J'ai couru et je suis tombé à genoux.
Ce qui s'est passé ensuite, je le sais parce qu'elle me l'a raconté. Elle a ôté l'une de ses bottes, rien qu'une, comme ça, pour voir. Elle a gardé l'autre. Elle est sortie du dancing improvisé.* Elle s'est approché de moi , en claudiquant. Elle s'est placée en face de moi qui fermais les yeux. Très doucement, de son genou, elle a effleuré ma joue. Elle m'a dit : "As-tu un jour songé que, sous le cuir, il se pourrait qu'il y ait un peu de peau ?"
J'ai veillé au grain. C'est ce jour-là que j'ai découvert la tendresse.

* Pour situer le contexte, la scène se déroule dans une cabine téléphonique, le seul lieu clos et sécurisant où la femme, selon l'auteur, apprend à l'homme à danser !

Joël Fauré
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30 avril 2007 1 30 /04 /avril /2007 15:07

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28 avril 2007 6 28 /04 /avril /2007 22:17

Le magasin Chat-Botté

(Photo JF)img025.jpg

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